Alcools : Emmanuel Macron, premier président de la régression dans la lutte contre les addictions ?

Bonjour

L’affaire prend de l’ampleur. Jamais un président de la République française n’avait, publiquement, été aussi loin sur un sujet éminemment médical et français. Emmanuel Macron a osé, en quelques minutes, remettre en question deux ou trois décennies de lutte démocratique contre la maladie alcoolique ; et créer un abcès politique : « Emmanuel Macron boit du vin midi et soir et désavoue publiquement la ministre de la Santé ».

C’est là un dossier dossier majeur tôt développée sur Slate.fr par notre confrère Claude Askolovitch : « Macron, choisit le vin, désavoue Buzyn et oublie Mendès France ». Ainsi donc Emmanuel Macron président reconnait avec fierté avoir, ministre, délibérément détricoté la loi Evin dans sa partie publicité et boissons alcooliques. Emmanuel Macron assurant que lui président rien ne bougerait. Pourquoi ? Il ne le dit pas. L’affaire prend de l’ampleur et en prendra. Pour l’heure, ces lignes par le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Larges extraites :

« Aux States, les armes. En France, le vin. A chacun, son Lobby et son Président. La pollution idéologique hexagonale est sans doute aussi puissante que la pression économique, les deux aux dépens de la santé publique. Rappeler les chiffres (49 000 morts par an soit plus de dix fois la mortalité routière), le coût sanitaire et social (quelques centaines de milliards, pas plus, selon la Cour des Comptes), l’embouteillage aux urgences hospitalières pour overdoses d’alcool chaque vendredi ou samedi soirs, les violences faites aux femmes et aux enfants ds le cadre familial, le SAF par manque d’information, etc. ne change rien ou si peu…. »

« Promouvoir le quinquennat de la Femme en pensant que les personnes dépendantes ou cancéreuses que nous voyons en consultation ou hospitalisation ne boivent, c’est bien connu, que de la méchante vodka, de la bière étrangere ou de la tequila exotique mais jamais ni vin rouge, ni vin blanc, ni vin rosé, ni champagne est une triste contre-Addiction. De même que penser que le binge-drinking des djeuns résumerait le vertigineux problème de santé publique de l’alcool en France. » 

Régression politique

Le Dr Lowenstein s’interroge : « Comment en sommes nous revenus là ? » Après les déclarations d’Agnès Buzyn lors d’un débat sur l’alcoolisme (« L’alcool, un tabou français » France 2), trois semaines avant le salon de l’agriculture, rappelant que le vin était un alcool comme un autre, le lobby du vin s’est activé, avec la puissance qu’on lui connaît, indignation en drapeau et assurance des « sciences fakes News » à l’appui relayée par la presse nationale.

Pour ce spécialiste des soins et de la lutte contre les addictions assurer que «  évidemment il y a de l’alcool ds le vin, mais que cet alcool n’est pas fort » (Christophe Castaner sur RMC-BFMTV) témoigne du sens de la formule, d’un joli talent de communication politique mais ne résiste pas à la pauvre et simple formule chimique : vodka, whisky, bière, tequila ou vin, la molecule d’alcool est la même, avec la même toxicité. Dès le premier verre, ce dont il faut informer chaque femme enceinte. Il poursuit :

« Notre président de la République est le fondateur de la « en-même-temps-logie », ce qui devrait permettre de sauver notre patrimonial vinicole et en réguler les productions et abus. Également, son côté « silex », dur et tranchant, bien moins connu, est une bonne surprise pour faire évoluer notre pays. (…)  Laissons passer le Salon de l’Agriculture et revenons à nos moutons ! Ceux-ci ne sont pas de Panurge et n’entendront plus longtemps les inepties dont nous venons d’être abreuvés. » 

 On peut être moins optimiste devant une telle régression assumée depuis le Palais de l’Elysée : comment la ministre des Solidarités et de la Santé pourra-t-elle accepter d’être, à ce point et sur un tel sujet, publiquement désavouée par le chef de l’Etat ? Démissionner ?

