Tennis et tragédie : l’étrange symptomatologie de Marion Bartoli. Elle dit craindre pour sa vie

Bonjour

Une championne et une énigme. Tous les lecteurs de L’Equipe ont connu et se souviennent de Marion Bartoli, 31 ans. Née au  Puy-en-Velay (Haute-Loire) elle fut joueuse de tennis professionnelle de février 2000 à août 2013. Le 30 janvier 2012, elle se hisse au 7e rang mondial, son meilleur classement. Gloire nationale. Le 6 juillet 2013, pour sa deuxième finale en Grand Chelem, elle remporte Wimbledon face à l’Allemande Sabine Lisicki. Gloire absolue : elle  devient l’une des trois seules Françaises de l’ère Open (avec Mary Pierce et Amélie Mauresmo) à avoir gagné au moins un titre en Grand Chelem et à avoir atteint les quarts de finale en simple dans les quatre tournois du Grand Chelem.

Puis la chute, brutale, mystérieuse, inacceptable (pour ses fans et la presse tennistique) : le 14 août 2013, après sa défaite face à Simona Halep au second tour de l’Open de Cincinnati, elle annonce brutalement sa retraite du tennis professionnel à cause de toutes les blessures et des douleurs qu’elle n’est plus en mesure d’endurer : « J’ai le sentiment que le moment est venu pour moi de m’en aller. Je n’y arrive tout simplement plus […] Mon corps n’arrive plus à tout supporter. »

Douleurs résurgentes

Vient le temps de l’errance assumée, de la reconversion anticipée, des angoisses identitaires. La chaîne Eurosport en tant que consultante lors de l’US Open. Elle n’a « aucun regret » d’avoir annoncé sa fin de carrière mais n’écarte pas totalement l’idée d’un retour car « on ne sait jamais ce qu’il va se passer ». De la difficulté de décrocher… Première saison de l’émission de M6 : Ice Show, au côté notamment de Richard Virenque et Kenza Farah. Tristesse. Elle est coachée par Gwendal Peizerat, comme le chanteur Merwan Rim. Finalement elle doit renoncer à participer au show, à la suite de douleurs apparues lors des entraînements.

Plusieurs projets … dessiner sa propre collection de bijoux et lancer ses collections d’articles de sport, de chaussures. On la voit même lancer son propre yogourt glacé à Wimbledon. Le 2 mars 2015, elle tweete, s’interroge sur son retour ou non au tennis. Puis met finalement un terme à la rumeur d’un come-back : « Je voulais juste impliquer mes fans, voir ce qu’ils pensaient à mon sujet ».

Nous sommes en juillet 2016. Marion Bartoli « a peur pour sa vie ». Elle évoque un mystérieux virus contracté en février, qui la rend « très malade » et lui a fait perdre beaucoup de poids. C’était le jeudi 7 juillet sur la chaîne britannique ITV. « J’ai peur pour ma vie, je crains qu’un jour mon cœur s’arrête », a-t-elle dit dans l’émission « This Morning ». C’était au lendemain de de son éviction du « tournoi des légendes » à Londres pour « raisons médicales ».

Tweeter avec des gants

« Ma vie est devenue un cauchemar (…) Je suis en train de dépérir et je ne sais pas pourquoi », a-t-elle ajouté. Tous les téléspectateurs ont été frappés par son apparence chétive, son visage marqué, ses démentis quant aux  rumeurs d’anorexie. « Je ne m’inflige pas de souffrances à moi-même » assure-t-elle. L’hypothèse diagnostique ? Elle a dit avoir « attrapé un virus », que les médecins ne peuvent nommer. C’était en février après  trois longs trajets en avion entre l’Australie, l’Inde et New York. « Au début, je pensais que c’était dû au décalage horaire », a-t-elle dit. Mais après deux autres voyages à Dallas et à Miami, pour ses activités liées à la mode, elle s’est sentie « de plus en plus mal »« Mon corps refusait de plus en plus de choses », ajoute-t-elle.

 « Je ne peux plus pianoter sur les touches de mon téléphone portable sans utiliser de gants » dit-elle encore, évoquant des risques de « tachycardie ». Elle dit aussi qu’elle ne se lavait plus qu’à « l’eau minérale », qu’elle ne portait plus de bijoux et qu’elle ne pouvait manger que des légumes bio. Pas de sucres, pas de sel, pas de gluten. « J’en suis réduite à manger des salades et des concombres sans la peau parce que mon corps ne la supporte pas. » « Ce sont des méthodes de survie. Je prie Dieu tous les jours pour revenir à une vie normale. »

Marion Bartoli ne peut plus tweeter sans gants. Elle ne peut plus nous parler. Le tennis ne veut plus d’elle. Elle doit commencer un nouveau traitement lundi dans une clinique pour soigner son mal. Quel est ce mal ?

