Mystères et thérapeutique : au-delà de la pompe électrique le coeur est aussi un organe lymphatique

Bonjour

Longtemps il avait été le siège des passions, l’épicentre du Cid. Puis le XXème siècle triomphant avait réduit notre petit cœur au rôle de pompe électrifiée. Il ne pensait plus, se contentait de battre. On l’avait électrifié. Puis on testa des modèles artificiels. Puis on le transplanta, avec le succès que l’on sait. On le retrouva bientôt dans un roman raisonnant avec l’air du temps. « Réparer les vivants », bientôt sur tous les écrans. La formule fur reprise par le président de la République. C’était dans la cour de l’hôtel des Invalides, un moment national déchirant vite oublié. La France peut être cruelle, aussi, avec ceux qui la gouvernent.

Et voici, aujourd’hui, une publication qui renouvelle, élargit la vision que nous pouvions avoir de notre palpitant. C’est un travail français que l’on peut découvrir dans la revue Circulation : “Selective Stimulation of Cardiac Lymphangiogenesis Reduces Myocardial Edema and Fibrosis Leading to Improved Cardiac Function Following Myocardial Infarction”. C’est aussi, ce qui ne manque pas de sel, un travail hexagonal périphérique mené dans deux villes à haute valeur symbolique 1.

Lymphe, la grande inconnue

Résumons l’affaire, à la lumière du communiqué que vient de diffuser le service de presse de l’Institut national français de la santé et de la recherche médicale. Tout tient en une phrase : il existe, sous le réseau sanguin qui oxygène le muscle cardiaque électrifié, un réseau secondaire ; un réseau sinon totalement ignoré du moins largement sous-étudié. Un réseau d’une autre facture, non pas fait de sang mais bien de lymphe, cette grande inconnue. Et en dépit du fait que ce réseau lymphatique est particulièrement développé son rôle dans les maladies cardiovasculaires n’avait, jusqu’à ce jour, guère été exploré.

Cette exploration vient de commencer, sous la houlette rouennaise d’Ebba Brakenhielm, chargée de recherche à l’Inserm. Les explorateurs viennent de découvrir que ce réseau lymphatique était fortement altéré après un infarctus du myocarde. Mais ils ont surtout démontré que les vaisseaux de ce réseau pouvaient être régénérés à partir de l’injection de « microparticules innovantes ». Une biothérapie qui n’est pas sans rappeler, à une autre échelle, les drainages lymphatiques pratiqués dans d’autres régions du corps humain.

Ces microcapsules biodégradables contiennent des facteurs de croissance encapsulés, spécifiques des lymphatiques, baptisés VEGF-C. Ces missiles thérapeutiques avaient été précédemment mises au point lors de travaux sur la création de vaisseaux sanguins.

Drainage lymphatique cardiaque

 « Après un infarctus du myocarde le traitement administré  accélère la réponse lymphangiogénique cardiaque et améliore le drainage lymphatique du cœur en trois semaines. Il a comme effet direct une diminution de l’œdème, de l’inflammation et de la fibrose cardiaques » explique Ebba Brakenhielm. « Ces travaux, issus de quatre  années de recherches, montrent l’implication importante du réseau lymphatique dans les maladies cardiovasculaires, ajoute le Pr Vincent Richard, directeur du laboratoire Inserm de Rouen. Or les recherches sur ces vaisseaux lymphatiques, auparavant invisibles, ne se sont développés que depuis 10 ans à peine, et leur rôle dans la physiopathologique est souvent ignoré. »

C’est ainsi que nous est fournie une nouvelle cartographie liquide de l’antique siège des passions humaines : si les artères et les veines participent bien à l’alimentation des organes en sang, en oxygène et en nutriments il existe aussi, dans l’ombre de la salle des machines le réseau lymphatique ; un réseau transporteur des fluides et des cellules immunitaires et débarrassant les déchets cellulaires. Une armée de l’ombre dotée de pouvoirs purificateurs qui peut, en cas de besoin, être mobilisée et stimulée à des fins thérapeutiques.

On ajoutera que ces travaux prometteurs ont été menés chez le rat. Rien n’interdit, désormais, de songer à mieux réparer l’humain.

