PMA : après Edouard Philippe, Jacques Testart face au président de la République !

Bonjour

Ce devait être le grand moment de « L’Emission politique » (France 2) : sous le fouet de Léa Salamé, les gladiateurs républicains Edouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon. Ce fut, in fine, un échange policé; un match de troisième division qui déçut profondément une foule accourue en grand nombre devant les écrans.

Une foule qui découvrit une nouvelle fois le caractère étrange de ce boxeur amateur soudain promu Premier ministre. Un amoureux, dit-on, du style indépassable de Louis-Ferdinand Céline mais qui peine à remplir la fonction pré-suprême qui est la sienne. Un homme qui aimerait faire comprendre qu’il ne manque pas d’humour et que l’on pressent pétri de contradictions de plus en plus difficiles à assumer. Un locataire de Matignon qui, sans doute par crainte du soleil élyséen jupitérien, se cantonne au périmètre de chef comptable de cabinet.

Laissons Jean-Luc Mélenchon pour Jacques Testart, malicieusement rayonnant sur le plateau. Jacques Testart, biologiste et prophète du Meilleur des mondes, pionnier de la fécondation in vitro et créateur d’Amandine, le premier « bébé-éprouvette » français 1. Edouard Philippe savait être sur le grill, mis en face de ses contradictions, contraint de justifier son évolution.

Couples du même sexe

Alors qu’il était encore maire du Havre, Edouard Philippe avait, en février 2013, signé avec Nathalie Kosciusko-Morizet cosignaient une tribune dans le Huffington Post,  L’Assemblée Nationale débattait alors depuis plus de du texte autorisant le mariage des couples de même sexe.  Après avoir exposé toutes les raisons pour lesquelles il s’abstiendrait lors du vote Edouard Philippe et Nathalie Kosciusko-Morizet écrivaient :

 « Nous ne sommes pas opposés à une loi qui permettrait le mariage et l’adoption simple pour les couples de même sexe, mais nous n’accepterons pas ce qui viendra après cette loi. Nous nous opposerons résolument à la PMA pour les couples homosexuels féminins, et à la GPA qui, au nom de l’égalité, ne manquera pas d’être réclamée par la suite. »

La loi a été votée et ce qui devait venir est annoncé : l’avant-projet de loi sur la « PMA pour toutes » est déjà en chantier, une loi annoncée pour un vote durant l’année 2019. Et nous retrouvons aujourd’hui Edouard Philippe Premier ministre chargé de défendre ce qu’alors il combattait. Où est aujourd’hui cette opposition résolue affichée il y a quatre ans ? Contorsions, embarras, points de suspension… Comment se justifier sur un sujet éthique avec lequel il est interdit de plaisanter ?

« Discuter avec des gens »

Jacques Testart pousse le fer sans jamais brûler, rappelle que la « PMA pour toutes » se réduit à une « insémination artificielle », qu’il n’y a là aucun geste spécifiquement médical et que l’autoriser via la loi conduira à une pénurie de dons de sperme, à l’ouverture immanquable d’un nouveau marché et, in fine, à la commercialisation des éléments (cellules, tissus et organes) du corps humain. Effroi et dénégations du Premier ministre qui se souvient avoir lu, il y a bien longtemps, un livre du biologiste. Edouard Philippe qui dira, sans le dire et en même temps en le disant qu’il a, en quatre ans, « évolué » sur le sujet. Pourquoi ?

« J’évolue car je rencontre des couples qui ont eu recours à cette technique en Belgique, en Espagne. Je vois ce que ça suscite, ce que ça permet, je ne vois pas ce que ça enlève. J’ai envie d’en discuter avec des gens. »

« Discuter avec des gens » ? Ce n’est sans doute pas la meilleure formule à utiliser sur un tel sujet quand on est à la tête de l’exécutif. Jacques Testart aimerait, lui, poursuivre un combat qu’il sait, désormais, maîtriser. Trop tard. Il faut passer aux salaires non versés des forces armées ; et l’on entend Jean-Luc Mélenchon piaffer.

