Alcool : Agnès Buzyn défend les bonbons mojito et les yaourts pina colada. Pourquoi ?

Bonjour

On pouvait, hier, lire ceci dans Le Parisien (Elsa Mari) : « L’amendement qui prévoyait de taxer ces bonbons au goût alcool a été rejeté par les députés, avec l’appui de la ministre de la Santé ». Ou encore : « Les bonbons mojito ne seront pas taxés ! ».  France Info : « L’Assemblée rejette la taxe sur les bonbons « saveur cocktail » et les vins aromatisés », avec le soutien d’Agnès Buzyn et au grand dam des addictologues et des défenseurs de la santé publique. Comment comprendre ?

Depuis longtemps l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) dénonçait le fait que des industriels puissent indirectement faire de la publicité pour leurs boissons alcooliques via différents produits alimentaires ne contenant pas d’alcool tout en y faisant ouvertement référence (une déclinaison alcoolique des antiques « cigarette en chocolat ».

En juillet dernier,  sur RMC-BFMTV le Dr William Lowenstein parlait de « cynisme commercial criminel » – alors même que nous sommes, avec le président Macron, censés être dans le « quinquennat de la prévention ». « Quel est l’intérêt d’initier les mômes au goût alcool avec de telles images ? » Pourquoi pas des sucettes au goût d’ecstasy ?des chewing-gums néo-cocaïnés ?. Le président de SOS Addictions attendait alors, avec impatience, la réaction des tutelles et, tout particulièrement, « celle de la Direction Générale de la Santé ». On imagine, aujourd’hui, sa déception.

« Saveur rhum »

Un espoir été pourtant né quand, mi-novembre, le Sénat vota un amendement destiné à taxer plus lourdement les produits alimentaires « faisant référence à l’alcool ». Et c’est cet amendement que l’Assemblée nationale vient de rejeter avec le soutien de …. la ministre des Solidarités et de la Santé. Alors même que cette dernière s’était déclarée favorable à cette initiative. Selon elle le fait de taxer ces aliments risquait d’être censuré par le Conseil constitutionnel « dont la jurisprudence sur la fiscalité comportementale est très stricte ». (sic)

« L’amendement n’est pas passé car il aurait conduit à taxer davantage des produits qui font référence à l’alcool  – comme de la glace « saveur rhum » – que l’alcool lui-même comme du rhum, a précisé le ministère de la Santé au Parisien. On n’abandonne pas l’idée, on va la retravailler peut-être dans le cadre d’une proposition de loi. On pourra même aller plus loin, jusqu’à l’interdiction de ces produits ». Reculer pour, après-demain, mieux sauter ? Qui y croit ?

Amine Benyamina, psychiatre et addictologue à l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif) : « Les députés ont voté sous l’influence direct des lobbys qui veillent au grain. En matière de santé publique, c’est un message déplorable. On touche le fond ». Bernard Jomier, médecin et sénateur (apparenté socialiste, Paris) : « Ces produits sont conçus pour les emmener vers une consommation d’alcool, elle entraîne des addictions. On trouvera des moyens d’en reparler. Hors de question d’abandonner ce combat ».

A demain

@jynau

 

SOS Addiction : le gouvernement sommé de lutter contre la dépendance des Français aux carburants

Bonjour

Extension du domaine de la lutte. On connaît les liens entre le pouvoir politique et les addictions – que ces dernières soient légales et fiscalisées ou mafieuses et combattues. Et on connaît le prix considérable des ambiguïtés, jamais levées, dans ce domaine. Il faut désormais compter avec un nouveau chapitre addictif et esclavagiste : celui de la dépendance à une énergie désormais considérée comme mortifère. Une affaire qui se cristallise, en France, sous l’appellation « carburants ».

