Un gonocoque totalement résistant aux antibiotiques identifié en Grande Bretagne

Bonjour

C’est un symptôme. C’est aussi une nouvelle et inquiétante étape dans la montée des résistances bactériennes aux antibiotiques : « First case of super-resistant gonorrhea reported » (CNN) ; « Man has ‘world’s worst’ super-gonorrhoea » (BBC). Tout est résumé à la perfection sur le site de Public Health England qui analyse le premier cas connu au monde d’infection par une  souche multirésistante de gonocoque (Neisseria gonorrhoeae) bactérie responsable de la blennoragie (ou « chaude pisse »).

Cette première concerne un homme hétérosexuel ayant une partenaire régulière en Grande Bretagne. Il  a contracté cette infection lors d’une relation sexuelle en Asie du Sud-Est, un mois avant l’apparition des premiers (et douloureux) symptômes. Il est alors rapidement apparu que la souche avait développé de fortes résistances contre les deux puissants antibiotiques habituellement utilisés avec succès contre elle (azithromycine et ceftriaxone),

« C’est la première fois qu’un cas présente une résistance aussi élevée à ces deux médicaments et à la plupart des autres antibiotiques couramment utilisés » a déclaré le Dr Gwenda Hughes, chef de la section des infections sexuellement transmissibles à Public Health England. Faute de solution disponible le malade est actuellement traité par voie intraveineuse avec l’antibiotique Ertapénem. Un premier bilan sera fait en avril.

Notre plus grande peur

« Nous suivons ce cas pour s’assurer que l’infection a été traitée efficacement avec d’autres options et le risque de transmission ultérieure est minimisé, souligne la Dr Hughes qui rappelle l’importance d’avoir recours à des préservatifs « régulièrement et correctement avec tous les nouveaux partenaires occasionnels ».

La siffusion de souches résistantes de Neisseria gonorrhoeae est une préoccupation de plus en plus vive chez les bactériologistes comme chez les spécialistes de la lutte contre les infections sexuellement transmissibles (IST).

L’OMS estime que 78 millions de personnes dans le monde sont chaque année infectées par la gonorrhée.  Aux États-Unis, les Centers for Disease Control et Prevention estiment qu’il y a 820 000 nouvelles infections à la gonorrhée chaque année. Le Royaume Uni semble tout particulièrement concerné par le phénomène de résistance, notamment chez des homosexuels masculins.

« Ce cas est une confirmation de plus de notre plus grande peur: la gonorrhée pharmacorésistante qui se propage dans le monde entier, a déclaré David C. Harvey, directeur exécutif de la Coalition nationale américaine des directeurs de STD. Ici aux États-Unis et ailleurs dans le monde, nous devons prendre au sérieux la gonorrhée pharmacorésistante et investir dans la recherche de nouveaux remèdes et la prévention des IST.»

 

Post-vérité mentale : comment démontrer que Donald Trump est dans un état normal ?

Bonjour

Les vents tournent. Affirmer le normal après avoir nié le pathologique. Longtemps la question fut de de savoir si le locataire de la Maison Blanche, 71 ans, souffrait d’un trouble de nature psychiatrique. Une impasse. Aujourd’hui un livre rebat soudain les cartes : signé de Michael Wolff – « Fire and the Fury, Inside the Trump White House » (aujourd’hui seulement disponible en anglais). Un ouvrage d’ores et déjà explosif qui a conduit Rex Tillerson, le chef de la diplomatie américaine à monter en première ligne le 5 janvier, pour défendre l’aptitude mentale du président des Etats-Unis à gouverner le pays. De fait Wolff relance le débat sur certains aspects psychopathologiques de la personnalité du dirigeant de la première puissance mondiale.

« Je n’ai jamais remis en cause son aptitude mentale, je n’ai aucune raison de douter de son aptitude mentale, a déclaré M. Tillerson lors d’une interview sur CNN. Il n’est pas comme les présidents d’avant. » Certes. Mais encore ? L’AFP ajoute que M. Tillerson n’a toutefois pas démenti avoir personnellement traité, durant l’été 2017 et en privé, le président de « débile ».

