Greta Thunberg : aux antipodes du Dr Alexandre, ce qu’une psychiatre peut nous apprendre

Bonjour

On se souvient de ces lignes, glanées dans le flots des tweets et signées @dr_l_alexandre :

« Je ne suis pas jaloux de @GretaThunberg. J’aimerais pas (sic) avoir des TOC graves, une dépression infantile, un mutisme sélectif, un Asperger avec monoideation et des troubles alimentaires graves me conduisant à être minuscule! Je respecte l’enfant malade mais regrette sa manipulation »

Ainsi, aujourd’hui,  un docteur en médecine âgé de 59 ans peut oser écrire ainsi. Son hyper-médiatisation née de provocations répétées en est-elle la raison ? Une fraction de la Toile s’indigne. Réponse du Dr Laurent Alexandre :

« Je rappelle que ce sont les parents de @GretaThunberg qui ont révélé son dossier psychiatrique (pas moi). Et je pense que cela devrait être un délit de révéler le dossier médical de son enfant mineur ! Je trouve cela dégueulasse ! Signalez les parents de @GretaThunberg ».

Fort heureusement la médecine, la psychiatrie est plurielle. Ainsi, aujourd’hui, une tribune publiée dans Le Mondeoù le Dr Laurent Alexandre tient chronique et alimente polémiques. Elle est signée du Dr Marion Robin, psychiatre pour adolescents à l’Institut mutualiste Montsouris et auteure d’« Ado désemparé cherche société vivante » (Odile Jacob, 2017).

Loin de l’urologue transhumanisant elle voit en Greta Thunberg le symbole d’une jeunesse qui ne peut plus se permettre de rester en adolescence. Ou plus précisément cette psychiatre cherche à comprendre ce qui se trame  au-delà de l’« effet Greta Thunberg », qui « insupporte certains adultes » (sic). Pour elle « la défense du vivant par la jeune génération marque le passage d’une adolescence assise à une jeunesse en action ». On lira, dans Le Monde, ce texte éclairant d’une nouvelle lumière les comporteemnts de la génération montante. Extraits :

« L’image dominante de l’adolescence est aujourd’hui représentée par des jeunes de 12 à 25 ans qui traversent une crise. Apathiques, repliés sur eux-mêmes, critiques envers leurs parents : la vision d’une adolescence ‘’canapé-selfie’’ inquiète, et plus personne ne sait exactement à quel âge ce stade de développement est censé se terminer. Activisme idéologique et engagement politique paraissent loin de cette construction de l’adolescence occidentale des trente dernières années, qui a plutôt été l’objet d’une médicalisation à l’excès.

« Pourtant, la génération Z, née après 2000, nous montre que cette époque est en train d’être révolue. Brutalement, en 2018, une mobilisation citoyenne émerge chez les jeunes, qui ne sont plus appelés adolescents. Greta Thunberg, 15 ans à ce moment, engage une grève étudiante qui mobilise des centaines de milliers de participants à travers le monde (…)

« Au-delà de la jeune Greta, qui a la particularité de questionner sans détour la lucidité et la culpabilité des adultes, les poussant ainsi à se mobiliser dans l’action ou à se replier dans le discrédit, cette nouvelle génération sollicite directement la fonction de ‘’ contenance ‘’ du monde adulte : il s’agit de la façon dont celui-ci est capable de répondre, de reformuler, d’agir et non seulement de réagir à cette jeunesse qui l’interroge et avance vite. Mais comment est-on passé si rapidement d’une adolescence assise à une jeunesse en action ? (…)

« Ces trois étapes – supporter la prise de conscience de sa propre finitude, modifier radicalement son rapport à autrui, agir sur soi pour agir sur le monde – sont les conditions centrales pour qu’un jeune sorte de l’adolescence et ne s’enferre pas dans une attente infinie et une passivité adulte aliénante. C’est l’entrée dans l’adolescence qui rend possible la richesse d’un œil neuf, la remise en question, l’impulsion, l’exploration sans limite, mais c’est la sortie qui rend possible la construction.