12 novembre 2018. Dans une tribune qui vient d’être publiée sur Franceinfo, le Réseau Action Climat et ses vingt-deux associations membres – parmi lesquelles Greenpeace, WWF ou Oxfam 1 – appellent le gouvernement à « sortir les citoyens de leur dépendance au diesel et à l’essence ». Un propos centré sur la « fiscalité écologique » qui ne va pas vraiment dans le sens du vent. Un propos qui sifflera aux oreilles de bien des responsables politiques.

« Depuis plusieurs jours, les prises de parole de plusieurs responsables politiques de tous bords alimentent les tensions autour de la hausse des prix des carburants, dénonçant à tout va la fiscalité écologique. Et ce, alors que ces mêmes responsables placent l’urgence climatique et la lutte contre la pollution de l’air parmi leurs priorités. Pour le Réseau Action Climat et ses associations membres, ces responsables devraient commencer par rappeler que la fiscalité écologique est un outil indispensable, en soi, pour répondre à la crise climatique que nous connaissons, et qu’il convient à tout prix de préserver les dispositifs mis en place via l’adoption de solutions concrètes additionnelles.

« Instrumentaliser la fiscalité écologique est irresponsable. Irresponsable alors même que le GIEC rappelait le mois dernier que sans efforts supplémentaires sans précédent pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, nous ne pourrons nous mettre à l’abri des pires impacts du dérèglement climatique et que la pollution de l’air continue chaque année d’occasionner 48 000 morts prématurées dans notre pays. »

Incurie chronique

Pour les signataires de cette tribune le gouvernement français est également responsable de la crise en cours, « puisqu’il tarde à mettre en place des mesures rapides et suffisamment ambitieuses pour financer les alternatives à la voiture et aider ceux qui n’ont pas les moyens de se déplacer autrement ». Responsable aussi « parce que cette fiscalité qui touche les Français épargne les secteurs les plus polluants et émetteurs de gaz à effet de serre, comme le secteur aérien ou le transport routier de marchandises ».

On peut le dire autrement : à l’instar des précédents, le gouvernement actuel mène une politique des transports qui, à ce jour, n’est ni cohérente avec l’urgence climatique ni juste socialement.

On lira, dans cette tribune, les réponses proposées par les signataires et qui visent à permettre à terme de sortir les citoyens français de leur dépendance au diesel et à l’essence : transports en commun et vélo … développement de véhicules véritablement moins émetteurs et moins polluants … désenclavement des territoires via un réseau ferré opérationnel modernisé et accessible à tous les portefeuilles … lutte contre l’étalement urbain en rapprochant les lieux de vie des lieux de travail et de loisirs.

Soit un chapelet de réductions des risques qui doivent être actées et financièrement soutenues par le gouvernement dans une prochaine loi. Sans oublier toutefois ceux qui ne peuvent, pour l’heure se sevrer, ceux qui ne peuvent pas faire autrement : parce qu’ils ont peu de moyens mais qu’en plus, du fait de leur implantation géographique, ils ne peuvent se déplacer autrement qu’en prenant leur voiture. C’est à ces citoyens que le gouvernement doit apporter de manière urgente un soutien financier, pour leur permettre de faire face à la hausse du prix des carburants.

Issue constructive

Reste l’essentiel : libérer notre pays de son addiction au pétrole – une addiction qui trouve ses racines dans une politique des transports axée depuis des décennies sur le recours à la voiture et un aménagement du territoire qui a allongé les distances à parcourir. Une politique courageuse de réduction des risques existe, ici aussi. Comme les  solutions que le Réseau Action Climat a développées et porte depuis plusieurs années.

« Les recettes tirées de la fiscalité écologique devraient justement servir à les développer. Nous appelons les responsables politiques de tous bords à les défendre, et le gouvernement à les entendre. Ce sont elles qui permettront d’apporter une issue constructive à la crise en cours et d’éviter, comme cela a déjà été le cas par le passé, que la transition écologique ne se retrouve encore sacrifiée pour de mauvaises raisons. »

 Des raisons d’espérer ? On ne peut, ici, que rappeler l’embarras croissant du gouvernement concernant son propre plan, sans cesse annoncé, sans cesse reporté, de lutte contre toutes les addictions qui ne sont pas des carburants. Le prochain Houellebecq est annoncé.

