Don d’organes : s’il suffisait de « le dire » …

Nous manquons d’organes transplantables. Près de cent mille personnes, en France, s’opposent au prélèvement. Les autres sont officiellement des donneurs « présumés ». Dans les faits ils ne le sont pas. Comment sortir de l’ambiguïté ? L’Agence de la biomédecine s’y essaie. A vous de juger.

Avez-vous prêté intérêt à la « Journée Nationale de réflexion sur le don d’organes et la greffe, et reconnaissance aux donneurs » ? Saviez-vous que cette journée existait ? C’était le 22 juin, le lendemain d’une nuit largement consacrée à la musique et -dit-on- aux ivresses du solstice.

Solidarité biologique

Ce jour-là, une fois encore, l’Agence de la biomédecine a prêché pour la grande solidarité biologique associée à la non-patrimonialité des corps humains. On connaît les termes de l’équation. Le nombre des greffes d’organes augmente (élargissement des indications, progrès chirurgicaux et médicaux, vieillissement de la population) plus vite que celui des greffons disponibles (réduction du nombre des donneurs dû notamment à la réduction du nombre des accidents mortels de la circulation).

Des solutions sont trouvées : augmentation de l’âge des donneurs, facilitation – le cas échéant – du don de personnes vivantes, élargissement (prudent) des circonstances de prélèvement. Mais ces solutions se situent toujours à la marge. Le socle éthique et législatif demeure inchangé depuis la loi Caillavet de 1976 fondée sur le principe du consentement présumé : chacun d’entre nous est considéré comme un donneur potentiel après sa mort à moins de s’y être opposé de son vivant en s’étant inscrit dans le Registre national des refus.  Cette structure gérée par l’Agence de biomédecine compte aujourd’hui environ 100 000 noms.

« Il suffit de le dire »

Ce registre doit être consulté avant tout prélèvement. Mais nous savons aussi que si le nom du donneur potentiel n’y figure pas (et en dépit du principe du consentement présumé) les équipes médicales et chirurgicales demandent de facto l’accord de principe des proches. Et se heurtent souvent sinon à un refus du moins au manque de connaissance de ces mêmes proches quant aux volontés sur ce thème de celui qui vient de mourir (mais maintenu en état de « survie artificielle » – formule fausse et source de regrettables confusions).

C’est pour tenter d’éclaircir cette zone grise, cette zone de non-dit que l’Agence de biomédecine mobilise les énergies et les initiatives.  Elle nous a adressé, comme à beaucoup de journalistes, le lien d’un « film événementiel » (1). Voici ce lien  http://www.youtube.com/watch?v=H4Jh1X4eJz0 . Slogan : « il suffit de le dire. Maintenant. »

Relayez sur les sites de vos médias

L’Agence ajoute : « nous vous invitons non seulement à le visionner mais surtout, si cela vous est possible, à le relayer sur les sites de vos médias afin de mobiliser au maximum les Français autour du don d’organes car il crucial que chacun fasse le geste de transmettre sa position à ses proches. Nous comptons sur vous pour le relais de ce film afin de toucher le plus grand nombre de Français ».

Voilà, ici, qui est fait. Ce qui n’interdit pas les interrogations. Fallait-il que les sympathiques acteurs communiquent par téléphone pour, en trois secondes, confier à un de leur proche (qui manifestement ne comprend pas de quoi il retourne), un choix à ce point essentiel ? L’urgence et le téléphone sont-ils  ici métaphoriques ? Fallait-il absolument que tous soient favorables au don comme si les opposants n’avaient, par définition pas voix au chapitre ?

Ne fallait-il pas inciter à la réflexion personnelle (à l’introspection) plutôt que de donner la désagréable impression de forcer la main à des indécis ? Offrir à autrui des éléments de son corps pour permettre à autrui de prolonger la vie et le dire à ceux dont vous partagez la vie peut-il faire l’objet d’une campagne publicitaire ?  A vous de juger.

Sortir de l’ambiguïté ?

Il y aurait bien une autre solution : imposer à chacun, majeur, de faire figurer sur sa carte Vitale la nature de son choix (disposition modifiable à tout moment). Passer du consentement présumé au consentement explicite. Evoquer cette perspective dans les cénacles éthiques ou professionnels concernés conduit immanquablement  à la même réponse : ce serait réduire encore le nombre des donneurs potentiels. On en vient dès lors à supposer que la situation actuelle (ses ambiguïtés et les déchirements qu’elle suppose chez les proches au moment du choix) est encore préférable à celle où l’on en finirait avec la la zone grise. Est-ce bien la bonne analyse ?

« On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Il y a peu la formule faisait fureur sur les ondes et dans les gazettes. Elle est du cardinal de Retz dont personne ne songe à célébrer, à Montmirail,  le demi-siècle de la naissance (20 septembre 1613). Mais célèbre-ton la mémoire d’un roué ?

 

(1) Ce « spot événementiel de deux minutes a, dimanche 23 juin, été diffusé aux heures de grande audience sur les grandes chaines de télévision (TF1, France 2, France 3, France 5, Canal+ et M6).

Il a été réalisé par Olivier Nakache et Éric Toledano (auteurs du film Intouchables) avec la participation de Nathalie Baye, Isabelle Carré, Marina Foïs, Gilles Lelouche et Frédéric Testot. « Sa mise en scène sans artifices permet de traiter d’un sujet lourd sans drame » explique l’Agence de biomédecine. Pour suivre l’actualité du don d’organes :

www.dondorganes.fr – Tout savoir sur le don d’organes et de tissus

Page Facebook : « Don d’organes, je le dis »

Twitter de l’Agence de la biomédecine : @ag_biomedecine et #dondorganes