Stimulation cérébrale « miraculeuse » : Libération accuse les chercheurs de mensonge

 

Bonjour

La charge est massive : « Stimulation cérébrale, quand les chercheurs mentent ». Restera-t-elle sans réponse ? On savait que la publication-événement  de l’équipe lyonnaise quant à la stimulation cérébrale d’un malade en état végétatif déclencherait des réactions passionnées avec, en toile de fond, les déchirements de l’affaire Vincent Lambert. On espérait qu’elles seraient, sinon idéologiquement moins marquées, du moins plus élaborées. Las, les chercheurs eux-mêmes se sont mis dans une situation difficile : en omettant volontairement de préciser que leur patient était décédé au moment où leur travail été publié ils ont, de facto, déclenché des accusations éthiques jusqu’alors retenues.

De ce point de vue Libération constitue un cas d’école. Dès le 26 septembre, au lendemain de la médiatisation de la publication dans Current Biology  le quotidien de Jean-Paul Sartre titrait : « Une stimulation cérébrale aurait redonné un peu de conscience à un patient en état végétatif ». Et d’interroger par téléphone la dernière signataire de l’étude, la Dr Angela Sirigu directrice de l’Institut de science cognitive Marc-Jeannerod de Lyon (par ailleurs contributrice du supplément « Science & médecine » du Monde) :

Apprentis en sorcellerie

« N’avez-vous pas eu le sentiment, parfois, de jouer aux apprentis sorciers ?

– Et pourquoi ? Nous ne sommes pas des sorciers. On fait des choses, et l’on sait très bien ce que l’on fait. Ce n’est en rien de la sorcellerie. Là, nous avons montré qu’il y a des signes de conscience. C’est notre espoir, il faut continuer, et nous, on travaille.

« Mais vous pouvez comprendre l’éventuel choc pour les proches du millier de patients qui sont depuis des années en état végétatif, en France aujourd’hui ?

– D’abord, il ne s’agit que d’un cas. Ensuite, la science est faite pour faire changer les idées, les opinions, voire la réalité. C’est notre métier, c’est notre mission. Mais bien sûr, il faut attendre. »

Aujourd’hui Libération n’interroge plus mais commente à la lumière des précisions données par Le Monde quant au décès du patient :

« (…) Propos ahurissants d’un chercheur. Non seulement ils ont caché une information décisive pour ne présenter qu’une version miraculeuse de leur essai. Qui plus est, ils l’ont fait pour un essai qui d’un point de vue éthique pose des problèmes délicats. Ainsi, le patient, évidemment, n’avait pu donner son consentement. De plus, qui peut affirmer que cette stimulation était sans douleur ? Mais encore, on peut se demander si le patient se trouvait «mieux» dans cet état de légère conscience qu’avait provoqué la stimulation. Enfin, même si les chercheurs insistent pour dire qu’il n’y a pas de lien entre cette stimulation et le décès de ce jeune homme, qui peut désormais les croire ? »

Questionnements et critiques éthiques

Qui peut croire en quoi à la lisière du coma et de la conscience ? La Dr Angela Sirigu apporte quelques éléments de réponse dans un entretien accordé au Quotidien du Médecin :

« Vos recherches sur un patient dans un état végétatif ont soulevé de nombreux questionnements éthiques et de nombreuses critiques. Qu’en pensez-vous ?

– Pour ce type de patient, il faut choisir entre ne rien faire ou faire quelque chose. Si nous ne faisons rien, il va rester tout le temps dans cet état végétatif. Nous avons choisi de faire quelque chose, sachant que nos études n’étaient pas invasives, hormis l’intervention chirurgicale d’une vingtaine de minutes pour implanter le stimulateur dans son thorax. Je trouve décevant que certaines personnes critiquent le fait qu’on cherche à aider ces patients.

– Nous nous sommes consacrés à étudier les mécanismes de la conscience et à chercher comment nous pourrions améliorer les interactions avec l’environnement de patients en état végétatif. Nous ne l’avons pas fait que dans le but de faire une découverte, nous l’avons fait pour aider ces patients et aussi pour sensibiliser les chercheurs à cette problématique. Il y a peu de recherches faites sur ces patients donc on ne peut pas avancer. Peut-être qu’un jour nous pourrions leur faire atteindre un seuil de conscience leur permettant d’interagir avec leur environnement.

