Agnès Buzyn laissera-t-elle longtemps gonfler l’abcès psychiatrique de Saint-Etienne ?

Bonjour

Un esprit dérangé rirait de la coïncidence.

C’est un communiqué de presse de la Haute Autorité de Santé : « Améliorer la coordination des soins dans le domaine de la santé mentale ».

C’est une enquête de France Bleu : « La folle mise au ban de la psychiatrie à Saint-Étienne » (David Valverde). Où l’on  retrouve l’invraisemblable abcès psychiatrique stéphanois.   Le service hospitalier de psychiatrie est maintenant en grève depuis le 13 septembre. Une révolte pour dénoncer le manque criant de moyens dont les malades mentaux sont les premières victimes.

« Malgré les propos rassurants de la direction de l’hôpital sur l’antenne de France Bleu Saint-Étienne Loire ces dernières semaines, il semble que les choses ne s’améliorent pas, bien au contraire. La situation ne cesse de se détériorer selon les professionnels de santé et les familles de malades que France Bleu a pu rencontrer. Ce mardi matin, les psychiatres sont « convoqués par le directeur de l’hôpital. Depuis dix-huit mois, ce sont dix-huit médecins qui ont quitté leur poste.  

« En novembre et décembre prochains, trois d’entre eux vont quitter la Charité et laisseront 315 patients sans suivi. Aujourd’hui, faute de médecins, 140 patients sont sur liste d’attente pour être soignés, liste qui grandit chaque jour, car depuis début juillet, aucun nouveau malade n’est accepté, sauf ceux qui passent par les urgences.  Les personnes condamnées par la justice à des obligations de soins ne peuvent plus être suivies. Il n’y a pas la place.  Aujourd’hui, les courriers envoyés par les professionnels de santé, par les associations de familles de malades à l’Agence Régionale de Santé et au ministère de la santé sont restés lettres mortes. » 

Aujourd’hui, poursuit France Bleu,  il n’y a plus assez de médecins expérimentés pour accompagner des étudiants internes, parfois parachutés, par défaut à des postes à responsabilité, à des salaires d’assistants. Les familles de malades et les personnels soignants redoutent qu’il faille un jour un drame impliquant un malade mal ou non suivi pour que des mesures nettes soient prises pour redonner des moyens à la psychiatrie hospitalière stéphanoise.

A Paris la Haute Autorité de Santé estime que dans la prise en charge des patients souffrant de troubles mentaux, la coordination entre les médecins généralistes et les autres acteurs de soins (psychiatres, psychologues, infirmiers, etc.) est « insuffisamment développée ».

Pour un peu on en rirait.

A demain

Emmanuel Macron autorisera-t-il la culture du cannabis récréatif au profit des EHPAD ?

Bonjour

 Jacques Pédehontaà est un homme responsable : maire de la commune de Laàs (Béarn des Gaves), conseiller départemental, et président de l’Agence de développement touristique du Béarn et du pays basque. En mars 2016, dans les allées du salon international de l’agriculture, M. Pédehontaà invitait le ministre de l’Economie à venir dans les Pyrénées-Atlantiques. Croisant Emmanuel Macron il l’a salué « comme s’il s’agissait d’un vieil ami ». Puis, l’étreignant, il lui a murmuré quelques mots à l’oreille – l’invitant notamment à venir dans les Pyrénées-Atlantiques. Une scène immortalisée par Francine Trouilh, membre de la confrérie de la Blonde d’Aquitaine de Sauveterre-de-Béarn.

