Alcoolisme: Philippe Manœuvre, depuis vingt ans, n’a pas «touché une goutte». Et après ?

Bonjour

Philippe Manoeuvre aura bientôt 65 ans. C’est un journaliste, animateur radiophonique, spécialiste de bandes dessinées critique musical dont l’un des titres de gloire est d’avoir été durant vingt-quatre ans (de 1993 à 2017) le rédacteur en chef du magazine Rock & Folk. Il a également collaboré aux Nouvelles littéraires, à Playboy et à Libération.C’est, dans ce domaine, une bibliothèque vivante doublée d’une forme de caricature auto-proclamée qui fait le bonheur des humoristes-imitateurs.

Tintin du rock’n’roll

Aujourd’hui à la retraite, l’homme a trouvé un siège aux « Grosses Têtes » – comme Roselyne Bachelot (qui fut ministre). Et il fait la tournée des grands-ducs médiatiques pour assurer la promotion de son dernier opus, Rock, ma vie est un roman (HarperCollins) :

« L’autobiographie de Philippe Manœuvre est une plongée dans la vie de celui qui est devenu une légende du Rock à lui tout seul, un personnage vibrionnant, un Tintin du rock’n’roll immanquablement chaussé de ses Ray-Ban, le plus célèbre critique rock français de ces quarante dernières années. Proche d’Iggy Pop, de Polnareff, de Gainsbourg et de tant d’autres, intervieweur des Stones plus de vingt fois, il a fréquenté les plus grandes stars et parle aux baby-boomers comme au public de la « Nouvelle Star ». Ce livre foisonnant d’anecdotes, qui raconte comment cet homme et tous ces musiciens ont voulu changer le monde à travers le Rock, est à l’image de Manœuvre : il rocke. »

Passage obligé dans les colonnes du Monde (Laurent Carpentier) : « Un apéro avec Philippe Manœuvre : ‘’J’ai vu que Keith Richards non plus ne boit plus’’  Chaque semaine, ‘’L’Epoque’’ paie son coup. Cette semaine, Philippe Manœuvre, l’enfant du rock aux lunettes noires, parle abstinence, nuits blanches et lendemains qui se déhanchent ».

« Proposer un apéro à un ex-alcoolo, c’est comme inviter un évêque au bordel. Cela fera vingt ans cette année que Philippe Manœuvre n’a pas touché une goutte d’alcool, pas même un verre de vin blanc quand des copains apportent des huîtres. ‘’Pas toujours facile, mais je sais que si j’y touche, même un verre, le lendemain c’est trois verres, et je reviens illico au niveau où je m’étais arrêté.’’ Tournée générale de thé Earl Grey ! »

Sevrage réussi

Où l’on découvre, en s’intéressant au sujet, qu’il n’en est pas à sa première confidence médiatique sur son alcoolisme et son sevrage jusqu’ici réussi :

Juin 2008 : « Philippe Manœuvren’a pas toujours été le dynamique et avisé juré de la Nouvelle Star que l’on connait. Il fut un temps où le rédac’ chef de Rock & Folk avait de sérieux problèmes de drogue et d’alcool. Dans deux interviews accordées à GQ et Voici, il revient sur son passé d’alcoolique et de toxicomane.

« L’alcool tout d’abord. « À un moment, tu constates que tu es à une bouteille de Jack Daniel’s par jour et tu te dis : ‘Hum, ça serait bien qu’on ne dépasse pas’. […] Et puis tu t’aperçois que tu prends ton petit déj’ à la Heineken. À midi, tu vas boire trois bouteilles de vin avec une attachée presse et puis après tu recommences au Jack Daniel’s. Et parfois, la nuit, vers deux heures du matin, tu te dis : ‘Tiens, on se boirait pas des vodkas ?' ». En 1999, le complice de Lio, Sinclair et André Manoukian a tourné le dos à la boisson quand il s’est aperçu qu’il avait perdu toute inspiration et qu’il ne parvenait même plus à écouter de la musique. La drogue ensuite. « Je n’ai jamais été attiré par l’héroïne et j’ai arrêté la coke il y a un siècle. À un moment, j’ai été loin dans l’alcool… Je pesais vingt kilos de plus, j’étais sordide. » »