Qu’importe, la messe est dite. On sait désormais quel devrait être, en toute logique éthique et républicaine, le prochain plateau télévisé : Jacques Testart face à Emmanuel Macron. Digne descendant de Jean Rostand, le biologiste prophète en éthique y est prêt. On n’ose pas imaginer que le président de la République s’y refuserait.

A demain

1 Lire, sur ce thème, le (long et dérangeant) entretien accordé par Jacques Testart à l’hebdomadaire Charlie Hebdo (n° 1313)

PS  Hasard ou fatalité nous apprenons aujourd’hui la mort brutale du Pr Jacques Lansac, ancien chef du service de gynécologie-obstétrique du CHU de Tours (1982 -2008) et ancien président du  Collège national des gynécologues obstétriciens de France. Il fut, à notre connaissance et dans son domaine, l’un des meilleurs traducteurs-pédagogue du grand passage de l’éthique au droit qui conduisit au corpus législatif de bioéthique d’aujourd’hui. Son savoir et son humour nous manqueront.

On trouvera ici l’hommage que rend à cet humaniste notre confrère Jean-Daniel Flaysakier.

 

 

 

Banalisation accélérée des manipulations génétiques sur les embryons humains

Bonjour

Hier encore c’eût été une vague d’émotion et de commentaires enthousiastes ou indignés 1. Aujourd’hui rien ; ou quelques lignes, comme sur le site Gènéthique. Modifier le génome d’embryons humains : hier la pratique  semblait réservée à la Chine radicalement étrangère à une bioéthique que l’Occident tient encore pour universelle. Puis les Etats-Unis s’intéressèrent à ces expériences controversées, intérêt suivi d’une récente première publication contestée. Aujourd’hui il s’agit du Royaume-Uni, havre démocratique et nouveau terrain d’expérimentation de la génétique embryonnaire humaine.

Une équipe britannique vient ainsi d’annoncer avoir modifié le génome de 58 embryons humains à partir de la technique dite « CRISPR-Cas9 ». Tout est raconté, dans Nature, par Heidi Ledford : « CRISPR used to peer into human embryos’ first days ». Nature qui publie le papier original correspondant : « Genome editing reveals a role for OCT4 in human embryogenesis ». Un travail mené par Mme Norah M. E. Fogarty (Human Embryo and Stem Cell Laboratory, The Francis Crick Institute, London).

L’incubateur central du « Meilleur des mondes »

Ces travaux étaient parfaitement autorisés. Ils ont été menés  et sur des embryons humains « surnuméraires » (créés à l’origine par fécondations in vitro à des fins de procréations) offerts aux chercheurs. Objectif: mieux comprendre certains mécanismes génétiques et moléculaires des premiers stades du développement humain. A cette fin les chercheurs ont éliminé un gène (le gène OCT4) peu après la fécondation de l’ovocyte par le spermatozoïde pour « tester la capacité de la technique à déchiffrer les fonctions de gènes clefs ». « Une façon de découvrir ce qu’un gène fait dans l’embryon en développement est de voir ce qui se passe quand il ne fonctionne pas », a expliqué Mme Kathy Niakan, dernière signataire de la publication.

Cette chercheuse dit espérer que d’autres équipes étudieront d’autres gènes clefs à l’avenir. Ce qui ne devrait guère tarder. A terme l’objectif (officiellement) affiché de telles manipulations est d’ « améliorer les traitements de FIV » et de comprendre les causes des fausses-couches.

A Londres (non loin de l’incubateur central du Meilleur des mondes), sept jours après la manipulation, les embryons humains ont été détruits et analysés. Où il fut démontré que l’embryon humain a besoin de la présence fonctionnelle du gène OCT4 pour se développer.

A demain

1 Lire, sur ce thème, le (long) entretien accordé par le biologiste-prophète Jacques Testart à l’hebdomadaire Charlie Hebdo (n° 1313)

 

Grippe : dramatisation politique de la situation ou situation épidémiologique dramatique ?

