Alcool et cigarettes: à Dunkerque, Mme Deneuve ne se souvient plus de Cherbourg. Tristesse….

Bonjour

On a les polémiques que l’on mérite. Prenons le 13 mai 2015. Ciel bleu sur la France… le chômage demeure mais la croissance avance… nouveau pont en vue, celui de l’Ascension… lCannes réenchante les gazettes…. rituels du spectacle…critiques cinématographiques devenus prescripteurs pour  foules consommatrices. Saint-Germain sur la Croisette, comme avant, comme en noir et blanc.

Trop tard

On allait tourner quand soudain, un accroc. La star des stars avait commis un impair. Catherine Deneuve avait parlé… A Elle qui plus est…. La deux cent cinquante-trois millionièmes interview de sa vie (Anne Diatkine, photographe David Bailey, réalisation Barbara Loison). Titre, charmant « Il est trop tard pour que je devienne une dame sérieuse ». Dont acte. Et tant pis pour celles qui le sont devenues trop tôt. Précision : le photographe choisi est aussi l’homme (le seul) avec lequel elle fut mariée. Il n’est jamais trop tard pour se revoir.

Ecumer

On bavarde, de choses et d’autres. De soi. Et puis du dernier tournage pour le film qui va faire un triomphe et où elle joue un juge. Et c’est alors que l’on peut lire :

« Sur le tournage de ‘’La Tête Haute’’,  à Dunkerque, je ne peux pas me vanter d’avoir écumé les boîtes de nuit ; ça m’a semblé d’une tristesse cette ville! C’est un port, certes, mais ce qui marche vraiment, ce sont les cigarettes et l’alcool. Ah bon, François Weyergans [l’écrivain, membre de l’Académie française ndlr], habite dans les alentours ? Cet homme a une grande vie intérieure ! ».

Censurer

Elle aura donc choisi de ne pas censurer ce passage assez décousu, assez méprisant. L’actrice mesurait-elle le mal qu’elle allait provoquer ? A Dunkerque, certes mais aussi une forme d’angoisse dans tous les ports de la planète.

Pourquoi cette assimilation des addictions tabagique et alcoolique à ses propres impressions de tristesse ? Pourquoi ce regard, ces paroles, sur des souffrants privés de vie intérieure ? Catherine Deneuve ignore-t-elle le pouvoir réconfortant du tabac et des alcools. Oublie-t-elle ses Havanes-Gitanes avec le divin Gainsbourg ? Se souvient-elle de ses crises de sevrages , il y a deux ans, quand « elle était partie chercher des cigarettes » ? Il est vrai  que ce n’était pas Dunkerque mais Belle-Ile, et le riant Morbihan…

 Indigner

Patrice Vergriete, 47 ans est le  nouveau maire (DVG) de Dunkerque. Tristesse ou pas, il est polytechnicien. Et indigné. Il le dit un peu partout. Et notamment au Point (Jérôme Cordelier) :

« Je suis franchement triste de ces propos rapides, irréfléchis et superficiels. Hors des moments de tournage de son film, Catherine Deneuve a dû passer, en tout et pour tout, cinq minutes à Dunkerque, puisque son hôtel était situé à Cassel, à 30 kilomètres de là. Elle porte donc un jugement définitif en ayant peu vécu dans la ville et pas du tout rencontré les habitants : elle a même refusé tout contact avec les journalistes locaux. Je suis blessé, car je suis fier de Dunkerque, où je suis né et où j’ai vécu jusqu’à présent, en dehors de mes années d’études. L’image que j’ai de cette ville est à l’opposé de celle véhiculée par Catherine Deneuve. Je ne comprends pas ce qu’elle dit.

A côté de la plaque

Comme toutes les villes qui ont été rasées à 80 % pendant la guerre, Dunkerque ne se découvre pas au premier abord, mais elle est d’une beauté insolite. Premier spot mondial de kitesurf en France, sa plage de sable fin qui s’étend jusqu’en Belgique est l’une des plus belles qui soient. Ce n’est pas pour rien que les peintres flamands se sont inspirés de ces paysages. Les réalisateurs adorent venir travailler chez nous – nous avons actuellement deux séries de Canal Plus, Le Tunnel et Le Baron noir en tournage ici – parce qu’ils y trouvent des ambiances très différentes. Bref, le jugement de Catherine Deneuve est complètement à côté de la plaque. Voilà quelqu’un qui arrive avec une aura et sort une bêtise mais dont il restera toujours quelque chose dans l’imaginaire collectif de ceux qui ne nous connaissent pas. Cela m’agace profondément. Au passage, je vous signale que je n’ai jamais fumé une cigarette de ma vie.

