Alcools et whiskies : le ministre de l’Agriculture lutte contre l’alcoolisme et l’addictologie

Bonjour

De Carybde fermentée en Scylla distillée. Didier Guillaume, 59 ans, n’est plus un novice. Et pourtant. Ancien agent du Trésor Public, longtemps élu socialiste il annonça son abandon de la politique. Puis en abandonna l’idée. Il est aujourd’hui le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation d’Emmanuel Macron.

Il y a quelques jours M Guillaume faisait parler de lui. Contre l’évidence sanitaire et œnologique il affirmait sur BFMTV-RMC, que le vin n’était pas « un alcool comme un autre ».

« Le vin n’est pas un alcool comme un autre. (…) L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du “binge drinking. Mais je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l’alcool fort. »

Où l’on retrouvait les immortels clichés opposant, en lieu et place des alcoolémies, des ivresses, de leurs fréquences et des symptômes de la dépendance, des alcools qui seraient « forts » quand d’autres seraient « doux ».

Un ministre non recadrable

Une semaine plus tard M. Guillaume persiste et, dans la plus grande confusion, signe de son nom. Invité de la matinale d’Europe 1, mercredi 23 janvier, il a déclaré (6’): « une molécule de vin et une molécule de whisky ont le même degré d’alcool, sauf que moi je ne bois pas des molécules, je bois des verres. » Et surtout ne pas parler de « se saouler ».

Les premiers propos du ministre lui avait valu une sèche réplique de sa collègue Agnès Buzyn. « Le vin fait partie de notre patrimoine, avait-elle concédé sur France info, avant de souligner le caractère identique des molécules d’alcool éthylique présentes dans le côtes-du-rhône, dans les apéritifs anisés et toutes les autres boissons alcoolisées.

Pour autant, Didier Guillaume assure être sur la même ligne que le reste du gouvernement. « Je ne suis pas recadrable, moi, s’est-il agacé à l’adresse de Mme Buzyn. Il n’y a pas de débat, la position du gouvernement est de lutter contre l’alcoolisme. Il y a une grand plan de lutte contre l’alcoolisme qui a lieu. La filière viticole en fait partie, travaille avec le ministère de l’Agriculture et de la Santé. »

Et puis ce formidable lapsus ministériel (réitéré) : « Je veux lutter contre l’alcoolisme et lutter contre l’addictologie ». On attend l’interprétation d’Agnès Buzyn.

A demain

@jynau

 

 

Agnès Buzyn la scientifique relance la polémique sur les remboursements homéopathiques

 

Bonjour

#DemandeTonRemboursement. Derrière la ministre, la scientifique. Interrogée le 19 avril 2018 sur la polémique et les éclats de rires qui avaient suivi ses surprenants propos sur l’homéopathie, Agnès Buzyn, a affirmé sur Europe 1 que les médications homéopathiques sont remboursées « comme tous les médicaments qui ont un service médical rendu faible à 15 % ».

« Il y a toute une catégorie de médicaments dont on sait que l’efficacité n’est pas… très…  prouvée. C’est ce qu’on appelle l’effet placebo (rires) En tant que scientifique, je considère que l’homéopathie ne peut pas fonctionner autrement (rires) que par l’effet placebo ! Dans tous les cas, rien n’a été prouvé autrementSi on doit se poser la question du remboursement, on doit plus généralement se poser la question du remboursement de médicaments très peu efficaces. »

Maigres vaches

C’est bien la question que l’on aimerait, en période de maigres vaches, que se pose la ministre des Solidarités et de la Santé. Et c’est précisément la question qu’Agnès Buzyn ne se pose pas. Pour elle, pour le gouvernement, pour le Premier ministre et le président de la République, ce n’est pas « une priorité ».  « Ce qu’il faut savoir c’est que ça représente une somme assez réduite pour la Sécurité sociale. C’est quelques dizaines de millions d’euros (sic). Ce n’est pas ça qui va permette de faire des économies importantes par rapport aux enjeux financiers de remboursement des soins. Ce n’est pas une priorité

Et c’est ainsi que le pouvoir exécutif associé aux responsables de la santé et de la recherche médicale, laisse, sous le tapis de la raison, bien des poussières d’incohérence. Où l’on en vient à l’essentiel : pourquoi traiter ainsi, par une forme de mépris, ce défi lancé à la science qu’est l’effet placebo ? Et pourquoi ne le rembourser qu’à hauteur de 15% ?