Le livre ? A travers de nombreux témoignages, la plupart anonymes, Michael Wolff relate les dysfonctionnements de l’exécutif américain. Selon lui, tout l’entourage de Donald Trump s’interrogerait sur sa capacité à gouverner. « Ils disent qu’il est comme un enfant. Ce qu’ils veulent dire, c’est qu’il a besoin d’être immédiatement satisfait. Tout tourne autour de lui », vient-il d’affirmer dans une interview sur NBC. « Il est comme une boule de flipper, il part dans tous les sens », a-t-il ajouté. Et de donner comme exemple le fait que le président répète les mêmes histoires « trois fois en dix minutes », une tendance également observée dans ses interventions publiques. Tout cela suffit-il pour oser porter un diagnostic ?

Halte-garderie télévisée pour adultes

« En 336 pages, le récit détaille les aventures du clan Trump dans sa découverte des affaires publiques, puis sa tentative d’échapper à l’enquête du FBI, résume Corine Lesnes dans Le Monde. C’est une succession d’anecdotes, de coups de poignard, d’intrigues de palais : le script d’une série télévisée que seule la sombre personnalité de Steve Bannon, le conseiller en guerre éternelle avec les ennemis de l’Amérique, empêche de tomber tout à fait dans le soap opera. Le langage y est retransmis dans sa vulgarité originale – et intégrale. (…) Tous ses collaborateurs font de Donald Trump un portrait effrayant d’indigence intellectuelle. »

« Trump ne lit pas, écrit encore Michael Wolff dans Fire and Fury. Même pas en diagonale. Si c’est imprimé, ça pourrait aussi bien ne pas exister. » Certains de ses collaborateurs assurent qu’il est « post-lettré, totalement télévision », d’autres qu’il serait  « semi-analphabète »…

Ces critiques, ces inquiétudes, ces hypothèses psychiatriques ne sont certes pas nouvelles. Pour autant l’affaire semble prendre une nouvelle ampleur. Bob Corker, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat a pour sa part comparé la Maison Blanche à une « halte-garderie pour adultes ». « Je sais de source sûre que chaque jour, à la Maison Blanche, le but est de le contenir », a-t-il affirmé en octobre. L’AFP souligne qu’au Congrès, désormais, la question de l’état psychologique du dirigeant suprême est de moins en moins taboue. Plus d’une dizaine d’élus démocrates – et un républicain – ont ainsi consulté en décembre une psychiatre de l’université Yale qui s’interroge publiquement sur sa dégradation mentale.

« Risible », a répondu la porte-parole de la Maison Blanche. Pas de diagnostic confirmé. Qui rira en dernier ?

A demain

 

Le chanteur Prince est bel et bien mort d’une overdose d’opiacés : c’était du Fentanyl

Bonjour

Les brouillards sur les causes de la mort peuvent faire partie de la légende. Ce ne sera pas le cas avec Prince, chanteur américain retrouvé décédé dans un ascenseur. L’homme, 57 ans, serait mort des suites d’une overdose de médicaments à base d’opiacés. C’est ce que, le 2 juin, venait d’affirmer le Minneapolis Star Tribune, citant une source proche de l’enquête ( “Prince died from opioid overdose – Painkillers have long been the focus of the death investigation”) avant que, de source officielle, on indique peu après qu’il s’agissait d’une overdose de Fentanyl. 1

Ne pas dire la vérité

L’hypothèse d’une overdose d’opiacés avait d’emblée été évoquée quelques heures après la mort, le 21 avril, et plusieurs éléments et témoignages avaient, depuis, convergé vers cette hypothèse. Le quotidien de Minneapolis (ville natale de Prince), n’indiquait pas si cette conclusion résulte des conclusions de l’autopsie médico-légale pratiquée au lendemain de la mort. La police du comté de Carver, responsable de l’enquête, et l’Institut médicolégal se sont refusés à tout commentaire indiquaient qu’il n’était pas prévu de publier dans les prochains jours les résultats de l’autopsie. C’était ne pas dire la vérité.

Fin mai, le Minneapolis Star Tribune avait indiqué que le chanteur suivait un traitement de sevrage prescrit par un médecin du Minnesota, sevrage entamé lors des semaines précédant son décès. Un spécialiste californien des addictions, le Dr Howard Kornfeld, a, pour sa part, révélé avoir été contacté par l’entourage de Prince la veille du décès. On aurait alors sollicité ses services. Dans l’impossibilité de se rendre immédiatement à Paisley Park, résidence de Prince il avait dépêché son fils sur place. L’affaire alimente une polémique outre Atlantique.

