L’histoire du Dr Christian T. généraliste à Annecy, radié à vie pour falsification de vaccinations

 

Bonjour

L’Ordre des médecins ne plaisante plus avec les falsifications vaccinales. Dans une décision affichée il y a peu le Conseil national confirme une sanction de radiation à l’encontre d’un généraliste d’Annecy. Une histoire exemplaire qui vaut d’être rapportée. On en trouve un résumé sur le site Egora.fr : « Radié pour avoir prétendu vacciner une fillette ».

A la différence de l’enfant victime, en juin 2015, d’un tétanos dans la région tourangelle la supercherie n’a pas, ici, eu de conséquences infectieuses. C’est le père de la petite Eve (née en juin 2012) dont il a obtenu la garde après s’être séparé de la mère, qui est à l’origine de l’affaire. Son ancienne compagne appartenant à une « communauté religieuse qui serait hostile au principe des vaccinations », le père s’inquiétait de la réalité des vaccinations attestées dans le carnet de santé de l’enfant.

Le carnet de santé d’Eve mentionnait une administration par le Dr T d’une dose de Pentavac les 26 octobre, 23 novembre et 21 décembre 2012, ainsi qu’un rappel le 8 novembre 2013,

Doses homéopathiques

Le père a alors, en août 2013, fait pratiquer des sérologies pour le tétanos, la poliomyélite, la diphtérie et la coqueluche. Résultat parlant : absence d’anticorps. Le père porte plainte contre le généraliste impliqué, lui reprochant d’avoir menti en certifiant dans le carnet de santé avoir fait quatre injections – dont le rappel de Pentavac. Il s’agit du Dr Christian T. qualifié en médecine générale, avec orientation acupuncture et titulaire du D.I.U. de médecine manuelle et d’ostéopathie.

L’instruction révèle bientôt que le numéro de lot mentionné dans le carnet de santé ne correspond pas à ce vaccin pentavalent, mais au trivalent Revaxis, indiqué pour les rappels chez l’adulte.

Devant le conseil départemental de Rhône-Alpes, en juillet 2015, le médecin avait évoqué une « erreur ». La démonstration, selon lui, qu’il n’avait jamais eu la volonté manifeste de tricher et de faire croire qu’une vaccination n’aurait pas eu lieu. Le Dr T. avait maintenu qu’après avoir réalisé les vaccins, il avait donné une « dose homéopathique » de Revaxis afin « d’atténuer les effets secondaires du Pentavac et que cette dose homéopathique avait pu entraver le processus de séro-conversion ». Il réclamait la conduite d’une expertise sur ce point. 

Manquements manifestes

Mais pour les juges ordinaux, « l’absence d’anticorps relevée par les premières sérologies manifeste, du moins avec une très forte probabilité, une absence de vaccination ». Et ce d’autant qu’après une véritable vaccination de l’enfant en 2013 (au centre hospitalier de Mâcon) les sérologies faites en 2014 ont « fait apparaître une réponse immunitaire satisfaisante ». « Le fait que la mère de l’enfant (qui fait partie d’une communauté religieuse qui serait hostile à la vaccination) a fait le déplacement à quatre reprises de son domicile lyonnais à Annecy, où réside le médecin, étaye l’hypothèse que le choix de ce médecin a procédé de la volonté d’échapper à l’obligation légale des vaccinations » relève la juridiction ordinale. Le Dr T. évoqua quant à lui sa réputation d’une pratique vaccinale indolore pour les bébés et suggéré que la mère souhaitait dissimuler la vaccination aux autres membres de sa communauté.

Le Conseil de l’Ordre de Rhônes-Alpes avait au final prononcé une sanction de radiation. La chambre disciplinaire du national vient de la confirmer, sans autre forme de procès – le Dr T n’était ni présent ni représenté. Manquement au respect des principes de moralité, probité, et de dévouement. Manquement à l’obligation de soins consciencieux, fondés sur les données acquises de la science. La radiation prendra effet le 31 janvier prochain, à minuit.

A demain

1 « Tétanos : un pédiatre homéopathe accusé de ne pas avoir vacciné est radié à vie de l’Ordre » Journalisme et santé publique, 25 juillet 2016.

Prévention : Emmanuel Macron désespérément sec sur l’alcool, le tabac et la e-cigarette

 

Bonjour

François Fillon à la peine, Emmanuel Macron en lévitation : les gazettes ont fait une croix sur les sondages. Elles scrutent désormais les girouettes. On en veut à Fillon d’avoir (presque) caché qu’il avait un manoir, des hectares et des fermiers au bord de la Sarthe. On s’inquiète de l’entendre, dans un mouvement réflexe, (re)dire qu’il est chrétien quand on le cherche sur la Sécurité Sociale.

