L’affaire Docétaxel : atermoiements et principe de précaution des malades à géométrie variable

Bonjour

Il y a donc désormais une affaire Docétaxel. Et plus précisément une affaire « Docétaxel Accord », du nom de la firme qui commercialise ce générique. L’annonce, par Le Figaro, 1 de l’existence d’une enquête (ouverte en septembre dernier) par l’ANSM Le Figaro n’a pas seulement précipité la communication de l’Agence du Médicament. Il a aussi mis en lumière le caractère dangereusement incohérent de la situation qui prévaut aujourd’hui dans les centres et les services français de cancérologie.

Résumons. Les premiers cas d’issues fatales sous Docétaxel sont survenus en août 2016. Ils furent suivis de deux autres décès, en novembre 2016 et en février 2017. Il s’agissait à chaque fois de décès survenus lors de traitement en monothérapie ou en association, en situation adjuvante ou néo-adjuvante de cancer du sein.

La communication de l’ANSM confirme une information parue quelques heures auparavant dans Le Figaro . Le quotidien pointait en particulier la version générique du Docétaxel produite par le laboratoire Accord (Intas Pharmaceuticals).

Contacté par Le Quotidien du Médecin l’Institut Gustave-Roussy (IGR) a confirmé que « quatre cas graves ont bien été signalés l’été dernier, dont trois décès », et que tous étaient traités par le générique du Docétaxel produit par l’indien Accord. « Nous avons appliqué le principe de précaution et les patients sont maintenant traités par le paclitaxel », affirme l’IGR. Or, dans son courrier, l’ANSM précise que le paclitaxel constitue bien une alternative mais qu’il n’existe pas de recommandation à ce jour, « faute d’éléments complémentaires d’investigation permettant d’évaluer le rapport bénéfice/risque dans le cadre du traitement du cancer du sein. » Qu’est-ce à dire ?

Espace-temps inhabituel

Le 4 février dernier c’est l’Institut Curie qui déclare auprès de l’ANSM la mort d’une patiente au décours de sa première cure de Docétaxel. Il s’agissait du second décès après un premier le 1er juin 2016 qui avait également fait l’objet d’un signalement par l’Institut Curie. « Devant la survenue, dans un espace-temps inhabituel, de ces deux cas similaires à l’Institut Curie ainsi que dans d’autres établissements de santé en France », l’Institut Curie a, « par mesure de précaution, stoppé l’utilisation du Docétaxel pour les traitements des cancers du sein », et l’a également remplacé par le paclitaxel. L’Institut Curie a confirmé au Quotidien du Médecin que c’est là encore la forme générique commercialisée par Accord qui était en cause.

Pour sa part l’ANSM souligne que analyses menées dès septembre 2016 ont exclu des causes possibles la qualité des lots employés à l’IGR. La suspension du générique d’Accord n’est « pas à l’ordre du jour », précise l’agence qui affirme ne pas disposer d’éléments pour incriminer directement cette spécialité.

« Plus de la moitié des patientes traitées avec du Docétaxel dans le cadre d’une chimiothérapie adjuvante ou néoadjuvante reçoivent une version générique, dont une large majorité provient de ce laboratoire, il n’est donc pas étonnant que toutes les patientes décédées aient reçu le même médicament », explique l’ANSM, citée par Le Quotidien.

Certes. Mais il n’en est pas moins vrai que les deux plus grands centres anticancéreux français ont décidé de stopper l’utilisation de cette spécialité pharmaceutique et que les déclaration à France Info de le Dr Paul Cottu, (département de médecine oncologique, Institut Curie de Paris) ne peuvent être ignorées des responsables nationaux de la sécurité du médicament (sans parler de la direction de l’Institut National du Cancer).

« Femmes de bon pronostic »

L’ouverture d’une enquête de pharmacovigilance concernant l’ensemble des spécialités à base de docétaxel a été décidée au cours du comité technique de pharmacovigilance (CTPV) de l’ANSM du 13 septembre 2016. La présentation des résultats de l’enquête est programmée au CTPV du 28 mars 2017. « L’un des buts est de savoir s’il y a eu d’autres cas d’entérocolites sur terrain neutropénique chez des femmes traitées pour un cancer du sein, précise encore l’ANSM au Quotidien du Médecin. Des événements similaires ont déjà été signalés dans d’autres indications, et chez des patients de mauvais pronostic. Ce qui est étonnant avec les notifications récentes, c’est qu’il s’agit de femmes de bon pronostic, déjà opérées ou en passe de l’être. »

