Roger Cans (1945-2018) : journaliste au Monde, pionnier/prophète au service de l’écologie

Bonjour

Les nécrologies, de nos jours, ne tardent plus guère. Ainsi celle de Roger Cans, signée dans Le Monde, par notre confrère Benoît Hopquin.

« Roger Cans, qui est mort le 28 novembre à l’âge de 73 ans, est de ceux, chanceux ou obstinés, qui surent faire de leur passion un métier. Lui, Roger, notre ami, c’était la nature qui suscitait sa vénération, d’enfant curieux, puis d’adulte passionné et, enfin, de journaliste spécialisé. La nature et ses peuples innombrables, faunes et flores, l’émerveillaient de leur fragilité et de leur résilience. Il les a observés toute sa vie, au bout d’une jumelle ou le nez au raz de l’herbe. De cette patiente fréquentation, il avait acquis un savoir et même une science qu’il transmettait comme un jeu, un exercice sans prétention, aux lecteurs du Monde. »

Comment mieux écrire ?

Pour notre part nous avions découvert Roger Cans au sein du superbe vaisseau amarré 5-7, rue des Italiens. L’époque était alors -encore-  à l’affrontement des idées, aux éclairantes méchancetés nées des idéologies. Combien étions-nous, alors, journalistes rue des Italiens, à saisir que « l’écologie » deviendrait un sujet omniprésent sur le site d’un journal bientôt sans papier ?

Qui, dans la vieille et superbe bâtisse, avait pris la mesure des apocalypses précédemment  signées Pierre Fournier (1937-1973) dans le Charlie Hebdo de Choron ? Qui se souvient des premiers vagissements de La Gueule ouverte, « le journal qui annonce la fin du monde ». Et qui aurait pu penser qu’un jour un président de la République établirait (oubliant le copyright citoyen)  un lien entre la « fin du monde » et la « fin du mois » ?

Benoît Hopquin, aujourd’hui, dans Le Monde :

« Né le 7 février 1945 à Maule (Yvelines) d’un père agronome et d’une mère assistante sociale, élevé dans une famille de tradition protestante, Roger Cans  passe son temps entre le grand jardin de la maison au bord de la Mauldre et la campagne de Mayenne où il traîne ses étés. Il apprend les noms et les caractéristiques des oiseaux et des plantes, des poissons et des insectes, les regarde avec la même admiration candide et la même cruauté juvénile que Marcel Pagnol quand, par exemple, il offre en festin dans son aquarium diptyques ou sangsues aux tritons ou aux épinoches.

Les sciences naturelles et le dessin le passionnent plus que les maths, cette discipline de malheur qui lui fermera le métier d’ingénieur forestier. A 14 ans, la lecture de Jules Verne démultiplie son horizon. Il part très vite sur les routes comme l’intiment ses 20 ans et les années 1960 : Gabon, Maroc, Grèce, Asie, Sicile, Israël, etc.

Après une licence de lettres à la Sorbonne, il atterrit au Centre de formation des journalistes. Professeur de français à Phnom Penh, il envoie ses premiers articles à l’hebdomadaire protestant Réforme. Revenu en France, il travaille pour Nice-Matin, puis reprend son baluchon et s’installe à Washington comme employé de la « Voix de l’Amérique » et correspondant de La Tribune de Lausanne. Il envoie quelques papiers transocéaniques au Monde. Il est embauché, en 1976, au service Education. En 1983, il reprend la rubrique Environnement, inaugurée dans le journal par Marc Ambroise-Rendu.

Autre temps… La protection de la nature, ainsi qu’on résumait alors l’écologie, est considérée comme une contingence, voire une lubie, une douce rêverie un peu attardée, au sein de la rédaction. Il faut se battre pour imposer ses sujets. Il se voit ainsi retoquer une série sur l’agriculture bio, jugée alors marginale et sans avenir. Pendant treize ans, il va contribuer à donner ses lettres de noblesse à l’environnement et à en élargir la compétence. Il s’intéresse aux méfaits de l’amiante, à une époque où des scientifiques de renom en proclament sans sourciller l’innocuité.