Face à lui, un ange passe. Emmanuel Macron visitait hier l’hôpital Pierre-Bérégovoy de Nevers. A la clef, un discours fondateur sur ses visions quant à la santé. Deuxième meeting de campagne, des dizaines de journalistes et, au total, « une salle comble de près de mille personnes »… à Nevers… en hiver. Tout nous est rapporté par le site Egora : « Déserts, rémunérations, hôpital… Découvrez le programme santé de Macron ».

« Il a annoncé vouloir intensifier la prévention et modifier le mode de rémunération des médecins. Il souhaite encore ouvrir le numerus clausus et doubler le nombre de maisons pluridisciplinaires de santé. Enfin il veut transformer l’hôpital et généraliser la vente de médicaments à l’unité. »

Rester sur sa faim

Salle électrisée ou pas on reste sur sa faim. Emmanuel Macron, dit-on, séduit les « jeunes ». Il mettra en place un « service sanitaire de trois mois pour tous les étudiants en santé » :

« Ils auront au moins trois mois d’action de prévention. Ils iront dans les écoles, sensibiliser sur le tabac, dans des Ehpad, dans des quartiers défavorisés. Ce service pourra concerner plus de 40 000 étudiants chaque année, et cela ne coûte pas un euro de plus. Ils seront ainsi responsabilisés. »

Attendons. Et qu’en est-il de ce grand « chantier de la prévention » ? On en reste aux généralités exprimées dans un langage nouveau, hors-sol, aérien. La prévention ? Elle « doit permettre de faire de la prochaine génération, la première génération sans tabac ». C’était, déjà le propos tenu par Marisol Touraine il y aura bientôt trois ans lorsqu’elle lança, à la demande de François Hollande, le « programme national de réduction du tabagisme ». Echec radical.

Formons nos bataillons

Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de la Présidence de la République française lorsque François Hollande lança, le 4 février 2014, ce programme. Il était ministre de l’Economie quand Marisol Touraine tenta de le mettre en œuvre- contre la volonté des ministères de Bercy opposés à une augmentation des prix.

Pas de plus beau sujet que le tabac quand on veut parler de santé et de prévention (80 000 morts prématurées par an, première cause de morts évitables). A Nevers Emmanuel Macron n’a pas parlé de politique de réduction des risques. Il n’a pas eu un mot pour la cigarette électronique.

C’était, déjà, la fin. « Les vraies réformes, nous ne les ferons pas contre les Français, en réduisant leurs droits, mais en donnant une place à leur énergie, en la faisant réussir sur nos territoires. (…) Je veux que nous soyons fiers de notre santé, de ce qu’elle doit être au 21ème siècle » a conclu Emmanuel Macron sous les applaudissements. Puis, à Nevers, La Marseillaise fit ce qu’elle sait faire: retentir.

A demain

 

 

Brouillards de Lyme : un généraliste et une biologiste condamnés. L’Obs ne comprend pas

 

Bonjour

Le temps ordinal est parfois celui de la science. Ce n’est pas celui des (tentatives de) compromis politiques. La ministre de la Santé tente de trouver un terrain d’entente avec les militants alternatifs de Lyme. La justice de l’Ordre tranche dans le vif. Un médecin généraliste de la banlieue de Lyon vient d’être condamné en appel à quatre mois de suspension ferme par le Conseil de l’Ordre pour « prescriptions abusives de tests de dépistage de borréliose » et « soins non-conformes aux données actuelles de la science ». Sans oublier une « absence d’adaptation de la thérapeutique aux résultats des tests biologiques ».

Charlatanisme et compérage

« Je n’ai plus 40 ans, mon activité est derrière moi, mais c’est chiant d’arrêter quatre mois quand on a des patients dont on essaie d’améliorer la qualité de vie, avait commenté le Dr Raphaël Cario après le premier jugement. J’essaie de dédramatiser, mais on se sent harcelé, c’est comme si on voulait notre peau, et on ne sait pas pourquoi. »  En première instance, trois autres médecins avaient aussi été suspendus. Voici ce qu’écrivait, en février 2015, La Tribune de Lyon :

« Raphaël Cario, un homéopathe de Limonest est jugé cette semaine en correctionnelle. La raison ? Comme une centaine de médecins en France, il a envoyé en analyse à un laboratoire strasbourgeois des tests complémentaires (dits Werstern blot) de patients susceptibles d’être atteints par la maladie de Lyme.“Je suis poursuivi pour charlatanisme et compérage avec ce laboratoire, qui s’est fait rembourser ces Wertern blot par la Sécu, alors qu’il n’avait pas le droit. Je n’étais pas au courant de cette règle”, confie le médecin lyonnais. »

Le Dr Cario va faire appel de sa condamnation devant le conseil d’Etat. Toutefois cette condamnation n’est pas suspensive et il devra cesser de consulter à partir de mai prochain.

