Ethique: un médecin français peut-il, en Corse, exercer avec un bracelet électronique ?

Bonjour

C’est un nouvel épisode dans une série faite de médecine et de politique, d’argent et de pouvoir. Sans oublier le journalisme. Entre prise de risques, tragédie et psychiatrie. On se souvient de Jérôme Cahuzac, chirurgien prometteur, ancien proche de Claude Evin, ancien ministre du Budget sous la présidence de François Hollande, condamné en 2018 pour fraude fiscale et qui souhaite pouvoir exercer à nouveau la médecine. Officiera-t-il bientôt au centre hospitalier de Bonifacio (Corse-du-Sud) ?

« C’est ce que révèlent nos confrères de  Corse-Matin  ce vendredi 20 septembre. Selon le quotidien régional, l’ancien chirurgien esthétique aurait postulé pour un poste vacant au sein de l’hôpital de Bonifacio et sa candidature serait actuellement « en pourparlers », rapporte Le Quotidien du Médecin (Marie Foult). Aubaine, ce futur emploi serait situé non loin de la résidence des Cahuzac, située à Pianottoli-Caldarello, où le médecin purge tranquillement sa peine avec un bracelet  électronique (condamné en mai 2018 à quatre ans de prison dont deux avec sursis, 300 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, il a bénéficié d’un aménagement de peine lui évitant la prison). » 

Les amateurs de la série se souviennent que depuis plus d’un an, l’ancien ministre demandait à exercer à l’hôpital de Bonifacio. Mais que la justice ordinale a eu bien des peines à parler d’une seule voix déontologique. Le conseil régional de l’Ordre des médecins de Corse y était favorable  (et avait validé son inscription au tableau insulaire) quand Paris bloquait – et qu’un étrange confrère faisait barrage évoquant l’hypothèse d’une radiation.

Des avis que l’on dit « partagés »  

« En juin dernier, la formation restreinte de l’Ordre national a finalement donné son aval et a jugé Jérôme Cahuzac « apte » à l’exercice de la médecine générale », résume Le Quotidien.

Selon Dominique Russo, directeur du centre hospitalier de Bonifacio, interrogé par Corse-Matin, le poste serait au « service de soins longue durée ». « Nous nous sommes déjà rencontrés. Nous faisons face à une pénurie de médecins dans la région et nous avons du temps médical disponible, des bras supplémentaires ne seraient pas de trop pour faire tourner la boutique », indique-t-il. D’après le conseil de surveillance de l’hôpital, les avis seraient en revanche plus « partagés », au sein du personnel. Corse-Matin :

« Le départ du docteur Isabelle Grimaldi, membre du conseil de surveillance et présidente du comité médical d’établissement de l’hôpital, a libéré du temps médical. Cette dernière, qui continuera à assurer des missions transversales au sein de l’établissement, a rejoint l’agence régionale de santé « au poste de conseillère médicale à la direction de l’offre de soin », confirme Corinne Orsoni, directrice du service de communication de l’ARS. Du côté des patients, la nouvelle de sa possible embauche au sein du service hospitalier est plutôt bien perçue. ‘’Je suis allée à la rencontre des patients pour qui ça ne pose pas de problème », assure Dominique Russo. »

La prise de fonction de Jérôme Cahuzac n’est pas encore officielle, et aucune date d’embauche précise n’a été arrêtée. Les discussions sont encore en cours, notamment sur les modalités d’exercice « liées aux contraintes de sa surveillance électronique », conclut Corse-Matin. Contactée, la direction du CH de Bonifacio n’a pas encore répondu aux questions du Quotidien. Pourquoi, dès lors, parle-t-elle à Corse-Matin ? La série peut continuer.

A demain @jynau

Terrorisme : les militants du FNLC ont déjà localisé « huit salafistes » sur l’île de Beauté

Bonjour

Ce sont quelques coupures estivales de presse mandée par un ami en villégiature dans cette île amie. On y voit que le temps ne passe pas. C’est dans un « texte transmis à Corse Matin » que « le groupe clandestin nationaliste corse du FLNC – 22 octobre » adresse un double message : le premier aux « islamistes radicaux de Corse », le second à « l’Etat français ».

Les « islamistes radicaux de Corse » doivent savoir que « toute attaque de leur part » déclencherait « une réponse déterminée, sans aucun état d’âme ». Un traducteur ne semble pas nécessaire pour ce qui est de la signification profonde de ce message exprimée en français.