A demain

«Sexualité et prédestination» : un sujet philosophique du président de la République

Bonjour

Baccalauréat 2016. Académie de Paris. Sujet de philosophie. Coefficient 7. Durée 4 heures. Téléphones portables et autres tablettes prohibés.

« Choisit-on librement son orientation sexuelle ? »

Vous pourrez, autant que de besoin, vous inspirer de ces éléments contextuels:

François Hollande, président de la République a, dimanche 12 juin 2016, condamné « avec horreur » la fusillade d’Orlando. Il s’exprimait pour la première fois sur le caractère homophobe de cette fusillade au cours de laquelle cinquante personnes ont été tuées au sein d’une boîte de nuit essentiellement fréquentée par des gays.

Compassion

Le lundi 13 juin, à l’ambassade des États-Unis en France François Hollande a « exprimé sa compassion » envers le peuple américain. « C’est l’Amérique qui a été frappée, mais c’est la liberté qui était visée. La liberté de choisir son orientation sexuelle et de déterminer son mode de vie », a –t-il déclaré.

Puis ce message a aussitôt été diffusé sur Twitter via le compte officiel du président de la République :

« L’effroyable tuerie homophobe d’Orlando a frappé l’Amérique et la liberté. La liberté de choisir son orientation sexuelle et son mode de vie. » Un message diffusé par vidéo sur FranceTVInfo

Polémique

Aussitôt un débat polémique a éclaté, sur les réseaux sociaux et dans les médias, centré sur le thème du choix de l’orientation sexuelle. Cette formulation a notamment alimenté l’ire d’une partie de la communauté LGBT. Cette polémique conteste les parts respectives de la génétique et, via l’épigénétique notamment, de l’environnement  familial.

« Une bien triste erreur […] Le président de la République qui a inscrit dans la loi française l’égalité des droits et l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe explique que “l’orientation sexuelle” des individus, en particulier des homosexuels, relève d’un “choix”. Ce qui n’est  évidemment pas le cas… » a notamment affirmé  la radio Europe 1.

Vivre ou choisir

Ce tweet présidentiel polémique a été effacé quinze minutes seulement après avoir été diffusé. Un nouveau message a alors été publié où l’expression « choisir » est remplacée par « vivre » :

 « La tuerie homophobe d’Orlando a frappé l’Amérique et la liberté : la liberté de vivre son orientation sexuelle et de choisir son mode de vie. »

 L’affaire n’a pas été sans susciter des considérations politiciennes. Certains ont établi un parallèle avec l’action présidentielle : « Ce tweet est à l’image du quinquennat de Hollande: ça part d’une bonne intention et ça se termine en catastrophe »

Perversité

Vous pourrez nourrir votre réflexion des arguments développés par le Dr Philippe Brenot, enseignant en sexologie à l’université Paris-Descartes et conseiller scientifique d’un documentaire récemment diffusé sur France 2 dans l’émission Infrarouge : « Homo ou hétéro, est-ce un choix ? ».  Extrait (MetroNews) :

« Les gens ne savent pas distinguer l’identité sexuelle de l’orientation ou même du désir. Un homme homosexuel n’a aucun problème d’identité, c’est un homme, comme une femme hétérosexuelle est une femme. Quant à la question de l’orientation, l’hétérosexualité n’est pas la normalité. J’ai été stupéfait, au moment des ‘’Manifs pour tous’’, de prendre conscience qu’un tiers des Français pensaient que l’homosexualité, l’intérêt pour le même sexe, était une pratique perverse choisie délibérément. Alors que ce n’est pas un choix. »

A demain

 

Le vigneron sera un marchand de cannabis comme un autre (Daniel Cohn-Bendit, Europe 1)

Bonjour

Les  citoyens seniors peuvent être surpris de découvrir que l’un des héros de la gauche extrême (retraité du Parlement européen) travaille quotidiennement pour le groupe Lagardère.  Quant aux citoyens et citoyennes qui sont resté(e)s à gauche, ils/elles pourraient même en être quelque peu choqué(e)s.