Dix ans après que René Dumont a provoqué l’éclat de rire en brandissant son verre d’eau, lors de la campagne présidentielle 1974, déclarant la ressource menacée, Roger Cans soulignera au long d’articles et de livres la pollution et le gaspillage de cette ressource. Il embarquera également des semaines sur un bateau de Greenpeace et rendra compte de la campagne antinucléaire dans le Pacifique.

Défenseur de l’environnement sans nul doute, le journaliste prendra cependant une distance prudente et même agacée avec l’écologie politique, moquant avec aigreur sa récupération et voyant dans Les Verts une auberge espagnole autant qu’une pétaudière. Ses modèles sont à chercher parmi les scientifiques épris de nature : Théodore Monod, Haroun Tazieff ou Jacques-Yves Cousteau, trois figures dont il troussera les biographies dans des livres.

Dans la nébuleuse écolo, Roger Cans se rangera toujours dans le camp des naturalistes, là où l’avaient mené ses rêves d’enfant. En 1996, quand il quitte le quotidien, il poursuit ses grands voyages (son seul regret sera de n’avoir jamais vu les îles Galapagos), écrit, filme sans relâche la nature, dans l’air, sur terre, sous l’eau, s’en émerveille comme aux premiers temps. Toute sa vie, il peindra aussi, sans se lasser, oiseaux, petits mammifères, poissons, arbres, fleurs ou champignons, collectionnera roches, coquillages, crâne et même mues de serpent qu’il rassemblera dans un cabinet de curiosités chez lui, dans le vieux prieuré de Saint-Jean-de-la-Motte (Sarthe), près du Mans, au milieu de cette nature qui aura été, plus que sa respiration, sa vie. »

Comment mieux écrire ces fractions de notre  passé? Comment mieux dire les angoisses de notre possible avenir  ?

A demain

@jynau

 

 

A la recherche de Bach, Bernard Devauchelle, Philippe Lançon, Puccini et Marcel Proust

Bonjour

Longtemps Philippe Lançon, né en 1963, fut  journaliste. Il l’est encore, mais plus seulement.  Bernard Devauchelle n’est plus seulement le chef du service de chirurgie maxillo-faciale et stomatologie du CHU d’Amiens. Il restera dans l’histoire de sa discipline comme celui qui fut à la tête de l’équipe qui a tenté et réussi la première « greffe partielle » d’un visage (celui d’ Isabelle Dinoire). La chirurgie et le journalisme, parfois, se croisent et c’est heureux.

Auteur du remarquable et remarqué « Le Lambeau » Philippe Lançon tient depuis toujours une chronique dans Charlie Hebdo. Celle datée du 14 novembre 2018 entre en écho de nombre de celles qu’il a consacrées aux conséquences, dans sa chair, de l’attentat dont il fut l’une des victimes, il y aura bientôt quatre ans. Il fut, longtemps, hospitalisé à La Pitié-Salpêtrière. Il y était à nouveau il y a quelques jours – dans la célèbre Chapelle Saint-Louis. Pour une table ronde à laquelle participait aussi les Prs Bernard Devauchelle, Chloé Bertolus et Patrick Goudot. Une table ronde consacrée à la chirurgie maxillo-faciale et associée à une formidable exposition consacrée à la « re-figuration »- voir ici – jusqu’au 14 décembre.

Jean-Sébastien Bach

« Avec son écharpe blanche, son élégante silhouette fine et son admirable élocution Bernard Devauchelle est lui-même un dandy proustien, écrit le journaliste-écrivain. Il n’opère jamais sans musique et, pour certains gestes toujours avec la même, par exemple du Puccini. ‘’ Il y a un passage, me disait-il, qui correspond exactement au geste que je dois faire. »

Suivent des lignes proustiennes consacrée à sa « re-figuration » et aux vertiges que lui imposent les retrouvailles avec les personnages de son roman. « Le temps chirurgical perdu et retrouvé ». Tandis que l’organiste jouait L’Art de la fuguedans cette Chapelle voulue par Louis XIV et construite par l’architecte des Invalides. Bien avant que Freud ne hante les lieux et que Proust n’entame sa quête.