– Certains nous ont reproché de réveiller le patient d’un état où il ne souffre pas, mais en fait on ne sait pas si les patients dans un état végétatif souffrent ou non. En tant que scientifique, ma mission est de comprendre pourquoi ils sont dans cet état et d’essayer de les aider. Nous avons obtenu des résultats intéressants, mais il faut les prendre avec précaution car il faut les répliquer. Nous avons ouvert une brèche, il faut que d’autres études viennent étayer nos résultats et les confirmer. Je souhaite plus de recherches pour avoir plus de connaissances et pour mieux aider ces patients. Je pense que c’est nécessaire. »

A demain

 

 

Après quinze ans dans un état végétatif un patient lyonnais retrouve une conscience minimale

Bonjour

C’est, à n’en pas douter, une publication-événement. Un cas hors du commun dont la médiatisation va éveiller de nouveaux espoirs et rallumer de vieilles controverses : un homme aujourd’hui âgé de 35 ans plongé depuis quinze ans dans un « état végétatif » (état « d’éveil non répondant ») a retrouvé un état de « conscience minimale » ; un résultat spectaculaire obtenu via la stimulation électrique répétée du nerf vague.

Cette forme de première fait l’objet d’une publication datée de ce 25 septembre dans la revue Current Biology :« Restoring consciousness with vagus nerve stimulation ». Elle est signée par un groupe de onze chercheurs lyonnais dirigés par Angela Sirigu (Institut des Sciences Cognitives Marc Jeannerod, UMR5229, Centre CNRS, Université Claude Bernard, Hospice civils de Lyon). Elle est d’ores et déjà largement commenté au sein de la communauté médicale et scientifique spécialisée : « Expert reaction to study looking at vagus nerve stimulation in a patient in a vegetative state ».

« Cette avancée très importante ouvre une nouvelle piste thérapeutique pour des patients à l’état de conscience altéré », s’enthousiasme dans Le Monde (Florence Rosier) le Pr Lionel Naccache, (Institut du cerveau et de la moelle épinière, hôpital de la Pitié-Salpêtrière) qui n’a pas participé à l’étude. « Un vieux dogme voudrait qu’il n’existe aucune chance d’amélioration chez les patients sévèrement cérébrolésés depuis plus d’un an. Mais ce dogme est faux, comme le confirme cette étude. La plasticité cérébrale, cette capacité de remodelage et d’adaptation de notre cerveau, est parfois étonnante. C’est un traitement chirurgical très prometteur » estime le très mesuré Pr Steven Laureys (GIGA-Consciousness de Liège) l’un des meilleurs experts mondiaux du domaine.

« Nous avons vu une larme couler »

A l’âge de 20 ans, le patient lyonnais avait été victime d’un accident de la circulation qui avait provoqué de graves lésions cérébrales. Suivi dans le service du Pr Jacques Luauté, mais vivant au domicile de sa mère, il était considéré, depuis quinze ans, comme étant dans un état d’éveil non répondant. « Nous avons voulu explorer les effets de la stimulation du nerf vague chez ce patient : nous avons discuté avec sa famille et obtenu l’accord de celle-ci, ainsi que celui du comité d’éthique » a expliqué au Monde Angela Sirigu (par ailleurs contributrice du supplément « Science & médecine » du quotidien vespéral).

Les chercheurs expliquent avoir implanté une électrode chez ce patient, à proximité de son artère carotide gauche, pour stimuler le nerf vague gauche. L’électrode a été reliée, sous la peau, à un générateur d’impulsions électriques. Jour et nuit, une stimulation de 30 hertz a été appliquée, par cycles de trente secondes, suivies de cinq minutes d’arrêt. Puis l’intensité a été progressivement augmentée. Après un mois de cette stimulation, une double amélioration était observée. Le patient suivait des yeux un objet et il se conformait à des ordres simples, ce qu’il ne faisait pas auparavant.  Sa mère rapporte notamment qu’il restait davantage éveillé quand un thérapeute lui lisait un livre.

