Grippe : dramatisation politique de la situation ou situation épidémiologique dramatique ?

 

Bonjour

Cette information mandée en urgence depuis la Présidence de la République : un additif à l’agenda du Président pour le jeudi 12 janvier 2017, 9 heures :

« Réunion ministérielle sur l’épidémie de grippe en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Christophe Devys, directeur général de l’ARS Ile de France »

Puis ce complément :

« Nous vous prions de noter que Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, fera une déclaration presse dans la cour de l’Elysée à l’issue de la réunion. Comme indiqué ci-dessous, la cour de l’Elysée sera ouverte à partir de 9h05. Accréditations auprès du service de presse de la Présidence de la République. »

Et puis encore, s’inscrivant dans la dynamique jacobine observée ce matin, la précision prophétique de Mme Touraine annonçant que le bilan de l’épidémie sera « probablement lourd ». « Chaque année, il y a des victimes de la grippe », mais cette année, l’épidémie est « particulièrement intense » et le nombre de personnes malades « particulièrement important », a redit la ministre. C’était lors d’un nouveau point de presse sur cette épidémie, qui devrait atteindre son pic la semaine prochaine. Que dira-t-elle de plus demain dans la cour du Palais de l’Elysée ?

Soignants et soignés

Des chiffres ? Le nombre de personnes qui ont consulté leur médecin pour des « symptômes grippaux » a atteint 395 pour 100.000 habitants la semaine dernière (contre 326 la semaine précédente).  En revanche le nombre de passages aux urgences associés à cette infection virale commence à diminuer de même que les hospitalisations. Dès lors où est l’urgence ? « L’enjeu, c’est de garantir qu’il y a des lits d’hospitalisation disponibles » explique la ministre. « Toute personne qui a besoin d’être soignée l’est » a-t-elle certifié lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Le contraire serait troublant.

On recense 142 hôpitaux (sur les 850 du pays) qui se sont déclarés « établissement de santé en tension » un dispositif qui permet notamment de déprogrammer des soins et des opérations non urgentes. Certains établissements ont déjà utilisé cette dernière possibilité, mais Marisol Touraine vient de les pousser à faire davantage « si nécessaire ». L’était-ce ? La ministre de la Santé a aussi invité les médecins libéraux à traiter le plus possible les malades « à leur cabinet ou au domicile », pour éviter d’augmenter le nombre des hospitalisations. Ne le faisait-ils pas ?

François Fillon et François Hollande

A ce stade les nuages politiques arrivent immanquablement dans le ciel médiatique. « On a fermé trop de lits au cours des vingt dernières années, notamment des lits conventionnels qui pouvaient accueillir des patients des urgences en cas de besoin » a redit, BFMTV, le Dr Patrick Pelloux. Urgentiste et syndicaliste le Dr Pelloux, ancien de Charlie Hebdo, est un proche de François Hollande. Il appelle aujourd’hui à une « politique de réouverture de lits d’hôpitaux ». Le président de la République l’entend-il ?

A l’autre extrémité du spectre : le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (Les Républicains). Il a déclaré, sur RTL : « La grippe, c’est tous les ans, et tous les ans nous connaissons cette situation d’engorgement, et pourtant rien ne change ». François Fillon comprend-il ?

Rien ne change ? Selon Santé publique France, depuis le 1er novembre, cinquante-deux personnes sont décédées des suites d’une infection grippale dans des services hospitaliers de réanimation.  L’agence constate par ailleurs une « nette hausse » de la mortalité (toutes causes confondues) sur les deux dernières semaines de 2016. Prudente, elle souligne qu’il est trop tôt pour estimer la part de cette surmortalité liée à la grippe. Pour les chiffres validés, il faudra attendre.

A demain

Humour : un ancien de Charlie dénonce le «bashing permanent» du Président Hollande

Bonjour

L’humour conduirait-il à tout ? Quelques heures avant la « déferlante Fillon » une soixantaine de « personnalités » signaient une tribune de soutien à François Hollande. Le texte est disponible sur le site du Journal du Dimanche. Extraits :

« Dès le départ, François Hollande a fait face à un incroyable procès en illégitimité. Ce dénigrement permanent met à mal toutes les institutions de la République et la fonction présidentielle. Il perdure encore aujourd’hui malgré la stature d’homme d’État que François Hollande a parfaitement incarnée, tant dans les crises internationales que lors des épouvantables tragédies que notre pays a traversées. »

Etc. Etc. Etc.

