Médicaments, supermarchés et concurrence : Agnès Buzyn confrontée à ses incohérences

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Jadis la pilule en vente dans les Monoprix. Demain les médicaments sans ordonnance dans les Grandes Surfaces ? C’est une polémique débutante. Agnès Buzyn, s’est dite opposée, vendredi 5 avril, à l’autorisation donnée à la grande distribution de vendre ces médicaments disponibles en vente libre dans les pharmacies. Or cette autorisation est désormais ouvertement prônée par l’Autorité de la concurrence .

Hier cette dernière a recommandé d’élargir la vente de ces médicaments aux parapharmacies et à la grande distribution. Une telle évolution devrait avoir pour cadre des espaces dédiés au sein des supermarchés, avec la présence « obligatoire et continue d’un pharmacien »responsable, selon l’Autorité. Mais elle a aussi souligné que l’installation de ces nouveaux lieux de dispensation devrait être encadrée par les autorités pour ne pas affaiblir le maillage territorial des pharmacies – « l’une des craintes majeures des syndicats du secteur » rappelle l’AFP.

Le conseil national de l’Ordre national des pharmaciens ? Aucune surprise. Ce serait « casser un modèle qui garantit la sécurité sanitaire des patients ». Selon Carine Wolf-Thal, sa présidente, le système actuel permet à la population de « bénéficier, en tout point du territoire, d’un accès, dans un lieu de santé, à des médicaments et des actes de biologie médicale sûrs et de qualité. Veillons à ne pas mettre en péril une organisation qui a toujours su s’adapter et répondre aux attentes de la population ! Elle garantit une proximité dont les Français ont plus que jamais besoin pour répondre aux difficultés d’accès à l’offre de soins ».

Le concept sacralisé de la concurrence

Ce matin la ministre des Solidarités était invitée à s’exprimer au micro d’Europe 1 :

« Quand on parle de la désertification médicale, de l’abandon des territoires, fragiliser les petites pharmacies en zone rurale qui sont souvent le premier recours pour les personnes malades, je pense que ça serait une très mauvaise idée et un très mauvais signal (…) considérer que les médicaments, ça s’achète comme n’importe quel produit de consommation alimentaire, je trouve ça problématique (…) Il y a toujours des effets secondaires quand on prend des médicaments, ça nécessite toujours un conseil et les pharmaciens sont là pour donner des conseils, orienter les gens. »

Ce sont là des arguments que l’on peut entendre, même si l’expérience montre quotidiennement que les officines (avec leurs espaces dévorants dévolus à la publicité, à la cosmétologie et à la parapharmacie) sont loin de toujours « conseiller » et « orienter les gens ».

Mais la polémique ne se borne pas là. Dans son avis, l’Autorité de la concurrence a également recommandé d’assouplir les modalités de vente sur Internet de ces fameux médicaments sans ordonnance.  Agnès Buzyn :

« Nous y travaillons, parce qu’il y a une demande, un besoin, nous avons un groupe de travail qui se réunit avec les pharmaciens.Mais là encore, pour moi, l’enjeu, c’est la sécurité (…) Il  faut que les pharmaciens, notamment de proximité, puissent bénéficier de cette vente en ligne et que ça ne soit pas au détriment de ce maillage territorial extraordinaire et du travail que font les pharmaciens au quotidien pour la santé publique ».

Des « pharmaciens de proximité » bénéficiant des ventes en ligne sur la Toile ? Internet facilitant le maillage territorial…. On bute ici sur les limites du célèbre « en même temps ». Comment, idéologiquement, défendre avec la Macronie, le concept sacralisé de concurrence et, politiquement, maintenir le privilège commercial de la pharmacie d’officine ? Moins qu’un paradoxe c’est une incohérence.

A demain

@jynau

 

Christophe Castaner et le gendarme de l’Isère : questions sur la «vie privée» et ses frontières

Bonjour

Deux « faits divers »bien différents mais, sur le fond, une même question.

L’affaire parisienne de Christophe Castaner. Les magazines Voici et Closer viennent de publier (« exclusivité ») des clichés du ministre de l’Intérieur. Christophe Castaner « en train de danser avec une jeune femme non identifiée » dans un célèbre « restaurant-club » du VIIIe arrondissement de Paris – le Noto. « Il aurait enchaîné les shots de vodka et embrassait une inconnue ». « Pour oublier ». C’était dans la nuit du 9 au 10 mars, quelques heures après l’acte XVII des Gilets Jaunes.