Décembre 2010 :  À l’occasion de la sortie de son livre – Le Rock français -, Philippe Manœuvre a rencontré nos confrères de Grazia. L’ancien juré de Nouvelle Staraujourd’hui sur Canal+, et toujours rédacteur en chef de Rock&Folk, prend un malin plaisir à tordre les clichés du rock. Certes, il ne quitte jamais ses lunettes noires et considère qu’une « veste Levi’s reste d’un chic incroyable« , mais pour ce qui est de l’expression sex, drugs & rock’n’roll, Manoeuvre en est bien revenu.

Dérive et sobriété

« Il raconte par exemple qu’il est aujourd’hui sobre après quelques années de dérive : « Je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis 1999. J’ai été obligé de m’arrêter : je buvais toute la nuit, toute la journée. Je faisais 20 kilos de plus, vous n’auriez pas aimé me voir et je n’aurais pas aimé que vous me rencontriez non plus. Quand je passais devant une glace, je me disais : C’est qui ce lourd ? Je me suis arrêté tout seul et j’ai évité la case rehab en écoutant John Coltrane. » Sa nouvelle drogue ? Le thé ! »

Où l’on en vient a regretter de ne pas disposer (à des fins de réduction des risques sinon d’exemple édifiant à proposer) d’un long témoignage, circonstancié, sur les modalités et les ressentis de cette sortie réussie d’un enfer où tant d’autres sont restés. Une reportage au plus profond de soi, en somme, comme il en existe quelques-uns dans la littérature – à commencer par « L’Opium » 1 de Jean Cocteau. Cocteau, l’auteur de « La Difficulté d’être » 2. Cocteau poète, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste français. Mort à Milly-la-Forêt en 1963. Philippe Manœuvre n’avait pas encore dix ans.

A demain

@jynau

1 Cocteau J. Opium (Stock). « En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d’une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Roussel) viennent s’ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel), sur la poésie, sur la création, sur l’art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c’est celui de l’opium.  » Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est quitter le train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort.  » »

2 Comme OpiumLa Difficulté d’être est un livre de cure, cure de repos après le calvaire enduré pendant le tournage de La Belle et la Bête, durant lequel Cocteau souffre notamment de plusieurs maladies de peau. Le livre est commencé à Morzine (Haute-Savoie) en février 1946, continué à Paris, achevé début juillet à Verrières-le-Buisson, chez les Vilmorin. La convalescence se poursuivra dans le Poitou à La Roche-Posay du 25 juillet au 24 août. Le livre, auquel Cocteau ajoute une belle préface écrite en mars 1947 dans la maison qu’il vient d’acheter à Milly-la-Forêt, paraît en juillet de cette année.

 

Grand Débat : Marlène Schiappa osera animer une émission télévisée avec Cyril Hanouna

Bonjour

Janvier 2019 : George Orwell, Guy Debord et Jean-Claude Michéa sont bel et bien là. Ce sera un atelier dans le cadre du débat national. Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, va « co-animer » vendredi 25 janvier avec Cyril Hanouna  une émission spéciale sur la chaîne C8  – propriété du groupe Canal+, filiale du groupe Vivendi qui a pour actionnaire majoritaire le groupe Bolloré, détenu par Vincent Bolloré).

Cela s’appellera « La parole aux Français » : un numéro spécial et en direct de la célèbre émission « Balance ton post ! ». Cela sera diffusé à 22 h 30 et « donnera la parole » (sic)  à des « retraités, infirmiers, demandeurs d’emploi, commerçants, enseignants, agriculteurs » (re-sic) qui « témoigneront de leur quotidien » (re-re-sic).

 « Ensemble, nous tenterons de transformer leurs problèmes en propositions », explique C8 qui  présente cette première comme « un échange citoyen avec des propositions concrètes » et non pas comme un « débat politique » : « Les téléspectateurs voteront en direct pour retenir sept idées qui seront transmises au gouvernement ».