Aujourd’hui, après une longue période d’abandon, la Chapelle Saint-Louis a retrouvé une activité cultuelle tout en abritant désormais de nombreuses manifestations artistiques notamment des expositions et des concerts.

A demain

@jynau

 

 

 

La sédation profonde opposée à l’euthanasie. Lançon (Charlie Hebdo) vs Jauffret (Marianne)

Bonjour

Etape majeure. Ce sont des documents pratiques essentiels que vient de rendre publics la Haute Autorité de Santé : « Comment mieux accompagner les patients en fin de vie ? ». Nous sommes ici dans le cadre de la dernière loi pour les malades et les personnes en fin de vie (dite loi « Claeys-Leonetti »). La HAS a notamment élaboré un « guide de référence sur la sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès » – l’une des pratiques sédatives à visée palliative en fin de vie. Ce document permet (enfin) de clarifier les termes de la loi et décrit les modalités et l’organisation nécessaire pour mettre en œuvre cette sédation.

« La sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès (SPCMD) permet une altération de la conscience qui sera poursuivie jusqu’au décès. Encadrée par la loi, elle peut être mise en œuvre à l’initiative des professionnels ou à la demande d’un patient, au cours de situations précises, dans un établissement hospitalier, au domicile ou en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. »

Pour en finir avec les accusations récurrentes d’hypocrisie la HAS explique, simplement, les différences entre cette « sédation profonde » et l’euthanasie. « Six caractéristiques différencient la sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès de l’euthanasie : l’intention, le moyen pour atteindre le résultat, la procédure, le résultat, la temporalité et la législation. » Résumons.

Intention : d’un côté « soulager une souffrance réfractaire », de l’autre « répondre à la demande de mort du patient »

Moyen : « Altérer la conscience profondément » ;  « Provoquer la mort »

Procédure : « Utilisation d’un médicament sédatif avec des doses adaptées pour obtenir une sédation profonde » ; « Utilisation d’un médicament à dose létale »

Résultat : « Sédation profonde poursuivie jusqu’au décès dû à l’évolution naturelle de la maladie » ;  « Mort immédiate du patient »

Temporalité : « La mort survient dans un délai qui ne peut pas être prévu » ; « La mort est provoquée rapidement par un produit létal »

On rappellera, enfin, que la sédation profonde est, en France, autorisée par la loi quand l’euthanasie est illégale considérée comme un homicide, un empoisonnement voire un assassinat

Répétons-nous : « Comment mettre en œuvre une sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès ? » est un document essentiel et la HAS doit être félicitée d’avoir pu mener un travail d’une telle rigeur, d’une telle clarté. Le guide qu’elle a élaboré  décrit les situations dans lesquelles cette sédation peut être mise en œuvre et la conduite à tenir avant de la réaliser pour vérifier que les conditions prévues par la loi sont remplies. Il s’attache à identifier les contraintes organisationnelles et propose les conduites thérapeutiques et de surveillance. Le soutien des proches et des professionnels est essentiel et également décrit. Les stratégies médicamenteuses seront bientôt précisées par une recommandation de bonne pratique en cours de réalisation.

La salve critique de Libé

Tout le monde ne partagera pas ce point de vue. A commencer par les militants extrêmes du « droit de mourir dans la dignité ». On trouvera la première méchante salve critique dans Libération  de ce 15 mars : « Fin de vie : la Haute Autorité de santé veut fermement encadrer la sédation terminale »(Eric Favereau) :

« Avec la loi Leonetti-Claeys de 2016 sur la fin de vie, le législateur avait laissé un certain flou autour de cette nouveauté que constituait «la sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès». La Haute Autorité de santé a voulu le lever. Rendues publiques ce jeudi, ses recommandations portent une vision restrictive de cette avancée, en créant une frontière stricte entre ladite sédation qui vise à faire dormir et l’euthanasie qui vise à provoquer le décès. Mais est-ce possible ? Y a-t-il vraiment une limite ? Une fin de vie médicalisée est souvent complexe. Entre le «laisser mourir» et «le faire mourir», la frontière est ténue. Lorsqu’on arrête un respirateur artificiel avec un fort sédatif, n’est-on pas déjà dans le faire mourir ? »

