Cannabis : voici ce que tout fumeur doit désormais savoir avant d’être dépisté au volant

Bonjour

17 septembre 2019. A Marseille le gouvernement, dirigé par Christophe Castaner, mouline et repart en guerre contre la drogues et ceux qui en vivent. Totale omission de la réduction des risques et de la légalisation du cannabis. Les médias, généralement, applaudissent. Ou demandent, comme toujours, à voir.

Demain 18 septembre, à Paris, séance académique de l’Académie nationale de Pharmacie avec, en « question d’actualité » : « RÉSULTATS DE L’ÉTUDE FRANÇAISE VIGICANN : EFFETS DU CANNABIS FUMÉ SUR LA VIGILANCE ET LES PERFORMANCES DE CONDUITE DES FUMEURS OCCASIONNELS ET CHRONIQUES ». Un travail du Pr Jean-Claude Alvarez, chef de service du laboratoire de Pharmacologie-Toxicologie du CHU de Garches, , (INSERM U-1173).

Où l’on apprend que paradoxalement, à dose égale, un fumeur occasionnel de cannabis est plus facilement qu’un chronique dépisté par le test salivaire. Et que l’effet du THC sur la conduite automobile ne dépend pas de sa concentration dans le sang, mais du mode de consommation du fumeur… La preuve par l’étude française Vigicann 1. Résumé :

Vrais joints de qualité d’origine contrôlée

« Le test salivaire permet un dépistage d’autant plus efficace que, depuis un an environ, il n’est plus nécessaire de le valider par une analyse sanguine. Il suffit désormais de faire analyser par un laboratoire agréé un échantillon de salive du conducteur détecté positif. Ce qui évite les faux positifs… Ce qui facilite les contrôles. Mais, il était toujours impossible pour la police ou la gendarmerie de faire la différence entre fumeurs chroniques et occasionnels, et ce qu’elle que soit la dose absorbée.  Pour la première fois, une étude analyse les effets du cannabis sur la conduite chez des consommateurs occasionnels (1-2 joints/semaine) et chroniques (1-2 joints/jour) à partir de tests effectués sur de « vrais » fumeurs auxquels les chercheurs ont volontairement fourni de « vrais » joints (de qualité) (sic).

« L’étude confirme que la consommation de cannabis fumé conduit à une augmentation rapide du THC dans le sang des fumeurs, à l’origine d’un allongement de leur temps de réaction et d’une modification de leurs performances de conduite. Mais : les effets sont plus prononcés chez les fumeurs occasionnels avec des temps de réaction plus importants pour une même dose consommée ; les effets durent plus longtemps chez les fumeurs occasionnels que chez les fumeurs chroniques (13h vs 8h chez les fumeurs chroniques). »

On regrettera que les auteurs-citoyens n’en disent pas plus, au sein de leur Académie, quant à l’origine des joints de qualités utilisés – et quant à leur position sur la dépénalisation.

A demain @jynau

1 Effect of Smoked Cannabis on Vigilance and Accident Risk Using Simulated Driving in Occasional and Chronic Users and the Pharmacokinetic-Pharmacodynamic Relationship. Clin Chem. 2019 May;65(5):684-693. doi: 10.1373/clinchem.2018.299727. Epub 2019 Mar 14.

Cette étude, contrôlée et randomisée, a été menée en double aveugle et en cross-over par des équipes du laboratoire de pharmacologie – toxicologie et du service d’explorations fonctionnelles de l’hôpital Raymond-Poincaré AP-HP et de l’unité Inserm / Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines 1173 « Infection et inflammation chronique », dirigées par le Dr Sarah Hartley et le Pr Jean-Claude Alvarez.

Dopage athlétique et dindons de la farce : la publication scientifique qui n’aurait jamais existé

Bonjour

Les médias anglais font mine d’enrager. The Sunday Times (George Arbuthnott, Jonathan Calvert and David Collins) comme la BBC. A les écouter on ne peut qu’être scandalisé ; une affaire destinée au blog « Rédaction médicale et scientifique » de Hervé Maisonneuve. Ni fraude ni malversation cette fois, mais un veto interdisant la publication d’une vérité scientifique. Un papier étouffé ? A coup sûr un nouvel épisode dans l’infini feuilleton de la traque au dopage sportif.

Le Sunday Times racontait ainsi, hier 16 août, que la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) avait bloqué la publication d’une étude sur le dopage – une étude selon laquelle un tiers des athlètes ayant participé aux Mondiaux de 2011 avaient eu recours à des méthodes prohibées pour améliorer leurs performances. En pratique des chercheurs de l’université de Tübingen en Allemagne avaient pu enquêter sur les athlètes de haut niveau lors des Mondiaux organisé à Daegu, en Corée du Sud, en 2011. Ils en auraient conclu qu’entre 29% et 34% des 1.800 participants à la compétition avaient violé la réglementation antidopage au cours des douze mois précédents.

« Ces découvertes démontrent que le dopage est extrêmement répandu parmi les athlètes de haut niveau et reste largement incontrôlé en dépit des dispositifs actuels de tests biologiques » aurait conclut l’étude. Les chercheurs allemands ont aussi indiqué au Sunday Times que la publication de leurs résultats avait été bloquée par l’IAAF.