Closer affirme que le ministre de l’Intérieur « n’était pas escorté par ses gardes du corps » – une information qui n’a pas été confirmée ; a supposer qu’elle puisse, un jour, l’être. La plupart responsables politiques se sont encore abstenus de commenter cette sortie. A l’exception du secrétaire général délégué des Républicains, Guillaume Larrivé, qui a ironisé sur Twitter : « Le vrai problème n’est pas que M. Castaner s’amuse en discothèque, mais qu’il occupe le bureau du ministre de l’intérieur, en France, en 2019. » A l’exception, aussi, de Benoît Hamon, ancien collègue socialiste de Christophe Castaner qui en a appelé, sur RTL, à « un peu de tenue ».

« Il s’agit de ma vie privée et de ma famille, qui peut être respectée. J’ai rejoint une soirée, dans un cadre totalement privé, entre 23h30 et deux heures du matin » a réagi le 14 mars Christophe Castaner dans les colonnes du Parisien. Et aussitôt, en écho, Edouard Philippe, Premier ministre, de déclarer sur Europe 1 : « Je n’ai aucun commentaire à faire sur la vie privée de Christophe Castaner, et le ministre de l’Intérieur a toute ma confiance ».

L’affaire du gendarme alcoolisé de Bourgoin-Jallieu (Isère). Le mardi 26 février, il n’était pas en service. Son véhicule a percuté en pleine vitesse par l’arrière celui d’un couple de retraités de 69 et 71 ans qui morts sur le coup. Agé de 35 ans ce gendarme a aussitôt été placé en garde à vue au commissariat de police de Bourgoin-Jallieu. Jugé en comparution immédiate le 28 février pour « homicide involontaire », aggravé de deux circonstances (« dont l’alcool – 2,54 grammes») il a été condamné à 18 mois de prison ferme avant d’être immédiatement incarcéré.

Pour les enfants des victimes, l’affaire n’est pas close. « On se bat pour que justice soit faite » a confié l’un d’eux à RTL. Ils pointent du doigt la responsabilité des autres gendarmes, présents au bar : « Ces gendarmes connaissent forcément, de par leur profession, les conséquences d’une telle alcoolisation. Pourtant, ils ont laissé repartir leur collègue au volant de sa puissante voiture » observent-ils dans Le Parisien.

« Ces personnes étaient des gendarmes, ils auraient dû être, mieux que quiconque, au courant de la gravité de la situation, de l’importance de retenir cette personne et du carnage que ça allait fatalement engendrer potentiellement pour les autres personnes qui étaient sur la route, expliquent-ils. Ils auraient dû essayer de retenir leur collègue. »

Jusqu’où remonter dans la chaîne des causalités et des conséquences alcooliques? La justice doit-elle être plus sévère, pour l’exemple, quand il s’agit de condamner un gendarme alcoolisé – alors même que ce dernier n’est pas en service et qu’il peut faire valoir qu’il s’agit de sa vie privée ? Quelles sont les frontières de cette dernière quand on est au service de l’Etat ? Et que reste-t-il de cette vie privée dès lorsqu’elle est, justice pénale ou pas, rendue publique ?

Paris et Bourgoin-Jallieu ; deux « faits divers » bien différents mais, sur le fond, une même question.

A demain

@jynau

 

 

Calvitie :  MSD va-t-il rembourser les effets secondaires sexuels et suicidaires du Propecia®

Bonjour

Justice sans limite. Après le Levothyrox®, voici le Propecia® (finastéride) du géant pharmaceutique MSD. Bien connu des médias Me Charles Joseph-Oudin lancera prochainement une procédure judiciaire. C’est une information d’Europe 1.

« Alors qu’il est toujours autorisé sur le marché français et européen, le Propecia – un médicament contre la calvitie aux nombreux effets indésirables – une dizaine de victimes lance une procédure judiciaire contre lui. Le laboratoire MSD, et les autorités de santé, ont tardé à informer les patients et les médecins des effets indésirables et notamment de leur caractère irréversible. 

