Vaccinations et journalisme : Michel Cymes ou la méchante tentation de la censure médiatique

Bonjour

Où l’on découvre, une fois encore, que la tentation du mieux est l’ennemi mortel du bien. Et que le diable n’est pas toujours où l’on croit. Ainsi, aujourd’hui, l’ex-animateur du magazine de la santé, de France 5. Omniprésent dans les médias, il leur demande de ne plus donner la parole aux « anti-vaccins ». Michel Cymes, le 18 septembre sur le plateau de C à vous, l’émission de … France 5 :

« Arrêtez de donner la parole aux anti-vaccins et tout rentrera dans l’ordre », a déclaré le médecin (ORL de formation). C’est selon lui d’autant plus important que la suspicion à l’égard de la vaccination est plus importante en France que dans le reste de l’Europe. « 20 % de la population européenne, en moyenne, a des doutes sur l’innocuité des vaccins. On est à 40 % en France ! », a-t-il rappelé devant les caméras de France 5 ajoutant que, « on est dans une situation dramatique parce qu’on laisse parler tous ces gens là ».

Cette sortie médiatique a, dit-on, été très diversement appréciée sur le Web, certains internautes accusant cet animateur-médecin de vouloir restreindre la liberté d’expression. Et Michel Cymes de se justifier : « Ce sont des gens dangereux, et vous venez de montrer la dangerosité de ces gens qui font circuler des fake news, des rumeurs pour des réalités scientifiques. » 

L’ORL répondait ici à une question sur l’insuffisance de la couverture vaccinale contre certains papillomavirus humains. Cette vaccination est aujourd’hui recommandée pour toutes les filles entre 11 et 14 ans (avec rattrapage éventuel entre 15 et 19 ans), ainsi que pour les hommes de moins de 26 ans ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Or le taux de la couverture vaccinale complète des jeunes filles de 16 ans dépasse à peine les 20%. Il s’agit d’un des plus faibles taux de tous les pays qui ont recommandé cette vaccination.

Censurer pour faire taire ? L’histoire, sans parler de démocratie ni même de Voltaire 1, démontre à quel point cette solution est sans issue. Souvent pire que le mal que l’on veut combattre. Mieux vaut, ici, quitter Cymes et France 5 pour gagner Libération et  Jeremy Ward, chercheur postdoctoral en sociologie au Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne (Gemass) : « Hésitation vaccinale : la France championne du monde ? ». Voici un large extrait de cette tribune :

« (… Dans l’espace public, la diffusion récente de ces méfiances [vis-à-vis de certains vaccins] est le plus souvent expliquée par le développement d’Internet et par la montée de la défiance envers les institutions, voire envers la science. Il est vrai qu’Internet facilite l’accès aux arguments critiques des vaccins et que, depuis vingt ans, les autorités sanitaires ont été au cœur d’une série de scandales publics qui ont durablement entaché leur réputation. Cependant, se focaliser sur ces deux éléments occulte trois phénomènes cruciaux, comme nous le rappelons avec mes quatre coauteurs dans une récente publication 2.

L’augmentation de la part de la population ayant des réserves quant au vaccin a surtout eu lieu depuis la controverse sur la campagne de vaccination contre la grippe A en 2009 (même si une controverse émerge à la fin des années 90 autour du vaccin contre l’hépatite B). Puis suivit une succession de débats en continu portant sur le vaccin contre les papillomavirus, le recours aux vaccins multivalents, et l’usage d’aluminium dans la composition du vaccin.

On tend à penser que la défiance à l’égard des vaccins est le produit d’un manque de compréhension scientifique de la vaccination et que, par conséquent, les médecins, principales sources d’information et de conseil sur ces questions, devraient être immunisés contre ces doutes. Ce n’est pourtant pas le cas. Les résultats d’une étude réalisée en 2014 par mes collègues de Marseille montrent que près de 14 % des médecins généralistes avaient des doutes sur l’utilité ou la sécurité de certains vaccins et que près de 20 % d’entre eux pensaient que l’on vaccine contre trop de maladies. Cela traduit notamment la détérioration des relations entre médecins et autorités sanitaires dans un contexte de multiplication des scandales, de crise de financement de l’hôpital public et de négociations tendues autour de l’assurance maladie.

« On parle beaucoup des «antivaccins» : ces militants, qui n’ont jamais accepté le principe scientifique de la vaccination, préfèrent les médecines alternatives et nient la légitimité de l’Etat (corrompu) à s’introduire dans le corps de leurs enfants. Seulement, les mouvements antivaccins ont historiquement été très peu puissants en France, notamment en comparaison aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne. Cela s’est notamment traduit par l’absence des controverses sur la sécurité des vaccins avant le milieu des années 90 alors que l’Angleterre a connu des débats sur la vaccination contre la coqueluche à la fin des années 70 et les Etats-Unis sur le vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche au début des années 80.