A demain

@jynau

1 Le Réseau Action Climat et ses associations membres (350.org ; Agir pour l’environnement ; Alofa Tuvalu ; Alternatiba ; CLER – Réseau pour la transition énergétique ; CCFD-Terre solidaire ; 4D ; FUB ; Fnaut ; Fondation pour la Nature et l’Homme ; France Nature Environnement ; Greenpeace France ; Hespul ; Les Amis de la Terre ; Ligue de protection des oiseaux ; Oxfam France ; REFEDD ; Réseau Sortir du nucléaire ; Secours catholique-Caritas France ; WECF ; WWF France ; Zero Waste France).

 

Premières interrogations sur la santé d’Emmanuel Macron : le président aurait besoin de «souffler»

Bonjour

Jupiter serait fatigué et, sur l’agora ultra-médiatisée, les mortels de s’interroger. Subtile opération de communication ou vérité vraie ? Nous sommes le 30 octobre 2018 et c’est une information de France Info :

« Il n’y aura pas de Conseil de défense et de Conseil des ministres mercredi 31 octobre, car ces réunions sont avancées à mardi matin. Cela arrive parfois lorsque le président part en déplacement, mais cette fois, Emmanuel Macron part… souffler. Exit le mythe du demi-dieu et de ses trois heures de sommeil par nuit entretenu au début du quinquennat. À partir de dimanche, Emmanuel Macron entame un marathon de presqu’une semaine dans l’est et le nord de la France : 11 départements à visiter en six jours pour le centenaire de l’armistice de 1918. »

Le président doit donc reprendre son souffle, ou plutôt « préparer ce déplacement hors norme » corrigent ses collaborateurs. Il part, en famille, dans un cadre privé. Où ? Ni à La Lanterne à Versailles, ni au Touquet, dit l’Elysée, en espérant garder le secret. »

Jungle

Le monde politique est une jungle qui en vaut bien d’autres. « « C’est surprenant » sourit-on dans « l’ancien monde », où l’on affirme qu’on ne se serait jamais permis pareille liberté. Mais « quand on est fatigué, il est important de se reposer au risque de perdre toute lucidité »persifle un ancien conseiller de François Hollande. Depuis quelques jours, certains observateurs glosent sur les traits tirés du président, sa mauvaise mine et ses premiers cheveux blancs. Une baisse de forme que ne confirment d’ailleurs pas tous ceux qui ont été reçus récemment à l’Elysée. Mais il est vrai que l’été n’a pas été reposant, et la rentrée a été agitée admet un cadre de la majorité qui le concède : « au bout de seize mois, il y a une part de fatigue ». »

Ne pas grossir une « péripétie », certes. Mais comment ne pas rapprocher ces nouvelles données des observations récentes du Quotidien du Médecin :

« Aucun bulletin de santé publié en presque dix-huit mois. A la différence de son prédécesseur, le jeune président Macron ne semble pas décider à communiquer régulièrement sur ce sujet. Le pôle presse de l’Élysée le confirme au Quotidien. Cette façon de faire étonne la plupart des observateurs du monde politique, qui pour autant ne sont pas à l’unisson sur l’attitude que doit adopter un chef de l’Etat. Secret médical vs transparence ? Chez les élus de la République en marche, la perplexité domine plutôt, tandis qu’à droite et à gauche, les avis sont partagés. »

Où l’on en reviendra bientôt à un entretien accordé  au même Quotidien du Médecin (publié le 13 avril 2017) dans lequel  le (futur) président de la République s’était engagé à rendre « publique sans exception et sans hésitation toute information susceptible d’avoir des conséquences quant à (sa) capacité de diriger le pays. » On observera qu’aucun bulletin de santé n’a été publié depuis son élection. Et pas de publication à attendre jusqu’à nouvel avis. Daté du 18 octobre 2018, Le Quotidien du Médecin :

« En même temps, pour parler en macronien dans le texte, Emmanuel Macron nous avait bien annoncé la publication de son bulletin de santé : « Je suis en excellente santé, nous avait-il assuré comme nous l’interrogions sur son hygiène de vie, attendez un peu de lire mon premier bulletin de santé ! » (notre édition du 18 avril 2017). On attend… »

Sur l’agora, nous attendons.