Mauvaise grippe

Au lendemain de la mort les dépêches rappelaient encore que ce « visionnaire et multi-instrumentiste souffrait d’une mauvaise grippe ».  Il avait annulé deux concerts le 7 avril mais avait assuré un show le 14 avril à Atlanta. Sur le chemin du retour Prince a fait atterrir d’urgence son avion privé dans l’Illinois – il se sentait mal. Un arrêt au cours duquel il aurait été traité pour une surdose d’opiacé six jours avant sa mort.

Le Fentanyl est un analgésique opioïde synthétisé pour la première fois en Belgique vers la fin des années 1950. Son potentiel analgésique vaut environ 80 fois celui de la morphine. Il a été introduit dans la pratique médicale dans les années 1960sous forme d’anesthésique intraveineux. À l’état gazeux, il a une odeur caractéristique d’orange. Il est dans la plupart des pays classé comme une substance réglementée assimilée aux stupéfiants.

Euphorie

Comme tous les opiacés cette substance est parfois utilisé comme drogue récréative. Il provoque les effets secondaires typiques des opiacés (euphorie, analgésie, bien-être, somnolence…), ainsi qu’une forte dépendance physique et psychologique. Certains toxicomanes sont morts d’une overdose de Fentanyl après avoir pris une dose trop forte en pensant qu’il s’agissait d’héroïne. En France le Fentanyl ® est vendu sous plus d’une cinquantaine de présentations

A demain

 

Crash et dépression : en 2009 Andreas Lubitz était sous escitalopram et sous mirtazapine

Bonjour

1er mai 2015. Le puzzle médicolégal ante mortem se complète.  Slate.fr (Vincent Manilève), reprenant des informations révélées par CNN éclaire d’un jour un peu plus sombre l’affaire du crash de l’avion de Germanwings du 24 avril dernier. Il apparaît ainsi que plusieurs documents montrent que la Federal Aviation Administration (FAA) avait soulevé des questions quant à la santé psychique du copilote Andreas Lubitz, et ce  dès 2010.

« À l’époque, elle avait refusé dans un premier temps de lui accorder un certificat de pilote pour qu’il continue sa formation dans l’Arizona, avant de se raviser quelques semaines plus tard après l’avis positif d’un spécialiste, écrit Slate.fr. CNN, qui s’est procuré les documents, explique que, «de janvier à octobre 2009, Andreas Lubitz a reçu un traitement psychothérapeutique, qui comprenait deux médicaments contre la dépression. » 

Selon CNN il s’agissait d’escitalopram et de mirtazapine. Les deux sont indiqués dans le traitement de la « maladie dépressive ».

Soixante-dix huit présentations

La mirtazapine est commercialisée en France sous ce nom et sous seize formes génériques. L’escitalopram est quant à lui commercialisé sous pas moins de soixante-deux (je dis soixante-deux) formes différentes. La présentation la plus connue est sans conteste le Seroplex® des laboratoires Lundbeck :

« Seroplex® contient de l’escitalopram et est utilisé pour traiter la dépression (épisodes dépressifs majeurs) et les troubles anxieux (tels que le trouble panique avec ou sans agoraphobie, le trouble anxiété sociale, le trouble anxiété généralisée et les troubles obsessionnels compulsifs) chez les adultes de plus de 18 ans.

Environ deux semaines peuvent être nécessaires avant que vous ne commenciez à vous sentir mieux. Continuez à prendre Seroplex® même si vous tardez à ressentir une amélioration. Vous devez vous adresser à votre médecin si vous ne ressentez aucune amélioration ou si vous vous sentez moins bien. »

Gérer son quotidien

 « L’usage de deux médicaments suggère qu’un seul médicament n’est pas suffisamment efficace, a expliqué à CNN le Dr Jacqueline Brunetti, spécialisée dans l’examen des pilotes de ligne. Prendre deux médicaments peut signaler une incapacité à “gérer son quotidien et/ou les demandes domestiques”.» On attend avec intérêt l’avis des psychiatres français (1).