Travailler, restaurer la confiance

« Or, les groupes au cœur de ces controverses récentes ont choisi de se distancier des antivaccins traditionnels. Ces nouveaux acteurs restreignent leur critique à un nombre limité de vaccins ou de substances qu’ils contiennent (par exemple celui contre les papillomavirus ou l’usage d’aluminium) tout en affirmant publiquement leur attachement au principe de la vaccination. Ces patients, médecins, militants, sont plus proches de mouvements sociaux mainstream (droits des patients, santé environnementale…) que des mouvements radicaux associés à l’antivaccinalisme (médecines alternatives, complotisme…). Ce positionnement moins radical explique en partie la succession des controverses évoquée plus tôt. Il permet à ces acteurs d’apparaître plus crédibles auprès du public, des journalistes et des médecins. Ce changement dans le paysage de la critique vaccinale se retrouve au niveau du public : les suspicions sont concentrées sur ces vaccins controversés et une toute petite minorité rejette toute forme de vaccination.

« Face à cette situation et à l’efficacité limitée des outils de communication à leur disposition, les autorités françaises ont opté pour la coercition. Depuis le 1er janvier 2018, les enfants doivent être à jour des 11 vaccins recommandés s’ils veulent être gardés en collectivité. La France est loin d’être seule à faire ce choix. Depuis cinq ans, de nombreux gouvernements ont renforcé leurs obligations et sanctions pour non-vaccination (Italie, Australie, Californie…) ou envisagent cette possibilité (Allemagne, Pologne…). Il est vrai que les obligations ont souvent eu pour effet d’augmenter les taux de vaccination. Cependant, leur mise en place a parfois eu pour résultat de générer de larges mouvements de résistance ainsi qu’une méfiance dans une large portion du public, comme en Angleterre au XIXe siècle ou en ce moment en Allemagne.

« Après un an, les premières conséquences de cette nouvelle loi semblent être positives. Les taux de vaccination ont augmenté et la part de Français se méfiant des vaccins semble avoir diminué. Mais près d’un tiers des parents se déclarent toujours opposés à ces obligations et plus de 20 % sont encore «hésitants». Face à ces résultats encourageants, le risque principal est donc de devenir complaisant et de laisser l’obligation faire tout le travail. Il faut continuer à travailler à restaurer la confiance dans les vaccins. Surtout, la défiance vis-à-vis de ces derniers reflète des problèmes plus larges dans le système de santé public français, comme la rupture entre certains médecins et les autorités sanitaires. Restaurer la confiance dans les vaccins ne peut que passer par un travail sur le système de santé dans son ensemble. »

Censurer ? Nullement. S’expliquer ? Souvent. Abdiquer ? Jamais.

A demain @jynau

1 « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Il s’agit ici d’une phrase non sourcée, sans doute jamais écrite mais peut-être dite, reflète parfaitement l’homme, sa pensée, sa vie et même son style. D’où la fortune historique et somme toute méritée de cette citation apocryphe.

2 «Vaccine Hesitancy and Coercion : All Eyes on France», Jeremy K. Ward, Patrick Peretti-Watel, Aurélie Bocquier, Valérie Seror and Pierre Verger, Nature Immunology, 2 septembre 2019.

La cigarette électronique n’arrive pas à la cheville scientifique du Zyban® ou du Champix®

Bonjour

Nous évoquions il y a peu la participation, à une opération Pfizer (varénicline – Champix®) du D Anne-Laurence Le Faou, Anne-Laurence Le Faou, présidente de la Société Francophone de Tabacologie, responsable du centre ambulatoire d’addictologie (Hôpital européen Georges-Pompidou). Elle répondait il y a peu aux questions du Magazine de la santé (France 5)  Edifiant.

Que sait-on aujourd’hui des effets néfastes de la cigarette électronique ?

Dr Anne-Laurence Le Faou : « La cigarette électronique n’est pas un médicament donc les effets indésirables ne sont pas enregistrés. La littérature scientifique montre par exemple que quelqu’un qui utilise cette cigarette électronique et qui a une pathologie pulmonaire peut avoir une exacerbation de ses symptômes, notamment de la toux. Mais globalement, on n’a pas de monitorage des effets indésirables. »

 Est-ce qu’il y a un sur-risque d’infarctus comme le montre une étude américaine publiée récemment ?

