Alertes au feu lancées dans les hôpitaux des Assistances publiques de Marseille et de Paris

Bonjour

La canicule s’est enfuie mais le feu couve toujours. C’est un bel exemple du poids d’un travail journalistique dans le champ de l’alerte-préventive. La démonstration qu’un scoop peut, aussi, être bénéfique.

Soit un rapport officiel d’août 2017 dont l’existence vient d’être révélée par  Le Journal du dimanche (Pierre Bafoil et Guylaine Idoux, Anne-Laure Barret). Un document établi par la sous-commission départementale de sécurité des Bouches-du-Rhône dont Le JDD reproduit des extraits. Un document qui dormait dans des tiroirs sécurisés et que l’on s’apprêtait à oublier. Ses auteurs établissent que face au risque d’incendie la situation la plus sérieuse est observée dans l’immeuble de grande hauteur de La Timone, haut de 17 étages.

« Un rire nerveux. C’est la réponse gênée d’un agent du service de sécurité incendie du CHU de la Timone, à Marseille, lorsqu’on lui demande comment faire face à un éventuel sinistre dans les étages de cette tour. « C’est ma plus grande crainte, confie-t‑il. Notre gros souci, c’est de pouvoir évacuer les personnes à cause des fumées. Le système de sécurité présente des défaillances. » En cas de départ de feu, plus de mille personnes pourraient se retrouver piégées dans les locaux vétustes de cet immeuble de grande hauteur. En 2017, la sous-commission de sécurité des Bouches-du-Rhône a émis un avis défavorable à son exploitation. »

Au-delà du cas de l’hôpital marseillais, Le JDD assure qu’une dizaine d’établissements ne respectent pas les normes de sécurité incendie. Et le JDD de préciser que ni la municipalité (représentée à la commission de sécurité et au conseil de surveillance de l’hôpital) ni le directeur de La Timone, ni l’Agence Régionale de Santé (vers laquelle le ministère des Solidarités et de la Santé avait élégamment renvoyé) n’avaient « accepté de répondre »aux questions légitimement posées.

Surtout ne pas inquiéter inutilement !

Contactée par l’Agence France-Presse la direction de l’AP-HM (Assistance publique-Hôpitaux de Marseille), dont dépend La Timone, est convenue dans un communiqué que la mise à niveau d’un hôpital construit au début des années 1970 avec les normes en vigueur aujourd’hui « nécessite des travaux importants », qui seront engagés dans le cadre d’un projet de modernisation immobilière de 315 millions d’euros.

« Alors que le directeur de la Timone, pénalement responsable en cas d’incendie, n’avait pas accepté de répondre à nos sollicitations avant la parution de cet article, la direction de l’AP-HM , dont dépend La Timone, a convenu dans un communiqué publié dimanche après-midi que la mise à niveau d’un hôpital construit au début des années 1970 avec les normes en vigueur aujourd’hui « nécessite des travaux importants », qui seront engagés dans le cadre d’un projet de modernisation immobilière de 315 millions d’euros. »

Ce projet de modernisation, déclaré éligible en janvier 2018, est dans sa phase d’approbation pour mise en œuvre. « Si l’Etat le valide définitivement, il apportera un financement à hauteur de 50 % », précise l’AP-HM, soulignant que le département, la région, la métropole Aix-Marseille-Provence et la ville de Marseille se sont engagés à cofinancer ce plan pour 130 millions d’euros.

« Mais il ne faut pas inquiéter inutilement », a insisté auprès de l’AFP le secrétaire général de l’AP-HM, Pierre Pinzelli. Ce dernier affirme qu’avant ces interventions sur la structure même du bâtiment « toutes les mesures de veille et de sécurité » ont été prises, avec notamment un service de sécurité incendie de huit personnes 24 heures sur 24 et « un système de détection incendie parfaitement opérationnel et aux normes ». Précisant que 2 millions d’euros ont été consacrés aux travaux de mise en sécurité de La Timone entre 2018 et 2019, l’AP-HM souligne notamment la présence de portes coupe-feu automatiques permettant de cloisonner chaque étage de façon étanche, ainsi que de moyens de lutte directe contre les flammes disponibles à chaque étage.

Ceci n’a pas empêché le Dr Renaud Muselier, ancien interne des hôpitaux de Marseille, diplômé en médecine du sport et en rééducation fonctionnelle – par ailleurs président LR de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur de dénoncer « une situation d’une extrême gravité ».« Des clarifications sont nécessaires et des décisions doivent être prises » explique-t-il, compte-tenu de ces « graves failles en termes de sécurité ».

Ne jamais en parler à l’extérieur !

Et dans la capitale ? Interrogé sur Franceinfo  François Crémieux, directeur général adjoint de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) ne pouvait pa ne pas réagir à l’enquête du JDD :

« Les moyens humains viennent compenser des moyens techniques qui, dans certains bâtiments, sont défaillants. Nous avons toute une série de mesures qui permettent de pallier ces manquements techniques (…). À l’hôpital Bichat, une cinquantaine de pompiers se relaient jour et nuit pour assurer la sécurité du bâtiment, compte tenu du fait que les conditions techniques ne sont pas toutes aux normes. Il y a donc six pompiers, 24h sur 24, qui assurent la sécurité. »

« Pour prendre la mesure du non-respect des normes incendie hospitalières à travers le pays, il faut plonger dans un rapport édifiant publié par la Cour des comptes en 2013, précise encore le JDD. Selon ce document, il y a six ans, 16% des bâtiments des CHU avaient reçu un avis défavorable à la poursuite d’exploitation par la commission de sécurité incendie, soit 213 au total. Parmi les hôpitaux pointés du doigt figuraient la Timone ainsi que les CHU de Nantes, Besançon et Rangueil, à Toulouse.  En 2013, la Cour des comptes relevait également qu’un carton rouge donné par les pompiers n’entraînait presque jamais de fermeture administrative »

