Dépakine® : l’usine de Sanofi qui la fabrique dans les Pyrénées est soudain mise à l’arrêt

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C’est une séquence médiatique, environnementale, médicamenteuse et politique riche d’enseignements, notamment chronologiques.

 I Mediapart -et France Info (8 juillet 2018) : « L’usine Sanofi du bassin de Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, émettait au printemps 2018, date des dernières mesures disponibles, jusqu’à 190 000 fois plus que le maximum autorisé d’une substance cancérogène et susceptible d’altérer la fécondité. Représentant·e·s écologistes et syndicaux s’alarment mais l’État ne sanctionne pas. »

II La République des Pyrénées (9 juillet 2018) : « Epinglé par un rapport de la Dreal pour des rejets toxiques trop importants de son usine implantée à Mourenx, le groupe Sanofi a décidé de suspendre sa production sur le site.  « Sanofi Chimie décide d’engager dès aujourd’hui l’arrêt de la production de son site de Mourenx, et d’opérer les améliorations techniques annoncées et indispensables à un retour à la normale », a dévoilé le groupe dans un communiqué ce lundi soir, au terme d’une journée durant laquelle les rejets anormaux de son usine implantée en Béarn ont pris une place importante dans l’actualité nationale (…) Sanofi, qui emploie une quarantaine de salariés à Mourenx, fabrique les principes actifs de la Dépakine®, un épileptique (sic) controversé notamment interdit aux femmes enceintes. Toujours dans son communiqué, le groupe assure qu’il « a diligenté une enquête pour mieux comprendre les causes et l’historique de la situation. »(sic)».

III Communiqué du gouvernement français (10 juillet 2018) :  « Le Gouvernement prend acte de la décision de SANOFI de suspendre immédiatement la production sur son site industriel de Mourenx. Toutes les conditions en matière d’émissions et d’absence de risques pour les salariés et les riverains devront être réunies pour que l’État puisse autoriser une reprise de l’activité du site. Des prélèvements et analyses seront effectués par des laboratoires indépendants sur le site et dans son voisinage pour s’en assurer. »

Où l’on apprend qu’en avril 2018 l’État avait mis en demeure l’industriel, par arrêté préfectoral, de respecter les valeurs limites d’émission de différents composés organiques volatils (COV) – et ce sous 3 mois sous peine de fermeture administrative. « Cette procédure faisait suite à un contrôle de l’inspection des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) qui avait révélé une situation de dépassement inacceptable des normes de rejets pour plusieurs composés organiques volatils et notamment pour le bromopropane. Les mesures et analyses effectués immédiatement ont établi que ces dépassements ne présentaient pas de dangers pour les riverains à court terme » ajoutent les ministres Hulot et Buzyn.

Le gouvernement précise que cette usine fait aussi l’objet d’une « procédure » concernant ses rejets dans l’environnement de valproate de sodium, principe actif de la Dépakine®. Dans ce cadre, le gouvernement avait déjà saisi en juin à la fois l’ANSES, l’ANSM et l’INERIS pour évaluer les données transmises par SANOFI. Ces agences rendront leurs conclusions le 12 juillet. Et après ?

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« Alcool zéro » pendant neuf mois : Agnès Buzyn et le vieux logo que personne ne voit 

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« Scoop » d’Agnès Buzyn. C’était sur franceinfo, le 26 juin : « Un logo zéro alcool pendant la grossesse sur toutes les bouteilles ». Pour quand ? « C’est pour… je dirais … la fin de l’année … on est en train de négocier’’ ».  Agnès Buzyn précise alors avoir « obtenu des alcooliers » qu’ils ne s’opposent pas à sa volonté (sic). Un logo « qui explique bien qu’on ne doit boire aucun alcool pendant la grossesse ».

La ministre des Solidarités et de la santé a simplement omis de dire que cette mesure est déjà en vigueur « sur toutes les bouteilles » et ce depuis 2006 – une  décision prise par Xavier Bertrand, alors ministre de… la Santé et des solidarités. Il s’agit depuis douze ans, sur tous les contenants de boissons alcooliques, d’une image minuscule tentant de montrer un profil de femme enceinte associé à un cercle barré. Un logo ou une « phrase d’information » : « La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant ».