A demain

@jynau

« Bébés nés sans bras » : le gouvernement ne supporte pas le silence de Santé publique France

Bonjour

Voilà une bien étrange affaire qui ne pouvait que prendre de l’ampleur – précisément à cause de son étrangeté. L’affaire des « bébés nés sans bras ». « Que dire aux médias quand on est, raisonnable et scientifique, confronté à l’étrange » demandions-nous début octobre. Le même jour   un communiqué de Santé publique France commençait ainsi : « La presse fait écho de cas groupés rapportés d’agénésie des membres supérieurs dans l’Ain . Deux autres situations de nature similaire ont été signalées en Bretagne et en Pays-de-Loire. Nous avons conduit une investigation épidémiologique de ces trois signalements rendus public ce jour. »

On apprenait alors que dans le cadre de ses missions, le Registre des Malformations en Rhône-Alpes (REMERA) avait informé l’agence d’une suspicion de sept cas groupés dans l’Ain. Des enfants privé de tout ou partie d’un bras nés entre 2009 et 2014. Conclusion : « l’analyse statistique ne met pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale, et Santé publique France n’a pas identifié une exposition commune à la survenue de ces malformations ».

 Tournesols et pesticides

On apprenait encore que Santé publique France avait par ailleurs conduit des investigations similaires sur deux signalements d’agénésie des membres supérieurs survenus en Loire Atlantique (trois cas nés entre 2007 et 2008) et dans le Morbihan (quatre cas nés entre 2011 et 2013). Dans ces deux derniers cas l’investigation avait conclu à un excès de cas. Cependant, aucune exposition commune n’a été identifiée pour les cas groupés de ces deux départements.

Pour résumer : le mystère restait entier en dépit d’un protocole standardisé visant à déterminer si tout ceci était dû au hasard ou non – et d’identifier d’éventuelles expositions communes (prise de médicaments, exposition environnementale, etc.). Nombreuses réactions médiatiques désordonnées mais toujours critiques. A commencer par celle, aux antipodes du scientifique de l’écologiste Yannick Jadot flattant l’opinion en accusant les pesticides et les tournesols.

Réplique immédiate, sur RTL, de Didier Guillaume, le nouveau ministre de l’Agriculture, déclarant qu’il y avait «  peut-être des soupçons, mais aucune preuve scientifique  », concernant la présence de pesticides. Puis dans les colonnes de 20 Minutes, la tonitruante eurodéputée écologiste Michèle Rivasi dénonçait l’arrêt de l’enquête. Puis, face à ces accusations, le directeur général de l’agence Santé publique France, François Bourdillon, s’est dit agressé. « Comme quoi je veux casser le thermomètre, cacher la réalité des choses, alors que l’agence est probablement une de celles qui fait le plus », a-t-il répliqué, interrogé par France info.

Puis vint Le Monde (Stéphane Foucart) accusant, chiffres à l’appui, la méthodologie épidémiologique de Santé Publique France :

« Des erreurs méthodologiques « grossières »« indignes », des marges de confiance « ubuesques »… Le Monde a soumis à trois biostatisticiens le rapport publié jeudi 4 octobre par l’organisme de sécurité sanitaire Santé publique France (SpF), statuant sur un nombre suspect d’enfants naissant sans bras, ou sans main, dans le centre de l’Ain : les trois scientifiques, dont deux ont demandé au Monde de garantir leur anonymat [sic], formulent des critiques assassines à l’encontre du rapport rassurant de l’agence. »