« C’est l’entrée dans l’adolescence qui rend possible l’intelligence visionnaire, mais c’est la sortie qui rend possibles la réalisation de cette intelligence dans les actes, l’engagement dans la vie lorsqu’on a pressenti la mort, l’engagement dans la survie psychique et physique de l’espèce lorsque ses remparts en sont à ce point menacés. C’est ici le visage inédit d’une jeunesse qui ne peut plus se permettre de rester en adolescence. »

Si l’on pouvait, on interrogerait volontiers l’auteure sur les raisons profondes qui peuvent conduire un médecin hypermédiatisé à expliquer à la Terre entière qu’il n’est pas « jaloux de Greta Thunberg » – un médecin qui, sur Tweeter se définit ainsi :

« NBCI e-santé bioéthique Anti-collapsologue Anti@gretathunberg. 54,4K Followers »

Pour rappel : @GretaThunberg : 798,7 K

A demain @jynau

«Tremblements» d’Angela Merkel : où l’on reparle de la santé de ceux qui nous gouvernent

Bonjour

Gouverner en tremblant ? Pour la troisième fois en quelques semaines, la chancelière allemande, Angela Merkel, a été prise d’une série de tremblements assez spectaculaires. https://twitter.com/dpa/status/1148921158215094272 …

C’était le 10 juillet au cours d’une cérémonie officielle avec le premier ministre finlandais Antti Rinne. La chancelière allemande se tenait debout à côté de son homologue finlandais pour écouter les hymnes nationaux des deux pays lorsqu’elle a commencé à trembler très distinctement. Les observateurs ont noté que ses bras et ses jambes notamment « étaient pris de petites secousses » jusqu’à ce qu’elle se remette en marche avec son homologue finlandais à la fin des hymnes.

Angela Merkel a aussitôt rassuré : « il n’y a pas lieu de s’inquiéter ». C’est la troisième fois que de tels tremblements surviennent en public. Le premier incident date du 18 juin. C’était  en présence du président ukrainien Volodymyr Zelensky. La chancelière les avait alors attribués à une déshydratation liée à la forte chaleur qui régnait sur Berlin. « J’ai bu au moins trois verres d’eau, c’est ce qui m’a manifestement manqué et, à présent, je me sens très bien », avait-elle ensuite déclaré. Elle avait également été prise de tremblements similaires le 27 juin lors de la cérémonie officielle de prise de fonction de la nouvelle ministre de la justice à Berlin

Pouvoir et psychiatrie

La dirigeante conservatrice aura bientôt 65 ans et, jusqu’ici, a toujours assuré être en bonne santé. Les médias allemands commencent à réclamer la transparence sur ce sujet. Où l’on retrouve la question, récurrente en démocratie, des « bilans de santé » lors de l’exercice du pouvoir. Une question polémique qui, en France, avait notamment été soulevée lors des deux septennats de François Mitterrand – et qui n’est plus d’actualité. Un sujet qui commença à être traité, depuis la Suisse, par le Dr Pierre Rentchnik et, en France, Pierre Accoce (« Ces malades qui nous gouvernent ». Éditions Stock, 1976). Et que l’on retrouve aujourd’hui, sous un angle psychiatrique et historique (mais nettement moins politique) sous la plume du Dr Patrick Lemoine : « La santé psychique de ceux qui ont fait le monde » (Editions Odile Jacob).

Moins politique, vraiment ? On peut, sur la quatrième de couverture, lire ceci :« En tant que psychiatre et clinicien, Patrick Lemoine a osé décortiquer les biographies, traquer les anecdotes, rechercher les symptômes, établir des diagnostics et en arriver à un incroyable questionnement : pourquoi les peuples sont-ils dirigés par des personnalités sinon déséquilibrées, tout du moins fragiles ? Ou bien, à l’inverse, serait-ce parce que ces hommes et ces femmes ont été capables de maîtriser, d’utiliser, voire de surmonter leurs fragilités, que ceux qui ont changé le monde ont conquis le pouvoir ? »

En Allemagne Angela Merkel quittera prochainement le pouvoir. En dira-t-elle plus, alors, sur ses « tremblements » d’aujourd’hui ?

A demain @jynau

Affaire de La Pitié-Salpêtrière : la lecture faite par le Pr Lionel Naccache (sur France Inter)

Bonjour

Mercredi 8 mai 2019. Le Pr Lionel Naccache, neurologue, est l’invité du Grand Entretien de France Inter pour la sortie de son ouvrage « Nous sommes tous des femmes savantes » (éditions Odile Jacob). Nicolas Demorand lui pose une question sur la récente affaire de La Pitié Salpêtrière, où œuvre ce spécialiste des sciences cognitives.