Dr Anne-Laurence Le Faou : « Ce sur-risque a été montré par une étude américaine. Effectivement, quand vous avez des « shoots » d’une substance étrangère qui arrive brutalement au niveau des vaisseaux sanguins, il y a forcément une réaction vasculaire mais pour en être certain, il est nécessaire d’enregistrer les effets indésirables, de les faire déclarer avec un système spécifique pour construire la connaissance sur les risques. On ne peut pas garantir qu’il y aucun risque »

 Est-ce que la cigarette électronique est efficace pour les fumeurs qui veulent arrêter ?

Dr Anne-Laurence Le Faou : « Des méta-analyses ont été faites pour évaluer l’efficacité de la cigarette électronique dans le sevrage tabagique mais les résultats sont contradictoires. Il faut plusieurs années pour recueillir des données mais les dispositifs évoluent en permanence, il y a toujours des nouveautés. Donc à chaque fois, les études qui sont publiées portent sur des modèles dont les mécanismes sont différents. Par exemple, le dernier produit en date utilise du tabac chauffé. Là-dessus, nous avons une étude suisse qui montre que des produits toxiques sont diffusés en quantité importante parce que la combustion est incomplète. »

 Est-ce qu’il faut continuer à proposer la cigarette électronique comme outil de sevrage ?

Dr Anne-Laurence Le Faou : « On ne peut pas la recommander comme on le fait pour des médicaments dont l’efficacité est prouvée scientifiquement. Mais on ne la déconseille pas. Simplement, pour éviter ces « shoots » dont je parlais, on va donner un traitement complémentaire comme des patchs ou des médicaments comme la varénicline 1 ou le bupropion 2 qui fonctionnent bien. »

 A demain

 1 varénicline ou Champix® agoniste partiel des récepteurs nicotiniques cérébraux indiqué dans le sevrage tabagique chez l’adulte, est désormais remboursable à 65 % par l’Assurance maladie.  Cette prise en charge s’applique lorsque Champix® est prescrit en seconde intention, après échec des stratégies comprenant des substituts nicotiniques, chez des fumeurs ayant une forte dépendance au tabac (score au test de Fagerström supérieur ou égal à 7). Il n’a pas été objectivé d’augmentation des troubles psychiatriques graves (dépression, comportement suicidaire), ni d’événements indésirables cardio-vasculaires, associés à l’utilisation de la varénicline par rapport au placebo, au bupropion ou aux TNS (Vidal).

2 bupropion ou  Zyban®  « Le bupropion fait partie de la famille des antidépresseurs, mais n’est pas utilisé pour ses propriétés antidépressives. Il diminue les symptômes du sevrage tabagique, sans que son mécanisme d’action dans cette indication soit connu avec précision. Non remboursé, prix libre dans les pharmacies d’officine (Vidal).

 

L’exécutif feint de l’ignorer mais la e-cigarette est le premier outil de ceux qui veulent arrêter

Bonjour

Qu’attend le gouvernement pour se saisir, enfin, du levier anti-tabagique électronique ? Pourquoi, sur ce dossier, Agnès Buzyn est-elle médiatiquement absente ? Pourquoi le nouveau Directeur général de la Santé a-t-il rompu les ponts construits par son prédécesseur avec les révolutionnaires du vapotage ?

Le site des buralistes français reprend, sur le thème de la lutte contre le tabagisme, les commentaires du Pr Bertrand Dautzenberg qui ,sur le thème de la lutte contre le tabagisme, était, le 10 août, interrogé sur France 5. Et ce spécialiste atypique de rappeler ces vérités, trop souvent passées sous silence par les autorités sanitaires :

« Il faut savoir que la cigarette électronique est le premier recours des Français pour arrêter de fumer.

« D’ailleurs, selon moi, il faut absolument l’intégrer au parcours d’arrêt du tabac, tout comme le sont déjà les substituts nicotiniques, car c’est un moyen d’arrêter de fumer par plaisir et non par effort. L’arrivée de la cigarette électronique a aussi eu un impact positif sur les jeunes … »

La cigarette électronique premier recours pour lutter contre la première cause de mortalité évitable en France… La e-cigarette, achetée par ses utilisateurs, loin devant les substituts nicotiniques – ces substituts qui commencent (enfin) à être pris en charge par la collectivité. Pr Dautzenberg:

« Le remboursement intégral des substituts est une excellente mesure selon moi pour encourager les patients à arrêter. Il suffira d’aller à la pharmacie avec sa carte vitale et sa carte de mutuelle, sans aucun reste à charge. Je pense que cette mesure aura un impact immense notamment sur les plus gros fumeurs … »

 La cigarette électronique qui, en toute logique, devrait venir compléter un dispositif politique associant le paquet neutre et l’augmentation (trop) progressive des prix.

