Suicides hospitaliers : Agnès Buzyn dit entendre les souffrances des étudiants et des internes   

Bonjour

Du confortable déni à l’acceptation de la douloureuse réalité. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé semble décidée de ne plus fermer les yeux ; elle a annoncé le 7 février sur LCI qu’elle « rencontrerait impérativement dans les semaines qui viennent les étudiants en médecine et les internes en souffrance ». « Parler avec eux pour savoir exactement d’où vient cette souffrance au travail. »

L’annonce de cette rencontre fait suite à la publication, le 5 février, d’une lettre ouverte sur le site du magazine Elle :

« Elle s’appelait Marine et elle avait 26 ans. Interne en dermatologie à l’hôpital Cochin, elle a mis fin à ses jours le 23 janvier. Elle était vue par ses collègues comme « extrêmement investie et passionnée ». Sur les douze derniers mois, une dizaine de suicides d’internes sont à déplorer en France. « Nous attendons une intervention concrète du ministère, il y a vraiment urgence à agir », soulignait alors Sébastien Potier, vice-président de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI). « La quantité de travail des internes est un facteur majeur des risques psychosociaux, mais aussi la situation tendue de l’hôpital public et la pression budgétaire », ajoutait-il. Et puis il y a la compétitivité : en 1996, on comptait 3 200 internes contre 8 000 aujourd’hui. Si les internes restent solidaires, ils veulent aujourd’hui qu’on les écoute, qu’on les entende, et surtout ne plus faire le décompte morbide des collègues qui s’en vont trop tôt. »

Agnès Buzyn semble ici prendre la mesure de la réalité et de l’ampleur de la tâche qui l’attend : « On sent une vraie souffrance au travail dans la profession. Les médecins ont de plus en plus de mal à trouver du sens dans leur métier, on leur demande énormément de tâches annexes, administratives et ils ne comprennent pas la gestion de l’hôpital ». Ce malaise général est aussi lié à « la gestion de l’hôpital qui a été très budgétaire », sur laquelle Agnès Buzyn affirme être « en train de travailler afin de  réformer l’hôpital public ». Vaste chantier. 1

Longueurs d’onde

Tout le monde hospitalier est-il ici sur la même longueur d’onde ? On peut en douter à la lumière de la polémique déclenchée par le Pr Jean Sibilia (CHU de Strasbourg), élu depuis peu à la tête de la conférence des doyens des facultés de médecine.  Dans un entretien à  What’s up doc, questionné sur le suicide des internes, il répond :

 « Les suicides réels sont très très rares. Les étudiants ont des idées noires et des difficultés mais je ne suis pas certain du tout que ce soit spécifique aux étudiants en médecine. Je crois que c’est l’expression de notre société, l’expression d’un mal-être plus global. Alors il ne faut jamais être dans le déni, mais il faut être juste, ne pas être dans l’instrumentalisation. Il y a intrinsèquement dans le métier de médecin quelque chose qui est stressant, mais ça n’a rien à voir avec l’organisation structurelle du système. »

 « Nous on est là 24/24, 7/7. On est là pour la continuité des soins et il faut que ça marche, pour les gens. Et ça a un coût : un coût humain, qu’il faut réguler le mieux possible, pour avoir le moins de souffrance possible. On a un boulot compliqué, en étant confronté régulièrement au malheur des gens. Et ça, il faut qu’on l’apprenne à nos étudiants, pour ne pas qu’ils le découvrent en fin d’études. Ce sont des valeurs à transmettre, mais ce n’est pas facile. »

Pour l’ISNI, ces propos traduisent un « déni de la réalité » alors que dix internes se sont donné la mort en un an. Ce syndicat met également en cause une « dialectique délétère, scientifiquement fausse », plusieurs études ayant mis en évidence la souffrance psychique accrue des médecins en formation et, chez eux, le taux particulièrement élevé de suicides.

A demain

1 « Notre système hospitalier est à bout de souffle et personne ne fait rien » Slate, 7 février 2018

 

M… de Noailles, «addict et addictologue», ne fait pas de publicité pour ses confères hospitaliers

 

Bonjour

Qui ne connaît Marie de Noailles, née avec une cuillère en argent dans la bouche avant de plonger dans l’enfer des drogues et de la dépendance ? « Premier pétard à 14 ans, dernière cure de désintoxication à 30 ans ». « Addict à vie », comme tous les anciens dépendants –  mais aussi addictologue en libéral à Paris, 16ème arrondissement. Soigne aujourd’hui « les plus grands » (John Galliano a été son patient). Deux enfants.