 « Tout n’est pas réglé, car les mots peuvent être interprétés » ajoute l’auteur. Sans aucun doute. On conseillera toutefois à notre confrère de relire, calmement, les documents de la HAS avant de tenter de la condamner. On peut aussi, outre Libération, se reporter à deux hebdomadaires qui, hasard ou fatalité, traite l’un et l’autre du sujet de manière remarquable. Ce sont deux témoignages puissants, deux textes écrits signés par un journaliste l’autre par un écrivain. Le premier, dans Charlie Hebdo (14 mars 2018) est de Philippe Lançon. Le second, dans Marianne (du 9 au 15 mars 2018)  est de Régis Jauffret. Dans « La chambre de mon père » Lançon rapporte, avec une délicatesse extrême, les conditions du départ de son père pris en charge par des spécialistes des soins palliatifs. Une mort qui coïncidait avec la publication de la tribune de 156 députés (majoritairement proche du Président) réclamant, dans Le Monde, une modification en urgence de la loi et un droit à l’euthanasie.  Il faut, sur ce point, lire le chemin accompli par Lançon.

Dans Marianne le texte de Régis Jauffret est intitulé « Une intraveineuse de penthotal ». Cela se termine à Lausanne. Brutal.

A demain

 

 

Qui nous dira la vraie vérité sur le complot vaccinal politique et pharmaceutique ?

Bonjour

L’étrange frappe à nos portes. A l’heure de l’Epiphanie et de la galette des Rois, cette étude menée pour la Fondation Jean Jaurès et l’Observatoire Conspiracy Watch 1. Etude sur la réalité française et contemporaine du complotisme en France.  Etude à désespérer les descendants des Lumières, les militants du rationalisme, les croyants en la Raison pure. Sans parler de celles et ceux qui croient encore aux vertus des filtres de la profession de journaliste.

Le Quotidien du Médecin s’est intéressé à cette étude : « alors que l’extension de l’obligation vaccinale est entrée en vigueur ce 1er janvier 2018, 55 % des Français adhèrent à l’idée que ‘’le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins’’ ». A dire vrai cela semble un tout petit peu plus compliqué.

« Etre de mèche » …  Le poison de la connivence… La sale fragrance des conflits d’intérêts. Et toujours cet étrange qui n’a de cesse d’exister. La France bruit des échos des théories complotistes : le président John F. Kennedy assassiné par la CIA… le virus du sida créé en laboratoire et testé sur la population africaine avant de se répandre à travers le monde… la Terre qui serait tout sauf ronde … les zones d’ombre concernant les attentats de 2015 contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher … Al-Qaïda ou Daech manipulés par les services secrets occidentauxle projet hyper secret visant à instaurer une dictature oligarchique planétaire… le mensonge américain quant à leur présence sur la Lune …

Fausses nouvelles

Corollaire : cette étude témoigne du faible niveau de confiance des Français dans les médias. Interrogés, seuls 25 % répondent que « globalement, ils restituent correctement l’information et sont capables de se corriger quand ils ont commis une erreur » ; 36 % estiment que, soumis aux pressions politiques et financières, ils n’ont qu’une marge de manœuvre limitée ; 30 % pensent que « travaillant dans l’urgence, ils restituent l’information de manière déformée et parfois fausse » ; 9 % estiment que « leur rôle est de relayer une propagande mensongère nécessaire à la perpétuation du système ».

En France le complotisme est un « phénomène social majeur et préoccupant » commente Conspiracy Watch. Près de huit Français sur dix adhèrent à au moins l’une des grandes théories du complot, et plus d’un tiers croient à quatre de ces théories. C’est dire la prégnance de l’étrange. Dans le même temps, sur les écrans, le président de la République annonce une loi contre les fausses nouvelles (« fake news ») en période électorale.

