Bioéthique : François Hollande dit finalement non à la PMA pour les femmes homosexuelles

 

Bonjour

Après mille et une réflexions sur fond de déchaînement des passions, c’est non. La France attendra. L’information vient du site Gènéthique qui l’a recueillie sur le site de l’ « Association pour les familles et futures familles LGBT parentales ». Extrait du communiqué de presse de cette association daté du 8 décembre :

« L’association Les Enfants d’Arc en Ciel a été reçue à l’Elysée aujourd’hui par la directrice de cabinet de François Hollande. Au sortir de ce rendez-vous, le message est clair : le président de la République ne prendra aucune initiative politique pour améliorer la sécurité juridique des familles LGBT parentales.

L’Elysée se contente de la situation actuelle, estimant avoir rempli son engagement 31. Pourtant, en raison d’une loi incomplète, la sécurisation juridique de tous les enfants des familles LGBT parentales n’est pas possible dans l’état actuel du droit. Certains enfants se heurtent à l’arbitraire judiciaire alors que d’autres n’ont aucune solution juridique pour sécuriser leurs liens familiaux.

« Marteler l’insatisfaction »

L’Elysée attend l’avis du CCNE pour faire avancer le dossier de l’ouverture de l’accès à la PMA à toutes les femmes. Il nous annonce aujourd’hui que, même si ce comité se prononce favorablement, il reportera la question de ses conditions d’accès à la prochaine révision de la loi de bioéthique. Une entorse aux promesses de campagne du candidat Hollande et un désengagement politique en bonne et due forme.

Face à la satisfaction d’un gouvernement insensible aux difficultés quotidiennes des familles LGBT parentales, martelons notre insatisfaction ! L’association Les Enfants d’Arc en Ciel appelle les personnes LGBT, leurs proches et leurs allié.e.s à exprimer massivement leur mécontentement. Elle est d’ores et déjà en ordre de bataille pour déterminer quel candidat, à la veille des présidentielles, est animé des convictions, de l’humanisme et du courage politique nécessaires à une évolution de l’accès à la parentalité et à une réforme de fond de la filiation. Des réformes nécessaires pour les familles LGBT parentales et utiles à toutes les familles. »

Mariage et adoption

Pour rappel l’engagement 31 du candidat François Hollande à l’élection présidentielle était formulé ainsi :

« J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels ».

Ainsi donc l’Elysée, concernant la PMA, le président de la République fait savoir qu’il « attendl’avis du CCNE pour faire avancer le dossier ». Un avis fort opportunément sans cesse reporté et qui ne devrait pas être connu, dit-on, avant le printemps de l’année 2016. Et quand bien même le CCNE se prononcerait favorablement (ce qui est peu vraisemblable eu égard aux arguments avancés lors de ses avis négatifs précédents) l’Elysée reportera la question des conditions d’accès à la prochaine révision de la loi de bioéthique ». Or on sait que l’on ne sait rien quant à la date de cette révision qui, en toute hypothèse, ne sera pas organisée sous ce quinquennat.

Pas de débat

On sait, depuis des années, que les gauches sont plus que divisées sur le sujet. La controverse avait été relancée le  21 octobre 2015 sur France 2 avec les déclarations de Christiane Taubira, ministre de la Justice. Mme Taubira était alors  interrogée sur ses déclarations dans un documentaire diffusé la veille sur Canal+ « 1995-2015 : 20 ans de révolution gay ! ».  Elle y jugeait « légitime » la revendication des couples de femmes en faveur de la PMA et appelait le milieu politique à avoir « le courage de mener cette bataille ». « Je le répète, je pense que cette revendication est légitime. Le groupe socialiste avait essayé d’introduire le débat. Moi, je pense que c’est légitime par conséquent le débat doit avoir lieu », a déclaré la ministre de la Justice. Ce ne sera pas le cas.

Attachement

La Loi  n° 2013-404 du 17 mai 2013 ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe  (portée par Christiane Taubira) adoptée par le Parlement en 2013, n’avait pas abordé la question du droit à la PMA pour les couples composés de deux personnes du même sexe  – un nouveau droit auquel les associations homosexuelles – et d’actuels membres du gouvernement –  demeurent très attachés.

  « Je pense qu’il y a des débats essentiels pour une société aussi solide que la société française capable d’absorber ces interrogations, ces débats, ces controverses. De la même façon que je pense que sur l’usage des stupéfiants, il faut que le débat ait lieu dans la société, avait déclaré la ministre de la Justice. Ceci étant, depuis deux ans et demi, je dit que ce n’est pas du oui ou du non, du pour ou du contre, c’est un sujet médical, un sujet important qui a également des effets sur la sécurité sociale et donc il faut le traiter en tant que tel. »

Pas plus loin

 Le fait que les techniques de PMA soient « réservées aux couples composés d’un homme et d’une femme en âge de procréer et souffrant de stérilité » constitue, depuis vingt ans qu’elles existent, les lois de bioéthique. Cette disposition fait que la stérilité demeure une pathologie soignée par la médecine et prise en charge (intégralement) par la collectivité et la solidarité nationales.

Il y a un an, dans un entretien-choc à La Croix Manuel Valls avait, concernant la PMA pour les couples de lesbiennes, qualifié de « claire » la position du gouvernement. « Nous n’avancerons pas plus loin sur cette question tant que nous n’aurons pas l’avis du Comité consultatif national d’éthique » avait déclaré le Premier ministre. On sait désormais que ces propos sont dépassés : le président de la République a parlé.

A demain

Stupéfiants – PMA pour les couples de femmes : et, soudain, Christiane Taubira raviva le débat

Bonjour

C’était ce matin 21 octobre 2015 sur France 2. Invitée Christiane Taubira, ministre de la Justice. Un nouveau rebondissement médiatique. Après les violences des gens du voyage et la grève des avocats Christiane Taubira est interrogée sur ses déclarations dans un documentaire diffusé la veille sur Canal+ : « 1995-2015 : 20 ans de révolution gay ! ».  Elle y jugeait « légitime » la revendication des couples de femmes en faveur de la PMA et appelait le milieu politique à avoir « le courage de mener cette bataille ».

Membres du gouvernement

« Je le répète, je pense que cette revendication est légitime. Le groupe socialiste avait essayé d’introduire le débat. Moi, je pense que c’est légitime par conséquent le débat doit avoir lieu », a déclaré la ministre de la Justice.

