M… de Noailles, «addict et addictologue», ne fait pas de publicité pour ses confères hospitaliers

 

Bonjour

Qui ne connaît Marie de Noailles, née avec une cuillère en argent dans la bouche avant de plonger dans l’enfer des drogues et de la dépendance ? « Premier pétard à 14 ans, dernière cure de désintoxication à 30 ans ». « Addict à vie », comme tous les anciens dépendants –  mais aussi addictologue en libéral à Paris, 16ème arrondissement. Soigne aujourd’hui « les plus grands » (John Galliano a été son patient). Deux enfants.

Longtemps on lui a demandé de « raconter son histoire ». Elle s’y refusait. Aucun besoin d’une avance sur recette et aucune envie « d’étaler sa vie ». Aujourd’hui sa mère n’est plus là et les temps ont changé. Cela donne « Addict », chez Grasset (162 pages, 16 euros) :

« Le 8 mai 1975, je vois le jour, moi Marie Alicia Eugénie Charlotte Blandine, seconde fille du duc et de la duchesse de Noailles. Trente ans plus tard, je choisis la vie. Je m’arrache à l’alcool, à l’herbe, à la cocaïne, à ces dépendances qui, depuis quinze ans, me possèdent et me consument. À moi la libération. Le 29 mars, date de mon retour parmi les vivants, où que je sois, je m’agenouille et je prie Dieu, dont je ne suis pas sûre de connaître le nom. Je m’appelle Marie, j’ai deux anniversaires et une seule vie. Que j’ai failli perdre et choisi de sauver. Je suis née deux fois. »

Nuit d’extase

Pour l’éditeur les choses se présentent ainsi :

« Jolie jeune femme, issue d’une des plus grandes familles de France, Marie de Noailles découvre la drogue à treize ans, une nuit d’extase et de mauvais hasard. Enfant choyée, drôle, flottante, éperdue de tristesse, elle s’essaye à tous les cachets, à toutes les boissons. A toutes les rencontres. Pendant des années, elle traverse la nuit parisienne, ses figures, ses âmes damnées, ses secrets. Blonde, dévastée, elle vole, elle ment, toujours plus accro. Une longue chute impossible à arrêter.

A presque trente ans, méconnaissable, usée, Marie de Noailles est placée par sa famille  dans un centre au Royaume Uni, qui pratique la méthode « Minnesota ». Une tentative ultime, violente et radicale. Marie change, se sauve, devient à son tour psychologue et soigne désormais des patients, souvent fameux, venant du monde entier pour la rencontrer. Un récit magnifique, intime et littéraire, qui ne perce pas l’énigme de l’addiction mais l’approche, avec pureté et douceur. »

Main droite coupée

Avant-hier (en 2010) elle se racontait dans Paris Match. Aujourd’hui, service après vente. Marie de Noailles a ses entrées dans la presse. Hier elle était la psy qui soignait les stars dans Le Point :

« Elle assure qu’elle préfère perdre sa main droite plutôt que de livrer le nom d’un seul de ses patients. À défaut de les nommer, Marie de Noailles, 39 ans, psychothérapeute addictologue, décrit ceux qui, chaque jour, entrent dans son petit cabinet, délicatement parfumé, au rez-de-chaussée d’un immeuble parisien, villa Boissière, ou qui, en pleine nuit, souvent le week-end, l’appellent à l’aide sur son portable, jamais éteint, car ils sont sur le point de craquer, d’attraper ce verre, ce comprimé, cette seringue ou cette console de jeux. Ses patients, dit-elle, sont « des patrons du CAC 40, …..(la suite est payante) »

Papier glacé

Aujourd’hui, entre mille et une publicités elle est invitée sur tous les papiers glacés. Le Monde : « Aujourd’hui addictologue, j’ai été toxicomane pendant quinze ans ». On y lit des choses délicieuses comme celles-ci :

«  J’ai fait mon “entrée dans le monde” au bal des débutantes, Hôtel Crillon, sous l’emprise de diverses substances (…) J’ai suivi ma première cure de désintoxication aux Etats-Unis à 15 ans. J’ai vu des dizaines de psys, j’ai écumé toutes les cliniques de ­Paris et des environs, les urgences psychiatriques aussi. Dix cures, quinze hospitalisations…(…) Dans mon cabinet, je reçois beaucoup de gens très connus et d’autres qui n’ont pas le sou. Les uns paient pour les autres. J’accompagne les familles en hommage à ce que mes parents ont ­enduré. Quand je fais de la prévention à la fac, je commence à parler dans le brouhaha, mais dès que je dis que j’ai beaucoup bu et fumé, plus un étudiant ne parle. »

Limites hospitalières

Les lectrices fidèles de Elle retrouveront Marie de Noailles, « belle, blonde, bronzée, montre Cartier et chaîne de baptême » (sic). N° du 16 septembre. Page 104. Photographiée par Alexandre Isard, interrogée par Marion Ruggieri (éditorialiste). Cela donne : « L’addiction c’est un suicide qui peut prendre des années ». On croit tout savoir. Et puis on lit ceci :

«ELLE : -En France, on vous a abrutie de médicaments, écrivez-vous. En Angleterre, vous avez découvert la méthode Minnesota, dans laquelle le suivi psychologique est assuré par des ex-addicts, et ça change tout, dites-vous…

– Marie de Noailles : En France, l’hôpital public, aussi bon soit il, a ses limites. Les médicaments, c’est bien, mais ce n’est pas tout. Même si les choses sont en train d’évoluer. En Angleterre, où j’ai fait une cure de la dernière chance, j’ai été confrontée à d’anciens dépendants devenus psys, capables de me comprendre, de me déjouer, et je me suis dit : « Si eux le peuvent, pourquoi pas moi ? » Aujourd’hui, je rends ce que l’on m’a donné.»