« La date précise du début de la dépression d’Andreas Lubitz n’est pas connue. En 2008, quand il entre à l’académie de vol très sélective de la Lufthansa, son bilan de santé est bon et ne signale aucun trouble. Mais, six mois plus tard, on lui diagnostique une  »dépression réactionnelle »,  »un trouble enclenché avec des événements stressants ou traumatiques », explique le New York TimesProblème, note le journal, Andreas Lubitz aurait tenté de mentir dans un questionnaire de la FAA en juin 2010: «Il a d’abord marqué “non” à une question lui demandant s’il avait déjà été traité pour troubles mentaux.»

Dépression réactionnelle

Il faudra qu’un médecin de la Lufthansa modifie sa réponse  pour signaler les traitements dont il avait bénéficié.CNN explique encore que, malgré son traitement et sa volonté affichée de reprendre le programme d’entraînement avec la Lufthansa, la division de certification médicale aérospatiale de la FAA a préféré lui refuser son autorisation de pilotage en juillet 2010.

Elle avait mis en avant son passé de «dépression réactionnelle» et demandé un examen supplémentaire. Un médecin ayant traité Andreas Lubitz a alors écrit deux courrier pour souligner que le traitement avait été un succès et que son patient était désormais «mentalement stable». Quelle relecture fait aujourd’hui ce médecin de ce dossier ? Des comptes lui seront-ils demandés ?

Toxicologie en attente

Andreas Lubitz a ensuite reçu une autorisation de voler sur le territoire américain pour poursuivre sa formation. Il sera par la suite engagé par Germanwings, chez qui il deviendra, comme l’on sait, copilote.

Le puzzle médicolégal ante mortem se complète. Reste la dimension post mortem : les résultats de la toxicologie faite après l’identification des restes du corps d’Andreas Lubitz. Ils ne sont, pour l’heure, pas connus.

A demain

(1) Le commentaire du Pr Bernard Granger (Université René Descartes, hôpital Tarnier, AP-HP):

 » Il faut souligner le caractère incomplet de ces éléments. Le concept de dépression est trop flou (réactionnelle à quoi ? l’histoire ne le dit pas précisément). La notion d’épisode dépressif majeur est de plus en plus contestée. C’est devenu un diagnostic passe-partout, sans exploration globale de la situation psychique ni des particularités de chaque patient. Il y avait chez ce copilote probablement des failles de la personnalité qui n’ont pas été explorées ou détectées, ou qu’il a masquées voulant obtenir son brevet de pilote – comme il a menti plus tard sur son antécédent de traitement antidépresseur.

Le traitement en lui-même n’a pas de particularité pour un épisode dépressif, encore que l’association de deux antidépresseurs ne se fasse en général qu’en seconde intention, quand le premier antidépresseur prescrit n’a pas été suffisant. Certains auteurs préconisent toutefois une telle association d’emblée pour maximiser les chances de succès du traitement.

L’histoire ne dit pas si le copilote a suivi une psychothérapie. Il est à noter que plus récemment on lui a de nouveau prescrit des psychotropes, sans que l’on sache précisément lesquels ni s’il les a pris. »

Crash : Bild et Paris Match disent avoir visionné les derniers instants des passagers. Et après ?

Bonjour

On progresse dans l’horreur. Et nous sommes loin d’en avoir fini avec le crash de l’A320 de Germanwings. Le dernier rebondissement en date survient au moment même où les PDG de Lufthansa et de sa filiale low cost (Carsten Spohr et Thomas Winkelmann) se recueillent devant une stèle érigée à la mémoire des victimes. Il concerne « une supposée vidéo des derniers instants avant le crash ». Soit au moment où les passagers étaient conscients que l’appareil allait s’écraser.

Démenti du procureur

Cette vidéo existe bel et bien, selon l’hebdomadaire Paris Match et le journal allemand Bild, qui disent avoir visionné l’enregistrement. Or cette affirmation est « complètement fausse », selon la gendarmerie. Brice Robin, procureur de la République de Marseille, a pour sa part démenti « qu’en l’état actuel des investigations figurent à l’enquête une ou plusieurs vidéos filmant le crash de l’Airbus A320 ». « Dans l’hypothèse où une personne disposerait d’une telle vidéo, elle se doit de la remettre sans délai aux enquêteurs  de la gendarmerie afin qu’elle soit jointe à l’enquête » vient de faire savoir  Brice Robin (1).

Selon l’Agence France Presse, sur le supposé enregistrement « pris depuis l’arrière de la cabine »  Bild  et Paris Match révèlent que l’on  « entend crier Mon Dieu en plusieurs langues ». L’hebdomadaire français assure n’avoir « aucun doute » sur la provenance de l’enregistrement réalisé via un téléphone portable.