Longtemps on lui a demandé de « raconter son histoire ». Elle s’y refusait. Aucun besoin d’une avance sur recette et aucune envie « d’étaler sa vie ». Aujourd’hui sa mère n’est plus là et les temps ont changé. Cela donne « Addict », chez Grasset (162 pages, 16 euros) :

« Le 8 mai 1975, je vois le jour, moi Marie Alicia Eugénie Charlotte Blandine, seconde fille du duc et de la duchesse de Noailles. Trente ans plus tard, je choisis la vie. Je m’arrache à l’alcool, à l’herbe, à la cocaïne, à ces dépendances qui, depuis quinze ans, me possèdent et me consument. À moi la libération. Le 29 mars, date de mon retour parmi les vivants, où que je sois, je m’agenouille et je prie Dieu, dont je ne suis pas sûre de connaître le nom. Je m’appelle Marie, j’ai deux anniversaires et une seule vie. Que j’ai failli perdre et choisi de sauver. Je suis née deux fois. »

Nuit d’extase

Pour l’éditeur les choses se présentent ainsi :

« Jolie jeune femme, issue d’une des plus grandes familles de France, Marie de Noailles découvre la drogue à treize ans, une nuit d’extase et de mauvais hasard. Enfant choyée, drôle, flottante, éperdue de tristesse, elle s’essaye à tous les cachets, à toutes les boissons. A toutes les rencontres. Pendant des années, elle traverse la nuit parisienne, ses figures, ses âmes damnées, ses secrets. Blonde, dévastée, elle vole, elle ment, toujours plus accro. Une longue chute impossible à arrêter.

A presque trente ans, méconnaissable, usée, Marie de Noailles est placée par sa famille  dans un centre au Royaume Uni, qui pratique la méthode « Minnesota ». Une tentative ultime, violente et radicale. Marie change, se sauve, devient à son tour psychologue et soigne désormais des patients, souvent fameux, venant du monde entier pour la rencontrer. Un récit magnifique, intime et littéraire, qui ne perce pas l’énigme de l’addiction mais l’approche, avec pureté et douceur. »

Main droite coupée

Avant-hier (en 2010) elle se racontait dans Paris Match. Aujourd’hui, service après vente. Marie de Noailles a ses entrées dans la presse. Hier elle était la psy qui soignait les stars dans Le Point :

« Elle assure qu’elle préfère perdre sa main droite plutôt que de livrer le nom d’un seul de ses patients. À défaut de les nommer, Marie de Noailles, 39 ans, psychothérapeute addictologue, décrit ceux qui, chaque jour, entrent dans son petit cabinet, délicatement parfumé, au rez-de-chaussée d’un immeuble parisien, villa Boissière, ou qui, en pleine nuit, souvent le week-end, l’appellent à l’aide sur son portable, jamais éteint, car ils sont sur le point de craquer, d’attraper ce verre, ce comprimé, cette seringue ou cette console de jeux. Ses patients, dit-elle, sont « des patrons du CAC 40, …..(la suite est payante) »

Papier glacé

Aujourd’hui, entre mille et une publicités elle est invitée sur tous les papiers glacés. Le Monde : « Aujourd’hui addictologue, j’ai été toxicomane pendant quinze ans ». On y lit des choses délicieuses comme celles-ci :

«  J’ai fait mon “entrée dans le monde” au bal des débutantes, Hôtel Crillon, sous l’emprise de diverses substances (…) J’ai suivi ma première cure de désintoxication aux Etats-Unis à 15 ans. J’ai vu des dizaines de psys, j’ai écumé toutes les cliniques de ­Paris et des environs, les urgences psychiatriques aussi. Dix cures, quinze hospitalisations…(…) Dans mon cabinet, je reçois beaucoup de gens très connus et d’autres qui n’ont pas le sou. Les uns paient pour les autres. J’accompagne les familles en hommage à ce que mes parents ont ­enduré. Quand je fais de la prévention à la fac, je commence à parler dans le brouhaha, mais dès que je dis que j’ai beaucoup bu et fumé, plus un étudiant ne parle. »

Limites hospitalières

Les lectrices fidèles de Elle retrouveront Marie de Noailles, « belle, blonde, bronzée, montre Cartier et chaîne de baptême » (sic). N° du 16 septembre. Page 104. Photographiée par Alexandre Isard, interrogée par Marion Ruggieri (éditorialiste). Cela donne : « L’addiction c’est un suicide qui peut prendre des années ». On croit tout savoir. Et puis on lit ceci :

«ELLE : -En France, on vous a abrutie de médicaments, écrivez-vous. En Angleterre, vous avez découvert la méthode Minnesota, dans laquelle le suivi psychologique est assuré par des ex-addicts, et ça change tout, dites-vous…

– Marie de Noailles : En France, l’hôpital public, aussi bon soit il, a ses limites. Les médicaments, c’est bien, mais ce n’est pas tout. Même si les choses sont en train d’évoluer. En Angleterre, où j’ai fait une cure de la dernière chance, j’ai été confrontée à d’anciens dépendants devenus psys, capables de me comprendre, de me déjouer, et je me suis dit : « Si eux le peuvent, pourquoi pas moi ? » Aujourd’hui, je rends ce que l’on m’a donné.»

Laissons la cuillère d’argent où elle est. Deux questions, pour finir. Quel prix pour la méthode Minnesota ? Faut-il avoir impérativement connu l’enfer de la drogue pour soigner les drogués ?

A demain

 

Virginité et laïcité : les hyménoplasties doivent-elles être remboursées par la Sécurité sociale ?

 

Bonjour

Enquête percutante, éminemment dérangeante, de Stéphane Kovacs dans Le Figaro de ce 30 avril : « Les médecins désarmés face aux demandes de réfection d’hymen » (sur abonnement). Enquête aux confins de plusieurs mondes : celui de la thérapeutique et de la complaisance, de l’emprise religieuse sur le corps des femmes et du droit à disposer de son corps, du refus du compromis (au nom de la laïcité) et de l’acceptation de la tractation (au nom de la logique du moindre mal). Sujet éminemment dérangeant, aussi, du fait de l’argent : celui liquide versé sous le manteau dans des établissements peu regardants ; celui, anonyme, versé par la collectivité via la Sécurité sociale sous des indications d’emprunts.