Selon le journal britannique cette étude scientifique avait été financée par l’Agence mondiale antidopage (AMA), cette dernière ayant toutefois  donné à l’IAAF la possibilité de s’opposer à la publication – et ce en échange de « l’accès aux athlètes ». La confiance régnait, en somme. Puis, dans les mois suivant l’étude, il aurait été demandé aux chercheurs de signer un accord de confidentialité. Ces derniers critiquent désormais la volonté de la Fédération d’athlétisme d’enterrer leur travail.

« L’IAAF bloque. Je pense qu’ils sont parties prenantes avec l’AMA et qu’ils bloquent tout », a déclaré au Sunday Times Rolf Ulrich l’auteur principal des travaux.

Est-ce si simple ? Comme toujours dans les affaires de dopage le spectateur (journaliste ou pas) a désormais la désagréable impression de jouer le rôle de dindon de la farce. Il faut ici savoir que des fragments de cette étude avaient fuité aux Etats-Unis en août 2013. C’était alors dans le New York Times (Tim Rohan).  Il faut aussi écouter les précisions de l’IAAF. « Il ne s’agit pas d’une nouvelle histoire, elle a d’abord été relayée par la télévision allemande en 2013 et l’IAAF avait déjà réagi à ce moment là. « L’IAAF ne s’est jamais opposée à la publication de cet étude » réplique cette organisation qui ajoute qu’elle a, en revanche, toujours eu de « sérieuses réserves sur l’interprétation des résultats ». On lira ici la réponse de l’IAAF. Cette dernière explique encore avoir  soumis le travail à d’autres chercheurs, qui avaient également émis de sérieuses réserves. Ces réserves avaient ensuite été transmises aux chercheurs de l’université de Tübingen ; et l’IAAF indique qu’elle « n’a jamais eu de réponses de leur part ».

Une sorte de travail de relecture dans l’ombre en somme – avec le financier jouant le rôle que tient habituellement la revue sollicitée pour publication (1). Et les médias grand public utilisés pour l’organisation des fuites ? Le tout dans un contexte chargé avec la publication, il y a quelques jours, de la publication par le Sunday Times (associé à la chaîne de télévision allemande ARD) d’une enquête journalistique selon lesquelle une fraction importante des 5.000 athlètes contrôlés entre 2001 et 2012 présenteraient des valeurs sanguines « suspectes ou hautement suspectes ». Un travail également dénoncé (sur un mode mineur) par l’IAAF.

Les prochains championnats du monde d’athlétisme auront lieu à Pékin du 22 au 30 août.

A demain

1 Une lecture complémentaire très documentées est  proposée par Pierre-Jean Vazel (ancien athlète, entraîneur) sur son blog « Plus vite, plus haut, plus fort ;des corps et des records » . Extraits :

« Financée par l’Agence Mondiale Antidopage (AMA), l’étude a été soumise par l’université allemande à plusieurs revues à comité de lecture, sans succès, et refusée en premier lieu par la prestigieuse revue Science. Parallèlement, l’AMA aurait demandé aux universitaires de suspendre leurs démarches tant que l’IAAF n’aura pas eu connaissance du manuscrit et donné son accord pour publication. Depuis, la situation n’a pas évolué et l’IAAF a fait savoir aujourd’hui qu’elle n’a jamais eu de droit de véto et n’aurait de toute façon pas eu à l’exercer puisque l’étude a été recalée par les journaux spécialisés… Selon les spécialistes qu’elle a pu consulter, le protocole et l’interprétation de cette étude classée dans les sciences humaines serait contestable. Tübingen a tout de même réussi à publier en 2013 une autre recherche sur le triathlon, utilisant exactement le même questionnaire que pour l’athlétisme. Elle est consultable dans Plos One, une revue scientifique en ligne qui publie 70 % des articles soumis, beaucoup moins sélective que Science qui en accepte 10 %. 

(…) Le précédent « scoop » du Sunday Times, en collaboration avec la chaîne de télévision allemande ARD, datait du début du mois : 800 athlètes sur 5000 (chiffres arrondis) présentaient des anomalies dans leur passeport biologique sur la base des statistiques 2001 – 2012, soit environ 16 % de cas suspects. Un fait qu’aurait couvert l’IAAF. Or, les deux médias ont omis de préciser que l’IAAF avait justement publié elle-même il y a quatre ans, avec le laboratoire d’analyse suisse, une étude utilisant les statistiques de 2001 à 2009 : « Prévalence du dopage sanguin dans les échantillons collectés sur des athlètes élite« , dans la revue Clinical Chemistry. On peut y lire que « un total de 7289 échantillons sanguins a été collecté sur 2737 athlètes hors et en compétition internationales d’athlétisme. (…) La prévalence estimée du dopage sanguin allait de 1 à 48 % (selon les pays) et une moyenne de 14 % pour l’ensemble de la population étudiée. » 14 %, très proche donc des 16 % rapportés par l’ARD et le Sunday Times… Ignoraient-ils l’existence de cette publication ou l’ont-ils volontairement tue ? »