Ce qui est étonnant ce sont, aussi, les atermoiements de l’ANSM et le silence du cabinet ministériel de tutelle. Pourquoi laisser utiliser ce médicament générique alors que sa « qualité de fabrication » est publiquement interrogée et que d’autres équivalences thérapeutiques existent ? « Le paclitaxel peut constituer une alternative au docétaxel dans certaines situations, explique l’ANSM aux spécialistes. Cependant, aucune recommandation n’est formulée à date en l’absence d’éléments complémentaires d’investigation permettant d’évaluer le rapport bénéfice / risque dans le cadre du traitement du cancer du sein. » Est-ce dire que l’application du principe de précaution est-elle variable sur le territoire national ? Et faudra-t-il vraiment encore attendre plus d’un mois pour trancher ?

A demain

1 L’ANSM nous précise que le courrier adressé aux cancérologues concernant le Docétaxel a été envoyé aux professionnels le mercredi 15 février dans l’après-midi « et non après les « révélations » du Figaro ». Pour notre part nous écrivions, le lendemain, que la publication de la première information de l’ANSM sur ce sujet « coïncidait avec la révélation de ces morts, quelques heures plus tôt par Le Figaro : « Questions après des décès lors de la prise d’un anticancéreux » ». Sans doute eût-il été plus judicieux d’écrire « quelques heures plus tard ». Que nos lecteurs (et l’ANSM) veuillent bien nous pardonner.

 

Cinq femmes mortes sous Docétaxel® : ce médicament devrait être retiré du marché

Bonjour

Depuis 24 heures silence dans les rangs officiels sanitaires. Pour autant l’affaire Docétaxel® est loin d’être close. Elle vient même de connaître un rebondissement. Sur France Info. On se souvient que dans un communiqué publié dans la soirée du 15 février , l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a annoncé qu’une enquête de pharmacovigilance avait été ouverte en septembre 2016 sur les médicaments contenant du docétaxel : « Survenue de décès chez des femmes traitées par docétaxel dans le cadre du traitement du cancer du sein – Point d’Information ».

« L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé a été informée de la survenue de six cas d’entérocolites sur terrain neutropénique, dont cinq ayant conduit au décès, chez des patientes traitées par docétaxel. Tous ces cas concernaient des femmes, âgées de 46 à 73 ans, atteintes d’un cancer du sein. Une enquête de pharmacovigilance, ouverte en septembre dernier, est en cours de finalisation. Elle sera présentée au Comité Technique de Pharmacovigilance (CTPV) du 28 mars 2017. »

 Ce que le communiqué ne disait pas c’est que sa publication coïncidai avec la révélation de ces trois morts, quelques heures plus tôt par Le Figaro (Anne Jouan) : « Questions après des décès lors de la prise d’un anticancéreux ». Ce qu’il ne disait pas non plus c’est ce que déclarerait à France Info le Dr Paul Cottu, (département de médecine oncologique, Institut Curie de Paris) : « Docétaxel : pas de risque pour « les patientes traitées antérieurement » aux décès ». Le titre, ici, ne résume pas tout, loin s’en faut.

Brutalité et gravité

France Info : Utilisez-vous le Docétaxel dans votre institut ?

Dr Paul Cottu Nous le prescrivons très fréquemment. Il est utilisé depuis très longtemps dans des traitements du cancer du sein. (…) Dès que nous avons été confrontés à un deuxième décès, nous avons pris la décision immédiatement, sans même attendre la notification de l’Agence nationale de sécurité du médicament, de suspendre toute utilisation du Docétaxel.

 Est-ce l’aspect générique du médicament qui est en cause ?

 Je ne pense pas que ce soit une question de générique ou pas générique. C’est une question de qualité de fabrication du médicament, par ce fournisseur. Que ce soit un générique ou pas, la question est exactement la même.

Pourquoi le Docétaxel pose-t-il un problème maintenant alors qu’il est utilisé depuis si longtemps ?

Nous avons une expérience très ancienne avec le Docétaxel. Nous savons qu’il y a parfois des toxicités digestives, en général très modérées et très transitoires mais qui ne limitent pas l’utilisation du médicament. Depuis quelques mois, il y a un effet très particulier, de brutalité et de gravité, au caractère totalement imprévisible. Une enquête doit être menée. Il peut s’agir d’une question transitoire qui sera résolue par l’enquête. 1

Que pouvez-vous dire pour rassurer les patientes atteintes d’un cancer du sein ?

