Marseille: une étudiante en première année de médecine s’est suicidée, à proximité de la faculté

Bonjour

C’est une information de France 3 PACA : « une étudiante, inscrite en première année de PACES (Première Année Commune aux études de Santé), a été retrouvée décédée hier après-midi dans sa chambre, proche de la faculté. On ignore pour l’instant les raisons du décès. Les marins-pompiers l’ont retrouvée inanimée. La piste du suicide est évoquée. La jeune fille  de 18 ans appartenait à l’écurie Sup Provence (sic), un centre de formation qui prépare les étudiants au concours d’entrée à l’école de Médecine. Contactée par téléphone, Sandra Dorai, la directrice de l’écurie (re-sic) attend confirmation des évènements, mais aussi de l’identité de la personne. »

Une cellule psychologique a été mise en place par l’université pour soutenir les étudiants et les équipes pédagogiques.

L’information a été confirmée au Quotidien du Médecin par la faculté de médecine Aix-Marseille. Dans un communiqué, elle précise avoir « appris avec stupeur le décès » de cette jeune fille, « étudiante primante »Le Quotidien observe que ce drame intervient à un moment particulier, les examens PACES ayant démarré la veille, le 12 décembre et se terminant aujourd’hui. La faculté précise que la jeune fille ne s’est pas présentée aux premières épreuves du concours.  À ce stade, la faculté n’a pas précisé ou établi un lien entre le décès et le cursus de la PACES.

L’ensemble de la communauté universitaire est très touché par ce drame.

Marseille accueille 2 852 étudiants dont 1 035 redoublants et sept triplants inscrits en PACES. On sait qu’à l’issue de l’année, les étudiants les mieux classés choisissent en fonction du nombre de places disponibles l’une des cinq filières santé : médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique et kinésithérapie. En 2016, le numerus clausus de la faculté était de 620 places dont 362 réservées à la médecine – et ce pour 2 791 candidats.

Les études de santé restent plus que jamais plébiscitées par les jeunes. Le Quotidien du Médecin vient de préciser que 59 753 étudiants se sont inscrits cette année en PACES – soit de 1 100 de plus que l’an dernier. Une année commune caractérisée, on le sait, par de considérables surcharges de travail, une compétition parfois sauvage, l’inscription dans des « écuries »  – tout ce qu’il est convenu de nommer la « pression de la sélection ».

A demain

 

 

Schiappa-Collomb : le gouvernement  se divise ouvertement sur la « PMA pour toutes » 

Bonjour

Silence jupitérien mais rétropédalage gouvernemental. Il faut d’urgence effacer ce qu’avait pu annoncer, le 12 septembre dernier, Marlène Schiappa. La jeune et controversée secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes était interrogée sur RMC-BFM-TV avec un message à passer :  l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à « toutes les femmes » sera proposée en 2018 par le gouvernement dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique. L’ « engagement de campagne » d’Emmanuel Macron serait respecté dès l’an prochain sur les bases de l’avis rendu le 27 juin dernier par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

C’était, disions-nous alors, un nouveau ballon d’essai. Moins d’une semaine plus tard le ballon s’est dégonflé. Et Marlène Schiappa a dû reprendre la parole pour, douloureux exercice, publiquement se corriger. « PMA pour toutes » ou « PMA sans père » ? Où l’on voit que, comme dans l’ancien monde, le gouvernement actuel est plus que divisé sur cette question sociétale. Invité le 17 septembre du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur ne cache pas être dans le camp des opposants.

Ne pas heurter les consciences

L’ancien maire du vieux Lyon catholique (et très proche du président de la République) estime que cette modification de la loi de bioéthique « pose sans doute un certain nombre de problèmes ». « Il faudra mettre des garde-fous », a-t-il osé ajouter – allant même jusqu’à évoquer des « lois sensibles qui peuvent heurter les consciences ». Invité à préciser s’il soutiendrait cet engagement de campagne de l’actuel président Gérard Collomb a répondu : « Je proposerai que l’on puisse résoudre le problème du chômage avant de s’attaquer aux problèmes civilisationnels. » « Pour moi, la priorité est toujours économique et sociale », a conclu l’ancien maire de Lyon.

