Burkini et République : l’étrange pique de Bernard Cazeneuve sur les «arrière-pensées politiques »

 

Bonjour

Il n’avait pas encore parlé. C’est fait. Bernard Cazeneuve, ministre français de l’Intérieur Bernard vient de traiter du burkini. Il l’a fait mardi 23 août, en marge d’une rencontre avec son homologue allemand. Son propos est intéressant – même s’il demeure encore à décrypter. Pour résumer Bernard Cazeneuve dénonce « l’instrumentalisation »  politique de la polémique sur le burkini. Il ne dit toutefois pas qui sont ceux qui tiennent les instruments. Songe-t-il au Premier ministre qui, dans La Provence,  a amplifié comme personne le mouvement instrumental.

Ecoutons le ministre de l’Intérieur :

« Lorsqu’il y a des risques de trouble à l’ordre public dans le cadre du droit existant, des mesures doivent être prises mais ce sujet ne peut pas non plus faire l’objet d’une instrumentalisation pleine d’arrière-pensées politiques destinées à créer des antagonismes, à instrumentaliser la question de l’islam à des fins politiques dans un contexte dont chacun a bien compris qu’il était électoral. »

Qu’est-ce à dire, en clair ?

« Il ne faut pas tout mélanger, et avoir sur ces questions les idées claires et les exprimer de manière simple, sans chercher à créer au sein de la société des antagonismes, des fractures qui accroitraient davantage encore les risques auxquels nous sommes confrontés. [Il faut faire prévaloir]  l’esprit de mesure et d’équilibre ».

«La France pour toute la vie»

Bernard Cazeneuve le dit encore, sous une autre forme : « L’appartenance à la République prévaut en France sur toutes les autres formes d’appartenance » ; puis il conclut de manière apparemment confuse : « S’il y a beaucoup de paroles et d’exercices littéraires, dont certains sont récents, on ne sauvera pas la France en abandonnant la République ».

Voulait-il, coquin, parler du dernier ouvrage en date de l’ancien président de la République actuellement mis en rayonnage sur toutes les librairies et dans les kiosques des gares de France ? Il y avait eu, du même auteur, « La France pour la vie » (Plon, janvier 2016). Ce sera cette fois, toujours chez Plon,  « TouT pour la France », avec un T de couleur rouge qui fait déjà jaser dans les salles de rédaction. On attend, sous peu, la première sortie de Nicols Sarkozy sur le burkini.

A demain

« Madame la Ministre, je tiens à vous faire part du décès par pendaison de mon associé le Dr Olivier S., jeune médecin de 42 ans (…) »

Bonjour,

Suicide (s). A la page 1081 de l’édition française (de poche) du Chardonneret (1) il y a cette question : « Qui a dit que la coïncidence était juste la façon qu’a Dieu de rester anonyme ? ».

A la veille de la Toussaint nous apprenons la tentative de Nicolas Bonnemaison. Et puis nous lisons une « lettre ouverte à Marisol Touraine » signée d’un généraliste marseillais récemment retraité. Le Dr Jean-Baptiste Gasc y dit son profond désarroi. Il dit aussi être « meurtri d’avoir laissé ses deux associés dans un carcan professionnel… que l’un d’eux n’a plus supporté ».

Le Dr Gasc nous a fait parvenir ce texte au Quotidien du Médecin qui vient de le reproduire intégralement. Nous faisons de même (les intertitres sont ajoutés) :

« Madame la Ministre,

C’est, malgré ma profonde tristesse, avec l’espoir de votre sincère considération que je tiens à vous faire part du décès de mon associé le Dr Olivier S., jeune médecin de 42 ans, exerçant depuis 2003 à mes côtés, dans le 9e arrondissement de Marseille. Il vient d’être retrouvé, suite à une disparition de dix jours, le 27 octobre 2015, sur une aire de jeux en Corrèze, décédé par pendaison.

Le Dr Olivier S. rejoint hélas ses confrères et consœurs, victimes comme lui d’une pathologie insidieuse qui affecte de plus en plus le corps médical : l’épuisement, physique comme psychologique – appelez le burn in, burn out ou tout simplement « trop c’est trop » – mais dont la plus malheureuse conséquence est incurable.

Madame la Ministre, vous n’êtes évidemment pas sans savoir que le taux de suicides dans le milieu médical avoisine le triple de celui de la population générale en France.