 

Bonjour

Cette information mandée en urgence depuis la Présidence de la République : un additif à l’agenda du Président pour le jeudi 12 janvier 2017, 9 heures :

« Réunion ministérielle sur l’épidémie de grippe en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Christophe Devys, directeur général de l’ARS Ile de France »

Puis ce complément :

« Nous vous prions de noter que Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, fera une déclaration presse dans la cour de l’Elysée à l’issue de la réunion. Comme indiqué ci-dessous, la cour de l’Elysée sera ouverte à partir de 9h05. Accréditations auprès du service de presse de la Présidence de la République. »

Et puis encore, s’inscrivant dans la dynamique jacobine observée ce matin, la précision prophétique de Mme Touraine annonçant que le bilan de l’épidémie sera « probablement lourd ». « Chaque année, il y a des victimes de la grippe », mais cette année, l’épidémie est « particulièrement intense » et le nombre de personnes malades « particulièrement important », a redit la ministre. C’était lors d’un nouveau point de presse sur cette épidémie, qui devrait atteindre son pic la semaine prochaine. Que dira-t-elle de plus demain dans la cour du Palais de l’Elysée ?

Soignants et soignés

Des chiffres ? Le nombre de personnes qui ont consulté leur médecin pour des « symptômes grippaux » a atteint 395 pour 100.000 habitants la semaine dernière (contre 326 la semaine précédente).  En revanche le nombre de passages aux urgences associés à cette infection virale commence à diminuer de même que les hospitalisations. Dès lors où est l’urgence ? « L’enjeu, c’est de garantir qu’il y a des lits d’hospitalisation disponibles » explique la ministre. « Toute personne qui a besoin d’être soignée l’est » a-t-elle certifié lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Le contraire serait troublant.

On recense 142 hôpitaux (sur les 850 du pays) qui se sont déclarés « établissement de santé en tension » un dispositif qui permet notamment de déprogrammer des soins et des opérations non urgentes. Certains établissements ont déjà utilisé cette dernière possibilité, mais Marisol Touraine vient de les pousser à faire davantage « si nécessaire ». L’était-ce ? La ministre de la Santé a aussi invité les médecins libéraux à traiter le plus possible les malades « à leur cabinet ou au domicile », pour éviter d’augmenter le nombre des hospitalisations. Ne le faisait-ils pas ?

François Fillon et François Hollande

A ce stade les nuages politiques arrivent immanquablement dans le ciel médiatique. « On a fermé trop de lits au cours des vingt dernières années, notamment des lits conventionnels qui pouvaient accueillir des patients des urgences en cas de besoin » a redit, BFMTV, le Dr Patrick Pelloux. Urgentiste et syndicaliste le Dr Pelloux, ancien de Charlie Hebdo, est un proche de François Hollande. Il appelle aujourd’hui à une « politique de réouverture de lits d’hôpitaux ». Le président de la République l’entend-il ?

A l’autre extrémité du spectre : le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (Les Républicains). Il a déclaré, sur RTL : « La grippe, c’est tous les ans, et tous les ans nous connaissons cette situation d’engorgement, et pourtant rien ne change ». François Fillon comprend-il ?

Rien ne change ? Selon Santé publique France, depuis le 1er novembre, cinquante-deux personnes sont décédées des suites d’une infection grippale dans des services hospitaliers de réanimation.  L’agence constate par ailleurs une « nette hausse » de la mortalité (toutes causes confondues) sur les deux dernières semaines de 2016. Prudente, elle souligne qu’il est trop tôt pour estimer la part de cette surmortalité liée à la grippe. Pour les chiffres validés, il faudra attendre.