A « l’État français » : « si un drame devait se produire chez nous […], une part importante de responsabilité [lui incomberait] car il connaît les salafistes en Corse ». Précisant qu’ils « seraient au nombre de huit », le FLNC ajoute savoir « avec certitude que l’un des imams de Corse est un indicateur de police ». Les nationalistes assurent aussi, sans plus de précision, « avoir permis au mois de juin de déjouer un attentat sur notre territoire dans un lieu fréquenté par le public ».

Idéologies fascisantes

« La volonté des salafistes est clairement de mettre en place chez nous la politique de Daech, et nous nous y sommes préparés », poursuit le texte. « Votre philosophie moyenâgeuse ne nous effraie pas. L’amalgame n’existe que dans l’esprit des faibles et le peuple corse est fort […] de choix politiques difficiles qui ne nous ont jamais fait basculer comme vous dans la barbarie », lance le FLNC dit du 22 octobre à l’adresse des radicaux.

S’adressant, plus généralement, « aux musulmans de Corse », le Front les appelle aussi à « prendre position » en dénonçant l’islamisme radical. Il leur demande notamment de signaler « les dérives chez des jeunes désœuvrés tentés par la radicalisation » et de ne pas « afficher de signes religieux ostentatoires ».

« Si l'[organisation] État islamique revendiquait des actions sur notre sol, nous ne pourrons vaincre qu’ensemble », poursuit le FLNC. « Il faudra que la France cesse sa propension à intervenir militairement et à vouloir donner des leçons de démocratie à la terre entière, si elle veut éviter que les conflits qu’elle sème à travers le monde ne reviennent comme un boomerang sur son sol », ajoute encore l’organisation clandestine.

Refuges de frustrés

Appelant enfin « à la vigilance et au calme face à la barbarie », le FLNC souligne ne pas être « le refuge des frustrés d’une lutte raciale ou xénophobe » et dénonce « les idéologies fascisantes qui alimentent les esprits fragiles et les réseaux sociaux ».

Les présidents nationalistes de l’exécutif de la Collectivité territoriale de Corse et celui de l’Assemblée de CorseGilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, doivent soumettre jeudi à l’Assemblée une résolution demandant à l’État de fermer les lieux de culte musulman constituant « des foyers d’influence salafiste », d’expulser les animateurs fondamentalistes de ces lieux et de renforcer la sécurité sur les sites de grande fréquentation.

Enfin, les militants du 22-Octobre pointent la responsabilité de l’Occident (et donc de la France) dans la situation actuelle au Moyen-Orient.

« Il faudra que la France cesse sa propension à intervenir militairement et vouloir donner des leçons de démocratie à la terre entière si elle veut éviter que les conflits qu’elle sème à travers le monde ne reviennent comme un boomerang sur son sol. »

On peut, légitimement en Corse, ne pas être réassuré.

A demain

L’épidémie de Xylella fastidiosa progresse sur l’Ile de Beauté sans menacer les clémentiniers

Bonjour

Face à une épidémie naissante l’action publique peut être de qualité. Le fait mérite d’être signalé. Aujourd’hui 16 septembre le Ministre de l’Agriculture vient de rendre public le rapport de la mission d’expertise qu’il avait diligentée le 29 juillet dernier pour lutter contre la bactérie Xylella fastidiosa en Corse. Cette mission a été pilotée par un expert national de la Direction générale de l’alimentation, accompagné de quatre experts entomologistes et bactériologistes de l’Institut national de la recherche Agronomique (Inra) et de l’Agence nationale de sécurité (Anses).Où l’on observe une mobilisation des compétences et un respect des engagements tenus.

Le rapport d’expertise est disponible à cette adresse: http://agriculture.gouv.fr/xylella-rapport-mission-expertise. Il est signé de Gilbert Chauvel (ministère de l’Agriculture), Astrid Cruaud (Inra), Bruno Legendre (Anses)  , Jean-François Germain (Anses) et Jean-Yves Rasplus (Anses).

Contamination verticale

Les principales conclusions du rapport sont les suivantes : l’hypothèse d’une contamination verticale des Polygala myrtifolia (c’est-à-dire à la source de la filière de production) est privilégiée ; tous les plants infectés sont contaminés par la sous-espèce multiplex de Xylella fastidiosa. Les citrus n’étant pas des végétaux hôtes de cette sous-espèce, les conditions de commercialisation des clémentines (1) telles que pratiquées par les professionnels peuvent perdurer sans modifications.