Et ce citer la somme de ce qui a été accompli sous ses (bientôt) cinq ans de présidence :

« Les créations de postes dans l’Éducation nationale, l’alignement du traitement des instituteurs sur celui des professeurs, l’augmentation du nombre de policiers et de magistrats, les emplois d’avenir, la garantie jeunes, le soutien à l’apprentissage, le compte personnel de formation, le compte pénibilité, la complémentaire santé pour tous, la généralisation du tiers payant, la prime d’activité, la retraite à 60 ans pour les carrières longues, la refondation de l’école, les droits rechargeables à l’assurance-chômage, le mariage pour tous, la sanctuarisation du budget de la culture, le renforcement de l’égalité professionnelle hommes-femmes, l’extension de la parité dans les conseils départementaux, le remboursement complet de l’IVG et de la contraception, une meilleure protection des femmes contre le harcèlement sexuel, la mise en œuvre concrète de la transition énergétique, le non-cumul des mandats, etc., etc. »

Ce n’est pas tout :

« Ajoutons un déficit public passé de 5,1% en 2011 à 3,5% en 2015, plus de compétitivité, et plus de marges pour les entreprises pour favoriser les embauches, plus de pouvoir d’achat pour les ménages, moins d’impôts et enfin la diminution amorcée du chômage ».

Pour les auteurs de ce Bouclier de Brennus de papier tout cela est ignoré, déformé, gommé, remplacé par un procès quotidien, instruit à charge par des injures et des mensonges ignobles. «Artistes, sportifs et créateurs, penseurs, chercheurs, entrepreneurs et citoyens indépendants»  (sic) ils dénoncent «cet acharnement indigne qui entraîne le débat politique dans une dérive dangereuse pour la démocratie».

On pressent la passion. On perçoit aussi les différentes raisons qui peuvent conduire à signer, aujourd’hui,  ce texte. La fidélité, sans doute. Les médailles, peut-être. Des médailles qui ne tiennent qu’avec des épingles. Et retrouver ici le nom d’un ancien pilier du journal jadis fondé par le Pr Choron ne manque pas de piquant.

A demain

Aimeriez-vous connaître l’été du « plus médiatique des urgentistes-journalistes » ?

 

Bonjour

L’été… l’AP-HP… les vacances… la médecine… le journalisme…  le pouvoir…. l’adrénaline. Merci à Egora (Sandy Berrebi-Bonin) qui a recueilli ce témoignage que nous reproduisons in extenso.

L’Urgentiste

« Aujourd’hui ma journée a débuté vers 7h. Je suis parti au Samu pour être en place à 7h45. Je suis en SMUR jusqu’à 18h et après je ferai la garde de nuit jusqu’à demain matin 8h.

Ce matin j’ai commencé par négocier avec une dame qui voulait se défenestrer du 16ème étage. J’ai passé une heure à essayer de la convaincre de ne pas sauter. Pendant que je lui parlais, l’équipe d’intervention des pompiers a pu la neutraliser avant qu’elle se projette dans le vide. On a donc pu la sauver et on l’a emmené en psychiatrie. C’était une femme sympa. Ça aurait été con qu’elle se jette dans le vide.

Après, il y a eu une bonne nouvelle. La jeune fille de 15 ans que les parents avaient envoyé dans une école coranique au Sénégal et qui avait été violée las bas, a pu être rapatriée. On a réussi à la faire revenir ce matin. Elle est hospitalisée et suivie par des pédopsychiatres. C’est bien, on a fait du bon boulot. Le cumul ce matin de ces deux cas était un peu rock’n’roll mais ça prouve que l’on a un système qui marche.

Le midi, je prends une pause déjeuner mais c’est vraiment pas bon à l’AP-HP alors je ne mange que des sandwichs. On a des à-côtés sur le travail qui ne sont pas extraordinaires mais on a du travail, alors on ne va pas se plaindre. En début d’après-midi, on a revu le dispositif en cas d’attentat sur Paris pour être sûrs d’être opérationnel. Il a fallu  réadapter le dispositif à cause des vacances. On travaille vraiment main dans la main sur ce sujet avec la direction de l’AP-HP. »

Le Journaliste

J’ai quitté Charlie Hebdo en janvier. C’est quelque chose qui me manque beaucoup. Ce qu’il y a de plus passionnant dans le métier de journaliste, c’est la répétition des choses chaque semaine. Au-delà de regretter d’être parti, je regrette l’attentat, je regrette mes amis assassinés. J’aime ce journal mais je ne pouvais pas continuer à écrire dans Charlie dans de telles circonstances. J’aimerais bien continuer à écrire.