 Santé publique France publiquement désavouée

 Nous sommes aujourd’hui le 21 octobre de la même année. Et l’on apprend que le gouvernement a décidé d’ouvrir une nouvelle enquête. L’information a été donnée par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé, cette dernière  jugeant « insupportable » que ces cas groupés restent sans explication. Avec le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, « nous avons décidé de relancer une enquête » avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et Santé publique France pour avoir des « regards croisés » de médecins et d’experts de l’environnement, a-t-elle déclaré lors du Grand jury RTL – Le Figaro – LCI. « On ne peut pas se satisfaire de dire qu’on n’a pas trouvé de causes, c’est insupportable », a déclaré Mme Buzyn.

Et François de Rugy de tweeter aussitôt en écho :

« Bébés nés sans bras : s’en remettre à la fatalité n’est pas acceptable ! Nous allons lancer avec @agnesbuzyn une nouvelle enquête de l’@Anses_fr et Santé publique France pour faire toute la lumière sur l’origine de ces malformations. 13:33 – 21 oct. 2018 »

Selon Mme Buzyn, on observerait chaque année « entre 80 et 100 naissances par an avec des malformations de membres » en France. Les causes peuvent être génétiques, liées à des contraintes physiques ou dues à des substances toxiques (alimentation, environnement, voire médicaments dans la tristement célèbre affaire de la thalidomide. Or toutes ces causes avaient été écartées par les enquêteurs de Santé publique France.

Une agence aujourd’hui publiquement désavouée par le gouvernement – qui va démissionner ? Un gouvernement qui réclame des « regards croisés » pour faire la lumière pleine et entière. Un gouvernement qui ne peut se résoudre à accepter de voir ici un effet du hasard voire, pire, de la fatalité.

A demain

Le 6 mars dernier une femme mourait après deux heures trente d’attente au CHU de Reims

Bonjour

C’était le 6 mars dernier. La pensionnaire de la maison de retraite Wilson était arrivée peu après 16 heures aux urgences du CHU de Reims les « jambes marbrées » rapportait L’Union, À 18 h 30, toujours sur un brancard aux urgences, cette femme de 73 ans faisait un arrêt cardiaque et ne pouvait être réanimée. Son fils s’interrogeait alors sur la prise en charge. « Cette attente lui a peut-être été fatale, je regrette qu’elle ait tant attendu… » témoignait-il auprès du quotidien. Une requête devait être déposée auprès du tribunal administratif  pour demander la nomination d’un expert. « On lui a pris les dix dernières années de sa vie », affirmait l’avocat du fils de la patiente, Me Emmanuel Ludot.

Pourtant, d’emblée, l’hôpital se défendait de tout dysfonctionnement. « Il y a eu, malheureusement, quatre urgences vitales à traiter en même temps que la septuagénaire, qui, à son arrivée, avait été diagnostiquée dans un état stable. Les soins appropriés lui ont été administrés quand son état s’est aggravé », expliquait à L’Union le CHU, tout en soulignant l’existence de  « pics épidémiques liés à la grippe et à la diarrhée aiguë ».

Plusieurs médecins ou membres du personnel hospitalier pointaient toutefois du doigt des urgences de l’hôpital de Reims « saturées ». Dans L’Union, des brancardiers dénoncent des « délais d’attente [qui] se sont dangereusement allongés depuis un an » et « toute la chaîne des urgences qui est ainsi prise en otage par une mauvaise gestion ». Au Figaro , Cédric Renard, secrétaire général FO au CHU de Reims, soulignait pour sa part le « manque de personnel ».

