«Le profil psychiatrique de la femme incendiaire et alcoolisée commence à se dessiner»

Bonjour

L’essentiel du cadre de la tragédie de l’incendie de Paris (10 morts, 33 blessés) est connu. Reste à compléter les cases, à remonter les fils, à tenter de comprendre les failles, les fautes, tout ce qui aurait permis de réduire les risques. Les médias généralistes s’y emploient. Et, chose remarquable, avec une pédagogie qui souvent fait défaut dans le traitement des affaires où la psychiatrie est sur le devant de la scène.

Loin de stigmatiser la femme à l’origine de l’incendie de la rue Erlanger, s’attache-t-on à décrypter les rouages de la machinerie médico-légale, à contextualiser, à rappeler que rien n’est simple dans la prise en charge de la « maladie mentale » et de celles et ceux qui en souffrent 1.

C’est ainsi que France Info aide, sinon à comprendre, du moins à cerner « le profil de la suspecte », une femme de 40 ans interpellée non loin des lieux, qui habitait l’immeuble incendié et qui a été admise à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (IPPP), quelques heures après avoir été placée en garde à vue.

D’emblée Rémy Heitz, procureur de la République de Paris, avait évoqué ses « antécédents psychiatriques ». Selon France Info cette femme a déjà effectué « quatorze séjours en hôpital psychiatrique, pour une durée totale de près de cinq ans ». « Elle est également connue de la justice, pour des affaires récentes, toutes classées sans suite. » Et selon une  source judiciaire à France 2 et France 3, elle avait été mise en cause dans trois procédures distinctes :

• Une procédure en 2016 pour vol précédé de dégradation (classée sans suite pour état mental déficient).

• Une procédure en 2016 pour une contravention de violences (classée sans suite pour état mental déficient).

• Une procédure en 2017 pour violences conjugales classée sans suite (infraction insuffisamment caractérisée).

Plusieurs de ses voisins ont fait, à différents médias, des descriptions convergentes : « J’ai vu que c’était quelqu’un qui avait des perturbations psychiques, c’était quelqu’un qui voulait tout de suite être ami-ami, qui voulait vous donner son numéro de téléphone… comme si on se connaissait. Puis quelques jours plus tard c’était fini. Etait-ce l’alcool ? »

La dimension politique du psychiatrique

Combien sont-elles, les personnes croisées au fil des jours dont le comportement nous interroge ? Et que faisons-nous ? Il y a quelques jours on apprenait qu’une centaine de psychiatres venaient d’adresser un courrier à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Parmi eux le Pr Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Il s’en expliquait dans Le Parisien, précisant que chacun peut désormais voir de plus en plus de personnes atteintes de troubles psychiques « dans les rues » :

« Tout le monde peut le remarquer. Ce n’est un mystère pour personne. Il y a des lieux plus propices, comme le métro, où l’on croise beaucoup de gens qui semblent perdus sans savoir exactement si c’est la conséquence de troubles psychiques, de l’alcool ou de drogues. Certes, il n’existe pas de statistiques pour dire s’il y en a plus qu’avant, mais ce n’est pas normal d’en voir autant. (…) Parler seul dans la rue est le reflet d’une souffrance psychique réelle. Ce n’est pas bon signe. Cela signifie que cette personne n’est pas soignée correctement ou qu’elle ne l’est pas du tout. Avec des traitements, on n’est pas censé avoir ce genre d’hallucinations. »

 « Il y a une réalité, aujourd’hui en France, les malades psychiatriques ne sont pas suffisamment pris en charge. A l’hôpital ou en ville, la demande de consultations augmente car on identifie mieux certains troubles et des pathologies comme les dépressions et l’autisme sont aussi en hausse. Or, ces patients ne sont pas assez vite examinés à cause des délais d’attente. En trente ans, le nombre de lits dans les hôpitaux a aussi été divisé par deux alors que la population augmente. »

 Où l’on saisit, une nouvelle fois, que le politique est presque toujours consubstantiel au psychiatrique – et très souvent au tragique.

A demain

On estime entre 4,7 et 6,7 millions le nombre de personnes souffrant de dépression en France (7 à 10 % de la population) ; entre 800 000 et 3,7 millions celui des personnes atteintes de troubles bipolaires (1,2 à 5,5 %) et à 670 000 celui des personnes schizophrènes (1 %). On recense d’autre part chaque année plus de 10 000 suicides et 220 000 tentatives. Données tirées du remarquable « Psychiatrie : l’état d’urgence » de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca, éditions Fayard.