Les chiffres incomplets de la Douane française

 La Direction générale de la Douane vient de publier les chiffres officiels du marché du tabac pour la France continentale  (les livraisons en volume aux buralistes pour lee mois de juillet) :Cigarettes : -2,40 % ; Tabac à fumer (à rouler et à pipe) : -0,23 % ; Cigares et cigarillos : + 7,16 % ; Tabac à priser et à mâcher : + 9,01 %.  Soit un marché total du tabac se situant aux alentours de -1,85 %. Tendance en cumul, depuis le début de l’année, sur sept mois pour la totalité du marché total : -9,2 %.

Des chiffres qui doivent toutefois être rapprochés de ceux du dernier rapport KPMG sur la contrebande et la contrefaçon du tabac en Europe. Un rapport élaboré en collaboration avec le think tank britannique RUSI (Royal United Services Institute). Il précise que le marché parallèle en France (achats frontaliers plus contrebande et contrefaçon) représente 24,6 % de la consommation de tabac, la France étant pays constitue, en volume, le plus gros marché européen de tabac et de contrefaçon. Commentaire de British American Tobacco (BAT) France:

« La France reste championne d’Europe du marché parallèle avec 24,6% des cigarettes consommées en dehors du réseau officiel des buralistes en 2017. À la suite de la politique de choc de prix mise en place en 2018, la situation risque de s’aggraver cette année. Les résultats préliminaires des études « ramasses paquets » de 2018 indiquent d’ailleurs un regain de la contrebande de 9% au second semestre et de 15,6% de l’ensemble des achats hors réseau ». KPMG souligne d’ores et déjà̀ que la tendance à la baisse observée en 2017 s’inverse au regard des hausses fiscales menées par le gouvernement. »

Au-delà des mafias, de Big Tobacco  et de la contrebande qu’attend le gouvernement pour se saisir, enfin, du levier anti-tabagique électronique ? Pourquoi, sur ce dossier, Agnès Buzyn est-elle médiatiquement absente ? Pourquoi le nouveau Directeur général de la Santé a-t-il rompu les ponts construits par son prédécesseur avec les révolutionnaires du vapotage ?

A demain

 

 

 

Christine Angot et «On n’est pas couchés» sont attaqués par la Société des soins palliatifs

 

Bonjour

C’est une polémique naissante et sans précédent. Dans un communiqué de presse non dénué de virulence,  la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) 1 réagit avec virulence après avoir visionné deux émissions télévisées diffusées par deux chaînes publiques.

1 Le 23 mai 2018, l‘émission « Le monde en face » (France 5) a diffusé dans des conditions préoccupantes un reportage, intitulé « Fin de vie, le dernier exil », suivi d’un débat. animé par Marina Carrère d’Encausse – elle-même publiquement favorable à l’euthanasie affirme la SFAP. Ce débat opposait  trois personnes favorables au suicide assisté à un cadre de santé en unité de soins palliatifs, adhérent de la SFAP. « Non seulement le débat était fortement orienté, les propos de ce dernier étaient les seuls à être remis en cause – de façon systématique – mais, en cours de débat, l’animatrice est allée jusqu’à indiquer se faire « le porte-parole » de ces trois intervenants » peut-on lire dans ce communiqué.

« En outre, au cours du reportage, comme du débat qui s’en est suivi, un médecin et deux soignantes ont affirmé face caméra pratiquer régulièrement, en France, des suicides assistés alors même que cette pratique est illégale, ajoute la SFAP. Il est stupéfiant que l’on puisse revendiquer la pratique d’activités illégales impliquant la mort de personnes et parfaitement inadmissible que ces pratiques illégales soient présentées sous un jour favorable, de surcroît sur une chaîne du service public. »

2 Le 21 avril 2018, dans l’émission « On n’est pas couchés » (France 2), l’écrivaine Christine Angot « a tenu des propos gravement diffamatoires à l’encontre des bénévoles en soins palliatifs ».

Pour la SFAP il n’est tout simplement pas acceptable que les solutions de pointe développées en France à travers les soins palliatifs soient pratiquement ignorées – « quand ses acteurs ne sont pas tout simplement dénigrés voire mis en accusation, alors qu’ils consacrent leurs vies à soulager les souffrances des patients ».

On sait que le débat, en France, est sans cesse médiatiquement relancé quant à une éventuelle légalisation de l’injection létale et du suicide assisté. Audiences assurées. « C’est un débat citoyen crucial qui met en jeu la vie et la mort de chacun. Un tel débat ne peut se tenir valablement sans que soit respecté un minimum d’impartialité et de pluralisme » rappelle, fort justement la SFAP. C’est pourquoi elle « saisira le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel afin qu’il statue sur cette situation ».