« Le Propecia, un médicament contre la calvitie qui contient du finastéride, provoque des baisses de libido, des problèmes d’érection ou encore des idées suicidaires. Autant d’effets secondaires souvent irréversibles dont les patients sont peu, voire pas, informés. C’est pourquoi une dizaine d’hommes lancent une procédure judiciaire pour défaut d’information, selon les informations d’Europe . »

Chutes de cheveux des hommes

Une vieille histoire, déjà que le Propecia® présent depuis vingt ans sur le marché français. Données officielles :

« Propecia® est préconisé dans le traitement des stades peu évolués de la chute des cheveux chez l’homme âgé de 18 à 41 ans (connue sous le nom d’alopécie androgénétique). Si après avoir lu cette notice, vous avez des questions sur la chute des cheveux chez l’homme, demandez plus d’informations à votre médecin. L’alopécie, fréquente chez l’homme, serait due à une combinaison de facteurs génétiques et d’une hormone spécifique, appelée dihydrotestostérone (DHT). La DHT contribue à réduire la phase de repousse du cheveu et à diminuer son volume.

 « Au niveau du cuir chevelu, Propecia® diminue sensiblement le taux de DHT, en bloquant une enzyme (5-alpha réductase type II) qui transforme la testostérone en DHT. Seuls les hommes à des stades peu évolués de l’alopécie, sans calvitie complète, peuvent espérer une amélioration après traitement par Propecia®. Après cinq ans de traitement, la progression de la perte de cheveux s’est ralentie chez la plupart des patients et au moins la moitié d’entre eux a présenté une amélioration plus ou moins importante de la repousse des cheveux. »

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait alerté sur d’éventuels effets indésirables en 2012 :

« Propecia® (finastéride 1mg) est commercialisé en France depuis 1999, ainsi que dans plusieurs pays européens. En France, la consommation est stable depuis plusieurs années à un peu moins de 30 000 unités par mois (une boîte équivalant en moyenne à un mois de traitement).

« Les effets indésirables sexuels (baisse de la libido, troubles de l’érection, troubles de l’éjaculation) ont été observés dans des études cliniques ayant conduit à l’autorisation de mise sur le marché (AMM), chez 1 à 10 patients pour 1000 patients traités. Ces effets sont considérés comme transitoires ou réversibles à l’arrêt du traitement et figurent dans le résumé des caractéristiques du produit et la notice initiale du médicament.

« Toutefois, des cas de troubles de l’érection persistant après l’arrêt du traitement et de cancer du sein chez l’homme ayant été rapportés au décours de la commercialisation et sans qu’un lien de cause à effet ait pu être établi, ces effets potentiels ont été ajoutés à ces documents d’information respectivement en 2009 et en 2010.   A ce jour, en France, seuls deux cas de troubles sexuels persistants après l’arrêt de Propecia® ont été enregistrés dans la base nationale de pharmacovigilance.

Piqûre de rappel de l’ANSM en 2017 (dépression et idées suicidaires). Puis en février 2019 avec une « lettre aux professionnels ».

« Propecia®, Chibro-Proscar®, génériques. Des effets indésirables, tels que des symptômes et des troubles psychiatriques ainsi que des troubles de la fonction sexuelle ont été signalés pendant et après l’utilisation du finastéride. Les patients doivent être informés du risque de survenue de ces troubles :

o TROUBLES PSYCHIATRIQUES : Anxiété, changements de l’humeur, notamment humeur dépressive, dépression et moins fréquemment des pensées suicidaires. L’apparition éventuelle de ces symptômes doit être surveillée étroitement.

o TROUBLES SEXUELS : Dysfonction sexuelle (y compris dysfonction érectile, troubles de l’éjaculation et diminution de la libido). Les troubles de la fonction sexuelle, dans certains cas, peuvent persister après l’arrêt du traitement. »

Représentants des patients concernés

Mieux encore l’ANSM annonçait « s’engager à mettre à la disposition des patients traités ou envisageant un traitement par finastéride un document d’information supplémentaire afin, notamment d’assurer un meilleur niveau d’information sur les bénéfices et les risques du finastéride ». « Ce document sera élaboré en collaboration avec les représentants de patients concernés » ajoutait-elle.

Trop ? Trop tard ? Ces informations, depuis sept ans, ont-elles été correctement diffusées auprès des premiers concernées ? Me Charles Joseph-Oudin annonce à la presse qu’il lancera prochainement une procédure judiciaire. La première audience aura lieu au mois d’avril au tribunal de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. « Nous considérons que le laboratoire MSD, et les autorités de santé, ont tardé à informer les patients, mais aussi les médecins, des effets indésirables et notamment de leur caractère irréversible, a-t-il déclaré sur Europe 1. Et c’est ce que nous démontrerons devant le juge. C’est ce qui doit appeler de leur part une indemnisation ».