 

«Radio France bleu Isère incendiée cette nuit». Pourquoi tant de haine envers les médias ?

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28 janvier 2019. Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. Et pourtant, coment ne pas y songer ? Une synthèse est offerte par Le Figaro. «Pas de radio ce matin». C’est ainsi que le site de France Bleu Isère a annoncé ce lundi avoir été victime d’un incendie, qui a «ravagé» dans la nuit de dimanche à lundi une partie de ses locaux, situés dans le centre-ville de Grenoble. «Heureusement, il n’y a aucun blessé, mais les dégâts sont conséquents et impossible pour le personnel d’accéder aux locaux», souligne la radio sur son site d’informations. Une dizaine de salariés travaillent habituellement à la radio.

L’incendie se serait déclaré vers 2h30 et aurait détruit le rez-de-chaussée du bâtiment, qui comprenait le studio de diffusion. Selon nos confrères, «l’origine criminelle ne fait guère de doute» car «il y a eu deux départs de feu à l’intérieur des locaux et une porte d’entrée a été fracturée». Interrogé par France Info, le rédacteur en chef, Léopold Strajnic, a indiqué qu’aucune menace particulière n’avait été prononcée ces derniers jours à l’encontre de la radio ou des journalistes. «Les relations qu’on avait sur le terrain, pendant les manifestations, étaient relativement saines. Il est beaucoup trop tôt pour émettre des hypothèses», a-t-il indiqué ce matin.

Aucune revendication n’a été retrouvée sur place. Une enquête a été ouverte. Pour continuer à émettre, la direction de la station envisage de délocaliser une partie de ses équipes à Valence ou Chambéry, et d’utiliser les studios de France Bleu Drome Ardèche ou France Bleu Pays de Savoie afin d’assurer une partie des programmes.

Destruction du langage

Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. Pour autant Le Figaro souligne que cet incendie « s’inscrit dans un climat général de défiance envers les médias ». Il rappelle que ces dernières semaines, plusieurs journalistes ont été victimes de violences alors qu’ils couvraient les manifestations des Gilets Jaunes.

« Souvent traités de «collabos», ils sont soupçonnés de ne rapporter que la parole gouvernementale, de dissimuler les violences policières ou de mentir sur le nombre de participants aux manifestations. Parallèlement, des distributions de journaux ont été perturbées. Cette défiance se retrouve dans un des derniers sondages effectués auprès des Français par l’institut Kantar pour le journal La Croix. Interrogés sur les «critiques et agressivité» touchant les journalistes durant le mouvement des «gilets jaunes», 24 % des sondés les trouvaient justifiées.

Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. On peut aussi, sur ce thème, conseiller la lecture d’un ouvrage remarquable 1, bientôt indispensable : « La Langue des médias. Destruction du langage et fabrication du consentement » d’Ingrid Riocreux. Editions de l’Artilleur.

A demain

@jynau

1 « Le journaliste l’ignore, mais les mots ont un sens » Jean-Marc Proust, Slate.fr 25 septembre 2016

 

Euthanasies : fortes suspicions au sein d’un Ehpad de Pontarlier (Doubs). Un médecin mis à pied.

Bonjour

Le Grand Débat National se met en place, relayé en priorité par les chaînes « diffusant l’information en continu ». Remarquable spectacle, hier 25 janvier en direct de Sartrouville (Yvelines) et en présence d’Edouard Philippe, Premier ministre. On y évoqua, un instant, les Ehpad et les mille et une souffrances que ces « établissements d’hébergement », désormais, suggèrent 1.

Au même instant, cet « urgent » de L’Est Républicain (Willy Graff), repris par France Info: « Exclusif. Pontarlier : suspicions d’euthanasies à l’Ehpad ». Saisi par l’Agence Régionale de Santé, qui a inspecté l’établissement, le procureur de la République de Besançon confirme l’existence de faits « préoccupants ». Une enquête préliminaire a été ouverte au sein de l’Ehpad du Larmont, aux portes de Pontarlier.

Projet majeur du Centre hospitalier intercommunal de Haute Comté, l’Ehpad du Larmont a ouvert ses portes le 8 juin 2010. Implantée sur la commune de Doubs, cette nouvelle structure a voulu recréer l’esprit d’un village à taille humaine.