Sept mois plus tard

Nous sommes le 6 octobre de la même année. « Mme M. n’a été prise en charge que deux heures après son arrivée aux urgences pour un arrêt cardio-respiratoire non récupéré. Elle n’a bénéficié d’aucun accueil infirmier, d’aucune prise de constantes et donc d’aucune évaluation de son état », peut-on lire dans le pré-rapport d’expertise demandé par le tribunal administratif de Chalons-en-Champagne – rapport consulté par l’Agence France-Presse. Mme M., âgée de 73 ans et atteinte de la maladie d’Alzheimer, vivait depuis 2012 à l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ephad) Wilson de Reims, rappelle l’AFP. Le 6 mars, elle arrive en ambulance non médicalisée aux urgences du CHU à 16h06 pour des marbrures des membres inférieurs et une tachycardie. A 18h25, après être restée seule sur un brancard, elle est victime d’un arrêt cardiaque mortel.

« Il existe un manquement dans la prise en charge (…). Ce défaut d’évaluation initial de l’état de santé de Mme M. a été préjudiciable et relève d’un problème d’organisation au sein du service des urgences , poursuit le pré-rapport, révélé par France Info et l’Union. L’évolution de l’état de santé de Mme M., des premiers symptômes jusqu’à l’arrêt cardiaque, a été extrêmement rapide témoignant de la gravité de la pathologie sous-jacente ». Ce jour-là, quarante-six patients ont été enregistrés aux urgences entre midi et 16h20. Seuls six patients ont vu un infirmier d’accueil en moins de trente minutes, délai recommandé par la Société française de médecine d’urgence (SFMU). Le délai moyen était de 1 heure et 1 minute.

« C’est un rapport accablant pour l’hôpital. Elle était manifestement prioritaire, mais on ne l’a même pas regardée » commente Me Emmanuel Ludot. Cet avocat compte s’appuyer sur ce document pour chiffrer le « préjudice d’affection » de son client.  Le CHU n’a pas pu donner suite aux sollicitations de l’Agence France-Presse. Du moins dans l’immédiat.

A demain

Somnifères : deux médecins accusés d’être responsables des six morts de l’accident de Millas

Bonjour

Nous sommes dix mois après le dramatique accident de Millas : une collision survenue, sur un passage à niveau de cette commune des Pyrénées-Orientales, entre un autocar transportant des collégiens et une rame automotrice TER.  Autocar coupé en deux, six morts parmi les adolescents, et de nombreux blessés.

Tout ou presque a été dit sur les possibles causes et responsabilités. Et puis, aujourd’hui, double rebondissement. Alors que la conductrice, 48 ans, nie toujours avoir commis une faute les expertises techniques, révélées par Le Parisien accablent cette femme mise en examen pour homicides et blessures involontaires. Les deux experts qui ont passé le car scolaire au peigne fin sont catégoriques : « L’origine de cet accident provient d’un freinage tardif de la conductrice de l’autocar », affirment-ils. Des déclarations à l’opposé de la version de la conductrice, qui assure que la barrière du passage à niveau ouverte au moment du passage du TER a provoqué le drame.

Et puis, sur France Info, les déclarations de Me Jehanne Collard, l’avocate des victimes de la collision qui traite de ce dossier sur son blog spécialisé. Et Me Collard de remonter dans la chaîne des causalités et des responsabilités. Selon elle « les vrais responsables de ce drame sont probablement les médecins ». Pourquoi ? Me Collard :

« Les expertises démontrent d’abord que les infrastructures SNCF fonctionnaient parfaitement et n’ont, semble-t-il, pas concouru à la réalisation de cet accident. Le problème maintenant est de savoir pourquoi la conductrice a heurté la barrière ? Le problème doit se poser du travail des médecins : le généraliste – qui lui a prescrit des somnifères, dont les effets secondaires sont graves pour les personnes qui conduisent -, du médecin du travail, qui était informé et qui l’a déclaré apte à la conduite. Donc la responsabilité de tous ces médecins qui sont intervenus semble évidente et probablement plus importante que celle de la conductrice. Les vrais responsables sont probablement ces médecins qui n’ont pas fait leur travail et qui ont prescrit des médicaments dont les effets secondaires étaient dangereux pour quelqu’un qui conduisait.