 Aujourd’hui Jacques Pédehontaà « que l’on dit proche de Francois Bayrou » – vient d’écrire à Emmanuel Macron pour lui exposer un projet original : lancer, à titre expérimental et pendant trois ans, la culture du cannabis (à usage thérapeutique et récréatif) sur 10 à 20 hectares dans le Territoire du Béarn des Gaves (cinquante-trois communes des Pyrénées-Atlantiques). Le 26 juin il a détaillé sa proposition, reprise par  France Bleu). Objectif : « préserver les services de proximité et améliorer le revenu des exploitations agricoles » ;  permettre aux paysans locaux la culture et la transformation ; aux pharmaciens, la vente du cannabis thérapeutique ; aux buralistes, la vente du cannabis récréatif. Le tout sous le contrôle des autorités républicaines. Jacques Pédehontaà :

« Nous, ce qu’on propose au président de la République, c’est de lui dire qu’on est prêt à maîtriser toute la filière et faire une expérimentation dans l’attente de la légalisation. Vous pourrez contrôler, mesurer l’efficience du dispositif et de l’expérimentation. Il y a un enjeu majeur en termes de fiscalité pour l’État à s’emparer de ce débat et à l’encadrer. Parce que ce sont des milliards … d’une économie qui est aujourd’hui souterraine en France.

« Cette économie permettrait aux agriculteurs de mieux vivre, aux buralistes de mieux vivre, aux pharmaciens de mieux vivre, et surtout, l’argent perçu par l’État pourrait être réorienté vers l’école et la prévention, l’agriculture ou encore les EHPAD, le monde médical et la ‘’silver économie’’. Il y a là une possibilité importante de réorienter et de redresser les choses ».

Piment d’Espelette

A  la différence des responsables de la communauté d’agglomération du « Grand Guéret « (Creuse) qui réclame le droit de cultiver du cannabis à usage thérapeutique, l’édile béarnais mise aussi sur l’usage du cannabis récréatif  – qui ne serait vendu que chez les buralistes. Jérôme Récapet, président de la chambre syndicale des buralistes de Béarn et Soule,  est prêt « à jouer le jeu » :

« Aujourd’hui, il y a de moins en moins de fumeurs. On sait très bien qu’il va falloir faire d’autres choses, être dynamiques, être de vrais commerçants et non plus seulement des débitants de tabac. Alors pourquoi pas le cannabis ? C’est très avancé de vous dire ça, mais participer au projet, se poser les bonnes questions …oui. Après on verra ce qui peut être fait ».

Le maire de Laàs assure aussi avoir obtenu l’accord d’une vingtaine d’agriculteurs, prêts à cultiver le cannabis et à en assurer la transformation. Jean-Marc Maisonnave, producteur de kiwis et responsable de la FDSEA dans le canton de Sauveterre-de-Béarn :

« On veut essayer de développer notre agriculture, mais franchement j’aurais préféré que ça reste thérapeutique parce que fumer du cannabis, ce n’est pas bon pour la santé, ce n’est pas bon pour nos jeunes. Mais ça se développe dans tous les pays – et nous avons déjà fait de la culture de chanvre, qui était très encadrée ».

Opium, cocaïne et Hospices de Beaune

Au moment où le Palais de l’Elysée recevait la lettre postée à Laàs, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime annonçait que la production mondiale de cocaïne (essentiellement en provenance de Colombie) et celle d’opium (principalement d’Afghanistan) venait d’atteindre son plus haut niveau historique. La production mondiale d’opium a bondi de 65 % de 2016 à 2017 pour atteindre 10 500 tonnes. Et la fabrication mondiale de cocaïne s’approche des 1500 tonnes.

Corollaire : les surfaces de culture de pavot à opium ont progressé de 37 % au niveau mondial entre 2016 et 2017, atteignant aujourd’hui 420 000 hectares.  Quant à la la culture de feuille de coca elle se fait aujourd’hui sur 213 000 hectares au niveau mondial, dont 69 % se trouvent en Colombie.

Vérité au-delà des Pyrénées, erreur en deçà ? Autoriser la culture du cannabis au profit des EHPAD ? On espère que le maire de Laàs aura expliqué au président de la République que cette entreprise ne serait pas très éloignée du maillage solidaire qui, jadis, voyait la culture de la vigne soutenir le budget des hospices. Une solidarité dont on retrouve encore la trace, aujourd’hui, ici ou là. Comme lors de la vente annuelle de quelques grands crus bourguignons au profit des malades des Hospices de Beaune.