« Votre hôpital s’est retrouvé au cœur de l’actualité il y a tout juste une semaine suite à la manifestation du 1er mai. Comment avez-vous vécu ces événements et l’immense emballement qu’ils ont suscité ?

Je les ai vécu comme la plupart d’entre nous. Je n’étais pas à l’hôpital, le 1er mai. Mais quand j’ai appris ce qui s’était passé le soir même, j’ai d’abord été horrifié. Je mes suis dit si on en arrive à une situation où des manifestants sont capables de prendre d’assaut un hôpital – un des derniers lieux où le rapport des gens sont payés pour s’occuper de la santé d’autres personnes – si ça c’est tombé, alors c’est une catastrophe…

– Et puis évidemment, le lendemain, quand on voit les vidéos… c’est le double effet …C’est une seconde réaction de dégoût, de colère. On en vient à se dire que s’il y a une sorte de manipulation.. ou disons une utilisation  … si ces manifestants n’étaient pas une masse organisée, un commando à l’assaut de la réanimation … S’il y a une manipulation de cette information dès le début 1 … alors cela devient extrêmement préoccupant.

– La société d’information dont je parlais tout à l’heure c’est une société qui favorise le fait que l’information est immédiatement accessible sans effort et à tout le monde. Mais ça veut dire aussi que l’on a une responsabilité plus accrue qu’auparavant. Parce qu’on peut enflammer des réactions immédiates – j’ai parlé, dans un autre livre d’’’épilepsie sociale’’ – et donner des réactions d’un impulsivité dingue….

Vous en parlez, entre-vous, à l’hôpital ?

On en parle mais sans doute pas plus qu’à l’extérieur. Car c’est quelque chose qui a secoué toute la société. »  

A demain

@jynau

1 La chronologie précise des faits du 1er mai reste encore à établir ainsi, corollaire, que la hiérarchie des responsabilités dans cette affaire. De ce point de vue un élément important sera la visualisation/décryptage des images de vidéo-surveillance dont Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, avait précisé, le 2 mai, qu’elles étaient « édifiantes ».

 

L’espérance de vie des Françaises recule. Les coupables sont connus. A quand le procès ?  

Bonjour

C’est à lire dans le prochain Population & Sociétés (mars 2019) de l’Ined : « Pourquoi l’espérance de vie augmente-t-elle moins vite en France ? » (Gilles Pison). De fait cette espérance à la naissance n’a augmenté que de 0,1 an entre 2017 et 2018, pour les femmes (85,4 ans) comme pour les hommes (79,5 ans), un gain « modeste » selon M. Pison.

On pourrait se contenter d’explications simples, virales, comme les épidémies de grippe saisonnière qui ces derniers hivers ont grignoté l’espérance de vie à la naissance.Mais ce ne serait pas suffisantM. Pison estime que, dans la lutte contre les cancers, les retombées en matière d’espérance de vie « ont été moins spectaculaires jusqu’ici que celles liées » aux progrès de la lutte contre les maladies cardiovasculaires, depuis les années 1970. Il souligne notamment une stagnation de la mortalité par cancer chez les femmes depuis quelques années, alors même qu’elle continue de baisser chez les hommes. Mais laissons la place à M. Pison :

« La mortalité due aux maladies du cœur et des vaisseaux a beaucoup diminué depuis un demi-siècle grâce à la « révolution cardiovasculaire » qu’ont constitué les progrès de la prévention et des traitements dans ce domaine. Quant à la mortalité par cancer, qui avait augmenté, elle régresse maintenant grâce aux diagnostics plus précoces, à l’amélioration des traitements, et à la réduction des comportements à risques comme le tabagisme. Le ralentissement des progrès de l’espérance de vie depuis une dizaine d’années est peut-être le signe que les retombées de la révolution cardiovasculaire sont en voie d’épuisement. Et les progrès futurs pourraient dépendre de plus en plus de la lutte contre les cancers qui sont devenus la première cause de décès. Si celle-ci engrange les succès, les retombées en termes d’espérance de vie ont été moins spectaculaires jusqu’ici que celles liées à la révolution cardiovasculaire.