Soyons clairs : aucune illusion à avoir quant à l’action à venir d’on ne sait quel CSA… Pour autant est-il, véritablement, impossible d’espérer entendre, sur un tel sujet, une autre voix : celle d’un service public qui, loin d’attiser les passions, aiderait  équitablement le citoyen à se forger une opinion grâce aux deniers de la collectivité ? L’avenir télévisuel français se réduit-il, désormais, à « On n’est pas couchés » ?

A demain
1 Créée en 1990, la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs  est une association reconnue d’utilité publique qui fédère 10.000 soignants et 6.000 bénévoles engagés dans les soins palliatifs. Elle rassemble environ 350 associations françaises d’accompagnement.

Peut-on « tuer le cancer pour 486 euros »? Interrogé l’INCA ne répond pas. Pourquoi ?

Bonjour

C’est le début d’une enquête sur une étrange affaire. Appelons-là « Tuer le cancer pour 486 euros ». C’est une affaire qui commença sur France-Inter le 19 janvier dernier. C’est une affaire qui d’emblée se présenta comme une incongruité : le Pr Patrizia Paterlini-Bréchot était invitée sur les ondes publiques pour assurer le lancement de  « Tuer le cancer » éditions Stock, 285 pages, 19,50 euros. On retrouvera ici son intervention et ses réponses à Patrick Cohen ». La veille l’auteure était interrogée, avec nuances, sur France 5 (« Le Magazine de la Santé »). Puis, le 26 janvier, toujours sur France 5 dans « La Grande Librairie ».

Dans tous les cas une perspective diagnostique et thérapeutique radieuse, des questions à foison. Rappelons que Mme Paterlini-Bréchot mène depuis plus de trente ans une quête scientifique ambitieuse : « traquer » le cancer en isolant au sein du sang circulant les cellules cancéreuses qui, avant les premiers symptômes, signent la présence d’un processus malin en formation. C’est une quête menée par une femme enthousiaste et courageuse – une femme atypique qui, dans le passé, a déjà suscité diverses polémiques assez complexes jamais véritablement explorées par les gazettes. C’est aussi, point notable, une quête menée au sein de l’espace de la recherche publique française : l’INSERM, l’université Paris Descartes et l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Moins cher que le test américain

Ces longues recherches ont conduit à la mise au point d’un test dénommé ISET« Isolation by Size of Tumor cells / Trophoblastic cells »). Ce test (objet d’autant d’espoirs que d’interrogations) a été breveté par les institutions publiques au sein desquelles travaille la chercheuse. Il est aujourd’hui commercialisé dans des conditions qui restent à expliquer.  La publication de la dérangeante autobiographie de Mme Paterlini-Bréchot fournit l’occasion d’en vanter les mérites. L’occasion, aussi, de s’interroger sur les conditions plus qu’étonnantes dans lesquelles elle en assure la commercialisation.

Mme Paterlini-Bréchot explique assez benoîtement que les personnes intéressées souffrant d’un cancer (ou pas) peuvent avoir tous les renseignements sur le un site dédié : http://www.isetbyrarecells.com/fr/. On y trouve les deux laboratoires d’analyse privés (à Paris et à Nice) qui en France proposent (pour 486 euros) cette méthode non remboursée par la Sécurité sociale. Elle aimerait que ce remboursement soit possible mais cela « demandera beaucoup de temps ». Elle explique aussi que la somme peut apparaître élevée mais qu’elle l’est moins que celle demandée pour un test américain nettement moins performant que le sien. Et qu’en toute logique ce test devrait devenir une pratique systématique.

Silences généralisés

Des références scientifiques ? Mme Paterlini-Bréchot cite, en boucle, les travaux, en cours, menés à Nice, par les Prs Paul Hofman et Charles-Hugo Marquette 1. Les voix habituelles du monde de la cancérologie ne prennent pas la parole 2. Gustave Roussy et l’Institut ne semble pas intéressés. Les sociétés savantes sont muettes. Le service de presse de l’assurance maladie, sollicité à plusieurs reprises, est aux abonnés absents. On interroge, dès le 19 janvier, l’Institut National du Cancer. Rien. Relances.

« – Nous avons bien reçu votre sollicitation mais l’Institut n’a pas d’éclairage particulier à apporter pour le moment sur les travaux du Pr Partelini. »

On a peur de mal se faire comprendre. On reformule sa question : « Qui, en France, décide (et sur quelles bases) qu’une méthode de diagnostic « du cancer » peut-être mise sur le marché ? Et quelles sont les procédures qui permettent son remboursement par l’assurance maladie ? »

« – Ce sujet fera l’objet d’une discussion en interne, nous ne manquerons pas de revenir vers vous. »

 On ne revient pas. On insiste.