On se souvient qu’après bien des controverses la Loi  n° 2013-404 du 17 mai 2013 ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe  (portée par Christiane Taubira) adoptée par le Parlement en 2013, n’avait pas abordé la question du droit à la PMA pour les couples composés de deux personnes du même sexe  – un nouveau droit auquel les associations homosexuelles – et d’actuels membres du gouvernement – sont très attachés.

La garde des Sceaux a ajouté :

« Je pense qu’il y a des débats essentiels pour une société aussi solide que la société française capable d’absorber ces interrogations, ces débats, ces controverses. De la même façon que je pense que sur l’usage des stupéfiants, il faut que le débat ait lieu dans la société. »

« Ceci étant, depuis deux ans et demi, je dit que ce n’est pas du oui ou du non, du pour ou du contre, c’est un sujet médical, un sujet important qui a également des effets sur la sécurité sociale et donc il faut le traiter en tant que tel. »

Manuel Valls à La Croix

C’est là, on le voit, un sujet de plein droit pour la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes.  On ne sait pas précisément ce qu’entend Mme Taubira par le débat sur l’usage des stupéfiants. La garde des Sceaux, ministre de la Justice n’est pas en revanche sans savoir de qu’il en est de l’autre sujet. Elle n’a sans doute pas oublié les déclarations du Premier ministre à La Croix (1).

Le fait que les techniques de PMA soient « réservées aux couples composés d’un homme et d’une femme en âge de procréer et souffrant de stérilité » constitue, depuis qu’elles existent, l’une des clefs de voûte des lois qui, en France, ont permis de passer de l’éthique au droit. Cette disposition fait que la stérilité demeure une pathologie soignée par la médecine et prise en charge (intégralement) par la collectivité et la solidarité nationales.

Rien ni personne ne peut, en démocratie, interdire de changer la loi. Mais quand il s’agit d’une clef de voûte il n’est pas inintéressant de songer à l’avenir de l’édifice.

A demain

(1) Il y a précisément un an, dans un entretien-choc à La Croix Manuel Valls avait, au sujet de la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de lesbiennes, qualifié de « claire » la position du gouvernement. « Nous n’avancerons pas plus loin sur cette question tant que nous n’aurons pas l’avis du Comité consultatif national d’éthique » avait déclaré le Premier ministre. On attend toujours cet avis.

Concernant la GPA( à laquelle le gouvernement est officiellement totalement opposé) le Premier ministre avait annoncé une action internationale de la France:

«  Il faut rappeler la responsabilité de tous les États dans la lutte contre la commercialisation des êtres humains. La France entend promouvoir une initiative internationale qui pourrait aboutir, par exemple, à ce que les pays qui autorisent la GPA n’accordent pas le bénéfice de ce mode de procréation aux ressortissants des pays qui l’interdisent. À la demande du président de la République, Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, prendra dans les semaines qui viennent des initiatives pour trouver le cadre approprié. C’est une action de long terme. »

C’était il y a un an, précisément.

Tycoons : Fleur Pellerin envisagerait de transformer certains journalistes en «lanceurs d’alerte»

Bonjour

C’était une rumeur des milieux autorisés – de sources proches du dossier. L’information est désormais pratiquement confirmée : Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication réfléchirait à « des mesures qui pourraient garantir l’indépendance des rédactions dans un contexte de forte concentration des médias ». L’une des pistes envisagées consisterait à étendre à l’ensemble des chaînes audiovisuelles des clauses sur le pluralisme et l’indépendance des journalistes – des clauses figurant déjà dans les conventions signées avec le Conseil supérieur de l’audioviuel (CSA) par les chaînes traditionnelles et celle d’informations continues. Le gouvernement souhaiterait aussi réformer les comités d’éthique et de déontologie. Une des pistes envisagées serait de donner au CSA un droit de regard sur leur composition.

Arrivée des tycoons français

Les médias se font l’écho de tous ces conditionnels. Fleur Pellerin avait même, le 3 octobre dernier, choisi Le Figaro (entretien réservé aux abonnés) pour exposer ses vues sur le sujet. Le quotidien écrivait peu après :

« Le paysage médiatique français, qui ronronnait depuis longtemps, a été dynamité par l’arrivée brutale de deux capitaines d’industrie: Patrick Drahi et Vincent Bolloré, dont le style direct et la rapidité d’exécution ont bousculé, surpris et même choqué nombre d’acteurs et observateurs des médias. Ce n’est pourtant  pas le cas du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), gardien du bon ordre au sein du PAF. Il ne voit pas d’un (si) mauvais œil l’arrivée de ces deux tycoons qui font bouger les lignes et ne s’embarrassent pas des usages en vigueur. Si le régulateur n’a pas d’a priori négatif, il doit tout de même veiller au respect des principes édictés par la loi audiovisuelle. Jeudi matin, il a donc auditionné Vincent Bolloré qui a totalement changé la gouvernance du groupe Canal +, l’a directement mis sous la coupe de Vivendi et a changé la quasi-intégralité des dirigeants  (…) »

 Aujourd’hui on passe à l’étage supérieur. Patrick Drahi et Vincent Bolloré certes, mais aussi d’autres capitaines-tycoons comme le trio Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton. Et la nécessité annoncée de légiférer.

Alerte fonctionnarisée

La ministre envisage désormais de  contourner le « régulateur indépendant » (entendre le CSA) et de passer par la loi pour mieux encadrer la liberté d’expression dans l’audiovisuel. Il s’agirait tout d’abord « d’étendre le statut de lanceur d’alerte au secteur des médias ». On sait que ce statut juridique (qui a émergé dans le champ de la santé publique) protège les salariés qui dénoncent certaines des pratiques de leur entreprise. On sait aussi que certains lanceurs d’alerte devenus historiques dénoncent aujourd’hui le caractère selon eux insuffisant de la protection ainsi conférée (1). On sait encore que d’autres observateurs estiment contradictoire le fait que la puissance publique puisse protéger des personnes qui prennent le risque d’alerter. Selon eux on ne saurait, par définition, fonctionnariser une telle fonction. L’alerte (son lancement) serait en somme consubstantielle au concept de risque.

Le deuxième point auquel songerait Fleur Pellerin porterait donc sur la nécessité de rendre obligatoires les clauses déontologiques qui existent dans les conventions passées entre la plupart des chaînes et le CSA (Canal+ n’en dispose pas). Et la ministre de qualifier, dit-on, les comités d’éthique qui existent d’«inopérants car à la solde de l’actionnaire».  Son idée serait de leur garantir une plus grande indépendance.

