Psychiatriser l’homosexualité : pour le Vatican les paroles du pape ne sont plus d’Evangile

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Comment dit-on rétropédalage en romain ? Nous soutenions, hier, que le Vatican ne pourrait plaider l’ambiguïté quent à la position du pape François sur la nécessité d’avoir recours à la psychiatrie devant les premiers symptômes (avant 20 ans) de l’homosexualité. C’était pécher par oubli du savoir-faire des jésuites. Au journaliste qui lui demandait ce qu’il dirait à des parents constatant les orientations homosexuelles de leur enfant le pape, entre Dublin et Rome :

« Je leur dirais premièrement de prier, ne pas condamner, dialoguer, comprendre, donner une place au fils ou à la fille. Quand cela se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans. Je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer son fils ou sa fille qui a des tendances homosexuelles est un défaut de paternité ou de maternité. »

Révélation du lapsus

Or le Vatican a, le 27 août, modifié les paroles du pape en gommant le mot « psychiatrie » dans la transcription officielle (en italien, consultable sur le site du Vatican) de la conférence de presse tenue la veille dans l’avion. Une source vaticane a indiqué à l’Agence France Presse que ce caviardage avait été commis  « pour ne pas altérer la pensée du pape ». « Quand le pape se réfère à la “psychiatrie”, il est clair qu’il le fait comme un exemple qui rentre dans les différentes choses qui peuvent être faites, a encore expliqué cette source. Mais avec ce mot, il n’avait pas l’intention de dire qu’il s’agissait d’une maladie psychiatrique, mais que peut-être il fallait voir comment sont les choses au niveau psychologique. »

D’autres exégètes font valoir que Jorge Mario Bergoglio, d’origine argentine, ne fait guère de distinctions entre la psychiatrie, la psychologie et la psychanalyse. « En bon Argentin, rappelle Le Monde, il a révélé avoir lui-même suivi  »une psychanalyse »  pendant six mois, autour de la quarantaine, dans son pays. » Aussi  connaît-il sans doute mieux que d’autres, le poids des mots, le choc révélateur des lapsus.

Et, caviardage ou pas, que François ne compte pas sur la France, fille aînée de l’Eglise, pour le défendre. Le gouvernement d’Emmanuel Macron a ainsi fustigé des propos qu’il qualifie d’ « incompréhensibles et indéfendables ». Et ce par la voix de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes – et de la lutte contre les discriminations homophobes.

A demain

 NB : Sur France Culture : « Les transidentités, racontées par les trans ». En partenariat avec Slate, une série documentaire de Perrine Kervran, réalisée par Annabelle Brouard.

« Raconter les transidentités autrement et surtout demander aux interessé.e.s de nous les raconter. Retracer l’histoire de la militance « trans », décrypter la façon dont la médecine et la psychiatrie ont mis la main sur les destinées des personnes transgenres, montrer comment le questionnement du genre rejaillit sur toute la société. Et faire le point sur les revendications des personnes transgenres aujourd’hui. Pour sortir des récits de transitions spectaculaires, qui occultent le quotidien de citoyens considérés par l’Etat et la société comme des citoyens de seconde zone. » 

Mensonges sur l’efficacité des médicaments anti-Alzheimer : les accusations du Pr Luc Buée

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1er août 2018. A compter de ce jour l’Assurance maladie cesse de rembourser quatre médicaments utilisés dans le traitement de la maladie d’Alzheimer (les spécialités Aricept, Ebixa, Exelon et Reminly ainsi que leurs génériques). Selon Agnès Buzyn (qui a enfin suivi ici les recommandations de la Haute Autorité de Santé) les économies réalisées devraient être uttilisées à des fins d’accompagnement des personnes souffrant de cette maladie (soit environ 90 millions d’euros par an).

Ce sujet d’actualité était traité, dès l’aube, par France Culture : « Alzheimer, le grand oublié des politiques publiques ? ». Invitée : Béatrice Gurrey, journaliste au Monde et auteure du très remarqué « La tête qui tourne et la parole qui s’en va » (Robert Laffont) – récit sur la maladie d’Alzheimer qui a touché ses deux parents. Loin du ronronnement culturel habituel de la station l’émission aura été marquée par deux éléments originaux :

1 La phase II de l’essai clinique du BAN32401. Et France Culture d’évoquer le Congrès mondial de la Maladie d’Alzheimer (22 – 26 juillet, Chicago). « A l’occasion de ce congrès, les laboratoires américain Biogen et japonais Eisai ont présenté un médicament dont la molécule BAN32401 pourrait ralentir le déclin cognitif des patients atteints d’Alzheimer » explique-t-on aux auditeurs.