Animal Farm

Désespérante l’affaire ne manque pas non plus d’être cocasse. Wikipédia observe ainsi qu’une « partie de la presse » a « remis en doute » certains des thèmes abordé par « Balance ton post ! » – et ce en dénonçant « une succession de débats surréalistes et de questions jugées absurdes ». Le 13 octobre dernier l’émission avait pour thème : « Pour ou contre l’IVG ? ». Marlène Schiappa avait alors « réagi sur les réseaux sociaux » en rappelant que l’entrave à l’interruption volontaire de grossesse est un délit puni par la loi.

« J’ai regardé l’émission car ma collègue Brune Poirson était invitée en plateau et je regarde dès que possible les passages de mes collègues, avait ensuite expliqué à 20 minutes la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Quand j’ai vu débarquer un militant anti-choix, j’ai immédiatement contacté Cyril Hanouna. Il a lu mes SMS en direct. J’ai notamment rappelé que l’entrave à l’interruption volontaire de grossesse est un délit, puni par la loi et cela a été lu en direct ».

De Orwell on peut relire « La Ferme des animaux » (Gallimard). Et de Jean-Claude Michéa « Le loup dans la bergerie – Qui commence par Kouchner finit toujours par Macron » (Flammarion).

A demain

@jynau

Gauchisme, le burn out et le nouveau journalisme : la triste affaire du pure player «LeMédia»

Bonjour

On pourrait bien sûr en rire. Ou en pleurer. Ou, mieux encore, s’y intéresser de près comme on le ferait pour un syndrome en gestation. Soit le site pure player LeMedia un tout nouveau site d’information politique très proche de La France insoumise – et donc accusé d’être inféodé à Jean-Luc Mélenchon. Un site déjà dans les turbulences, sous l’œil affûté des confrères, mi-amusés mi-inquiets. Comme Libération. Ou Le Monde.

Après des semaines d’attente et mille et une promesses le tonnerre a grondé avec  la publication par le site spécialisé Electron libre, samedi 24 février, d’un mail d’Aude Rossigneux, annonçant son éviction du poste de rédactrice en chef du jeune pure player. Elle brosse un portrait au vitriol de cette nouvelle webtélé. Elle évoque notament des « troupes toujours motivées, mais épuisées », à deux doigts du « burn out » :

« Hier, l’annonce de mon éviction du journal, et de mon licenciement du Media m’a assommée au point que je n’étais pas en mesure de répondre comme je l’aurais voulu. Je ne suis pas sûre d’être encore en état d’affronter un dialogue direct. Écrire est une façon de parler sans être interrompue. Voilà ce que j’aurais pu dire si la force ne m’avait manquée.

« Je suis arrivée au Média parce qu’on est venu me chercher. J’étais alors la femme de la situation, parée de toutes les vertus. Trop, peut-être… L’idée d’une télé différente, engagée mais libre, portée par ses téléspectateurs et non par l’argent, d’une rédaction unie par un idéal commun mais où seraient respectées les individualités m’a enthousiasmée. Je m’y suis lancée à corps perdu, et pendant la période de pré-lancement, j’ai été envoyée au charbon chez les confrères plus ou moins bien disposés, pour présenter et défendre le projet. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je me suis exposée…(…)

Tout ce travail, je l’ai fait bénévolement, sans recevoir un sou pendant plusieurs mois. Je ne le regrette pas, je demande seulement qu’on s’en souvienne (…) Dois-je porter seule la responsabilité des difficultés, des tensions, et des imprécisions de réglage ? En quoi ai-je démérité ? Qu’est ce qui me vaut ce traitement d’une violence et d’une brutalité qui me laisse dans un état de sidération. Une brutalité qui n’est pas exactement conforme à l’idée que chacun se fait d’un « management » de gauche. Une brutalité qui serait peut-être un sujet pour LeMédia si elle était le fait d’un Bolloré…

Zhǐ lǎohǔ 

De nombreux souscripteurs de cette chaîne de télévision alternative ont alors, selon Libération, exprimé leur déception et demandé des explications après ce licenciement. Etait-ce trop ? Le psychanalyste Gérard Miller − qui fait partie du comité de pilotage – a confié auprès du Monde qu’il n’avait  « jamais été question d’un licenciement » de Mme Rossigneux.