« Scandale et pétition »

L’Obs (Emmanuelle Anizon et Elodie Lepage) ne comprend pas. C’est que L’Obs, sur Lyme, est devenu un journal militant (comme il le fut avec les « OGM cancérogènes »):

« Fin septembre, le Dr Cario était retourné plaider sa cause devant le Conseil de l’Ordre. Le contexte paraissait meilleur : en juillet, « L’Obs » avait fait sa une sur ce scandale sanitaire et lancé une pétition de médecins demandant qu’on arrête de les poursuivre. De nombreux médias avaient relayé leur cause. Le ministère de la Santé déclenchait un plan Lyme, le Directeur Général de la Santé s’engageant même devant les associations de malades à se rapprocher du Conseil de l’Ordre et de la Sécurité sociale pour que les poursuites soient menées « avec mesure »… »

Les hebdos ne sont plus ce qu’ils étaient. Une de L’Obs ou pas il existe, en France et depuis un certain temps déjà, une « séparation des pouvoirs ». Le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé ne pourrait (à supposer qu’il puisse l’imaginer) peser sur les juridictions ordinales. Et, Lyme ou pas, on peut penser qu’il vaut mieux que cela soit ainsi.

Toujours selon L’Obs, Marie-Claude Perrin, présidente de Lyme sans frontières, se dit « atterrée ». « Les poursuites contre les médecins ‘’Lyme’’ deviennent d’autant plus incompréhensibles que la ‘’loi Lyme’’ [qui reconnaît la chronicité de la maladie,] vient d’être adoptée aux Etats-Unis » commente pour sa part à L’Obs le Pr Christian Perronne, chef du service infectiologie de Garches, vice-président de la FFMVT (Fédération française des maladies vectorielles à tiques).

«Produit naturel»

« Autre jugement, et même fermeté » dit L’Obs : le 14 décembre, Viviane Schaller, directrice d’un laboratoire utilisant des tests de détection Lyme « en dehors du protocole officiel », a sa condamnation à neuf mois d’emprisonnement avec sursis (et 300.000 euros de dommages et intérêts pour la Caisse d’assurance maladie) confirmée en appel. « La condamnation est un copié-collé de la première décision, c’est comme s’il n’y avait pas eu d’audience entre les deux, ni de nouveaux éléments apportés par la défense » s’indigne son avocat Me Julien Fouray. On est très en colère, on se pourvoit en Cassation. »

L’action contre un deuxième biologiste Bernard Christophe (qui était aussi poursuivi en appel pour avoir mis au point et commercialisé un « produit naturel », « le Tic Tox, soulageant les malades de Lyme ») est quant à elle éteinte. Lui-même atteint, il est en effet décédé d’une crise cardiaque quelques jours avant le jugement. L’Obs  l’avait eu au téléphone l’été dernier : « J’ai été malade toute ma vie, j’ai chez moi les témoignages de milliers de personnes que j’ai aidées. J’ai alerté par courrier les ministres de ce scandale de Lyme, sans jamais une réponse. J’ai 68 ans, et on attend que je m’éteigne ».

A demain

Affaire Polnareff : le Dr Siou (Hôpital Américain) «menacé». L’Ordre des médecins est saisi

 

Bonjour

Sur la foi des gazettes, on avait suspecté un retard au diagnostic. Puis vinrent les révélations du Journal du Dimanche. C’est aujourd’hui le diagnostic excessif, voire le certificat de complaisance qui sont dans la ligne de mire. Où l’on retrouve le célèbre Hôpital Américain de Paris/Neuilly.