Quand je ne suis pas au SAMU, j’essaie de lire beaucoup et de voir mes amis. Je vais au théâtre. J’adore les brasseries, les cafés et les bars à vins. Je suis très parisien, j’aime aussi énormément me balader dans Paris. Je fais également beaucoup de yoga. Ça m’a considérablement aidé après les attentats.

A cause des attentats, j’ai de gros troubles du sommeil. C’est très compliqué. Je dors maximum 4h par nuit, et quand j’y parviens c’est déjà beaucoup. Quand d’autres attaques surviennent, cela réactive le traumatisme. C’est complexe parce que je travaille là-dedans, donc je suis confronté à cela tout le temps. Du coup,  je suis complétement impliqué dans la gestion des dispositifs, des risques… J’essaie d’aider le plus possible ou d’être là. L’attentat de Nice…par exemple m’a bouleversé. A chaque fois ça réactive mes troubles du sommeil mais aussi une grande volonté de me battre pour que le système soit le plus efficace possible en cas d’attentat.

Changer de métier?

Je ne me vois pas faire autre chose. Je m’ennuierais. Il y a déjà beaucoup de malheur dans ma vie. Quitter mon métier en surajouterais. J’aime mon travail et je suis bien dedans. Je suis né pour être dans ce mouvement perpétuel de l’urgence et de la gestion des risques. »

Pendant les vacances, mon travail à l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) est un peu plus calme. On va préparer une journée sur la laïcité à l’hôpital fin septembre. Il va falloir travailler dessus. Il y a aussi les dossiers des collègues qui sont en difficulté. On surveille beaucoup l’application du protocole du 22 décembre 2014 sur le plan de travail.

La période d’été est aussi propice pour rencontrer les gens du ministère et de l’Assistance Publique que l’on voit généralement en coup de vent de manière à travailler les dossiers plus en profondeur. »

A demain

Enfants malades. Patrick Pelloux n’écrit plus dans Charlie Hebdo. Désormais il parle au Figaro

 

Bonjour

On ne lit jamais assez les journaux. Notamment Le Figaro. Le plus vieux des quotidiens français décrypte, comme ses confères, les marges de la dernière manifestation parisienne contre la future loi Travail. Et comme ses confrères il n’a d’yeux que pour les vitres brisées de Necker – celles de l’aile Laennec, du nom du célèbre médecin breton qui inventa, sinon l’auscultation du moins le stéthoscope et cette auscultation médiate devenu le symbole de l’art médical.

C’était non loin des guichets du Louvre ; il y a très précisément deux cents ans cette année. Souvenons-nous. Victor Hugo avait deux fois sept ans et Laennec, déjà, travaillait à Necker. Paris, centre du monde, était alors un village. Le Figaro verrait le jour dix ans plus tard, sous le règne de Charles X. Et depuis, avec Beaumarchais, il blâme librement et, dans le même temps, tresse des flatteries.

Aujourd’hui Le Figaro donne la parole à Patrick Pelloux, 52 ans. Dans sa version papier le quotidien qualifie le célèbre médecin de « président de la Fédération Hospitalière de France ». On y verra, au choix, une coquille ou un lapsus plombé. Dans la version print tout est corrigé. Le Dr Pelloux est redevenu ce qu’il est depuis toujours : président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France.

« Assouvir sa psychopathologie »

L’urgentiste a bel et bien quitté les colonnes de Charlie-Hebdo. Pour autant il n’est jamais loin des micros. Proche du président de la République, titulaire de la légion d’honneur, il continue ici et là à vitupérer contre ses confrères mandarins coupables de conflits d’intérêts. A ce titre il ne craint pas de féliciter publiquement Martin Hirsch directeur général de l’AP-HP où il est employé. Chacun ses ambiguïtés. Aujourd’hui, dans Le Figaro il cogne contre la CGT.

«  ‘’C’est la symbolique’’, explique le Dr Patrick Pelloux. Et il lâche le mot ‘’salopards’’ avant d’ajouter: ‘’C’est la première fois que je vois un hôpital ainsi attaqué en France. C’est écrit en gros sur la façade: enfants malades! Il n’y a aucune excuse. Un symbole de la construction de l’humanisme a été attaqué et ce, par des gens qui prétendent défendre le Code du travail’’. Selon lui, la CGT devrait lancer une souscription pour rembourser les dégâts causés. ‘’Aujourd’hui, le mouvement contre la loi El Khomri n’est plus crédible. On a juste affaire à des casseurs qui veulent assouvir leur psychopathologie, c’est révoltant.’’».