Les patientes qui ont reçu du Docétoxel antérieurement et qui vont bien, iront bien. C’est une toxicité qui est extrêmement précoce et brutale. Si elle n’est pas arrivée, elle n’arrivera pas. Il a des alternatives thérapeutiques tout à fait validées, reconnues, que nous utilisons parfois quand on considère qu’il y a une contre-indication à un traitement. Il n’y a pas de remise en jeu du traitement cancéreux. »

Faire une croix

Contacté par Le Figaro, le laboratoire pharmaceutique concerné (Accord-France) avait, par la voix de son pharmacien responsable, Jean-Paul Drouhin, déclaré : « Tous les médicaments ont des effets indésirables. Il n’y a rien de particulier. Il n’y a aucun problème. Le nombre de décès éventuellement rapporté au global en France est tout à fait dans les normes. L’ANSM a confié une étude au centre de Toulouse. Ce n’est pas un problème de molécule, mais il va falloir exclure une partie de la population », qui ne supporterait pas le Docétaxel®.

Rassurer les patients ? L’Institut Curie de Paris a, depuis plusieurs mois, fait une croix sur le Docétaxel®. D’autres centres anticancéreux ont fait de même puisque d’autres possibilités thérapeutiques équivalentes existent. L’Agence nationale de sécurité du médicament, elle, n’a pas fait ce choix. Pourquoi ? Le silence dans les rangs officiels sanitaires ne pourra pas durer bien longtemps.

A demain

1 Interrogée, l’ANSM précise ne disposer, à ce jour, « d’aucune information permettant de suspecter un défaut qualité d’aucun produit Docetaxel®, ni princeps, ni génériques ».

 

 

 

 

 

Faute de patients, le premier dispensaire français de déradicalisation va-t-il bientôt fermer ?

Bonjour

C’était il y aura bientôt un an ; presque un siècle. Le 10 mars 2016. France Inter n’avait pas encore sectionné ses grandes ondes. On y révélait la création du « premier centre français de déradicalisation ». Ou plus précisément du premier « Centre de prévention de la radicalisation d’insertion et de citoyenneté ». Manuel Valls, alors, était Premier ministre :

« Ce centre « étatique » officiellement appelé « Centre de réinsertion et de citoyenneté » sera lui, doté de moyens. Il accueillera 30 jeunes radicalisés dans un premier temps. Leur programme de déradicalisation durera 10 mois. Une dizaine de centres similaires devraient ouvrir partout en France d’ici fin 2017.  C’est près de Tours en Indre-et-Loire qu’ouvrira ce centre. Le lieu est choisi mais pas rendu public, car il faut encore convaincre quelques élus locaux réticents. »

Nulle part

Il fallut ensuite attendre septembre et l’approche des vendanges. La France apprit alors que ce dispensaire d’un nouveau genre venait d’ouvrir. Le gouvernement invita les journalistes de la presse parisienne. Quelques-uns expliquèrent alors, comme sur France Inter, être allé « quelque part au milieu de nulle part ». Plus précisément entre Bourgueil et Chinon, en Touraine, à Beaumont-en-Véron. Plus précisément encore  au « Château de Pontourny », vieux manoir transformé en asile durant 14-18.  Ancien asile Saint-Joseph. Propriété de la ville de Paris devenue « centre éducatif » et qui allait fermer ses portes.

Sur invitation du gouvernement les journalistes expliquèrent que ce centre accueillerait des jeunes de 18 à 30 ans n’ayant jamais été incarcérés – et n’ayant non plus pas été identifiés sur des zones de conflits. Des jeunes « au stade précoce de rupture ». Comprendre : « le centre accueillera des jeunes qui sont entrés dans une spirale dangereuse, des victimes de rabatteurs sur la Toile ». Plus la presse repartit d’où elle était venue.

Coup de filet

Les gazettes, comme souvent, se désintéressèrent de la suite. Seules quelques-unes suivirent l’affaire, les débuts chaotiques, les peurs des riverains, les gesticulations-contorsions politiques loco-régionales.  Puis vinrent les incidents, les accusations de mensonges : quelques-uns des jeunes hébergés dans le vieux château avaient déjà dépassé « le stade de la rupture ». Il y avait même, parmi eux un « fiché S ». Le château reconverti prenait l’eau. Nous sommes en février 2017 et les grilles du château sont fermées, les tentures tirées, le chauffage éteint.

