Une « prime Macron » de 500 euros pour les soignants hospitaliers de Confolens : oui ou non ?

Bonjour

0,5% : est-ce un geste « historique », comme s’en félicite Agnès Buzyn ?  Cette hausse des tarifs va-t-elle, comme l’affirme la ministres des Solidarités et de la Santé desserrer l’étau permanent qui asphyxie les hôpitaux publics français ?

«C’est un signal positif et la contrepartie des efforts fournis ces dernières années par les hôpitauxa poursuivi Frédéric Valletoux, ancien journaliste qui préside la puissante Fédération hospitalière de France. Cela va donner un peu d’oxygène au système, même si cela doit n’avoir que peu d’impact sur le déficit global des hôpitaux publics, qui est prévu autour d’un milliard d’euros fin 2019.»

« Ce coup de pouce est aussi diplomatique, observe Libération. Il intervient alors que commencent les discussions autour de la prochaine loi santé, qui devrait être débattue avant l’été. » Une loi portée par Agnès Buzyn, si elle n’a pas d’ici-là  quitté le gouvernement pour gérer les affaires européennes – loi qui devrait revoir, entre autres, la « carte hospitalière » et organiser la « labellisation »  de plus de quatre-cent « hôpitaux de proximité », sujet hautement politique au sein des déserts médicaux.

Courrier adressé à Agnès Buzyn

Hôpital de proximité, précisément, que celui de Confolens (Charente), 2 800 habitants. Vincent You , directeur du Centre hospitalier de Confolens réclame à l’État la possibilité de verser une « prime Macron » de 500 euros par personne pour les 310 salariés de son établissement. Une affaire peu banale rapportée par Le Quotidien du Médecin qui cite les témoignages recueillis par FR3.

« Prime exceptionnelle Macron » : hors de l’ordinaire, défiscalisée et désocialisée (absence de charges sociales jusqu’à trois SMIC), elle peut être versée jusqu’au 31 mars par les entreprises volontaires du secteur privé. Elle s’inscrit dans le cadre des mesures annoncées en décembre, en pleine crise des Gilets Jaunes, visant à donner un coup de pouce au pouvoir d’achat des salariés.

Dans ce contexte, , le directeur Vincent You  a écrit, avec les élus locaux, une lettre à Agnès Buzyn pour réclamer l’ouverture de cette prime  à la fonction publique hospitalière. Pour justifier ce type d’intéressement, il met en avant les bons résultats de l’hôpital en 2018 (600 000 euros d’excédent budgétaire) et le sens du sacrifice des soignants. Les salariés appuient sa requête. A Confolens, au confluent de la Vienne et du Goire, on attend patiemment la réponse ministérielle.

A demain

@jynau

 

 

Vaccin-hépatite B et myofaciite : la justice établit un lien, là où la science sait qu’il n’y en a pas

Bonjour

Croyances. Une nouvelle fois la logique du droit n’est pas celle de la science. Et la seconde est priée de s’effacer devant la première. Une fois encore des magistrats prennent le risque de brouiller des pistes, d’ajouter à l’incompréhension générale – pour ne pas dire d’attenter à la santé publique. L’affaire est rapportée par différents médias. La cour administrative d’appel de Lyon est revenue, le 4 mai dernier, sur un premier jugement du tribunal administratif de Grenoble datant de septembre 2014.

L’histoire commence en 1993 quand Nadine Dewailly était en formation à Ecchirolles (Isère) pour devenir auxiliaire de puériculture. Elle est alors, règlement, immunisée contre l’hépatite virale de type B. Puis elle reçoit un rappel en 1999. Deux ans plus tard elle développe ce qui sera diagnostiqué comme étant une  myofasciite à macrophages, entité controversée, physiopathologie imprécise.

Corrélation ou causalité ?

Dans son arrêt, la cour souligne que la plaignante n’avait « jamais manifesté de symptômes invalidants antérieurement » à ces vaccins contre l’hépatite B, et « qu’il ressort du rapport d’expertise du 26 août 2011 qu’elle présente des lésions musculaires de myofasciite à macrophages traduisant la persistance in situ, prolongée dans le temps, d’hydroxyde d’aluminium (stimulant immunitaire), des années après l’injection intramusculaire d’un vaccin contenant ce composé comme adjuvant ». On ne connaît pas, à ce stade les auteurs de ce rapport d’expertise. Conclut-il à la causalité ?