On ne lit jamais assez les journaux. Notamment Le Figaro. Page 13 on découvre que Guy Novès, ancien ailier gauche aujourd’hui sélectionneur du XV de France parle de lui à la troisième personne du singulier. Passe croisée ou dédoublement de personnalité ? Plus loin Boris Cyrulnik, 78 ans poursuit sa thérapeutique collective avec son dernier opus chez Odile Jacob : nous avons besoins de héros et nous n’en n’avons plus beaucoup en magasin.

 Troisième personne du singulier

On ne lit jamais assez les hors séries du Figaro. Le prochain est consacré à un nouveau héros : Michel Houellebecq (prononcer [wɛlˈbɛk]), 58 ou 60 ans.

« Ses personnages ont le regard triste des lendemains qui déchantent, des laissés pour compte du grand rêve libéral. Livre après livre, Michel Houellebecq instruit le procès décapant du monde postmoderne. Est-il un provocateur cynique, un ultra lucide, un romantique déçu ?

 A l’occasion de l’exposition de ses photos au Palais de Tokyo, Le Figaro Hors-Série (8,90 euros) a choisi de présenter l’écrivain, derrière les masques dont il aime à s’affubler : récit de sa carrière, décryptage de ses essais, poèmes, romans et films, analyse des thèmes qui lui sont chers : « l’hypermarché social », l’enfance perdue, l’amour impossible, le néant spirituel, le chaos politique, les paradoxes de l’art contemporain, la montée de l’Islam. »

Relisons Cyrulnik avant de gagner le Palais de Tokyo : « Les héros nous apportent l’espoir, le rêve, la force. Attention cependant aux faux héros, attiseurs de violence et de haine, pourvoyeurs du pire. »

A demain

«François le Petit», Mlle Julie, le comte Macron et la «marquise de Pompatweet»… Rambaud dézingue

 

Bonjour

« Dézinguer » n’est pas un verbe fréquemment employé. C’est celui retenu par l’Agence France Presse pour qualifier la dynamique sous jacente au dernier ouvrage du redoutable Patrick Rambaud. Vous aviez adoré l’assassin de Nicolas 1er ? Vous tremblerez avec « François le Petit, Chronique d’un règne » (Grasset). Même angle, plus de noirceurs. L’ennemi auto-déclaré de la Pompe à Phynance occupe Versailles. Et la Machine à décerveller fonctionne à plein tuyaux comme  l’a montré « A l’Elysée, un temps de président » (Yves Jeuland)

L’assassin court toujours

Assassin, façon puzzle,  de « Nicolas-le-Mauvais » ou « Nicolas Ier » Patrick Rambaud a ressorti sa plume pour chroniquer le début du règne de « François IV » ou « François-le-Petit ». « Je raconte ici l’histoire d’un petit nombre d’hommes qui, poussés par les événements, ne se hissaient pas à leur portée », avertit Patrick Rambaud, 69 ans, réincarnation assez fidèle du duc de Saint-Simon (1675-1755). François-le-Petit en résonance au Napoléon affublé du même surnom, référence à Victor Hugo (1802-1885) et François Mitterrand (1916-1996).

La sortie de l’ouvrage en librairie (240 pages; 118 x 188 mm; 16.50 euros) coïncide avec les célébrations médiatiques du vingtième anniversaire de la disparition de l’ancien président de la République. Elle coïncide aussi avec celles du premier anniversaire des attentats de Paris. Patrick Rambaud dédie notamment son livre à Cabu et Georges Wolinski, « vieux complices », assassinés le 7 janvier dans les locaux de Charlie Hebdo.