Le même dimanche, invitée de l’émission Dimanche en politique sur France 3, Marlène Schiappa a mangé son chapeau en annonçant que seul le calendrier de la réforme serait connu en 2018. « Nous ne sommes pas en train de débattre, pour l’instant, de la PMA. La PMA, ce n’est pas notre actualité, ce sera au moment des Etats généraux de la bioéthique, a-t-elle précisé. En 2018, a priori fin 2018, il y aura des Etats généraux de la bioéthique, dans le cadre de la loi bioéthique. Dans ce cadre, nous débattrons effectivement de la PMA et le gouvernement proposera d’ouvrir la PMA. Le calendrier précis sera exposé à ce moment-là. La PMA sera adoptée avant la fin du quinquennat, c’est un engagement du président. » Silence du Premier ministre.

Mme Schiappa aura donc, cette fois, omis de préciser que cette adoption supposait que le problème du chômage soit résolu. Appelé à jouer les pompiers volants Christophe Castaner, porte-parole a fait savoir que le gouvernement suivrait l’avis de la CCNE en cherchant « le plus large consensus » et en évitant toute « crispation ». Or les crispations sont bel et bien déjà là. Ludivine de La Rochère (la « Manif pour tous »)  qui lutte contre la  « PMA sans père » conseille à Emmanuel Macron de s’épargner un débat « inutile ». A l’opposé, dans une tribune publiée par Le Monde, un collectif d’associations réclamait il y a quelques jours que le gouvernement élargisse dès maintenant l’accès à la PMA aux femmes lesbiennes et célibataires. Entre Marlène Schiappa et Gérard Collomb, que choisira, demain, le maître des horloges élyséennes ?

A demain

Tragique: «L’Obs» devient «L’Obsolète». La dynamique du «Monde Diplomatique »

 

Bonjour

Il ne faudrait jamais licencier certains journalistes. C’est le cas d’Aude Lancelin, « talentueuse directrice adjointe de L’Obs ». On peut la présenter ainsi :

« Aude Lancelin  née en 1973 à Tours, compagne de Frédéric Lordon. Ancienne élève du lycée Henri IV, en hypokhâgne et khâgne, puis étudiante à la Sorbonne-Paris IV, agrégée de philosophie, enseigne dans un établissement classé ZEP de l’Essonne.

 « Engagée en 2000 par le Nouvel Observateur, où elle couvre les domaines de la culture et des idées. Réalise de nombreux entretiens avec les philosophes contemporains. Parallèlement, collabore aux émissions télévisées Culture et dépendances (France 3) et Postface (i-télé, Canal+).

« Relève en 2010 que Bernard-Henri Lévy a cité naïvement (elle parle d’« autorité du cuistre ») un auteur imaginaire, Jean-Baptiste Botul, dans un ouvrage alors à paraître – ce qui provoque une vague de réactions amusées ou consternées. En août 2011, elle rejoint Marianne, en tant que directrice adjointe de la rédaction, responsable des pages « Culture » et « Idées » de l’hebdomadaire.

« En 2014, à la suite de la nomination de Matthieu Croissandeau à la direction de la rédaction, elle revient à L’Obs. Est licenciée par M. Croissandeau en mai 2016. Cette décision est, selon Mediapart imposée par les actionnaires, en l’occurrence Claude Perdriel et Xavier Niel. Elle est présentée comme un ‘’choix managérial’’, mais une grande partie de la presse y voit des motivations politiques : Claude Perdriel a en effet ouvertement reproché à Aude Lancelin d’avoir publié des textes « anti-démocratiques », c’est-à-dire trop à gauche, dans les pages « Débats » de L’Obs et d’avoir soutenu le mouvement Nuit Debout.