Big Tobacco et ses affidés politiques

« La mortalité par cancer a beaucoup diminué chez les hommes et elle continue de baisser. Chez les femmes, où elle est moindre que chez les hommes, elle a diminué plus lentement, et a même cessé de baisser ces dernières années. L’une des raisons est la montée du tabagisme dans les années 1950 à 1980 dans les générations de femmes ayant 50  ans ou plus aujourd’hui. Elles en subissent les conséquences quelques décennies plus tard sous forme de montée des cancers liés au tabac. »

Le phénomène n’est pas spécifique à la France. Un même ralentissement des progrès de l’espérance de vie s’observe dans les pays d’Europe du Nord et de l’Ouest. Comme en France, il est plus marqué chez les femmes que chez les hommes.

« Le ralentissement est ancien chez les Suédoises. Alors que ces dernières bénéficiaient de l’une des espérances de vie les plus élevées d’Europe en 1980, elles ont été rattrapées puis distancées par les Françaises, les Espagnoles et les Italiennes, qui ont pris la tête. Si les femmes des pays nordiques ont connu plus tôt que les autres le ralentissement, c’est en partie parce qu’elles s’étaient mises à fumer plus tôt, et en ont donc subi plus précocement les conséquences en termes d’accroissement de la mortalité par cancers liés au tabac. »

Résumons : les Françaises connaissent donc avec retard le ralentissement qu’ont connu avant elles les habitantes des pays nordiques, pour les mêmes causes, à savoir le tabagisme, Big Tobacco et ses affidés politiques. Et aujourd’hui tous ceux qui sont dans le déni des avantages de la cigarette électronique et le refus d’une politique de réduction des risques. On n’attend plus que la date du procès.

A demain

@jynau

NB Il n’est pas sans intérêt, au vu des conclusions de l’Institut national d’études démographiques, de se pencher sur un ouvrage vieux de sept ans :« Interdire le tabac, l’urgence ! Le plus grand scandale de santé publique ». Signé de Martine Perez il a été publié en 2012 aux éditions Odile Jacob.

Michel Jouvet est mort. Ce géant avait découvert l’existence de notre sommeil paradoxal

Bonjour

Là encore, hasard pur ou fatalité déguisée ? On peut l’entendre ici « Comment Michel Jouvet a-t-il découvert le sommeil paradoxal ? » (France Culture, 12 avril 2013 ; Science Publique, Michel Alberganti). C’était à l’occasion de la publication de ses précieuses mémoires chez Odile Jacob 1. Moins d’une journée après l’attribution du prix Nobel de médecine 2017 à trois pionniers des mécanismes du rythme circadien, le neurobiologiste Michel Jouvet, « père de la médecine du sommeil et découvreur du sommeil paradoxal » vient de mourir à l’âge de 91 ans, à Villeurbanne (Rhône).

On lui doit (pour résumer à l’extrême) la découverte en 1959 du « sommeil paradoxal ». Cet état, différent du sommeil profond et de l’éveil malgré la présence de mouvements oculaires, correspond aux moments où l’on rêve. Sa carrière, en trois lignes. Interne en neurologie à Lyon dans les années 1950, il séjourne aux États-Unis pour se former et débute ses recherches sur le sommeil. Il étudie l’activité cérébrale d’animaux durant l’éveil et le sommeil.

Géant d’un autre temps

En 1961, il établit la classification du sommeil en différents stades : sommeil télencéphalique, caractérisé par des ondes lentes sur les tracés d’électroencéphalographie et sommeil rhombencéphalique ou paradoxal. Il est également l’un des scientifiques à l’origine du concept de « mort cérébrale », dont il avait décrit les signes électroencéphalographiques en 1959.

Michel Jouvet « a mis en évidence le fait que le sommeil paradoxal était associé à une atonie musculaire et l’a différencié du sommeil lent en montrant que c’était un état en soi. Et c’est lui qui a nommé le sommeil paradoxal, a indiqué à l’Agence France Presse Pierre-Hervé Luppi, l’un de ses successeurs au sein du Centre de recherche en neurosciences de Lyon. Au niveau mondial, il fait partie des très grands, des monuments [de la recherche sur le sommeil], avec Kleitman et Aserinsky et un autre Américain, William C. Dement. »

Michel Jouvet, monument, géant d’un autre temps. Il avait par ailleurs découvert (et expérimenté) les propriétés « anti-sommeil » d’une molécule sur laquelle tout ou presque reste à écrire : le modafinil. Pur hasard ou fatalité déguisée ?

