GPA et PMA «pour toutes»:  de quel droit pourraient-elles être interdites du Grand Débat ?

Bonjour

Colères et passions, politique, éthique et procréation. C’est une information en « avant-première»  du Figaro (Agnès Leclair) « PMA pour toutes: un rapport parlementaire pose le débat». Plus précisément les députés de la mission d’information sur la révision de la loi de bioéthique vont voter ce 15 janvier la publication du rapport rédigé par Jean-Louis Touraine, médecin jadis socialiste aujourd’hui l’un des piliers de la Macronie.

« Ce parlementaire LaREM connu pour ses prises de position en faveur de l’euthanasie et de la PMA pour toutes, a formé un surprenant duo à la tête de la mission d’information avec un des ‘’mousquetaires’’ anti-mariage pour tous, le député Xavier Breton (LR)  précise Le Figaro. Ensemble, ils ont mené quelque soixante-cinq auditions et entendu un nombre impressionnant de représentants d’associations, de juristes, de philosophes, de religieux ou encore de médecins pour réfléchir à l’évolution de la loi. »

Or, ajoute le quotidien de droite, si les auditions ont permis à des opinions très variées et souvent contraires de s’exprimer, les propositions du rapporteur s’annoncent, sans surprise. Des propositions radicales, favorables à la PMA pour toutes et à son remboursement par la Sécurité sociale, à l’accès à leurs origines des enfants nés d’un don ou encore à l’autoconservation des ovocytes pour les femmes souhaitant préserver leur fertilité…

Il reste toutefois à savoir comment ces propositions de révolution de la loi de bioéthique seront reçues par les autres députés de la mission, dont certains se sont montrés plus conservateurs, comme la députée LaREM Agnès Thill. « Même si je suis en désaccord avec nombre de ces choix, ce rapport a le mérite de la clarté. Il présente les enjeux de la révision de la loi de bioéthique, les choix qui s’offrent à nous et les conséquences qu’ils entraînent. C’est donc une bonne base de travail pour se positionner pour ou contre ces évolutions», estime Xavier Breton.

Plus important encore : quelle latitude le gouvernement et le président de la République donneront-ils aux parlementaires sur ce débat périlleux qui vient d’être reporté dans le calendriers après les élections européennes. Dans une lettre aux présidents de l’Assemblée et du Sénat dévoilée vendredi 11 janvier, le Premier ministre a indiqué que le gouvernement allait organiser en février des « séminaires thématiques » pour les parlementaires sur quatre thèmes du projet de loi de révision de la loi bioéthique (dont la PMA « pour toutes », la filiation, les diagnostics génétiques prénataux et postnataux, la recherche sur l’embryon). Ces sessions seront animées par les administrations de ministères de la Santé, de la Justice, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. L’objectif affiché est de créer «les conditions d’un débat le plus précis et le plus apaisé possible» dans l’Hémicycle.

« Le temps parlementaire autour du projet de loi va bientôt s’ouvrir, écrit M. Philippe dans ce courrier que Le Monde (Olivier Faye) avait très tôt pu consulter. Il me semble essentiel que le débat qui va s’engager soit le plus apaisé et le plus respectueux possible, sans pour autant faire taire les divergences de vue. » Le Premier ministre souhaite que soit menée « une réflexion commune, de synthèse, associant la diversité des parlementaires de chaque Chambre ». L’exécutif a décidé, « avant de saisir le Parlement officiellement d’un projet de loi », poursuit M. Philippe dans cette lettre, que « des séminaires, animés par les administrations compétentes, se tiendront chaque semaine à partir de fin janvier puis courant février en présence des ministres ». Selon Matignon, le sujet devrait être présenté au conseil des ministres « au premier semestre » 2019.

Hasard, fatalité et publicité

D’ici là, objectif gouvernemental prioritaire : prévenir l’émergence des tensions qui avait précédé l’adoption de la « loi Taubira sur le mariage pour tous », en 2013. « Très présente dans la rue à l’époque, la Manif pour tous a d’ores et déjà fait savoir qu’elle se mobiliserait contre le projet d’extension de la PMA, tout comme les partis Les Républicains et le Rassemblement national, rappelle Le Monde. La sérénité est décidément un combat de tous les jours. »

«Attention au risque de confusion entre l’exécutif et le législatif ! avertit le député Xavier Breton. Ce n’est pas au gouvernement de former les parlementaires. Les députés ne sont pas sous la tutelle du gouvernement. L’échange doit se faire d’égal à égal. Si c’est le cas, les membres du gouvernement pourraient aussi venir se former au sein de notre mission qui mène un travail de fond sur ces sujets. » «Il n’y aura jamais de consensus sur ces sujets et le climat ne sera jamais totalement apaisé, estime pour sa part Jean-Louis Touraine. Mais, même dans un contexte politique tendu par la crise des “Gilets Jaunes”, ce débat aura lieu en 2019.»