Présentation :

« Nicolas Sarkozy était romanesque à souhait, contourné, faux, kärcherisé, entretenant une cour volatile et dorée. Avec sa montre en plastique et ses costumes bleu trempés, François le Petit est théâtral : en son palais de confetti, avec son casque à visière, au côté de ses femmes… »

« Avant de rejoindre le monde des esprits, François-le-Grand avait estimé que ses successeurs ne seraient au mieux que des comptables ; c’était vrai : le règne de Nicolas-le-Mauvais puis celui de François-le-Petit avaient tourné aux calculs, à la combine, aux querelles de coteries. Ces parvenus avaient ennuyé le peuple, ils l’avaient trompé, maintenant ils l’exaspéraient. »

Mlle Julie et le jeune comte Macron

Toutes et tous y sont. On croise ainsi la patronne du « Front populiste », Mlle de Montretout, le duc d’Évry nommé Premier ministre, le jeune comte Macron (qui le deviendra sans doute), Mademoiselle Julie (actrice) et la marquise de Pompatweet  (qui fit tant et tant parler d’elle avant de retomber aux oubliettes)

La chronique s’achève en janvier 2015 au moment où « deux crétins islamistes masqués fusillèrent la rédaction d’une gazette satirique » et qu’« un autre crétin du même calibre tira à la mitraillette sur les clients d’un hypermarché casher ». Au-delà de la petite musique qu’il maîtrise à merveille  la vision de Patrick Rambaud est particulièrement amère sinon dangereuse. On y voit notamment un « crétin wahhabite » que les caricatures plongent dans les transes.

 De la gomme au zinc

Dézinguer, donc. A ne surtout pas confondre avec dégommer : consiste à décoller les segments du piston (à l’aide de la manivelle) pour faciliter le démarrage d’une automobile : Dégommer le moteur. C’est aussi (plus familier) destituer quelqu’un de ses fonctions, le limoger : « Il n’est pas officiellement dégommé, mais il se regarde comme l’étant (GONCOURT, Journal, 1896, p. 954) ; « Vers cette époque y a eu la crise, j’ai bien failli être dégommé du dispensaire (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 34) »

Dézinguer ? Dans les dictionnaires contemporains le terme renvoie à l’opération de dézingage (ou dézincage) : travail consistant  à enlever le revêtement de zinc sur une pièce – ou à retirer le zinc contenu dans un alliage. Exemple : on utilise la soude et l’électrolyse pour le dézingage des tôles automobiles. Les dictionnaires modernes ne disent pas ce qui, une fois le zinc envolé, reste de l’ensemble.

A demain

Surréalisme, célébration et liberté d’expression: l’Osservatore Romano versus Charlie Hebdo

Bonjour

Un an après. Passions et incompréhensions une nouvelle fois au rendez-vous. Commémorations officielles à Paris. Commentaires depuis Rome et la place Saint-Pierre..

Le Vatican ne goûte guère la caricature à la Une de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo. Elle montre un dieu armé sous le titre « Un an après l’assassin court toujours ». Elle omet de rappeler que de nombreux dignitaires religieux ont condamné la violence au nom de la religion, regrette le quotidien du Vatican. Pour le premier anniversaire de l’attentat djihadiste contre lui, Charlie Hebdo sort mercredi 6 janvier un numéro spécial avec en une un dieu barbu, armé d’une kalachnikov et à l’habit ensanglanté. Ce numéro doit être tiré à environ un million d’exemplaires. Des « dizaines de milliers » seront expédiés à l’étranger.

Frôler le ridicule

« L’épisode n’est pas une nouveauté : derrière le drapeau trompeur d’une laïcité sans compromis, l’hebdomadaire oublie encore une fois ce que tant de dirigeants religieux de toutes appartenances ne cessent de répéter pour rejeter la violence au nom de la religion : utiliser Dieu pour justifier la haine est un véritable blasphème, comme l’a dit à plusieurs reprises le pape François », affirme l’Osservatore Romano dans son édition parue la veille de la sortie de Charlie

« Dans le choix de Charlie Hebdo, il y a le triste paradoxe d’un monde de plus en plus attentif au politiquement correct au point de frôler le ridicule, mais qui ne veut ni reconnaître ni respecter la foi en Dieu de tout croyant, quelle que soit sa religion », observe encore le quotidien du Vatican. Le journal cite le président du Conseil français du culte musulman, Anouar Kbibech, qui a estimé que cette caricature « blesse tous les croyants des diverses religions » et n’aide pas à la cohésion de la société française en un moment difficile.

L’Agence France Presse rappelle que l’an dernier, dans l’avion qui le ramenait des Philippines, le pape François avait estimé que la liberté religieuse comme la liberté d’expression étaient deux valeurs inaliénables. Mais il avait ajouté que la liberté d’expression ne devait pas être utilisée pour l’offense et l’insulte. Si un ami « dit un gros mot sur ma mère, il doit s’attendre à recevoir un coup de poing », avait argumenté François, simulant le geste du coup de poing. Dieu reconnaît-il toujours les siens ? Que dira François Cavanna ? Que diront Pierre Fournier et le Pr Choron ?