A demain

Humour : un ancien de Charlie dénonce le «bashing permanent» du Président Hollande

Bonjour

L’humour conduirait-il à tout ? Quelques heures avant la « déferlante Fillon » une soixantaine de « personnalités » signaient une tribune de soutien à François Hollande. Le texte est disponible sur le site du Journal du Dimanche. Extraits :

« Dès le départ, François Hollande a fait face à un incroyable procès en illégitimité. Ce dénigrement permanent met à mal toutes les institutions de la République et la fonction présidentielle. Il perdure encore aujourd’hui malgré la stature d’homme d’État que François Hollande a parfaitement incarnée, tant dans les crises internationales que lors des épouvantables tragédies que notre pays a traversées. »

Etc. Etc. Etc.

Et ce citer la somme de ce qui a été accompli sous ses (bientôt) cinq ans de présidence :

« Les créations de postes dans l’Éducation nationale, l’alignement du traitement des instituteurs sur celui des professeurs, l’augmentation du nombre de policiers et de magistrats, les emplois d’avenir, la garantie jeunes, le soutien à l’apprentissage, le compte personnel de formation, le compte pénibilité, la complémentaire santé pour tous, la généralisation du tiers payant, la prime d’activité, la retraite à 60 ans pour les carrières longues, la refondation de l’école, les droits rechargeables à l’assurance-chômage, le mariage pour tous, la sanctuarisation du budget de la culture, le renforcement de l’égalité professionnelle hommes-femmes, l’extension de la parité dans les conseils départementaux, le remboursement complet de l’IVG et de la contraception, une meilleure protection des femmes contre le harcèlement sexuel, la mise en œuvre concrète de la transition énergétique, le non-cumul des mandats, etc., etc. »

Ce n’est pas tout :

« Ajoutons un déficit public passé de 5,1% en 2011 à 3,5% en 2015, plus de compétitivité, et plus de marges pour les entreprises pour favoriser les embauches, plus de pouvoir d’achat pour les ménages, moins d’impôts et enfin la diminution amorcée du chômage ».

Pour les auteurs de ce Bouclier de Brennus de papier tout cela est ignoré, déformé, gommé, remplacé par un procès quotidien, instruit à charge par des injures et des mensonges ignobles. «Artistes, sportifs et créateurs, penseurs, chercheurs, entrepreneurs et citoyens indépendants»  (sic) ils dénoncent «cet acharnement indigne qui entraîne le débat politique dans une dérive dangereuse pour la démocratie».

On pressent la passion. On perçoit aussi les différentes raisons qui peuvent conduire à signer, aujourd’hui,  ce texte. La fidélité, sans doute. Les médailles, peut-être. Des médailles qui ne tiennent qu’avec des épingles. Et retrouver ici le nom d’un ancien pilier du journal jadis fondé par le Pr Choron ne manque pas de piquant.

A demain

Aimeriez-vous connaître l’été du « plus médiatique des urgentistes-journalistes » ?

 

Bonjour

L’été… l’AP-HP… les vacances… la médecine… le journalisme…  le pouvoir…. l’adrénaline. Merci à Egora (Sandy Berrebi-Bonin) qui a recueilli ce témoignage que nous reproduisons in extenso.

L’Urgentiste

« Aujourd’hui ma journée a débuté vers 7h. Je suis parti au Samu pour être en place à 7h45. Je suis en SMUR jusqu’à 18h et après je ferai la garde de nuit jusqu’à demain matin 8h.

Ce matin j’ai commencé par négocier avec une dame qui voulait se défenestrer du 16ème étage. J’ai passé une heure à essayer de la convaincre de ne pas sauter. Pendant que je lui parlais, l’équipe d’intervention des pompiers a pu la neutraliser avant qu’elle se projette dans le vide. On a donc pu la sauver et on l’a emmené en psychiatrie. C’était une femme sympa. Ça aurait été con qu’elle se jette dans le vide.

Après, il y a eu une bonne nouvelle. La jeune fille de 15 ans que les parents avaient envoyé dans une école coranique au Sénégal et qui avait été violée las bas, a pu être rapatriée. On a réussi à la faire revenir ce matin. Elle est hospitalisée et suivie par des pédopsychiatres. C’est bien, on a fait du bon boulot. Le cumul ce matin de ces deux cas était un peu rock’n’roll mais ça prouve que l’on a un système qui marche.