Dépassionner le débat ? L’affaire est d’autant plus complexe qu’Emmanuel Macron et le gouvernement sont aujourd’hui frontalement confronté à la tourmente récurrente des Gilets Jaunes ? Et ce alors qu’au sein même de la majorité présidentielle, des voix dissonantes se font entendre dans quelques médias pour exprimer leur opposition à l’extension de la PMA.

«Attention au risque de confusion entre l’exécutif et le législatif! avertit Xavier Breton. Ce n’est pas au gouvernement de former les parlementaires. Les députés ne sont pas sous la tutelle du gouvernement. L’échange doit se faire d’égal à égal. Si c’est le cas, les membres du gouvernement pourraient aussi venir se former au sein de notre mission qui mène un travail de fond sur ces sujets.» «Il n’y aura jamais de consensus sur ces sujets et le climat ne sera jamais totalement apaisé, juge pour sa part Jean-Louis Touraine. Mais, même dans un contexte politique tendu par la crise des “gilets jaunes”, ce débat aura lieu en 2019.»

Le hasard et la fatalité veulent que le rapport radical du député Touraine soit adopté le jour même où s’ouvre le Grand Débat voulu par Emmanuel Macron pour « transformer les colères en solutions ». Le jour, aussi, où la publicité est faite par différents médias pour un petit ouvrage 1 poussant à la légalisation, en France, de la pratique de la Gestation pour Autrui.

A demain

@jynau

1 « Moi, Valentina, née par GPA » Valentina Mennesson, éditions Michalon, 148 pages, 16€.

 

 

Alzheimer et « maladies apparentées » : un petit livre bousculant, à lire avant cet été

 

Bonjour

Que ferions-nous sans la « Haute Autorité de Santé » et son jargon sans cesse renouvelé ? « Prolongeant une  « thématique majeure » elle publie aujourd’hui un « guide synthétique et des outils destinés à offrir une prise en charge adaptée et réactive ». Il est ici question des « plus de 850 000 personnes aujourd’hui atteintes d’une maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée ». Et tout est dans ce dernier terme.

De quoi parlons-nous au juste quand nous parlons de maladie d’Alzheimer ? Et quels sont ces liens de parenté (ou de ressemblance) dont nous parle la HAS ? Et dans quelles proportions ? On peut le dire autrement : la « maladie d’Alzheimer » existe-t-elle ? Ne sommes-nous pas, ici, dans les pièges du faux-semblant comme le professe le Dr Olivier Saint-Jean dans un livre détonnant 1. Un ouvrage suffisamment dérangeant pour que le patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou ne soit guère entendu – ni de ses pairs, ni des médias.

La HAS le rappelle : « aucun médicament ne permet à ce jour de guérir ces malades ». Et elle insiste : «  un diagnostic dès les premiers signes est indispensable ». Mais quel diagnostic ? Outre celui d’ « Alzheimer » il faut compter avec « l’encéphalopathie neuro-vasculaire », la « maladie à corps de Lewy », les « dégénérescences lobaires fronto-temporales » voire « d’autres maladies plus rares – prion, HIV… [sic] ». « Ces maladies apparentées, moins connues que la maladie d’Alzheimer, sont parfois associées à une errance diagnostique et à un retard au diagnostic, ajoute la HAS. Des études sont en cours pour préciser la fréquence des principales causes de troubles neurocognitif en France »… Patientons.

Comment s’y retrouver ? Comment ne pas perdre pied dans ces brouillards diagnostiques et ces béances phsysiopathologiques ? Il faut, ici, ouvrir cet ouvrage dérangeant cosigné avec le journaliste Eric Favereau (Libération).  

« En finir avec Alzheimer ne serait-il pas byzantin ? Tout cela ne serait-il pas une simple querelle d’experts un peu trop égocentriques ? Pas vraiment si l’on se place du côté des malades, peut-on lire en conclusion de cet ouvrage problématique. En passant de la maladie au vieillissement, tout peut changer. Ce déclin cognitif, à moins de mourir avant, s’inscrit dans la normalité de l’espèce humaine. Il est sûr qu’exprimé ainsi, cela ne ressemble pas à une bonne nouvelle. On voudrait tellement être éternel, jeune, hyper-performant ! Mais voilà : il se peut que notre condition humaine nous amène à autre chose. Par exemple, dire que perdre la mémoire dans le grand âge est normal, nous autorise à revendiquer sans limite le maintien de notre espace de liberté en quittant l’identité du malade. »

Liberté, Vieillissement, Identité. Petit livre, grands sujets. Un ouvrage de chevet pour l’été. « Alzheimer, le grand leurre ». 168 pages, 17 euros.

A demain

Harcèlement-enseignant : le voile se lèverait-il sur le sexisme des études de médecine ?  