Mieux, la cour juge que « le lien de causalité entre la vaccination contre l’hépatite B subie dans le cadre de l’obligation vaccinale liée à son activité professionnelle et la myofasciite à macrophages dont elle souffre, doit être considéré comme établi ». A ce titre sa maladie « doit être considérée comme imputable au service ». La cour ordonne que la victime, aujourd’hui âgée de 65 ans, perçoive ses salaires « depuis sa mise en disponibilité d’office en 2010 ».

Le Droit avant la Science

Pour Me Hervé Gerbi, avocat de la plaignante et professionnel du sujet, l’arrêt de la cour administrative de Lyon « démontre, si besoin était, que le combat pour la reconnaissance des victimes de vaccination et la transparence des risques sanitaires n’est pas achevé ». (voir la vidéo de FR3) Il n’y a pas selon lui de véritable « vérité scientifique » mais bien une « vérité judiciaire » devant laquelle la précédente doit s’effacer. C’est le triomphe de  là vérité « au cas par cas » devant laquelle la reproductibilité n’a pas droit de cité.

Le 9 mars, la Justice a rendu un non-lieu dans l’enquête sur le vaccin contre l’hépatite B, mis en cause dans l’apparition de certaines maladies neurologiques telles que la sclérose en plaques, après 17 ans d’instruction. Conformément aux réquisitions du parquet, la juge d’instruction parisienne a conclu à l’absence de « causalité certaine », ne retenant pas de « faute d’imprudence ou de négligence » des mis en cause.

2,4 millions d’euros

En mars 2013, le tribunal administratif de Pau avait reconnu l’origine professionnelle d’une myofasciite à macrophages chez une aide-soignante soutenue par l’association de patients E3M. En 2014 l’État était condamné à verser 2,4 millions d’euros à une ancienne infirmière souffrant une sclérose en plaques apparue après des injections contre l’hépatite B reçues à partir de 1991 dans le cadre, elle aussi, de son activité professionnelle. Pour résumer : il n’existe un lien de causalité que lorsque la vaccination est obligatoire. Etrange logique.

En mars dernier, la justice rendait un non-lieu dans l’enquête sur le vaccin contre l’hépatite B mis en cause dans l’apparition de certaines maladies neurologiques telles que la sclérose en plaques (SEP), après dix-sept ans d’instruction. Le tribunal concluait à l’absence de « causalité certaine » ne retenant pas de « faute d’imprudence ou de négligence ». Comprendra qui le pourra. Combien le pourront ?

A demain

 

Pourquoi le gouvernement français n’interdit-il pas de fumer dans les prisons et autres maisons d’arrêt ?

Bonjour

C’est une information que les journaux classent généralement dans la catégorie « Insolite ». C’est aussi une solide question de santé publique. L’affaire s’est passée à Coutances, jolie bourgade du département de la Manche. Superbe cathédrale, festival Jazz sous les pommiers et sordide maison d’arrêt construite en 1821 – voir ici la vidéo INA- FR3 concernant la « réalité carcérale » en présence du député UDF Hervé Morin. 

Dortoirs

Cette maison d’arrêt est, comme celle de Tours (Indre-et-Loire), un abcès chronique sur la  carte pénitentiaire . Elle peut accueillir 71 détenus dans neuf grandes cellules de six à douze lits. « L’hébergement en dortoirs reste la particularité de cet établissement »souligne sobrement le site internet du ministère de la Justice.

« La maison d’arrêt de Coutances a été édifiée sur un domaine de 4426 m2 avec une emprise intra muros de 2777 m2, entre 1821 et 1828, par ordonnance royale du 9 avril 1819 pour l’amélioration des prisons. Les premiers détenus sont transférés des vieilles prisons de Coutances vers la nouvelle maison d’arrêt, de correction et de Justice le 11 août 1828. Bombardée en juin 1944, l’aile nord de la prison de Coutances a été totalement détruite, réduisant d’un tiers sa capacité d’hébergement.

L’hébergement des détenus en dortoirs reste la particularité de la maison d’arrêt de Coutances. »

L’affaire, rapportée par plusieurs médias régionaux et nationaux (dont Le Parisien) :  Du 9 décembre 2013 au 8 avril 2014, un Normand de 36 ans a été placé en détention au sein de cette prison. Durant 120 jours, il a successivement occupé les cellules EQHSG et EQHCU, d’une surface respective de 21 m2  et de 20,75 m2. La plus grande des cellules comprenait une douche, une armoire, une grande table et des chaises. Avec le détenu, entre quatre et six compagnons, tous fumeurs, alors que lui ne fume pas. Et la fenêtre ne dépasse pas les 80 centimètres.