L’éthique de Canal +

Le Figaro rappelle que lors de son audition devant le CSA (fin septembre) Vincent Bolloré s’était engagé à créer un comité d’éthique à Canal + et à renforcer le rôle de celui qui existe déjà chez iTélé. La menace d’une voie législative aurait, dit-on, au moins le mérite de mettre la pression sur Vincent Bolloré. Le Monde précise que Fleur Pellerin  envisagerait que ces mesures intègrent le projet de loi « relatif à la création » que Fleur Pellerin doit défendre devant le Sénat début 2016. Le sujet resterait toutefois soumis à l’arbitrage de Matignon et de l’Elysée.

Tant et tant de conditionnels impose de rester prudent. Le 28 septembre, sur l’antenne de France Inter, la ministre avait dit : « je suis vigilante, car je suis garante de l’indépendance des rédactions ». Mais elle avait aussitôt ajouté : « Aucune enquête n’a pour l’instant révélé s’il y avait eu une intervention directe. » « [Si c’était le cas] j’en serais extrêmement contrariée et il faudrait sans doute que j’évoque ce sujet avec le CSA ». Qui, sérieusement, oserait contrarier la ministre de la Culture et de la Communication ?

A demain

(1) Un ami journaliste bien informé nous indique la publication imminente d’un ouvrage intitulé « Le racket des laboratoires pharmaceutiques (et comment en sortir) 10 milliards d’euros d’économie réalisables sur nos dépenses de médicaments » aux éditions Les Petits Matins.

Cet ouvrage (dont nous n’avons pas encore pu prendre connaissance) est signé de trois spécialistes non journalistes : Michèle Rivasi (députée européenne, professeure en biologie et spécialiste des questions de santé publique) ; Serge Rader (pharmacien et lanceur d’alerte) ; Marie-Odile Bertella-Geffroy (a été juge d’instruction avant de devenir avocate en 2014, spécialisée dans les dossiers judiciaires de santé publique).

« Guignols »: Claude Bartolone aimerait les sauver. Les rois possèdent-ils leurs fous ?

Bonjour

Claude Bartolone  est un responsable politique de haut rang : président de l’Assemblée nationale – en partance pour les régionales. Il était, le 2 juillet, l’invité d’honneur de France Info.  Il a parlé de la crise grecque, de la canicule et des malheurs qu’on lui fait quant à la gestion des comptes de son département de la Seine-Saint-Denis (à l’époque où il en présidait le conseil général).

Bartolone a aussi et surtout parlé des Guignols. La France caniculaire ne parle plus que de cela : des rumeurs qui annoncent la fin de la diffusion des Guignols sur Canal+ – et, peut-être, de leur arrivée sur France  Télévisions. Et le président de l’Assemblée nationale a déclaré ceci :

« Dans tous les cas, il faut sauver [Les Guignols]. Il faut les sauver. Il y a toujours eu de tout temps, dans tous les régimes, c’est le fou du roi. Aujourd’hui ce côté acide qui quelquefois nous amène à mal réagir quand on se sent la cible des Guignols aère l’actualité et la manière de traiter la politique. » (1)

Ce sont là des phrases qui méritent d’être commentées.

I « Il faut les sauver ».

Bartolone ne donne pas le mode d’emploi. Ces marionnettes sont, semble-t-il, la propriété de Vincent Bolloré, propriétaire de Canal +. Or on dit que M. Bolloré n’en veut plus… Il est vrai que l’on dit tant de choses sur M. Bolloré… M. Bartolone ne pourra sauver les Guignols que si M. Bolloré veut les vendre. Et si l’argent correspondant peut être réuni. Le président de l’Assemblée nationale envisage-t-il une souscription publique ? Une nationalisation ?

II « Il y a toujours eu de tout temps, dans tous les régimes, c’est le fou du roi »

 C’est là une assertion qui mériterait la consultation d’historiens spécialistes de la royauté, de la folie et de l’humour réunis. Le fou  du roi était seul de son espèce et il ne semble pas avoir toujours existé, ni sous toutes les latitudes. Les dictatures soviétiques et le régime nazi ne semblent pas en avoir gardé la trace. Ce n’est qu’un exemple. Si le sujet l’intéresse M. Bartolone pourra se reporter à cette petite somme : « Le fou du roi : un hors-la-loi d’un genre particulier ». Il est signé de Tatjana Silec.

 Mme Silec est l’auteure d’une thèse soutenue à la Sorbonne en 2008 : « Le fou et son roi dans la littérature anglaise de Beowulf à King Lear ». Résumé :

« Ce travail étudie les visages du fou du roi dans une perspective diachronique qui va des triomphes de l’empire romain jusqu’à l’époque contemporaine, en accordant une importance plus particulière aux huit siècles qui séparent Beowulf de King Lear.

Les oeuvres du corpus sont examinées sous trois angles principaux : anthropologique, philologique et stylistique, de manière à dégager ce qui fait l’originalité de la figure du fou de cour, à savoir ses qualités de révélateur des codes et des valeurs auxquelles les hommes devaient se conformer pour faire partie intégrante de leur communauté.

Les mutations qui ont affecté la société occidentale, et plus spécialement la société anglaise, depuis la période anglo-saxonne jusqu’à celle de la Renaissance, expliquent que le personnage étudié ait pu prendre des apparences aussi diverses que celles du Green Man, de l’insipiens, du fou innocent, du berserk ou encore du bouffon simulateur, tout en restant le catalyseur par excellence des peurs et des espoirs de ses contemporains. »

Cette analyse peut être rapprochée du dernier propos de M. Bartolone :

 III « Aujourd’hui ce côté acide qui quelquefois nous amène à mal réagir quand on se sent la cible des Guignols aère l’actualité et la manière de traiter la politique »

Aérer l’actualité ? Traiter la politique ? Il faut ici savoir que le président de l’Assemblée nationale « regrette » de ne pas avoir sa marionnette. « C’est que je ne suis pas assez installé dans le paysage politique » dit-il. On peut y voir une forme d’humour.

Claude Bartolone n’est pas le seul politique à pleurer la fin annoncée des Guignols. C’est une situation assez cocasse que de voir Gendarme applaudir Guignol. Le cercle des enfants applaudit à grands cris. Non moins sérieusement une question se pose : en décidant d’en vanter les mérites les responsables politiques  sauvent-ils la satire politique  lorsque cette dernière est en danger ? Choisissent-ils, au contraire, consciemment ou pas, de l’asphyxier ?

La question vaut pour Charlie Hebdo.