 Lire la suite sur Slate.fr  « ‘’Alcool zéro’’ pendant la grossesse, un nouveau logo qui existe déjà »

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Levothyrox : comment entretenir médiatiquement une polémique en voie d’essouflement

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Amplement relayée par France Info et différents médias généralistes l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) a annonce, jeudi 14 juin, avoir commandé une analyse à un laboratoire étranger sur la nouvelle formule du Levothyrox. Ces recherches révèleraient , dit-on, que cette formule contient moins de lévothyroxine que les spécifications en vigueur, ce qui pourrait expliquer les dysfonctionnements du traitement. « Des patients cancéreux se trouvent sous-dosés en hormones thyroïdiennes, nous avons observé de façon conséquente des réveils de cancers endormis depuis des années », fait valoir l’association.

Cette étude mettrait aussi en évidence la présence de « dextrothyroxine », qui ne figure pas, toujours selon l’association, dans la liste des composants. « Cette substance de synthèse, non commercialisée en France, a été retirée de la vente aux États-Unis en raison d’effets secondaires similaires à ceux décrits aujourd’hui par les malades de la thyroïde qui décrivent des crampes, maux de tête, vertiges et perte de cheveux » précise France Info.

Les résultats de cette étude ont été transmis à la juge d’instruction du pôle santé de Marseille chargée du dossier, ouvert pour « tromperie aggravée, blessures involontaires et mise en danger d’autrui ». L’AFMT, estimant que « la ‘sécurité sanitaire’ ne permet pas d’attendre l’issue de l’instruction pénale pour agir », en appelle à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Elle lui demande notamment de mener une étude sur un nombre significatif d’échantillons, ancienne et nouvelle formule, par des laboratoires indépendants.

« À ce stade, notre association ne prétend pas, sur une seule étude, disposer d’une ‘preuve’ indiscutable, mais d’un fait nouveau important. Car si ces résultats étaient confirmés, comme on peut le penser, ils pourraient constituer une explication rationnelle à cette crise, d’origine toujours inconnue », précise toutefois l’AFTM.

Une affaire dont nul ne voit plus la fin

Retour de volée immédiat de l’ANSM : « Les résultats d’analyses sur la nouvelle formule de Levothyrox rendus publics ce jour par l’AFMT ne sont ni détaillés, ni accompagnés d’informations sur le laboratoire ou la méthode utilisée. Aussi, il n’est pas possible, à ce jour, de se prononcer sur leur validité. L’ANSM rappelle qu’elle a mené depuis septembre 2017 des analyses pour vérifier la qualité de la nouvelle formule de Levothyrox qui ont confirmé sa conformité.

Les analyses réalisées dans les laboratoires de l’ANSM : Une première analyse réalisée en septembre 2017 a permis de vérifier que la composition (teneur en principe actif, excipients) était bien conforme à celle mentionnée dans le dossier d’AMM. (voir résultats).

Une deuxième analyse réalisée en janvier 2018 sur les différentes spécialités à base de lévothyroxine a montré la présence de métaux à l’état de traces dans tous les médicaments analysés dont l’Euthyrox (ancienne formule du Levothyrox). La présence de traces métalliques dans des produits de santé ne représente pas en soi un défaut qualité ni un risque pour la santé dans la mesure où les concentrations sont inférieures aux seuils de sécurité établis par la communauté scientifique au plan international pour les médicaments. (voir les résultats)

Une troisième analyse réalisée en février 2018 a confirmé l’absence de butylhydroxytoluène (BHT) dans les comprimés de Levothyrox nouvelle formule et d’Euthyrox. (Voir les résultats)

Les résultats ont été publiés sur le site internet de l’Agence à chaque étape et communiqués notamment aux associations de patients lors des Comités de suivi des spécialités à base de lévothyroxine, dont le dernier s’est tenu au ministère le 2 mai 2018 (cf. communiqué de presse).

A ce stade le journaliste, quelle que soit sa bonne volonté, ne peut plus que tenir la chronique d’une série dont nul ne voit plus la fin.

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« PMA pour toutes » : Barbara Pompili fait médiatiquement mine de n’avoir rien compris

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7 juin 2018. Où l’on retrouve une expression caricaturale des interrogations croissantes de la majorité quant aux nouvelles convictions d’Emmanuel Macron. Slate.fr rapporte ainsi la sortie de l’invitée de « L’Instant politique » (France info). Il s’agit ici de Barbara Pompili, 42 ans, ancienne verte-PS aujourd’hui députée (LREM, Somme) et présidente de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale.

Entre glyphosate et logements accessibles aux personnes handicapées Mme Pompili s’est dite «favorable à la PMA pour toutes». Elle a notamment fait valoir que la situation actuelle relevait d’une «discrimation terrible», à laquelle s’ajoute «une discrimination économique car seules les femmes qui ont les moyens vont à l’étranger pour le faire».