Y avait-il bien une embolie pulmonaire bilatérale chez la star septuagénaire? Y a-t-il eu, ou non, imprégnation alcoolique massive ? Si oui cette dernière a-t-elle eu un rôle dans le tableau clinique décrit par le Dr Philippe Siou ? Après les éléments convergents laissant entendre que le chanteur pourrait avoir menti quant aux raisons de l’annulation de ses derniers concerts, le Dr Siou a réfuté tout traitement de complaisance dans un entretien donné au Parisien dimanche (on y voit la vidéo – « bord du précipice »). Ses propos, affirmatifs et troublants, valent d’être rapportés :

 Vaisseaux bouchés

« Je ne suis pas l’ami de Michel Polnareff, je suis médecin, un technicien, un praticien. Il a été victime d’une embolie pulmonaire et son pronostic vital était engagé. J’ai fait une déclaration écrite officielle lundi dernier qui m’engage, mais engage aussi l’hôpital sur la base d’examens complets. Je n’ai aucun état d’âme. Lorsqu’un expert sera nommé, il constatera sur les radios que ses vaisseaux pulmonaires étaient complètement bouchés. L’hôpital fonctionne avec un système à l’américaine, très légaliste, où tout ce que nous faisons est consigné. Je suis responsable de ce dossier, mais je ne suis pas seul à avoir pris en charge Michel Polnareff.» 

 «On m’a averti avant même de prendre en charge samedi Michel Polnareff : « Attention, c’est une escroquerie ». Et on m’a menacé: « On va vous faire un procès ». Je peux vous dire que j’ai été doublement vigilant, que j’ai regardé d’encore plus près son état de santé. Je l’aurais récusé si j’avais eu le moindre doute. Il n’était pas ivre quand il est arrivé, pas même imbibé, il était juste très mal. Et j’ai fait un bilan hépatique qui concluait qu’il était totalement à jeun. S’il s’était pris une cuite la veille et même jeudi soir, il y aurait eu une trace sur les examens. Et ce n’est pas le cas, ils sont formellement négatifs. De toute façon, un état d’ébriété n’a jamais entrainé une embolie pulmonaire.»

Pronostic vital désengagé

Le Dr Siou décrit aujourd’hui son patient comme «mentalement stressé», voire «complètement traumatisé» par ce qui se passe, de la gravité de sa maladie aux accusations dont il fait l’objet. A-t-il été « menacé » ? «Le producteur de Michel Polnareff, Gilbert Coullier n’est pas quelqu’un de menaçant et n’a pas eu de contacts avec le Dr Siou», précisent les avocats de Gilbert Coullier. Ce dernier a ensuite annoncé qu’il allait déposer une plainte devant l’Ordre des médecins.

Dans un entretien accordé à Gala , l’attaché de presse de Michel Polnareff, Fabien Lecoeuvre, affirme, quant à lui, que le chanteur est « attristé » que son producteur « refuse de reconnaître sa maladie ». Où l’on comprend que le pronostic vital de la star n’est plus engagé. Où l’on découvre, aussi, le parcours du Dr Philippe Siou. Cet interniste exerçant  à l’Hôpital Américain 1 est aussi l’auteur d’un roman : Propofol (éditions Léo Scheer) 2. Il y narre des bribes de sa vie de « médecin de célébrités » – tout en prenant soin de mêler fiction et réalité afin de ne pas compromettre le secret professionnel. On lira ici un extrait : « quelques jours passés en compagnie de Michael Jackson à faire « la nounou » de la star ».

Sharon Stone et  Michael Jackson

On peut aussi lire, gratuitement, un entretien qu’il a accordé au site Egora (Sandy Berrebi-Bonin) dans lequel il évoque les relations dominants-dominés inhérentes à la spécialisation de « médecin des puissants ». Extraits :

« Je n’en suis pas à mon premier ouvrage. C’est en revanche le premier roman que je publie. J’en avais déjà écrit huit mais je ne les avais jamais proposés à la publication. Cette fois-ci, c’est l’éditeur, que je connaissais, qui est venu me trouver parce qu’il aimait bien ce que je faisais. Ce ne sont pas mes aventures de médecin avec des patients célèbres. Il se trouve que j’ai beaucoup navigué dans ces milieux et j’ai voulu en raconter l’esprit. Pour le faire, il fallait que je donne des exemples. Les exemples que j’ai donnés sont absolument non nominatifs.

« (…) Sharon Stone, je l’ai rencontrée à titre privé. Je ne raconte pas que je l’examine. Il y a quand même des problèmes de secret médical. Je me suis donc servi d’éléments purement biographiques et de connaissance du milieu pour raconter comment cela fonctionne. Pour ceux que je ne nomme pas, il s’agit d’aventures romancées. Si je racontais les événements, tels qu’ils se sont exactement passés, il ne s’agirait plus d’un roman mais d’un reportage (…) Pour ce qui est de l’atteinte à la vie privée, elle tombe lors du décès (…)