« Son parvis d’entrée facilitant l’arrivée des familles et des visiteurs, les moments de rencontre entre Résidents. Les unités d’hébergement situées de part et d’autres du hall d’accueil et organisée, chacune en 3 maisonnées de 14 lits, autour d’un cœur de vie que sont les salles à manger et d’animation. L’orientation des espaces de vie communautaire vers le soleil. Des lieux extérieurs offrant la possibilité de promenades et de loisirs.

Les  installations  de  ce  nouveau  bâtiment  ont  été  particulièrement  conçues  afin  de proposer des locaux adaptés aux handicaps de la Personne âgée et d’offrir une chambre individuelle à chaque Résident. Il accueille des personnes âgées de plus de 60 ans, valides ou en perte d’autonomie, pour un accompagnement temporaire ou permanent. Il est agréé par la caisse d’allocation familiale et habilité à recevoir des bénéficiaires de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie et de l’aide sociale le cas échéant. Il répond aux normes d’attribution de l’allocation logement. »

Surmortalité des résidents de cet établissement

« Quelqu’un a-t-il accéléré les fins de vie de résidents, et si oui, selon quels procédés, demande le quotidien régional. Ces questions sont posées de manière officielle. » Au départ ce fut la famille d’une patiente décédée « dans de troublantes circonstances », au printemps 2018, qui a déposé un signalement à l’Agence Régionale de Santé. Cette dernière a ouvert une enquête administrative. Puis en décembre, une inspection étalée sur deux jours a été menée au sein de cet Ehpad. Les premiers éléments recueillis ont été jugés suffisamment inquiétants pour qu’à son tour, l’ARS saisisse le parquet de Besançon.

« Les premiers constats qui m’ont été apportés sont préoccupants, a confirmé à L’Est Républicain le procureur de la République, Étienne Manteaux. C’est pourquoi j’ai décidé d’ouvrir une enquête préliminaire pour homicide involontaire. »

Deux éléments retiennent d’ores et déjà l’attention de la justice, explique le procureur : « Une surmortalité des résidents de cet établissement comparée à la moyenne nationale d’une part, et l’utilisation de molécules jamais ou rarement utilisées dans la majorité des Ehpad d’autre part ».

L’ARS délivrera très prochainement un rapport définitif, qui précisera le résultat de ses investigations. « Dans l’attente, un médecin de l’Ehpad a été mis à pied à titre conservatoire », précise le quotidien. Outre le cas initial ayant déclenché la procédure, plusieurs autres morts suspectes retiendraient l’attention des inspecteurs. De nouvelles expertises médico-légales devraient être seront sans diligentées par le parquet de Besançon. Ces investigations devraient durer de longs mois. Bien après la fin du Grand Débat.

A demain

@jynau

1 A noter la récente publication d’un ouvrage édifiant qui bénéficie déjà d’une forte « couverture médiatique » : « EHPAD, une honte française » signé de Anne-Sophie Pelletier (Editions Plon) 17,90 euros.

« Anne-Sophie Pelletier ouvre les portes vers une humanité qu’on oublie voire met de côté, et dévoile les secrets des EHPAD, lieux où souvent les mots « humain », « dignité » sont sacrifiés sur l’autel de la rentabilité et du profit. »

 

Faudrait-il enfin croire les journalistes quand ils annoncent qu’ils ne sont plus crédibles ?

Bonjour

C’est une vertigineuse mise en abyme offerte par  La Croix (Aude Carasco) : « Baromètre médias, les journalistes sommés de se remettre en question ». Où l’on découvre que dans le 32e « Baromètre de la confiance des Français dans les médias » 1 pour le quotidien catholique, la crédibilité accordée aux différents supports et la perception de l’indépendance des journalistes sont « au plus bas ». Et ce alors même que l’intérêt pour l’actualité remonte après trois années de baisse.