La Nouvelle République, aujourd’hui, redit l’essentiel dans un encadré :

 « 27 septembre. La présence à Pontourny de David, un homme de 23 ans originaire d’Arras (Pas-de-Calais), est dévoilée. Son tort ? Il est fiché S. Suspecté de velléités de départ vers la Syrie, il fait l’objet d’une condamnation pour violence. Il doit quitter le centre ; 17 janvier. Mustafa Savas, pensionnaire de Pontourny, est arrêté lors d’un coup de filet antiterroriste dans le Bas-Rhin. Il est suspecté d’être proche de la filière djihadiste de Strasbourg, où il aurait côtoyé un des kamikazes du Bataclan ; 9 février. Le dernier « volontaire » de Pontourny quitte la Touraine, condamné par la justice à quatre mois de prison avec sursis pour « violences et apologie du terrorisme » ».

Prosélytisme anti-islam

Quelques gazettes nationales ont été alertées. « L’expérience » est en train de tourner court. Le premier et unique centre de « déradicalisation » de France a perdu mercredi 8 février son dernier pensionnaire, comme le rapporte Europe 1. Une information que franceinfo est en mesure de confirmer. Originaire de l’ouest de la France, le jeune homme en question a été condamné mercredi à quatre mois de prison avec sursis pour violences et apologie du terrorisme, indiquent des sources concordantes à franceinfo.

Des faits commis alors qu’il était hébergé dans un foyer pour mineurs, il y a trois ans. Or, les critères du centre de Pontourny sont stricts : les « bénéficiaires » ne peuvent pas y rester s’ils ont été condamnés pour violences, même de droit commun.  L’individu, présent à l’audience, sera logé à l’hôtel pendant une semaine, le temps de trouver un autre lieu d’hébergement, précise une source proche du dossier.

Selon Europe 1« l’encadrement avait noté qu’il vivait le programme comme du prosélytisme anti-islam et qu’il semblait se radicaliser davantage ». Alors qu’ils n’ont jamais été guère plus de six ou sept dans un centre prévu pour trente places, les jeunes volontaires, âgés de 19 à 30 ans, ont peu à peu quitté le centre. Certains ne sont tout simplement pas revenus d’une permission de week-end, indique une source proche du dossier à franceinfo.

Salle polyvalente de Beaumont-en-Véron

Pontourny fini ? La question est, pour l’instant, en suspens. Vendredi 27 janvier, le nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, excluait toute fermeture, tout en reconnaissant que les « premiers résultats montrent qu’il faut encore continuer à travailler ».

A l’ombre du château-dispensaire certains habitants de Beaumont-en-Véron réclament clairement la fin de l’expérience. L’association « Radicalement digne de Pontourny », hostile au projet depuis toujours, réclame « la fermeture immédiate du centre ». Elle accuse : « L’Etat s’est moqué ouvertement et effrontément de la population bellimontoise en lui mentant constamment sur le profil des pensionnaires accueillis au sein de l’établissement ». Elle dénonce une « gabegie financière sans nom avec deux à trois pensionnaires pour trente encadrants (…). Sans compter quelque dix millions d’euros investis dans ce centre. »

« Radicalement digne de Pontourny » appelle la population bellimontoise, mais aussi chinonaise et du Véron à manifester » à ses côtés, samedi 11 février. Le rendez-vous est fixé pour un départ à 10 h, devant la salle polyvalente de Beaumont-en-Véron. Une précision: le reportage de France Inter ne pourra pas être écouté sur les grandes ondes, désormais sectionnées.

A demain

 

Anti-inflammatoires, danger ! Entre 5000 et 6000 femmes enceintes exposées chaque année

Bonjour

Grâce au service de presse de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) nous pouvons apporter quelques précisions sur l’alerte qui vient d’être lancée sur les anti-inflammatoires (dont l’aspirine) pendant la grossesse.

Il s’agit ici, plus précisément, du « troisième rappel » de ce type effectué par l’ANSM. Les deux premiers datent de 2003 et 2009. Comment justifier, sur un sujet aussi sensible, aussi important, qu’il faille ainsi réitérer les appels ? Où sont les failles ? Sur France Info la directrice adjointe des médicaments à l’ANSM, Nathalie Richard, insiste sur le fait que « ce n’est pas normal ». Comment résorber le pathologique ?