A demain

1 Lire « LE CONSPIRATIONNISME DANS L’OPINION PUBLIQUE FRANÇAISE » de Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch.

 

Etrange : Jean-Luc Hees (ex- Radio-France) entre au comité d’éthique de radio Kremlin-France

Bonjour

Veille de Noël. C’est une information développée par Le Monde (Alexandre Piquard) : Jean-Luc Hees au comité d’éthique de RT (ex-RussiaToday). Plus que bizarre : étrange.  Jean-Luc Hees : un monument sonore sculpté par Wikipédia :

« Après des débuts en 1972 à l’ORTF, il est correspondant de France Inter à Washington dans les années 1980. À son retour en France, il présente le journal de 13h00 de France Inter en direct et en public, et le magazine Synergie de 1990 à 1999.

Il est nommé directeur de France Inter en 1999 par le PDG de Radio-France Jean-Marie Cavada. En 2003, il supprime brutalement de la matinale de France Inter la chronique scientifique Odyssée du médecin et romancier Martin Winckler, à la suite de pressions de l’industrie pharmaceutique. En tant que directeur de France Inter, Jean-Luc Hees a mis (ou remis) à l’antenne Pascale ClarkFrédéric BonnaudStéphane BernGérard LefortPhilippe Val et Michel Polac. En 2004, à l’arrivée de Jean-Paul Cluzel à la tête de Radio France, il est remplacé par Gilles Schneider.

En 2006, Jean-Luc Hees revient à l’antenne sur Radio Classique. En 2007, il est chargé sur cette antenne de l’émission culturelle « Hees bien raisonnable « de 18 à 20 heures. À la rentrée 2008, il est à la tranche matinale de 8 à 10 heures. En 2008, il tient une chronique dans Charlie Hebdo sur la campagne présidentielle américaine. Nommé président de Radio France en mai 2009 par Nicolas Sarkozy en mai 2009, Puis le CSA nomme Mathieu Gallet PDG de Radio France pour lui succéder à compter du 8 mai 2014.

Gracieusement, coups et rage

24 décembre 2017 : la chaîne russe RT, plus que controversée 1, vient de commencer à émettre. Elle dévoile la composition de son comité d’éthique. Notamment : Anne Gazeau, ancienne ambassadrice, le journaliste Jacques-Marie Bourget, l’ancien ministre des transports de François Fillon Thierry Mariani, aujourd’hui membre du bureau politique des Républicains, le journaliste Majed Nehmé et Jean-Luc Hees, ancien président de Radio France (2009-2014).

S’émouvoir ? S’indigner ? Ignorer ? Contacté par Le Monde, Jean-Luc Hees précise que sa fonction au comité d’éthique est exercée à titre gracieux. Il se défend d’être « acheté par une présence étrangère ». Il ajoute : « Je suis journaliste depuis près de cinquante ans. Je ne crois pas avoir jamais failli à l’honneur de notre métier. »

« Si j’étais dans une école de journalisme, je dirais que si on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage, mais si on est journaliste, on doit attendre qu’il ait réellement la rage pour le tuer”. » (sic)

Ce sont là des propos qui, au pays de Pasteur et des obligations vaccinales, peuvent être diversement interprétés. Pour ce qui est des critiques formulées sur « RT » dans la presse, le journaliste déclare en avoir « marre du chœur des vierges »« Je me suis dit : “Sois courageux”. Ce serait plus simple de ne pas être dans ce comité d’éthique. Il n’y a que des coups à prendre. Mais je m’en fous. » Même commentaire.

Selon lui : « Il vaut mieux regarder de l’intérieur que de constater de l’extérieur que quelque chose ne va pas. C’est une affaire de principes. » Il assure que « si un truc [le] dérange, [il partira] dans l’instant. Et alors, une preuve sera faite. » Idem.

 A demain

1 Déjà diffusée en langue arabe, espagnole et anglaise cette chaîne est régulièrement accusée de propagande pro-Kremlin. Au Royaume-Uni, l’organe de réglementation de l’audiovisuel a déjà émis quatorze mises en demeure et l’a menacée de sanction, pour des sujets notamment sur la Syrie et l’Ukraine, où l’armée russe est présente. Twitter est allé jusqu’à interdire les publicités provenant de RT et d’autres organes de presse financés par le gouvernement russe.