« – Pour faire suite à votre demande, je vous informe que la technique ISET est soutenue par l’Institut National du Cancer à hauteur de 1,6 M€ sous la forme de quatre ‘’Appels à projets’’. Elle est actuellement en cours d’évaluation. » 

 Le temps passe. Le 23 janvier on précise la demande: « Qui procède à cette évaluation ? Pouvez-vous en dire plus sur les appels à projet ? Pouvez-vous expliquer comment une technique « en évaluation » peut faire l’objet d’une commercialisation ? ». On redemande. Silences. Nous sommes le 5 février.

Loyauté

A Paris le laboratoire Laboratoire Probio (9, rue Stanislas – 75006) enregistre les demandes qui affluent. Le test est proposé autant aux personnes avec un « cancer solide connu » qu’à celles « sans cancer diagnostiqué ». Au téléphone on vous précise que le prélèvement de sang pour la « Cytopathologie sanguine ISET®» est effectué uniquement sur rendez-vous tous les mardis et jeudis entre 9h00 et 11h00. On rappelle qu’il faut une ordonnance médicale et le formulaire rempli et signé. On s’y engage à avoir « reçu une information loyale, claire et adaptée ». La voix vous rappelle le montant « 486 euros » et la même voix souligne (« c’est important »), l’absence de remboursement.

Cette enquête ne fait que commencer. Elle risque de prendre du temps.

A demain

1 « Tabagisme : détecter, via le sang, le cancer du poumon des années avant. Mais encore ? » Journalisme et santé publique, 31 octobre 2014

Dans Libération (Eric Favereau) du 2 février on peut lire ceci :

« (…) Quand on interroge Paterlini-Bréchot sur l’état réel d’avancement du test, elle reste floue : «C’est un test unique, mais il n’est pas encore complet.» Pourtant, sur France Inter, elle lâchera plus tard : « Je voudrais que, demain, ce soit un test de routine lors d’une prise de sang. Et qu’il soit remboursé. Ce sont d’énormes économies à court terme. » On attendra donc. Subsistent des interrogations sur les enjeux financiers. Son mari, le professeur Christian Bréchot, qui était directeur de l’Inserm, a dû démissionner en 2009 pour cause de cause de conflits d’intérêts. « C’est une chercheuse qui a été intéressante, reconnaît un éminent professeur. Avec son livre, elle a choisi le buzz médiatique plutôt que l’avancée scientifique. C’est un peu dommage (…).»

Formulaire disponible sur le site de la société Rarecells Diagnostics SAS, 101 rue de Sevres 75280 Paris Cedex 06 France – Rarecells Holdings c/o O’Connor Davies Munns & Dobbins, LLP 500 Mamaroneck Ave, Suite 301 Harrison, NY 10528 USA).

 

 

Baclofène: son efficacité et les conflits d’intérêts exacerbent de nouvelles passions médicales

Bonjour

Baclofène, c’est une huile sans cesse versée sur un feu toujours ravivé. On imaginait que les dernières publications scientifiques, présentées début septembre à Berlin, seraient de nature à calmer le jeu. Il y eut aussi la remarquable émission télévisée (France 5, 20 septembre) Un documentaire fait d’intelligence et de respect (Marie Agostini) suivi d’un débat mené sous une bienveillante férule (Marina Carrère d’Encausse).

Las. La guerre de tranchée n’a pas cessé pour autant. Aujourd’hui 5 octobre nouveau pilonnage, massif, en provenance de L’Obs : « Baclofène : deux études très positives et deux autres conçues pour échouer »

Il est signé du Dr Renaud de Beaurepaire, psychiatre, chef de service à l’hôpital Paul Guiraud (Villejuif), de Samuel Blaise, président de l’association Olivier Ameisen, de Yves Brasey, vice-président de l’association Baclofène, du Dr Bernard Granger, professeur de psychiatrie, université Paris Descartes et de Sylvie Imbert, présidente de l’association Baclofène.

Qui veut sa peau ?

Le chapô dit tout ou presque du contenu : « Sur quatre études, deux montrent que le baclofène est efficace dans le traitement de l’alcoolo-dépendance et deux ne montrent aucun bénéfice. Mais pour ces deux dernières, les protocoles sont dès le départ mal conçus. Qui veut la peau du baclofène ? »

« L’instillation du doute est une technique industrielle bien connue pour déconsidérer des données scientifiques incontestables. Avec cette série des quatre études, on a l’impression que l’histoire est en train de se répéter, que le même objectif est atteint : le baclofène est un traitement qui donne des résultats variables selon les études, c’est un traitement controversé. On occulte volontairement la question de la dose. Et on demande des études complémentaires.