« Le danger pour la femme enceinte arrive à partir du sixième mois de grossesse, même après une seule prise de ce médicament » explique-t-elle. C’est tout dire. Ces petites pilules « ont une image de médicaments anodins et sans danger. Il faut donc que les prescripteurs et les pharmaciens soient extrêmement vigilants » prévient Nathalie Richard. Certes. Mais elle ne dit pas comment faire pour augmenter le seuil de vigilance de ces professionnels. Sans parler de l’automédication…

Toujours lire les posters

Reste une question : pourquoi ce troisième rappel ? « Il s’appuie sur des données de l’assurance maladie qui montrent que 5 000 à 6 000 femmes par an sont exposées à des AINS à partir du début de leur sixième mois de grossesse » nous explique-t-on à l’ANSM. On fait ici référence à une étude conduite de 2011 à 2013. Plus précisément ces données proviennent d’un poster présenté aux 37èmes journées de pharmacovigilance de Nancy. C’était en avril 2016. Voici les références du document :

PM-025 « Analgesic drug dispensation patterns before and during pregnancy : a retrospective study in France ». Conclusions:

« Le paracétamol est l’antalgique le plus prescrit au cours de la grossesse (quel que soit le trimestre). Cette étude met surtout en évidence l’existence d’une pratique de prescription d’AINS à partir du 6ème mois (0,78 % des patientes), malgré la contre-indication absolue durant cette période, compte tenu des risques entre autres de fermeture prématuré du canal artériel et de toxicité rénale largement connus. Après extrapolation, cette situation concernerait entre 5000 et 6000 femmes par an en France, cette estimation basse ne prenant pas en compte l’automédication par AINS (notamment par ibuprofène). »

Le premier auteur est J. Delorme et le dernier le Pr Nicolas Authier, qui dirige le service de pharmacologie médicale du CHU de Clermont-Ferrand. On ne lit jamais assez les posters. Que les auteurs soient remerciés. Un prix serait justifié.

A demain

Grippe dans les populations de personnes âgées : la fébrilité du ministère de la Santé

Bonjour

Comment, quand on est ministre de la Santé, ne pas être accusée de ne pas en faire assez sans être critiquée de trop en faire ? Depuis bientôt cinq ans Marisol Touraine est confrontée à cette question. Et force est d’observer qu’elle ne parvient pas encore à trouver un juste équilibre. Le dernier exemple en date témoigne de la fébrilité qui semble régner au sein de son cabinet. Voici les faits.

Tard dans la journée du 7 janvier le ministère des Affaires sociales et de la Santé a fait savoir qu’il avait été informé la veille par l’Agence Régionale de Santé (ARS) Auvergne Rhône-Alpes « de l’importance exceptionnelle de l’épidémie de grippe au sein d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) ». Il s’agissait de l’EHPAD  Korian Berthelot situé dans le 7ème arrondissement de Lyon. Un établissement de 110 places du puissant groupe Korian – (compter 100 euros par jour et par personne en chambre individuelle).

Age moyen des décès: 91,5 ans

« Selon l’établissement, au 7 janvier, 72 personnes avaient contracté la grippe et 13 d’entre elles en sont décédées entre le 23 décembre 2016 et le 7 janvier 2017. La moyenne d’âge des personnes décédées est de 91,5 ans. Six personnes sont encore hospitalisées. A la demande de Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, l’ARS Auvergne Rhône-Alpes a immédiatement lancé le 6 janvier une mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) afin de contrôler la mise en œuvre par l’établissement, depuis le début de l’épidémie, des recommandations des autorités sanitaires de lutte contre la grippe. »

Ce n’est pas tout : la ministre a également demandé au Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé de se rendre sur place le jour même (6 janvier). Objectif de ce déplacement hors norme : « évaluer précisément la situation et de prendre, le cas échéant, des mesures d’urgence pour circonscrire l’épidémie et prendre en charge les résidents le nécessitant ».

Consignes respectées

Résultat ? « Le Directeur Général de la Santé a constaté que, à cette date, les mesures de prévention étaient bien mises en place. Afin de renforcer la prise en charge des résidents il a , en lien avec le Directeur général de l’ARS, a demandé à une équipe médicale des Hospices civils de Lyon de se rendre sur place ce samedi 7 janvier. »

Marisol Touraine a demandé à l’IGAS d’identifier et analyser les causes à l’origine de cet évènement exceptionnel (sic). Un premier rapport d’étape est attendu sous dix jours. La ministre rappelle aux directeurs d’EHPAD « de prendre toutes les mesures nécessaires pour contenir l’épidémie et assurer un suivi attentif de l’état de santé de tous les résidents ».