Air connu, souvent partagé. On fera, ici, observer à l’élue indignée que la situation est autrement plus compliquée que la caricature qu’elle nous en fait. Et qu’au chapitre « économique » la « PMA pour toutes » soulèverait de nombreuses et difficiles questions – questions soulevées par le Comité national d’éthique dans son avis n°126 de juin 2017  – des questions économiques notamment 1 que la nouvelle famille politique de Mme Pompili maintient étrangement, depuis un an, sous le tapis.

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1 « (…) Enfin, la charge pécuniaire de l’utilisation des techniques de PMA hors des indications médicales ne saurait porter sur les moyens financiers de l’assurance-maladie. La question se pose dès lors : les femmes en couples ou les femmes seules devraient-elles supporter seules les frais inhérents à leurs demandes d’aide à la procréation s’ils ne relèvent pas d’indications médicales, ou une certaine forme de solidarité pourrait-elle être envisagée ? »  

Hôpital psychiatrique du Rouvray : l’abcès continue à se collecter, la direction se tait

 

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Il faut ici remercier l’AFP de tenir la chronique de ce conflit symptomatique. A l’hôpital psychiatrique du Rouvray, banlieue de Rouen, la grève de la faim observée par les soignants atteint son quatorzième jour. Et deux des sept grévistes ont, lundi été hospitalisés. Il restait donc, lundi à la mi-journée, cinq grévistes de la faim, selon l’intersyndicale.

« Jean-Yves Herment, âgé de 40 ans, a perdu entre 13 % et 14 % de sa masse corporelle, soit bien au-delà de la limite critique de 10 %. Il était déshydraté et très faible. Le SAMU l’a évacué lundi matin, sur une civière, vers un service spécialisé du CHU de Rouen », a expliqué Sébastien Ascoet, délégué syndical CGT. Il ajoute qu’un deuxième gréviste de la faim, âgé d’une trentaine d’années, a été également évacué en fin de matinée. Une femme de 40 ans qui se « trouve dans une situation très préoccupante » devait l’être rapidement. Selon ce syndicaliste, ces trois personnes, en grève de la faim depuis deux semaines, « présentent des risques de séquelles irréversibles ».

Jean-Luc Herment quelques jours avant son hospitalisation (France Info) :

« L’hôpital déborde de partout. On installe des patients sur des lits de camps et des enfants de 13-14 ans dans des chambres avec des adultes. Dans mon service, on est sensés être quatre en poste l’après-midi ou le matin mais on n’est jamais quatre, on est plutôt trois voire deux. Tout ça, ça engendre de la maltraitance, on devient maltraitant avec les patients. Je suis obligé d’enfermer des gens parce que je peux pas m’occuper d’eux, je trouve ça scandaleux. »,

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Ce mouvement vise à obtenir la création, dans l’établissement, de 52 postes d’aides-soignants et d’infirmiers. Les grévistes de cet hôpital du Rouvray dénoncent « une surpopulation chronique » et « une dégradation des conditions de travail et d’accueil ». Ces soignants sont mobilisés à travers différentes actions depuis le 22 mars. Cinquante-deux d’entre eux ont occupé les locaux de la direction du 31 mai au 3 juin.

« Sollicitée le 4 juin, la direction de l’hôpital n’a pas donné suite, précise l’AFP. Le 31 mai elle n’avait souhaité faire ‘’aucun commentaire sur les événements en cours’’. Le 24 mai, elle avait estimé qu’il n’y avait plus de suroccupation dans l’établissement à la suite d’un ensemble d’actions mises en place le 15 avril’’. »

Cette  direction avait notamment annoncé l’embauche de cinq contractuels, un chiffre jugé « ridicule » par les syndicats. « La comparaison des ressources d’assurance-maladie par habitant montre un positionnement du CHU du Rouvray au-delà de la moyenne nationale et de la moyenne régionale », avait alors rétorqué la direction.

Le 4 mai, cinq soignants observaient toujours une grève de la faim à l’hôpital psychiatrique du Rouvray. Afin de ne pas maltraiter, de mieux pouvoir exercer leur métier. Dans ses bureaux la direction se tait.

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Ehpad et Alzheimer : une infirmière en plus, quatre médicaments en moins (Agnès Buzyn)

 

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Deux informations à venir. La première est, dit France Info, une exclusivité de France Inter (Yaël Goosz). Elle concerne le quotidien des Ehpad (Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), un secteur à haut risque d’orage sociaux et de scandales potentiels (600 000 personnes, 7 200 Ehpad).