 

PMA : après Edouard Philippe, Jacques Testart face au président de la République !

Bonjour

Ce devait être le grand moment de « L’Emission politique » (France 2) : sous le fouet de Léa Salamé, les gladiateurs républicains Edouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon. Ce fut, in fine, un échange policé; un match de troisième division qui déçut profondément une foule accourue en grand nombre devant les écrans.

Une foule qui découvrit une nouvelle fois le caractère étrange de ce boxeur amateur soudain promu Premier ministre. Un amoureux, dit-on, du style indépassable de Louis-Ferdinand Céline mais qui peine à remplir la fonction pré-suprême qui est la sienne. Un homme qui aimerait faire comprendre qu’il ne manque pas d’humour et que l’on pressent pétri de contradictions de plus en plus difficiles à assumer. Un locataire de Matignon qui, sans doute par crainte du soleil élyséen jupitérien, se cantonne au périmètre de chef comptable de cabinet.

Laissons Jean-Luc Mélenchon pour Jacques Testart, malicieusement rayonnant sur le plateau. Jacques Testart, biologiste et prophète du Meilleur des mondes, pionnier de la fécondation in vitro et créateur d’Amandine, le premier « bébé-éprouvette » français 1. Edouard Philippe savait être sur le grill, mis en face de ses contradictions, contraint de justifier son évolution.

Couples du même sexe

Alors qu’il était encore maire du Havre, Edouard Philippe avait, en février 2013, signé avec Nathalie Kosciusko-Morizet cosignaient une tribune dans le Huffington Post,  L’Assemblée Nationale débattait alors depuis plus de du texte autorisant le mariage des couples de même sexe.  Après avoir exposé toutes les raisons pour lesquelles il s’abstiendrait lors du vote Edouard Philippe et Nathalie Kosciusko-Morizet écrivaient :

 « Nous ne sommes pas opposés à une loi qui permettrait le mariage et l’adoption simple pour les couples de même sexe, mais nous n’accepterons pas ce qui viendra après cette loi. Nous nous opposerons résolument à la PMA pour les couples homosexuels féminins, et à la GPA qui, au nom de l’égalité, ne manquera pas d’être réclamée par la suite. »

La loi a été votée et ce qui devait venir est annoncé : l’avant-projet de loi sur la « PMA pour toutes » est déjà en chantier, une loi annoncée pour un vote durant l’année 2019. Et nous retrouvons aujourd’hui Edouard Philippe Premier ministre chargé de défendre ce qu’alors il combattait. Où est aujourd’hui cette opposition résolue affichée il y a quatre ans ? Contorsions, embarras, points de suspension… Comment se justifier sur un sujet éthique avec lequel il est interdit de plaisanter ?

« Discuter avec des gens »

Jacques Testart pousse le fer sans jamais brûler, rappelle que la « PMA pour toutes » se réduit à une « insémination artificielle », qu’il n’y a là aucun geste spécifiquement médical et que l’autoriser via la loi conduira à une pénurie de dons de sperme, à l’ouverture immanquable d’un nouveau marché et, in fine, à la commercialisation des éléments (cellules, tissus et organes) du corps humain. Effroi et dénégations du Premier ministre qui se souvient avoir lu, il y a bien longtemps, un livre du biologiste. Edouard Philippe qui dira, sans le dire et en même temps en le disant qu’il a, en quatre ans, « évolué » sur le sujet. Pourquoi ?

« J’évolue car je rencontre des couples qui ont eu recours à cette technique en Belgique, en Espagne. Je vois ce que ça suscite, ce que ça permet, je ne vois pas ce que ça enlève. J’ai envie d’en discuter avec des gens. »

« Discuter avec des gens » ? Ce n’est sans doute pas la meilleure formule à utiliser sur un tel sujet quand on est à la tête de l’exécutif. Jacques Testart aimerait, lui, poursuivre un combat qu’il sait, désormais, maîtriser. Trop tard. Il faut passer aux salaires non versés des forces armées ; et l’on entend Jean-Luc Mélenchon piaffer.