A demain

 

 

 

Deux morts dans l’attente des urgences : l’onde de choc, la réaction politique d’Agnès Buzyn

Bonjour

Accepter ou s’indigner ? Ce sont bien évidemment les réactions d’indignation qui affluent. L’annonce de la mort, de deux personnes de 90 ans, mi-avril et début mai, dans la salle d’attente des urgences du CHU de Tours a rapidement pris une ampleur nationale. On sait aujourd’hui que l’une des deux personnes est restée plus de six heures sur un brancard et la seconde plus de quatre heures.

Un infirmier aux urgences de nuit a déclaré à l’AFP : «Ces personnes ont été vues par les infirmiers d’accueil. Elles n’ont pas pu être placées en box pour être examinées médicalement et se voir prodiguer les soins nécessaires suffisamment tôt. Elles sont décédées dans une salle d’attente, post-triage, sur des brancards au milieu d’autres personnes qui attendaient d’être prises en charge». Cet infirmier dénonce «un goulot d’étranglement à l’entrée des urgences qui crée un temps d’attente inacceptable».

Le Pr Gilles Calais, président de la Commission médicale d’établissement et membre de la direction du CHU de Tours, a déploré également auprès de l’AFP que «ces patientes en détresse médicale importante, grave, soient décédées dans des délais entre 4 et 8 heures après leur admission». « Des patients en fin de vie doivent-ils mourir aux urgences? Non. Il faut réguler les flux en amont, explique-t-il. Nous avons deux cents décès aux urgences chaque année. La majorité surviennent dans ces conditions-là. Ce n’est pas une problématique spécifique au CHU de Tours. »

Droit d’alerte

Localement les soignants hospitaliers dénoncent un manque d’effectif, de moyens et de temps pour s’occuper des patients admis aux urgences.  Anita Garnier, infirmière de nuit à Trousseau, (syndiquée Sud) a résumé à La Nouvelle République sa vision de la situation :

« On dénonce l’impossibilité de prendre en charge correctement les patients dans ce service, qui enregistre en moyenne plus de 150 passages par jour. Des décès aux urgences, il y en a souvent, tous les jours malheureusement, mais ce sont les conditions de la mort de ces deux patients qui ne nous conviennent pas, dans la salle d’attente précisément. « Ces deux défunts n’ont pas eu le droit de mourir dans la dignité, avec un proche à leur côté, dans un box individuel, et n’ont pas pu avoir les soins d’hygiène nécessaires. Nos personnels n’ont pas eu la possibilité de leur offrir cela, à cause du flux et du manque de lits dans une salle bondée. » 

Sud Santé avait déjà, précisément, prévenu des risques aux urgences en déposant le 3 février dernier, un droit d’alerte portant sur les conditions de travail et d’accueil au sein des urgences. Ils dénonçaient alors des salles d’attente bondées, et les possibles conséquences dans la qualité de la prise en charge.

Insupportable

Accepter ou s’indigner ? Le fonctionnement du CHU de Tours est affecté depuis plusieurs mois par une série de mouvement de grève touchant différents services – sur fond de suppression de lits, de restructuration et de tension croissante entre la direction et les syndicats hospitaliers. François Braun, président de Samu-Urgences de France, dénonce une situation inacceptable et appelle justement à une réorganisation du dispositif. « Tout cela montre l’urgence de repenser tout le système, mais pas un petit bout du système., dit-il. Quand vous travaillez aux urgences, c’est pour sauver des gens. Quand il arrive un drame comme celui là, ils sont directement touchés dans leur chair. »

Accepter ou s’indigner ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a jugé nécessaire, au vu de l’émotion suscitée par la découverte de ces deux décès, de prendre la parole, parole terrible reprise par France-Bleu  :