« C’est la fin de sa période d’essai. Cela peut se faire à la demande de l’employeur ou du salarié », précise M. Miller qui conteste le fond et la forme de la missive de la journaliste. Aucune « brutalité » assure-t-il. « Quand on l’a prévenue qu’on souhaitait mettre fin à sa période d’essai, on lui a proposé de continuer avec nous, confie encore le psychanalyste. On voulait qu’elle prenne la tête d’une émission hebdomadaire, continue M. Miller. Elle nous a proposé trois thèmes − la santé, le jazz et le vin. On était OK pour une émission sur la santé. »

Et puis rien ne s’est fait. Jusqu’à l’assimilation de LeMédia aux firmes de Vincent Bolloré (à la tête notamment des conseils de surveillance de Vivendi et du groupe Canal+). « On a mal pris la comparaison avec Bolloré, dit-il. C’est d’une méchanceté inouïe, c’est infâme. Mais quand on veut tuer son chien on l’accuse d’avoir la rage. » Ce qui n’est pas sans faire songer, un demi-siècle après, au 紙老虎 (tigre de papier).

A demain

 

 

 

Tragique: «L’Obs» devient «L’Obsolète». La dynamique du «Monde Diplomatique »

 

Bonjour

Il ne faudrait jamais licencier certains journalistes. C’est le cas d’Aude Lancelin, « talentueuse directrice adjointe de L’Obs ». On peut la présenter ainsi :

« Aude Lancelin  née en 1973 à Tours, compagne de Frédéric Lordon. Ancienne élève du lycée Henri IV, en hypokhâgne et khâgne, puis étudiante à la Sorbonne-Paris IV, agrégée de philosophie, enseigne dans un établissement classé ZEP de l’Essonne.

 « Engagée en 2000 par le Nouvel Observateur, où elle couvre les domaines de la culture et des idées. Réalise de nombreux entretiens avec les philosophes contemporains. Parallèlement, collabore aux émissions télévisées Culture et dépendances (France 3) et Postface (i-télé, Canal+).

« Relève en 2010 que Bernard-Henri Lévy a cité naïvement (elle parle d’« autorité du cuistre ») un auteur imaginaire, Jean-Baptiste Botul, dans un ouvrage alors à paraître – ce qui provoque une vague de réactions amusées ou consternées. En août 2011, elle rejoint Marianne, en tant que directrice adjointe de la rédaction, responsable des pages « Culture » et « Idées » de l’hebdomadaire.

« En 2014, à la suite de la nomination de Matthieu Croissandeau à la direction de la rédaction, elle revient à L’Obs. Est licenciée par M. Croissandeau en mai 2016. Cette décision est, selon Mediapart imposée par les actionnaires, en l’occurrence Claude Perdriel et Xavier Niel. Elle est présentée comme un ‘’choix managérial’’, mais une grande partie de la presse y voit des motivations politiques : Claude Perdriel a en effet ouvertement reproché à Aude Lancelin d’avoir publié des textes « anti-démocratiques », c’est-à-dire trop à gauche, dans les pages « Débats » de L’Obs et d’avoir soutenu le mouvement Nuit Debout.