Aucun montant n’a encore été évoqué. Me Joseph-Oudin aurait, sous le coude, soixante-dix dossiers. L’affaire Propecia® ne fait-elle que commencer ?

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Citoyens éborgnés par un LBD : pourquoi le président Macron ne répond-il pas à son courrier ?

Bonjour

10 mars 2019.  Journal du Dimanche, papier factuel et dérangeant d’Anne-Laure Barret. Où l’on apprend que trente-cinq grands noms de l’ophtalmologie française avaient envoyé un courrier au président de la République- et ce  pour qu’au nom du principe de prévention et de la réduction des risques il mette un terme à l’usage du LBD par les forces de gendarmerie et de police.

« Monsieur le Président, une telle ‘’épidémie’’ de blessures oculaires gravissimes ne s’est jamais rencontrée, écrivaient-ils, il y a un mois. Nous, ophtalmologistes dont la profession est de prévenir et guérir les pathologies oculaires demandons instamment un moratoire dans l’utilisation de ces armes invalidantes au cours des actions de maintien de l’ordre ». D’autant plus que « ces contusions entraînent des lésions souvent au-dessus de toute ressource thérapeutique ».

Selon eux, « les blessures oculaires survenues ces dernières semaines ne sont pas dues au hasard ou à l’inexpérience. Le grand nombre de balles tirées avec une force cinétique conservée à longue distance et l’imprécision inhérente à cette arme devaient nécessairement entraîner un grand nombre de mutilations ».

Démarche politique ? Nullement. Les trente-cinq signataires explique que c’est là une démarche « de médecins, purement humaniste, avec pour seul but d’éviter d’autres mutilations ». Ils dressent un parallèle avec les blessures causées par les balles de golf,  « rares mais bien connues des ophtalmologistes pour leur sévérité, conduisant dans la majorité des cas à la perte de la vision et dans un tiers des cas à l’énucléation ». Mais pour eux les LBD sont plus dangereux car envoyés avec une « énergie cinétique (…) bien supérieure ».

Treize mille tirs officiellement recensés

En collaboration avec la Société française d’ophtalmologie, ces médecins ont également mis en place une cellule de veille sur ces blessures. Ils ont d’ores et déjà ont recensé une vingtaine de cas de personnes ayant perdu un œil. Pour sa part le secrétaire d’État à l’Intérieur, Laurent Nuñez, indiquait il y a quelques jour, que depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes plus de 13 000 tirs de LBD avaient été officiellement enregistrés, plus de 2 200 personnes blessées et quatre-vingt-trois enquêtes ouvertes.

Les signataires assurent ne pas être des « militants ». Ils ne veulent pas déclencher une « polémique » mais bien ouvrir une réflexion sur l’usage de ces dangereux dispositifs – « qui sont loin d’être de simples outils de dissuasion » souligne le Pr José-Alain Sahel . C’est faute d’avoir reçu une réponse présidentielle qu’ils ils rendent aujourd’hui public ce courrier afin d’être certains que leur message d’alerte est parvenu à son destinataire. Sollicitée par le JDD, Agnès Buzyn a fait « savoir qu’elle était prête à recevoir les ophtalmoloques ».

Or il y a précisément un mois Agnès Buzyn annonçait « qu’elle allait prochainement recevoir » des représentants de la Société française d’ophtalmologie qui, déjà,  s’alarmaient des blessures oculaires causées lors des manifestations de Gilets Jaunes. « C’est un problème spécifique dont je souhaite discuter avec la Société française d’ophtalmologie, déclarait-elle alors sur Europe 1. Je vais les recevoir parce qu’ils m’ont alertée sur beaucoup de blessures à l’œil. Ce problème-là, spécifique, je vais le regarder avec eux. »

Et puis rien. La ministre de la Santé aurait-elle oublié ? Le président de la République a-t-il reçu le courrier qui lui était adressé ? Que faudrait-il, ici, imaginer ?