« Insultes, menaces de viol, jets de projectiles, coups, scènes de lynchage… Après plusieurs agressions de journalistes, des agents de protection accompagnent des équipes de télévision ou radio lors de mobilisations de Gilets Jaunes. Une « ‘’escalade de la haine’’ dénoncée par l’ONG Reporters sans frontières, qui héberge sur son site la pétition  #Libresdinformer, lancée par des collectifs de journalistes et de citoyens pour défendre le droit d’informer. »

Journalisme morne plaine. Un quart seulement des sondés jugent que lesjournalistes sont indépendants du pouvoir et de l’argent. La radio, traditionnellement jugée comme le moyen d’information le plus fiable, sort à peine la tête de l’eau (avec 50 % de niveau de confiance, – 6 points sur un an), devant la presse écrite (à 44 %, – 8 points), la télévision (à 38 %, – 10 points), et Internet (à 25 %, comme en 2018). Interrogés sur les critiques et l’agressivité provenant d’une minorité de manifestants envers des journalistes, un petit quart des sondés (23 %) les jugent justifiées, une majorité (39 %) « pas vraiment », et un tiers (32 %) « pas du tout ».

Conseil de l’Ordre des Journalistes

Violences, fractures et paradoxes révélés par le phénomène des Gilets Jaunes. « Il y a un décrochage important entre les milieux culturels et les niveaux d’éducation, observe le sociologue Jean-Marie Charon. Les plus âgés et les moins diplômés regardent encore très majoritairement le petit écran. Les “intellos” n’ont pas les mêmes sources d’information que les milieux populaires : ils écoutent la radio et s’informent sur les sites de la presse écrite et auprès des médias créés sur Internet. Il y a bel et bien une information à deux vitesses, qui pose plus que jamais le débat de la qualité de l’information. »

Critique majeure : un manque de « terrain » et un plus que trop-plein de « journalisme de commentaire » 2. Pour autant l’utilité du métier de journaliste n’est pas niée. Critiqués voire honnis, les journalistes arrivent en tête des acteurs « qui devraient agir contre la propagation des fake news » (à 37 %), devant les organes de contrôle des médias (35 %), les citoyens eux-mêmes (31 %) et le gouvernement (23 %).

« À travers les critiques exprimées et les réponses faites à ce baromètre transparaît une demande d’évolution dans les modes de traitement (meilleure représentation de la diversité de la société et des opinions, moins de sensationnalisme, plus d’attention portée à la qualité des invités…) et la hiérarchisation de l’information (plus de sujets concernant les grands enjeux de société comme l’environnement et le vivre-ensemble, moins de sujets politiques » résume La Croix.

Et déjà, ici ou là, revient le vieux serpent de mer des périodes de grandes crises : la nécessité de créer un Conseil de l’Ordre des Journalistes comme il en a un, bien connu, des Médecins.

A demain

@jynau

1 « Le 32e Baromètre de la confiance dans les médias ». Étude réalisé par Kantar Sofres/Kantar Media pour La Croix entre le 3 et le 7 janvier 2019.  La méthode utilisée est celle des quotas, auprès d’un échantillon nationale de 1000 personnes, représentatif de l’ensemble de la population âgée de 18 ans et plus. Les entretiens ont été réalisés en face à face.

2 La Croix rappelle qu’à la faveur du mouvement des Gilets Jaunes de nouveaux débats sont entrés dans les rédactions. Dès la mi-décembre, Laurent Guimier, le vice-PDG d’Europe 1, et son conseiller Guy Birenbaum faisaient leur « média culpa » dans une tribune aux Échos,confessant un manque de terrain et un trop-plein de « journalisme de commentaire », et invitant les médias à se « réinvestir dans des missions » délaissées. Des discussions ont également été ouvertes à TF1 ou BFMTV. Une consultation a été lancée au sein de la radio France Info, qui possède sa propre agence de vérification. « Si les violences sont inexcusables, il est indispensable, sain et utile qu’un débat et un dialogue aient lieu, estime Vincent Giret, son directeur. Il y a une prise de conscience que le paysage de l’information a changé et qu’on ne peut plus travailler comme hier. »

Alcools et whiskies : le ministre de l’Agriculture lutte contre l’alcoolisme et l’addictologie

Bonjour

De Carybde fermentée en Scylla distillée. Didier Guillaume, 59 ans, n’est plus un novice. Et pourtant. Ancien agent du Trésor Public, longtemps élu socialiste il annonça son abandon de la politique. Puis en abandonna l’idée. Il est aujourd’hui le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation d’Emmanuel Macron.

Il y a quelques jours M Guillaume faisait parler de lui. Contre l’évidence sanitaire et œnologique il affirmait sur BFMTV-RMC, que le vin n’était pas « un alcool comme un autre ».

