Roselyne Bachelot, ex-ministre de la Santé, embauchée par RMC. Départ de Brigitte Lahaie

 

Bonjour

Ce sont des symptômes ou moins discrets, un syndrome  à nommer. Quelque chose comme la fin du « haut du pavé ». Comme un soupçon, discret, de régression.

Résumons : nous avons connu Roselyne Bachelot ministre de la Santé (2007-2010). Nous ne l’écouterons pas sur RMC. Roselyne Bachelot, 69 ans, longue carrière politique ; « La petite fille de la Vème » comme elle s’était elle même auto-baptisée :

« Quand j’ai mis un terme à ma carrière politique en mai 2012, je me suis retournée sur soixante-cinq ans d’une existence peu ordinaire. Je quittais alors des fonctions au service de la France et de la République, mais cette histoire – mon histoire – avait commencé bien plus tôt. Une naissance au lendemain de la Libération au sein d’une famille de résistants et de militants, des héros de légende qui débattent autour de la table de la salle à manger, puis, comme dans un film d’aventures, des complots, des assassinats, des braquages, des trahisons… j’ai tout vécu.

« Il y eut aussi, heureusement, de grands moments de bonheur et d’amitié, des rires, des victoires, des joies rares. Ce livre est en fait le récit d’une petite fille qui n’en revient toujours pas d’avoir eu la chance d’être le témoin et l’acteur de l’Histoire du plus beau pays du monde. » 

 Micro périphérique

Les souvenirs de famille peuvent être cruels. Servir la République avant d’aller co-animer un « talk-show » sur D8…Servir la République avant parler au micro d’une radio périphérique…

Quelques lignes d’une dépêche d’été : « L’ancienne ministre devenue chroniqueuse télé, Roselyne Bachelot, animera une émission quotidienne d’une heure l’après-midi sur RMC à partir du 22 août, a annoncé lundi la radio dans un communiqué ». Roselyne Bachelot, chroniqueuse et coanimatrice du « Grand 8 » qui s’est arrêté en juin, animera sur RMC une émission de 15 à 16 heures. Elle sera suivie du « Super Moscato Show » de Vincent Moscato (16-18 heures) puis d’un nouveau show consacré au football et présenté par un autre nouveau venu, Christophe Dugarry, le champion du monde 1998 qui était consultant chez Canal+ jusqu’en juin. »

Ancienne pharmacienne

Que l’on se rassure côté politique : les émissions « Bourdin Direct » (06-10 heures) et « Les Grandes Gueules »(10-13 heures) sont reconduites et « intégreront des nouveautés liées aux campagnes politiques successives, primaires, présidentielle et législatives », indique RMC.

L’arrivée de Roselyne Bachelot fait suite au départ d’une figure historique de la station. RMC avait indiqué il y a quelques jours  qu’elle ne reconduisait pas l’émission de Brigitte Lahaie « Lahaie, l’amour et vous » – Brigitte Lahaie 60 ans, jadis sulfureuse et thérapeutique mais à l’antenne depuis quinze ans – précisément sur la tranche qu’occupera l’ancienne ministre de la Santé, ancienne pharmacienne, ancienne députée du Maine-et-Loire, ancienne ministre de l’Ecologie, ancienne ministre des Sports, ancienne ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, toujours supportrice de François Fillon.

Machisme politique

Les souvenirs de famille sont parfois cruels, avec le temps qui passe et les trajectoires qui s’incurvent.

«  Celle qui a reçu un baiser du général de Gaulle à neuf mois raconte l’installation de François Mitterrand dans la Nièvre, les menaces de l’OAS sur les siens, la déroute des responsables de la droite en 1968, les trahisons qui amenèrent la défaite de Jacques Chaban-Delmas puis, en retour, celle de Valéry Giscard d’Estaing en 1981… Et encore le vrai Jacques Chirac, le machisme en politique, les luttes internes de l’UMP, les erreurs de la gauche, le quinquennat de Nicolas Sarkozy… Un ouvrage de souvenirs sincère, direct, enlevé, écrit avec une liberté réjouissante. »

Rien ne dit qu’il y aura une suite.