A demain

@jynau

 

L’étrange métaphore religieuse européenne d’Agnès Buzyn, ministre française de la Santé

Bonjour

Toujours rien d’officiel mais des clignotants qui passent au vert. La fin progressive du mystère : Agnès Buzyn en haut de l’affiche de La République en marche pour les européennes. Ainsi Europe 1 (Hadrien Bect) :

« Aujourd’hui à la Santé, Agnès Buzyn est très bien là où elle est et elle le fait savoir. Au travail, son ministère, elle y tient, elle qui est hématologue de profession. Mais la voilà presque malgré elle émancipée de son statut de ministre de la société civile : d’abord pour défendre un président trop seul au début du quinquennat, ensuite pour parler d’Europe, sujet fondamental pour la ministre, elle qui compare la construction européenne à celle d’une cathédrale au Moyen-Âge : ‘C’est ce que des hommes sont capables de bâtir ensemble qui va les dépasser et leur survivra’, dit-elle. C’est beau comme un discours de campagne. »

 Ainsi, encore, Paris Match (Mariana Grépinet) : « Agnès Buzyn, la pasionaria de l’Europe »

« ‘’L’Europe est le sujet majeur, le sujet d’avenir’’, insiste la ministre de la Santé. Si elle assure que personne ne l’a sollicitée pour être candidate aux élections européennes de mai 2019 sur la liste LREM-Modem, Agnès Buzyn ne ferme pas la porte et loin de là. ‘’Si on (1) me demande c’est qu’on (1) considère que l’Europe mérite que j’abandonne tout ça’’, ajoute t-elle, en référence à la loi Santé qu’elle va porter en mars, à la loi bioéthique qui doit passer en conseil des ministres avant l’été et au chantier de la dépendance.

« L’Europe est la cathédrale du futur, ce que des hommes sont capables de construire, ce qui va les dépasser et leur survivra », dit, comme habitée par le sujet, l’ancienne belle-fille de Simone Veil qui fut la première femme présidente du premier Parlement européen élu au suffrage universel. Estimant que la liste de la majorité doit être composée « d’une équipe qui montre des compétences et des intérêts diversifiés », elle rappelle que c’est en grande partie pour son engagement pro-européen qu’elle a voté pour Emmanuel Macron à la présidentielle.

(…) Nouvelle venue en politique, Agnès Buzyn revendique de faire de la politique autrement, sans changer ce qu’elle est. ‘’On peut faire de la politique sans être dans la posture et sans mentir, en étant gentil, honnête…’’, dit-elle. L’ex-hématologue pourrait accepter un nouveau défi, elle qui se décrit comme ‘’une femme de bataille mais très posée’’. Et de conclure : ‘’Je ne me défile pas devant les combats’’. »

Survivre à ses bâtisseurs

Sans oublier Le Figaro pour qui  la  «Mme Santé» du gouvernement cache de moins en moins bien son intérêt pour ce « changement de carrière ». Se présentant en privé (et de plus en plus en public) comme une «combattante», la ministre de la Santé parlerait du Vieux Continent avec « lyrisme ». Elle oserait comparer la construction européenne à une « cathédrale du futur », patiemment érigée, survivant à ses bâtisseurs.  « J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujet, déclarait-elle le 10 février dernier.  On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. »

Sortir de son champ de compétences, donc. Parler de tout et métaphoriser en liberté. A commencer par cet étrange fil rouge catholique de la « cathédrale », cette église où se trouve le siège de l’évêque (la cathèdre) ayant la charge d’un diocèse. Sans doute peut-on, par métaphore, désigner ainsi ce qui évoque une cathédrale par ses dimensions, sa magnificence, etc. «  (…) nous quittâmes enfin ce sale canot sauvage pour entrer dans la forêt par un sentier caché qui s’insinuait dans la pénombre (…), illuminé seulement de place en place par un rais de soleil plongeant du plus haut de cette infinie cathédrale de feuilles. Céline, Voyage au bout de la nuit,1932, p. 204.

Il n’en reste pas moins que c’est là, pour parler de l’Union européenne depuis un pays attaché comme la France à la séparation des Eglises et de l’Etat, une bien étrange image.

A demain

@jynau

(1) Le Canard Enchaîné de ce 6 mars s’interroge : « Qui est ‘’on’’ ? »

 

 

Non, Emmanuel Macron n’a toujours pas demandé à Agnès Buzyn de quitter le ministère de la Santé

Bonjour

Ainsi donc les leçons données par la maire Martine Aubry aux ministres de la Justice et de la Santé ont-elles porté. Et Gilles Le Gendre, patron des députés macroniens qui jugeait que la presse ne devait pas s’y intéresser n’aura guère été écouté. Plusieurs représentants du gouvernement ont pris la chose très au sérieux.