À l’issue d’une journée de travail avec l’Association des départements de France, au siège de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie des personnes âges, Agnès Buzun ministre des Solidarités et de la santé, dévoilera son plan d’action demain 30 mai. France Inter :

« Il y aura désormais une infirmière de nuit dans chaque Ehpad – c’est la mesure la plus concrète – grâce à plus d’effectifs et à plus de mutualisation, pour ne plus engorger les urgences, à la moindre alerte nocturne sur un patient (…) Coup d’accélérateur aussi sur le budget dédié aux soins. Davantage de moyens chaque année et plus vite. Montée en charge sur trois ans au lieu de sept. 430 millions d’euros doivent être injectés, soit 20 000 postes supplémentaires en équivalent temps plein. » 

Mais, ajoute la radio publique, de là à affirmer qu’il y aura bientôt, en France, un soignant pour un résident, ce qui est le cas dans les pays scandinaves, « il y a un pas que le gouvernement refuse de franchir ». « Le ministère préfère parler d’un rééquilibrage du ratio soignants-gestionnaires, ajoute-t-elle. En clair : moins et mieux d’administration, et davantage de personnels auprès des patients. » Avec ces annonces, le pouvoir exécutif espère endiguer l’un des premiers conflits sociaux auquel il a dû faire face. Pour les questions politique de fond, soulevées dans le dernier avis du Comité national d’éthique (un avis politique sans précédent sur les « enjeux éthiques du vieillissement »). Agnès Buzyn se donne un an pour répondre.

Vingt ans après, combien d’argent gâché ?

L’information, donnée le 25 mai par Libération, a été confirmée au Monde. Un arrêté signé par Agnès Buzyn, devrait acter dans les prochains jours le déremboursement des quatre médicaments (donépézil, rivastigmine, galantamine, mémantine) pouvant être prescrits chez les personnes présentant les symptômes de la maladie d’Alzheimer ou de pathologies voisines. On sait que  Haute autorité de santé (HAS) avait jugé en octobre 2016 que ces traitements (environ 90 millions d’euros de dépense annuelle pour l’Assurance-maladie, ne devaient plus être pris en charge. Marisol Touraine, alors ministre de la Santé avait toutefois refusé d’engager leur déremboursement immédiat. Elle avait alors conditionné un éventuel déremboursement à la mise en place d’un « protocole de soins élaboré par les scientifiques en lien avec les associations de patients ». C’est chose faite depuis vendredi 25 mai, avec publication par la HAS d’un guide pratique visant à « mettre en place un parcours de soins et d’accompagnement adapté » pour les patients souffrant d’Alzheimer et de maladies apparentées.

Rien dès lors, ne s’oppose plus au déremboursement de quatre spécialités pharmaceutiques inefficaces et potentiellement dangereuse (comme le rappelle aujourd’hui The Conversation en reprenant un texte du Pr François Chast) : l’Aricept (donepezil) de la firme Eisai (commercialisé depuis septembre 1997) l’Exelon (rivastigmine) de Novartis (mai 1998), le Reminyl (galantamine) de Jansen-Cilag (octobre 2000) et l’Exiba (mémantine) de Lundbek (mai 2002).

Il serait intéressant de connaître le montant total des sommes versées par la collectivité, depuis vingt ans, aux firmes pharmaceutiques. Intéressant, également, de savoir de quelle manière ces sommes auraient pu, en pratique, être utilisées au bénéfice de celles et ceux qui souffraient de troubles cognitifs progressifs.

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Scandale au SAMU : le CHU de Strasbourg dira-t-il un jour toute la vérité sur ce qui s’est passé ?

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Dans l’affaire « du Samu de Strasbourg », on ne les avait pas entendu. Les parents de Naomi Musenga viennent de tenir une conférence de presse. « Que justice soit faite, c’est cela notre première préoccupation pour cette enfant qui était aimée de tous », a déclaré son père Polycarpe Musenga. Ce dernier estime avoir été « baladé » en ce qui concerne les circonstances de la mort de sa fille, décédée à l’âge de 22 ans. Il a également remercié « la presse et les réseaux sociaux » sans lesquels « cette histoire » n’aurait pas été mise sur la place publique. On sait que l’affaire avait été révélée par un magazine local : Heb’di

L’écoute de la conversation entre Naomi Musenga et l’opératrice du Samu ? C’est « un enregistrement qui nous foudroie », a déclaré la mère de la jeune fille, Bablyne Musenga. Selon elle sa fille, jeune mère de famille, n’avait pas d’« antécédents médicaux ». « Pourquoi l’appel de ma fille n’a pas eu de réponse ? Pourquoi n’a-t-on pas répondu à son appel et pourquoi l’autopsie n’a-t-elle pas été faite à temps ? ». Le rapport d’autopsie précisait que celle-ci avait été effectuée 112 heures après le décès.