Démenti de la gendarmerie

« La scène est tellement chaotique qu’on ne distingue personne, mais les cris des passagers révèlent qu’ils étaient parfaitement conscients de ce qui allait arriver. Vers la fin, après une secousse plus forte, les cris s’intensifient. Puis plus rien », précise Paris Match. Qui ajoute : « on entend également, par trois fois au moins, des coups métalliques qui laissent penser que le pilote tente d’ouvrir la porte du cockpit au moyen d’un objet lourd ». Ce qui correspond aux informations dévoilées par enregistrements sonores de la boîte noire.

Ces affirmations sont « complètement fausses », a aussitôt déclaré réagi le lieutenant-colonel Jean-Marc Ménichini, de la gendarmerie française, interrogé par CNN. Il a précisé que les téléphones mobiles collectés sur le site du crash n’avaient pas été « encore exploités » par les enquêteurs. Ces téléphones cellulaires devraient être envoyés pour analyse à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) de Rosny-sous-Bois, près de Paris.

Pour l’heure, via Bild et Paris Match, nous progressons collectivement dans l’horreur. Et après ? Que ferons les chaînes d’information continue. Que dira, ensuite le CSA ? Jusqu’où irons-nous ?

A demain

(1) L’hebdomadaire français assure n’avoir « aucun doute » sur la provenance de l’enregistrement, en l’occurrence un téléphone portable. « Toute l’équipe éditoriale de Paris Match a également visionné l’enregistrement qui ne nous appartient pas et que nous avons refusé de publier car c’est très violent », affirme encore Paris Match ce mercredi 1er avril ,dans une vidéo où le journaliste qui a signé l’article Frédéric Helbert s’explique. « Ce n’est pas une vidéo trash » : « c’est le son qui est terrible, c’est la dimension humaine de la panique, de la détresse, des cris, des gens dans l’avion ». « C’est un élément humain très fort mais (…) qui n’apporte rien à l’enquête » précise-t-il.

Inde : comment peut-on accepter d’être stérilisée, à la chaîne, pour 23 euros ?

Bonjour

Depuis quelques jours les médias occidentaux parlent de l’Inde. Images elliptiques et fortes émotions à la clef. Indignation généralisée.  On apprend brutalement que dans ce pays plus d’une dizaine de femmes ont, ces derniers jours trouvé la mort. Soixante sont hospitalisées, dans un état parfois grave. Toutes participaient, volontairement, à une campagne  de stérilisation.

1 400 roupies

Le Dr R.K. Gupta, le chirurgien qui a conduit les opérations a été arrêté le 12 novembre. Une enquête est en cours. L’émotion est très vive dans le dans l’Etat du Chhattisgarh  au centre de l’Inde, là où les faits se sont produits.  Les interventions sont pratiquées  à la chaîne dans le cadre d’un programme de stérilisation financé par l’Etat pour limiter la croissance démographique. Les femmes y sont indemnisées à hauteur de 1 400 roupies (environ 23 euros).

On apprend que le 8 novembre le chirurgien a pratiqué (ou « supervisé », les informations divergent) quatre-vingt trois interventions stérilisatrices en quelques heures – et ce dans une unité mobile. Les femmes concernées étaient de jeunes villageoises (la plus âgée avait 32 ans) chez lesquelles des ligatures des trompes étaient pratiquées par voie laparoscopique. Deux jours plus tard plusieurs de ces femmes étaient hospitalisées présentant des symptômes d’infection ou d’intoxication. A ce jour douze ou treize d’entre elles (les informations divergent) sont mortes.

Trente ligatures quotidiennes

Interrogé, le Dr Kupta  nie ne pas avoir respecté les règles d’hygiène et accuse les médicaments utilisés (1). Des autopsies ont été pratiquées dont les résultats ne sont pas encore connus des médias. Le Dr Kupta aurait été assisté de deux médecins. Le guide des bonnes pratiques fixe ici à trente le nombre des femmes pouvant être stérilisées quotidiennement par une équipe. Le 8 novembre il en aurait été  pratiqué, selon CNN,  quatre-vingt trois en six heures. Plusieurs médias indiquent que le personnel qui participe à ces campagnes de stérilisation reçoit des primes en fonction des chiffres.