A demain

Patrick Pelloux, un an après : dans un joli placard au Samu de Paris ; ne « fera pas de médias »

Bonjour

Question d’actualité : comment commémorer l’horreur du 7 janvier de l’an dernier ? « Douze morts après une fusillade à Charlie Hebdo. Cabu, Charb, Tignous, Wolinski et Oncle Bernard ont été assassinés ».

Après tant et tant d’autres, Le Monde ouvre largement ses colonnes à celui que l’on ne présente plus, et depuis longtemps déjà : Patrick Pelloux : « médecin urgentiste qui avait sonné l’alarme lors de la canicule en 2003, également chroniqueur pour Charlie Hebdo, fut l’une des premières personnes à arriver sur les lieux de l’attentat ».

Patrick Pelloux diplômé honoris causa de l’Ecole Supérieure de Journalisme.  Patrick Pelloux récemment portraituré dans Vanity Fair : « Dr Jekyll : Qui est Patrick Pelloux, l’étrange docteur de ‘’Charlie Hebdo’’ ? » Un portrait plein cadre, sans concession ni retouches signé Sophie des Déserts.

Rien de brutal

Dans Le Monde les questions n’ont rien de brutal. On revient sur une carrière qui n’est pas stricto sensu médicale. Extraits :

« Je n’ai jamais été dans une course à un poste d’hospitalo-universitaire ou dans une querelle de pouvoir. Après, je me suis construit par le combat social, parce que personne ne voulait reconnaître la médecine d’urgence. Ce combat syndical a été laborieux. Le hasard est ainsi fait que le décret sur la spécialité de médecine d’urgence est sorti le 13 novembre 2015, jour des attentats de Paris. C’est fou, non ? (…)

« Au plus loin de mes souvenirs, je vois Kouchner, les boat people. Il fallait aider les gens. J’ai choisi médecine à cause de mon désir de faire de l’humanitaire. L’un de mes premiers stages s’est déroulé aux urgences de l’hôpital Trousseau à Paris. À cette époque, quand on était étudiant-stagiaire aux urgences, c’était « débrouille-toi ». En découvrant dans les années 1988-1989, les urgences, le SAMU, j’ai compris qu’il n’était pas forcément nécessaire de partir loin pour faire de l’action humanitaire.( …)

«  Mes échecs ? Sans nul doute ma carrière (il éclate de rire). Je suis dans un joli placard au SAMU de Paris et dès que la porte semble s’ouvrir, elle se reclaque toujours. (…)

Christiane Taubira et Marisol Touraine

Une porte qui s’entrouvre parfois;  notamment pour participer à des voyages officiels avec le président de la République, François Hollande, son « pote » :

« Je l’estime énormément, je trouve que c’est un très bon président dans une situation absolument épouvantable. Je le considère comme un ami mais je n’ai pas son portable (contrairement à ce que dit la légende). La dernière fois que je l’ai vu, c’est à ma remise de Légion d’honneur. »

On interroge cet adolescent attardé sur ses opposants :

« On est dans une telle société médiatique… Quand ceux qui ne m’aiment pas parlent de moi, je me demande de qui il parle. Parfois, les attaques sont très vexantes, avec des calomnies, des rumeurs : sur le sexe, sur la drogue, sur l’alcoolisme, sur l’argent, j’ai tout eu ! Il faut serrer les dents. Comme me l’a dit un jour Christiane Taubira : « Plus on te tire dessus, plus on te fait du mal ; plus tu te redresses, tu fais des sourires et tu avances».1

Winston Churchill

(…) Nous sommes en guerre. On est exactement dans la même position que les Anglais avec Churchill en 1940 : on ne sait pas quand les bombes vont nous tomber sur la gueule. Peut-être que les racines de tout cela, c’était le World Trade Center. On a fait semblant de croire que c’était chez les autres. J’ai dit à Marisol Touraine qu’il fallait redynamiser les centres médico-psychologiques dans un certain nombre de quartiers parce qu’il y a des types qui, d’un coup, se radicalisent et cela s’apparente à des délires mystiques. Sur des terrains psychopathologiques, les mecs veulent tuer tout le monde au nom de la religion. Cela s’appelle de la psychiatrie. »

Question : Où serez-vous le 7 janvier 2016 ? Réponse : « Caché, avec mon chat. Je ne ferai pas de médias. C’est trop dur, je suis trop fragile. »

A demain

1 Vanity Fair fait état d’une action en justice contre Le Point.