A demain

Radio France est en colère : dans « Le Monde » lire la tribune, au vitriol, de Philippe Meyer

Bonjour

Philippe Meyer est l’une des plumes de Radio France : une voix qui, dans la nuit noire des ondes privées, parvient à nous éclairer. Il fait parler, chanter, réfléchir. Grâce à lui nous avons lu Alexandre Vialatte. C’est dire. Les plumes de Radio France tombent les unes après les autres. Aujourd’hui toutes ses voix se sont tues : la Maison Ronde est en grève. C’est une affaire complexe, envenimée par du bois de palissandre et le fiel bien senti du Canard enchaîné. Manuel Valls, Premier ministre vient, à la veille des Rameaux, de dire que cette grève devait cesser. Ne sait pas qui veut arrêter une grève.

Lire Meyer

Si on n’entend plus Philippe Meyer on peut le lire. Dans Le Monde, daté du 28 mars. Avec quelques annonces de « cessation de garanties » il remplit la page n°15. On y découvre une voix différente. Celle que ne peuvent tenir le quelques journalistes qui couvrent ce conflit, parfois même de l’intérieur, au risque de la consanguinité et du conflit d’intérêts. Page 15 c’est le même phrasé, la même élégance impertinente, la même petite musique vitriolisante.

Il faut ici lire Le Monde, bien évidemment (sur abonnement). Philippe Meyer : « Il faut stopper la dérive de Radio France ». Reprendre la barre, si l’on comprend bien. Et changer au plus vite de capitaine, puisque le greffon n’a pas pris.  Nous ne résistons pas à donner ici quelques extraits :

« Les informations publiées semaine après semaine par Le Canard enchaîné ne sont pas pour rien dans la grève de Radio France, mais on aurait tort de croire qu’elles en sont la cause unique ou même principale. D’ailleurs, lorsque, il y a un an, le même hebdomadaire révéla que le premier geste du PDG fraîchement nommé à l’unanimité par le CSA avait été de réclamer à sa tutelle une substantielle augmentation de salaire, aucune vague d’indignation, de réprobation ou même de simple déception ne parcourut la Maison ronde.

C’est qu’en 2014, après cinq ans d’une gouvernance médiocre, à la fois indolente et brutale, confiée par Nicolas Sarkozy à des amis ou à des complaisants, les personnels de Radio France n’accordaient d’importance qu’à une chose : avoir enfin un projet et un patron. Lors de l’arrivée de leur nouveau président, la plupart des collaborateurs avaient, comme ils l’ont aujourd’hui, conscience de l’importance des défis à relever.

 Le premier de tous est de demeurer un service public dans un monde où l’on fait bon marché de l’intérêt général, dans un domaine, celui de l’audiovisuel, où la spécificité des programmes proposés par les sociétés nationales n’a fait qu’aller en s’érodant, et dans un secteur d’activité, celui de la culture, d’autant plus difficile à faire vivre qu’il est devenu une auberge espagnole en même temps qu’une variable d’ajustement budgétaire.

 Révélation de talents

 A ceux qui doutent de la nécessité d’un service public, il faut rappeler que, tout au long de son histoire, Radio France a justifié son existence en inventant des émissions et en révélant des talents. Pour les talents, il suffit de parcourir les grilles des radios commerciales : on y verra défiler des noms d’animateurs ou de producteurs dont les premiers pas ont été faits sur les antennes du service public, alors que la situation inverse est inexistante ou exceptionnelle.

 Quant aux programmes, où, ailleurs que sur nos antennes, aurait pu trouver place Pierre Desproges, où pourrait-on entendre aujourd’hui les feuilletons de France Culture, les comparaisons en aveugle de « La Tribune des critiques de disques », tant de programmes de reportage, tant d’entretiens préparés, tant de portraits fouillés? Maintenir et orienter cette spécificité en période d’austérité demande plus que jamais une vision, une volonté et le sens du risque. Ce sont cette vision, cette volonté, ce sens du risque qui ont été si fortement attendus et dont le défaut, pour l’essentiel, explique la grève.

Indigne du service public

Non qu’il n’y ait pas de raisons matérielles à ce mouvement : d’abord parce que les personnels ont le droit de savoir quel avenir leur est réservé, plutôt que d’en être réduits depuis un an à interpréter des bruits de couloir, des déclarations dans des antichambres, des confidences à des journalistes médias, démenties dès qu’elles soulèvent une difficulté. Ensuite parce que la « gestion des ressources humaines » de Radio France n’est pas digne d’un service public.