Savoir ne pas dire non

« Je suis médecin interniste et praticien hospitalier. Tous les PH ne sont pas capables de soigner les célébrités car les patients VIP sont très souvent directifs et autoritaires. Ils ordonnent souvent ce qu’ils veulent, bien que cela ne corresponde pas du tout à la réalité. Il faut savoir les gérer en ayant une capacité pédagogique. Il faut savoir ne pas leur dire non, tout en ne faisant pas n’importe quoi. Il faut avoir les arguments pour les convaincre de ce qu’il faut faire lorsque l’on n’est pas d’accord avec ce qu’ils veulent. Ces patients se donnent très peu de temps pour nous juger. S’ils estiment que le médecin est déficient, non pertinent voire pire, impertinent, il est viré. Tenir est un exercice… »

Interrogé sur le fait de savoir s’il préparait une suite à ce roman le Dr Philippe Siou répondait : « Oui il y aura effectivement une suite, parce qu’elle m’est demandée de toutes parts ! »

A demain

1 Doctolib : « Le Docteur Philippe Siou vous accueille au sein de l’Hôpital Américain de Paris à Neuilly-sur-Seine. (Merci de noter également que l’AHP (Hôpital Américain de Paris) est un établissement privé qui pratique des dépassements d’honoraires). Le médecin généraliste reçoit les enfants et les adultes pour tous types de soins médicaux généraux (consultation, contrôle annuel, vaccination, bilan de santé). Il traite également les maladies infectieuses et assure le suivi des nourrissons (pesée, mesure, vaccination). Conventionné secteur 1 Carte Vitale non acceptée. »

2  http://leoscheer.com/spip.php?page=presse&id_article=2372. Le propofol (diisopropylphénol) est un anesthésique général intraveineux de courte durée d’action. Il peut être utilisé dans l’induction et l’entretien de l’anesthésie générale et la sédation de patients ventilés dans les services de réanimation. Le propofol est aussi utilisé de manière courante en médecine vétérinaire.

 

 

 

 

Quand des patients lèvent la main et frappent des hommes et des femmes en blanc

Bonjour

Vu aux urgences : accueil d’un enfant hyperthermique, on le pique, il pleure, le père lève la main sur la puéricultrice. Que faire ?

On se souvient de l’affaire des urgentistes hospitaliers de Tourcoing – urgentistes violemment agressés le mois dernier dans l’exercice de leur métier. Où en est-on de ce « fait divers » ? Les (nombreux) agresseurs sont libres dans l’attente d’un procès plusieurs fois repoussé. Le Dr Hacène Moussoni, chef de service des urgences du centre hospitalier de Tourcoing, revient sur cette affaire dans un entretien accordé au site Egora (Sandy Bonin-Berrebi).

Entretien éclairant sur cette zone grise des urgences et du soin. Le Dr Moussoni observe une montée en puissance de la violence depuis quelques années. Comme si les mots ne suffisaient plus, avaient disparu. Frapper faute de parler.  Il faut, ici, lire les mots de ce médecin qui travaille aux urgences depuis plus de vingt ans. Extraits.

« Je n’avais pas cette agressivité il y a 10/15 ans. La violence monte en puissance. Elle était verbale essentiellement et devient de plus en plus physique. Paradoxalement, nous avons vu une recrudescence des faits d’agression dans le service depuis les événements du 15 octobre. Nous ne comprenons pas pourquoi. Sur les réseaux sociaux et dans la presse nous lisons le soutien de la population, des politiques, des confrères mais localement on ne comprend pas. Il y a des agressions verbales et/ou physiques quasiment tous les jours. Nous avons retrouvé des individus dans le service avec des couteaux. Les agressions sont gratuites.

L’affaire de l’enfant et l’Ordre

« Pas plus tard que ce lundi, un couple est arrivé avec un enfant pour une hyperthermie qui nécessitait un bilan sanguin. Une puéricultrice est venue de pédiatrie pour lui faire une prise de sang. L’enfant, comme tous les enfants à qui ont fait une piqûre, a pleuré et donc le père a levé la main sur la puéricultrice. Nous avons dû faire sortir les parents.

« Non [nous ne faisons pas remonter les violences au conseil de l’Ordre].  Nous faisons remonter les violences au niveau de la direction sous forme de fiche d’événement indésirable (FEI). Il y a des plaintes qui sont déposées quand l’agression est importante et quand les soignants le veulent. L’hôpital ne peut pas se porter partie civile si le soignant ne porte pas plainte. Il faut les convaincre car ils ont souvent la peur des représailles. Je ne sais pas si ça remonte au niveau de l’observatoire de la sécurité des médecins mais ce qui est certain c’est que les statistiques sont sous-estimées.