«Comme si l’important était de remettre à plus tard la reconnaissance du baclofène dans le traitement de l’alcoolisme. Les malades peuvent bien mourir, c’est accessoire. Qui a intérêt à ce que les choses se passent ainsi? L’analyse des commentaires de certains collègues, ou de sociétés savantes, ainsi que les conditions d’apparition du baclofène comme traitement de l’alcoolisme suggèrent des pistes de réponse.

Le charabia de la SFA 

Les auteurs estiment que le dernier discrédit en date le plus exemplaire du baclofène est le « Communiqué de presse concernant les études baclofène » publié par la Société Française d’Alcoologie (SFA) le 19 septembre 2016. Il signé par le président de la SFA, le Pr Mickael Naassila (Inserm, Groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances, université de Picardie).

« (…) Autrement dit, un charabia qui noie le poisson et nie l’évidence : le baclofène est efficace dans les études où il peut être prescrit à doses suffisantes (le traitement doit être adapté à chaque patient, qui répond à une dose donnée, faible ou forte, qui est la sienne) et pas dans celles ou les doses maximales sont trop faibles. Et le communiqué de conclure : « il reste encore beaucoup à faire… », c’est-à-dire que la SFA attend des études complémentaires. »

« On instille le doute, on repousse à plus tard… Toute la stratégie des industriels qui veulent discréditer des données scientifiques incontestables est là. Un membre de la SFA, l’alcoologue suisse Jean-Bernard Daeppen, dans une interview au journal Le Matin dimanche (le 25/09/16), va d’ailleurs plus loin : « Ce que démontrent ces études est plutôt le peu d’efficacité du Baclofène ». Comment expliquer de telles déclarations toujours hostiles malgré des essais qui confirment l’efficacité du baclofène dans l’addiction à l’alcool ? »

Feu sur le laboratoire Lundbeck !

Les auteurs de L’Obs vont alors plus loin, beaucoup plus loin. Ils estiment que les réponses à leur question sont de plusieurs ordres et « sont en rapport avec des liens d’intérêts, la mentalité du microcosme de la SFA et l’absence d’une pratique médicale centrée sur le patient ».

« La SFA en tant que société savante et ses dirigeants, dont le Pr Daeppen cité ci-dessus, ont des liens d’intérêts massifs et privilégiés avec le laboratoire Lundbeck. Ce laboratoire possède un produit appelé nalmefène ((Selincro ®), d’une famille thérapeutique et d’un mode d’action différents de ceux du baclofène. Le nalmefène a été développé alors que le baclofène faisait irruption dans le paysage pharmacologique de l’alcoolo-dépendance. Il a été commercialisé en septembre 2014 en France.

 « Il faut ajouter que ce produit a peu d’efficacité et que certains pays ont refusé de l’admettre dans leur pharmacopée, comme encore dernièrement l’Australie, dont les autorités sanitaires considèrent que « son efficacité clinique ne peut être déterminée ». L’enjeu commercial pour Lundbeck est donc considérable et le laboratoire a tout intérêt à doper les ventes du nalmefène, bien qu’il en connaisse la faible efficacité. Cela passe d’une part à travers des actions pseudo scientifiques à visée commerciales via les prises de position des leaders d’opinion, et nécessite d’autre part de dénigrer le baclofène, qui menace ses parts de marché.

 Transparence et bienveillance

« La SFA reçoit des financements du laboratoire Lundbeck depuis des années car dans le cadre du lancement du nalmefène ce laboratoire a financé la SFA par des subventions directes, en participant aussi de façon substantielle au financement des journées annuelles de la SFA et en finançant aussi en partie la mise au point de recommandations édictées par la SFA parues quelques trois mois après la commercialisation du nalmefène, dont ces recommandations disent évidemment grand bien, malgré toutes les critiques dont ce produit a fait l’objet de la part d’évaluateurs indépendants.

 « Les dirigeants de la SFA ont des liens multiples avec Lundbeck comme cela peut se vérifier sur le site transparence.sante.gouv.fr. On y trouve des pages entières d’avantages et de conventions en faveur du président de la SFA, de ses prédécesseurs, les Prs H.-J. Aubin et F. Paille. Sur les vingt-trois membres de son bureau et de son conseil d’administration, seuls trois n’ont aucun lien d’intérêt avec Lundbeck. Il faut ajouter que les liens avec d’autres laboratoires sont quasi inexistants. »

Mandarins établis

Bienveillants, les auteurs de la tribune de L’Obs « se refusent à penser que des liens d’intérêt aient pu motiver telle ou telle réaction publique, tel ou tel article à prétention scientifique ». Ils « n’osent pas imaginer que des médecins pour certains universitaires puissent s’abandonner à de telles pratiques déshonorantes ». Ces auteurs « préfèrent se convaincre que seule l’ignorance de la juste prescription du baclofène dans le traitement de l’alcoolo-dépendance est à l’origine de leur fâcheuse méprise ».