« Franchement, évidemment c’est insupportable. Moi même, je me rappelle quand j’étais médecin d’avoir vu des personnes âgées sur les brancards dont personne ne s’occupait. Je sais à quel point les conditions se sont dégradées depuis 10 ou 15 ans.  Ce n’est pas l’arrivée au pouvoir de ce gouvernement, qui fait que tout d’un coup, cela explose. On rabote les moyens de l’hôpital. Il faut revoir qui fait quoi entre la médecine de ville et la médecine hospitalière. Je m’engage à une transformation systémique de notre système de santé. »

La ministre pressent-elle qu’il faudra transformer plus, beaucoup plus, que « notre système de santé » ? Le Comité national nationale d’éthique vient de dénoncer la concentration, la «ghettoïsation» et l’abandon de nombreuses personnes très âgées au sein de notre société. Que pourra, ici, Agnès Buzyn ?

A demain

Autisme et politique : Emmanuel Macron annonce un prochain remboursement du dépistage

 

Bonjour

Tout aurait dû n’être connu que demain. Mais Emmanuel Macron n’a pas résisté à brûler quelques politesses : il a ainsi, dès ce 4 avril, annoncé « au moins 340 millions d’euros prévus sur cinq ans ». Une somme destinée à « un renforcement des investissements dans la recherche sur l’autisme ». Et une annonce faite à l’occasion d’un déplacement présidentiel (perturbé) au CHU de Rouen – avec visite du président dans une unité de détection précoce.

« On va investir dans la santé, c’est essentiel. Il y a des réorganisations à faire, a expliqué le président Emmanuel Macron aux personnels de santé du CHU de Rouen. Pour moi, l’autisme, c’est une cause essentielle. Pour beaucoup de familles, ce sont des vies qui sont bouleversées. Le cœur de ce que nous voulons faire, c’est de renforcer nos investissements en matière de recherche ». a insisté le président de la République. Il était accompagné d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé et de Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées – ainsi que de son épouse Brigitte Macron.

L’unité du CHU de Rouen visitée est spécialisée dans le diagnostic précoce des troubles du spectre autistique – il faut en moyenne un an et demi pour obtenir un diagnostic en France. « Il faut avoir un diagnostic le plus tôt possible. Nous allons généraliser la formation de tous les professionnels, pédiatres, médecins, pour avoir, au 9e mois ou au 24e mois, aux consultations prévues, le réflexe de vérifier le minimum et alerter sur un trouble psycho-autistique » a déclaré Emmanuel Macron.

« En matière de politique de l’autisme, la France n’est pas au niveau , avait récemment reconnu Mme Cluzel. Les familles concernées sont trop souvent exposées à un parcours du combattant indigne de notre République et la France se trouve loin derrière de nombreux pays de l’OCDE en matière de recherche. »

Selon l’AFP, le président de la République a évoqué la mise en place d’un « forfait de remboursement pour les parents à partir du 1er janvier 2019 » pour les dépistages  ainsi que « le développement d’une école inclusive». Mais encore ? Il ne reste plus demain, au Premier ministre Edouard Philippe, que de détailler la mise en place concrète des mesures.

A demain

#Metoo au Mans : mise en examen pour viols et agressions sexuelles d’un psychiatre de 72 ans

 

Bonjour

La vie comme elle va, dans la Sarthe et les médias. Le 10 janvier un psychiatre installé au Mans a été mis en examen pour « viols et agressions sexuelles ». C’est ce que révèlent les médias locaux, dont France Bleu -ainsi que le site d’informations Mediapart.

Selon ces médias, l’information judiciaire a été ouverte après une garde à vue du médecin  pendant 48 heures, résume Le Quotidien du Médecin. Elle fait suite à la plainte d’une patiente déposée à la mi-décembre. C’était la première plainte déposée devant la justice à l’encontre de ce spécialiste. Ce dernier avait en revanche fait l’objet d’une série de plaintes devant l’Ordre des médecins – plaintes restées sans suite pour la plupart, comme l’explique Mediapart.