Le laboratoire américain Biogen et son partenaire japonais Eisai ont présenté conjointement à Chicago un essai clinique réalisé sur 858 patients atteints de la maladie à un stade précoce. Lors de la phase II tous les patients ont reçu, pendant 18 mois, l’anticorps BAN32401 : 10 mg par kg et par mois, ou tous les 15 jours.  Les auteurs de cet essai auraient alors observé une baisse de l’aggravation des troubles de la mémoire chez 30% des patients associée à une « disparition » des plaques amyloïdes. Pour Biogen « ces résultats soulignent que les maladies neurodégénératives pourraient ne pas être aussi difficiles à traiter qu’elles le paraissaient ».

Un point de vue partagé par le Pr Bruno Vellas, fondateur du Gérontopôle du CHU de Toulouse et du Consortium européen sur la maladie d’Alzheimer (EADC). Interrogé par La Dépêche, il affirme que cette nouvelle molécule pourrait révolutionner la prise en charge de la maladie d’Alzheimer. « Si cette phase II est confirmée par les phases III, en cours y compris à Toulouse, nous avons de grandes chances de parvenir à un traitement d’ici 2 ou 3 ans. »

2 Les accusations du Pr Luc Buée. Le Pr Buée est directeur de recherche au CNRS. Il est directeur de l’équipe « Alzheimer & Tauopathies », UMR 837 Inserm-UDSL-CHRU, au  Centre de Recherche Jean-Pierre Aubert (Université de Lille). Très prudent quant à l’interprétation qui peut être faite des résultats de phase II ce spécialiste ne cache pas ses critiques concernant Agnès Buzyn et sa décision de dérembourser les quatre médicaments « anti-Alzheimer » (écouter à partir d’1h 12).

Pour le Pr Buée ces médicaments, contrairement aux discours dominants, ne sont pas inefficaces. Dire que ces médicaments « ne fonctionnent pas » est selon lui « un mensonge ». Leur bénéfice-risque » est, selon lui, « plutôt favorable ». Ils permettent notamment de « retarder de plusieurs mois l’institutionnalisation » des malades. Et tout ceci « pour 30 euros par mois ».  Aussi le Pr Buée explique-t-il « avoir du mal » à comprendre la  décision de la ministre des Solidarités et de la santé. Une décision que rien, selon lui, ne justifiait.

Pour compléter les informations sur le sujet on se reportera à une autre émission, récente, de France Culture où l’invité (le Pr Olivier Saint-Jean, patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou) expliquait pourquoi il fallait que ces médicaments soient déremboursés.

Faute de connaître la vérité via le politique, rien de plus précieux qu’une radio publique assumant la complexité des sujets.

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Les soignants peuvent-ils « séquestrer » leurs « managers » pour mieux se faire entendre ?

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Les médias généralistes nationaux n’en parlent pas. Ou si peu. Une larme sur France Culture. Sécheresse sur France Inter. Depuis plusieurs semaines un mouvement de grève du personnel affecte le fonctionnement de l’hôpital psychiatrique Pierre-Janet du Havre (ville dont l’actuel Premier ministre Edouard Philippe fut un temps un édile). Pourtant les images sont là : depuis dix jours un groupe de sept agents occupe le toit de l’établissement pour réclamer l’ouverture d’une nouvelle unité d’hospitalisation, la création de cinquante postes, l’arrêt de la polyvalence des agents et la titularisation des personnels aux statuts précaires. Nous sommes loin, ici, du maintien d’on ne sait quel « privilège ».

« Ce mouvement a franchi un cap le jeudi 5 juillet au soir. Entre 19 h 30 et 20 h 20, les grévistes ont retenu le directeur de l’établissement, son adjointe et la directrice des soins au dernier étage du bâtiment, rapportent quelques médias. Ils avaient été, le matin, une vingtaine à prendre la décision de séquestrer leur directeur après l’échec des négociations organisées le matin.  Tous ont quitté les lieux vers 21 heures après avoir discuté avec les représentants syndicaux et deux médecins de l’établissement. »

Les syndicalistes rejettent le terme de « séquestration » pour lui préférer celui de « blocage ». Le Syndicat des managers publics de santé (SMPS) a aussitôt dénoncé des méthodes « injustifiables et inadmissibles ». Le syndicat se désole qu’« une nouvelle fois, l’intimidation, la contrainte, l’emploi de la force ne soient pas considérés comme des lignes rouges, mais comme des moyens utilisables pour obtenir satisfaction ». Les grands mots. Le refus de comprendre la dimension symptomatique, le poids du symbolique. Faut-il redire que la « satisfaction », ici, vise les malades ?