A demain

Emmanuel Macron boit du vin midi et soir et désavoue publiquement la ministre de la Santé

 

Bonjour

Comment ruiner bien des espérances médicales en quelques secondes. Emmanuel Macron, président de la République avait annoncé vouloir faire de la prévention l’alpha et l’oméga de son action. : « Moi, je bois du vin le midi et le soir. Je crois beaucoup à la formule de [Georges] Pompidou : ‘n’emmerdez pas les Français’, a indiqué le chef de l’État à des journalistes de la presse régionale en marge d’une rencontre avec de jeunes paysans, à la veille du Salon de l’Agriculture. Il y a un fléau de santé publique quand la jeunesse se saoule à vitesse accélérée avec des alcools forts ou de la bière, mais ce n’est pas avec le vin. Tant que je serai président, il n’y aura pas d’amendement pour durcir la loi Evin. »

Après les propos de Christophe Castaner sur le même thème des alcools « forts » et de ceux qui ne le seraient pas c’est, clairement, un désaveu de la position que commençait à défendre Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Il y a quelques jours Mme Buzyn, sur France 2, dans l’émission intitulée « l’Alcool, un tabou français » :

« L’industrie du vin laisse croire aujourd’hui que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka, du whisky, il y a zéro différence ! On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu’il apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux. Scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre. »

Détricotée

Et maintenant ? Tout ceci ne va cesser de faire flamber polémique opposant défenseurs de la santé publique et lobbyistes du monde viticole. Pour sa part Le Quotidien du Médecin se souvient qu’Emmanuel Macron avait, sous le précédent quinquennat, avait lui-même assouplie considérablement la loi Evin en faisant voter en 2016 dans la loi Santé un amendement distinguant « publicité » et « information » – au désespoir des addictologues.

La ministre de la Santé d’alors, Marisol Touraine avait déclaré :  « Je suis en colère. Je ne comprends pas. Je regrette que la loi Macron serve à détricoter la loi Evin. C’est un coup dur pour la santé publique ». Aujourd’hui Mme Touraine ne parle plus.

La loi Evin restera donc détricotée jusqu’en 2022. Ouvertement contredite, sinon publiquement désavouée, va faire Agnès Buzyn ?

A demain

Addiction et politique : Christophe Castaner relance la polémique sur le vin et l’alcoolisme

Bonjour

Qu’a pu penser la ministre des Solidarités et de la Santé de la sortie de Christophe Castaner, délégué général de La République en marche et proche d’Emmanuel Macron ? S’est-elle sentie désavouée dans le combat qu’elle commence seulement à mener contre l’addiction à l’alcool ? Les attaques n’ont pas tardé. « La ministre de la Santé avait ouvert la boîte de Pandore début février en estimant que le vin était ‘’un alcool comme les autres’’ » observe Le Figaro .

«L’industrie du vin laisse croire aujourd’hui que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka, du whisky, il y a zéro différence … !», avait-elle déclaré lors d’une remarquable émission télévisée diffusée début février sur France 2. On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu’il apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux. » Etait-ce trop ?

Nous sommes à la veille de l’ouverture du Salon de l’Agriculture et Christophe Castaner a, jeudi 22 février, tenu à revenir fermement sur le sujet.  C’était sur RMC-BFMTV.  « Ne nous emballons pas» a-t-il souri. Et d’oser reprendre une formule vieille de plus d’un siècle – une formule dénoncée depuis les premiers travaux sur l’alcoolisme et reprise par l’ensembel du monde de l’addictologie : « Il y a de l’alcool dans le vin mais c’est un alcool qui n’est pas fort ». « Le vin  fait partie de notre culture, de notre tradition, de notre identité nationale. Il n’est pas notre ennemi», a encore ajouté Christophe Castaner assurant que l’alcoolisme était surtout «une question de niveau de consommation».

« Ne pas hystériser » ! 