C’est d’abord Nicole Belloubet qui est revenue sur cette séquence de savoir-vivre républicain. Lundi 26 février la ministre de la Justice a indiqué qu’elle ne voulait «pas polémiquer» avec Martine Aubry. «J’ai trop de respect pour les élus, en particulier pour elle, au regard du travail qu’elle a fait pour notre pays», a-t-elle déclaré à BFM TV, en assurant que la maire de Lille avait été prévenue «et qu’elle avait même fait savoir qu’elle viendrait».

Puis, le même jour, Gabriel Attal, jeune secrétaire d’État à la Jeunesse. «On a le droit d’être un peu agacé si un mail est parti trop tard, mais je pense qu’il faut aussi être un peu mesuré de temps en temps», a-t-il déclaré sur Europe 1. Et, sans élégance, de regretter le «côté madame ronchonne et toujours à se plaindre» de Martine Aubry. Puis, non sans mesquinerie : «Est-ce qu’on l’a entendu se réjouir lorsque la mairie de Lille a vu sa dotation de l’Etat augmenter d’un million d’euros en 2018, d’un million d’euros en 2019 alors qu’elle n’a pas arrêté de baisser sous François Hollande?».

« Hijab de course » français

 Aujourd’hui c’est Agnès Buzyn qui, sur RTL (Elisabeth Martichoux), monte au front et dégaine :

« Nous avons vérifié. Evidemment elle avait été prévenue une semaine avant. Je suis triste que cet événement … enfin cet incident … n’ait pas permis de parler du sujet de la visite avec l’ouverture d’un centre de recherche dédié à la prise en charge des victimes de psycho-traumatismes, victimes d’attentats, victimes de violences sexuelles ou victime d’événements traumatiques. (…) »

Et , sur la-première-radio-de-France, la ministre des Solidarités et de la Santé d’être interrogée au-delà de son champ ministériel de compétence.

. Sur les prochaines élections européennes, va -t-on rejouer le duel Macron-Le Pen de la présidentielle de 2017 ? Réponse : « Possiblement mais les enjeux ne sont pas les mêmes. »

. Sur la firme Décathlon qui va commercialiser un « hijab de course » : « C’est légal mais c’est une vision de la femme que je ne partage pas. J’aurais préféré qu’une marque française ne promeuve pas le voile. »

. Sur son départ imminent du gouvernement pour participer comme tête de liste aux élections européennes : « Emmanuel Macron ne me l’a pas demandé. J’ai de très belles lois à porter. Les noms qui circulent dans la presse sont des spéculations. Je n’y réfléchis même pas. »

. Sur Marine Le Pen qui aurait ou non porté plainte contre elle après ses récentes déclarations :« Je ne veux pas polémiquer. Je ne pense pas que Mme Le Pen elle-même ait des choses à se reprocher sur l’antisémitisme, je ne le sais pas. En tout cas elle n’a jamais prononcé de mots, de dérapages, comme son père (…) J’avais en tête des photos. »

Oxygéner le monde hospitalier 

Enfin, retour dans le « champ de compétences » : « pour la première fois, nous allons augmenter les tarifs hospitaliers ». Une « décision historique ».  Ces tarifs vont augmenter de 0,5%. « Cela va aboutir à 250 millions d’euros supplémentaires pour l’activité de médecine de chirurgie et obstétrique et de 100 millions supplémentaires sur la psychiatrie. Au total, cette année l’hôpital verra son budget passer de 80 milliards d’euros à 82 milliards d’euros ».

Cette somme va « arrêter de mettre une pression sur les professionnels (…) Cet étau permanent sur l’hôpital va pouvoir être desserré cette année. C’est une façon de reconnaître les efforts qui ont été faits à l’hôpital pour améliorer la rentabilité et de commencer cette transformation du système de santé en réorganisant la médecine de ville et en permettant aux hôpitaux de se restructurer ».

De belles lois à porter. L’Europe ? Ne pas y penser.