Certaines méthodes couramment utilisées feraient même rougir dans des entreprises dont le profit est le seul but affiché. Certains manquements, s’ils n’étaient pas le fait d’une société dont l’Etat est l’actionnaire principal, conduiraient leurs responsables devant les tribunaux (…).

Bruits de bouche relayés

En matière d’affaires publiques, nos antennes généralistes se perdent dans la multiplication d’émissions de plateau bavardes, dont les invités sont en général vus et entendus dans tous les médias, alors que notre force est de pouvoir produire des émissions de reportages et d’enquêtes approfondis, susceptibles d’informer intelligemment nos auditeurs sur le monde dans lequel ils vivent, de les aider à le connaître et à le comprendre.

Ces émissions sont dans notre ADN. Cela est vrai pour toutes les chaînes. Elles ont émaillé aussi bien les productions des rédactions que celles, plus légères, diffusées sous l’étiquette des « programmes ». On les a évoquées glorieusement lors du cinquantenaire, tout en continuant à en contredire ou même à en fouler aux pieds l’esprit et les ambitions.

 Nous disposons, pour relancer de telles émissions, d’un personnel capable, tant à l’antenne que dans les services techniques ; j’ajouterai même que le savoir-faire de cette dernière catégorie de collaborateurs, véritables travailleurs du son, est gravement sous-employé, et qu’on les cantonne à relayer des bruits de bouche alors qu’ils sauraient saisir et retransmettre les rumeurs du monde et en permettre l’analyse.

Absurdités

Les dernières années ont vu les chaînes, et notamment France Inter et France Culture, se livrer à une concurrence absurde, exacerbée par des rivalités et des ambitions subalternes. Faute de pouvoir justifier cette rivalité par une politique de programmes, chaque direction s’est arc-boutée sur des sondages dont la moindre variation à la hausse, le plus souvent inférieure à la marge d’erreur de ce type de mesure, est célébrée comme un Austerlitz, à grand renfort de trompette.

Radio France ne peut pas se payer de cette fausse monnaie, ni se complaire dans cette autosatisfaction ampoulée, ni se replier dans une crainte frileuse. Son mérite a toujours été de proposer à ses publics – je tiens au pluriel – des émissions dont ils ne savaient pas encore avoir envie. C’est ce qui a toujours donné une saveur particulière à son succès. Nous sommes une radio d’offre, avec les risques que cela comporte, pas une radio de marketing, même si le savoir-faire de ceux qui étudient les audiences peut nous aider à placer au mieux nos propositions dans la grille des programmes (…).

Amuseur-vedette

Interrogé sur son projet lors d’une récente assemblée générale, le président de Radio France a répondu que, faute de moyens, il lui était impossible de présenter une ambition. Je crains que ce ne soit là que l’on doit trouver la raison la plus forte d’une déception devenue désarroi avant de tourner à la colère. »

On se prenait à espérer. Puis nous apprenons qu’au moment précis où Le Monde sortait en kiosque et sur la Toile l’amuseur-vedette (Europe 1 et D8) Cyril Hanouna confirmait une rumeur: il entend devenir patron de France Télévisions.

A demain

« Hippocrate » (le film) : la brutale allergie déontologique du Dr Kierzek

Bonjour

Le Dr Gérald Kierzek n’est plus seulement médecin, anesthésiste, réanimateur et urgentiste à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Il est par ailleurs expert auprès des tribunaux. « Passionné de communication et de vulgarisation médicale » il est aussi chroniqueur pour le « Magazine de la Santé » sur France 5 et dans « Le Grand 8 » sur D 8.

Coup de cœur

Il est encore « spécialiste santé pour Europe 1 » ; il est en outre l’auteur d’un livre préfacé par Michel Cymès, Un livre dont on peut ne pas goûter le titre aéronautique « 101 leçons pour ne pas atterrir aux urgences » . Il est ,enfin, critique cinématographique pour Paris Match. Pour les lecteurs de l’hebdomadaire du groupe Lagardère il a vu «Hippocrate» de Thomas Lilti (1) – un film qui est le « coup de cœur » de Paris Match. Et c’est peu dire que le réanimateur n’est pas tendre avec ce film :  « il s’insurge contre le regard porté sur l’hôpital et son personnel par un réalisateur qui est, comme lui, docteur en médecine ».