A demain

(1) M. Bolloré a entendu la supplique de M. Bartolone: lors d’un comité d’entreprise de Vivendi, vendredi 3 juillet, le président de Vivendi a indiqué qu’il n’avait pas l’intention de supprimer « Les Guignols », selon une source proche du dossier, confirmant une information de Télérama. Du côté de Vivendi, on répète depuis hier que la fin de l’émission n’est pas une question qui a été abordée en tant que telle, mais comme un élément de Canal+, que le groupe assume de vouloir faire évoluer fortement.

La vidéo montrant le visage de Vincent Lambert : les télévisions placées sous haute surveillance

Bonjour

La polémique enfle : les images de vidéo de Vincent Lambert  sont très largement insupportables.  On peut voir cette vidéo ici. Diffusée sur la plateforme Youtube, elle a été mise en ligne sur le site de l’hebdomadaire catholique Famille Chrétienne. Nous avons donné ici les premières réactions, les premières condamnations. L’affaire est bien loin d’être finie.

Démocratie

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) vient d’être saisi. Chargé de la régulation de la télévision, il « a décidé d’instruire avec une particulière vigilance les séquences de ce jour diffusées à la télévision concernant M. Vincent Lambert », notamment au regard du « respect de la dignité humaine ». Ce même CSA n’a pas précisé par qui il avait été saisi. Pourquoi ? Ne sommes-nous pas en démocratie ?

Quoique rapide le CSA a ici encore péché par absence de réaction adaptée. La vidéo (mise en ligne mercredi 9 juin) par un comité de soutien au patient tétraplégique a été diffusée sur le site de l’hebdomadaire Famille Chrétienne et elle est également passée sur plusieurs chaînes, floutée ou en clair. La chaîne d’info en continu BFM TV a d’abord diffusé à de nombreuses reprises dans la matinée des extraits en clair, puis elle a flouté la zone des yeux, à la demande de la famille, a-t-elle expliqué.

Intégralité

Le groupe Canal+ l’a diffusée intégralement dans la matinée, mais en floutant tout le visage « pour respecter la dignité de Vincent Lambert ». « Nous avons eu un débat en conférence de rédaction ce matin à 9 heures pour savoir s’il fallait la flouter ou pas. Nous avons décidé ensemble de la diffuser intégralement mais floutée, pour le respect de la dignité humaine, a précisé une porte-parole de la chaîne d’info. La directrice de la rédaction Céline Pigalle a souligné qu’elle ne voulait pas imposer aux téléspectateurs des images qui n’avaient pas été choisies par cette personne et qui ne sont pas anodines. »

TF1 a diffusé des extraits en clair dans son JT de 13 heures. France 2 a diffusé dans son JT quelques extraits de la vidéo avec le visage flouté, « car Vincent Lambert n’est pas en capacité de donner son accord et nous avons toujours flouté son visage » a expliqué la chaîne.

Regards

Dans cette vidéo, Vincent Lambert apparaît sur son lit d’hôpital, les yeux mi-clos, quand une main plaque à son oreille un téléphone portable qui diffuse la voix de sa mère, Viviane Lambert. Un autre plan serré montre son demi-frère David en train de lui parler, penché à quelques centimètres de son visage alors que le patient cligne des yeux et semble le suivre du regard.

L’épouse de Vincent Lambert s’est indignée de cette vidéo qui « n’apporte aucun élément nouveau » car « l’état de santé de Vincent n’a pas évolué depuis des années ». « Cette vidéo piétine sa dignité et son droit à l’image, c’est de la manipulation intellectuelle en jouant sur l’émotion », a réagi Éric Kariger, l’ancien médecin de Vincent Lambert. D’autres réactions sont attendues.

Pour l’heure on observera que les réseaux sociaux (les blogs…) peuvent diffuser à l’infini et en toute liberté une vidéo que les chaînes de télévision devraient, sous l’œil noir du CSA, flouter.  On peut s’en désoler. Mais le temps fuit et ce sont là des barrières qui ne tiendront guère.

A demain

« Blagounettes » de François Hollande. Incitation à l’ivresse politique, par Gérard Depardieu

Bonjour

Hier le président de la République était sur Canal +. Ce matin les éditorialistes étrillent sa prestation. Au même instant le monstre Depardieu était à Saumur pour recevoir un prix. Flanqué de l’aigle bicéphale de Russie il a, enfin, dit à quel parti politique il appartenait.

Porte-manteau

Pour l’heure cela s’appelle de l’infotainment. Soit une monstruosité qui peut être définie ainsi :

’Infotainment is a neologistic portmanteau of information and entertainment, referring to a type of media which provides a combination of information and entertainment.[1] The term can also refer to the hardware/software products and systems which are built into, or can be added to vehicles in order to enhance driver and/or passenger experience. According to many dictionaries  infotainment is always television, and the term is « mainly disapproving. » However, many self-described infotainment websites exist, which provide a variety of functions and services, many of which include the several increasingly popular social media websites and applications being used daily by billions of users worldwide

Infotainment ? Une nouvelle attaque contre ce que l’on appelle le journalisme. Voici (avec l’aide de l’Agence France Presse) comment les éditorialistes ont apprécié la prestation télévisée du président de la République française :

Gaspillage

François Hollande a «gaspillé» la parole présidentielle dimanche midi sur Canal+ dans une émission de divertissement relevant de la «société du spectacle» et se résumant à des «blagounettes» et une «chansonnette».

«Le bilan de François Hollande ? Deux heures d’infotainment» devant un public «jeune, bobo, geek», alors que les Français «attendaient des réponses sur l’emploi, sur la croissance», s’indigne Rémi Godeau (L’Opinion). «Même recyclage en pseudo-annonces de mesures anciennes…Mêmes promesses floues ou vaines…Mêmes formules creuses et tics verbaux», énumère-t-il.

Guimauve

Pour Patrick Apel-Muller (L’Humanité), l’exercice présidentiel fut «accablant» de «vacuité» comme «un dépliant publicitaire ou une mauvaise émission de variété». «L’opération L’Élysée drague les jeunes, hier, sur Canal +, s’est résumée à des blagounettes, une chansonnette, un clip du Sirpa (le service com des armées), une interview guimauve et à un exercice laborieux du président face à des lycéens». Une hargne qui peut se comprendre et qui laissera des traces (1).

«Sur le seul sujet où les Français l’attendent vraiment, et qui pourrait lui assurer une réélection, la croissance et l’emploi, il a beau répéter qu’il ne lâchera rien, il donne l’impression d’attendre», renchérit Michel Urvoy (Ouest-France).