A demain

@jynau

1 Marine Le Pen a annoncé dimanche 17 février son intention de poursuivre Agnès Buzyn en justice après les propos de la ministre de la Santé à son encontre, qu’elle juge « injurieux ». Peu de temps avant, sur LCI, la ministre de la Santé avait indiqué : « Elle (Marine Le Pen) est contre l’antisémitisme, mais elle a plein de néo-nazis dans son entourage » et « dès qu’elle peut aller en Autriche ou à Bruxelles rejoindre les néo-nazis et mouvements d’extrême droite d’Europe et du monde entier, elle y court ». Et de conclure : « Elle mange à tous les râteliers. C’est ce que j’ai à dire aujourd’hui ».

Scandale: Europe 1 a méchamment fiché durant quinze ans les auditeurs qui lui téléphonaient.

Bonjour

Comment peut-on en arriver à de telles extrémités ?  Pendant près de quinze ans, les auditeurs qui appelaient le standard d’Europe 1 ont été fichés par la station, parfois selon leur orientation sexuelle, leur origine raciale ou leur état de santé – et ce dans des termes injurieux. Le Monde (Alexandre Berteau) cite ici Mediapart (Lou Syrah) qui dimanche 24 février, révélait que ce fichage avait été mis au jour à la faveur d’une inspection de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) dans les locaux d’Europe 1, à l’été 2016 – une information dont Le Monde a eu confirmation mais qui semble est donc restée (pourquoi ?) près de trois ans sous le boisseau.

« Lorsqu’ils reçoivent un appel, les standardistes de la station – comme ceux de la plupart des radios – renseignent dans un logiciel informatique le nom des auditeurs, leur profession, leur numéro de téléphone ou encore leur qualité d’expression, afin de planifier leur intervention à l’antenne. Mais des appréciations plus personnelles, inscrites dans une case « commentaire », ont été découvertes par les contrôleurs de la CNIL.

« Certaines de ces mentions ont trait à l’origine raciale supposée des auditeurs : ‘’accent juif tunisien, insistant et désagréable’’‘’accent du Maghreb, pas toujours claire’’ cite le gendarme des données personnelles dans son rapport en avril 2017. D’autres, à leur santé – ‘’Patrice séropositif’’, ‘’plus alcoolique mes fesses !’’‘’arrêt maladie, traitement pour un cancer’’ – ou leur sexualité : ‘’il est homo’’, ‘’c’est un ancien hétéro, qui est devenu homo’’. »

La CNIL rapporte également plusieurs commentaires délibérément « insultants ». Parmi eux : « gros con », « connard qui nous a déjà bien fait chier »« voix de vieille pédale ! », « ne répond jamais ce fdp [fils de pute] ».

L’autorité indépendante reconnaît la nécessité pour la radio de recueillir des informations sur ses auditeurs dans la mesure où « ceux-ci sont amenés à prendre la parole à l’antenne, et où la station cherche à déterminer quelles interventions seraient susceptibles de valoriser le contenu des émissions ». Mais le fichage entrepris par Europe 1 est selon elle « excessif » et « contraire aux dispositions de la loi du 6 janvier 1978 ».

Une « erreur technique » (sic)

« Excessif » ou quand la CNIL se complaît dans l’euphémisme. Au total, révèle le rapport, « plus de 483 fiches contiennent des commentaires relatifs à la qualité des auditeurs »Mais la CNIL s’inquiète surtout de la durée de conservation des informations collectées, qu’elles soient ‘’sensibles’’ ou non. Ses enquêteurs ont pu retrouver des fiches sur plus de 573 000 personnes depuis 2002, alors que la loi exige qu’elles soient effacées deux ans après leur création.

« La conservation de ces informations sur une période aussi longue provient d’une erreur technique, a expliqué la direction d’Europe 1, contactée par Le Monde. Le logiciel sauvegardait automatiquement ces données, sans que les standardistes et la direction n’en aient connaissance. » Avertie par la CNIL après son contrôle, la station a détruit cette base de données, et efface désormais automatiquement les informations collectées sur ses auditeurs après leur utilisation.

C’est au vu des mesures prises par Europe 1 que la CNIL avait décidé après délibération de ne pas rendre public son rapport en 2017, comme le recommandait pourtant son auteur. Le gendarme du numérique n’a pas non plus saisi le parquet pour les commentaires rédigés par des standardistes à propos des auditeurs. Il est, dans le monde médiatique et tout particulièrement radiophonique d’autres sanctions que juridiques. Station en perte constante de vitesse l’historique Europe 1 pourrait ici se rapprocher dangereusement de sa fin.

A demain

@jynau