Plus de quatre mois après les faits l’affaire fait aujourd’hui l’objet de trois enquêtes, l’une interne au CHU de Strasbourg (conclusions attendues le 24 mai) une deuxième de l’IGAS et une troisième, préliminaire ouverte par la procureure de la République. Le tout sur fond d’indignation tweetée d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

« Manquement grave à la procédure » 

Depuis la révélation de cette affaire Le Monde enquête de manière remarquable, prolongeant ainsi le travail d’Heb’di.  Directeur général du CHU de Strasbourg depuis 2014, Christophe Gautier, a contacté le quotidien pour affirmer sa « démarche de recherche de la vérité » et sa « politique de transparence totale ». Il soutient avoir eu connaissance de « l’affaire Naomi » le 28 avril, au lendemain de la parution de l’enquête d’Heb’di. « On ne peut rien préjuger avant la fin de l’enquête, mais des premières auditions découlent une forte présomption de manquement grave à la procédure » confie-t-il. Et de   démentir les informations syndicales selon lesquelles une surcharge de travail aurait influé sur le comportement de l’opératrice du Samu :

« Cette personne travaillait ce jour-là en horaires de douze heures, de 7 h 30 à 19 h 30. L’incident a eu lieu au début de son service, et elle venait par ailleurs de rentrer de quinze jours de congés annuels : la fatigue n’est donc pas en cause. »

Où l’on découvre progressivement qui était cette opératrice, l’une des trente-trois assistants de régulation médicale (ARM) que compte le Samu de Strasbourg. L’opératrice, à ce poste depuis moins d’une dizaine d’années, disposait, selon M. Gautier, d’une « solide expérience », renforcée par vingt ans de service en tant qu’ambulancière. D’autres informateurs assurent qu’elle rentrait d’une période de vacances. Pour l’heure elle est suspendue à titre conservatoire. Lors des auditions inhérentes à l’enquête, elle n’a pas contesté les faits. On la dit « très affectée ».

« SAMU rigole et raccroche » 

L’enquête menée par le CHU devra expliquer pourquoi le comportement de cette opératrice n’a pas été signalé plus tôt à la direction. « Normalement, les équipes confrontées à un événement indésirable grave sont obligées de le signaler », assure Christophe Gautier. Où est, ici, la faille ? La Haute autorité de la santé (HAS) définit comme un « événement indésirable grave » tout événement inattendu au regard de l’état de santé et de la pathologie de la personne, dont les conséquences sont « le décès, la mise en jeu du pronostic vital ou la survenue probable d’un déficit fonctionnel permanent ». Et Agnès Buzyn, affirmait sur France Info, le 10 avril, que « lorsqu’un événement indésirable grave aboutit au décès, on doit obligatoirement en référer à l’Agence régionale de santé [ARS] qui doit mener une enquête, voire le faire remonter au ministère ».

Or, contactée par Le Monde, l’ARS concernée affirmait, le 7 mai, ne pas être informée de l’affaire…. Et ce alors même que le procès-verbal d’admission à l’hôpital de Naomi Musenga (figurant en dernière page du rapport d’autopsie que Le Monde s’est procuré)  rapporte bien le ton « moqueur » des propos échangés et laisse supposer que l’hôpital a pu avoir connaissance de ces détails dès le jour du décès de la jeune femme. « Samu rigole, lui dit d’appeler SOS Médecins et raccroche », lit-on sur le feuillet manuscrit qui vient conclure le rapport d’autopsie. Interrogé sur ce document, Christophe Gautier, dit ne jamais en avoir eu connaissance : « Vous me l’apprenez. Je n’ai jamais eu accès à ce dossier. » Comment est-ce possible ?

Thierry Hans, directeur de publication du magazine Heb’di, affirme quant à lui avoir contacté, à de nombreuses reprises, l’hôpital strasbourgeois avant la parution de son article explosif. « Cela m’étonne un peu, je ne peux pas le confirmer », avance M. Gautier. « J’ai appelé l’hôpital la veille de la parution de l’article, demandé le service de communication et eu au téléphone une personne qui n’était pas au courant de la situation. Elle a pris ça de haut, l’échange a duré trente secondes, et c’était fini », rapporte M. Hans.

Autant de zones d’ombres sur lesquelles la lumière reste à faire. Autant de dysfonctionnements qui restent à comprendre. Avant que la justice se prononce.

A demain