Reprenant ces données les gazettes ont donné la parole aux responsables des EHPAD. Ils ont rappelé les difficultés audemande parfois de « mettre en quarantaine » les personnes âgées, rappelé aussi que la vaccination contre la grippe n’est en rien obligatoire et qu’elle n’est en rien une garantie absolue

Obligation vaccinale

Le Dr Emilie Arabian, médecin coordonnateur chez Korian a d’ailleurs pris soin de préciser à l’AFP que six personnes âgées parmi les treize décédées de la grippe depuis le 23 décembre à Lyon avaient été vaccinées comme le recommandait le ministère de la Santé. Selon le Dr Arabian, « 46% des résidents ont été vaccinés contre la grippe. La vaccination a été interrompue quand l’épidémie est survenue dans l’établissement ».

« Pour pouvoir être vacciné, il ne faut pas présenter de syndromes infectieux et accepter la vaccination, ce qui n’est pas le cas de tous les résidents », a expliqué le médecin coordonnateur. Le ministère de la Santé avait, la veille, indiqué à l’AFP que le taux de vaccination au sein de l’établissement atteignait 38%, contre une moyenne nationale de 80%. Pour le Dr Arabian, ce niveau n’est atteint qu’à la fin de la période vaccinale, qui s’étend d’octobre à fin janvier.

Démissions des politiques

Marisol Touraine a-t-elle été surprise par les longues déclarations dominicales de Pascal Champvert ? Le  président de l’Association des Directeurs au service des Personnes Âgées expliqua en substance (sur France Info notamment) qu’elle faisait fausse route à Lyon, que l’affaire était nationale, que le politique démissionnait de longue date sur la question centrale des personnes âgées, que ni Nicolas Sarkozy ni François Hollande n’avaient tenu leurs promesses et qu’il attendait les promesses et les engagements des futurs candidats.

S’oriente-t-on vers une controverse sur les taux de vaccination dans cet EHPAD ? Vers une obligation vaccinale ? La situation, à Lyon, était-elle à ce point grave qu’elle justifiait le déplacement du DGS et la saisine de l’IGAS ?  En faire trop et le faire savoir ? Ne pas en faire assez et (tenter de) le cacher ? Difficile métier que celui de ministre de la Santé.

A demain

Bizarre : voici que les buralistes applaudissent, eux aussi, à l’opération «Moi(s) sans Tabac»…

 

Bonjour

Le premier jour tout est beau. Jusqu’à  Lemondedutabac.com qui ne critique pas « la campagne nationale d’encouragement aux fumeurs souhaitant s’arrêter ». Tout se passe, pour les proches des buralistes, « comme si le ministère de la Santé et la Direction générale de la Santé – après avoir imposé de force le paquet neutre, en instrumentalisant les politiques, et avoir longuement ignoré l’intérêt de la cigarette électronique – se rattrapaient avec une campagne réaliste et intelligente … ».

La suite est de la même veine anaphorique :

« Il ne s’agit plus de « faire Halloween » avec le fumeur potentiel ou effectif, en pourrissant au passage la vie du buraliste … comme avec le paquet neutre.

 « Il ne s’agit plus de se donner bonne conscience et de justifier son impuissance devant des résultats médiocres en termes de baisse de la prévalence tabagique … en mettant tout sur le dos du « lobby du tabac ».

« Il ne s’agit plus de perdre toute crédibilité en poussant à la hausse des prix du tabac … tout en ne mettant rien de sérieux en place pour lutter contre le marché parallèle.

Sourires devant le présentoir

En un mot le buraliste observe, souriant, qu’il ne s’agit plus de stigmatiser le fumeur mais de l’aider à ne plus fumer. Son sourire en dit long sur ce qu’il postule quant au succès de l’opération. Et le buraliste de se féliciter du petit geste en faveur du remboursement des frais nicotiniques. Mieux vaut encore un geste sur les nicorettes qu’une augmentation massive du prix du paquet de cigarettes…

Et Lemondedutabac.com de se féliciter que de « Moi(s) sans Tabac » soit « accompagné à leur façon par « les associations du monde du vapotage ». Et d’applaudir le Pr William Lowenstein (SOS Addictions) qui, le 1er novembre, a souhaité – sur France Info – « que les buralistes soient associés à la campagne ». C’est évidemment un tout petit peu plus compliqué : on peut entendre ici, un instant, le président de SOS Addictions faire un lien entre dépendance au tabac et dépendance à l’héroïne.