«Ce n’est pas le moment d’hystériser le débat juste avant le Salon de l’Agriculture. Les propos de Castaner ont contribué à baisser les tensions », justifie un membre (anonyme) du gouvernement cité par Le Figaro.   Hystériser ? «  Contacté par notre journal suite aux déclarations du délégué général de La République en marche, le ministère de la Santé n’a pas donné suite à nos sollicitations, ajoute le quotidien. Emmanuel Macron semble quant à lui avoir un avis tranché sur la question. En marge de son discours aux jeunes agriculteurs jeudi 22 février, une participante lui a offert une bouteille de vin en lui vantant les bienfaits de cette boisson. Ce à quoi le président lui a répondu dans un sourire:  » Je le sais, j’en bois midi et soir ».»

Emmanuel Macron s’était déjà publiquement exprimé sur le sujet, sacrifiant il y a un an au rite bacchique et républicain. Il y a quelques jours, revenant sur ses propos télévisé, et poursuivant son indispensable travail de pédagogie sur la « molécule alcool » (toujours la même où qu’elle se trouve) Agnès Buzyn avait fait une confidence sur France Inter : « Par ailleurs j’aime beaucoup boire un verre de vin en situation conviviale, comme tout le monde ».

Où l’on perçoit toutes les limites, sur un tel sujet, de l’action politique. Comment en parler sans sombrer dans la diabolisation ? Comment, à l’inverse, ne pas être accusé de faire le lit de l’alcoolisme et le malheur des malades alcooliques ?

A demain

Autisme et polémiques : l’addiction aux écrans, nouvelle héroïne des petits enfants ?  

Bonjour

Choc des présents. Une  tribune collective dans Le Monde qui va alimenter de nouvelles polémiques ; une autre, solitaire et institutionnelle, pleine de bonnes intentions mais comme déconnectée des sujets d’actualité.

Dans la première ce sont des professionnels du soin, de la prévention, et des chercheurs 1 qui dénoncent une série  d’informations « à caractère sensationnel » diffusées notamment sur France 2 et RMC. Extraits :

« Nous sommes des professionnels du soin, de la prévention, et des chercheurs spécialisés dans le champ de la petite enfance, de l’enfance, de l’autisme, et de l’addiction. Conscients des dangers des écrans chez les plus jeunes, nous souhaitons pourtant témoigner de nos inquiétudes face aux affirmations erronées dont certains médias se font l’écho, notamment dans le reportage d’« Envoyé spécial » « Accros aux écrans » (18 janvier, France 2).

« Depuis quelque temps, des vidéos circulent sur le Net : des signes d’autisme surviendraient chez des tout-petits très exposés à la télévision. Des chiffres effrayants sont avancés : un enfant sur vingt, dans chaque classe d’âge, dans une ville donnée. Des chiffres cinq fois supérieurs aux statistiques communément citées sur la prévalence des troubles du spectre autistique ! Enfin, affirmation tout aussi fantaisiste, il nous est assuré que la suppression des écrans conduit dans la majorité des cas à la disparition des symptômes en un mois.

Une référence qui n’est pas sans faire songer à l’affaire évoquée dans un papier de ce blog 2.  

« Ces vidéos évoquent de très nombreux enfants exposés aux écrans 6 à 12 heures par jour, ceci même en l’absence de problématique sociale ou familiale précise-t-onOr un enfant laissé de façon aussi importante devant un récepteur est de facto victime d’une carence éducative et/ou affective grave. Si la régulation de cette consommation est indispensable, elle ne suffira en aucun cas à compenser l’ensemble des effets du défaut de soins sur le développement de l’enfant. A l’évidence de telles situations requièrent une prise en charge pluridisciplinaire rapide et conséquente. »

Pour les auteurs, aucune étude à ce jour ne permet d’établir une relation de causalité entre consommation d’écrans et autisme. Ce qui est en revanche fréquemment constaté, c’est un intérêt précoce des enfants atteints de troubles autistiques pour les écrans, qui prend une forme répétitive et qui est en lien avec leurs particularités cognitives. Ne passons pas à côté de troubles développementaux en chargeant les écrans de tous les maux !