A demain

Tour de France 2013 : le Diable est vivant, il va bien et ricane entre les lignes

On ne peut plus lire L’Equipe sans aussitôt  penser à mal. Exemple ce week-end où Chris(topher) Froome, 28 ans,  a « plané sur le Pyrénées ». On se souvient bien  de l’Aigle de Tolède. Mais que veut dire exactement  « planer » sur le Tour en 2013 ?   

« Paire de claques ». C’est la métaphore du jour filée par L’Equipe ; à qui elle s’adresse-t-elle ? Au premier degré cette violence renvoie au comportement du nouveau maillot jaune attribué dans l’étape du 6 juillet  à Chris Froome, nouveau monstre surgi du Kenya et des Sky. Le Monde parle de « fusée » quand le candide  Gérard Holtz (France Télévisions), 66 ans, s’extasie de pouvoir interroger sur la ligne d’arrivée des héros qui ne sont  « même pas essoufflés ».

La voix du Tour

Le site officiel du Tour (dont L’Equipe est voisine) préfère  « Démonstration » à « Paire de claques ».  Reste à savoir ce qui vient d’être démontré. Extraits  du bulletin de victoire du jour :

« La première étape de montagne est souvent riche en enseignements. Celle qui s’est disputée entre Castres et Ax-3-Domaines apporte surtout des confirmations sur la légitimité du statut de favori de Chris Froome. La démonstration du Britannique a été limpide sur les pentes menant à la station de ski ariégeoise. Aidé par ses équipiers, qui se sont chargés d’assurer le rythme nécessaire pour revenir sur le dernier échappé, Christophe Riblon, puis sur le valeureux attaquant Nairo Quintana, avant de mener une dure sélection dans les rangs des leaders, Chris Froome a placé une accélération fatale à ses rivaux à 5 km de l’arrivée. Sur cette distance, il a éloigné tous ses rivaux à plus d’une minute, tandis que son complice Richie Porte a réussi à terminer en 2ème position. Froome remporte sa deuxième étape sur le Tour de France, après la Planche des Belles Filles en 2012, et endosse le Maillot Jaune.

(…) L’accélération décisive est portée par Chris Froome, immédiatement après la banderole des cinq derniers kilomètres, où Quintana a été repris. Personne ne parvient à suivre la roue du Britannique, qui s’éloigne avec la volonté manifeste de creuser des écarts conséquents. Contador, dans l’incapacité de répliquer, peine même à limiter les dégâts. En revanche Richie Porte, après avoir constaté l’état de Quintana et Valverde, ses rivaux immédiats, fait lui aussi la différence en partant à la poursuite de son leader, en passe de remporter l’étape en solo. Effectivement, l’Australien termine 2ème de l’étape. Il est le seul à atteindre Ax-3-Domaines avec moins d’une minute de retard. »

 Tout est écrit. Reste à savoir lire.

La voix du Parisien

Le Parisien/Aujourd’hui en France (voisin de L’Equipe et de l’organisateur du Tour) s’y emploie. La métaphore y est un peu plus intellectuelle (« Froome tutoie l’exceptionnel ») mais un encadré initialé D.0. (David Opoczynski) accroche l’œil : « Et déjà des questions » « On vient d’atteindre sur cette montée les limites physiologiques » y déclare Frédéric Grappe, entraîneur à la FDJ.fr par ailleurs « chercheur en performance ». Il a « glissé une analyse » sur Twitter dans laquelle il laisse entendre ce que tout le monde sait. Le quotidien (où officia longtemps avec le talent que l’on sait notre ami Jean Cormier – élève de Blondin et de Bastide) cite encore Paul Kimmage. Il s’agit d’un « ancien coureur et journaliste irlandais célèbre pour s’être énergiquement opposé à Lance Armstrong sur le sujet du dopage ». Kimmage regarde en grimaçant Christopher Froome entrer dans le local des contrôles. « Tout le monde y a pensé bien sûr assure-t-il. On attend tous quelqu’un en qui croire. Mais là sincèrement les écarts ont trop grands. Pour moi c’est trop…. »