Couvertures tous les six mois

Après sa libération, le détenu a, début 2015, saisi la justice en mettant en avant des conditions de détention « inhumaines, dégradantes et insalubres ». Le tribunal administratif de Caen, qui a examiné ce dossier, vient de rendre son jugement. Il a écarté la notion de surpeuplement, noté que les gants de toilette, serviettes et taies d’oreiller sont changés tous les huit jours, les draps tous les quinze jours et les couvertures tous les six mois. En revanche, ont-ils jugé, « le détenu peut soutenir qu’il a subi une promiscuité certaine. Lui-même étant non-fumeur, son incarcération ne s’est pas déroulée dans les conditions de salubrité requises par la Convention européenne des droits de l’homme ». En réparation du préjudice subi, le détenu recevra 1 200 euros de dommages et intérêts.

Soit 10 euros par jour pour avoir été exposé à un tabagisme passif  massif. Le prix de la promiscuité.

Reste la question du fumer en prison. Non loin de Coutances, de l’autre côté de la Manche la question ne se pose plus. Le Royaume-Uni a ainsi décidé, mardi 29 septembre ,d’interdire aux détenus de fumer dans les prisons. Huit centres sont concernés : quatre au Pays de Galles, qui devront respecter l’interdiction dès le mois de janvier, et quatre prisons en Angleterre à partir de mars 2016. L’AFP précise que cette annonce fait suite à la décision prise en mars dernier par  la Haute Cour de justice, qui a tranché en faveur de l’application de la législation antitabac britannique, en vigueur depuis 2007, à la suite de la requête d’un détenu qui se plaignait des conséquences pour sa santé.

Passer le temps

Le ministre britannique des prisons Andrew Selous a expliqué, dans un courrier adressé au président de la Commission parlementaire de la justice, que l’interdiction serait introduite par phases progressives, en raison notamment de la forte proportion de fumeurs parmi les détenus et de « la particularité des lieux ».

Au Royaume-Uni, 80 % des détenus fument, selon des chiffres officiels Aussi peut-on redouter le pire, comme le souligne Vice, publiant le témoignage d’un ancien prisonnier :

« En prison, les cigarettes sont un moyen de passer le temps. Elles ont un rôle social, servent en quelque sorte à clore chaque chapitre sans histoire de la journée. C’est également une monnaie de choix dans un monde sans argent – tout le monde sait que t’es plein aux as quand tu as une boîte à chaussures remplie de tabac sous ton lit. Tu peux échanger quelques clopes avec un des cuisiniers contre un peu de poivre, une pochette d’Amber Leaf[marque britannique de tabac à rouler] contre un bout de hasch, de l’héroïne ou ce qui te fait kiffer. »

Violences

Pour Mark Leech, éditeur du Manuel sur les prisons interrogé par  The Telegraph« des temps difficiles s’annoncent ». « Les prisons sont remplies de personnes présentant des troubles mentaux, ayant un comportement impulsif et qui peuvent se montrer violentes. »

Des premières mesures d’accompagnement ont été mises en place, comme la distribution de cigarettes électroniques. Les détenus désireux d’arrêter de fumer ont également reçu un soutien. La directrice de l’association caritative Frances Crook, interviewée par la BBC, souligne la relation émotionnelle des prisonniers au tabac, et demande qu’ils bénéficient d’une aide plus soutenue, avec des patchs nicotiniques  gratuits par exemple ou un accès facilité à des activités ou de l’exercice physique. Une aide au sevrage en somme.

L’association de défense des prisonniers Prison Reform Trust regrette quant à elle qu’il ne soit pas permis aux détenus de fumer dans les espaces extérieurs. « Si on leur refuse ça, il faut leur apporter un soutien plus approprié » et « surveiller davantage les signes de détresse » de leur part, plaide Peter Dawson, directeur adjoint de l’association.

Cigarette électronique

L’AFP observe que la décision du gouvernement coïncide avec la publication des résultats d’une étude sur la qualité de l’air dans six prisons britanniques. Elle révèle que les gardiens des centres de détention passent environ le sixième de leur temps de travail à respirer de manière passive des volumes de fumée supérieurs aux limites conseillées par l’Organisation mondiale de la santé – The Guardian. Fumer dans les prisons est déjà interdit au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Australie, où cette décision a provoqué une émeute à Melbourne en juillet.