Ils ajoutent qu’un autre épouvantail est aujourd’hui agité dans le débat public concernant les très jeunes enfants : celui de l’addiction aux écrans. Et de rappeler que cette addiction n’a été reconnue ni par l’Académie de médecine (2012), ni par l’Académie des sciences (2013) – pas plus que par le plus récent DSM-5 [la dernière édition du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’Association américaine de psychiatrie].

« Or que nous dit-on dans l’émission « Envoyé spécial » du 18 janvier ? Que donner un écran numérique à son bébé est « exactement l’équivalent d’une drogue » ! Sur d’autres antennes comme l’émission « Bourdin direct » sur RMC (10 janvier 2018), il est fait état de nombreux enfants de 3 ans qui se lèvent toutes les nuits à 3 heures du matin pour se saisir du smartphone de leurs parents et se brancher sur YouTube ! Si une telle attitude existe, elle ne peut être liée qu’à une utilisation massive du smartphone parental durant la journée. Comment affirmer, alors, que « les parents ne sont responsables en rien » ?

Les rumeurs infondées lancées actuellement nourrissent selon eux « une panique morale exploitée par certains médias, en dehors de toute rigueur scientifique ». Et il ne faut pas voir là « un nouveau problème que personne n’aurait pris au sérieux auparavant ». Pour résumer il serait des plus fâcheux que ces messages simplistes portés devant des interlocuteurs politiques contrarient les projets d’éducation au numérique fondamentaux à mettre en place à l’école et en même temps il serait déplorable que les prévisions fantaisistes sur les effets de la suppression des écrans ne fassent perdre un temps précieux dans le repérage et la prise en charge précoces des troubles du spectre autistique.

La tribune individuelle est signée Pr Dominique Le Guludec, présidente de la Haute Autorité de Santé (HAS): « Autisme : poursuivons nos efforts » . « Depuis une vingtaine d’année, des progrès considérables ont été réalisés dans la connaissance de l’autisme et des interventions à mettre en œuvre, écrit-elle. Il est impossible cependant de se satisfaire de la situation actuelle tant pour les personnes autistes et leur famille, que pour les professionnels qui les accompagnent. (…) A la veille du 4e plan autisme, le chemin à parcourir est encore long. Nous espérons que l’engagement de tous sera à la hauteur des enjeux. La HAS sera à l’écoute des besoins qui émergeront et se tient prête à mobiliser ses compétences. »

Rien sur les écrans, le plus jeune âge et les addictions ultra-précoces. A l’évidence la HAS devra élargir son écoute et ses visions, doper sa mobilisation.

A demain

1 Jacques Angelergues(vice-président, Cerep-Phymentin) ; Patrick Belamich (président, Fédération des centres médico-psycho-pédagogiques) ; François-Marie Caron (« past président » [titre actif au sein du CA], Association française de pédiatrie ambulatoire) ; Marie-Noëlle Clément (vice-présidente, Programme de recherches et d’Etudes sur l’autisme) ; Michel Dugnat (président, Association recherche information périnatalité) ; Agnès Florin (présidente, Association francophone de psychologie et de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent) ; Bernard Golse (président, Coordination internationale entre psychothérapeutes psychanalystes s’occupant de personnes avec autisme et membres associés) ; Jean-François Havreng (président, Association nationale des hôpitaux de jour) ; William Lowenstein (président, SOS addictions) ; Denis Mellier (coprésident, World Association for Infant Mental Health France) ; Georges Picherot (président, Groupe de pédiatrie générale de la Société française de pédiatrie) ; Pascal Plantard (codirecteur, Groupement d’intérêt Scientifique M@rsouin) ; Dominique Ratia Armengol (présidente, Association nationale des psychologues pour la petite enfance) ;Catherine Salinier (présidente, Pédiatres du Monde) ; Pierre Suesser (coprésident, Syndicat national des médecins de protection maternelle infantile) ; Serge Tisseron (président, association Trois Six Neuf Douze) ; Michel Wawrzyniak (président, Fédération nationale des écoles des parents et des éducateurs).