Brunch cathodique

«Mais que diable est-il donc allé faire dans ce théâtre cathodique, à l’heure du brunch dominical, sur une chaîne pour jeunes bobos branchés ?», s’énerve Florence Chédotal (La Montagne), dénonçant une parole présidentielle «gaspillée» et décrédibilisée.

Selon Pascal Coquis (Les Dernières Nouvelles d’Alsace), avec «ces deux heures de complaisant direct dans une émission branchée», Hollande nage en pleine «société du spectacle». Il sert à l’envi un discours «recyclable» visant à «simplifier et simplifier encore, sans prendre le risque de se voir contredit». «Sans prendre de risque tout court d’ailleurs», ajoute-t-il.

Sans voix

Lors de sa prestation» maîtrisée «mais largement anecdotique» (Dominique Garraud, La Charente Libre), François Hollande s’est aussi agacé, souligne Cécile Cornudet (Les Echos).«Le moment est fugace, mais le sujet essentiel.Un reportage vient de s’achever qui fait parler des électeurs PS passés au FN», raconte-t-elle. Or «leurs propos sont terribles». Mais, analyse l’éditorialiste du journal économique, «confronté à ceux qu’il a déçus, François Hollande reste sans voix».

Si le chef de l’Etat ne cesse de manier «l’art de l’esquive», rappelle Olivier Pirot (La Nouvelle République du Centre Ouest), « le mystère s’épaissit »  sur ses objectifs et ses méthodes. Et « les électeurs qui ont souhaité porter à l’Élysée un président normal font surtout face désormais à un inconnu ».

Remise des prix

La Nouvelle République du Centre Ouest, précisément. Elle était au même instant à Saumur (Maine-et-Loire) pour les Journées nationale du livre et du vin. Le journaliste Julien Coquet nous raconte le moment essentiel de cette manifestation millésimée 2015. Extraits :

« Les noms du palmarès s’égrenaient presque religieusement. Patrick Poivre d’Arvor était là, au milieu des Guillaume Musso, Yann Queféllec ou Dominique Besnehard. Du beau monde de la littérature, réuni sur l’esplanade du théâtre de Saumur, hier, pour la remise des prix des 20emes Journées du livre et du vin.

Un début de dimanche après-midi paisible. C’était sans compter sur l’arrivée de Gérard Depardieu, le trublion du cinéma français qui, en une poignée de secondes, leur a volé la vedette avec fracas.

Prix Jean-Carmet

Venu spécialement de Belgique, c’est barbe généreuse, lunettes de soleil et doudoune sans manche frappée de l’aigle bicéphale de Russie, que le Castelroussin s’est avancé vers le public. Lauréat du prix Hervé-Bazin, remis hier pour son autobiographie ‘’Ça s’est fait comme ça’’, Depardieu a ensuite remis le prix Jean-Carmet, du nom de son ami en l’hommage duquel le salon saumurois a été crée. Un ambassadeur emblématique des vins de Bourgueil dont il dit à l’envi qu’il « m’a appris le cinéma et le vin ».

Devant les Saumurois, qui l’ont accueilli chaleureusement, Gérard Depardieu a dépassé sa fatigue apparente pour un show de quelques minutes. Et leur dire « je vous aime, j’aime la Loire ».

Celui qui aurait aimé être Balzac

A ses côtés, chargé de lui remettre la récompense, Gonzague Saint Bris – « celui qui aurait aimé être Balzac »comme l’a présenté Depardieu – a pris le micro pour un hommage appuyé. « A chaque page de ce livre, on se dit que Gérard mérite cette devise d’Honoré de Balzac que toute sa vie incarne : «  J’appartiens à ce parti d’opposition qui s’appelle la vie  ».» 

Comme une invitation saisie au vol par le comédien. En vigneron voisin (il possède le le château de Tigné), Gérard Depardieu s’est illustré d’un « buvez et bourrez vous la gueule, c’est mieux que ceux qui nous gouvernent ! » (…) Visiblement agacé par les photographes, Gérard Depardieu s’en est allé, sa silhouette imposante disparaissant dans les coursives de la vieille ville. Au grand dam des visiteurs qui en auraient bien profité encore un peu. »

Saumur, ce jour là, ne captait plus Canal +.

A demain

(1) Plusieurs responsables du PCF se sont indignés, dimanche 19 avril, de l’une des « blagounettes » du président de la République française: la comparaison faite par François Hollande entre Marine Le Pen et un « tract » communiste des années 70. « Madame Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 1970 (…) sauf que le Parti communiste, il ne demandait pas qu’on chasse les étrangers, qu’on fasse la chasse aux pauvres », a déclaré le chef de l’État sur Canal +

Le numéro un communiste Pierre Laurent a, lundi 20 avril, demandé  « des excuses publiques » à François Hollande. « Je suis scandalisé » par cette phrase qui est « lamentable », a déclaré sur France 2 le secrétaire national du PCF. « C’est la seule chose que le président de la République a trouvé à répondre à des électeurs qui lui disaient leur désarroi dans un reportage qui dénonçait ses trahisons par rapport à ses promesses de 2012! », a déploré Pierre Laurent.

Affaire « Pascale Clark » : l’avenir du journalisme est-il dans l’intermittence du spectacle ?

Bonjour

Une tempête dans un verre d’encre ? Fritures sur les ondes autour de la « carte de presse ». Des journalistes qui l’ont parlent de ceux qui ne l’ont plus. Et qui entendent le faire savoir. Vont-ils bientôt déchirer la leur en public ? Un exercice délicat : cette carte est en plastique.

« Plusieurs journalistes stars privés de carte de presse, écrit Le Figaro (sur abonnement). Le précieux sésame, distribué à 36.317 professionnels des médias cette année, est sous le feu des critiques depuis plusieurs jours. Lundi 9 mars. Pascale Clark, à la tête de l’émission «A’live» sur France Inter, protestait contre le refus du renouvellement de sa carte de presse, qui lui a été notifiée par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP).

Motifs: «A’live» n’est pas une émission journalistique, Pascale Clark y exerce une mission de présentatrice et la journaliste n’est pas salariée de Radio France mais intermittente du spectacle. En soutien, Patrick Cohen décidait de découper en direct sa propre carte, provoquant les ricanements des réseaux sociaux. (…) »

Jean-Marc Morandini

« Pascale Clark n’est pas isolée. Christophe Hondelatte et Jean-Marc Morandini dénoncent le système d’attribution » ajoute Chloé Woitier, à l’attention des abonnés du Figaro. Pascale Clark, donc, une personnalité controversée. Mais aussi Patrick Cohen. Et Christophe Hondelatte. Sans oublier Jean- Marc Morandini ou Laurence Ferrari : autant d’anciens titulaires de la fameuse carte de presse  renouvelée ou pas par la CCIJP . Autant de journalistes aux carrières multiples que d’autres journalistes (titulaires de la carte) traitent de stars.