Que disent d’autres ces syndicalistes-managers ? Ils  appellent de ses vœux le retour à l’apaisement et demande aux pouvoirs publics de rappeler « fermement à la règle les personnes à l’initiative de tels actes ». Où l’on mesure, au Havre comme ailleurs, le chemin qui reste à accomplir pour une convergence des luttes syndicales au sein de l’hôpital.

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Extension du domaine de la lutte contre les addictions : les jeux sur écrans des adolescents

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19 juin 2018. Les radios matinales s’en régalent : l’addiction aux écrans est officiellement une « maladie mentale ». France Inter et France Culture tendent utilement leur micro au Dr Olivier Phan, pédopsychiatre, addictologue à la Fondation santé des étudiants de France 1The New York Times use quant à lui du conditionnel.

L’actualité : l’addiction aux jeux vidéo (ou « trouble du jeu vidéo ») vient d’être reconnue comme une maladie par l’Organisation mondiale de la santé : elle figure dans la 11e version de sa Classification internationale des maladies – première mise à jour globale de cette nomenclature depuis le début des années 1990.

« Après avoir consulté des experts dans le monde entier, et après avoir avoir examiné la littérature de manière exhaustive, nous avons décidé que ce trouble devait être ajouté », a déclaré le directeur du département de la santé mentale et des toxicomanies de l’OMS, Shekhar Saxena. Il s’agit là, selon l’organisation onusienne, d’« un comportement lié à la pratique des jeux vidéo ou des jeux numériques, qui se caractérise par une perte de contrôle sur le jeu, une priorité accrue accordée au jeu, au point que celui-ci prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes, et par la poursuite ou la pratique croissante du jeu en dépit de répercussions dommageables ».

Comment porter le diagnostic ? Lorsque l’on observe au fil du temps des conséquences majeures sur les « activités personnelles, familiales, sociales, éducatives, professionnelles ». Quand « la personne joue tellement que d’autres centres d’intérêt et activités sont délaissés, y compris le sommeil et les repas ».

Prise en charge par l’Assurance-Maladie ?

L’OMS évalue à pas moins de 2,5 milliards le nombre de personnes qui, à travers le monde jouent aujourd’hui à des « jeux vidéo ». Mais le trouble ne toucherait qu’une « petite minorité » de tous les amateurs.

« Il n’y a pas de profil type, ou plutôt il n’y en a plus, expliquait en février dernier le Dr Phan au Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) Les problèmes liés à l’usage du jeu vidéo touchent toutes les couches de la société. En revanche, il existe des différences avec les autres types de consommateurs que l’on reçoit. Là où les parents d’un accroc au cannabis vont se plaindre du fait qu’il soit ‘’toujours dehors’’, ceux d’un consommateur problématique de jeux vidéo vont trouver qu’il ne ‘’sort jamais’’. Un usage problématique des jeux vidéo ne signifie pas juste ‘’jouer beaucoup’’. Il est problématique parce qu’il s’accompagne d’un impact sur la vie familiale, sociale et sur l’emploi du temps. Un adolescent qui joue intensément, mais qui n’hypothèque pas son avenir et reçoit ses amis chez lui pour jouer à la console ou se déplace en lan (rassemblement de joueurs sur un week-end N.D.L.R), n’est pas à classer parmi les joueurs problématiques. »

Pour ce spécialiste le classement par l’OMS des troubles de l’usage de jeu vidéo au sein de la CIM pourrait changer beaucoup de choses au niveau d’une éventuelle prise en charge de ces troubles par l’Assurance-Maladie. « Nous pourrions aussi espérer obtenir des financements spécifiques pour établir des protocoles de recherche et des parcours de prise en charge, ajoutait-il en février. Pour traiter un problème, et le problème existe bel et bien, il faut le nommer. »

C’est fait.

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1 « Jeux vidéo, alcool, cannabis. Prévenir et accompagner son adolescent » : le Dr Phan a cosigné (avec les Drs Céline Bonnair et Alexandre Har, la psychologue Nathalie Bastard et le coordinateur du CSAPA Pierre Nicole de Paris, Zephyr Serehen) un ouvrage qui vise à aider les parents à accompagner, informer et prévenir leurs adolescents face aux conséquences des usages problématiques de jeux vidéo, aux conduites à risques pouvant être engendrées par les prises d’alcool, et enfin aux difficultés liées à l’abus et la dépendance de cannabis.

 

Cannabis et Ascension : Emmanuel Macron autorisera-t-il la culture du Pantagruélion ?