Et en France ? La question n’est tout simplement pas posée. La prison, de même que la maison de retraite est considérée par les pouvoirs publics comme un « domicile contraint ». Pour l’heure le programme national de réduction du tabagisme, en chantier depuis bientôt deux ans, ne s’intéresse ni à la cigarette électronique ni aux prisons. Les ministres de la Justice et de la Santé diront-elles un jour pourquoi ?

A demain

Cancers, rats, pesticides, OGM et conflits d’intérêts : la série Séralini est relancée

Bonjour

Tous les auteurs de feuilletons (de séries) cherchent le mouvement perpétuel. On se souvient peut-être de l’affaire Séralini. C’était  le 19 septembre 2012  « OGM-Monsanto : pourquoi le gouvernement français s’est affolée » (Slate.fr). Une histoire au départ assez invraisemblable, mêlant du scientifique, du politique et du médiatique. Une sorte de série franco-américaine qui partit en fanfare.

Nouvel Observateur

La Une du Nouvel Observateur, « Oui, les OGM sont des poisons ! »… des images de rats cancéreux… des journalistes dans la confidence au prix d’on ne sait quel pacte secret… des médias généralistes en grande excitation….  Et le gouvernement à l’unisson, expliquant «avoir pris connaissance des informations, rendues publiques aujourd’hui, sur l’étude menée par des chercheurs français, mettant en cause l’innocuité à long terme du maïs transgénique NK 603 sur les rats». Quand et comment le gouvernement avait-il pu «prendre connaissance» d’informations qui n’étaient pas encore rendues publiques?

L’étude «menée par des chercheurs français» n’était pas encore disponible sur le site de la revue américaine Food and Chemical Toxicology qui devait la publier. Toutes les institutions scientifiques de France et de Navarre mobilisées…  Des orages en cascade …

Libération

Au cœur de l’affaire le Pr Gilles-Eric Séralini (Université de Caen). L’affaire devait durer des mois. Pas de réelles conclusions, des opprobres réciproques. Un papier rétracté… ou pas… Ou republié… Des soupçons croisés de conflits d’intérêts… Un enkystement des positions. «Un désastre pour le débat public, sa qualité, sa capacité à générer de la décision politique et démocratique. C’est, pour l’instant, le résultat majeur de l’opération de communication organisée par l’équipe du biologiste Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen», analysait, d’emblée,  le journaliste Sylvestre Huet dans Libération rejoignant les analyses de Michel Alberganti publiées sur Slate.fr (voir le dossier).

Médiapart

Juin 2015 : voici que l’on reparle du Pr Séralini. Des causes voisines peinent pour l’heure  à produire les mêmes effets. Ce n’est pas le Nouvel Observateur mais Mediapart. Ce n’est pas Food and Chemical Toxicology, mais PLoS One. Et un gouvernement français qui à d’autres chats à fouetter.

Que peut-on lire sur Mediapart (18 juin) ? Ceci :

« Une nouvelle étude du Pr Séralini  a fait l’objet de pressions de la part du lobby des pesticides : alors qu’une revue (PLoS One) s’était engagée à publier cette étude dès aujourd’hui, la revue en question, sous des prétextes douteux, a reporté cette publication… L’étude en question est qualifiée de remarquable par les scientifiques qui en ont pris connaissance.

Son résultat est facile à comprendre : les animaux (dont les rats) utilisés dans les laboratoires reçoivent une alimentation dite standard-normale-hygiénique qui est en fait imprégnée de multiples toxiques (dont le Roundup, métaux lourds et OGM).  Il est donc impossible, dans ces conditions, de valider les études portant sur les effets de ces agents. (Voir ici le site Foodnavigator.com).

 Au travers de cet « incident » est confirmée la volonté du lobby des pesticides de « tout faire » pour s’opposer à la remise en question de l’innocuité de leurs produits (pesticides et semences-OGM). »

FR3 et France Inter

On peut voir ici un entretien accordé par le Pr Séralini sur FR3 où il met en cause la revue PLoS One. Le sujet a aussi été abordé sur France Inter dans l’émission « La tête au carré » qui invitait aussi le Pr Séralini. . Ecouter ici. Où l’on retrouve la même ambiance de bonneteau scientifico-médiatique…  des embargos qui devaient être levés … mais qui ne le sont pas… une revue qui publie… ou pas … qui fait parler d’elle à prix réduit… le dépit d’un chercheur qui rate une opération de communication … les soupçons… les lobbies… Et dans tout cela de bonnes raisons, dans un camp et dans l’autre, de se réjouir, de continuer un combat face auquel le citoyen laïc est comme perdu.