Ils citent, pour finir, le Pr Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif national d’éthique. Dans son introduction à la journée consacrée au baclofène organisée à l’hôpital Cochin le 17 septembre dernier, il évoqua l’hypothèse d’un « establishment qui s’est senti blessé ». Establishment est-il le nouveau patronyme de l’antique mandarinat ?

A demain

Alcooliques : une grande émission de télévision; faire l’économie de l’enfer et des démons ?

 

Bonjour

Ce fut, mardi 20 septembre « en première partie de soirée sur France 5 », une émission de télévision comme on pourrait en rêver 1. Un documentaire fit d’intelligence et de respect (Marie Agostini) suivi d’un débat mené sous une bienveillante férule (Marina Carrère d’Encausse). Un alcoologue confessant ses erreurs passées (le Dr Philippe Batel). Une ancienne « cadre dirigeante » du BTP devenue alcoolique après la mort de son mari –  aujourd’hui ressuscitée (Laurence Cottet). Une médecin alcoologue éclairante travaillant dans le service addictologie de l’hôpital de Valence (Dr Christine Joly).

Et les membres lumineux d’un « Groupe de parole » lumineusement filmés. Nous étions aux antipodes des visages floutés et des caméras cachées. Une télévision faite de respect et de hauteur de vue comme on redoutait qu’il n’en existât plus.

Béquilles

Sujet : la « maladie alcoolique ». Ou plus précisément ce qui ce trame avant et après la prise en charge de la phase aigüe de cette maladie chronique. Les plaisirs infinis, l’angoisse de la rechute, la possible renaissance à la vie, le dégoût de soi sous-jacent, l’abrutissement auto-administré, les béquilles indéfiniment débouchées, décapsulées, les béquilles au goulot qui vous laissent bientôt allongés sur le plancher, la honte toujours recommencée.

Tout fut dit, compris, sous la caméra de Marie Agostini. Comment ne pas saluer le courage et la solidarité thérapeutique d’Etienne,  de Virginie, de Christine et de son mari, de Fabrice, de Thierry et de tous les autres ? Des gueules, des confidences, quelques pleurs, des rires, des rideaux de nostalgies. Jamais de voyeurisme. La classe de la documentariste. C’est elle qui fait comprendre, aux antipodes des sorties médiatiques autocentrées (cf  l’addictologue libérale Marie de Noailles), l’humanité,  les soins et l’apport soignant des « Groupes de parole » hospitaliers ?

Paroles et écrits

Chaque chapitre de la maladie alcoolique fut, sinon disséqué, du moins raconté : la honte, le déni, l’énergie considérable dépensée à prendre du plaisir, à cacher, à se mentir, à se brûler, à s’autodétruire, le sevrage, la rechute, la quête d’une explication dans le passé, la fragilité, les émotions à fleur de peau. Toute une sémiologie et, derrière les grands invariants diagnostiques, la puissance thérapeutique de la parole. Ce fut ainsi une émission où l’on ne parla pas des « médicaments antialcooliques » – hormis une petite pique, presque déplacée, du Dr Batel sur le baclofène.

Une émission où l’on parla de la parole mais aussi de l’aide, également puissante, de l’écrit. Et de ceux qui ont le pouvoir politique, dramatiquement impuissants quand isl ne sont pas complices.

Vade retro

Et puis, dans tout cela quelques touches métaphoriques récurrentes, comme des scories : « le démon de l’alcool », « l’enfer de la bouteille » etc. D’un côté que l’excès d’alcool n’est ni un vice, ni une tare, ni un manque de volonté. Pour autant on ne peut faire l’économie du péché, de la honte, du prix à payer. C’est une maladie certes, mais une maladie qui ne parvient pas à se séparer de la religion et tout particulièrement de la chrétienté. Il faut faire taire le démon qui est en soi. Pourquoi ? La métaphore aide-t-elle à soigner ? On évitera le terme guérir : chaque alcoolique a, tout bien pesé, suffisamment payé pour savoir que le paradis n’est pas ici.

«  De fait nous ne sortons pas des « paradis infernaux »,  du petit singe (ou démon) sur l’épaule, bref de  l’aliénation, résume le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Un Alien aujourd’hui, un démon jadis. Ce n’est pas moi, c’est un autre qui se révèle avec les substances que je consomme. Et cet autre est tout puissant – comme un mauvais copain de récréation…   Dur de passer de la Sorcellerie à la neurobiopsychologie sans garder une saveur d’inquisition, un peu de religion et beaucoup de morale. Demain, peut-être ? ». Demain, sans doute.

A demain

1 « La vie après l’alcool » France 5 (à voir ou revoir sur Pluzz)