« Nous vivons tous la même chose en France et rien ne bouge. En septembre à Saint-Denis, un collègue urgentiste s’est fait fracturer les deux poignets. Dans la Vienne une généraliste a reçu un coup de poing avec une lésion cérébrale parce qu’elle a eu le malheur de demander à un patient qui avait 1h30 de retard de patienter. A Lens au SMUR des collègues se sont fait filmer et agresser… On est dans une société qui a accepté qui les policiers se fassent brûler, que les pompiers se fassent caillasser et que les soignants se fassent frapper ».

La nuit du 15 au 16 octobre

« Un patient se présente avec plusieurs membres de sa famille. Ils arrivent en fait à trois voitures dans le sas. Ils sont accueillis par l’infirmière d’accueil et d’orientation, comme dans tous les services d’urgences. On met le patient sur un brancard pour le faire admettre dans le service. Dès le début, les accompagnants se montrent  très agressifs et vont même jusqu’à lever la main sur l’infirmière. Le vigile permet d’arrêter ça. Les accompagnants ne comprennent pas qu’ils doivent aller garer leurs voitures et attendre en salle d’attente que le membre de leur famille soit examiné.

« Le patient est entré assez rapidement, dans les minutes qui ont suivi son admission. A ce moment dans le service des urgences, l’activité est assez importante. Nous avons deux personnes qui sont au déchoquage, intubés et ventilés et le service est rempli. Au bout de 40 minutes, ce qui est délai très raisonnable, un médecin se  présente dans la salle d’examen. Et quand il ouvre la porte, il découvre le patient entouré de plus d’une dizaine de personne. La praticienne demande aux accompagnants de patienter dans le couloir pour pouvoir examiner correctement le patient. Les accompagnants refusent. Dans ces conditions, étant donné que nos salles sont très petites, elle leur signifie que l’examen ne va pas pouvoir être possible dans ces conditions. Elle ressort et à ce moment-là elle est suivie par des membres de la famille qui l’invectivent. Un médecin du SMUR présent essaye de calmer les individus mais l’un d’eux l’attrape par la gorge et le traîne par terre. Ils se mettent à cinq pour le frapper. La première praticienne essaie d’intervenir, elle se fait saisir les mains, on lui arrache les cheveux. Une interne arrive, elle est mise à terre. Puis des soignants et le vigile arrivent. Il faut bien comprendre que dans cette salle ils sont une dizaine à agresser les soignants. Nous avons fait appel aux policiers qui sont intervenus dans les six ou sept minutes.

Et maintenant ?  

« Après une période de choc psycho-traumatique initial qui se comprend au vu de cette importante agression, il y a eu un sentiment de colère et d’incompréhension face à cette violence gratuite. Puis il y a eu un sentiment de frustration de la décision judiciaire. Nous avons eu l’impression que les propos des agresseurs ont été plus pris en considération que ceux des soignants. On ne comprend pas que notre parole ne soit pas suffisante. D’autant que vient se rajouter le fait que lors de la dernière audience, il y a eu un report de jugement mais on a aussi enlevé le contrôle judiciaire des agresseurs. Ils sont libres et n’ont jamais été incarcérés.

« L’avocat de l’hôpital nous a expliqué qu’initialement le dossier était très peu étayé. Il y avait quelques plaintes mais les procès-verbaux et témoignages des soignants présents n’ont pas été pris en compte parce que dans le cadre de comparution immédiate, le dossier est instruit puis est figé. On ne peut pas rapporter d’autres pièces. Selon le juge il manquait des témoignages pour avoir une décision de justice. Le procureur et les policiers ont dû penser que les faits étaient suffisamment graves pour croire les soignants plutôt que leurs agresseurs et n’avaient probablement pas imaginé cette situation. Le seul point positif de ce report et que nous puissions mettre en évidence qu’ils n’étaient pas que trois agresseurs et que d’autres puissent être incriminés.

« Nous serons très vigilants sur les suites que donnera la justice à cette affaire. Pour nous il est inconcevable qu’il y ait du sursis. Nous avons besoin d’avoir, pour les soignants comme pour le public, une réponse adéquate et à la hauteur de l’agression. Un juge d’instruction a été nommé mais nous sommes en attente.

« Il y a une agression toutes les trente minutes dans un milieu hospitalier. En tant que chef de service, à partir de cet évènement, je me suis dit stop. On fera peut-être le petit village gaulois mais on ne peut plus accepter les violences et passer à autre chose. Nous ne sommes pas là pour nous faire frapper. Nous sommes dans une zone de sécurité prioritaire qui est défavorisée. Nous sommes là pour soigner des gens. On a tous une vie de famille et on ne veut pas rentrer chez nous avec des hématomes. Ca n’est pas admissible. »

 Et demain ?