Accusé à trois reprises de viol, en 1995, en 2004 et en 2017, le médecin avait été condamné en octobre 2017 à trois mois de suspension pour « gestes déplacés sur ses patientes ». La qualification de viol n’a pas été retenue par la chambre disciplinaire de première instance « faute de preuves ». Le psychiatre avait décidé de faire appel.

Témoignages

Selon les témoignages des femmes qui ont porté plainte contre ce médecin (témoignages recueillis dans le détail par France Bleu), le psychiatre leur caressait les cheveux, les embrassait ou encore leur demandait d’enlever leurs vêtements lors des consultations, pour ensuite avoir des relations sexuelles avec elles. L’une d’elles, suivie depuis 2001 par le médecin après le décès de son mari, a toutefois finit par porter plainte au pénal – et ce  « à la suite de l’affaire Weinstein et après avoir arrêté un médicament »« Je me suis rendu compte qu’il m’avait manipulée physiquement et moralement », témoigne-t-elle, en précisant qu’elle n’a pas réagi car elle était très fragile au moment des faits.

Une autre femme affirme avoir été victime d’attouchements sexuels répétés et d’un viol à partir de ses 16 ans – le médecin est l’un des seuls à être aussi pédopsychiatre dans le département. Elle consultait « à la suite du suicide de son frère et de la séparation de ses parents », rapporte Médiapart. Seule la plainte déposée en 2016 aboutira à une sanction en 2017.

Âgé de 72 ans, installé depuis près de quarante ans, le médecin exerçait toujours. « Le procureur de la République a décidé de mettre en examen le psychiatre à l’issue de sa garde à vue. Une information judiciaire est ouverte pour viols, agressions sexuelles, écrit France Bleu.  Il est aussi placé sous le statut de témoin assisté pour abus de faiblesse. Selon le procureur, il pourrait y avoir d’autres victimes. Une perquisition a d’ailleurs été menée hier matin au cabinet du psychiatre. Le procureur de la République a requis son placement sous contrôle judiciaire avec une interdiction d’exercer son métier jusqu’à nouvel ordre. Le médecin manceau nie les accusations de viols et d’agressions sexuelles. D’après nos informations, il aurait reconnu avoir eu avec sa patiente des relations sexuelles consenties. Ce qui évidemment est contraire à code de déontologie de la médecine. »

La vie comme elle va, dans la Sarthe, l’Ordre et les médias.

A demain

Le Conseil d’Etat a finalement tranché le cas d’Inès, 15 ans, en « état végétatif persistant »

Bonjour

Tragédie moderne. Soit le cas d’ Inès, âgée de 15 ans, en « état végétatif persistant » depuis juin 2017, conséquence d’un arrêt cardio-respiratoire  chez cette jeune fille atteinte d’une myasthénie auto-immune. Inès au cœur d’une bataille médicale et judiciaire opposant ses parents au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy.

Le 7 décembre, la justice avait donné raison au CHRU qui souhaitait « laisser mourir la jeune fille ». Les parents d’Inès refusent l’arrêt des soins. « Notre fille nous appartient, pas aux médecins, affirme sa mère. Tant qu’il n’y a pas de certitude, c’est comme si j’autorisais son crime.  Je trouve qu’elle est consciente par moments. » « Ils veulent qu’on maintienne leur fille en vie, car ils veulent croire en une guérison » explique Me Frédéric Berna, leur avocat. Des parents persuadés que leur fille est encore capable de certains mouvements – volontaires selon eux. Des « mouvements réflexes » affirment les médecins. Nous avions, il y a peu, évoqué cette tragédie moderne.

 Que peut la justice éclairée par la médecine ? Trois experts, mandatés par le tribunal administratif, ont estimé qu’Inès était plongée « dans un état végétatif persistant » et qu’elle « n’a pas et n’aura plus jamais la capacité d’établir le moindre contact » avec ses proches. Que peut la médecine ? Le CHRU de Nancy a lancé une « procédure collégiale » visant à arrêter les soins. Les parents avaient saisi la justice administrative pour s’y opposer. Ils avaient quinze jours pour contester la décision du tribunal administratif de Nancy devant le conseil d’Etat, ce qu’ils ont fait.