Assis dans la salle, face à l’écran, le Dr  Kierzek « n’a pas passé un bon moment ». « Cela m’a fait souffrir, cela m’a même fait de la peine, car cela met à mal l’hôpital public et la probité médicale. Sur un plan déontologique, cela m’a fait mal ». Et Dieu sait si les souffrances déontologiques peuvent être intenses.

Un « ancien médecin »

Même Paris Match a du mal à comprendre : le réalisateur connaît l’hôpital et s’est attaché à rendre la réalité du monde hospitalier : « Justement, rétorque l’expert auprès des tribunaux. Le décor, la vie à l’hôpital, la salle de garde, le quotidien, tout ça, c’est bien retranscrit, c’est crédible et réaliste. On voit qu’il connaît son sujet, qu’il a fait ses études à l’hôpital, mais, malheureusement, j’ai ressenti une certaine aigreur, peut-être une frustration. Quelque chose de négatif en ressort, en tout cas pour moi qui suis urgentiste – réanimateur, bref un praticien de l’hôpital. Autant le décor qui est planté est crédible, autant les relations entre les professionnels, et les relations entre les professionnels et les patients sont fausses. » Fausses ?

Ce que l’urgentiste ne goûte guère, c’est précisément que Thomas Lilti soit  un « ancien médecin » (sic). Sa double casquette de docteur-réalisateur ? Elle fait, dit cet animateur-chroniqueur, que l’on « peut prendre pour argent comptant tous les messages qui sont véhiculés ». « Les dialogues, les ficelles scénaristiques sont fausses, accuse-t-il. Je suis sorti de ce film en me disant : ‘’les patients vont mettre ma parole en doute’’. Dès qu’il y aura une complication, ils vont penser que c’est une erreur médicale et qu’on va lui cacher des choses. » Cacher ?

Pompiers à intubation

Pire : ce film aborde la « douloureuse question de l’euthanasie » (sic). « Je suis médecin-réanimateur, dit ce passionné de vulgarisation-communication médicale. «Hippocrate» donne l’impression que l’on arrive avec la pompe à intubation, que l’on est des cowboys, que l’on ne regarde pas les dossiers et l’on intube tout le monde, même les personnes en fin de vie. Tout ça c’est faux. La loi est très claire : c’est notre métier d’urgentiste et de réanimateur de contextualiser, et de ne pas être dans l’acharnement thérapeutique. J’ai l’impression que pour les besoins du film, il a fallu ajouter des débats de société, on a coché la case erreur médicale, on a coché la case euthanasie/fin de vie. Le film met à mal la relation de confiance entre le patient et le médecin. » Confiance ?  

Pire encore, le nœud central, la mortelle intrigue, la raison d’être du film : cet interne-fils protégé par son père-patron :

Véreux, branleuses et fils à papa

 «  Il y a beaucoup de ‘’fils de’’, aussi, à l’hôpital, c’est très vrai, mais ce n’est pas pour ça qu’ils seront couverts en cas de faute, assure le vulgarisateur. Pour moi, il y a là une faute morale de la part du réalisateur, une remise en cause de la probité. On a l’impression que c’est la concurrence entre tout le monde, entre les différents services, entre les internes. Mais que face aux familles, tout ce petit monde, presque mafieux, se met d’accord (…) On applique la loi Kouchner de 2002 sur l’information des malades. Là c’est traité comme s’il y avait encore une Omerta médicale, que l’on est resté au temps de la médecine de Papa, d’il y a 50 ans, ce qui est faux. Le père est un véreux, le chef du service réa est un véreux, les infirmières passent pour des branleuses quand elles regardent la télé la nuit, le seul qui est bien, tout le temps, c’est le médecin étranger. Je ne voudrais pas que le public, qui veut voir l’envers du décor, prenne «Hippocrate» pour un documentaire. Sur le plan déontologique, le film me pose un vrai problème, ce n’est pas le réel. L’hôpital de 2014 ce n’est pas ça. » Vraiment ?

Appel à l’Ordre

Rien à garder ?  Tout à jeter ? « La salle de garde est vue de façon réaliste, on pratique beaucoup ce genre d’humour à l’hôpital. Mais moi je n’ai pas rigolé pendant le film, je suis plus ressorti avec un sentiment de colère. » Humour ?