En substance le Pr Séralini et son équipe auraient découvert que toutes les études visant à évaluer la toxicité des OGM menées par Monsanto &C° seraient pipées. Etudes publiées dans les meilleures revues scientifiques mondiales. Ce serait, pour user d’un mot qui fut en vogue, énorme. Cela l’est-il ?

Cette nouvelle étude est-elle remarquable ? Comment le dire avant de la lire ? Sera-t-elle publiée un jour ? Ou, comme avant, brûlée place du Vieux marché, à Caen ?

A demain

PMA pour couples de femmes : le clap gouvernemental de fin (Marisol Touraine)

Bonjour

Dix huit mois. Il aura donc fallu dix-huit mois pour en arriver là. Cela vient de se passer sur France 3.  Interrogée sur le devenir de la PMA, à quelques jours la rencontre entre Laurence Rossignol, secrétaire d’Etat à la famille et les représentants de la « Manif pour Tous » Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé a déclaré : « Les lois de société, ce n’est pas simplement la famille ou la PMA. Car la PMA, c’est clair, le sujet n’est pas aujourd’hui sur la table ».

« La loi sur le mariage pour tous a été votée. Il ne s’agit pas de faire croire que nous allons mettre cela à l’ordre du jour du Parlement. Le projet n’est pas à l’ordre du jour, a-t-elle déclaré. La question de la PMA n’est pas la question qui préoccupe de façon majoritaire les Français. Et je le dis fortement, ce n’est pas une question qui aujourd’hui est sur la table ».

Marisol Touraine favorable

En octobre 2012 Mme Touraine (alors également ministre des Affaires sociales et de la Santé) déclarait  qu’elle était « personnellement favorable »  à ce que la PMA soit accessible à tous. « Les inquiétudes qui s’expriment — comme sur l’adoption et la PMA – sont révélatrices des doutes qui existent actuellement sur la famille en général, expliquait-elle dans un entretien sur le site du quotidien gratuit  Métro« La famille n’est plus aussi simple qu’avant. Je suis personnellement favorable à ce que la PMA soit accessible à tous, ajoutait-elle. Mais faut-il le faire d’emblée ? Donner le temps du débat peut permettre de réfléchir en termes d’éthique, de bioéthique. Mais la question ne doit à aucun moment être considérée comme taboue. »

Question taboue

Taboue, la question, désormais, l’est. Du moins pour le gouvernement Valls. On n’évoquera pas le sujet en mai prochain lors de l’examen par l’Assemblée nationale d’une proposition de loi PS-écologistes sur l’autorité parentale –proposition de loi reprenant certains aspects du projet de loi sur la famille qui avait été reporté sine die en février (au lendemain de défilés organisés par la Manif pour tous à Paris et Lyon). Le texte déposé ne prévoit ni d’ouvrir la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes, ni d’autoriser la gestation pour autrui au bénéfice des couples composés de deux hommes.

Mme Touraine en service commandé

une fenêtre de tir question reste toutefois ouverte: celle des amendements qui pourraient être déposés par des députés socialistes ou écologistes opposés au gouvernement de Manuel Valls. Il en existe. Le nouveau Premier ministre avait pour sa part clairement fait valoir qu’il était radicalement opposé aux nouvelles « réformes de société » désormais bien trop clivantes. Il l’avait d’ailleurs déjà fait valoir avec éclat (sur RTL) lorsqu’il n’était encore que ministre de l’Intérieur empiétant largement sur les terres de Jean-Marc Ayrault. Et les derniers propos de Marisol Touraine sur FR3 doivent être clairement compris comme ceux d’une ministre en service commandé.

Fin de vie ?

Avec ce clap de fin sur la PMA que vaudra l’avis qu’avait demandé le président de la République au Comité consultatif national d’éthique ?  Un avis dont son président Jean-Claude Ameisen avait annoncé, en février dernier, qu’il pourrait être rendu « avant la fin de l’année 2014 ». Plus rien ne presse désormais. Le CCNE peut tranquillement modifier son agenda. Et se consacrer aux modifications qui pourraient être apportées à la loi Leonetti sur la fin de vie (droit ou pas au suicide médicalement assisté?) .