 « Effectivement le car a freiné. On peut imaginer – c’est un des effets des médicaments qu’elle prenait – qu’elle a eu un moment d’absence et qu’elle n’a réalisé qu’au dernier moment que les barrières étaient fermées. Ce qui est important dans ce dossier, et pour tous les enfants de France qui montent dans des cars scolaire, c’est que des médecins puissent prescrire à quelqu’un qui conduit des enfants, des somnifères dont les effets secondaires sont très lourds. Il y avait dans ce dossier des éléments qui laissaient penser, avec une quasi-certitude, que les barrières étaient fermées lorsque le car scolaire s’est présenté au passage à niveau. Ces expertises ne font que confirmer ce qu’il y avait dans ce dossier. »

Pour cette avocate, si la conductrice a poussé les barrières c’est parce que, « du fait des médicaments qu’elle prenait, elle a eu un moment d’absence ».  « Elle sera probablement responsable pénalement. Mais elle ne portera pas l’entière responsabilité de cet accident assure-t-elle. Ce sont les médecins qui ont fait leur travail avec irresponsabilité, incompétence, manque de conscience professionnelle, qui sont les plus responsables. »

Ces médecins, dont elle ne donne pas les noms, vont-ils poursuivre cette avocate pour diffamation ?

A demain

Numerus clausus :  enterré par le gouvernement – qui ne dit rien de la suite des événements      

Bonjour

Rien ne va plus, nous disent les médias, dans la communication d’Emmanuel Macron. Ainsi, après le le tango exécutif du « prélèvement à la source », voici la séquence médicale du « numerus clausus ».  L’alerte médiatique nous a été donnée, à l’aube, par France Info. C’est, depuis, un vague-clapotis de commentaires plus ou moins bien informés.

Dans la journée, sur France Inter, le député plus que macronien (Isère) Olivier Véran est arrivé, essoufflé, pour assurer qu’il travaillait sur des propositions allant vers la suppression du numerus clausus. « Je ne peux pas anticiper la décision et la teneur des propos du président de la République mais si vous m’interrogez sur ce que je porte, je pense qu’il faut en finir avec ce système du numerus clausus à la fois injuste et abscons », résume ce neurologue hospitalier ex-futur minisre de la Santé.

Agnès Buzyn s’est quant à elle fendue d’un message sur Twitter, « laissant planer le suspense ».  @VidalFrederique et moi-même travaillons à rendre la formation des futurs médecins plus moderne: coopération, compétences, bien-être. Encore, un peu de patience…. #NumerusClausus 16:19 – 5 sept. 2018

Bossuet

Patience… Mais encore ? Le Quotidien du Médecin croit savoir que les arbitrages devraient être annoncés par Emmanuel Macron le 18 septembre lors de la présentation détaillée de l’arlésienne  « stratégie nationale de santé ».  En tout état de cause, la fin du numerus clausus ne constituerait qu’une « demi-surprise », Emmanuel Macron ayant lui-même évoqué, lors de sa campagne, la remise à plat d’un dispositif « périmé »« injuste et inefficace ». 

« En février 2018, Édouard Philippe, exposant les axes de la stratégie de transformation du système de santé, avait promis une réflexion ‘’ sans tabou’’ sur ce verrou anxiogène. Et fin juin Agnès Buzyn confirmait ‘’ réfléchir à une réforme globale des études de santé où la question du numerus clausus est clairement posée’’. L’oraison funèbre semble donc se rapprocher. »

On attend ici, un Bossuet. Du moins un Bossuet républicain. Hasard ou fatalité : la sortie du film « Première année » réalisé par le médecin généraliste et cinéaste Thomas Lilti. Gâchis humain, esprit de compétition, révisions infinies, fatigue récurrente, solitude déseapérantes  : tous les versants les plus sombres de cette « première année » ; impasse construite par les doyens et les pouvoirs en place. Une relique de l’ancien monde. Tout ce que à quoi, en somme, l’exécutif macronien est, désormais, directement et bien paradoxalement, confronté.

A demain