Les affaires Clark et Cohen sont parfaitement résumées sur le site de L’Obs  (Nebia Bendjebbour) :

« Pascale Clark présente « A’Live » tous les soirs de 21 heures à 23 heures sur France Inter, une émission où elle mêle interviews et musique en live. Mais hier soir, lundi  9 mars,  la journaliste était en colère et l’a fait savoir en direct en diffusant des disques au lieu de présenter son émission habituelle.

La Commission de la Carte d’identité des journalistes professionnels (C.C.I.J.P), qui en 2014 a délivré 36.317 cartes, a estimé que son émission n’avait pas de « caractère d’émission d’information ». Pascale Clark était titulaire d’une carte de presse depuis 30 ans. 

Christophe Hondelatte

A l’antenne, elle explique : « ‘Ce soir, je vais vous parler de ma vie de journaliste professionnelle. 30 ans de carte de presse. Numéro 53.216. Partout je l’ai obtenue. CVS, 95.2, Europe 2, France Info, Europe 1, Oui FM, Canal+, RTL, France Inter. Mais ça c’était avant. »

Elle a reçu, par lettre recommandée samedi dernier, la décision de la commission de la carte de presse et elle la conteste : « L’info est la matière première que nous malaxons, soir après soir. Après les tueries de Charlie et de l’Hyper Cacher, nous n’avons traité que de ça deux semaines durant. C’est énervant ces réflexes de journaliste… Plus fort que vous. C’est vrai. Depuis toujours sur Inter. C’est vrai, mais c’est pas choisi. Ce statut à mon corps défendant devient double peine ».

Laurence Ferrari

L’émission, qui aurait dû être consacrée au Secours Populaire, a été remplacée par des disques. La journaliste est devenue pendant deux heures DJ Clark : « Alors comme je ne suis pas journaliste, je m’en voudrais d’usurper tel titre ou telle carte. Ce soir, et peut-être d’autres suivront, voici DJ Clark. DJ, il paraît qu’on peut exercer sans carte professionnelle ».

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Sur son compte Twitter, Bernard Pivot réagit : « Les journalistes qui ont retiré sa carte de journaliste à Pascale Clark sont souffrants. On devrait leur retirer leur carte Vitale« . Bruno Jeudy de  Paris Match enchaîne : « Je confirme que ‘A’Live‘ est une émission de musique et d’INFO. N’en déplaise à la Com de la carte qui la lui refuse !« .  Augustin Trapenard de Canal + et d’Inter enfonce le clou : « Il faut ne jamais avoir écouté ‘A’Live‘ pour ne pas y déceler l’information, l’actualité et le beau journalisme ».

Patrick Cohen

Par solidarité, ce matin, Patrick Cohen a découpé en direct sa carte de presse : « Pascale est rémunérée en qualité de productrice sous le statut d’intermittente du spectacle – c’est vrai mais ce n’est pas nouveau – et puis surtout ‘A’Live’ ne présente pas le caractère d’une émission d’information ».

Il poursuit : « Des interviews, des chroniques, des reportages d’actualité avec des invités d’actualité, avec parfois des extraits repris dans cette matinale. Vous appelez ça comment mesdames et messieurs de la commission de la carte ? Des variétés ? Voilà 30 ans qu’on fait le même métier avec Pascale Clark, journaliste. Ce qui n’est pas un statut. C’est un métier ». « Une carte de presse coupée en deux, et qui part à la poubelle, c’est une bonne chose de faite ». »

 Nicolas Canteloup

 Où l’on voit que dans le champ du journalisme comme dans celui de la médecine, la confraternité ne se réduit pas, comme on voudrait parfois nous le faire croire, à une haine vigilante. Mais où l’on voit, aussi, que les frontières s’effacent qui séparaient, hier, le journalisme de la communication, l’information du divertissement, la presse de la foire. Au point que l’on en viendrait parfois, cauchemar, à se demander si l’imitateur Nicolas Canteloup (TF1, Europe1) est titulaire de la carte.

La mise en abyme se poursuit aujourd’hui avec la tribune publiée dans Libération (18 mars) signée de Didier Tourancheau, ancien secrétaire général de la Commission de la carte de presse et ancien DRH de … Libération.

Extraits :

« [Pascale Clark] D’abord, sur une journaliste, viscéralement journaliste. Pour autant, elle a pactisé avec un système, qui lui a demandé de ne plus l’être administrativement pour devenir une intermittente du spectacle qu’elle n’a jamais été. Et ensuite, sur son défenseur qui parle de lui-même en feignant de parler d’elle : comme il l’a expliqué ensuite sur LCI, Patrick Cohen semble lui aussi interrogé par la Commission de la carte.

Serge Gainsbourg

« Ainsi donc, on prend une posture à la Gainsbourg, non pas pour brûler un billet de 500 francs, mais pour jeter à la poubelle une carte dont on a que faire. Le résultat est tout aussi désagréable : il faut avoir les moyens de brûler 500 balles devant la caméra comme il faut avoir les moyens de déchirer sa carte de journaliste devant tous ceux qui tentent de grappiller un feuillet ou une minute pour espérer l’obtenir.

Patrick Cohen sait-il, qu’aucun des correspondants à l’étranger de telle ou telle chaîne d’information en continu n’est journaliste salarié ? Qu’ils sont, quand ils perdent la moitié d’une jambe ou tout leur matériel de tournage, comme des imbéciles heureux dépendant uniquement de la bonne volonté et de la conscience professionnelle – et aucunement contractuelle – de la chaîne qui les a envoyés dans cet enfer ? (…) »

Les nantis

« Mais qui est cette Commission de la carte qui «s’arroge tous les droits» ? Et bien, elle est peut-être, chers Pascale Clark et Patrick Cohen, le joyau de la profession de journalistes. Les journalistes sont la seule profession qui, tous les trois ans, mesure par mode de scrutin universel direct, l’influence exacte des syndicats dans le métier. Elle est paritaire et les patrons des médias, dont j’ai eu l’honneur de faire partie, en constituent 50%. On y bosse, beaucoup. On y est bien loin des états d’âme des nantis, de ceux qui ont réussi dans le métier. (…)

Face à la paupérisation du métier, la Commission est conduite, depuis des années, à décider avec consternation la baisse permanente du salaire minimum annuel qui permet à un journaliste d’être considéré comme un professionnel. La Commission de la carte aura 80 ans cette année. Elle a été fondée pour affirmer que les journalistes professionnels sont l’un des piliers de la République. Avec leurs droits, avec leurs devoirs, ainsi qu’avec leur exposition naturelle à la critique. Prétendre aujourd’hui que «je fais œuvre de journalisme quel que soit mon statut ou mon employeur» est une attaque directe contre la profession de journaliste, et son rôle dans la démocratie.