2 « Bébés et post-vérité : le trop d’écrans responsable de graves troubles du développement » Journalisme et santé publique, 18 mai 2017

Maladie alcoolique et responsables politiques : soirée historique sur la télévision publique

 

Bonjour

« Honte de la République » aurait récemment déclaré le président Macron en parlant de l’audiovisuel public. Fake news ou pas, l’affaire a fait bien des dégâts. Et demain ? Combien encore de grand cabarets insipides, de vulgaires soirées où l’on n’est pas encore couché, de journaux télévisés emplis de tant et tant de sujets ressassés ? Combien de temps encore faudra-t-il se réfugier sur la franco-allemande Arte ?

Une éclaircie hexagonale est toutefois annoncée :  France 2 « Soirée spéciale alcoolisme » le 7 février. Comme jadis : un film suivi d’un débat. Le tout fondé sur une réalité généralement oubliée : les addictions sont, avant tout, des affections de nature politique. Une réalité que, précisément, le politique entend ignorer.

A marquer d’un pierre blanche, tricolore et audiovisuelle : la soirée du 7 février 2018.

20h55 : téléfilm « La soif de vivre » de Lorenzo Gabriele

« Lisa, mariée avec Vincent, mère de Thomas (11 ans) et d’une petite fille de quelques mois, se laisse petit à petit submerger par son alcoolisme. L’amour est présent mais le tabou de cette maladie plonge la famille dans un véritable mal-être. Thomas est la seule personne à s’occuper de sa petite soeur tandis que plus rien ne compte pour sa mère en dehors de son addiction. Comment Thomas va-t-il interpréter des problèmes d’adultes qui le dépassent ? Lisa va-t-elle réussir à se prendre en main et trouver la force d’affronter sa maladie pour tenter d’en guérir ? »

22h25, débat « Alcool : un tabou français ? »  Animé par Julian Bugier.

« Chaque année, l’alcool est responsable de 49 000 décès en France, ce qui en fait la deuxième cause évitable de mortalité après le tabac. Dans l’esprit des Français, boire est associé à la convivialité et à la culture du pays. Selon un rapport de la Cour des comptes, publié en juin 2016, les politiques publiques de lutte contre ce fléau s’avèrent inefficaces en raison de cette « culture du vin ». Entre lobbies tout-puissants et inaction du gouvernement, Julian Bugier reçoit des personnes ayant connu l’alcoolisme, leur entourage, des spécialistes de l’addiction ainsi que des représentants de l’Etat »

On nous indique (de bonne source) qu’à cette occasion Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé « remet sa blouse blanche » et (enfin) « clame sa volonté de santé publique ». Les mêmes sources observent que le président de la République et le Premier ministre ne sont pas, précisément, sur les mêmes longueurs d’onde.

Où l’on comprend qu’il n’est jamais simple de parler de « honte » au nom de la République.

A demain

 

 

Le président de la République parle aux malades et à ceux qui les soignent (extraits choisis)

Bonjour

Hier, 31 décembre 2017, le président de la République a présenté ses vœux aux Français. Extraits choisis :

« Mes chers compatriotes,

Alors que l’année s’achève, je suis heureux de vous retrouver pour vous présenter pour la première fois mes vœux pour l’année 2018. Je vous espère en famille, au milieu de vos proches, de celles et ceux qui vous aiment.

Je sais aussi que certains d’entre vous sont aujourd’hui au travail parce qu’ils font partie des forces armées ou des forces de l’ordre, parce qu’ils sont médecins ou personnels soignants, parce qu’ils sont en charge des transports ou de la continuité des services publics. Je veux ce soir les remercier pour cet engagement.