« Le fait que le compagnon d’Aude Lancelin soit Frédéric Lordon, figure de la gauche de la gauche, pourrait aussi avoir motivé l’éviction. Le 25 mai 2016, une quarantaine d’intellectuels publient dans Libération une lettre de protestation contre le licenciement d’Aude Lancelin . »

Plan média

Le plus généralement les journalistes licenciés (ou « invités à partir ») gardent le silence. Tel n’est pas le cas d’Aude Lancelin. Elle va publier « Le monde libre » (19 euros). Elle y narre, vu  de l’intérieur « la dérive du système médiatique français ». Voici ce qu’en dit (extraits) Livres Hebdo :  

« On se demandait qui allait éditer le livre d’Aude Lancelin, ancienne directrice adjointe de L’Obsdont le licenciement avait fait grand bruit fin mai. Ce sont Les liens qui libèrent qui, après avoir réussi à garder le secret jusqu’à cette fin de semaine, publieront le 12 octobre Le monde libre avec un tirage de 14000 exemplaires dont 10000 seront mis en place. Dès ce dimanche 9 octobre, le plan média démarre avec une interview dans le JDD.

« Elle raconte de l’intérieur la dérive du système médiatique français avec l’histoire de la numéro deux d’un hebdomadaire de gauche qui s’appelle L’Obsolète, dirigé par un certain Jean Joël. Elle fustige « la décadence d’un métier,  les opérations de police intellectuelle et le socialisme d’appareil à l’agonie » et trace de durs portraits de Manuel Valls « petit homme colérique aux idées simples devenu l’enfant chéri de l’Obsolète » ou Bernard-Henri Levy, « le sentencieux maître à penser de l’Obsolète ».

« La force de ce texte est qu’il est l’expression d’une époque, explique Henri Trubert, son éditeur. On voit comme les théories de management ont envahi les rédactions, le glissement des médias mais aussi de la gauche qui emprunte ses valeurs et concepts à la droite. » »

« Les Valls et les Macron »

Dans Le Journal du Dimanche (groupe Lagardère) l’ancienne de L’Obsolète cogne dur. L’hebdomadaire dominical du groupe Lagardère « a décidé de donner la parole à Aude Lancelin car son ouvrage «  bien au-delà des portraits cruels de journalistes et intellectuels parisiens, pose à sa manière le problème de la liberté d’expression ». « Aude Lancelin : « Il y a un trou d’air dans la vie intellectuelle française  » » (propos recueillis par Marie-Laure Delorme) – sur abonnement. On y lit des choses désespérantes, que L’Obs est devenu le nom de la gauche officielle, prétendument « sociale-démocrate », en réalité néolibérale et autoritaire, « une gauche obligée de mentir en permanence sur elle-même », mais dont « plus grand monde n’est tout à fait dupe désormais ».

Aude Lancelin a écrit un pamphlet, œuvre contestataire 1 et non « entreprise de dénigrement systématique ». Elle dénonce le « monde Uber » et le « monde El Khomri » prônés « par les Valls et les Macron ». Et elle n’a pas « assuré ses arrières », pas assuré son « avenir professionnel ». Ce serait, en somme, une fin.

« Ce livre est évidemment une lettre d’adieu à ces lieux que l’on appelle encore journaux par habitude, mais où l’esprit a été vaincu, où les combats de sont plus que d’apparence. Pour autant ce n’est nullement un adieu à ce métier. Les journalistes étouffent, nous sommes nombreux à ne plus supporter d’être les hochets de géants des télécoms intrumentalisant la presse à leurs propres fins. Avec l’aide des lecteurs, eux aussi spoliés, une autre histoire reste à écrire ».

« Notre vigueur découle de votre appui »

Hasard ou fatalité, on lit ceci dans le dernier numéro du Monde Diplomatique :

« Depuis deux ans, la diffusion du Monde diplomatique s’est nettement redressée  ; le nombre de ses abonnés atteint un record historique ; la situation de ses finances n’inspire plus d’inquiétude. Un tel rétablissement détonne dans le paysage de la presse et dans le climat idéologique actuel. Il tranche en particulier avec le délabrement éditorial et économique de la plupart des périodiques, dont certains ne diffèrent leur trépas qu’en se transformant en prime numérique du géant des télécoms qui les possède. Notre santé contraste également avec la situation politique et idéologique générale. (…)

«  Depuis 2009, nous avons fait appel à vous pour mener ce combat éditorial et politique. Le résultat est là, puisque notre vigueur découle de votre appui. La période qui s’annonce réclamera plus que jamais que notre voix porte. Votre contribution aura donc également pour avantage de prévenir tous les dynamiteurs du bien commun que leur offensive nous trouvera sur leur chemin.,Soutenez-nous ! Le Monde diplomatique  ambitionne de faire vivre un journalisme affranchi des pouvoirs et des pressions. Une liberté qu’il doit essentiellement à ses acheteurs et abonnés. »

Peut-être faudrait-il, parfois, licencier certains journalistes. Ou les inviter à quitter ces lieux que l’on appelle encore journaux. Par habitude.