 J’invite Catherine Deneuve à venir découvrir la ville et ses habitants puisqu’elle est passée à côté, visiblement. Je suis prêt à débloquer une journée pour lui faire visiter tous les endroits, et ils sont nombreux, qui font le charme de Dunkerque. Nous verrons alors si elle repart avec le même jugement… »

Anormalité

L’actrice a répondu à la polémique depuis le soleil de Cannes. Tous les journalistes accrédités étaient là et la star a revendiqué « le droit de dire des choses sur Dunkerque ». « J’ai le droit de penser des choses sur Dunkerque, j’ai trouvé que ça avait quand même un certain charme très mélancolique (…), mais je trouve anormal qu’une phrase éventuellement négative sur Dunkerque prenne cette importance ».

Et puis, prenant de la hauteur, la star a ajouté : « Répondre dans une conférence de presse internationale sur une chose que j’ai dite dans une interview, qui a été reprise sur les réseaux sociaux, pour moi, c’est vraiment l’exemple de ce à quoi nous en sommes aujourd’hui par rapport aux demandes qu’on peut avoir et surtout aux réponses qu’on est obligé de fournir. » Et puis elle a conclu : « Je me méfierai beaucoup, encore plus. ». La rédaction de Elle appréciera.

Un demi-siècle

Ainsi donc il n’y a pas d’âge pour ne plus se méfier (et pour ne pas relire ses interviews). Mme Deneuve n’a pas dit si elle reviendrait un jour à Dunkerque.  Dunkerque, à quelques années lumières de Cherbourg. Cherbourg, qui fut son premier Cannes. Un pur triomphe dit-on. C’était il y a un peu plus de cinquante ans. Presque en noir et blanc.

A demain

Jean-Louis Borloo : combien de temps le secret sur sa santé sera-t-il respecté ?

Bonjour

Pourquoi ? Et qui le dira ? C’est une nouvelle équation dans les rapports complexes qu’entretiennent les médias, les hommes politiques et le monde médical. Dans l’après-midi du 6 avril 2014 les médias viennent d’apprendre que l’homme politique Jean-Louis Borloo avait pris la décision de démissionner de ses fonctions politiques, présidence de l’UDI et du Parti radical. M. Borloo abandonne également la présidence du groupe UDI à l’Assemblée nationale. Celui qui fut ministre considère que son état de santé ne lui permet plus d’assumer ces charges.

Energie

« Je n’ai pas en l’état toute l’énergie nécessaire pour remplir complètement toutes mes responsabilités. J’ai donc décidé de mettre un terme à mes fonctions et mandats » écrit Jean-Louis Borloo dans un courrier envoyé au comité exécutif de son parti. Un courrier que quelques médias « ont  pu consulter ». Seules données médicales rendues publiques concernant Jean-Louis Borloo : il avait été hospitalisé fin janvier, en urgence, pour une « pneumonie aiguë » qui devait se compliquer. On évoquait alors « quelques semaines d’absence ».

Secret

Jean-Louis Borloo aura 63 ans demain 7 avril. Cet ancien maire de Valenciennes et ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy est une personnalité importante du paysage politique français.  Une personnalité atypique dans le monde politique.  L’annonce de sa pneumonie avait, sur les « réseaux sociaux », alimenté de sordides propos. On écrit sordide pour ne pas dire immonde. Cela reprendra-t-il ? C’est fort possible. Même s’il abandonne ses fonctions politiques. Même s’il n’exerce plus de hautes fonctions publiques au service de la collectivité. Même si, à ce titre, il a droit, comme chacun, au secret sur sa santé.

Triste

M. Borloo avait parfois confié  à quel point il avait pu être profondément blessé par les multiples caricatures  faisant de lui un alcoolique. Il l’avait  notamment fait avec un certain courage sur la chaîne privée qui s’était fait une riche spécialité : le montrer régulièrement « aviné » (voir ici).