L’hyménoplastie  est une opération de chirurgie plastique  qui vise à « reconstituer » l’hymen. Une des techniques consiste, le cas échéant, à utiliser les séquelles hyménéales en les incisant et en les suturant côte à côte. L’opération se déroule sous anesthésie locale  parfois accompagnée d’une sédation. En théorie, aucune trace n’est visible à la suite de cette intervention. Cette opération chirurgicale a pour objectif de rendre à la femme une « virginité » physique.

Avenue de Lowendal

C’est, en France du moins, une chirurgie qui peut se pratiquer au grand jour. Ainsi trouve-t-on, en un clic, à deux pas du ministère de la Santé, le Dr Adel Louafi, chirurgien esthétique :

« vous reçoit dans son cabinet au cœur de Paris, dans le calme du 7èmearrondissement, au 1, avenue de Lowendal. Dr Louafi travaille uniquement dans des cliniques de chirurgie esthétique agréées. Situé en face des Invalides  et à deux pas de la Place Vauban, le cabinet de consultation est facilement accessible en voiture, (nombreuses places de stationnement dans l’avenue), et bien desservi par les transports en commun. »

Plus loin, vers l’ouest de la capitale, le Dr Christelle Santini, chirurgien esthétique :

« Le Dr Santini est une des rares femmes pratiquant la reconstruction de l’hymen ou hyménoplastie à Paris. Son équipe est entièrement féminine (aide opératoire, secrétaire) Elle vous recevra dans l’intimité de son cabinet parisien lors d’une consultation afin de vous informer sur cette intervention.   Tout ce qui sera révélé lors de cette consultation restera bien sur secret et est soumis au secret médical qui est absolu en France. Personne n’aura accès à votre dossier médical à part vous. »

Réparer ou refuser

Le Figaro n’est pas le seul à traiter ce sujet. Le Monde (Delphine Roucaute) s’y est également intéressé au moment de la saison des mariages : « L’hyménoplastie, une seconde virginité ». Le dérangeant, ici, est moins dans la confrontation de deux cultures quand dans les raisons de l’acceptation médicale et hospitalière d’une pratique par ailleurs condamnée.  Le Figaro :

« Réparer ou s’y opposer ? Des chirurgiens confrontés à la tradition de la virginité des futures mariées, le plus souvent musulmanes, se retrouvent face à de vrais cas de conscience. Certains demandent une action publique pour mettre fin à cette pratique jugée archaïque et sexiste (…)

« Aucune statistique sur cette pratique, mais «une tendance immuable», confient des gynécologues. Souvent désorientés: «les médecins sont très réticents à refaire les hymens, car c’est participer à une coutume machiste», dénonce le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). ‘’Dans certaines cultures, les hommes ont placé leur honneur entre les cuisses des femmes pour mieux les ramener au rang d’objet !, tonne le Pr Israël Nisand, chef du pôle gynécologie obstétrique au CHU de Strasbourg. Cela fait partie d’une longue chaîne de maltraitance des femmes. Mais qui aura le courage politique de bouger sur le sujet?’’»

 Mutisme en haut lieu

Ni le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, ni la ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol, n’ont souhaité répondre au Figaro. Pourquoi ? La question, à n’en pas douter, leur sera à nouveau posée, ainsi que Marisol Touraine, ministre de la Santé. Quelles seront les réponses ?

Dans certaines cliniques privées, les prix peuvent approcher les 3.000 euros. « Pratiquement toujours payés en liquide, pour ne surtout pas laisser de traces sur les relevés de compte, assure le quotidien. À l’hôpital public, l’intervention, considérée par l’Assurance-maladie comme de la chirurgie esthétique, revient à quelque 700 euros. » «Certains médecins dont les patientes se refilent les noms s’arrangent toutefois pour faire passer cela en retrait d’un kyste ou d’un polype, entièrement pris en charge par la Sécurité sociale», affirme Isabelle Lévy, formatrice en milieu hospitalier et auteur de « Menaces religieuses sur l’hôpital ».

Paroles de médecins concernés

Qu’en pensent les professionnels ? Pr Olivier Graesslin, secrétaire général du CNGOF :

« C’est un véritable cas de conscience… Comment mettre un terme définitif à cette pratique qui ne devrait pas exister? Il m’est arrivé d’accepter. Aujourd’hui je ne le fais plus. Dans notre service, au CHU de Reims, on a décidé de refuser et d’expliquer pourquoi, pour essayer d’enclencher une dynamique de changement. Mais on sait que d’autres praticiens le feront ; c’est un peu lâche comme position…»

Dr Ghada Hatem, gynécologue obstétricienne à l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis :

« Comme le voile, cela redevient un sujet. La quasi-totalité de ces patientes sont nées en France. Selon moi, c’est un signe de non-intégration majeur! La semaine dernière, j’ai reçu une femme de 26 ans, voilée, disait-elle, “pour se faire respecter”. Après un chagrin d’amour, elle a fait une tentative de suicide à cause de son hymen perdu. Du coup, elle suit la “recette du bonheur” de ses parents: suivre les préceptes du Coran. Et retourne vers sa communauté pour ce qu’elle appelle un “mariage sérieux”…»

Chirurgie de convenance

Que dit le droit français ?  En 2008, le TGI de Lille avait annulé un mariage pour «erreur sur les qualités essentielles du conjoint» : l’épouse avait menti sur sa virginité…Jugement réformé en appel à la suite duquel le Pr Philippe Faucher, gynécologue obstétricien à l’hôpital Trousseau à Paris avait signé une tribune publiée en 2014 (reprenant un texte écrit en 2004) sur le site Mediapart : « La demande de réfection de l’hymen ».