A demain

1 Sur ce thème, le remarquable : « L’âge d’or du pamphlet », de Cédric Passard. CNRS éditions. 25 euros.

 

Les Français intéressés par les 16,760 millions (pour 2015) du Dr Baudricourt, patron de Sanofi

Bonjour

Ascension 2016 ; trois « grands patrons » sur des grills en or massif. Emotions médiatisées à la découverte des salaires…bénéfices… avantages et autres rémunérations de MM Carlos Ghosn (1954, Renault-Nissan) Carlos Tavares (1958, Groupe PSA) et Olivier Brandicourt (1956, Sanofi). Des trois seuls Carlos Antunes Tavares à parlé. BFMTV :

« Arrivé à la tête de PSA, qui était alors en difficulté, début 2014, Carlos Tavares a reçu 5,24 millions d’euros pour 2015, selon l’entreprise automobile. Ce qu’il considère être conforme au « marché ». Le dirigeant de Groupe PSA (ex-PSA Peugeot Citroën) Carlos Tavares a réitéré ce mercredi 4 mai qu’il se considérait en tant que grand patron « comme un joueur de football » ou « un pilote de Formule 1 », en pleine polémique sur la rémunération des dirigeants d’entreprise.

« « Quand j’ai pris mes fonctions à la tête de PSA, personne ne m’a dit ‘Attention, il y a une part très importante de votre salaire qui est variable, en fonction des résultats de l’entreprise’ », a déclaré le président du directoire de PSA lors d’une audition à l’Assemblée nationale. « J’ai pris un risque personnel que j’assume. Comme je l’ai dit, je me considère comme un joueur de football ou comme un pilote de Formule 1, il y a un marché », a-t-il ajouté. »

Olivier Baudricourt se voit-il, lui, en joueur de football ? Formé à la médecine grâce au généreux système français d’éducation il est ensuite parti à l’étranger pour en découdre dans la jungle pharmaceutique. Gagné. Le nouveau patron de Sanofi a-t-il aujourd’hui les oreilles qui sifflent ? L’Usine nouvelle (Gaëlle Fleitour) : « Sanofi : la rémunération du nouveau patron Olivier Brandicourt passe mais ric-rac »

Comment comprendre ?

« L’affaire Carlos Ghosn était de tous les esprits. Mais, les actionnaires de Sanofi, dont la rémunération du directeur général Olivier Brandicourt figurait en tête du Cac 40 en 2015, a finalement été approuvée de justesse par les actionnaires ce 4 mai. Et la présence devant le Palais des Congrès, où se tenait l’assemblée générale de Sanofi, d’une équipe du Petit Journal de Canal + chatouillant les actionnaires individuels sur leur futur vote concernant la rémunération du patron, n’a rien arrangé. Mais les actionnaires ont finalement voté à 63 % pour, et 37% contre, le salaire d’Olivier Brandicourt, le directeur général du numéro un français de la pharmacie.

« Il faut dire que son statut est différent de celui de Carlos Ghosn. 80% du capital de Sanofi est du flottant, 8% appartient à L’Oréal et 5% au fonds BlackRock. Rien, donc, entre les mains de l’Etat, contrairement à Renault. Cela n’avait pas empêché le cabinet Proxinvest de placer, il y a un mois, Olivier Brandicourt en tête des neuf patrons du CAC 40 disposant d’une rémunération « choquante » en 2015, c’est-à-dire supérieure à 240 Smic, le niveau de « rémunération maximale socialement acceptable » aux yeux du cabinet.