Car c’est ainsi : pour les caricaturistes l’alcoolisme n’est pas une maladie. C’est quelque chose comme un vice, un péché de nature à blaguer. Le cancer fait parfois pleurer. L’alcoolisme fait toujours rire. On ne sait pas pourquoi. On sait seulement que c’est triste. Immensément.

A demain

Cancers et tabac : un possible scandale annoncé (sur RTL) par Jean-Michel Apathie

Bonjour

Jean-Michel Apathie est un journaliste actuellement très connu. C’est aussi un excellent poisson-pilote dans les eaux pas toujours claires de la politique politicienne. Cet homme dit n’avoir eu son baccalauréat qu’à vingt-quatre ans. C’est un salarié aujourd’hui surexploité qui ne semble pas s’en plaindre. Il témoigne notamment chaque soir de l’obsolescence  du Grand Journal de Canal Plus. La célèbre station RTL le fait désormais travailler deux fois plus. Deux fois plus d’argent. Seize fois plus de pouvoir.

La vidéo de 7 h 52

« C’est juste mon avis ». C’est le titre de sa nouvelle chronique sur Radio Luxembourg. Enervement autoprogrammé et colère de papier, toujours surjouée. 6h 52 du lundi au vendredi. Dans les chaumières c’est l’heure du café. Hier c’était le scooter italien de François Hollande. Aujourd’hui l’heure est au tabac.  On regardera ici celui que l’on n’a pas entendu ce matin. Pour l’essentiel Jean-Michel Apathie reprend les propos tenus dans Le Parisien (19 janvier)  par le Pr Bertrand Dautzenberg (et non pas Bernard, Jean Michel !) président de l’Office français de prévention du tabagisme (et non pas de l’Office français de lutte contre le tabac, Jean-Michel !).

Le silence de Marisol Touraine

Que nous dit le Pr Dautzenberg ? Qu’il redoute plus que tout que le troisième « Plan Cancer » se révèle aussi inefficace que le deuxième. Alors même que les premières actions anti-tabac (voulues par Jacques Chirac alors président de la République) avait selon lui permis de sauver 25 000 vies entre 2003 et 2007. Ce pneumologue prend chaque jour un peu mieux son envol dans les médias. Il accuse sans emphase la politique française de non-aide au sevrage. Il accuse les arbitrages faits au Palais de l’Elysée. Des arbitrages qui depuis deux ans ont, sur le tabac, toujours été rendus en faveur du ministère du Budget – et contre celui de la Santé. Ce que ne peut dire publiquement Marisol Touraine, ministre de la Santé.

Le troisième Plan cancer sera porté par l’Institut national du Cancer (Inca). Mais les arbitrages sont en cours au Palais de l’Elysée. Et le Pr Dautzenberg redoute le poids que pourra avoir ici son confrère (exerçant comme lui à la Pitié-Salpêtrière) Olivier Lyon-Caen, neurologue réputé et conseiller de François Hollande pour la santé. Le Pr Olivier Lyon-Caen qui n’a jamais caché être un amateur de cigares de grande qualité.

Volutes à l’Elysée

Le 4 décembre 2012 François Hollande annonçait vouloir  mobiliser les énergies en faveur du troisième  « Plan Cancer » (mémoire-blog). Mais il faisait alors étrangement l’impasse sur le tabac, facteur majeur de transformation cancéreuse et de dépendance aux conséquences pathologiques multiples. Il avait prononcé son discours  en clôture des 4èmes rencontres de l’Inca. Le chef de l’Etat  confiait alors la préparation de ce plan au Pr Jean-Paul Vernant, spécialiste d’hématologie à l’université Pierre et Marie Curie.

On retrouvera ici-même le texte intégral de son discours.  En France, le tabac est responsable d’environ 73 000 décès prématurés par an, dont 44 000 par cancer. Que dira le troisième Plan Cancer ? François Hollande le dira le 4 février. L’avis du journaliste  Jean-Michel Apathie pèsera-t-il sur les arbitrages secrets en cours dans les volutes du Palais de l’Elysée ?  C’est à espérer.

A demain