Et le Conseil d’Etat a validé, vendredi 5 janvier, la possibilité que les médecins de l’hôpital de Nancy puissent procéder à l’arrêt des soins d’une adolescente de 14 ans, dans un état végétatif depuis juin, mais que les parents refusent de laisser mourir : « Traitements administrés à une enfant. Le Conseil d’État se prononce sur une décision médicale d’arrêter les traitements administrés à une enfant se trouvant dans un état végétatif persistant ». Ecoutons les magistrats du Palais Royal :

« (…) selon le rapport des trois médecins experts rendu à la demande du tribunal administratif de Nancy, le pronostic neurologique de l’enfant est « catastrophique » et qu’elle se trouve dans un état végétatif persistant, incapable de communiquer avec son entourage, le caractère irréversible des lésions neurologiques étant certain dans l’état actuel de la science.

Nouvelle lecture diagnostique des comas profonds

« Il indique également qu’il est impossible de déterminer quelle aurait été la volonté de l’enfant et relève que les parents de l’enfant s’opposent à l’arrêt des soins. Toutefois, malgré cette opposition, au vu de l’état irréversible de perte d’autonomie de l’enfant qui la rend tributaire de moyens de suppléance de ses fonctions vitales et en l’absence de contestation sérieuse tant de l’analyse médicale des services du CHRU de Nancy que des conclusions du rapport du collège d’experts mandaté par le tribunal administratif, il juge qu’en l’état de la science médicale, la poursuite des traitements est susceptible de caractériser une obstination déraisonnable, au sens des dispositions de l’article L. 1110-5-1 du CSP.

Par conséquent, la décision du 21 juillet 2017 d’interrompre la ventilation mécanique et de procéder à l’extubation de l’enfant répond aux exigences fixées par la loi et ne porte donc pas une atteinte grave et manifestement illégale au respect d’une liberté fondamentale. Le juge des référés du Conseil d’État rejette donc l’appel des parents contre l’ordonnance du juge des référés du tribunal de Nancy.

Il précise toutefois qu’il appartient au médecin compétent d’apprécier si et dans quel délai la décision d’arrêt de traitement doit être exécutée compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce. En outre, la mise en œuvre de cette décision imposera en tout état de cause à l’hôpital de prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder la dignité de la patiente et de lui dispenser les soins palliatifs nécessaires. »

En écho, donc, les mots d’une mère : « Notre fille nous appartient, pas aux médecins. Tant qu’il n’y a pas de certitude, c’est comme si j’autorisais son crime.  Je trouve qu’elle est consciente par moments. » Des mots qui entrent soudain en résonance avec la nouvelle lecture diagnostique des comas profonds que vient de proposer le PLionel Naccache (Institut du cerveau et de la moelle épinière, Pitié-Salpêtrière) dans la revue spécialisée Brain: « Minimally conscious state or cortically mediated state? »1.

C’est ainsi, parfois, que s’écrivent les tragédies modernes.

A demain

1 « Le coma ne sera plus jamais ce qu’il a trop longtemps été » Slate.fr, 5 janvier 2018

Prévenir la mort subite du nourrisson augmente-il le nombre des «bébés à tête plate» ?

Bonjour

Qui trop prévient mal étreint ? C’est une polémique peu banale et un vrai dilemme de santé publique posé à la Haute Autorité de Santé (HAS). L’affaire est parfaitement résumée sur le site Medscape France (Dr Isabelle Catala).  Une association de patients – le Lien – a saisi la HAS quant au risque de plagiocéphalie (ou « bébés à tête plate ») en rapport  avec la couchage des enfants sur le dos tandis que des pédiatres des centre de référence de la mort inattendue du nourrisson (Ancrenim) redoutent que l’abandon du couchage sur le dos augmente le risque de survenue de mort inattendue.