Résumons : « mise à mal de la probité médicale »,  abcès au plan déontologique, mitage de la relation « médecin-malade », altération de l’image du corps médical … On en connaît qui attaquent pour moins que cela devant la juridiction ordinale. Qu’attend donc notre confrère Kierzek, expert auprès des tribunaux ? Un peu de logique ! Vite, qu’il traduise « Hippocrate » devant la juridiction des gardiens du temple et du serment qui porte son nom….  

A demain

(1) Pour notre part nous avons dit ici  (et sur Slate.fr)  tout le bien que nous pensons de cette tranche de vie médicale et hospitalière.

 

Qui écrira l’histoire de l’infortunée Valérie T. ?

Bonjour

Les journalistes ne résistent pas à certaines tentations. Les philosophes non plus. Ainsi Alain Finkielkraut, dans la dernière (et assez remarquable) livraison de ses Répliques radiophoniques consacrée à Madame Bovary – que l’on peut écouter ici. L’auteur écartelé de L’identité malheureuse (Stock) ne put se retenir de faire un parallèle entre le petit roman normand de Flaubert et le vaudeville de la présidence de la République. Parallèle rapide certes, mais parallèle signifiant de notre temps. Des scènes de la vie de province en résonance avec ce qu’est devenue la scène médiatique  et politique nationale. On dira, nouvelle antienne, que Finkielkraut « aime jouer avec le feu ». Comme si ce supposé plaisir faisait de lui un coupable. Ou un malade.

Dix-huit mots

Palais de l’Elysée ? Peu après l’émission de France Culture qui aidait à percer les mystères de Flaubert le président de la République téléphonait à l’AFP. Et François Hollande, envoyé spécial sur des terres douloureusement personnelles, dictait à la sténo  les dix-huit mots que la France attendait. Une page républicaine se tournait. Ce fut le samedi 25 janvier 2014 peu avant les écrans-plats du 20 heures.

François Hollande a annoncé,  à titre personnel, la «fin de sa vie commune» avec Valérie Trierweiler, 48 ans. C’était précisément deux semaines après le scoop imagé du magazine « people » Closer et la révélation de sa liaison présumée avec l’actrice Julie Gayet, 41 ans. Deux semaines après le « gros coup de blues » plus ou moins légitime qui s’en suivit (mémoire-blog), les cachets et l’hospitalisation de la Première Dame en neurologie et à La Pitié. Puis l’annonce de son séjour en la résidence élyséenne de La Lanterne.

La vie aujourd’hui

Closer et son « scoop de caniveau » (Le Parisien/Aujourd’hui en France) ? La mémoire des people est là : François Hollande avait confié à Gala (concurrent de Closer) : «Valérie est la femme de ma vie ». Puis les people nous disent qu’il se mordit les doigts, plus tard, de ne pas avoir ajouté «aujourd’hui» par égard à Ségolène Royal, 60 ans, son ex-compagne, et ex-candidate à la présidentielle, avec qui il a quatre enfants. Mais quelle est la valeur de « la femme de sa vie » si on l’ajoute « aujourd’hui » ?

Les gazettes de la Toile : « Peu avant 15 heure, signe de l’impatience des médias, les télévisions en continu ont diffusé les images de deux voitures quittant La Lanterne, sans que les occupants puissent être identifiés. L’une d’elle est arrivée quelques heures plus tard au domicile du couple Hollande-Trierweiler, dans le 15e arrondissement ».

Gala et Taj Mahal Palace

La Première Dame ne l’est plus mais le conte continue. Celle qui n’est plus fée a remercié le personnel du Château de l’Elysée avant de s’envoler pour Bombay. Elle y retrouvera la meute de ses confrères et consœurs journalistes qui la suivront dans son déplacement humanitaire pour soutenir l’ONG Action contre la Faim (ACF). Aucun conflit d’intérêt : prévu de longue date ce voyage est financé par des entreprises, partenaires privés de l’association. On enquête pour savoir lesquelles. Et si la classe sera encore la première ou, déjà, celle des affaires.

La Toile : « Mme Trierweiler doit visiter l’hôpital de cette ville, puis assister à une session de formation du personnel médical, puis à un déjeuner de levée de fonds avec des femmes de chefs d’entreprises locaux. Un dîner de charité est prévu à l’hôtel Taj Mahal ». Charité au Taj Mahal Palace ?  Dans les contes de fées aussi, on retrouve le diable dans  quelques détails. Une conférence de presse était inscrite de longue date au programme indien. « Valérie Trierweiler  pourrait n’y faire qu’une brève apparition et ne prendra pas forcément la parole » selon ACF à Paris. Nous verrons.