Conseil de l’Ordre

Ainsi, nos amis Pascale Clark et Patrick Cohen nous obligent à écrire que leur défense individuelle les conduit à une double trahison dont ils n’avaient sûrement pas conscience. Accepter qu’ils soient considérés comme intermittents du spectacle, c’est précisément affaiblir la cause des authentiques intermittents qui se bagarrent pour la survie de leur statut. (…) »

Une tempête dans un verre d’encre ? Certes mais une tempête identitaire et qui n’est pas, quoiqu’on pense du spectacle offert, sans lien avec la démocratie. Il n’existait pas, jusqu’à présent, de Conseil de l’Ordre des journalistes. Nous pouvions tous nous en réjouir. Au vu de cette micro-tempête certains ne manqueront pas de songer à un fonder un.

A demain

Charlie Hebdo : au lendemain de la tuerie, Houellebecq quitte Paris pour « la neige »

Bonjour

Y-a-t-il d’autres liens que la coïncidence (la fatalité) entre la sortie du dernier ouvrage de Michel Houellebecq et la tuerie de Charlie-Hebdo ? On ne le saura sans doute jamais. Nous pressentions depuis quelque temps que ce livre réclamait d’être pris avec quelques précautions. Le matin du 7 janvier l’auteur-culte de « Soumission » assurait à grand renfort de publicités la promotion de son livre hautement controversé sur France Inter – nous étions alors moins de trois heures avant les assassinats.  

Promotions suspendues

Dans la soirée du 8 janvier nous apprenons que Michel Houellebecq « suspend la promotion » de « Soumission ». La raison ? Il a été « profondément affecté par la mort de son ami Bernard Maris» dans l’attentat. C’est ce que vient d’indiquer son agent François Samuelson à l’AFP. L’écrivain « quitte Paris pour se mettre au vert, à la neige », a pour sa part précisé son éditeur, Flammarion, confirmant une information de France Info.

Bernard Maris, économiste de gauche [son portrait par Eric Le Boucher, sur Slate.fr], tué à l’âge de 68 ans, admirait profondément Houellebecq. Il  voyait en lui un analyste lucide du libéralisme. Il y lui avait consacré un ouvrage : « Houellebecq économiste », publié l’an dernier – également aux Editions Flammarion.

Caricaturé

Coïncidence ? Fatalité ? La Une de Charlie Hebdo, le jour des assassinats, représentait une caricature de Michel Houellebecq et plusieurs pages étaient consacrées à ce roman qui (chacun le sait désormais) imagine une France gouvernée par un parti musulman (en 2022).

L’histoire n’est pas finie. Avant de quitter Paris, Michel Houellebecq a enregistré, aujourd’hui 8 janvier, un entretien avec Antoine de Caunes (entretien consacré à son livre et à l’attentat de Charlie Hebdo) qui devait être diffusé vendredi 9 janvier sur Canal+. L’information vient d’être donnée par la maison Flammarion.

Protection policière

Houellebecq « au vert » ? Houellebecq « à la neige » ? Houellebecq futur rédacteur en chef de Charlie Hebdo (qui tirera la semaine prochaine à un million d’exemplaires) ?

L’écrivain s’était installé en Irlande pendant plusieurs années après le succès considérable de son roman « Les Particules élémentaires » (1998). On dit qu’il vit aujourd’hui à Paris. Sans aucune protection policière assure son agent ? Jusqu’à quand ?

A demain

John Galliano (ex-Dior®) : le couturier excentrique n’est plus alcoolique

Bonjour

Galliano. Juan Carlos Antonio Galliano Guillén. Né à Gibraltar il y aura bientôt 54 ans. Connu des services de police. « Généralement considéré comme un couturier talentueux, excentrique, turbulent et iconoclaste ». S’est forgé un « look » de dandy, provocateur. A participé à la gloire de Dior® et réciproquement. Ascension brisée en 2011 après une exhibition publique (voir la vidéo) qui, cette fois, ne lui fut pas pardonnée (1). Rangé, depuis trois ans, au rayon des anges déchus. Vient de réapparaître dans les médias. Bel exemple de la résilience, concept à toute épreuve heureusement vulgarisé par Boris Cyrulnik.

Créativité

Il avait déjà fait une première « confession » dans Vanity Fair comme Le Point l’avait rapporté  avant l’été. On parlait alors d’une « traversée du désert » et d’un « empereur déchu ». Où l’on apprenait que les causes et les symptômes de l’alcoolisme ne varie guère. On les retrouve à l’identique quel que soit le bar, l’étage de l’immeuble et les catégories socioprofessionnelles.

Que nous dit l’artiste ? « Je n’ai pas bu dans le but d’être créatif. Je n’ai jamais eu besoin de boire pour ça, racontait le couturier dans Vanity Fair. Au début, c’était un soutien pour me détendre après mes journées de travail chez Dior. Ensuite, j’y ai eu recours après la ‘’Semaine des collections’’, un peu comme tout le monde. Deux jours après, ça allait mieux. Mais, avec l’accélération du calendrier des ‘’Fashion Weeks’’, ça m’arrivait de plus en plus souvent. J’étais dépendant, j’étais devenu esclave de l’alcool. »

Vodka, vodka-tonic

« J’ai commencé à prendre ensuite des médicaments pour dormir. Puis encore d’autres pilules, car je n’arrêtais pas de trembler. J’avais aussi à côté de moi ces grosses bouteilles d’alcool que les gens m’offraient. Jusqu’à la fin, je prenais tout ce qui me passait entre les mains : de la vodka, une vodka tonic, du vin, car je croyais que cela pouvait m’aider à dormir. Erreur. Il y avait aussi toutes ces voix dans ma tête qui me posaient des questions en permanence. Mais jamais je ne l’aurais admis. Je n’étais pas un alcoolique. Je pensais avoir le contrôle sur ce qui était en train de m’arriver (…) Maintenant, j’ai compris que cette colère n’avait rien à voir avec moi, que j’étais déconnecté de ces propos et que j’avais juste prononcé les mots les plus méchants que je pouvais dire. Depuis, j’ai passé deux ans à lire des livres sur l’Holocauste et l’histoire de la religion juive, à rencontrer des personnes de cette religion. »