Ce rapport recommande  de maintenir la mobilisation en Corse : identifier précisément les souches présentes, accumuler des données sur la sensibilité des espèces à ces souches et sur les vecteurs potentiels ; renforcer la recherche, tant au niveau national qu’européen, en recherchant la synergie des partenaires autour des thèmes prioritaires ; agir au niveau européen pour adapter la stratégie d’éradication à la situation corse, tout en restant extrêmement vigilant sur la protection du territoire national et européen.

Ce  rapport de la mission d’expertise est un rapport d’étape ; ses recommandations peuvent évoluer au regard des avancées de l’enquête épidémiologique, entomologique et des prélèvements de végétaux qui continuent d’être réalisés quotidiennement sur le terrain en Corse.

Sanguinaires

Il y a quelques jours Corse Matin rapportait un nouveau cas détecté à Porto-Vecchio. A ce jour  68 foyers ont été enregistrés dont un, dans le maquis, du côté des Sanguinaires. La quasi-totalité d’entre eux se trouvent sur la ceinture littorale en Corse-du-Sud, un seul étant en Haute-Corse, à Furiani.

« Depuis le 22 juillet, plus de 900 prélèvements ont été réalisés dans l’île et sur ces 68 foyers, 146 végétaux ont été déclarés positifs. « Sur les 146 végétaux contrôlés positifs à la bactérie, 141 étaient des polygales, 4 des faux genêts d’Espagne et 1 sur un pelargonium en pot, une plante d’ornement, cousine du géranium, prélevé chez un particulier à Bastelicaccia ». La plupart des foyers contaminés concernent donc la polygale à feuilles de myrte (Polygala myrtifolia).

Xyllela corsica

Il s’agit maintenant d’une certitude, la « Xylella corse » n’est pas celle qui, en Italie dans les Pouilles, a ravagé plusieurs centaines de milliers d’oliviers. Il s’agit de la souche « multiplex » et non « pauca » comme dans le sud italien. En Corse, aucune souche d’arbre n’est touchée. À l’heure actuelle, 46 opérations de désinsectisation ont été effectuées et 20 sont programmées.

Si les désinsectisations peuvent paraître un peu en retard sur le plan pratique, c’est en raison de l’augmentation régulière du nombre de foyers contaminés. En revanche, les enquêtes épidémiologiques sont réalisées en temps réel. Tout comme la destruction des plants contaminés. »

A demain

(1) « Eu égard aux interrogations des responsables de filières que nous avons pu rencontrer; à notre connaissance, la sous-espèce multiplex qui a été trouvée en Corse n’a jamais été rapportée sur Citrus. Cette souche ne semble pas attaquer les espèces de Citrus, écrivent les experts. Aucun travail scientifique n’a démontré une telle pathogénicité. L’information de la contamination de Citrus par Xyllela fastidiosa multiplex, diffusée sur plusieurs documents (notamment le rapport de l’EFSA (2015) est due à une erreur d’interprétation d’une citation bibliographique. »

La clémentine de corse se distingue des autres clémentines par son IGP (Indication géographique protégée), obtenue en 2007. Ce signe officiel européen garantit l’origine géographique d’un produit et repose sur une charte de qualité très stricte où le lien entre le produit, son terroir d’origine et un savoir-faire traditionnel est primordial.

Ce fruit est orangé sur le dessus et légèrement vert en dessous. Sa maturité se manifeste par ces deux couleurs. Le vert est le signe qu’elle n’a pas été déverdie en chambre froide et qu’elle n’a subi aucun traitement.

Frère Clément

La clémentine doit son nom au Frère Clément  de l’Institut des Frères de Notre-Dame de l’Annonciation, qui était chef de culture de l’orphelinat de Misserghin près d’Oran. Avec Louis Charles Trabut, botaniste et médecin français, le Frère Clément, aurait croisé volontairement un mandarinier avec un bigaradier. La clémentine a d’abord été considérée comme un hybride entre le mandarinier (Citrus deliciosa) et une variété de bigaradier à feuille de saule (Citrus salicifolia). Ce dernier avait été importé d’Espagne comme porte-greffe pour les cultures d’agrumes.

La vérité est peut-être différente de la légende. Des études récentes menées par la station Inra  de San-Giuliano en Corse ont montré à partir de l’analyse des chromosomes qu’il s’agissait en réalité d’un hybride entre le mandarinier et l’orange douce (Citrus sinensis). La clémentine, enfin, n’a pas de pépins contrairement à la mandarine. Le clémentinier (Citrus clementina) est un arbuste haut de 4 à 6 mètres, à feuilles et fleurs très parfumées