 « La réfection d’hymen fait partie des actes médicaux dit « de convenance ». Effectivement la notion de soin n’est plus indispensable à la relation entre un médecin et son patient depuis l’avènement de la contraception, premier acte médical de convenance. La légalisation de l’interruption volontaire de grossesse est ensuite une étape symbolique forte pour reconnaître que le simple fait de demander une prestation médicale  permet de  l’obtenir. La ligature de trompes vient  d’obtenir une reconnaissance légale en 2001, n’est plus assimilée à une mutilation mais reste soumise à l’approbation du chirurgien. Le débat fait rage aujourd’hui autour de la demande de césarienne de convenance… (…)

 « N’oublions pas  (…) lorsqu’une femme  vient nous demander une réparation de l’hymen : pas de refus brutal ni de condamnation, pas de démonstration de puissance, pas de discours démagogique sur l’émancipation féminine mais de l’écoute, du dialogue et beaucoup de pragmatisme ! »

 Questions : Cet acte peut-il être pratiqué dans un hôpital public ? Doit-il être ni pris en charge par l’Assurance-maladie ? Courage ou pas, il serait bon que les pouvoirs publics répondent, clairement et vite, à ces deux questions.

A demain

 

Viols de la loi bioéthique: le gynécologue qui a «parlé» au JDD osera-t-il dire son nom ?

Bonjour

Débandade. Sauve-qui-peut à tous les étages de la République. Après Patrick Kanner, ministre de la Ville et ses « plus de cent Molenbeek » français, voici le ministre de la Justice : il révèle que la Justice française est « sinistrée », « en état d’urgence absolue », « à bout de souffle »  « n’ayant plus les moyens de payer ses factures ». Ce ministre qui se « faisait rare dans les médias », en poste depuis deux mois s’alarme aujourd’hui en grandes pompes dans le Journal du Dimanche. Jean-Jacques Urvoas : « la direction de l’administration pénitentiaire a 36 millions d’euros de factures impayées pour des hospitalisations de détenus ». Marisol Touraine lui fera-t-elle crédit ?

Jean-Jaques Urvoas et Marisol Touraine

Il est un autre sujet qui, dans le même quotidien dominical, réunit Jean-Jacques Urvoas et Marisol Touraine.  On le trouvera page 13 de l’édition du 3 avril : « Des médecins volontairement ‘’hors la loi’’ …» (Anne-Laure Barret). C’est une suite du « manifeste René Frydman » lancé il y a deux semaines à grand renfort de publicité dans les colonnes du Monde : « Homosexualité et PMA, les 130 médecins et biologistes qui ‘’n’ont pas respecté la loi’’ ».

Aujourd’hui c’est à nouveau un hors la loi qui parle dans la presse. Moins courageux qu’hier il parle, cette fois, sous couvert d’anonymat. Aurait-il peur des foudres de la justice ? Son initiative est en résonance avec la pétition que vient de lancer le magazine Elle pour en finir avec l’interdiction de l’auto-congélation des ovocytes :

 « Le 24 mars, ELLE a lancé une pétition sur Change.org pour demander la légalisation de la congélation des ovocytes, alors que plus de 190 médecins signaient dans « Le Monde » un manifeste pour l’assouplissement de l’accès à l’assistance médicale à la procréation. Alors que cette technique autorisée dans tous nos pays voisins pourrait augmenter les chances de succès des procédures d’AMP et limiter le recours au don d’ovocytes, elle n’est pas accessible en France en dehors de raisons médicales.

Cette pétition a d’ores et déjà reçu le soutien d’Elisabeth Badinter, du Pr René Frydman et de nombreux médecins, dont le psychiatre-sexologue Philippe Brenot, d’associations réunissant des personnes infertiles ou engagées dans des parcours d’AMP, comme Bamp et Maïa, et de centaines de femmes directement concernées ou non par la difficulté à concevoir un enfant au-delà de 35 ans. »

Courage et témérité

Dans le Journal du Dimanche le courageux anonyme se dénonce. Il raconte la « situation intenable » qui est la sienne, confronté qu’il est à « des femmes abandonnées ». Il raconte ses confrères qui se contentent de mettre « un orteil dans l’illégalité » : ils donnent (avec ou sans dichotomie) des adresses de cliniques « sérieuses » en Espagne ou en République tchèque où l’on peut moyennant finances des ovocytes que l’on ne trouve plus gratuitement en France.