Madame la Ministre, je vous demande de faire face et de réagir : le corps médical se trouve dans une grande souffrance. Ce métier de conviction, d’engagement et d’amour, relève, chaque jour un peu plus, de tâches administratives, de gestion et d’économie de soins, du contrôle dirigiste et permanent des organismes de Sécurité sociale… aux dépens de l’écoute attentive du patient, de l’application à établir un diagnostic pathologique et de la disponibilité à son accompagnement vers la guérison.

Souffrance

Le corps médical est en souffrance et l’absence d’installations (pas seulement dans « certaines zones » tel que vous le signalez mais bien dans toutes les zones « sur- » ou « sous- » peuplées) en est le symptôme criant. Les jeunes médecins ne veulent plus d’un travail exténuant et, de surcroît, dévalorisé. Les départs à la retraite, de plus en plus nombreux et de plus en plus tôt, se font, pour beaucoup de médecins, dans un sentiment frustrant d’abandon des patients : le taux d’absence de successeur à la reprise d’une patientèle n’a jamais été aussi important. Quant au peu de médecins en exercice actuellement, la pression et le stress permanents de leur activité les mettent quotidiennement en danger.

Madame la Ministre, regardez enfin cette réalité ; aidez nos jeunes thésés à retrouver l’envie de s’installer, la liberté d’exercer où ils le désirent et la possibilité financière d’employer du personnel pour les seconder en les honorant correctement.

Je suis convaincu que l’évolution du métier de médecin, telle qu’elle est projetée et soutenue par vous, dénie cette réalité. La multiplication des maisons de santé, notamment, n’améliorera pas cet état de faits, sans attraits, elles restent et resteront désertées par le corps médical. La généralisation du tiers payant créera sans doute une augmentation des dépenses et n’aidera pas à dynamiser le désir d’installations nouvelles.

Hurlements

Madame la Ministre, le corps médical est porteur de solutions ; suspendez cette destruction en marche de la médecine libérale et écoutez ses doléances et ses propositions.

Malheureusement, vous ne pourrez plus entendre celles du feu Dr Olivier S., Madame la Ministre, respectez nos disparus volontaires en donnant enfin à leurs hurlements l’écho retentissant qu’ils méritent.

Dr Jean-Baptiste Gasc, médecin récemment retraité, parti sans successeur, meurtri d’avoir laissé ses deux associés dans un carcan professionnel… que l’un d’eux n’a plus supporté. »

« Qui a dit que la coïncidence était juste la façon qu’a Dieu de rester anonyme ? ». Selon certains le formule serait d’Albert Einstein.

A demain

(1) « Le Chardonneret » de Donna Tartt. Editions Plon.Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Edith Soonckindt. C’est là un ouvrage qui a reçu le prix Pulitzer (de la fiction) et, corollaire, dont ont beaucoup parlé. Il reste aux addictologues à faire une lecture critique.

Médicaments « anti-Alzheimer » : l’abcès qui ne parvient pas à crever

Bonjour,

Un scandale peut en cacher un autre. On le sait mais on ne comprend pas toujours pourquoi. C’est le cas avec les quatre spécialités pharmaceutiques commercialisées, prescrites  (et remboursées) contre la maladie d’Alzheimer. Environ 400 000 personnes traitées et plus de 300 millions d’euros annuels pris en charge par notre collectivité.

Toxiques

Il a été amplement démontré (puis admis) que ces médicaments sont inefficaces (efficaces de manière très fugace dans certains cas sans que l’on puisse véritablement le démontrer). Puis on a découvert que ces mêmes médicaments pouvaient être toxiques, voire hautement toxiques. On parle alors pudiquement de « mortalité plus élevée », notamment d’origine cardiovasculaire. Qui s’en inquiète ? Rappelons qu’il s’agit de personnes âgées souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Tout ceci n’a nullement été caché. La revue Prescrire a traité du sujet à échéance régulière depuis plusieurs années.  Ici et là des voix se sont levées. Pour notre part nous les avons relayées sur Slate.fr (depuis trois ans) ou sur ce blog (comme ici, il y a un an).

Méditer

Mais rien n’y faisait. Ceci devrait donner à méditer : pour quelles obscures raisons un scandale peut-il prendre quand un autre ne prend pas ? Pourquoi le Mediator et pourquoi rien sur le peloton Aricept (donepezil) de la firme Eisai (commercialisé depuis septembre 1997) l’Exelon (rivastigmine) de Novartis (mai 1998), le Reminyl (galantamine) de Jansen-Cilag (octobre 2000) et l’Exiba (mémantine) de Lundbrek (mai 2002) ?