Paris Match et D8

L’avion n’est pas parti que le tarmac et les salons frétillent d’interrogations. On les retrouve à la sorte de la messe dominicale dans Le Parisien et dans Le Journal du Dimanche. Il y est notamment question d’argent et d’infortune. Celle qui fut un instant Première Dame a subi ici un « préjudice moral indéniable ». Il faudra une « compensation financière ». A quel titre ? Les juges et les avocats préfèrent encore se taire. A l’exception de Me Bernard Fau, spécialiste de droit civil. Et « un membre du Conseil d’Etat ». Ira-t-on devant un tribunal ?

Et à nouveau la mise en abyme : l’ex-Première Dame avait abandonné, du fait de l’Elysée, son émission sur la chaîne D8. Mais avait conservé, sur Paris-Match, sa chronique littéraire hebdomadaire et son salaire. Les journalistes s’interrogent : que va faire cette « concubine délaissée », « sans patrimoine personnel » et »mère de famille de trois enfants ». Beau casse-tête de droit  – à l’heure de la parité légalisée et de la fin du « bon père de famille » (mémoire-blog).

Marigot

Une journaliste peut-elle raconter sa propre tragédie quand celle-ci se tient sous les ors et dans les palais de la République ? Valérie T. osera-t-elle l’autofiction ? Sinon qui écrira pour elle ? Le hasard (ou la sérendipité) veut que tout ceci coïncide avec la dernière affaire qui agite le monde parisien de l’édition – affaire traitée dans Libération par Philippe Lançon que l’on peut lire ici. Où il est notamment question de la plongée de l’auteur Régis Jauffret dans « le marigot de l’affaire DSK ». Et où il est surtout question de l’appropriation par des auteurs de drames personnels portés sur la place publique via le journalisme ou via la justice (ou les deux). Corollaire : DSK et ses avocats vont-il poursuivre le Seuil en justice et tout ce qu’il en adviendra ?

Blanche Baleine

« Qu’ont-ils tous, avec Strauss-Kahn ? Depuis le 14 mai 2011, après avoir été celle de la presse, il est devenu la baleine blanche du roman, l’infernal et spermatique cétacé que des écrivains cherchent à harponner – comme si sa présence était un défi à leur métier, écrit Philippe Lançon qui sait ce qu’écrire peut dire. Moby Dick, mais aussi Everest : c’est à qui fera l’ascension imaginaire du Sofitel jusqu’à la suite 2806,  sans oxygène et le plus vite possible. Ce n’est pas simple : la voie est fréquentée. Chacun de nous, sur cette petite planète, a voyagé dans la chambre du Sofitel et imaginé la psychologie, voire l’âme des personnages. Même Dostoïevski aurait du mal à créer derrière ce tapis de fantasmes en indivision. C’est naturellement ça qui attire des romanciers. Ils se mesurent moins à la bête qu’à la légende nourrie par les images, les articles et les gens. »

Baleine ou Eldorado ? Déjà quatre fictions inspirées par les aventures-déboires de ce social-démocrate  que tout le monde donnait pour président de la République : Chaos brûlant (Seuil), de Stéphane Zagdanski ; Une matière inflammable (Stock), de Marc Weitzmann ; l’Enculé (auto-édité), de Marc-Edouard Nabe ; et Belle et bête (Stock), de Marcela Iacub – Mme Iacub : juriste et collaboratrice de Libération.

Virginité

Et puis, bon cinquième : La Ballade de Rikers Island, de Régis Jauffret (Seuil). « Rapide, nerveux, purement narratif, plaisant à lire et sans lendemain, il  conte l’histoire comme si elle n’avait jamais été contée ou fantasmée avant lui, écrit Lançon. Comme s’il pouvait et devait, par son état romanesque d’enfance, conduire le lecteur, sur l’affaire la plus saturée du monde, à la virginité. » Qui, sinon elle, écrira les souffrances de Valérie T. ? Y aura-t-il ici des suites judiciaires ? Du style  Emma et Flaubert ?

(A demain)

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