« D’autres, comme moi, vont au-delà confie-t-il. Nous prescrivons des hormones pour la stimulation ovarienne, faisons pratiquer des échographies pour préparer la FIV à l’étranger.  Il m’arrive, comme d’autres confrères, de fermer les yeux sur un faux couple, une lesbienne faisant passer un copain pour son conjoint. Je me retranche derrière le consentement écrit des deux personnes, je ne suis pas flic. Dans ce cas le processus d’assistance médicale à la procréation se déroule en France. »

Faux certificats médicaux

Ces derniers mois il est allé plus loin : il a « accepté de faire congeler les ovocytes de célibataires ». Facile : il a « prétexté un problème de santé » (cancer ou endométriose). En clair il a fait un faux certificat médical.  Ce courageux « qui n’est pas flic » ne craint pas, non plus, de dénoncer la « Sécu » au motif qu’elle rembourse tout ce qu’il prescrit et qui est hors la loi. Demain le même praticien « envisage de procéder au dépistage génétiqeus des embryons mal formés pour améliorer le taux de succès des FIV. Là il ne se lancera pas seul. « Plusieurs collègues ont promis de lui emboîter le pas ».

Sans hardiesse inconsidérée, notre médecins parisien conclut : « La force du groupe devrait nous protéger des poursuites ». Les ministres de la Justice et de la Santé apprécieront. De même que le Conseil de l’Ordre des médecins et l’Agence de Biomédecine. Sans parler de celles et ceux qui dirigent, au nom de tous les cotisants, notre Sécurité sociale.

A demain

 

 

Diabétiques, pour mieux vivre votre diabète, faites donc comme Bertrand Burgalat : adoptez Free-Style® de chez Abbott

Bonjour

« Paris Match » comme « Placement de Marque » ? Dans son dernier numéro (23-28 octobre) le célèbre hebdomadaire « mots et photos » consacre sa rubrique « match document » (page 129-132) au diabète – et ce à l’occasion de la sortie d’un ouvrage à paraître aux éditions Calmann-Lévy. Un ouvrage intitulé « Diabétiquement vôtre » signé Bertrand Burgalat.

A ceux qui l’ignoreraient  Bertrand Burgalat est une célébrité : « producteur, musicien, compositeur, arrangeur et chanteur français né à Bastia le 19 juillet 1963. Il a travaillé sur près de 200 disques, composé pour Marc Lavoine, arrangé Supergrass ou remixé Depeche Mode. Au cinéma il a signé les musiques de films de Valérie Lemercier ou d’Eva Ionesco. Interprète, il a publié cinq albums sous son nom, dont le dernier, Toutes Directions. »

Paris Match, Voici, Elle, Le Journal du Dimanche

On peut trouver ici l’entretien qu’il vient d’accorder à Paris Match par M. Burgalat : « Bertrand Burgalat : Mon diabète ». Bertrand Burgalat s’exprime aussi sur le même sujet dans Elle. « Bertrand Burgalat : le XXIème siècle sera diabétique ! ». Il le fait aussi dans Voici : « Bertrand Burgalat : mon combat contre le diabète ». Ou encore dans Le Journal du Dimanche : « Le diabète c’est moins sexy qu’une cirrhose du foie ». Cette liste n’est nullement exhaustive.

« Diabétiquement vôtre » est un livre de 304 pages en vente depuis le 21 octobre au prix de 17 euros. Voici ce que son éditeur en dit :

« Le diabète : un fléau qui tue plus que sida et malaria réunis. 400 millions de malades toutes catégories.
15 % des dépenses de santé en France et aux États-Unis. Depuis la découverte de l’insuline il y a près d’un siècle, peu de progrès et beaucoup d’approximations.

Pourquoi ce désastre ? Bertrand Burgalat répond à la question de façon implacable. Mêlant récit autobiographique, enquête et témoignages, Diabétiquement vôtre décrit le sucre triomphant, les sociétés submergées et les vies dévastées. Iconoclaste et rigoureux, un travail magistral, d’utilité publique ».

Comme on regarde sa montre

Faute de l’avoir lu nous ne savons pas si l’auteur fait, comme dans les entretiens qu’il donne, la promotion du Free-Style® de chez Abbott (1). Extraits de l’entretien à Paris Match :

« Après les stylos à insuline et les lecteurs de glycémie apparus dans les années 1980, pouvoir aujourd’hui mesurer son taux de sucre par un patch [des laboratoires Abbott] est probablement l’innovation la plus extraordinaire : plus besoin de se piquer au bout du doigt, on peut consulter son FreeStyle comme on regarde sa montre» (Bertrand Burgalat)

« Pendant notre entretien – plus de deux heures – Bertrand Burgalat s’est piqué deux fois. Banal. En dix secondes, tout en parlant. Il a approché un minilecteur du capteur collé sur son bras, a lu le chiffre, regardé sa courbe de la journée, sorti son stylo-injecteur et hop, dans la taille ! Il aurait même pu se piquer à travers son jean ce que les médecins ne recommandent pas. Parlons-en, des médecins ! (…) Vivre heure par heure l’œil rivé sur son pancréas. Pardon, sur son capteur ou sur ses bandelettes (pour ceux qui n’ont pas le FreeStyle de chez Abbott), avoir son lecteur de glycémie sous la main et sa seringue dans la poche (…) » (Catherine Schwaab).