Au-delà de l’émotion qu’elle génère cette affaire conduit à s’intéresser aux conditions dans lesquelles sont pratiquées ces interventions dans le pays. En 2012, l’ONG Human Rights Law Network (HRLN) avait révélé que dans l’Etat de  Bihar (au nord de l’Inde) des soixante femmes avaient été stérilisées dans une école sans électricité, ni eau, et à l’aide de lampes torches. Les femmes étaient ensuite laissées à même le sol. On avait découvert à cette occasion que l’une d’entre elles  était enceint – alors que chaque patiente doit, régulièrement, subir un test de grossesse avant l’intervention.

« En enquêtant dans les autres Etats, nous avons réalisé que la situation est à peu près la même partout. Les droits des femmes ne sont pas respectés, elles ne sont pas informées sur les autres méthodes de contraception et les conditions sanitaires sont déplorables » explique  HRLN.

Dix euros suffiront

« Les autorités indiennes ne manquent pas d’imagination pour attirer les femmes, rapporte Le Monde depuis New Dehli (Julien Bouissou).  Dans les régions les plus récalcitrantes, des voitures sont promises aux candidates à la stérilisation, et dans les plus pauvres, les moins alphabétisées, les primes de 10 à 20 euros suffisent. Certaines familles se voient refuser des prestations sociales si elles refusent l’opération. L’Institut international des sciences de la population, basé à Bombay, a ainsi révélé en 2012 que les jeunes couples dont l’épouse subissait une stérilisation étaient prioritaires pour recevoir certaines aides. »

La stérilisation féminine est, de loin, la méthode de contraception la plus répandue en Inde. La vasectomie ne concerne qu’une fraction très faible des hommes, pour des raisons «culturelles» expliquent les observateurs – généralement sans plus de précision. En théorie les femmes indiennes sont libres de leur choix contraceptif. En pratique la plupart n’ont pas de choix. Le ministre de la Santé, Jagat Prakash Nadda évoque quant à lui un « malentendu» quant aux objectifs chiffrés de stérilisation: « Il s’agit d’un programme de promotion [de la stérilisation] sans objectif chiffré et fondé uniquement sur la demande ».

1,4 milliard d’habitants

On estime que près de 4,6 millions de femmes ont, en Inde, été stérilisées en 2012. La plupart d’entre elles sont pauvres, illettrées et vivent dans les campagnes. Il existe ainsi bien des éléments qui peuvent, en Occident, susciter l’indignation. Il faut aussi rappeler qu’entre 2001 et 2011, la population indienne (actuellement de 1,25 milliard d’habitants) a augmenté de 17,6 %. Elle devrait dépasser la population chinoise d’ici vingt ans.

A demain

(1) Vendredi 14 novembre l’Agence France Presse indiquait que la police indienne venait d’arrêter le patron du laboratoire Mahawar Pharma et son fils, soupçonnés d’avoir détruit des preuves en lien avec la mort des femmes stérilisées. Les enquêteurs s’intéressent à la qualité des médicaments administrés.  Les deux hommes ont été arrêtés après une perquisition organisée jeudi soir par les autorités sanitaires au siège de leur société dans la capitale de l’État, Raipur.

Une perquisition a été conduite dans les locaux d’un autre fabricant pharmaceutique, Kavita Pharma, dans le district de Bilaspur. Le gouvernement du Chhattisgarh a suspendu cinq médicaments utilisés lors de ces opérations de stérilisation de masse, dont un anesthésiant et un antalgique.

Ebola : une infirmière américaine dénonce sa mise en quarantaine (épidémie et démocratie)

Bonjour

27/10/14. Ebola ou pas, les avocats sont toujours là. Aujourd’hui le dossier Kaci Hickox vs Etats-Unis.  Kaci Hickox est une infirmière américaine qui a été mise en quarantaine dans le New Jersey après son retour d’Afrique de l’Ouest (Sierra Leone) où elle avait soigné des malades d’Ebola.

Aujourd’hui Mme Hickox estime avoir été traitée comme une criminelle.  Son avocat affirme que cette affaire  soulève « de graves questions de libertés constitutionnelles ». Un sujet avec lequel on ne plaisante pas aux USA. Une affaire symptomatique après la décision prise par plusieurs Etats imposant la mise en quarantaine sous la contrainte de personnes tenues pour potentiellement contagieuses – ce qui préoccupe bigrement la Maison Blanche et le maire de New York.