Qu’importe, la messe est dite. On sait désormais quel devrait être, en toute logique éthique et républicaine, le prochain plateau télévisé : Jacques Testart face à Emmanuel Macron. Digne descendant de Jean Rostand, le biologiste prophète en éthique y est prêt. On n’ose pas imaginer que le président de la République s’y refuserait.

A demain

1 Lire, sur ce thème, le (long et dérangeant) entretien accordé par Jacques Testart à l’hebdomadaire Charlie Hebdo (n° 1313)

PS  Hasard ou fatalité nous apprenons aujourd’hui la mort brutale du Pr Jacques Lansac, ancien chef du service de gynécologie-obstétrique du CHU de Tours (1982 -2008) et ancien président du  Collège national des gynécologues obstétriciens de France. Il fut, à notre connaissance et dans son domaine, l’un des meilleurs traducteurs-pédagogue du grand passage de l’éthique au droit qui conduisit au corpus législatif de bioéthique d’aujourd’hui. Son savoir et son humour nous manqueront.

On trouvera ici l’hommage que rend à cet humaniste notre confrère Jean-Daniel Flaysakier.

 

 

 

Banalisation accélérée des manipulations génétiques sur les embryons humains

Bonjour

Hier encore c’eût été une vague d’émotion et de commentaires enthousiastes ou indignés 1. Aujourd’hui rien ; ou quelques lignes, comme sur le site Gènéthique. Modifier le génome d’embryons humains : hier la pratique  semblait réservée à la Chine radicalement étrangère à une bioéthique que l’Occident tient encore pour universelle. Puis les Etats-Unis s’intéressèrent à ces expériences controversées, intérêt suivi d’une récente première publication contestée. Aujourd’hui il s’agit du Royaume-Uni, havre démocratique et nouveau terrain d’expérimentation de la génétique embryonnaire humaine.

Une équipe britannique vient ainsi d’annoncer avoir modifié le génome de 58 embryons humains à partir de la technique dite « CRISPR-Cas9 ». Tout est raconté, dans Nature, par Heidi Ledford : « CRISPR used to peer into human embryos’ first days ». Nature qui publie le papier original correspondant : « Genome editing reveals a role for OCT4 in human embryogenesis ». Un travail mené par Mme Norah M. E. Fogarty (Human Embryo and Stem Cell Laboratory, The Francis Crick Institute, London).

L’incubateur central du « Meilleur des mondes »

Ces travaux étaient parfaitement autorisés. Ils ont été menés  et sur des embryons humains « surnuméraires » (créés à l’origine par fécondations in vitro à des fins de procréations) offerts aux chercheurs. Objectif: mieux comprendre certains mécanismes génétiques et moléculaires des premiers stades du développement humain. A cette fin les chercheurs ont éliminé un gène (le gène OCT4) peu après la fécondation de l’ovocyte par le spermatozoïde pour « tester la capacité de la technique à déchiffrer les fonctions de gènes clefs ». « Une façon de découvrir ce qu’un gène fait dans l’embryon en développement est de voir ce qui se passe quand il ne fonctionne pas », a expliqué Mme Kathy Niakan, dernière signataire de la publication.

Cette chercheuse dit espérer que d’autres équipes étudieront d’autres gènes clefs à l’avenir. Ce qui ne devrait guère tarder. A terme l’objectif (officiellement) affiché de telles manipulations est d’ « améliorer les traitements de FIV » et de comprendre les causes des fausses-couches.

A Londres (non loin de l’incubateur central du Meilleur des mondes), sept jours après la manipulation, les embryons humains ont été détruits et analysés. Où il fut démontré que l’embryon humain a besoin de la présence fonctionnelle du gène OCT4 pour se développer.

A demain

1 Lire, sur ce thème, le (long) entretien accordé par le biologiste-prophète Jacques Testart à l’hebdomadaire Charlie Hebdo (n° 1313)