Liste d’attente

« La meilleure découverte depuis quarante ans semble le patch de lecture glycémique des laboratoires Abbott, le fameux FreeStyle®. Est-il remboursé ? -Non et, pour l’acheter, il faut s’inscrire sur une liste d’attente. La prochaine livraison est en 2016 !

Mais pourquoi si tard ?- Abbott n’a pas anticipé l’achat par les diabétiques de ce -dispositif, même non remboursé. Le lecteur coûte 60 euros et le capteur pour deux semaines, 60 euros. Pas plus cher que les bandelettes de contrôle en vigueur qui, elles, sont remboursées. 

Si le dispositif avait été inventé par Sanofi, tout le monde aurait-il son capteur ?- Je l’ignore ! Ce qui est sûr, c’est que Sanofi a une puissance financière et un réseau d’influence qu’Abbott n’a pas. 

Sanofi annonce un partenariat sur le diabète avec Google. Peut-être un prélude à une lecture de sa glycémie via son portable… ou ses lunettes ? – Oui, et c’est formidable, malheureusement l’information n’apparaît pas dans les rubriques science ou santé mais dans les pages économiques des journaux. Les effets escomptés sont d’abord boursiers. 

Lantus® et bouche cousue

On observera que Bertrand Burgalat soulève deux questions à laquelle il n’apporte pas de réponse :

1 « Pourquoi  se désintéresse-t-on  d’un médicament efficace, inventé dans les années 1950 et qui coûte 3 euros la boîte, le Glucophage [Glucophage®, 4,08 € les 30 comprimés]. Qui, en plus, ne fatigue pas le pancréas » ?

2 « Pourquoi la Lantus [Lantus® des laboratoires Sanofi  62,42 € les 5 cartouches de 3ml] est-elle vendue 50 % plus cher que les insulines concurrentes, alors qu’on reconnaît officiellement aujourd’hui qu’elle ne présente aucun avantage particulier ? »

Edulcorants et bière sans alcool

L’auteur de  « Diabétiquement vôtre » traite aussi, mais à contre-courant, des édulcorants :

« Vous défendez farouchement les édulcorants artificiels…
Absolument ! Et les rumeurs lancées à leur encontre constituent un vrai scandale sanitaire. La “nocivité” des édulcorants n’est pas “faible”, elle est inexistante ! Ils empêchent d’avaler du sucre. Pour les diabétiques, les édulcorants c’est le rêve ! Après un Coca Light [Coca Light®], mon taux de sucre ne change pas, quel soulagement ! 

Certains insinuent qu’ils entretiennent le goût du sucre…
Les édulcorants ne donnent pas le goût du sucre, ils donnent le goût des édulcorants. Dirait-on à une personne atteinte de cirrhose : “Attention, la bière sans alcool donne le goût de l’alcool” ?  »

A demain

(1) Voir ici des exemples de publicités :

http://www.freestylediabete.fr/http://www.freestylediabete.fr/produits/http://www.freestylediabete.fr/nos-produits/freestyle-navigator/.

Alcool et cigarettes: à Dunkerque, Mme Deneuve ne se souvient plus de Cherbourg. Tristesse….

Bonjour

On a les polémiques que l’on mérite. Prenons le 13 mai 2015. Ciel bleu sur la France… le chômage demeure mais la croissance avance… nouveau pont en vue, celui de l’Ascension… lCannes réenchante les gazettes…. rituels du spectacle…critiques cinématographiques devenus prescripteurs pour  foules consommatrices. Saint-Germain sur la Croisette, comme avant, comme en noir et blanc.

Trop tard

On allait tourner quand soudain, un accroc. La star des stars avait commis un impair. Catherine Deneuve avait parlé… A Elle qui plus est…. La deux cent cinquante-trois millionièmes interview de sa vie (Anne Diatkine, photographe David Bailey, réalisation Barbara Loison). Titre, charmant « Il est trop tard pour que je devienne une dame sérieuse ». Dont acte. Et tant pis pour celles qui le sont devenues trop tôt. Précision : le photographe choisi est aussi l’homme (le seul) avec lequel elle fut mariée. Il n’est jamais trop tard pour se revoir.

Ecumer

On bavarde, de choses et d’autres. De soi. Et puis du dernier tournage pour le film qui va faire un triomphe et où elle joue un juge. Et c’est alors que l’on peut lire :

« Sur le tournage de ‘’La Tête Haute’’,  à Dunkerque, je ne peux pas me vanter d’avoir écumé les boîtes de nuit ; ça m’a semblé d’une tristesse cette ville! C’est un port, certes, mais ce qui marche vraiment, ce sont les cigarettes et l’alcool. Ah bon, François Weyergans [l’écrivain, membre de l’Académie française ndlr], habite dans les alentours ? Cet homme a une grande vie intérieure ! ».

Censurer

Elle aura donc choisi de ne pas censurer ce passage assez décousu, assez méprisant. L’actrice mesurait-elle le mal qu’elle allait provoquer ? A Dunkerque, certes mais aussi une forme d’angoisse dans tous les ports de la planète.