« Travail complet sur soi »

On parle d’une cure de désintoxication en Arizona, de séances d’hypnose, d’un « travail complet sur lui-même », de séjours prolongés en Auvergne. Comme toujours avec la résilience arrive un stade où le sujet considère sa déchéance comme salutaire. « J’allais finir dans un asile psychiatrique ou six pieds sous terre. Même si cela peut paraître bizarre, je suis content que cela soit arrivé, poursuit-il. J’ai appris tellement de choses sur moi-même, j’ai redécouvert le petit garçon affamé de création que, je pense, j’avais laissé en chemin. Je vis. »

L’homme vient de compléter sa « confession » sur Canal + (« Le Supplément »). « Je ne suis pas antisémite, je ne suis pas raciste, répète-t-il. Pour autant, ce sont des mots que j’ai prononcés. Et quand je me revois dans cette vidéo, je suis dans les affres de ma maladie. Deux semaines après cette scène, j’ai fait une dépression nerveuse et physique complète. »

Des abysses aux volcans

Il ajoute : « Je ne suis pas responsable de ma propre maladie, mais, maintenant, je suis responsable de ma propre guérison  (…) Certains traitements étaient durs, mais il y a eu des choses merveilleuses. Cela m’a permis de prendre du recul, de me déta­cher de cette scène, et je peux main­te­nant voir [la vidéo] de manière objec­tive et ration­nelle. Ce que j’ai dit était terrible ! Mais encore une fois, même si ce n’est pas une excuse, j’étais vraiment dans les profondeurs abyssales de ma maladie. »

Après les abysses John Galliano fait aussi la promotion de l’Auvergne. « C’est un endroit idéal pour réfléchir, méditer et prier.  Un lieu où, si je me trouve confronté à des questions sans réponse, je les pose directement à Dieu. » Le couturier dandy n’a pas « touché à une goutte d’alcool » depuis trois ans et demi. « J’ai remplacé l’alcool par la foi. Il y a de la lumière au bout du tunnel. Je suis un John sans alcool. » Un John certes toujours alcoolique, mais toujours en vie.

A demain

(1) En février 2011, John Galliano était interpellé dans le 3ème arrondissement de Paris pour faits de violences et insultes à caractère raciste et antisémite, à la suite d’une altercation. Il était laissé libre sur instruction du parquet. Le 8 septembre 2011 il est condamné pour « injures publiques » à 6 000 euros d’amende avec sursis. Il doit également verser un euro symbolique de dommages et intérêts aux victimes. Il est condamné pour avoir prononcé à plusieurs reprises les termes : « dirty jewish face you should be dead », « fucking asian bastard » Il ne fait pas appel. À la suite de cette condamnation sa Légion d’honneur lui est retirée.

Jean-Louis Borloo et sa maladie : l’heureuse exception médiatique

Bonjour

Plus de deux mois, déjà, que le secret tient. Une dépêche de l’Agence France Presse le confirme. Datée du 17 juin elle nous dit que Jean-Louis Borloo vient de faire sa première apparition dans une manifestation publique depuis fin janvier. C’était  à l’occasion d’une journée d’échanges sur la rénovation urbaine. L’homme était présent à l’ouverture, au Palais des Congrès de Paris, assis au premier rang du public. Il a alors salué la ministre socialiste de la Ville,  venue présenter la nouvelle « carte de la pauvreté » qui définit les « quartiers éligibles » aux crédits de son ministère.

Retrait

Le thème de la rénovation urbaine est très cher à Jean-Louis Borloo. Il avait ainsi lancé en 2003 le premier programme  de ce type. Il était alors  ministre de la Cohésion sociale.  « Il n’a cependant pas pris la parole » dit l’AFP qui se borne à rappeler que l’ancien ministre a été hospitalisé fin janvier « pour une pneumonie suivie d’une septicémie ». M. Borloo avait ensuite annoncé, début avril, le retrait de tous ses mandats et ses fonctions politiques. Depuis il a simplement enregistré une vidéo, diffusée le 18 mai lors du dernier grand meeting des centristes UDI/MoDem pour la campagne des élections européennes.

Lettre

Plus récemment Jean-Louis Borloo s’était adressé  aux habitants de sa circonscription du Valenciennois (Nord), là où les électeurs sont appelés à élire les 22 et 29 juin son successeur à l’Assemblée nationale. Il l’a fait sous la forme d’une lettre manuscrite publiée il y a quelques jours dans le Journal du Dimanche. Une lettre dans laquelle il explique que son état de santé « s’améliore ».

Où est l’information dira-t-on ? Elle tient, précisément, dans l’absence d’information sur la nature précise de la maladie dont souffre cet homme public. C’est  la démonstration que le respect de la vie privée des hommes qui se retirent de la vie publique est possible. Possible en France et en 2014. C’est, sinon une bénédiction, du moins une heureuse et salutaire exception.

Energie

En avril nous nous interrogions sur la durée de cette exception (« Jean-Louis Borloo : combien de temps le secret sur sa santé sera-t-il respecté ? »).

« Je n’ai pas en l’état toute l’énergie nécessaire pour remplir complètement toutes mes responsabilités. J’ai donc décidé de mettre un terme à mes fonctions et mandats » expliquait alors Jean-Louis Borloo dans un courrier envoyé au comité exécutif de son parti. Depuis le secret que l’homme entend garder  n’est pas violé. C’est doublement  remarquable.

D’abord parce que l’annonce  de sa pneumonie avait, sur les « réseaux sociaux », alimenté de sordides propos. Ensuite parce que M. Borloo avait parfois confié  à quel point il avait pu être profondément blessé par les multiples caricatures (sur Canal + notamment)  faisant de lui un alcoolique. Avec certaines affections mentales, l’alcoolisme est l’une des rares maladies capable de déclencher le rire. Pourquoi ? Tous les alcooliques en souffrent-ils ?

Blessure

« La presse politique ne m’a jamais considéré comme l’un des leurs, avait un jour confié Jean-Louis Borloo. Allez savoir pourquoi. Ça m’est complètement égal, sauf qu’il s’agit de trouver une façon de me caricaturer. Ils ont essayé de trouver l’alcool. Alors ça, en revanche, c’est extrêmement blessant.»

Aujourd’hui l’exception concernant Jean-Louis Borloo dure. C’est là une information heureuse.

A demain