Laissons la cuillère d’argent où elle est. Deux questions, pour finir. Quel prix pour la méthode Minnesota ? Faut-il avoir impérativement connu l’enfer de la drogue pour soigner les drogués ?

A demain

 

«François le Petit», Mlle Julie, le comte Macron et la «marquise de Pompatweet»… Rambaud dézingue

 

Bonjour

« Dézinguer » n’est pas un verbe fréquemment employé. C’est celui retenu par l’Agence France Presse pour qualifier la dynamique sous jacente au dernier ouvrage du redoutable Patrick Rambaud. Vous aviez adoré l’assassin de Nicolas 1er ? Vous tremblerez avec « François le Petit, Chronique d’un règne » (Grasset). Même angle, plus de noirceurs. L’ennemi auto-déclaré de la Pompe à Phynance occupe Versailles. Et la Machine à décerveller fonctionne à plein tuyaux comme  l’a montré « A l’Elysée, un temps de président » (Yves Jeuland)

L’assassin court toujours

Assassin, façon puzzle,  de « Nicolas-le-Mauvais » ou « Nicolas Ier » Patrick Rambaud a ressorti sa plume pour chroniquer le début du règne de « François IV » ou « François-le-Petit ». « Je raconte ici l’histoire d’un petit nombre d’hommes qui, poussés par les événements, ne se hissaient pas à leur portée », avertit Patrick Rambaud, 69 ans, réincarnation assez fidèle du duc de Saint-Simon (1675-1755). François-le-Petit en résonance au Napoléon affublé du même surnom, référence à Victor Hugo (1802-1885) et François Mitterrand (1916-1996).

La sortie de l’ouvrage en librairie (240 pages; 118 x 188 mm; 16.50 euros) coïncide avec les célébrations médiatiques du vingtième anniversaire de la disparition de l’ancien président de la République. Elle coïncide aussi avec celles du premier anniversaire des attentats de Paris. Patrick Rambaud dédie notamment son livre à Cabu et Georges Wolinski, « vieux complices », assassinés le 7 janvier dans les locaux de Charlie Hebdo.

Présentation :

« Nicolas Sarkozy était romanesque à souhait, contourné, faux, kärcherisé, entretenant une cour volatile et dorée. Avec sa montre en plastique et ses costumes bleu trempés, François le Petit est théâtral : en son palais de confetti, avec son casque à visière, au côté de ses femmes… »

« Avant de rejoindre le monde des esprits, François-le-Grand avait estimé que ses successeurs ne seraient au mieux que des comptables ; c’était vrai : le règne de Nicolas-le-Mauvais puis celui de François-le-Petit avaient tourné aux calculs, à la combine, aux querelles de coteries. Ces parvenus avaient ennuyé le peuple, ils l’avaient trompé, maintenant ils l’exaspéraient. »

Mlle Julie et le jeune comte Macron

Toutes et tous y sont. On croise ainsi la patronne du « Front populiste », Mlle de Montretout, le duc d’Évry nommé Premier ministre, le jeune comte Macron (qui le deviendra sans doute), Mademoiselle Julie (actrice) et la marquise de Pompatweet  (qui fit tant et tant parler d’elle avant de retomber aux oubliettes)

La chronique s’achève en janvier 2015 au moment où « deux crétins islamistes masqués fusillèrent la rédaction d’une gazette satirique » et qu’« un autre crétin du même calibre tira à la mitraillette sur les clients d’un hypermarché casher ». Au-delà de la petite musique qu’il maîtrise à merveille  la vision de Patrick Rambaud est particulièrement amère sinon dangereuse. On y voit notamment un « crétin wahhabite » que les caricatures plongent dans les transes.

 De la gomme au zinc

Dézinguer, donc. A ne surtout pas confondre avec dégommer : consiste à décoller les segments du piston (à l’aide de la manivelle) pour faciliter le démarrage d’une automobile : Dégommer le moteur. C’est aussi (plus familier) destituer quelqu’un de ses fonctions, le limoger : « Il n’est pas officiellement dégommé, mais il se regarde comme l’étant (GONCOURT, Journal, 1896, p. 954) ; « Vers cette époque y a eu la crise, j’ai bien failli être dégommé du dispensaire (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 34) »

Dézinguer ? Dans les dictionnaires contemporains le terme renvoie à l’opération de dézingage (ou dézincage) : travail consistant  à enlever le revêtement de zinc sur une pièce – ou à retirer le zinc contenu dans un alliage. Exemple : on utilise la soude et l’électrolyse pour le dézingage des tôles automobiles. Les dictionnaires modernes ne disent pas ce qui, une fois le zinc envolé, reste de l’ensemble.

A demain