Pourquoi cette assimilation des addictions tabagique et alcoolique à ses propres impressions de tristesse ? Pourquoi ce regard, ces paroles, sur des souffrants privés de vie intérieure ? Catherine Deneuve ignore-t-elle le pouvoir réconfortant du tabac et des alcools. Oublie-t-elle ses Havanes-Gitanes avec le divin Gainsbourg ? Se souvient-elle de ses crises de sevrages , il y a deux ans, quand « elle était partie chercher des cigarettes » ? Il est vrai  que ce n’était pas Dunkerque mais Belle-Ile, et le riant Morbihan…

 Indigner

Patrice Vergriete, 47 ans est le  nouveau maire (DVG) de Dunkerque. Tristesse ou pas, il est polytechnicien. Et indigné. Il le dit un peu partout. Et notamment au Point (Jérôme Cordelier) :

« Je suis franchement triste de ces propos rapides, irréfléchis et superficiels. Hors des moments de tournage de son film, Catherine Deneuve a dû passer, en tout et pour tout, cinq minutes à Dunkerque, puisque son hôtel était situé à Cassel, à 30 kilomètres de là. Elle porte donc un jugement définitif en ayant peu vécu dans la ville et pas du tout rencontré les habitants : elle a même refusé tout contact avec les journalistes locaux. Je suis blessé, car je suis fier de Dunkerque, où je suis né et où j’ai vécu jusqu’à présent, en dehors de mes années d’études. L’image que j’ai de cette ville est à l’opposé de celle véhiculée par Catherine Deneuve. Je ne comprends pas ce qu’elle dit.

A côté de la plaque

Comme toutes les villes qui ont été rasées à 80 % pendant la guerre, Dunkerque ne se découvre pas au premier abord, mais elle est d’une beauté insolite. Premier spot mondial de kitesurf en France, sa plage de sable fin qui s’étend jusqu’en Belgique est l’une des plus belles qui soient. Ce n’est pas pour rien que les peintres flamands se sont inspirés de ces paysages. Les réalisateurs adorent venir travailler chez nous – nous avons actuellement deux séries de Canal Plus, Le Tunnel et Le Baron noir en tournage ici – parce qu’ils y trouvent des ambiances très différentes. Bref, le jugement de Catherine Deneuve est complètement à côté de la plaque. Voilà quelqu’un qui arrive avec une aura et sort une bêtise mais dont il restera toujours quelque chose dans l’imaginaire collectif de ceux qui ne nous connaissent pas. Cela m’agace profondément. Au passage, je vous signale que je n’ai jamais fumé une cigarette de ma vie.

 J’invite Catherine Deneuve à venir découvrir la ville et ses habitants puisqu’elle est passée à côté, visiblement. Je suis prêt à débloquer une journée pour lui faire visiter tous les endroits, et ils sont nombreux, qui font le charme de Dunkerque. Nous verrons alors si elle repart avec le même jugement… »

Anormalité

L’actrice a répondu à la polémique depuis le soleil de Cannes. Tous les journalistes accrédités étaient là et la star a revendiqué « le droit de dire des choses sur Dunkerque ». « J’ai le droit de penser des choses sur Dunkerque, j’ai trouvé que ça avait quand même un certain charme très mélancolique (…), mais je trouve anormal qu’une phrase éventuellement négative sur Dunkerque prenne cette importance ».

Et puis, prenant de la hauteur, la star a ajouté : « Répondre dans une conférence de presse internationale sur une chose que j’ai dite dans une interview, qui a été reprise sur les réseaux sociaux, pour moi, c’est vraiment l’exemple de ce à quoi nous en sommes aujourd’hui par rapport aux demandes qu’on peut avoir et surtout aux réponses qu’on est obligé de fournir. » Et puis elle a conclu : « Je me méfierai beaucoup, encore plus. ». La rédaction de Elle appréciera.

Un demi-siècle

Ainsi donc il n’y a pas d’âge pour ne plus se méfier (et pour ne pas relire ses interviews). Mme Deneuve n’a pas dit si elle reviendrait un jour à Dunkerque.  Dunkerque, à quelques années lumières de Cherbourg. Cherbourg, qui fut son premier Cannes. Un pur triomphe dit-on. C’était il y a un peu plus de cinquante ans. Presque en noir et blanc.

A demain

Marisol Touraine dit « Oui à la vapoteuse ! » (en réponse aux agaceries tabagiques et médiatiques de Nicolas Bedos)

Bonjour

Les puissants doivent-ils répondre aux clowns ? C’est la tendance d’une époque où tout fait spectacle. Au risque de l’insignifiance, du délitement de la puissance. Et puis il y a les exceptions.

Rire de sa drogue

Tout commence le 9 mai dans le magazine féminin Elle. Un humoriste fort du nom de son père s’adresse à Marisol Touraine. C’est un billet-poulet mal tourné intitulé « Chère ministre de ma santé ». Il y est question de la liberté du fumeur de fumer. On retrouvera ce texte signé Nicolas Bedos, 34 ans, sur Lemondedutabac.com (voir ici).