« Le vin n’est pas un alcool comme un autre. (…) L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du “binge drinking. Mais je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l’alcool fort. »

Où l’on retrouvait les immortels clichés opposant, en lieu et place des alcoolémies, des ivresses, de leurs fréquences et des symptômes de la dépendance, des alcools qui seraient « forts » quand d’autres seraient « doux ».

Un ministre non recadrable

Une semaine plus tard M. Guillaume persiste et, dans la plus grande confusion, signe de son nom. Invité de la matinale d’Europe 1, mercredi 23 janvier, il a déclaré (6’): « une molécule de vin et une molécule de whisky ont le même degré d’alcool, sauf que moi je ne bois pas des molécules, je bois des verres. » Et surtout ne pas parler de « se saouler ».

Les premiers propos du ministre lui avait valu une sèche réplique de sa collègue Agnès Buzyn. « Le vin fait partie de notre patrimoine, avait-elle concédé sur France info, avant de souligner le caractère identique des molécules d’alcool éthylique présentes dans le côtes-du-rhône, dans les apéritifs anisés et toutes les autres boissons alcoolisées.

Pour autant, Didier Guillaume assure être sur la même ligne que le reste du gouvernement. « Je ne suis pas recadrable, moi, s’est-il agacé à l’adresse de Mme Buzyn. Il n’y a pas de débat, la position du gouvernement est de lutter contre l’alcoolisme. Il y a une grand plan de lutte contre l’alcoolisme qui a lieu. La filière viticole en fait partie, travaille avec le ministère de l’Agriculture et de la Santé. »

Et puis ce formidable lapsus ministériel (réitéré) : « Je veux lutter contre l’alcoolisme et lutter contre l’addictologie ». On attend l’interprétation d’Agnès Buzyn.

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@jynau

 

 

Cigarette électronique : sur France Info, le patron de Santé Publique France avala son chapeau

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Comment tourner casaque sans avoir à prononcer le moindre mea culpa ? La question se pose à l’écoute de l’émission « Les mots de l’Info » de France Info du 5 janvier dernier.

Invités : le Dr François Bourdillon (directeur général de Santé Publique France) et le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue que l’on ne présente plus. Des propos repris sur le site des buralistes françaiset, pour partie, sur le site vapingpost.com : « La fin de la vape dix ans après la fin du tabac ? » (Guillaume Bailly).

Peut-on raisonnablement, en 2019 imaginer en France une « Génération sans tabac » ?

François Bourdillon : « Oui, c’est l’effet d’une politique cohérente et d’un ensemble de mesures allant du paquet neutre au remboursement des substituts en passant par l’augmentation du prix du tabac et la grande opération de marketing social ‘’Mois sans Tabac’’. On a pris le tabac par les cornes. Tout le monde fume mais de moins en moins les jeunes. Et quand vous avez un million de fumeurs en moins, vous avez ceux qui ont arrêté et ceux qui ne sont pas rentrés dans le tabagisme ».

Un effet du « paquet neutre » ?  « Oui, ça a marché dans le sens où ça a diminué l’attractivité auprès des jeunes » estime François Bourdillon.

Un effet de l’augmentation du prix du tabac ? « C’est très efficace et le paquet neutre aussi (…) Depuis la forte augmentation de mars (de l’ordre de 13 à 14 %), on a une baisse de consommation plus importante qu’attendue, de l’ordre de 11 %. Et cela sous la conjonction d’autres mesures (…) » explique Bertrand Dautzenberg.

Çela veut dire quoi, exactement, « Génération sans tabac » ?

Bertrand Dautzenberg : « Moins de 5 % de fumeurs quotidiens dans une tranche de population. Moi, je travaille surtout sur Paris.. La baisse est colossale chez les jeunes et on devrait y arriver avant 2030. Ce sont les jeunes nés en 2012 qui seront non-fumeurs. En Ile-de-France, on fume moins que dans les régions frontalières qui ne « bénéficient » pas de l’augmentation du prix puisque les pays voisins sont moins chers. Ou qu’en Corse où les taxes sont de moins 21 % par rapport au continent : le nombre de cancer y est supérieur de 20 %. »

Hier encore adversaire acharné

On n’a pas parlé de la taxation sur le tabac lors du mouvement des « Gilets Jaunes » contre la fiscalité. Est-ce un signe que tout le monde l’accepte ? François Bourdillon : « C’est une grande victoire pour cette taxe comportementale. D’autant qu’elle est recyclée pour faire la promotion de la santé ».