Pour Le Lien trois mille enfants de plus de deux ans et demi sont atteints de cranioplagie en France, avec des conséquences parfois graves. Pour cette association la plagiocéphalie est liée à la diffusion de masse des recommandations de couchage sur le dos des enfants depuis les années 1990 précise Medscape. Elle parle de « troubles de diverses gravités, avec parfois des dégâts importants du développement psychique, cérébral ou physique du nourrisson. Ces troubles peu récupérables passé l’âge de deux ans et demi, entraînent chez certains enfants, un coefficient de développement abaissé associé à des problèmes biomécaniques, physiologiques, esthétiques et psychologiques.

Experts auto-proclamés

Pour leur part les pédiatres de l’association Ancrecim (Association des centres référents sur la mort inattendue du nourrisson) craignent que l’agitation autour des « bébés à tête plate » incite les parents à ne plus respecter la règle du couchage sur le dos qui évite chaque année des morts subites. Une crainte relayée par l’association « Naître et vivre » qui parle de« grave désinformation médiatique »:

« Parler de la plagiocéphalie n’autorise pas à anéantir 25 ans de prévention de la mort inattendue du nourrisson ! il faut continuer de coucher les bébés sur le dos, c’est vital… ! La préoccupation  de parents et de médecins concernant l’aplatissement du crâne de certains bébés, est bien sûr légitime. Cet inconvénient survient lorsque les bébés sont en permanence positionnés sur le dos, sans pouvoir bouger, et peut provoquer une déformation inesthétique. Cela n’est en rien incompatible avec les précautions de couchage diffusées depuis 25 ans et qui ont permis, en France comme partout dans le monde de réduire de 75% le nombre de morts inattendues du nourrisson. Elles ont été établies à partir de multiples études scientifiques, épidémiologiques et physiopathologiques publiées depuis 30 ans.

Rappelons l’efficacité de cette prévention à tous ceux qui n’en mesureraient pas immédiatement l’enjeu : on déplore encore en France chaque année 100 à 150 morts d’enfants qui auraient été évitables si les conseils de base avaient été respectés. Ainsi que les professionnels cités (« experts » auto-proclamés du sujet) qui semblent surtout avides d’assurer la   notoriété de leurs activités et de promouvoir leurs liens commerciaux, internet ou publicitaires, avec tout le mépris qu’ils expriment pour leurs « scarabées » de clients…. mais néanmoins pourvus de parents suffisamment aisés…  En fait, dans l’immense majorité des cas, le crâne des bébés concernés se remodèle spontanément avec la croissance et le développement de l’enfant. »

Couchage dorsal strict

Pour les pédiatres de l’Ancremin les recommandations internationales de couchage dorsal strict dans un environnement sécurisé de literie sont de mise « tant que le nourrisson d’arrive pas à se retourner sans aide ». « Le couchage sur le côté augmente singulièrement le risque de mort inattendue par basculement puis étouffement, tout comme les coussins ou cales-bébés, ajoutent-ils. Les plagiocéphalies sont avant tout dues au fait que le bébé soit empêché de varier ses postures et ne soit pas libre de sa motricité. »

Les experts de la HAS prendront sans doute connaissance du livre « Mon bébé n’aura pas la tête plate » des Drs Bernadette de Gasquet et Thierry Marck, ouvrage recommandé par Le Lien. Ainsi que des travaux du Pr Guillaume Captier, chef du service de chirurgie orthopédique et plastique pédiatrique du CHU de Montpellier. Ce dernier estime notamment qu’« en cas de déformation du crâne, ce n’est donc surtout pas le couchage sur le dos qui doit être remis en question, mais bien la mobilité cervicale de l’enfant ». On attend la synthèse et les conclusions de ces experts. Mettront-elles un terme à la polémique ?

A demain