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Très bon sujet stupéfiant, lors de la fête de l’Ascension, sur les ondes laïques de France Culture :  « Cannabis, héroïne, opiacés : drogues, la révolution ?  I »; « Cannabis, héroïne, opiacés : drogues, la révolution ?  II »

Où l’on revenait sur l’éternel sujet de la légalisation du cannabis. Invités éclairés : Gaspard Koenig philosophe, enseignant à Science Po, directeur du think-tank Génération Libre et Bertrand Lebeau-Leibovici médecin addictologue.

Avec, en toile de fond problématique : une fois dépénalisé et légalisé comment faire pour prévenir sa cosnommation par des mineurs. L’exemple actuel du tabac, des buralistes et de l’incurie du pouvoir exécutif n’est pas, on en conviendra, de nature à rassurer. On aimerait, ici, entendre un peut plus les libéraux radicaux.

Le même jour, Le Parisien traite d’une autre facette, thérapeutique, du même sujet ; où l’on croit comprendre que la ruée vers l’or aurait commencé. Destination : la cité de Guéret. C’est que la Creuse, département plus excentré que jamais, réclame haut et fort le droit de produire « à titre expérimental » (sic) du cannabis pour usage médicinal. Où l’on apprend, aussi, que sans attendre le feu vert de Paris, un agriculteur « s’est déjà lancé en toute illégalité dans cette production ».

Herbe magique

« C’est une vraie révolution. Pas encore très visible. Mais déjà en marche, s’amuse Elsa Mari. Tout commence fin décembre lorsque Eric Correia, élu PS, demande une dérogation à l’Etat pour faire pousser du chanvre thérapeutique sur les terres de son département. Si Emmanuel Macron n’a pas encore répondu à sa demande d’expérimentation, les paysans du coin (sic) que nous avons rencontrés, excités par ce projet inédit, sont déjà prêts à en planter. L’un d’eux, comme il nous l’annonce, a déjà commencé. »

Une quarantaine de pays ont déjà autorisé le cannabis thérapeutique, délivré sur ordonnance : Espagne, Italie, Royaume-Uni, une partie des Etats-Unis… Même l’Allemagne l’a légalisé l’an dernier. Un dossier tabou et sans fin en France. « Il faut reprendre les études sur le cannabidiol (CBD) dans l’Hexagone, presse William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions. Cela devrait être l’objectif de ce quinquennat. »

Où l’on retrouve ainsi, cinq siècles plus tard, Emmanuel Macron confronté à cette invention du Dr François Rabelais : le « Pantagruélion » (Tiers-Livre). C’est là une herbe magique. « Elle  possède plusieurs caractéristiques du chanvre, mais elle les dépasse. Ennemie des voleurs, elle s’utilise pour obstruer la bouche de certains d’entre eux. Elle sert aussi de corde pour pendre les hommes fautifs. Ne se consumant pas au contact du feu, elle permet aux flammes comme aux cendres de ne pas se propager. Cette herbe a une puissance immense qui effraie les Dieux, c’est pourquoi ils ont décidé de lui résister. »

Le texte du Dr Rabelais se clôt sur l’éloge du royaume de France, royaume duquel provient le Pantagruélion.

 

 

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Faire appel à Freud pour expliquer l’engouement dont Brigitte Macron est l’objet ?

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Que serait la démocratie française sans les ondes gratuites de France Culture ? Lundi 7 mai 2018. Journal de la mi-journée. Invitée : Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Outre la réponse embarrassée de Mme Schiappa quant à la polémique naissante sur « la quête française de l’absolu et les 50 euros d’APL », on entend notamment ceci :

« Les Français sont dans une forme de paradoxe. On est à la fois extrêmement attaché à notre histoire et notamment à la Révolution française qui est un événement fondateur du pays avec les valeur qui ont été portées par la Révolution. tel que nous le connaissons aujourd’hui. Et dans le même temps, c’est vrai, je crois que la France a un besoin d’incarnation, qui se retrouve dans ce que propose le chef de l’Etat. Et d’ailleurs la cinquième République elle est fondée sur cela. Elle est fondée sur un Président de la République qui incarne véritablement  l’Etat.