« Le fait que le compagnon d’Aude Lancelin soit Frédéric Lordon, figure de la gauche de la gauche, pourrait aussi avoir motivé l’éviction. Le 25 mai 2016, une quarantaine d’intellectuels publient dans Libération une lettre de protestation contre le licenciement d’Aude Lancelin . »

Plan média

Le plus généralement les journalistes licenciés (ou « invités à partir ») gardent le silence. Tel n’est pas le cas d’Aude Lancelin. Elle va publier « Le monde libre » (19 euros). Elle y narre, vu  de l’intérieur « la dérive du système médiatique français ». Voici ce qu’en dit (extraits) Livres Hebdo :  

« On se demandait qui allait éditer le livre d’Aude Lancelin, ancienne directrice adjointe de L’Obsdont le licenciement avait fait grand bruit fin mai. Ce sont Les liens qui libèrent qui, après avoir réussi à garder le secret jusqu’à cette fin de semaine, publieront le 12 octobre Le monde libre avec un tirage de 14000 exemplaires dont 10000 seront mis en place. Dès ce dimanche 9 octobre, le plan média démarre avec une interview dans le JDD.

« Elle raconte de l’intérieur la dérive du système médiatique français avec l’histoire de la numéro deux d’un hebdomadaire de gauche qui s’appelle L’Obsolète, dirigé par un certain Jean Joël. Elle fustige « la décadence d’un métier,  les opérations de police intellectuelle et le socialisme d’appareil à l’agonie » et trace de durs portraits de Manuel Valls « petit homme colérique aux idées simples devenu l’enfant chéri de l’Obsolète » ou Bernard-Henri Levy, « le sentencieux maître à penser de l’Obsolète ».

« La force de ce texte est qu’il est l’expression d’une époque, explique Henri Trubert, son éditeur. On voit comme les théories de management ont envahi les rédactions, le glissement des médias mais aussi de la gauche qui emprunte ses valeurs et concepts à la droite. » »

« Les Valls et les Macron »

Dans Le Journal du Dimanche (groupe Lagardère) l’ancienne de L’Obsolète cogne dur. L’hebdomadaire dominical du groupe Lagardère « a décidé de donner la parole à Aude Lancelin car son ouvrage «  bien au-delà des portraits cruels de journalistes et intellectuels parisiens, pose à sa manière le problème de la liberté d’expression ». « Aude Lancelin : « Il y a un trou d’air dans la vie intellectuelle française  » » (propos recueillis par Marie-Laure Delorme) – sur abonnement. On y lit des choses désespérantes, que L’Obs est devenu le nom de la gauche officielle, prétendument « sociale-démocrate », en réalité néolibérale et autoritaire, « une gauche obligée de mentir en permanence sur elle-même », mais dont « plus grand monde n’est tout à fait dupe désormais ».

Aude Lancelin a écrit un pamphlet, œuvre contestataire 1 et non « entreprise de dénigrement systématique ». Elle dénonce le « monde Uber » et le « monde El Khomri » prônés « par les Valls et les Macron ». Et elle n’a pas « assuré ses arrières », pas assuré son « avenir professionnel ». Ce serait, en somme, une fin.

« Ce livre est évidemment une lettre d’adieu à ces lieux que l’on appelle encore journaux par habitude, mais où l’esprit a été vaincu, où les combats de sont plus que d’apparence. Pour autant ce n’est nullement un adieu à ce métier. Les journalistes étouffent, nous sommes nombreux à ne plus supporter d’être les hochets de géants des télécoms intrumentalisant la presse à leurs propres fins. Avec l’aide des lecteurs, eux aussi spoliés, une autre histoire reste à écrire ».

« Notre vigueur découle de votre appui »

Hasard ou fatalité, on lit ceci dans le dernier numéro du Monde Diplomatique :

« Depuis deux ans, la diffusion du Monde diplomatique s’est nettement redressée  ; le nombre de ses abonnés atteint un record historique ; la situation de ses finances n’inspire plus d’inquiétude. Un tel rétablissement détonne dans le paysage de la presse et dans le climat idéologique actuel. Il tranche en particulier avec le délabrement éditorial et économique de la plupart des périodiques, dont certains ne diffèrent leur trépas qu’en se transformant en prime numérique du géant des télécoms qui les possède. Notre santé contraste également avec la situation politique et idéologique générale. (…)