A demain

1 Cette publication est signée de chercheurs travaillant dans les unités Inserm et les universités de Rouen et de Reims

SNCF et infarctus du myocarde : les nouveaux mystères des gares de Paris

Bonjour

L’épidémiologie est une discipline qui sait être facétieuse. Prenez le dernier numéro du célèbre journal Circulation. Vous y trouverez un papier assez étonnant concernant la SNCF et signé, comme il se doit, d’une équipe française. Dix-neuf auteurs (médecins, cardiologues, urgentistes, sapeurs-pompiers et urbanistes) dirigés par Eloi Marijon et Xavier Jouven (Université Paris Descartes; Paris Cardiovascular Research Center, Inserm U970 ; Hôpital Européen Georges Pompidou). Une publication disponible ici. Un travail repris dans Le Figaro (Soline Roy)

Gare de l’Est

Que nous disent les auteurs ? Ils ont, tout simplement, découvert que les cinq gares de la Ville-lumière sont des endroits privilégiés pour les accidents cardio-vasculaires, les infarctus du myocarde en particulier. Etrange et troublant paradoxe entre les nœuds des circulations ferroviaires et la circulation sanguine des passagers.

« Est-ce parce que les passagers en retard courent après leur train? Qu’ils sont stressés par les retards dans les transports en commun? Toujours est-il que les gares parisiennes, qui ne couvrent que 1 % de la surface de la ville, concentrent 20 % du nombre total d’arrêts cardiaques survenant dans la capitale » résume Le Figaro. C’est poser, en substance, la question de la responsabilité publique de ces accidents généralement considérés comme une fatalité.

Saint-Lazare

Les chiffres publiés ne sont nullement anecdotiques. Ils sont le fruit de l’analyse des accidents cardiaques survenus entre 2000 et 2010 sur la voie publique à Paris (soit 30 % du total des accidents cardiaques). Les cardiologues hospitalo-universitaires ont ici fait cause commune avec la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris et  l’Atelier parisien de l’urbanisme. Le groupe ainsi formé a pu géolocaliser les 1255 arrêts cardiaques recensés sur la voie publique durant cette période. Puis il les a placés sur une carte de la capitale française, capitale découpée en 2020 cases, identifiant  pour chacune la densité et le flux de la population, ainsi que les équipements urbains présents (gares, écoles, centres commerciaux, musées…)

Montparnasse

La conclusion est limpide : la densité humaine du lieu n’est pas associée au  nombre d’accidents cardiaques. En revanche une corrélation apparaît avec l’intensité du flux de population dans un lieu donné. Un exemple est frappant : dans les cinq principales gares parisiennes, les accidents cardiaques sont cinq fois plus fréquents  que dans  les musées, pourtant tout aussi fréquentés (selon les chercheurs).  « Là où la population passe, elle trépasse » ose Le Figaro. L’étude n’explicite pas les raisons de cette sur-dangerosité des gares. Mais on peut aisément supposer qu’attendre désespérément son train ou galoper pour l’attraper est plus stressant que contempler La Joconde ou songer au pied des colonnes de la cathédrale Notre-Dame. »

On pourrait aussi rappeler, avec Stendhal et Florence, la spécificité pathologique des œuvres d’art concentrées, plus psychiatrique que cardiologique. De l’eau a coulé sous les ponts de Paris ; le cœur n’est plus le siège des sentiments depuis bien longtemps.

Gare de Lyon

« Il faudrait donc renforcer la présence des défibrillateurs dans les gares plutôt que chercher à l’homogénéiser dans tous les quartiers de la capitale, plaide Éloi Marijon, premier auteur de la publication de Circulation et cardiologue à l’Hôpital européen Georges Pompidou. Et bien sûr, il faut continuer à sensibiliser le grand public à l’utilisation de ces appareils encore trop rarement utilisés en cas de problème.»

Que le Dr Marijon nous permette, un instant, de parler au nom du grand public. Et plus particulièrement au nom du grand public qui, abonné depuis quelques décennies de la SNCF, a observé la progression de l’épidémie des défibrillateurs automatiques accroché à la gauche du bar des voitures n° 4 ou 14 des myriades de TGV. Des défibrillateurs utilisables par toute personne (sic) sans attendre l’arrivée des contrôleurs. Ces défibrillateurs sont-ils utilisés ? A quelle fréquence ? Combien de vies ont-ils permis de sauver ?

Gare du Nord

Nous allons tenter de poser ces questions de santé publique au service de presse de la Société nationale des chemins de fer français. Nous lui demanderons également les raisons de ce nouveau message sanitaire, omniprésent sur la ligne (jadis à très grande vitesse) qui relie (encore) Paris à Tours (via Saint-Pierre-des-Corps) : pourquoi imposer aux contrôleurs de rappeler à une telle fréquence (et avec une telle insistance) qu’avant de descendre ils doivent attendre l’immobilisation totale de la rame – puis prendre soin de ne pas placer leurs pieds dans l’espace situé entre la rame et le marchepied – puis de prendre garde à la hauteur (variable) de l’espace situé entre le quai et le susdit marchepied.

Sans oublier le billet qui doit, comme chacun sait, avoir été plus ou moins composté.

A demain