Du choc à la colère

Mme Hickox travaillait en Guinée pour Médecins Sans Frontières. Elle vient de raconter via de nombreux médias l’expérience traumatique qui a été la sienne : la mise en quarantaine à l’aéroport de Newark (New Jersey).  « J’étais sous le choc, maintenant je suis en colère » dit-elle sur CNN. Son avocat, Me Norman Siegel estime que son isolement soulève notamment des questions de libertés civiles : sa cliente ne présentait aucun des symptômes d’Ebola et sa virémie était négative.

Me Siegel n’est pas un absolutiste. Il ne conteste pas au gouvernement américain le droit de placer des citoyens en quarantaine au nom de la santé publique. Mais ce droit ne saurait être ni sans limites ni contestable. L’affaire Kaci Hickox pose en somme la question éternelle de la liberté individuelle et de la santé publique. Une question vieille comme la peste. Une question qui se module selon les voies de contagion et la virulence de l’agent pathogène.

Ethique et droit comparé

Le virus Ebola aux USA renouvelle à merveille un sujet qui sera demain décortiqué par les chaires universitaires d’éthique, d’épidémiologie et de droit comparé. Peut-on mettre des héros en quarantaine ? Quels sont les formes américaines du respect dû aux héros américains ? La question est publiquement posée par Bill de Blasio, le maire de New York qui estime que  Mme Hickox a été traitée avec irrespect lorsqu’elle a été placée à l’isolement. «Nous lui devons mieux que cela » a-t-il déclaré aux journalistes devant l’hôpital Bellevue de New York, où le Dr Craig Spencer est isolé et traité après avoir été contaminé par Ebola en Afrique.

A l’opposé Chris Christie, gouverneur du New Jersey Chris a défendu les mesures systématiques de quarantaine qu’il a décrétées expliquant sur Fox News que cette initiative deviendrait prochainement une « politique sanitaire nationale ». Ces mesures d’isolement (également prises par les Etats de l’Illinois et de New York) concernent tous les soignants rentrant aux Etats-Unis après avoir travaillé auprès de malades africains souffrant d’Ebola. Elles font suite après la découverte de la contamination du Dr Spencer plusieurs jours après son retour à New York.

Compensations financières

L’affaire Kaci Hickox  conduit à bouleverser ce qui venait à peine d’être mis sur pied. Dimanche 26 octobre Andrew Cuomo, gouverneur de l’Etat de New York annonçait un assouplissement : les soignants concernés mais asymptomatiques pourront rentrer chez eux – c’est à leur domicile qu’ils seront placés sous surveillance. Des compensations financières seront prévues pour leurs pertes de revenus. Il s’agit ici de ne pas tarir la source des médecins et infirmières volontaires pour monter en première ligne sur le front africain.

Découragement

Or plusieurs experts redoutent que ces mesures ne découragent d’éventuels volontaires.

« Le meilleur moyen de nous protéger est de mettre fin à l’épidémie en Afrique, et le meilleur moyen de combattre la maladie là-bas est d’envoyer un maximum de personnels de santé sur place pour aider à soigner les malade a déclaré le Pr Anthony Fauci, directeur de l’Institut nationa américain des allergies et des maladies infectieuses sur CNN. Quand ils reviennent ils doivent être traités d’une manière qui ne les décourage pas d’aller là-bas. »

Cette analyse est partagée par la Maison Blanche, selon le New York Times, qui juge ces mesures « pas nécessaires et probablement contre-productives ». Le sujet est si important, et la fierté nationale si vive que Samantha Power, ambassadrice américaine à l’ONU, a déclaré que tous les travailleurs de la santé revenant aux États-Unis doivent être «traités comme des héros conquérants et non stigmatisés pour l’énorme travail qu’ils ont fait ». Mme Power s’exprimait lors de la première étape de sa tournée dans les trois pays les plus touchés par l’épidémie d’Ebola: la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone.

Prières

« Je dirais que nous avons besoin de prières et de médicaments, de solidarité et d’argent » a aussi déclaré Mme Power. Elle n’a pas précisé les proportions respectives des livraisons espérées. Chacun donnera selon ses moyens. Et Dieu reconnaîtra sans doute les siens.

A demain