«  Depuis 2009, nous avons fait appel à vous pour mener ce combat éditorial et politique. Le résultat est là, puisque notre vigueur découle de votre appui. La période qui s’annonce réclamera plus que jamais que notre voix porte. Votre contribution aura donc également pour avantage de prévenir tous les dynamiteurs du bien commun que leur offensive nous trouvera sur leur chemin.,Soutenez-nous ! Le Monde diplomatique  ambitionne de faire vivre un journalisme affranchi des pouvoirs et des pressions. Une liberté qu’il doit essentiellement à ses acheteurs et abonnés. »

Peut-être faudrait-il, parfois, licencier certains journalistes. Ou les inviter à quitter ces lieux que l’on appelle encore journaux. Par habitude.

A demain

1 Sur ce thème, le remarquable : « L’âge d’or du pamphlet », de Cédric Passard. CNRS éditions. 25 euros.

 

« Moi(s) sans tabac »: sans la e-cigarette, Marisol Touraine prend le risque de l’échec

 

Bonjour

On pouvait le redouter, c’est fait. Lancée aujourd’hui en grande pompe par Marisol Touraine l’opération « Moi(s) sans tabac » a tout de l’autocélébration centralisée. C’est  « le premier défi de santé publique grandeur nature jamais organisé en France ». C’est encore « une opération nationale d’un genre nouveau pour lutter contre le tabagisme ». C’est enfin, « une campagne de communication massive déployée à partir du 10 octobre ».  Et ce sont déjà, dynamique électronique, des centaines de commentaires critiques de vapoteurs sur le blog de la ministre : « PS. Marisol Touraine ». Leur répondra-t-elle ?

Résumons : il  s’agit de tenter de faire précipitamment et en quatre semaines ce qui n’a pas été fait depuis près de cinq ans. Officiellement annoncé en février 2014 par le président de la République, le Plan national de réduction du tabagisme n’a produit aucun résultat. La situation n’a cessé d’empirer. On fume en France, plus que dans la plupart des pays comparables et nettement plus qu’au Royaume-Uni.

Publicité et thérapeutique de l’addiction

Aucune politique française de réduction du risque tabagique n’a vu le jour. Les blocages politiques, le poids des buralistes  et la volonté obstinée de Bercy ont réduit à néant toute forme d’augmentation des prix. Pire : la ministre de la Santé refuse obstinément (à la différence de l’Angleterre) de s’appuyer sur le levier considérable qu’est la cigarette électronique.  Et après une tentative de rapprochement avec la Direction Générale de la Santé,les ponts semblent malheureusement coupés avec les associations les plus actives dans ce domaine 1. L’affaire est désormais entre les mains du Conseil d’Etat.

Et c’est ainsi que nous restons avec ce maigre et triste « Moi(s) sans tabac ». Une nouvelle opération publicitaire pour « inciter les fumeurs à arrêter ». Comme si l’incitation (publicitaire et gouvernementale) était la thérapeutique de l’addiction :

« Le principe est simple : inciter un maximum de fumeurs à arrêter de fumer pendant au moins 30 jours, à partir du 1er novembre prochain. Une initiative toujours gagnante, quand on sait qu’un mois sans tabac multiplie par 5 les chances d’arrêter de fumer définitivement… Tout au long de l’opération, les participants bénéficieront d’un accompagnement sur mesure. (…) inciter les fumeurs à arrêter de fumer pendant au moins 30 jours, à partir du 1er novembre. »

« Plus Belle la Vie »

La cause est bonne, aussi a-t-on battu les gentils tambours.

« Plus de cinquante  partenaires participent à l’opération : acteurs publics, associations, médias, grandes entreprises… En octobre, mobiliser un maximum de participants Pour inciter les fumeurs à participer à l’opération, une campagne de communication massive est lancée à partir du 10 octobre à la télévision, sur Internet et dans les rues (affichage). Un partenariat est lancé avec l’émission « Plus Belle la Vie », diffusée chaque soir de la semaine sur France 3.