Je sais aussi que plusieurs d’entre vous ce soir sont seuls, souffrent ou sont malades et je sais que dans ces moments de fête et de retrouvailles, cette solitude et cette souffrance sont plus dures encore à supporter. Alors à nos concitoyens qui sont dans cette situation, je veux dire qu’ils appartiennent à une grande Nation et que les mille fils tendus qui nous tiennent, sont plus forts que leur solitude et je leur adresse une pensée fraternelle. (…)

Je veux aussi miser sur la fraternité. La fraternité, c’est ce qui nous unit, ce qui nous a fait un, ce qui nous tient ensemble. Je crois dans la réussite, dans les succès mais que valent ces succès s’ils ne sont en quelque sorte que les succès de quelques-uns ? Que s’ils nourrissent les égoïsmes ou les cynismes ? Rien de bien durable. Tant de Nations sont en train de se fracasser parce que seuls quelques-uns y réussissent ! Nous avons en effet besoin de repenser un grand projet social pour notre pays, c’est celui-ci que je déploierai durant l’année qui s’ouvre. C’est celui qui doit inspirer notre politique de santé, notre politique en faveur de celles et ceux qui vivent en situation de handicap, notre politique d’hébergement pour les sans-abri, notre politique sociale aidant les plus démunis. 

Exceptionnel

Sans cela, sans cette exigence humaniste, notre pays ne se tiendra pas uni. Cela implique des règles et de la rigueur aussi et je sais parfois quelques tensions éthiques que je ne sous-estime pas et que j’assume pleinement. Je veux que nous puissions apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont aujourd’hui sans abri (…)Comptez sur ma détermination entière en la matière. (…)

Enfin, notre cohésion nationale dépend aussi de votre engagement. Oui, la cohésion de la Nation, ça n’est pas simplement le travail du président de la République, de son Premier ministre ou du gouvernement ; c’est le travail de chacune et chacun d’entre vous. Demandez-vous chaque matin ce que vous pouvez faire pour le pays et au-delà de votre quotidien, de votre vie, parfois de ses difficultés, dites-vous toujours que vous appartenez à un collectif plus fort, plus grand que vous : la Nation française. C’est ce collectif qui vous a éduqué, qui vous soigne, qui quand vous tombez, vous aide à vous relever, qui vous aidera dans vos vieux jours et dites-vous à chaque instant que vous avez quelque chose à faire pour la Nation. J’ai besoin de cet engagement. (…) Nous sommes capables de l’exceptionnel.

Vive la République et vive la France. »

Pour ses premiers vœux aux Français en tant que Président de la République, Emmanuel Macron a rassemblé 11,2 millions de téléspectateurs, précise Le Figaro. Selon le site Ozap, c’est TF1 qui a rassemblé le plus de spectateurs, avec 4,1 millions de Français soit 24,1% de part d’audience. Tout juste derrière, France 2  a obtenu 23,6% d’audience soit 4 millions de personnes. Ensuite, 1,8 million de Français ont choisi France 3, et seulement 997.000 ont regardé les vœux sur M6. France Ô ferme enfin la marche avec 2000 téléspectateurs.

Un succès ? L’an dernier les derniers vœux de François Hollande avaient attiré 10,1 millions de spectateurs, et ceux de la fin d’année 2015 avaient rassemblé 11 millions de spectateurs. Nouveauté ? En plus des vœux télévisés, qui ont duré environ 20 minutes, Emmanuel Macron a, en même temps, diffusé des vœux raccourcis à deux minutes, sur les réseaux sociaux.

A demain

 

 

Robert Boulin : ministre suicidé ou assassiné ? L’archétype de l’affaire médico-légale sabotée

Bonjour

C’était au temps noir et blanc où Le Monde était imprimé dans les caves parisiennes du 5-7 rue des Italiens. Le 30 octobre 1979 les fidèles lecteurs de la capitales découvraient ces quelques lignes, sous le titre « Un bristol et une petite boîte bleue » :

« C’est dans l’étang de Rompu, l’une des retenues d’eau qui forme les Étangs de Hollande dans la forêt de Rambouillet (Yvelines), qu’a été découvert le corps de Robert Boulin. Il était aux trois quarts immergé. Non loin se trouvait, dans un sentier, sous les bois, la 305 Peugeot bleu métallisé du ministre.

 C’est à 6 heures, mardi 30 octobre, que le groupement de gendarmerie de Versailles a été alerté de la disparition de M. Robert Boulin et chargé de quadriller le secteur des Étangs de Hollande. Cent cinquante hommes ont procédé aux recherches. Le ministre, qui portait un costume bleu sombre, aurait succombé à une forte dose de barbituriques. Les poumons du cadavre étant remplis d’air, la mort par noyade est exclue.