Expliquez-nous !

«« La rémunération de 16,760 millions d’euros d’Olivier Brandicourt se décompose ainsi : une rémunération fixe de 895 440 euros (au pro rata des 1,2 million d’euros qui lui aurait été donnés pour une année entière), un variable de 1,491 million d’euros et 2 millions d’euros d’éléments exceptionnels (la prime de bienvenue ou « golden hello » qui avait fait scandale lors de son arrivée début 2015). Les actions promises au cours de l’exercice sont évaluées à un montant de 12,37 millions d’euros. Un niveau de salaire élevé, mais qui reste dans la moyenne du secteur très concurrentiel et mondial de la pharmacie. »

C’est très précisément ce que rapportait Le Monde en février 205 Le Monde lors de la « première affaire Baudricourt » : « Le secteur pharmaceutique abonné aux salaires XXL ». Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement avait alors qualifié le « golden hello » de quelque chose d’ « incompréhensible », aux antipodes  de la culture du « mérite » et du « risque » valorisée par les multinationales. La ministre de l’écologie, Ségolène Royal, aavait quant à elle qualifié cette indemnité de « pas normale du tout », et encouragé Olivier Brandicourt à y renoncer. « Ce serait un minimum », a-t-elle déclaré, appelant à « un peu de décence, notamment de la part de laboratoires pharmaceutiques qui vivent de la Sécurité sociale ».

La vista de Ségolène Royal

On ne s’est pas assez intéressé à ce propos de Mme Royal. De fait les rémunérations formidables du Dr Baudricourt sont, par essence, d’une autre nature que celles des autres dirigeants des grands groupes industriels. Il faut ici rappeler que les multinationales pharmaceutiques se rémunèrent, pour tout ou partie, sur des ventes de spécialités prises en charge, d’une manière ou d’une autre, par des collectivités. Or c’est tout particulièrement vrai en France, grâce à la bien-nommée Sécurité sociale et au système opaque de fixation des prix de médicaments.

Et c’est tout particulièrement vrai en France pour Sanofi (issu de Elf-Aquitaine) un groupe puissant dont l’histoire fait qu’il est, pour diverses raisons, étroitement lié à la puissance publique et à l’Etat. En d’autres termes, les performances réalisées grâce à la stratégie du directeur général ne peuvent pas être dissociées de l’action bienveillante de l’exécutif et de la grande compréhension tacite de l’Assurance maladie. C’est sans doute ce que voulait signifier, en février 2015, Ségolène Royal en ayant recours au vieux concept de décence. Des propos qui entre étrangement en écho avec le dernier édito médicamenteux de François Hollande dans The Lancet.

Et c’est ainsi, de fil en aiguille, qu’au final nous sommes intéressés, associés, très attachés, à la rémunération (16,760 millions en 2015) du Dr Baudricourt, patron de Sanofi.

A demain

Antoine de Caunes s’abîme à Recettes Pompettes. La ministre de la Santé est aphone

 

Bonjour

On avait laissé Antoine de Caunes il y a bien longtemps. C’était les temps du courage, des engagements personnels contre le sida. La protection des enfants, le préservatif, la santé publique. Antoine de Caunes…. On garde la mémoire d’un style, d’une forme de détachement, d’un nouvel humour.

Avril 2016. Il a, dit-il, arrêté de boire. Ses vodkas n’en auront que plus de prix. Il revient, déçoit, déchoit. On peut le voir ici:: Episode 2. On parle d’herbe, d’héroïne, entre les lignes

On boit de la vodka, ou on fait semblant. On invite José Garcia. On voudrait faire rire. Antoine vient de fêter ses 63 ans. Il ne regarde toujours pas la télévision. Ne sait plus dire bonsoir. Son faire-valoir ne vaut rien. Il lui parle pour la mille et unième fois de son père Georges de Caunes, de son héritage. Et toujours les antiques « années Canal ». Canal en crise, Canal  en vente, Canal  où il revient , encore et toujours (c’est la raison de sa présence)

On boit de la vodka, ou on fait semblant. De Caunes, clown blanc : « On ne dira jamais assez aux jeunes de ne pas boire…. ». Ce ne sont rien d’autre que les répliques, en mode pervers, du Café des Sports, du Celtic, de tous les Terminus du monde, de tous les derniers pour la route.