Elégance publique

A chaque aube que Dieu fait, Dany, au micro d’Europe 1. Il y passe son « humeur »; c’est peu avant les cloches de 8 heures. Les grands fauves l’ont mis dans la cage radiophonique avec Jean-Michel Apathie (RTL) . Ailleurs on peut entendre batifoler Philippe Meyer (France Culture). Que du lourd pour travailleurs et  travailleuses. Sans parler des retraité(e)s. A eux de choisir entre les tambours publicitaires du grand capital médiatique et une forme d’élégance publique et gratuite.

Dany aura bientôt 70 ans. Même tempo. Même voix de nez. Même gouaille, travaillée à l’excès. Mêmes indignations surjouées. Même volonté de rester dans la cour des récréations médiatiques. Tout un éventail offert aux imitateurs (le «pétard au bord des lèvres »).

Pétard au bord des lèvres

Le temps passe l’énergie demeure. Aujourd’hui 11 septembre Dany traite de la drogue et de sa dépénalisation. On pourra l’écouter ici . Où il est question de grand marché et de santé publique. Dany est au téléphone. Il lit son texte.

L’heure n’est pas à la modification illicite de l’état individuel de la conscience. Elle est, une fois encore, à la dénonciation de la politique de répression. Parallèle entre l’échec cuisant de la prohibition passée des boissons alcooliques et celle, présente, du cannabis.

Hallucinant

«  – Transformer les Etats en dealers en chef ? Hallucinant, non ?

– Et l’alcool ? Qu’est-ce qu’on fait ? On régule… On ne demande pas aux Etats de produire, on leur dit: et bien voilà vous avez un marché. Il faut contrôler la qualité. Parce que, quand c’est au mains des mafias, ils mettent n’importe quoi. Il faut protéger car c’est une catastrophe sanitaire. Et ça nous coûte extrêmement cher. Et ça ne règle rien. Il faut protéger. Et ça c’est le rôle de l’Etat : protéger les citoyens.

– Tous les trafiquants de drogue deviennent des chefs d’entreprises respectables ? C’est ça ?

– Euh, non. Si vous avez une régulation du trafic et une régulation de la consommation la production de drogue ne sera plus simplement aux mains des mafias et des dealers mais qui sera une production …euh… comme quelqu’un qui produit du vin, qui fait du vin. C’est quelqu’un de respectable…. Et bien oui il y a des pays qui font des drogues mais il faut restreindre la consommation. Le maître-mot c’est la régulation. En régulant, en encadrant on protège les citoyens.

– Et bien merci à Daniel Cohn-Bendit qui fait avancer le débat… et sans doute… la polémique dès ce matin. «L’humeur de Dany », c’est tous les jours à huit heures moins cinq. Sur Europe 1. »

« Vous êtes bien, sur Europe 1. »

A demain

Qui a dit: « La Vieillesse est un naufrage » ?

Lampedusa, Concordia, La Méduse : les naufrages font toujours recette. C’est moins vrai de la vieillesse.  Les trop vieux naufragés savent-ils qu’ils font naufrage ?

Eléments de réponse et propositions de lecture.

Jeudi 3 octobre 2013 : les gazettes rapportent que des touristes auraient vu le président Chirac consommer une piña colada à la terrasse de Sénéquier, café réputé du port de la ville varoise où il a ses habitudes. Des clichés téléphoniques circulent. Les touiteurs touitent (1).