 «  Un accompagnement personnalisé est prévu : les participants pourront retirer gratuitement dans les pharmacies un kit d’aide à l’arrêt, comprenant notamment une brochure de préparation, un agenda de 30 jours avec des conseils quotidiens, un disque pour calculer leurs économies, etc. »

Puis, le 1er novembre, ce sera le ‘’top départ’’ (sic)  du défi collectif « Moi(s) sans tabac ». Tout au long du mois, pour soutenir les participants au quotidien, des événements seront organisés (consultations d’aide à l’arrêt, défis sportifs…) dans différents lieux partout en France (espaces collectifs, espaces de loisirs, espaces commerciaux, en entreprise…). En complément, la campagne de communication se poursuivra à la radio, sur Internet et en affichage. Un « marathon du sevrage », en somme, chaque participant souffrant devant payer les ravitaillements en substituts nicotiniques.

Mauvaise volonté

 Aujourd’hui Marisol Touraine déclare ce qu’elle a maintes fois déclaré : « Chaque année, le tabac tue 73 000 personnes en France. J’ai choisi de combattre ce fléau. C’est le sens des mesures fortes que j’ai prises, dont la mise en place du paquet neutre. Aujourd’hui, avec l’opération « Moi(s) sans tabac », nous franchissons une nouvelle étape : créer un mouvement collectif, fédérateur en nous adressant directement aux fumeurs. Plus d’un fumeur sur deux souhaite arrêter de fumer,  ‘’Moi(s) sans tabac » va les y aider’’. »

On peut, bien sûr l’espérer. Faute de connaître les modalités de l’évaluation de l’opération on attend les résultats. Mais on sait aussi qu’en santé publique la bonne volonté  affichée ne suffit pas. Plus d’un fumeur sur deux souhaite arrêter de fumer et n’y parvient pas. Marisol Touraine s’est-elle demandée pourquoi ? L’Etat, qui détient le monopole de la vente et des recettes du tabac, sera-t-il un jour accusé de quelques centaines de milliers de morts prématurées ?

A demain

1 SOVAPE – www.sovape.fr, FÉDÉRATION ADDICTION – www.federationaddiction.fr, SOS ADDICTIONS – www.sos-addictions.org RESPADD – www.respadd.org et Tabac & Liberté – www.tabac-liberte.com.

 

 

Rebondissements en série dans l’affaire de la mort (toujours) inexpliquée d’Adama Traoré

 

Bonjour

Jusqu’où  la presse devra-t-elle aller pour que l’on commence, au-delà de l’officiel, à saisir la vérité ?  Une nouvelle fois c’est Médiapart (Faïza Zerouala) qui lève un coin du voile : « Le parquet a lancé une enquête contre Adama Traoré alors qu’il était déjà mort » (sur abonnement) :

« Selon nos informations, le parquet de Pontoise avait réclamé l’ouverture d’une enquête pour rébellion le 20 juillet contre Adama Traoré, alors que ce jeune homme de 24 ans était mort la veille à la gendarmerie de Persan, dans le Val-d’Oise. Retour sur une affaire avec de plus en plus de zones d’ombre. »

 La famille d’Adama Traoré a décidé de porter plainte contre une policière « pour faux en écritures publiques aggravés, dénonciation calomnieuse et modification de scène de crime », a appris France 3 auprès de son avocat, Me Yassine Bouzrou, ce samedi 6 août. Dans la plainte transmise vendredi au procureur de la République de Pontoise, l’avocat de la famille Traoré accuse désormais une femme officier de la police judiciaire en résidence à la Brigade de recherches de l’Isle-Adam (Val-d’Oise) d’avoir reporté de fausses informations dans un procès-verbal rédigé au soir de la mort d’Adama Traoré, et censé relater le déroulement de l’interpellation durant laquelle le jeune homme a trouvé la mort.

Nuire à la manifestation de la vérité

« Les affirmations de ce procès-verbal, selon lesquelles Adama Traoré aurait commis des violences à l’égard d’un gendarme, sont contredites par tous les éléments de la procédure, et notamment les déclarations dudit gendarme », croit pouvoir avancer  l’avocat. Selon l’audition de ce gendarme, lui et ses collègues ont « employé la force strictement nécessaire pour le maîtriser ».