Le midi, je prends une pause déjeuner mais c’est vraiment pas bon à l’AP-HP alors je ne mange que des sandwichs. On a des à-côtés sur le travail qui ne sont pas extraordinaires mais on a du travail, alors on ne va pas se plaindre. En début d’après-midi, on a revu le dispositif en cas d’attentat sur Paris pour être sûrs d’être opérationnel. Il a fallu  réadapter le dispositif à cause des vacances. On travaille vraiment main dans la main sur ce sujet avec la direction de l’AP-HP. »

Le Journaliste

J’ai quitté Charlie Hebdo en janvier. C’est quelque chose qui me manque beaucoup. Ce qu’il y a de plus passionnant dans le métier de journaliste, c’est la répétition des choses chaque semaine. Au-delà de regretter d’être parti, je regrette l’attentat, je regrette mes amis assassinés. J’aime ce journal mais je ne pouvais pas continuer à écrire dans Charlie dans de telles circonstances. J’aimerais bien continuer à écrire.

Quand je ne suis pas au SAMU, j’essaie de lire beaucoup et de voir mes amis. Je vais au théâtre. J’adore les brasseries, les cafés et les bars à vins. Je suis très parisien, j’aime aussi énormément me balader dans Paris. Je fais également beaucoup de yoga. Ça m’a considérablement aidé après les attentats.

A cause des attentats, j’ai de gros troubles du sommeil. C’est très compliqué. Je dors maximum 4h par nuit, et quand j’y parviens c’est déjà beaucoup. Quand d’autres attaques surviennent, cela réactive le traumatisme. C’est complexe parce que je travaille là-dedans, donc je suis confronté à cela tout le temps. Du coup,  je suis complétement impliqué dans la gestion des dispositifs, des risques… J’essaie d’aider le plus possible ou d’être là. L’attentat de Nice…par exemple m’a bouleversé. A chaque fois ça réactive mes troubles du sommeil mais aussi une grande volonté de me battre pour que le système soit le plus efficace possible en cas d’attentat.

Changer de métier?

Je ne me vois pas faire autre chose. Je m’ennuierais. Il y a déjà beaucoup de malheur dans ma vie. Quitter mon métier en surajouterais. J’aime mon travail et je suis bien dedans. Je suis né pour être dans ce mouvement perpétuel de l’urgence et de la gestion des risques. »

Pendant les vacances, mon travail à l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) est un peu plus calme. On va préparer une journée sur la laïcité à l’hôpital fin septembre. Il va falloir travailler dessus. Il y a aussi les dossiers des collègues qui sont en difficulté. On surveille beaucoup l’application du protocole du 22 décembre 2014 sur le plan de travail.

La période d’été est aussi propice pour rencontrer les gens du ministère et de l’Assistance Publique que l’on voit généralement en coup de vent de manière à travailler les dossiers plus en profondeur. »

A demain

Enfants malades. Patrick Pelloux n’écrit plus dans Charlie Hebdo. Désormais il parle au Figaro

 

Bonjour

On ne lit jamais assez les journaux. Notamment Le Figaro. Le plus vieux des quotidiens français décrypte, comme ses confères, les marges de la dernière manifestation parisienne contre la future loi Travail. Et comme ses confrères il n’a d’yeux que pour les vitres brisées de Necker – celles de l’aile Laennec, du nom du célèbre médecin breton qui inventa, sinon l’auscultation du moins le stéthoscope et cette auscultation médiate devenu le symbole de l’art médical.

C’était non loin des guichets du Louvre ; il y a très précisément deux cents ans cette année. Souvenons-nous. Victor Hugo avait deux fois sept ans et Laennec, déjà, travaillait à Necker. Paris, centre du monde, était alors un village. Le Figaro verrait le jour dix ans plus tard, sous le règne de Charles X. Et depuis, avec Beaumarchais, il blâme librement et, dans le même temps, tresse des flatteries.