Arthur, auditeur du Var, parle sur RTL

« L’ancien président « très heureux, souriant » est resté « une petite heure » a précisé à RTL Arthur, un responsable de l’établissement. « Il a toujours l’œil vif, je pense que c’est une personne encore très vive d’esprit qui sait très bien ce qu’il fait et où il est. » D’où Arthur nous parle-t-il ainsi ? Où est la frontière qui permet de parler d’un vieillard comme s’il n’était plus véritablement une personne ? Quelles sont les raisons qui font qu’Arthur peut s’autoriser à dire qu’il pense que l’ancien président de la République sait qu’il est à la terrasse de Sénéquier.

Il y a un an Bernadette Chirac s’exprimait sur le même thème. Notamment dans Paris Match. Extraits :

« Sa voix s’est teintée d’émotion quand elle a évoqué l’état de santé de son mari Jacques Chirac sur Europe 1. Gaulliste convaincue, Bernadette Chirac a repris les mots du général sur l’âge et les années qui passent : «La vieillesse, le général de Gaulle l’avait dit, c’est un naufrage. Et je continue à la penser». Silence. Puis elle reprend sur le ton énergique qu’on lui connaît. . « Il n’est ni muet, ni aveugle. Il est capable d’aller se promener. Simplement, il faut veiller sur sa santé, ne pas l’inciter à faire de choses. Il ne peut plus faire de grandes promenades. D’ailleurs, il n’a jamais fait de sport. Il dit toujours, je suis comme Churchill, ‘No sports’. Je ne crois pas du tout que ce soit une recommandation à donner».

De Gaulle, Pétain, De Beauvoir

Même les gaullistes peuvent se tromper. Ou plus précisément ne pas dire l’exacte vérité. Il est possible que le Général ait dit ce que Bernadette Chirac, née Chodron de Courcel, dit qu’il a dit. Mais, contrairement à ce que l’on peut penser qu’elle pense, de Gaulle n’est pas le premier à l’avoir dit. Et tout laisse penser que Charles de Gaulle le savait. D’autant qu’il ne parlait pas de sa personne mais bien de Pétain et du naufrage de la France. On se déchire encore et les recherches en paternité se poursuivent pour identifier le géniteur de cette image. Pour l’heure le grand Chateaubriand tient la corde. Grâce notamment à Simone de Beauvoir née Simone-Lucie-Ernestine-Marie Bertrand de Beauvoir (1908-1986) qui écrivit, en 1970,  dans son  essai sur la vieillesse (Gallimard) :

« La vieillesse est un naufrage » écrivit Chateaubriand avant d’être plagié par le général de Gaulle, qui en avait après Pétain. »

Old age being a shipwreck   

On peut aussi, grâce à  la chirurgie de l’ostéoporose et avec l’aide  des Anglais, filer la métaphore maritime :

« Nous disons simplement qu’arrivé à un stade   la vieillesse étant un naufrage  il semble que tout soit dit, il reste quand même un capitaine à bord – pour combien de temps ? 

We shall simply say that one reaches a stage where– old age being a shipwreck – it seems that everything has been said but there is still a captain on board – for how long? »

Reste, pour l’heure, l’essentiel : « Le vieillissement psychique » de Benoît Verdon. Editions des Presses Universitaires de France (collection Que sais-je ?). Vous découvrirez  comment, sur le pont au fumoir et dans les soutes, on gamberge. Et comment les capitaines et les soignants de la croisière pourraient améliorer cette gamberge (2). Il vous en coûtera neuf euros. Moins que pour un mojito chez Sénéquier (Saint-Tropez).

 

 (1) A l’heure des célébrations (avant, pendant ou après avoir fini la Recherche les allergologues, les gériatres (les sexologues ?) ne seront pas insensibles au délicieux « Dictionnaire amoureux de Proust » des Enthoven, chez Plon).

Pour briller en société,  demander : « Marcel aurait-il tweeté ? ». Pour briller un peu plus encore, on aura pris la précaution de lire le dernier ouvrage du plus que prolixe  François Bon   (éditions du Seuil) : « Proust est-il une fiction ? ».