Cette policière qui a rédigé le procès-verbal « avait nécessairement conscience de la fausseté des mentions qu’elle inscrivait sur le procès-verbal, puisqu’elle avait conversé avec ses collègues avant de le rédiger ». « Il est donc permis de penser qu’elle l’a rédigé dans le dessein de protéger ses collègues et de nuire à la manifestation de la vérité dans le cadre de l’enquête relative aux causes de la mort de Monsieur Adama Traoré », estime Me Bouzrou. Ce sont là des accusations graves.

Ce ne sont pas les seules. L’avocat de la famille d’Adama Traoré affirme que cette policière aurait procédé « à de nombreux actes d’enquête », notamment en mettant sous scellés différents éléments, sans qu’ « aucune instruction ne lui avait été donnée » en ce sens par le parquet de Pontoise. Où l’on revient à Médiapart et au fait que cet officier de la police judiciaire aurait « décidé de ne pas attendre les consignes » du magistrat de permanence au parquet de Pontoise et qu’elle avait « pris l’initiative d’isoler les militaires du Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (Psig) ayant participé »  à l’interpellation d’Adama Traoré.

Anomalie juridique

Médiapart ajoute que la policière avait également « procédé, sans être manifestement habilitée à le faire, à une saisie d’une pièce importante pour l’enquête, à savoir le polo porté par l’un des gendarmes, ‘maculé de traces rougeâtres s’apparentant à du sang’ ».

Autre « bizarrerie : une enquête pour rébellion a été ouverte à l’encontre du jeune homme alors qu’il était déjà décédé. « Le parquet de Pontoise a demandé à la section de recherches de la gendarmerie de Versailles d’ « ouvrir une nouvelle procédure visant l’infraction de rébellion à l’encontre du défunt Traoré Adama. Infraction commise lors de son interpellation ». Cette information apparaîtrait  dans un procès-verbal nommé « information et instruction du parquet ». Or,  souligne le site, il s’agit là d’une anomalie juridique car « en droit, on ne peut pas engager de poursuites contre une personne décédée ».

On sait d’autre part que rien n’est (officiellement) acquis quant aux causes de la mort en dépit de deux autopsies médicolégales 1.  Des documents médicaux  sont étrangement absents. La famille avait déjà  annoncé son intention de porter plainte pour violences volontaires ayant entraîné la mort.

Adama Traoré sera inhumé demain 7 août au Mali.

A demain

1 Par le  Dr. Julien. CAPPY (IML de Garches) puis par les  Drs Isabelle SEC Marc TACCOEN (IML de Paris)

1er mai : Jean-Luc Mélenchon prophétise une mort violente lors des prochaines manifestations

Bonjour

Prendre date, attiser ou volonté de prévenir ?  « Au rythme où l’on va, quelqu’un va mourir » vient de déclarer Jean-Luc Mélenchon, tribun bien connu, député européen et candidat à la prochaine élection présidentielle.  M. Mélenchon faisait écho aux violences d’une particulière intensité qui ont émaillé de récentes manifestations contre la loi de réforme du code du travail. Le tribun d’extrême gauche était, en ce dimanche de fête du muguet et de repos médiatique, l’invité de France 3. « Au rythme où l’on va, quelqu’un va mourir parce que la violence est, chaque manifestation, un peu plus élevée », a-t-il  déclare, mettant en cause Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur.

« Nous n’avons aucune gloire à tirer du fait qu’un policier soit grièvement blessé par une pierre, aucune gloire. Ça me fait mal au cœur pour lui, comme pour le môme qui a perdu son œil », a expliqué le cofondateur du Parti de gauche. L’homme s’est toutefois montré soucieux de ne pas opposer policiers et manifestants. « On doit dire d’abord qu’un policier qui frappe quelqu’un à terre, qui tire quelqu’un par les cheveux ou qui fait un tir tendu se déshonore. Mais, à l’inverse, les nôtres, en aucun cas, ne doivent s’associer à cette violence », a-t-il ajouté.