Aujourd’hui Le Figaro donne la parole à Patrick Pelloux, 52 ans. Dans sa version papier le quotidien qualifie le célèbre médecin de « président de la Fédération Hospitalière de France ». On y verra, au choix, une coquille ou un lapsus plombé. Dans la version print tout est corrigé. Le Dr Pelloux est redevenu ce qu’il est depuis toujours : président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France.

« Assouvir sa psychopathologie »

L’urgentiste a bel et bien quitté les colonnes de Charlie-Hebdo. Pour autant il n’est jamais loin des micros. Proche du président de la République, titulaire de la légion d’honneur, il continue ici et là à vitupérer contre ses confrères mandarins coupables de conflits d’intérêts. A ce titre il ne craint pas de féliciter publiquement Martin Hirsch directeur général de l’AP-HP où il est employé. Chacun ses ambiguïtés. Aujourd’hui, dans Le Figaro il cogne contre la CGT.

«  ‘’C’est la symbolique’’, explique le Dr Patrick Pelloux. Et il lâche le mot ‘’salopards’’ avant d’ajouter: ‘’C’est la première fois que je vois un hôpital ainsi attaqué en France. C’est écrit en gros sur la façade: enfants malades! Il n’y a aucune excuse. Un symbole de la construction de l’humanisme a été attaqué et ce, par des gens qui prétendent défendre le Code du travail’’. Selon lui, la CGT devrait lancer une souscription pour rembourser les dégâts causés. ‘’Aujourd’hui, le mouvement contre la loi El Khomri n’est plus crédible. On a juste affaire à des casseurs qui veulent assouvir leur psychopathologie, c’est révoltant.’’».

On ne lit jamais assez les journaux. Notamment Le Figaro. Page 13 on découvre que Guy Novès, ancien ailier gauche aujourd’hui sélectionneur du XV de France parle de lui à la troisième personne du singulier. Passe croisée ou dédoublement de personnalité ? Plus loin Boris Cyrulnik, 78 ans poursuit sa thérapeutique collective avec son dernier opus chez Odile Jacob : nous avons besoins de héros et nous n’en n’avons plus beaucoup en magasin.

 Troisième personne du singulier

On ne lit jamais assez les hors séries du Figaro. Le prochain est consacré à un nouveau héros : Michel Houellebecq (prononcer [wɛlˈbɛk]), 58 ou 60 ans.

« Ses personnages ont le regard triste des lendemains qui déchantent, des laissés pour compte du grand rêve libéral. Livre après livre, Michel Houellebecq instruit le procès décapant du monde postmoderne. Est-il un provocateur cynique, un ultra lucide, un romantique déçu ?

 A l’occasion de l’exposition de ses photos au Palais de Tokyo, Le Figaro Hors-Série (8,90 euros) a choisi de présenter l’écrivain, derrière les masques dont il aime à s’affubler : récit de sa carrière, décryptage de ses essais, poèmes, romans et films, analyse des thèmes qui lui sont chers : « l’hypermarché social », l’enfance perdue, l’amour impossible, le néant spirituel, le chaos politique, les paradoxes de l’art contemporain, la montée de l’Islam. »

Relisons Cyrulnik avant de gagner le Palais de Tokyo : « Les héros nous apportent l’espoir, le rêve, la force. Attention cependant aux faux héros, attiseurs de violence et de haine, pourvoyeurs du pire. »

A demain

«François le Petit», Mlle Julie, le comte Macron et la «marquise de Pompatweet»… Rambaud dézingue

 

Bonjour

« Dézinguer » n’est pas un verbe fréquemment employé. C’est celui retenu par l’Agence France Presse pour qualifier la dynamique sous jacente au dernier ouvrage du redoutable Patrick Rambaud. Vous aviez adoré l’assassin de Nicolas 1er ? Vous tremblerez avec « François le Petit, Chronique d’un règne » (Grasset). Même angle, plus de noirceurs. L’ennemi auto-déclaré de la Pompe à Phynance occupe Versailles. Et la Machine à décerveller fonctionne à plein tuyaux comme  l’a montré « A l’Elysée, un temps de président » (Yves Jeuland)