(2) Outre « Palladium » de Boris Razon (Stock) (dont nous avons déjà vanté ici les vertus), la littérature de la douleur vient de s’enrichir d’un nouveau titre : le redoutablement drôle « Vivre en mourant » (Flammarion) de Christopher Hitchens –traduction de Bernard Lortholary. Brillant journaliste américain (Slate.com, Vanity Fair, Atlantic) d’origine anglaise l’auteur tient la chronique d’une maladie du foie qui eut assez vite raison de lui : il aura à peine de dépasser le cap de la soixantaine.

    

Lutte contre les addictions: des « recherches » vont être menées sur la cigarette électronique

On l’attendait. Il est là. Le « plan gouvernemental de lutte contre les drogues et le conduites addictives 2013-2017 » vient d’être rendu public. Déception plus ou moins blasée chez les addictologues. Très vifs regrets (à peine masqués) au sein de l’association Aides.

Absence de volonté de la gauche face à l’esclavage, licite ou non, des addictions ? Abandon des idéaux d’avant-hier? Realpolitik ? Certes. Mais pourquoi ne pas  vouloir voir la Révolution des Volutes ?  

Ce fut, hier 19 septembre 2013, l’un de ces jeux de piste que les médias affectionnent. Qui aura la primeur du plan de lutte contre les drogues ? Dès l’aube, et jusqu’au soir les stations radiophoniques donnèrent de la voix. Comme Europe 1. Ou, plus tard France Info. Institutionnel en diable (et piloté à distance par les services de communication ministériels  – voir  « L’exercice de l’Etat »  le film)  un scoop est un scoop.

« Pas de révolution »

Le tempo était connu : en fin de journée et en l’hôtel de Matignon, un comité interministériel consacré à cette question majeure de santé publique devait réunir au moins vingt-deux  ministres (1). Piment supplémentaire : ce comité serait « fermé à la presse ». Dans l’après-midi Le Monde  évoquait une « communication sans tambour ni trompette, à l’image d’un plan modeste, sans mesure choc ni radical changement de ligne ». « Ceux qui s’attendaient à un virage en faveur du sanitaire, après la priorité au répressif donnée par la droite, seront déçus, avançait le quotidien du soir. (…) c’est plutôt d’une réorientation du volet sanitaire qu’il s’agit, pas d’une modification de l’équilibre. L’accent est mis sur une prévention plus efficace, avec notamment un repérage plus précoce des consommateurs de cannabis, de tabac et d’alcool, avant leur arrivée dans le bureau d’un addictologue. Autre apport : la mise en avant du concept d‘ » aller vers «  les usagers de drogue, dans tous les milieux (scolaire, professionnel, festif, Internet…). Un souci d’efficacité, avec priorité aux jeunes, aux femmes et aux précaires, mais pas de révolution. »

Pousse-au-crime

Manque de moyens ? Sans doute. Contexte politique ? Surtout. On ne s’aventurera pas sur les terres expérimentales des « taxes comportementales » (fiscalités accrues sur le sucre, l’alcool et ces pousse-au-crime que sont les associations industrielles sucres-alcool dites prémix). Une sorte de realpolitik de l’addiction. Realpolitik : « la politique étrangère fondée sur le calcul des forces et l’intérêt national ». Une croix sur les velléités ministérielles individuelles de dépénalisation-légalisation du cannabis. Et « pacte national » contre les drogues illicites annoncé par Manuel Valls, ministre de l’Intérieur.

En mai 2013 la réalité nationale et officielle des addictions était celle-ci.

En septembre 2012 une inspectrice générale des affaires sociales de gauche, Danièle Jourdain-Menninger, avait remplacé Etienne Apaire (2007-2012), un magistrat proche de Nicolas Sarkozy, à la présidence de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie.

En septembre 2013 le plan de lutte 2013-2017 est celui-ci.