« Aujourd’hui, la page n’est pas tournée. La seule façon pour les soignants de s’apaiser est que la justice reconnaisse que ces comportements ne sont pas possibles et qu’elle les reconnaisse en tant que victime. Si ça n’était pas le cas, le message serait terrible et ça serait la porte ouverte à toutes les agressions. A ce moment-là nous nous poserions vraiment la question de notre maintien dans un milieu de santé dans lequel nous ne sommes pas protégés par nos instances judiciaires et politiques.

Qui sont les agresseurs ?

 « Il y a deux types des personnes agressives, les patients qui relèvent de la psychiatrie et les accompagnants qui relèvent plus de la délinquance. Quand on a affaire à cette famille qui a agressée d’emblée les soignants, ça n’était pas une question de délai d’attente.  Il s’agit de gens qui viennent imposer leur loi. On pourrait discuter quinze  ans avec eux, ils n’ont rien compris au système. Ils ne comprennent pas qu’il existe des lois et règles de fonctionnement dans une société auxquelles il faut obéir. Lorsque l’on est à un feu rouge, on s’arrête, même si on est pressé. Ces gens-là sont perdus pour la société. Il faut savoir que le patient dont la famille était agressive, a été hospitalisé. Nous avons fait notre job. Même en hospitalisation à l’étage ils ont continué à mettre le bazar. Ils ne respectaient pas les horaires de visite par exemple. C’est leur loi qui s’impose au système et non l’inverse. Contre ces gens-là il n’y a malheureusement rien à faire. »

Rien à faire. Rien à faire, vraiment ?

A demain

L’histoire de la jeune mère qui a réussi à se tuer dans les toilettes des urgences de Bicêtre

 

Bonjour

Les faits, simplement les faits. Elle avait 32 ans et venait d’avoir un bébé. Une semaine plus tard, le 15 ocotobre, cette jeune mère a été admise aux urgences de l’hôpital Bicêtre (AP-HP). Elle a été retrouvée morte dans les toilettes. Le drame est rapporté dans les colonnes du Parisien, édition du Val-de-Marne (Lucile Métout, Denis Courtine) : « Elle se suicide à l’hôpital après un baby blues »

Officiellement elle avait été admise aux urgences pour anémie et dépression. Vers 18 heures l’infirmière en chef apprend que la patiente a disparu de sa chambre. Des recherches sont entreprises dans les couloirs de l’hôpital. En vain. Le personnel découvre alors que les « toilettes communes » des urgences sont « fermées à clé de l’intérieur ».

Suicide « inattendu »

Un serrurier est dépêché sur place. Il parvient à déverrouiller la porte. La jeune femme est retrouvée pendue au robinet d’un lavabo – et ce avec un drap. Un massage cardiaque est immédiatement prodigué. Il est trop tard. La mort date de plus d’une heure.

Son « maintien en observation » (sic)  était a priori motivé par l’anémie. Un puissant antidépresseur et des anxiolytiques avaient été prescrits dès son hospitalisation. « Un psychiatre lui a en effet rendu visite le vendrediconfirme le syndicat SUD-Santé. La patiente ne présentait apparemment aucune intention de passage à l’acte, et ne semblait pas se renfermer sur elle-même. Son acte était totalement inattendu. »

Zéro défaut

« A ce jour, aucun défaut de prise en charge n’aurait été mis en évidence et une enquête interne est actuellement menée par l’hôpital afin de préciser les circonstances exactes du décès, précisent la direction de l’établissement et l’AP-HP. Une prise en charge psychologique a été immédiatement proposée à la famille et à l’ensemble des professionnels présents dans le service au moment du drame. »

Un suicide dans un hôpital. Aucune faute à signaler. L’enquête a été confiée au commissariat de police du Kremlin-Bicêtre. Le mari de la défunte a expliqué qu’il avait confié le nouveau-né à sa grand-mère. La vie continue.

Tout cela n’est pas sans faire songer à une affaire jamais élucidée par la direction de l’AP-HP : celle de la femme retrouvée morte dans la salle d’attente des urgences de l’hôpital Cochin.

A demain

Cancer du sein: en France toutes les femmes ne pourront plus être soignées avec l’Avastin®

 

Bonjour

« Une bonne nouvelle ! J’ai entendu à la radio que le trou de la Sécurité sociale vient d’être rebouché  » dit l’homme,  apolitique de gauche. « Tu rigoles, c’est un encore un artifice comptable de Touraine » rétorque le post-communiste. Et puis le blasé de service : « Bof… Je me souviens qu’après la guerre Douste-Blazy avait dit l’avoir rebouché plusieurs fois ».

