«Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l’opportunité de s’en défaire» Extrait I

Bonjour

Ce titre est celui d’un ouvrage de Raoul Vaneigem, « philosophe situationniste belge » (sic) – ouvrage publié il y a trente ans (Editions Seghers). On peut notamment, au chapitre des «médecines parallèles », lire ceci :

« L’effondrement du marché médical traditionnel n’a pas manqué de stimuler la promotion d’un marché parallèle. De même que le développement marginal des industries douces convoite le marché des industries dures en croissant discrédit, de même un foisonnement de médecines alternatives s’apprêtent à évincer les thérapies chirurgicales et chimiques, de plus en plus constestées.

« Le phénomène, prévisible dès les années 1960, s’insère en fait dans une logique marchande dont la deuxième moitié du XX° siècle a vulgarisé la conscience : le glissement de la production forcenée à la consommation accélérée, le passage de l’autorité à la séduction, de la tyrannie au laxisme, du sectarisme à l’ouverture, du coût élevé de la transgression à l’hédonisme à bas prix (…)

« Bien qu’elles s’enferment dans la même tradition lucrative que leurs rivales, les médecines douces ouvrent la porte à une gratuité qui les révoquera quelque jour. Ainsi en est-il, du reste, des techniques sollicitant, pour une nouvelle cueillette énergétique, la profusion solaire, végétale, terrestre, éolienne, thalassique.

Prisons autogérées

« La contradiction qu’elles cultivent en exigeant paiement d’une gratuité naturelle, revendiquée par ailleurs, agit à la manière d’un révélateur. Elle souligne la dualité morbide du sain et du malsain, elle montre concrètement comment celui qui veut la santé veut aussi la maladie.

« Les thérapeutiques sans violence ont, dans leur projet de renaturer les comportements, répandu l’opinion que chacun est sa propre source de vitalité et de langueur, qu’il intervient consciemment et inconsciemment – et en tout cas plus qu’il ne fut induit à l’admettre – dans le conflit dont son corps est en permanence le champ de manoeuvre et de bataille.

« Où la médecine classique emploie l’artillerie lourde pour écraser la maladie, dût-elle écraser le malade, la guérilla des médecines douces sollicite du patient une participation à l’effort curatif ; elle l’amène à se battre pour guérir et lui remontre qu’il est pareil au caducée où s’enchevêtrent les deux serpents de la santé et de la maladie.

Tandis que le médecin croit de moins en moins à la médecine, le patient en vient à estimer qu’il est capable de couper court à ses malaises et de se soigner lui-même, n’usant du guérisseur, diplômé ou non, qu’à la façon d’un placebo ou d’un préservatif contre le doute qui peut raisonnablement occulter ses chances de succès.

Quant à savoir si la vie gagne au change, rien n’est moisn sûr. Devenir son propre médecin, n’est-ce pas tout bonnement apprendre à gérer sa maladie ? Concocter ses tisanes, acheter la gamme tarifée des produits biologiquement purs, s’astreindre à la diète et au régime sec fait de l’homme de santé le consommateur éclairé d’une morbidité latente. On croit déboucher sur l’autonomie de l’individu, on aboutit à l’autogestion de ses prisons. »

Trente ans après, et à l’heure française de la polémique homéopathique, qu’en penser ?

A demain @jynau