On n’ira pas au bout. Après avoir menacé de faire interdire cette émission, la ministre de la Santé laisse faire. S’en inquiéter ? S’en indigner ? Trop tard. Tout ça est, déjà, terriblement daté. On laissera Antoine de Caunes là où on l’avait laissé.

 A demain

« On ne tient pas une société avec BFM-TV, de la flicaille et du Lexomil®… » (De qui est-ce ?)

 

Bonjour

Des pavés, pas de plages. Pas de permis de pas interdire. Hier on embrassait les policiers à pleine bouche. Aujourd’hui on les vomit. C’est que le manifestant, à Paris est fluctuant. Et il ferait beau voir qu’on l’empêche d’aller « prendre un apéro chez Valls » 1. Rien de grave, fors le symbole. C’est #NuitDebout, mouvement qui bourgeonne, essaime. Groupements de jeunes qui innovent, se parlent, découvrent, inventent. Peu compatible avec l’état d’urgence.

« Ce moment, c’est maintenant. »

Pas de chefs autoproclamés, certes. Un lointain parfum de situationnisme qui n’en est pas. Mais que faire sans slogans ? Un voici un que l’on entend sur France Culture :

« On ne tient pas une société avec BFM-TV, de la flicaille et du Lexomil® ».

Il est lancé « sous les applaudissements du public » dit Le Monde. Sur France Culture les applaudissements sont bien maigres. Ou le public est bien squelettique. Ou le micro de l’ingénieur du son est bien mal placé. Voici le slogan en son entier :

« On ne tient pas une société avec BFM-TV, de la flicaille et du Lexomil®.Vient un moment où les têtes se relèvent. Ce moment, c’est le nôtre. Ce moment, c’est maintenant. »

De très loin cela sonne orwellien. Tous les accents poussant à la révolution, le système médiatique et les psychotropes pharmaceutiques en plus.

1 Lexomil® : bien vieille symbolique anxiolytique : comprimé-baguette quadrisécable (blanc) ; boîte de 30 Sur ordonnance (Liste I), durée de prescription limitée à 12 semaines – Remboursable à 65 % – Prix : 1,71 €.

2 BFM TV : c’est une chaîne de télévision française d’information nationale en continu, filiale du groupe NextRadioTV. Elle est librement accessible principalement sur la TNT, le câble, le satellite, la télévision par ADSL (IPTV), la télévision mobile personnelle (sur smartphones et tablettes) et en lecture en continu sur Internet.

Créée en novembre 2005, elle est directement lancée sur la télévision numérique terrestre française, la chaîne I-Télé, filiale du groupe Canal+, devenant alors sa principale concurrente. Se basant sur les mesures d’audience fournies par l’institut Médiamétrie, la chaîne se présente depuis juin 2008 comme la « première chaîne d’information de France », tous supports de réception confondus. Alain Weill en est le président-directeur général depuis sa création (Wikipédia).

3 « Flicaille » : subst. masc.,pop. La police; l’ensemble des flics. Tout de même, un major de l’X dans la police, dit Michel, on aura tout vu. Il avait gardé sa vieille hargne communiste contre la flicaille (AbellioPacifiques,1946, p. 385).

L’auteur de ce slogan déjà daté?  Frédéric Lordon . C’est un économiste et sociologue français né le 15 janvier 1962. Il est directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne . Il est membre du collectif Les économistes atterrés. On l’avait oublié.M Lordon proposé l’antique option de la « grève générale ». Puis il a ajouté  qu’il n’avait « ni le pouvoir ni la légitimité » pour en donner l’ordre. Le regretter ?

A demain

1 Sur ce thème, on peut lire, sur Slate.fr : « L’apéro chez Valls, la haine joyeuse venue de loin » de  Claude Askolovitch