Sans oublier la somme des ouvrages de Michel Jouvet édités chez Odile Jacob . Et notamment « Le Château des songes », « Le Sommeil, la Conscience et l’Eveil », « Le Sommeil et le rêve » , « Le Voleur de songes ».

A demain

1 « De la science aux rêves – Mémoires d’un onirologue » . « Connaître les mécanismes et les fonctions du rêve : tel fut le but d’une longue recherche. C’est l’histoire que je raconte dans ces Mémoires. Comment le hasard, ou ce qu’on appelle maintenant la “sérendipité”, m’a permis quelques découvertes fécondes. Mais aussi comment je me suis égaré ou trompé plusieurs fois.  J’ai essayé de raconter les aventures d’une vie de chercheur, parfois assombrie par des impasses ou des échecs, mais plus souvent encore riche de découvertes imprévues, de rencontres d’individus extraordinaires et parsemée de voyages, de péripéties – sans oublier la souterraine présence de ce qu’on appelle l’inconscient, qui parfois veut bien surnager sur l’océan. »  

Sans oublier la somme des ouvrages de Michel Jouvet édités chez Odile Jacob . Et notamment « Le Château des songes », « Le Sommeil, la Conscience et l’Eveil », « Le Sommeil et le rêve » , « Le Voleur de songes ».

 

 

Maladie de Lyme : le «Téléphone sonne» toujours, mais plus personne ne se comprend

 

Bonjour

Mardi 10 janvier 2016. France Inter est depuis peu inaudible sur les « grandes ondes ». Au fond des forêts les non-connectés ne peuvent entendre ce qui demeurera un document historique dans la constitution d’un abcès. Hier maladie, Lyme est en train de devenir une « affaire ». Ce soir-là il fallait disposer de la fréquence modulée pour comprendre à quel point la communication peut devenir radicalement impossible.

Ainsi, donc, l’inoxydable « Téléphone sonne » (créé en  1978 par Gilbert Denoyan) traitait de la « maladie de Lyme ». Les tambours battaient, la polémique annoncée. Sur le ring : Pr Christian Perronne, de l’hôpital Raymond Poincaré (Garches), hétérodoxe. Face à lui : Dr François Bricaire de la prestigieuse Pitié-Salpêtrière, mandarin orthodoxe.  La banlieue compréhensive à l’assaut du la Bastille de l’infectiologie. Arbitres : Nicolas Demorand et Véronique Julia, journalistes. Parole donnée aux auditeurs souffrants. Spectacle garanti. Allait-on crever l’abcès ? Allait-on s’entendre ?

Trente-huit minutes d’anthologie

Brouillards diagnostiques et thérapeutiques… labyrinthes physiopathologiques… liens neuronaux entre Lyme et Alzheimer….  Mieux que des mots, mettre le son. Il faut, pour prendre le pouls de l’incompréhension, écouter ces 38 minutes d’anthologie médicale, médiatique et politique : « La maladie de Lyme : un diagnostic compliqué et un traitement aléatoire ». En voici la présentation :

« Après les Etats-Unis, la France promet un plan national de lutte contre la maladie qui devrait être opérationnel d’ici l’été prochain. Des centres régionaux spécialisés devraient voir le jour, ainsi qu’un protocole national de diagnostic et de soin.

« Ces annonces clarifient un peu une vive controverse scientifique. Sur la maladie de Lyme, le corps médical est divisé entre orthodoxes et hétérodoxes, les associations de malades sont exaspérées. Pour quelles raisons ? On ouvre le débat dans le téléphone sonne. »

Savoir manier l’empathie

Il faut ajouter que le Pr Christian Perronne sait prendre des accents dramatiques, fait sans cesse référence à la science et manie l’empathie. C’est le dernier en date des « lanceurs d’alerte » médiatisés. A ce titre il est admiré et défendu mordicus par plusieurs gazettes – au premier rang desquelles le progressiste L’Obs. Et qu’il vient de publier un ouvrage-profession de foi aux Editions Odile Jacob : « La Vérité sur la maladie de Lyme. Infections cachées, vies brisées, vers une nouvelle médecine »

« La maladie de Lyme, cette étrange infection déclenchée par une piqûre de tique, peut provoquer dermatoses, arthrites et jusqu’à des atteintes neurologiques. Pourquoi les patients sont-ils souvent abandonnés à leur souffrance ? Pourquoi ne traite-t-on pas plus efficacement cette maladie alors que des solutions thérapeutiques existent ?