« Nous avons vu une larme couler sur sa joue quand il écoutait une musique qu’il aimait », ajoute Angela Sirigu, à propos des réactions sur le plan émotionnel. Corollaire : l’électroencéphalographie a retrouvé chez ce patient une « signature » spécifique d’un état de conscience minimale tandis que le PET révélait une augmentation de l’activité métabolique du cerveau, dans des régions du cortex comme dans des régions plus profondes.

Grâce notamment à l’Union nationale des associations de familles de traumatisés crâniens et de cérébro-lésés (UNAFTC) l’affaire Vincent Lambert avait permis de découvrir qu’environ mille cinq cents personnes, en France, sont aujourd’hui plongées dans des états d’éveil non répondant 1. Et maintenant ?

A demain

1 Lire « Ces 1.500 Vincent Lambert dont personne ne parle » Slate.fr, 24 juin 2014

Des généticiens d’Unilever aurait découvert un gène proche de la fontaine de Jouvence

Bonjour

C’est une information qui risque de ne pas plaire au Pr Arnold Munnich, généticien de grand talent, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy au Palais de l’Elysée, aujourd’hui en croisade contre le réductionnisme génétique dans un ouvrage (éditions Plon)  – ouvrage dont il fait la promotion dans les colonnes de Libération. Elle pourrait aussi élargir la gamme des produits anti-âge d’Unilever, de L’Oréal et de l’ensemble de la richissime industrie de la cosmétologie C’est une information de la BBC –  ‘Secret’ of youthful looks in ginger gene” – qui la tire de Current Biology The MC1R Gene and Youthful Looks”.

On peut la résumer avec simplicité : un groupe de généticiens dirigés par le Dr David A. Gunn (Unilever R&D) et le Pr Manferd Kayser (Département d’identification génétique de l’université Erasmus, Rotterdam) estiment avoir découvert le substrat génétique qui fait que certaines personnes ont plus que d’autres une peau, un éclat, qui résiste au temps. Elles vieillissent, bien sûr, mais leur enveloppe cutanée conserve une étrange fraîcheur – de nature à rendre jalouses leurs plus proches concurrentes. Il ne s’agirait ici, comme souvent, que de quelques mutations survenant ou pas dans un fragment de notre patrimoine génétique – un fragment impliqué dans la protection contre les rayonnements UV.

Cette publication résulte d’un travail peu banal mené dans un premier temps auprès de 2693 personnes (Dutch European subjects) dont on a évalué quel « âge on pouvait leur donner » ; avant de le comparer à leur âge d’état-civil. Puis on a exploré les génomes de ces 2693 volontaires ; avant de découvrir la présence de mutations spécifiques qui ont pu être corrélées aux différences observées dans les apparences.

Ressenti de la jeunesse

Où l’on en vient au gène MC1R, clef de voûte de la pigmentation de la peau et de la protection contre les rayons UV du soleil. Gène également impliqué, par soustraction, dans la pigmentation cutanée et folliculaire des personnes rousses. Les auteurs estiment dès maintenant être en mesure d’établir une corrélation entre certaines mutations et une différence d’apparence estimée à deux années.

Le Pr Manfred Kayser n’a pas caché son enthousiasme à la BBC. Mais il n’a pas, non plus, caché son relatif embarras quant au décryptage physiologique d’une telle découverte. Certains de ses confrères tempèrent cet enthousiasme et réfutent l’idée que le MCIR pourrait à lui seul être la fontaine de Jouvence. C’est à peine, selon le Pr Ian Jackson (Medical Research Council britannique), si l’on entend le bruit de l’eau de cette fontaine, spécialité néerlandaise depuis Jérôme Bosh. On perçoit mieux, déjà, l’écho des controverses quant à la méthodologie contestée de ce travail de génétique cosmétologique.

Pour le Dr Gunn (Unilever), au-delà du conflit d’intérêt 1, la voie est tracée : se servir de ce travail pour élaborer une nouvelle gamme d’onguents « anti-âge ». Non pas rajeunir mais donner aux autres le ressenti de la jeunesse. Près de la Fontaine des Délices.

A demain

1 Trois des signataires de ce travail sont des employés du géant Unilever. La publication précise : “Although no products were tested, this work could potentially promote the use of anti-aging products and lead to financial gain for Unilever.”