Prescrire y revient dans sa livraison de janvier (page 24). Le mensuel indépendant dispose cette fois d’un scoop : il a eu accès à une fraction des donnée de la Sécurité sociale. Un scoop sans pathos :

« Ces données montrent qu’en France les traitements anticholinestérasiques ou mémantine dépassent 6 mois chez trois patients traités sur quatre environ ; alors que ces traitements exposent les patients à des risques injustifié. Mieux vaux écarter ces médicaments et se concentrer sur des mesures non médicamenteuses. »

Alternative

Prescrire annonce, « dans un prochain numéro » des données d’exposition des patients aux interactions médicamenteuses impliquant les médicaments de la maladie d’Alzheimer ». L’affaire fera-t-elle scandale ?

A ce stade : deux options. Désespérer devant une telle immobilité ou postuler que l’abcès est sur le point de percer. Déprimer ou espérer. Ou, mieux encore, encore citer Albert Camus à propos de l’absurde (1).

Pour l’heure on pourra lire (2) la manière dont le quotidien économique Les Echos rapporte les conclusions de la cérémonie annuelle que vient d’organiser Prescrire. Et la place accordée à l’abcès.

(A demain)

(1) « L’absurde ne délivre pas, il lie ». Citation-avertissement adressée par Donna Tartt aux lecteurs de son dernier ouvrage. Hypnotique : « Le chardonneret » Editions Feux Croisés Plon (traduit de l’anglais -Etats-Unis- par Edith Soonckindt).

(2) Extraits des Echos daté du 31 janvier 2014 :

« La revue médicale indépendante Prescrire a primé jeudi un vaccin contre la méningite et publié une liste de 68 médicaments à éviter en raison des risques qu’elles font courir aux patients qui les prennent. « L’année 2013 est une année de plus sans progrès important apporté par de nouveaux médicaments », a indiqué le directeur de sa rédaction, Bruno Toussaint, précisant que la revue avait renoncé à décerner sa traditionnelle « Pilule d’or » en 2013, pour la sixième année consécutive.

La revue, qui se finance exclusivement par ses abonnements et refuse toute publicité par souci d’indépendance, n’a pas non plus placé de médicaments à son « Tableau d’honneur » 2013 (catégorie qui met en valeur un « progrès net pour certains patients »).

Mais elle a décidé de citer dans son « Palmarès » (qui salue une « amélioration modeste ») le Nimerix (GSK), un vaccin contre la méningite à méningocoques de type A, C, W135 et Y destiné aux enfants de 1 à 2 ans devant voyager en zone d’épidémie. Ce vaccin, a estimé M. Toussaint « a contribué à améliorer la prévention chez certains nourrissons ».

Balance bénéfices-risques

La revue Prescrire indique par ailleurs avoir remis à jour sa liste des médicaments « plus dangereux qu’utiles » qui devraient être écartés « dans l’intérêt des patients ». Se fondant sur des études réalisées entre 2010 et 2013, la revue liste 68 médicaments « dont la balance bénéfices-risques est défavorable dans toutes les situations cliniques pour lesquelles ils sont autorisés ».

Parmi ces médicaments, certains présentent des risques « disproportionnés par rapport aux bénéfices qu’ils apportent » comme par exemple le strontium ranélate (Protelos), utilisé dans le traitement de l’ostéoporose à risque élevé de fractures, mais qui peut entraîner des troubles neurologiques et cardiovasculaires graves pouvant aller jusqu’au décès. L’Agence européenne du médicament (EMA) vient d’ailleurs de recommander la suspension du marché du Protelos des laboratoires Servier.

La revue cite également la quinine (HexaquineOkimusQuinine vitamine C Grand), utilisée pour traiter les crampes mais qui expose également à des effets indésirables graves voire mortels comme des réactions anaphylactiques (réactions allergiques graves) ou des troubles hématologiques alors que leur efficacité est jugée faible.

Maladie d’Alzheimer

La revue déconseille également la prescription du dompéridone (Motilium) pour les reflux gastro-oesophagiens, soulignant que d’autres médicaments nettement moins dangereux existent.

De même, l’Izilox (moxifloxacine), un antibiotique de la famille des quinolones, n’est « pas plus efficace que d’autres » mais expose à des syndromes de Lyell (une atteinte brutale et grave de la peau, potentiellement mortelle) et à des hépatites graves.

Prescrire s’en prend par ailleurs aux médicaments de la maladie d’Alzheimer disponibles qui ont « une efficacité minime et transitoire » mais qui peuvent exposer à des effets indésirables graves lorsqu’ils sont prescrits en association avec d’autres médicaments. »