De même que les addictologues, les buralistes savent ce qu’il en est de la puissance des liens qui unissent le fumeur à son tabac. Quant à l’Etat, il ne l’ignore pas. Quand aurons-nous les résultats, certifiés par huissier, de l’opération « Moi(s) sans Tabac » ?

A demain

 

 

 

Cancer du sein : Marisol Touraine entend-elle les accusations visant l’environnement ?

 

Bonjour

En France le cancer du sein tue prématurément 12 000 femmes chaque année en France. Le discours officiel est clair : « pour combattre cette maladie, la meilleure arme, c’est le dépistage ». « S’il est détecté tôt, ce cancer est guéri dans neuf cas sur dix ». Nous assistons une nouvelle fois, avec Octobre Rose, à une multiplication des initiatives visant à rappeler la gravité de cette maladie et à sensibiliser les femmes à l’importance du dépistage. Marisol Touraine salue publiquement cette mobilisation. Et  annonce parallèlement une « rénovation profonde du programme de dépistage organisé ». On n’en saura pas plus avant la fin de l’année.

On ne peut, pour l’heure, que se reporter aux recommandations remises à la ministre par l’Institut national du cancer (INCa), sur la base du rapport du comité d’orientation de la concertation citoyenne et scientifique lancée il y a un an sur le sujet 1. Il y est notamment question « de développer  un parcours plus personnalisé, fondé sur une meilleure information des femmes, mieux coordonné et impliquant davantage le médecin traitant ».

Cancer épidémique

Et puis, dans ce contexte il faut compter avec la sortie en librairie, aujourd’hui, du très médiatisé « Cancer du sein ; en finir avec l’épidémie » d’André Cicolella (membre de la commission santé d’Europe-Ecologie les Verts, administrateur de la Fondation sciences citoyenne et président de l’association Réseau Environnement Santé) :

« Pourquoi le nombre de cancers du sein dans le monde a-t-il doublé entre 1990 et 2013 ? Pourquoi la Belgique connaît-elle vingt-deux  fois plus de cas que le Bhoutan ? Pourquoi note-t-on des écarts importants entre pays de même niveau de développement, voire entre régions françaises ? Pourquoi les jeunes femmes sont-elles de plus en plus touchées ?

 « Des facteurs tels que le vieillissement de la population ou les progrès du dépistage n’expliquent que très partiellement l’épidémie qui touche toute la planète. Si les cancers du sein se multiplient, c’est que les facteurs de risque présents dans notre environnement quotidien se sont multipliés.

 « S’appuyant sur les enquêtes scientifiques les plus récentes, André Cicolella passe au crible tous ces facteurs environnementaux, du DDT des années 1950 au bisphénol A aujourd’hui en passant par l’alimentation, la sédentarité ou les conditions de travail. La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de faire reculer l’épidémie, à condition de bien identifier ses causes et de mener les politiques publiques adéquates. »

 Stress au travail

André Cicollela dont les propos médiatiquement mis en scène ont conduit  l’Association Française pour l’Information Scientifique(AFIS) à accuser France Info et L’Obs, comme on a pu le voir il y a quelques jours. André Cicollela qui était à nouveau l’invité privilégié, aujourd’hui, du « 13 heures » de France Inter. Le même message. C’est une « épidémie » ; « si les cancers du sein se multiplient, c’est que les facteurs de risque présents dans notre environnement quotidien se sont multipliés ».

Quels risques ? Tous, la contamination chimique durant la gestation, les solvants, l’alcool, le tabagisme. Mais aussi les perturbateurs endocriniens, le travail de nuit, le stress au travail, notamment chez les avocates et les journalistes. Tilt. Rien n’est dit sur le dépistage, rien sur la guérison. Qu’entendent, ici, les femmes ? Que fera Marisol Touraine des accusations publiques de ce lanceur d’alerte ? Toutes les alertes sanitaires se valent-elles ?

A demain

 1 On peut lire ici la lettre de recommandations de l’INCa, ainsi que le rapport du comité d’orientation de la concertation citoyenne et scientifique sont consultables sur le site de l’Institut