Le professeur Perronne, médecin et chercheur de renom, le premier à avoir sensibilisé les pouvoirs publics, raconte dans ce livre de manière claire et précise tout ce qu’on sait aujourd’hui de cette maladie et comment la guérir. Il répond également aux multiples interrogations de ceux, de plus en plus nombreux, qui sont concernés par cette affection.

 Ce livre nous aide aussi à mieux comprendre et à savoir soigner cet ensemble de maladies mal connues dues à des infections cachées, comme la maladie de Lyme. »

Nous reviendrons, bientôt, sur cet ouvrage. Et on regrettera qu’aux fonds des forêts, exposés aux tiques, les non-connectés n’aient pu écouter France-Inter. Et qu’ils n’aient pu entendre que, sur certains sujets, des professeurs de médecine ne puissent se comprendre

A demain

 

 

L’homéopathie n’a pas d’efficacité démontrée. Pourquoi ne pas oser l’afficher ?

 

Bonjour

Définir l’homéopathie ? « De l’eau diluée dans de l’eau » avait osé, sur France Culture,  le Pr Alain Goudeau, chef du service de bactériologie du CHU de Tours. De l’eau au carré dynamisée qui n’est pas toujours sans certains effets. L’affaire est aussi vieille que son créateur, Samuel Hahnemann, mort à Paris en 1843. Deux siècles et demi de polémiques scientifiques, d’effet placebo, de croyance n’affleurant pas à la raison.

Nouvelle étape, aujourd’hui avec la décision sans précédent de la Federal Trade Commission américaine. Ce puissant organisme régule le commerce aux États-Unis. Il vient de demander producteurs de produits homéopathiques de publier les preuves scientifiques de l’efficacité de leurs granules. Ou, faute de mieux, d’indiquer clairement qu’il n’y a pas de preuve scientifique à l’appui des allégations.

Gazettes généralistes

Il s’agit, en somme, de faire entrer ces granules dans le pot commun de la réglementation médicamenteuse. On trouvera ici les explications  de la  Federal Trade Commission :  “FTC Issues Enforcement Policy Statement Regarding Marketing Claims for Over-the-Counter Homeopathic Drugs”.

Etrangement l’affaire n’a guère été évoquée par les gazettes généralistes de ce côté-ci de l’Atlantique. Avec quelques exceptions. Au Royaume-Uni elle a été reprise par The Independant : “Homeopathy ‘treatments’ must be labelled to say they do not work, US government orders”.

En France, le site Atlantico vient de reprendre le site britannique: « États-Unis : les traitements homéopathiques devront porter un avertissement disant qu’ils ne fonctionnent pas ».

Forces du Progrès

Et Atlantico de citer Slate.fr et un papier du Pr François Chast développant clairement ce sujet et les incohérences qui le sous-tendent. :

« L’homéopathie se place également en dehors des raisonnements scientifiques dans les différents domaines, de la chimie, de la biologie, de la physiologie et de la pharmacologie. Elle échoue à démontrer son efficacité lorsqu’elle est confrontée aux essais cliniques. Le médicament homéopathique est un placebo qui ne dit pas (officiellement) son nom. Pratique davantage commerciale que scientifique, l’homéopathie s’appuie sur la crédulité des malades et sur la bienveillance des pouvoirs publics.

 « Ceux-ci y voient une approche peu coûteuse, même si les médicaments homéopathiques prescrits sont remboursés à 30 % –ce qui n’a aucun sens, et représente quand même près de 2% des remboursements de médicaments par l’Assurance maladie. » 1

Rembourser à 30% de « l’eau diluée dans de l’eau » ? Il y a là une source nullement négligeable d’économie solidaire. Aucun  ministre de la Santé n’a jamais osé l’actionner. L’effet placebo, l’homéopathie sont de puissantes étrangetés qui effraient toujours le politique et les forces du Progrès.

A demain

1 Sur ce thème on peut se reporter à  «La Vérité sur vos médicaments»,  mars 2015, 600 pp., 24 €  (Odile Jacob). Trente-deux experts s’y expriment. «Aucun d’entre nous n’accorde la moindre propriété pharmacologique à l’homéopathie, expliquent-ils. Il n’est pas question d’interdire l’homéopathie mais de ne pas la rembourser.»