Bonjour

C’est une étude qui n’a pas de valeur statistique mais qui marquera les esprits. Réalisée par l’Inter-syndicat national des internes (ISNI) et rendue publique ce 17 novembre, elle est mis en scène par Le Monde : « Hey doc les études de médecine sont-elles sexistes ? ».

Pour la première fois de son histoire, le syndicat a souhaité interroger les 30 000  internes en médecinepour « quantifier leur expérience du sexisme et du harcèlement sexuel » pendant leurs études. Il s’en expliquait début septembre :

« La profession médicale française se féminise. Pourtant, il existe toujours un plafond de verre. La présence de sexisme durant les études pourrait être une des raisons. Dans les autres pays occidentaux, les enquêtes sont unanimes : 30 à 50% des étudiants en médecine sont confrontés à du sexisme durant leur formation et sur leur lieu de travail. En France, les témoignages se multiplient à ce sujet.

« Pour lutter contre le sexisme, il faut d’abord l’évaluer. C’est pourquoi, l’InterSyndicat National des Internes lance la première grande enquête nationale sur le sujet dans les études médicales, auprès de tous les internes de France :  L’objectif est bien sûr de dénoncer ces discriminations et d’en comprendre l’impact sur les choix de carrière et sur le quotidien des jeunes médecins.

Les résultats seront présentés à l’Université de Rentrée de l’ISNI, le 18 novembre. Ils devront aboutir à une prise de conscience de la communauté médicale et à des mesures concrètes contre le sexisme dans le monde médical. L’ISNI condamne toute forme de sexisme, du sexisme ordinaire au harcèlement sexuel, envers les femmes et les hommes. Le sexisme dans les études médicales ne doit plus être un tabou. Les internes doivent se saisir du sujet pour être un des principaux acteurs du changement. »

Pesanteur du climat

Sur les 30 000 internes, seuls 2 946 ont répondu au questionnaire – dont 75 % de femmes et 25 % d’hommes. Parmi les répondants, 8,6 % affirment avoir été victimes de harcèlement sexuel et 34 % relèvent des « attitudes connotées », comme le contact physique ou le geste non désiré (65 %), la simulation d’acte sexuel (9 %), la demande insistante de relation sexuelle (14 %) ou le chantage à connotation sexuelle (12 %). « Subir le sexisme ou en être directement victime : c’est le quotidien de 86 % des internes de médecine – hommes et femmes confondus ».

« L’étude, bien que non représentative de la population des internes, confirme l’existence d’un climat pesant dans le monde médical et en particulier pour les étudiants, qu’ils soient infirmiers, médecins ou aides-soignants, résume Le Monde. Un climat, voire une « nébuleuse sexiste », comme le décrit Céline Lefève, maître de conférences en philosophie de la médecine (Université Paris-Diderot), par ailleurs contributrice d’ « Omerta à l’hôpital » (Editions Michalon) de Valérie Auslender, médecin de Sciences Po.

Les témoignages évoquent souvent le huis clos du bloc opératoire comme lieu propice aux remarques sexistes et aux comportements les plus violents. L’ISNI relève que 24 % du sexisme quotidien se situe dans cet entre-soi. Bien triste exemple :

« Au bloc, on est coupé du monde, et le chirurgien est une sorte de dieu qui peut se comporter de manière déplacée. Je me souviens d’une opération en orthopédie ; le chirurgien m’a regardée en me disant : “Tu vois, je plante ce clou dans l’os comme ma bite dans ta chatte.” Sur le coup, on ne dit rien, on rit jaune, mais c’est violent. »

Avec les enseignants et dans la mixité

 « C’est un climat ambiant permanent qui existe depuis le début des études. En réalisant cette étude, j’ai été étonnée par le nombre de personnes qui ne se considèrent même plus victimes de sexisme tellement tout cela a été intégré et accepté. Le problème, c’est que le sexisme crée un climat qui conduit à accepter un geste déplacé qui prépare le terrain au harcèlement sexuel », explique Alizée Porto, vice-présidente « droits des femmes », qui vient de terminer son internat en chirurgie et qui est à l’origine de l’enquête de son syndicat.

Les temps commenceraient-ils à changer ? On peut l’espérer. Dans les facultés de médecine, des groupes de travail ou des associations d’étudiants commencent à faire évoluer le « rapport de force » avec le corps enseignant. « J’ai l’impression que notre génération accepte de moins en moins le sexisme. Les chefs de service se plaignent de voir leurs blagues et leurs propos sexistes diffusés sur Twitter ou sur Payetablouse [site Internet qui recueille les témoignages sexistes du monde médical]. Peut-être que la crainte d’être de plus en plus exposé va changer la donne » espère, sous couvert d’anonymat,  une étudiante en sixième année de médecine qui raconte ses expériences dans de grands hôpitaux parisiens sur les réseaux sociaux.

Et après ? Il n’y a là aucune fatalité – mais il restera encore à saisir les véritables racines de ces comportements sexistes et à élaborer, avec les enseignants et dans la mixité, une pédagogie préventive.

A demain