A moins que le Premier ministre décide, là aussi, de faire une croix sur quelques volontés socialistes de « changer la société ». Et le président Hollande de renoncer à l’un de ses engagements.

A demain

Le Premier ministre Manuel Valls a parlé. Le mystère du « pilier santé » reste entier

Bonjour

Il y avait les mots-clefs et quelques chiffres (aux dernières nouvelles: 21 milliards d’euros d’économies à faire sur la santé). On sentait la bonne volonté, l’énergie de l’élève qui veut bien faire. Manquait le reste : le souffle, l’emphase, la résonance collective. Manquait cette émotion que certains pouvaient trouver chez Jean-Luc Mélenchon, place de la Bastille. Il ne suffit pas de citer Valmy, Pascal (1), Jaurès, Clémenceau, 48, le maquis ou de Gaulle pour entendre souffler le génie de la France. Où il fut démontré, mardi 8 avril 2014 sous les ors de l’Assemblée nationale, que la fonction ne fait ni l’organe, ni le tribun. La gauche se consola en se souvenant de l’exercice précédent, assuré par Jean-Marc Ayrault.

Tableau d’un désastre

Qui peut bien écrire les discours de ceux qui nous gouvernent ? La question n’est pas nouvelle. Elle se pose pour celui pro-vaccinal prononcé par le président de la République le 4 février dernier, à l’occasion du lancement de la suite du Plan Cancer. Elle se pose aujourd’hui pour le discours de politique générale de Manuel Valls. Cela commença avec le tableau d’un désastre, celui de la France d’aujourd’hui s’enfonçant dans une névrose collective du désespoir.

Villes lézardées

Des feuilles de paye faméliques, des citoyens perclus d’impôts, la résurgence du racisme et de l’antisémitisme, la solitude des paysans dans leurs champs, des cambriolages en hausse, la drogue rampante dans les cités. Les villes lézardées par les fractures du communautarisme. Trop de souffrances, pas assez d’espérances. La peur de l’avenir.  Des gorges nouées, des lèvres serrées. La peur lancinante du déclassement.  La triple crise : la civique, celle de confiance et la pire de toute : l’identitaire. La menace terroriste, les violences de quartier. La délinquance et les violences aux personnes.

Handicap trop grand

Les caméras de France 3 cadraient à merveille l’auditoire. La droite vociférait ou était aux anges. Les ministres, sur leur banc, semblaient plus statufiés que concentrés. A l’exception de Mme Taubira, qui n’était pas là. La gauche se faisait un devoir, parfois, d’applaudir.  C’était beaucoup pour un seul homme. Dans cette course contre la montre (45 minutes) le handicap était trop grand. Il ne fut pas remonté. Cette « nouvelle étape du quinquennat »  est mal partie. Des journalistes spécialisés décrypteront les économies chiffrées qui furent annoncées. D’autres expliqueront ce qu’il faut attendre de l’amincissement du millefeuille territorial programmé jusqu’au milieu du siècle – ou presque. Idem pour les rythmes scolaires ou le logement.

« Nous y reviendrons »

Une croix implicite sur la PMA et a fortiori sur la GPA. L’espoir d’un consensus sur la fin de vie. Et puis un chiffre: entre 2015 et 2017 la branche assurance-maladie devra dégager 10 milliards d’euros d’économies. Comment ? Nul ne sait.  Très bien. Mais la « santé » ? La « santé », l’un des « piliers » annoncé explicitement il y a quelques jours par le président de la République lorsqu’il révéla le nom du nouveau Premier ministre ? La « santé » dont François Hollande fait une priorité au même titre que l’éducation et le pouvoir d’achat. Cette « santé » qui n’a toujours pas de ministre, toujours pas de secrétaire d’Etat ? Cette « santé » pour laquelle un nouveau contrat social français vient d’être annoncé dans The Lancet par Marisol Touraine, ministre des affaires sociales.

« La santé, nous y reviendrons » a lancé M. Valls (2). Beaucoup n’en sont pas encore revenus.  Puis, « le cœur battant », Manuel Valls a rappelé qu’il avait choisi la France. Il demanda la confiance. Il l’obtint.