« Encore faudrait-il savoir de quelle manière on l’a rebouché. Quel prix avons-nous dû collectivement payer » observe le jeune. Il finit son école de commerce. Bientôt il foncera, servitude volontaire, dans la jungle de la finance, chez Uber ou dans un bureau du ministère de a Santé.

L’astuce de la « liste en sus »

Rafistoler le panier percé de cette Sécu qui nous réunit ? Une actualité peut aider à comprendre : l’histoire de l’Avastin® (bevacizumab, Roche). Non pas l’affaire ophtalmologique, absurde et désolante d’Avastin® contre Lucentis®. Non, celle du médicament utilisé dans plusieurs indications en oncologie –  et notamment en première ligne et en association contre le cancer du sein métastatique.

Dans ce cas il n’est plus pris systématiquement en charge par l’Assurance maladie, et ce depuis le 1er septembre : il a été radié partiellement  de la trop méconnue « liste en sus » procédé par lequel les hôpitaux reçoivent de l’assurance maladie un forfait qui comprend le financement de certains médicaments. 1 Les alertes adressées par les professionnels de cancérologie et de l’hospitalisation  n’ont rien changé à la décision de Marisol Touraine, ministre de la Santé.

Avoir les moyens

Ainsi donc, sur décision du ministère de la  Santé l’Avastin® a été retiré de la « liste en sus » à compter du 1er septembre pour les cancers du sein métastatiques, en première ligne, en association au paclitaxel ou à la  capécitabine. Le service médical rendu par la molécule pour ces indications avait été jugé respectivement « faible » et « insuffisant » par la Haute autorité de Santé (HAS) le 13 avril 2016.

En pratique les directions hospitalières décident (ou non) de permettre aux médecins de prescrire l’Avastin® mais en sachant que leurs établissements ne bénéficient plus du remboursement de l’assurance maladie. On peut le dire autrement, comme dans Les Echos : « Depuis le 1erseptembre, seuls les hôpitaux qui en ont les moyens, peuvent offrir l’Avastin à leurs patients ».
Contraire à l’éthique

Le Dr Severin Schwan est PDG de la multinationale Roche, productrice de l’Avastin®. Depuis la Suisse, il a eu ce mot : « il s’agit d’une première fissure dans le principe d’accès aux soins pour tous qui caractérise la France ». Il dit avoir beaucoup de respect pour ce système caractérisé par « un énorme degré de solidarité dans les services de santé ». Mais il observe que parfois, « pour des raisons économiques ce n’est plus tout à fait vrai ». « Dans le cas de l’Avastin®, même si cela représente un petit nombre de prescriptions parmi tant d’autres, le système craque. Dans certaines villes et certains hôpitaux, les patients peuvent bénéficier de l’Avastin® pour certaines prescriptions contre le cancer du sein, mais dans d’autres ce n’est pas le cas. »

Il faut relire ce que nous dit le PDG de Roche. On peut y voir une forme de scandale. Comprenons-nous bien. Il ne s’agit nullement, ici, de remettre en question l’avis de la HAS quant à l’intérêt de l’Avastin® dans cette indication. Il s’agit bien, en revanche, de dénoncer un système et une bureaucratie qui organisent, en pleine connaissance de cause, une injustifiable inégalité de traitement chez des femmes qui vivent  en France et qui sont atteintes du même cancer. Où est le Comité national d’éthique?

A demain

1 Qu’est ce que la liste en sus ? « Le coût des médicaments administrés aux patients lors d’un séjour en établissement de santé est pris en charge par l’établissement. Celui-ci reçoit de l’assurance maladie un forfait qui comprend notamment le coût de ces médicaments.

Toutefois, dans certains cas, la prise en charge du patient nécessite la prescription d’un médicament très innovant et coûteux. Cette innovation est appréciée par un critère appelé « amélioration du service médical rendu » (ASMR), permettant d’évaluer l’apport du médicament par rapport aux autres thérapies existantes. La HAS évalue l’ASMR d’un médicament en le qualifiant de majeur (1), important (2), modéré (3), mineur (4) ou inexistant (5). Si l’ASMR est jugé majeur, important ou modéré, le médicament est remboursé à l’hôpital à 100 %, en plus du forfait d’hospitalisation à chaque fois qu’un patient le recevra dans l’indication considérée. Cela garantit que l’établissement de santé pourra administrer ce traitement sans que cela ne lui impute trop son budget global.

La liste des médicaments bénéficiant de ce financement dérogatoire s’appelle la « liste en sus », car il s’agit de traitements financés « en sus » des tarifs des séjours hospitaliers. »