Laisser les casseurs tranquilles

Plus grave, Jean-Luc Mélenchon a évoqué « une malveillance absolue du haut commandement de la police », assurant ne pointer « du doigt que le ministre de l’Intérieur ». « Ces hommes avec ces uniformes, ce sont des hommes qui obéissent […], mais quand […] vous barrez un pont et que vous permettez aux casseurs d’être tranquilles pendant au moins un quart d’heure, alors vous permettez de manière délibérée la violence », a-t-il estimé.

Comme l’avait fait la veille le Parti de gauche, il a demandé à Bernard Cazeneuve de « rappeler les règles : pas de tirs tendus, pas d’utilisation de flash-ball pendant les manifestations, pas de présence de la BAC [brigade anticriminalité] pendant les manifestations, la BAC n’est ni équipée ni organisée pour ça ».

Les deux dernières morts associées, en France, à des mouvements de protestations avaient eu de lourdes conséquences politiques : celle de Rémi Fraisse, (le 26 octobre 2014, lors des manifestations contre le barrage de Sivens dans le Tarn) ; celle de Malik Oussekine (le 6 décembre 1986, à Paris, lors des manifestations contre le projet de loi Devaquet).  Le premier avait 21 ans, le second un de plus.

A demain

Météo : Joël Collado n’est plus à la radio. Ce n’est pas qu’une tempête dans un verre d’eau

Bonjour

Vingt et un an ! Joël Collado nouas annonçait le temps depuis vingt et un ans… D’abord sur France Inter – puis sur France Inter et France Info. Une douceur, un calme, une chaleur, un régal. Un ami de la maison. C’est fini. Le prévisionniste a donné, hier dimanche 27 décembre,  son dernier bulletin météo. Cela aurait pu se faire dans la joie, ce n’est pas le cas. Agé de 66 ans, l’homme n’a pas vu venir le coup de torchon : il accuse et parle de « sanction » de la part de la radio publique.

Amertume

Jérôme Collado  avait commencé sa carrière de présentateur météo sur Sud Radio en septembre 1987 avant de rejoindre Radio France en 1994. Depuis cette année-là, il présentait chaque jour depuis Météo France à Toulouse  les bulletins météo des radios du service public

Sur France 3 Midi-Pyrénées, M. Collado a fait savoir qu’il avait été écarté « pour des raisons mystérieuses qu’il ne connaît pas » et dit en avoir été prévenu seulement à la fin de septembre. Une retraite forcée, pour résumer, Radio France n’ayant pas renouvelé son contrat. Personne à la direction de Radio France ne lui a téléphoné pour lui dire que c’était terminé. L’homme se dit aujourd’hui très amer et estime que cette décision- sanction est très injuste. Il reste salarié de Météo-France, il prendra sa retraite en décembre 2016. Ainsi donc peut-on, à Météo-France être payé à ne rien faire.

Incarnation en studio

De son côté, Météo France a affirmé à l’Agence France-Presse que « Radio France voulait faire évoluer le format de la météo » pour qu’elle soit « plus incarnée, avec plus d’interactions entre le journaliste en studio et le prévisionniste ».

Or, Joël Collado officiait depuis Toulouse. « C’était compliqué, il fallait des prévisionnistes qui soient en Ile-de-France », a poursuivi Météo France, précisant que M. Collado était « proche de la retraite », n’était « pas licencié et continuerait à percevoir son salaire de Météo France » (voir plus haut)

Dindons

C’est Elodie Callac, (remplaçante de Jacques Kessler) qui faisait déjà partie depuis 2013 de l’équipe météo sur France Inter et France Info qui présentera désormais les bulletins météo de la semaine. « Elodie Callac sera en direct une grosse partie de la journée et en studio, ce qui n’était pas possible avec Joël Collado », a expliqué Michel Polacco, secrétaire général de l’information de Radio France.

M. Polacco ne nous dit pas ce qu’est une météo plus incarnée que celle annoncée par Joël Collado. Disons le autrement : l’impression, après tout ce temps passé ensemble, que l’on ne nous en dit pas assez. Ou beaucoup trop. Une mauvaise farce. Avec les « Dindes fermières de Loué », écoutez, une dernière fois Joël Collado.

A demain