A demain

(1) Sur Blaise Pascal les choses ne sont pas claires, comme le démontre Slate.fr.

(2) M. Valls y est « revenu » dès le 9 avril. Il a précisé que sur les 50 milliards d’économies à réaliser d’ici 2017, outre les 10 milliards demandés à l’assurance maladie, 11 milliards devraient l’être dans « d’autres dépenses de Sécurité sociale ». « Le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations », avait-il  indiqué la veille sans donner davantage de détail.

Les 11 milliards d’économies restant à trouver seront pris « sur les autres dépenses de Sécurité sociale », a-t-il précisé mercredi 9 avril sur BFM TV et RMC, rappelant au passage que certains Français « ne peuvent plus partir en vacances, et parfois même, ne plus s’acheter de quoi manger ».

« On peut trouver des pistes sur la gestion des caisses de Sécurité sociale, sur un certain nombre de mesures mais je ne veux pas rentrer dans ce détail », a-t-il poursuivi alors qu’une rencontre avec les partenaires sociaux est prévue vendredi. Le Premier ministre a néanmoins ajouté qu’on « peut par exemple beaucoup travailler sur la question de la chirurgie ambulatoire, restructurer l’offre de soins hospitaliers ». On entend, déjà, l’écho qu’auront de tels propos. Pour l’heure, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, ne les a pas commenté.

Furosémide Teva : qu’aurait fait Dr House ?

On peut désormais morigéner ou se gausser. S’inquiéter d’un système qui prend feu à l’étincelle d’une officine malouine. Ou tenter de progresser.    

 « Décidément, la santé publique est un exercice d’équilibrisme …. » La formule est de l’un des meilleurs équilibristes, un juriste qui a croisé politique et santé publique. Son décidément fait suite aux derniers développements de la décidément peu banale affaire Furosémide Teva. On a vu la longueur du fil et les contorsions infinies de l’équilibriste pour ne pas tomber dans la fosse aux lions. On a aussi vu la foule médiatique participer d’emblée au spectacle. Puis à pressentir que le scénario était trop beau et à se démarquer du discours officiel. La presse est libre. Faudrait-il s’en désoler. Suffisamment libre pour qu’elle reconnaisse, le cas échéant, sa part de responsabilité ? Voilà un bien beau sujet qui reste à étudier.

Sauf coup de théâtre

Deux semaines après le coup d’envoi de l’affaire l’alerte est terminée. Le Pr Dominique Maraninchi, directeur général de l’Ansm l’a dit à sa façon le 20 juin sur Europe 1. Sauf nouveau coup de théâtre le moment est venu pour ne pas en rester là.

Une première lecture consiste à voir dans voir dans cet imbroglio médicamenteux une sorte de revers de l’efficacité du système français de pharmacovigilance. Une telle approche ne peut manquer de surprendre quand on sait à quel point ce système peut être défaillant – au point que la fait est reconnu par ceux qui en ont la charge et que la ministre de la Santé elle-même a, lors de « l’affaire des pilules contraceptives », souligné la nécessité d’en améliorer peut-être les structures à coup sûr  les performances. Le problème tient moins dans la « trop grande efficacité du système de pharmacovigilance » que dans la trop grande réactivité réflexe qui a suivi le fait divers de Saint-Malo.

Le quizz Furosémide 

 Il y a la surprise d’une préparatrice d’une pharmacie d’officine devant la présence supposée d’un comprimé de somnifère dans un blister d’une boîte de diurétique. Puis il y a aussitôt le déclenchement d’une réaction nationale en chaîne. On comprend aisément l’inquiétude (la panique ?) qui a pu saisir la préparatrice, le pharmacien, la chaîne des responsables de la firme Teva puis celle de l’Ansm et qui a conduit à la publication du premier communiqué de presse du 7 juin.

Pour autant la question principale est bien celle de la contagion de cette inquiétude. Et plus précisément la question de savoir si cette contagion aurait pu être prévenue en s’intéressant aux faits malouins. On peut le penser quand on visionne le reportage diffusé sur FR3 douze jours plus tard. C’est, toute proportion gardée un enregistrement de vidéo surveillance.

Observés et analysés dans leur contexte les faits, souvent parlent. De même que parle, toujours, la scène du crime. Holmes et Watson, Maigret et le Dr Gregory House ne font rien d’autre. En l’espèce on n’imagine mal le génial interniste ne pas sortir de son hôpital non profit pour comprendre. On peut supposer qu’il n’aurait pas saisi, du moins pas saisi d’emblée, la FDA. On peut aussi, le soir à la veillée,  jouer à imaginer ce qu’il aurait fait. Demain, un quizz Furosémide (SGDG) ?