La voix de Slate.fr

« Quelqu’un en qui croire »? On peut aussi croire au Diable. Sur Slate.fr le jeune Grégoire Fleurot ne craint pas d’aller à sa rencontre :

« A l’arrivée, les commentateurs donnent encore la comparaison avec les records historiques de l’ascension d’Ax 3 Domaines. Cette fois, Christopher Froome a signé le troisième meilleur temps de l’histoire en 23’14’’, derrière Roberto Laiseka (22’57’’) et à seulement 15 secondes de Lance Armstrong (22’59’’). Les deux hommes avaient établi les deux meilleurs temps en 2001, en plein âge d’or du dopage. Depuis ses aveux publics, on sait que Lance Armstrong a pris des produits dopants comme l’EPO et a effectué des transfusions sanguines lors de toutes ses victoires sur le Tour entre 1999 et 2005.

Froome est aussi monté plus vite sur Ax-3 Domaines qu’Armstrong et Ullrich en 2003, quand les deux hommes s’étaient livré un duel acharné. Nos commentateurs se sont gardés de donner leur avis sur la comparaison historique de la performance de Froome. A l’issue de l’étape, à un journaliste qui lui demandait s’il était propre, le coureur britannique a répondu: «A 100 %. C’est normal que les gens posent les questions en raison de l’histoire du sport mais le sport a changé et je n’aurais pas ces résultats si le sport n’avait pas changé. (…) Pour moi, c’est une mission personnelle de le prouver.» »

La voix de The Telegraph

Comment dit-on alambiqué en anglais ? Pour dopage, on sait. A tout hasard  The Telegraph nous le rappelle qui cite David Millar.  Aujourd’hui âgé de 36 ans David Millar est un ancien coureur cycliste d’origine écossaise que l’on dit repenti.  The Telegraph dit que Millar dit que les Sky ont fait une « course parfaite », qu’ils sont « propres » et qu’ils méritent « le respect et l’admiration ». Prière de ne pas jeter de boue sur eux dit ce cycliste qui a roulé dans le caniveau. Et Millar de défendre le secret que Sky impose quant aux données de puissance (riders’ power data) de ses employés. Pas de boue et pas de transparence. Avec cette phrase délicieuse : « Nous sommes un sport professionnel compétitif. C’est une chose satisfaire les sceptiques mais en même temps il faut être professionnel, désireux de gagner des courses. » A ce titre il faut,  dit-il, garder ses « secrets de formation ». Quant à Froome il est propre, Millar en mettrait sa main à couper. Il est propre et c’est un phénomène.

La voix dEurosport

L’humour britannique a quelque chose de proprement inimitable. Metro.co.uk cite ce matin Eurosport. La chaîne spécialisée rapportait la rencontre protocolaire de la veille où le président de la République avait souhaité aller saluer le vainqueur de la neuvième étape Saint-Girons/Bagnères-de-Bigorre ainsi que le Maillot Jaune.  Froome – puisque c’était toujours de Froome qu’il s’agissait (1) – aurait alors commis alors ce qui, outre Manche, aurait de loin dépassé le crime de lèse Majesté : il aurait préféré « répondre à la demande des autorités anti-dopage » avant d’aller serrer la main du Président français (que  certains médias Britanniques continuent par ailleurs à prénommer Françoise).

Metro : “(…) Froome decided to answer the anti-doping officials’ request for a call of nature rather than meet the most powerful man in France. »

La voix de la France

Le 20 heures dominical de France 2 n’a pas, hier, rapporté cette offense faite à la France. La chaîne publique a préféré nous montré les rencontres précédentes entre les présidents de la République et le peloton du Tour de France. La plus belle, la plus noble, la plus parlante fut la première. C’était en 1960 à Colombey-les-deux Eglises.  La mémoire en a été précieusement gardée par l’INA. 5’58’’. Un chef d’œuvre de télévision, de langue française et de respect daté de l’autorité. La France, alors, ne s’ennuyait pas encore. Notre héros, André Darrigade était là, au premier rang. Combien, alors, étaient dopés parmi ceux qui ôtèrent leur casquette devant le Général   ?

Le commentateur : « Au risque de faire sourire les intellectuels délicats pour qui le cyclisme est un sport vulgaire nous dirons simplement : merci Mr le Président ». Regarde-t-on parfois l’INA, à France Télévisions ?

 (1) « Le Tour est déjà plié » regrette Marc Madiot, manageur de la FDJ.fr qui à le goût du raccourci et qui ne porte pas les Sky dans son cœur