Puis la grande question, celle de la place de la cigarette électronique dans une politique de lutte contre le tabagisme. Où l’on entend, médusé, le directeur de Santé Publique France (hier encore adversaire acharné)  déclarer :

« C’est le moyen le plus utilisé pour arrêter de fumer. C’est important à savoir. Aujourd’hui, il y aurait entre 2,5 à 3 % d’utilisateurs de cigarette électronique. C’est un bon moyen de réduction du risque. Après, elle peut comporter des risques et il faut suivre le comportement des Français afin de s’assurer qu’elle n’est pas détournée, et que ce ne soit pas un objet qui serve les fabricants pour promouvoir les cigarettes ».

Et c’est alors, dans le studio de France Info, le Pr Bertrand Dautzenberg rêva à haute voix:

« Je défends assez la cigarette électronique comme sortie du tabac. D’ailleurs, il n’y a qu’1 % des utilisateurs qui sont non-fumeurs. Cela dit, dix ans après la fin du tabac, je souhaiterais la fin de la vape ».

A demain

@jynau

 

 

 

Gilets Jaunes et trésors de la langue française : aujourd’hui « cagnotte» et vipère au poing

Bonjour

Post-Jactance. A l’heure où nous écrivons ces lignes (8 janvier 2019, midi) la « cagnotte du boxeur » aurait engrangé « plus de 114 000 euros » – 8 000 donateurs . Un trésor en forme d’épine irritative du politique, un abcès puisant sa sève dans le numérique et la colère épidémique 1.

Mais encore ? Certains parlent d’un « élan de solidarité » envers le boxeur Christophe Dettinger – ex-sportif désormais célèbre pour avoir « perdu son sang-froid » . Un citoyen placé en garde à vue (puis relâché) pour avoir « boxé » des représentants des forces de l’Ordre, lors du dernier Acte parisien en date des Gilets Jaunes. Avant de s’expliquer/excuser de ses gestes.

« Solidarité » numérique ou « indignité » numérisée ?  Pour Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique l’affaire est entendue. « Apparemment, ça rapporte de frapper un policier. Quand l’attrait de l’argent vient s’ajouter à la haine et à la violence, je n’ai que du dégoût, écrit M. Mahjoubi sur Twitter. Tout le monde doit être responsable : cette cagnotte est indigne. »

Complicité

« Soutenir cela, c’est être complice de cet acte et encourager [les violences] », avait argué Marlène Schiappa, invitée de Franceinfo. Interrogée sur la même chaîne, la ministre des transports, Elisabeth Borne, avait pour sa part déclaré:  « Est-ce que c’est normal de vouloir apporter un soutien à ce monsieur qu’on a vu frapper un policier à terre, qu’on a vu boxer un policier ? […] Je pense qu’il faut aussi que chacun reprenne un peu ses repères. »

Face à la polémique, la plateforme Leetchi (qui hébergeait la cagnotte) a décidé de la clôturer à la mi-journée. Dans un communiqué, Leetchi « s’engage à ce que les fonds collectés sur la cagnotte de soutien à Christophe Dettinger servent uniquement à financer les frais de justice conformément à nos CGU[conditions générales d’utilisation] et à la législation en vigueur ».

Cagnotte, donc. Jadis « petite cuve utilisée dans certains départements du sud de la France pour écraser le raisin ». Puis, par analogie, récipient (cassette, corbeille, plateau, etc.) destiné à recevoir l’argent que les joueurs paient dans des circonstances convenues. La cagnotte des jeux; mettre, verser de l’argent dans la cagnotte.

Par extension : « Caisse commune d’une association, d’un cercle ou de tout autre groupe de personnes, alimentée par des cotisations, des amendes, des dons… » ;  « Boîte, cassette, qui renferme les économies d’une personne, d’une famille » ; somme d’argent recueillie dans une cagnotte; fonds d’une association, d’un cercle de jeu.  Mais c’était aussi un « argent économisé petit à petit ».

« Folcoche trichait, lésinait maintenant sur tout. Elle se constituait une cagnotte(H. Bazin, Vipère au poing,1948, p. 241). Soixante-dix ans plus tard, un gilet jaune et une vipère au poing.

A demain

@jynau

1  Sur ce thème: « Au bout de la colère, réflexion sur une émotion contemporaine » de Michel Erman (Plon)