« Et je crois d’ailleurs que l’engouement des Française et des Français pour la personne de Brigitte Macron, elle se trouve aussi là-dedans, dans ce besoin d’incarnation de quelque chose qui nous dépasse. Je sais que c’est politiquement incorrect de dire cela, mais je crois que l’explication est quasiment freudienne, on est un peuple romanesque, romantique, et qui aime avoir un couple à sa tête. Et c’est la vérité que l’on observe. Il suffit de voir le nombre de courrier et la popularité de Brigitte Macron pour le comprendre. »

Invité suivant de France Culture : Régis Debray, philosophe et écrivain, figure de la vie intellectuelle française. Il revient sur les mutations de notre histoire politique qu’il a observées ces cinquantes dernières années – et ce à l’occasion de la sortie de son « Bilan de faillite » (Gallimard). Hauteur de vue avec quelques envolées lumineuses. Redoutable passage sur la « transcendance ». L’auditeur en vient à regretter que Marlène Schiappa ne soit plus là.

A demain

PS: les biographes à venir de Mme Schiappa retiendront que, selon Le Canard Enchaîné, cette dernière multiplie les compliments à l’égard de la Première dame. « Je suis très proche de Brigitte, on s’appelle souvent. Elle me soutient beaucoup. Elle me demande des conseils », raconterait ainsi la secrétaire d’Etat, ancienne mancelle.  Lors d’un récent déplacement au consulat de New York, elle aurait confié à quelques femmes autour d’elle : « Hier, Simone de Beauvoir, aujourd’hui Brigitte Macron ». Cette comparaison a été confirmée par l’entourage de la secrétaire d’État à Closer.

Alzheimer, médicaments et courage politique : Agnès Buzyn va-t-elle les dérembourser ?

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C’est une question essentielle et une polémique à venir : la maladie d’Alzheimer existe-t-elle ? Tous les éléments sont à retrouver dans un ouvrage dérangeant 1. L’un des auteurs vient d’en exposer l’essentiel sur les ondes matinales de France Culture. Il s’agit du Pr Olivier Saint-Jean, patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou, membre de la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de Santé et enseignant à l’université Paris-Descartes.

Selon lui bien plus qu’une réalité médicale (900 000 personnes en France), la maladie d’Alzheimer serait une « construction sociale pour décrire la vieillesse ». La découverte de la vieillesse et la vieillesse transformée en pathologie. On peut l’entendre ici, sept minutes éclairantes. Et ce spécialiste de poursuivre un combat qu’il mène depuis longtemps : dénoncer l’inefficacité (quand ce n’est pas la toxicité) des médicaments présentés comme « anti-Alzheimer ».  Il redit, sur France Culture, que ces médicaments sont inefficaces et fournit les derniers éléments, politiques, du dossier :

« Pr O.S.-J. : Ces médicaments sont totalement inefficaces. La démonstration scientifique en a été apportée [en octobre 2016] par la Haute Autorité de Santé. Et il y a quelques semaines cette même Haute Autorité de Santé a bouclé le dossier médico-administratif de la radiation, ce qui fait qu’aujourd’hui le dossier est prêt à la signature de la ministre.

France Culture (Florian Delorme) : Mais on se souvient qu’alors la ministre de la Santé Marisol Touraine ne s’était pas rangée à l’avis de la Haute Autorité de Santé. Pensez-vous que l’actuel gouvernement pourrait s’y risquer ? Et je parle bien de risque…

Pr O.S.-J. : Dès lors qu’Agnès Buzyn ne cesse de parler de la ‘’pertinence des actions de soins’’ comme axe de politique de santé, elle se doit de dérembourser. Car ce qui est démontré par la Haute Autorité de Santé, c’est la non pertinence de ces médicaments.

France Culture (Florian Delorme) : Mais cela fait longtemps que c’est le cas, cela fait au moins deux ans 2

Pr O.S.-J. : Oui mais il y a des courages politiques qui existent et d’autres qui n’existent pas. »

Le Pr Olivier Saint-Jean dira encore que c’est là un sujet « terriblement sensible ». Qu’il mesure bien le fait que son regard critique dérange, bouscule. Qu’il est beaucoup plus simple, pour tout le monde, familles et médecins, de dire que le déclin cognitif est une  « maladie ». Que réinsérer la personne dans le parcours du vivant normal c’est bousculer beaucoup de choses. Et que c’est soulever, en même temps, une équation compliquée à l’heure où émerge la question du financement de la dépendance.

Courage politique, donc. Que fera, dans un tel contexte Agnès Buzyn ? Ou que ne fera-t-elle pas ?

A demain

1 « Alzheimer, le grand leurre » Olivier Saint-Jean & Eric Favereau (Editions  Michalon). 

2 A dire vrai le début de l’affaire est bien plus ancien : « Alzheimer: l’astuce (française) du balayeur Bertrand » Slate.fr 2 mai 2012

Lire aussi : « Alzheimer: les malades doivent-ils encore prendre leurs médicaments ? » Slate.fr  20 novembre 2016