 Pour le colonel Charles Chevallereau, commandant le groupement de gendarmerie des Yvelines, le suicide ne fait aucun doute :  » Le corps du ministre ne portait aucune trace de coups ou de lutte.  » Dans la veste de la victime, les enquêteurs ont retrouvé un bristol sur lequel M. Boulin indiquait où se trouvaient les clefs de sa voiture et, au verso, quelques mots d’affection adressés à sa famille. Dans les poches de la veste, on a également découvert une petite boite bleue ayant vraisemblablement contenu les produits avec lesquels le ministre s’est donné la mort.

La disparition de M. Boulin avait été signalée par sa famille lundi 29 octobre. Le corps a été retrouvé peu après la mort, qui remonte probablement à la nuit de lundi à mardi. Le ministre ne possédait pas de propriété dans la région, mais il venait, semble-t-il, fréquemment y pratiquer l’équitation. »

Médecine légale incapable

Vinrent, dans Le Monde (James Sarazin) et ailleurs, des milliers de papiers, d’accusations, de dénégations-indignations, de rumeurs en cascade, les symptômes récurrents d’une justice aux ordres de l’exécutif, d’une médecine légale incapable de dire la vérité vraie.

Quarante ans, ou presque. 26 octobre 2017, on peut lire ceci, sur un Monde-écran incitant, faute de mieux, à regarder la télévision (France 2) :

« ’Robert Boulin a été tué’Telle est, sans concession, la conclusion dressée par le journaliste Benoît Collombat au terme de l’enquête qu’il a mené pour « Envoyé Spécial » sur cette affaire qui hante les arcanes du pouvoir politique français depuis près de trente-huit ans. Le 30 octobre 1979, Robert Boulin, alors ministre du travail de Valéry Giscard d’Estaing, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet. « Un assassinat », clame dès le lendemain son ami Jacques Chaban-Delmas à la tribune de l’Assemblée Nationale ; « un suicide », selon le rapport officiel.

Ce sujet, Benoît Collombat, le connaît bien. Il y a consacré plusieurs documentaires. Et il continue de le creuser avec cette nouvelle enquête, extrêmement fouillée et minutieuse dans laquelle il revient sur la thèse officielle du suicide avancée à l’époque par tous les organes officiels de pouvoir. Plus précisément, il reconstruit (ou plutôt déconstruit), pièce par pièce, le puzzle de cette histoire politico-judiciaire complexe, pour mieux établir la thèse inverse. A savoir que Robert Boulin a bel et bien été assassiné. Par qui ? la question, elle, demeure en revanche toujours sans réponse (…)

« Bernard Pons » !

Benoît Collombat entend aussi des témoins précieux, restés silencieux pendant plus de trente ans, à l’image de Bernard Pons, ancien secrétaire général du RPR entre 1979 et 1984, qui s’exprime pour la première fois sur le sujet, à 91 ans. En effet, la plupart des protagonistes de l’époque sont soit décédés, soit dans l’incapacité d’en parler.

Robert Boulin était devenu l’homme à abattre – celui qui en savait trop ? – dans un contexte politique tendu. Passé notamment par les ministères stratégiques du budget et des finances, l’homme était au courant des financements plus ou moins licites des partis politiques. « Envoyé Spécial » revient à ce propos sur les affaires de corruption liées à de gros contrats de la Françafrique sur le nucléaire, l’armement ou encore le pétrole. Robert Boulin devait avoir eu connaissance de cet argent sale. Il aurait même, dit-on, conservé des dossiers à propos de ces contrats ; dossiers restés bien évidemment introuvables.

Les circonstances de sa mort et surtout l’identité de ses probables responsables restent, eux, opaques, malgré les nombreux éclairages apportés par le documentaire. En 2015, une nouvelle information judiciaire a été ouverte pour arrestation, enlèvement et séquestration suivie de mort ou d’assassinat (…). »

Bientôt quarante ans.

A demain