Où il est une nouvelle fois démontré que le drogué ne sait pas rire de sa drogue. Etre clown ne change rien à l’affaire. Extraits :

Biberonner

« (…) Je vous sais gré de vous émouvoir de l’état de mes poumons, mais je peux vous jurer qu’il faudra envoyer la Garde nationale et le GIGN pour m’empêcher de m’en griller une sur une plage au mois d’août ! C’est toute l’armée que j’attends pour m’obliger à l’écraser le long de la Promenade des Anglais ou d’un ruisseau du bois de Boulogne. (…) Fumer tue  ? On le sait. C’est écrit sur les paquets, c’est tatoué sur nos biberons et c’est prélevé dans nos poches. C’est parce que fumer tue que je n’impose pas mon vice aux narines innocentes, que je me les gèle en plein hiver à l’entrée des brasseries … C’est parce que fumer tue que j’essaie d’arrêter en testant chaque bidule que des escrocs nous dealent en toute légalité.(…) »

Moucheté

La ministre devait-elle répondre à l’humoriste ? Comment résister au buzz ? Marisol Touraine n’a guère tardé. Elle vient de le faire via une lettre publiée sur son blog, lettre datée du 12 mai. Un document amplifié via Twitter. « Non pas, selon son entourage, pour rétorquer à une interpellation personnelle qui n’avait rien de violent, mais dans le but d’éviter toute banalisation du sujet. » Passons sur les formules non violentes qui fleurent bon l’ironie de salon à fleuret moucheté. Et passons à l’acte d’accusation. Il est terrible et les intertitres sont de notre fait :

« Ma mission c’est de dire, de répéter, de rabâcher même, dès que l’occasion m’en est donnée, le constat que vous avez vous-même formulé : le tabac tue, light ou pas.

Il tue d’abord les plus vulnérables. Ses ravages sont plus dévastateurs chez les personnes sans emploi et parmi les milieux populaires. Un chômeur sur deux fume. Pas seulement sur une plage au mois d’août, ni le long de la Promenade des Anglais.

« Jean Gabin »

Le tabac tuera demain les jeunes d’aujourd’hui. A 17 ans, près d’un jeune sur trois fume au quotidien avec une dépendance qui s’aggrave année après année. Mais, comme le chantait Jean Gabin, à cet âge là, « on n’sait jamais le bruit, ni la couleur des choses ».

Malgré l’inscription sur les paquets de cigarettes, on ne sait pas qu’un fumeur sur deux mourra à cause du tabac. On ne sait pas non plus, à 17 ans, les souffrances que le cancer inflige. Des vies foutues en l’air, toujours trop tôt.

Fatalité ou pas ?

Le tabac tue plus en France qu’ailleurs. Voilà une autre exception française. Est-ce à dire que nous serions plus libres que l’ensemble de nos voisins européens ? Dans notre pays, une femme sur six fume pendant sa grossesse. Ce chiffre, ce n’est pas, me semble-t- il, la victoire de la liberté.

Au final, on ne fume pas tous autant. On fume de plus en plus jeune. On fume plus en France que dans d’autres pays. Voilà trois constats qui prouvent que le tabagisme n’est pas une fatalité.

Vive la vapoteuse !

Et puis, c’est vrai, les pratiques évoluent. Il y a le développement de la cigarette électronique notamment. Une chose est certaine : elle est moins nocive que la cigarette tout court et peut aider au sevrage. Je dis oui sans réserve à la vapoteuse, lorsqu’elle peut aider à en finir avec le tabac ! Mais pourquoi dans les lieux publics, alors que cela permettrait aujourd’hui la réhabilitation d’un geste qui n’a plus lieu d’être ?

C’est vrai, vous avez raison, les fumeurs, jeunes en particulier, ne nous écoutent pas. Pas suffisamment, de toute évidence. Et, à ce seul motif, vous voudriez que nous baissions les bras, que nous abandonnions, que nous nous taisions faute d’être entendus ?

Cioran

Vous vous faites aussi pessimiste que Cioran, cher Nicolas Bedos. Soyez rassuré : je n’enverrai ni le GIGN, ni la Garde nationale, ni l’armée tout entière pour vous traquer dans le bois de Boulogne. Mais je ne me tairai pas dans la guerre contre le tabac. Je ne cesserai jamais de rappeler, à vous et à tous les fumeurs, qu’à chaque bouffée inhalée, vous perdez de précieux moments d’une vie dont, chaque semaine, vous nous rappelez avec talent dans vos chroniques qu’elle vaut mille fois la peine d’être vécue. »

« Vapoteuse »

Quelle charmante chute (1). On retiendra pour l’avenir la délicieuse « Oui sans réserve à la vapoteuse ! ». Elle marque une évolution notable dans les déclarations ministérielle sur ce sujet. On appréciera également le futur du martial « Je ne me tairai pas dans la guerre contre le tabac ».

Parler pour parler ? Parler pour nous donner des résultats ? Tweets ou pas, nous serons tout ouïe.

A demain

(1) Interrogé par Lemonde.fr Nicolas Bedos dit avoir trouvé la démarche de la ministre « sympathique », et le ton « plutôt malicieux ». Mais on ne la lui fera pas. « Je serai toujours là, dans ma fonction de commentateur, pour m’insurger contre les initiatives liberticides. Quand les ministres deviennent des gendarmes, ils créent des voyous ou des fachos », annonce–t-il. Il a personnellement recours à la vapoteuse pour réduire sa consommation de tabac. Il assure, enfin, qu’il   «n’appartient à personne ». Qui en doutait ? A qui pourrait-il appartenir ?