L’assassin court toujours

Assassin, façon puzzle,  de « Nicolas-le-Mauvais » ou « Nicolas Ier » Patrick Rambaud a ressorti sa plume pour chroniquer le début du règne de « François IV » ou « François-le-Petit ». « Je raconte ici l’histoire d’un petit nombre d’hommes qui, poussés par les événements, ne se hissaient pas à leur portée », avertit Patrick Rambaud, 69 ans, réincarnation assez fidèle du duc de Saint-Simon (1675-1755). François-le-Petit en résonance au Napoléon affublé du même surnom, référence à Victor Hugo (1802-1885) et François Mitterrand (1916-1996).

La sortie de l’ouvrage en librairie (240 pages; 118 x 188 mm; 16.50 euros) coïncide avec les célébrations médiatiques du vingtième anniversaire de la disparition de l’ancien président de la République. Elle coïncide aussi avec celles du premier anniversaire des attentats de Paris. Patrick Rambaud dédie notamment son livre à Cabu et Georges Wolinski, « vieux complices », assassinés le 7 janvier dans les locaux de Charlie Hebdo.

Présentation :

« Nicolas Sarkozy était romanesque à souhait, contourné, faux, kärcherisé, entretenant une cour volatile et dorée. Avec sa montre en plastique et ses costumes bleu trempés, François le Petit est théâtral : en son palais de confetti, avec son casque à visière, au côté de ses femmes… »

« Avant de rejoindre le monde des esprits, François-le-Grand avait estimé que ses successeurs ne seraient au mieux que des comptables ; c’était vrai : le règne de Nicolas-le-Mauvais puis celui de François-le-Petit avaient tourné aux calculs, à la combine, aux querelles de coteries. Ces parvenus avaient ennuyé le peuple, ils l’avaient trompé, maintenant ils l’exaspéraient. »

Mlle Julie et le jeune comte Macron

Toutes et tous y sont. On croise ainsi la patronne du « Front populiste », Mlle de Montretout, le duc d’Évry nommé Premier ministre, le jeune comte Macron (qui le deviendra sans doute), Mademoiselle Julie (actrice) et la marquise de Pompatweet  (qui fit tant et tant parler d’elle avant de retomber aux oubliettes)

La chronique s’achève en janvier 2015 au moment où « deux crétins islamistes masqués fusillèrent la rédaction d’une gazette satirique » et qu’« un autre crétin du même calibre tira à la mitraillette sur les clients d’un hypermarché casher ». Au-delà de la petite musique qu’il maîtrise à merveille  la vision de Patrick Rambaud est particulièrement amère sinon dangereuse. On y voit notamment un « crétin wahhabite » que les caricatures plongent dans les transes.

 De la gomme au zinc

Dézinguer, donc. A ne surtout pas confondre avec dégommer : consiste à décoller les segments du piston (à l’aide de la manivelle) pour faciliter le démarrage d’une automobile : Dégommer le moteur. C’est aussi (plus familier) destituer quelqu’un de ses fonctions, le limoger : « Il n’est pas officiellement dégommé, mais il se regarde comme l’étant (GONCOURT, Journal, 1896, p. 954) ; « Vers cette époque y a eu la crise, j’ai bien failli être dégommé du dispensaire (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 34) »

Dézinguer ? Dans les dictionnaires contemporains le terme renvoie à l’opération de dézingage (ou dézincage) : travail consistant  à enlever le revêtement de zinc sur une pièce – ou à retirer le zinc contenu dans un alliage. Exemple : on utilise la soude et l’électrolyse pour le dézingage des tôles automobiles. Les dictionnaires modernes ne disent pas ce qui, une fois le zinc envolé, reste de l’ensemble.

A demain