Les médias et les gémonies

Mais la comparaison, il est vrai, ne vaut pas puisque nous sommes, à Saint-Malo, bien en amont des urgences et du service de médecine. Nous sommes dans l’idée qu’une hospitalisation aurait pu avoir lieu du fait d’un « switch comprimé de diurétique – comprimé de somnifère » ; switch  réel ou pas, accidentel ou malveillant. Nous sommes dans le potentiel, dans une forme de virtuel. Une fois le premier communiqué de l’Ansm publié l’affaire bascule. Les médias font ce que l’on attend qu’ils fassent et ils alertent à la perfection. La France des personnes sous diurétiques et de leurs proches est dans l’inquiétude. Des morts normales deviennent indues. L’ensemble du système du médicament est une nouvelle fois, par la presse, voué aux gémonies La police et la justice sont saisies. Une firme pharmaceutique est accusée. Comment pourrait-elle ne pas l’être ? Comment, demain, se défendra-t-elle ?

Il faudra donc deux semaines pour que la tempête se calme. Dans le retour sur expérience qu’on ne manquera pas de faire à l’Ansm et ailleurs sur cette affaire, la question du fusible malouin sera sans doute à l’ordre du jour. Une autre d’égale importance pourrait être également abordée : celle soulevée par le Dr Dominique Dupagne. Elle est ici parfaitement résumée par l’auteur et les commentaires qu’a suscité son billet. Mais il nous semble qu’elle dépasse le seul problème de la réputation des laboratoires pharmaceutiques. A un échelon moins industriel (si de telles substitutions sont à ce point aisées) elle pourrait avoir des résonances criminelles et médicolégales certaines. Les férus de polars et de l’affaire Marie Besnard  saisiront.

La leçon de Michel Setbon

 Une autre lecture est fournie par Michel Setbon (Cnrs, Ehesp). Onne redira pas ici la pertinence de ses travaux de sociologie menés depuis trente ans sur les mille et une facettes du risque sanitaire. Il vient d’être interrogé par Le Figaro sur « l’affaire Furosémide ». Il s’agit pour lui « d’une anecdote révélatrice d’un processus inquiétant qui tend à s’ériger en modèle ». « Personne ne veut être responsable, ne veut que cela lui coûte. Or cela aura bien des conséquences pour tout le monde, souligne-t-il. La gestion d’un risque, la décision prise ont forcément des coûts économiques, sociaux et sanitaires. Dans l’affaire Teva, des malades ont peut-être renoncé à prendre leur traitement, le laboratoire subit une perte financière, l’image du médicament pourrait être altérée, etc. ».

Mais encore ? « Le b. a.-ba de la rationalité sanitaire, c’est de connaître avant d’agir. Il faut prendre le temps d’évaluer le signalement, sinon on risque de tomber dans un enfer sanitaire. Ensuite, s’en tenir à l’essence du principe de précaution, qui n’est pas, comme certains le pensent, d’agir avant de savoir, mais d’agir quand le doute vous autorise à vous poser des questions. En clair, il faut un minimum de présomptions ou de preuves – un peu comme dans une affaire judiciaire. Enfin, il faut que l’action entreprise soit proportionnée au risque supposé, provisoire et réversible. »

L’alerte décrédibilisée

Michel Setbon voit « de plus en plus de problèmes fictifs qui font du bruit ». « Cela ne concerne pas seulement les médicaments, mais aussi les risques alimentaires, épidémiques, météorologiques. Tout est mis en tension permanente, avec l’idée qu’il vaut mieux lancer l’alerte, même si c’est faux, pour ne pas être accusé de l’avoir tue ou parce qu’on pense que la société n’acceptera pas un raté. »

C’est ainsi : la France  politique « légalise » les lanceurs d’alerte, les statufie, les sacralise. Sans vouloir comprendre que, ce faisant, elle prive l’alerte sanitaire de sa crédibilité même. « Il faut vraiment que les autorités sanitaires prennent le temps de mieux évaluer les risques avant de lâcher leurs réactions dans l’espace public » alerte Michel Setbon. Est-il encore perçu comme crédible ? Peut-être l’est-il déjà.