On trouvera ici ce qu’en disent les soldats de première ligne, ces grognards réunis au sein de la Fédération Addiction et leur président Jean-Pierre Couteron. « Il aurait été cohérent grâce à des taxes de s’attaquer à la toute-puissance consumériste qui caractérise notre société, et de toiletter la loi pour utiliser l’interdit pénal de façon plus efficace, a-t-il déclaré au Monde. Mais dans l’intention de traiter les addictions telles qu’elles sont aujourd’hui, et d’aller vers les consommateurs, il y a quelque chose d’intéressant. »

Ne pas vouloir voir la « Révolution des Volutes »

Réformer en douceur dans ce monde de violence extrême, donc. C’est un choix. Il comporte ses risques, sanitaires et politiques. Mais aussi ne pas s’intéresser qui a ce qui, sous nos yeux, change : la cigarette électronique. Ne pas vouloir voir la « Révolution des Volutes ». C’est peut-être plus risqué. Notamment du point de vue de la politique de réduction des risques (associés à la toxicomanie). Une politique dont on célèbrera (peut-être) les 30 ans (libéralisation de l’accès aux seringues en 1987) quand le plan annoncé aujourd’hui arrivera à son terme.

Extrait de ce plan (2013-2017).

Constat Tabac ◗31,5% des jeunes de 17 ans fument quotidiennement◗L’usage quotidien est en hausse et se féminise (Source Enquête ESCAPAD 2011et Drogues et addictions, données essentielles – OFDT)

Mesure annoncée ◗ Mener des recherches sur la cigarette électronique ◗Mettre en place une plate-forme de transfert des connaissances sur le tabac. ◗Mieux rembourser les produits de sevrage tabagique pour les jeunes adultes de 20 à 25 ans.

Des recherches ? Mieux rembourser ? De 20 à 25 ans ? Aucun objectif fixé. Et a fortiori aucune évaluation en vue. Si aucun progrès n’est enregistré sur ce front, et au rythme de deux cents morts par jour on comptera, dans quatre ans, près de trois cent mille morts. Des morts prématurées.


 (1) Le Comité interministériel de lutte contre la drogue et la toxicomanie et de prévention des dépendances prépare les décisions du Gouvernement, sur le plan national et international, en ce qui concerne la lutte contre, d’une part, la production, la transformation, le transport, la revente des produits stupéfiants et les transactions financières qui s’y rapportent, et, d’autre part, la consommation de ces produits. A cette fin, il favorise la prévention, les soins, l’insertion sociale, l’information, la recherche, la coopération internationale et la formation des personnes intervenant dans la lutte contre la drogue et la toxicomanie. En outre, ce comité contribue à l’élaboration de la politique du Gouvernement dans le domaine de la prévention, de la prise en charge, de l’éducation et de l’information en matière de dépendances dangereuses pour la santé ou la sécurité publiques.

Le comité interministériel comprend, sous la présidence du Premier ministre :

Le ministre des affaires étrangères ;

Le ministre chargé des affaires européennes ;

Le ministre chargé des affaires sociales ;

Le ministre chargé de l’agriculture ;

Le ministre chargé du budget ;

Le ministre chargé de la coopération ;

Le ministre chargé de la culture ;

Le ministre de la défense ;

Le ministre de l’économie et des finances ;

Le ministre chargé de l’éducation ;

Le ministre chargé de l’enseignement supérieur ;

Le ministre chargé de l’industrie ;

Le ministre de l’intérieur ;

Le ministre chargé de la jeunesse ;

Le ministre de la justice ;

Le ministre chargé de l’outre-mer ;

Le ministre chargé de la recherche ;

Le ministre chargé de la santé ;

Le ministre chargé des sports ;

Le ministre chargé des transports ;

Le ministre chargé du travail ;

Le ministre chargé de la ville.

D’autres ministres peuvent être appelés à siéger à ce comité, selon les questions inscrites à l’ordre du jour. Le Premier ministre peut confier la présidence du comité interministériel au ministre de l’intérieur lorsque ce comité examine des questions relatives à la lutte contre le trafic de drogue.