Et l’hebdomadaire dominical d’interroger : après l’incendie de Notre-Dame de Paris  faut-il s’inquiéter des « libertés » prises par endroits avec la réglementation ? Rappeler que la responsabilité pénale personnelle des directeurs d’hôpitaux est engagée en cas de sinistre ? « C’est le grand secret des directeurs de grands hôpitaux universitaires comme de petits établissements : l’évolution incessante des normes antifeu suscite une tension permanente, ajoute le JDD. « La complexité du problème de la sécurité incendie est impossible à expliquer au grand public, c’est pour ça qu’on n’en parle jamais à l’extérieur, murmure l’ancien numéro un d’un CHU de province. »

Silence à l’extérieur ? C’est, à l’évidence, une grave erreur.

A demain @jynau

France 2 et la mort d’un enfant à Gustave-Roussy, le communiqué de presse qui suivit

Bonjour

Tout dire ou se taire ? Comment « communiquer » face à une tragédie, un drame, une faute ? Quels rôles peuvent jouer les (peut-on faire jouer aux) médias ? Quelles leçons collectives en tirer ? Nous nous bornerons, ici, à rapporter les éléments disponibles sur une affaire médiatiquement datée du 25 juillet.

1 Les éléments de France 2, repris par France Info. « ENQUÊTE FRANCE 2. Une erreur humaine à l’origine de la mort d’un enfant à l’institut Gustave-Roussy, le plus grand centre anti-cancer d’Europe. Des médecins pointent des dysfonctionnements à répétition et des surdosages dus à « un problème d’organisation global », notamment au sein de la pharmacie de l’hôpital où sont fabriquées les poches de chimiothérapie.

« Un grand hôpital pointé du doigt. Des médecins exerçant au centre de lutte contre le cancer Gustave-Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne) dénoncent, jeudi 24 juillet, dans « L’Œil du 20 heures », des erreurs répétées dans les traitements par chimiothérapie, avec notamment une surdose de médicament ayant conduit à la mort d’un enfant en mai 2019 (…)

«  Un hôpital d’excellence et à la réputation sans tache, jusqu’à ce courrier du 14 juin adressé au préfet d’Ile-de-France et à la ministre de la Santé Agnès Buzyn, et que révèle « L’Œil du 20 heures ». Ce texte, signé par des professeurs et médecins spécialistes du cancer, dénonce « une série d’éléments préoccupant », « des anomalies récurrentes dans la chaîne de contrôle de la production de la délivrance de chimiothérapie », « des erreurs répétées conduisant à des conséquences graves ».

« Selon les informations recueillies par « L’Œil du 20 heures« , une erreur de référencement serait la cause de cet accident gravissime. Cible de toutes les interrogations : la pharmacie de l’institut Gustave-Roussy. Au sous-sol de l’hôpital, près de 300 poches de chimiothérapie sont préparées chaque jour, manuellement ou par deux robots. Mais depuis deux ans, le service est sous tension en raison de problèmes de personnels et de plus en plus de malades à soigner, selon la direction et les syndicats.

« Les pharmaciens et préparateurs ont tous refusé d’être interviewé par France 2. En revanche, deux anciennes patientes témoignent des problèmes d’organisation de la pharmacie. Elles ont lancé une pétition pour réclamer, entre autre, le renforcement des effectifs. 

« Cette hantise était partagée par certains médecins de l’institut dès 2017, comme le révèlent de nombreux courriels envoyés à la direction. L’un de ces messages, que « L’Œil du 20 heures » a pu consulter, rapporte notamment une erreur de dosage le 3 mars 2017. « Hélas, ce n’est pas anecdotique. Nous sommes à la troisième erreur depuis trois mois », déplore ainsi un médecin. 

Un cancérologue, interrogé par France 2, estime que la direction n’a pas pris la mesure du problème. « Ces incidents étaient des indicateurs d’un problème d’organisation global de la pharmacie qui était très sérieux, qui n’était pas pris en compte correctement par les instances de la direction au plus haut niveau », estime-t-il sous couvert d’anonymat. (…) »

2 Le communiqué de presse publié par Gustave-Roussy « après la diffusion de ce sujet par France 2 » :

« Villejuif, le 25 juillet 2019

 Le Journal Télévisé de 20h de France 2 a diffusé ce jeudi 25 juillet 2019 un reportage sur un accident dramatique qui a eu lieu à Gustave-Roussy en pédiatrie il y a un peu plus de deux mois. Bouleversé par ce drame, le personnel de l’établissement renouvelle toutes ses excuses à la famille que l’Institut a informée et accompagnée dans cette épreuve depuis le début. Gustave Roussy assume pleinement l’erreur pharmaceutique à l’origine du décès et souhaite faire toute la lumière sur les causes de ce drame et sur les mesures mises en place pour qu’aucun événement de cette nature ne puisse plus se reproduire, et ce au-delà des polémiques internes et de l’exploitation qui peut en être faite.

« Une enquête interne approfondie a été diligentée immédiatement après l’accident, conduite en lien avec l’Agence Régionale de Santé. L’analyse précise des causes du décès a montré qu’il s’agissait d’une erreur humaine d’enregistrement d’un produit dans le stock de la pharmacie sous une mauvaise référence, qui n’a pas été décelée ensuite lors de la préparation de la chimiothérapie, en dépit des quatre contrôles existants au cours de la production.

« L’Institut a immédiatement mis en place des mesures informatiques correctives visant à empêcher la reproduction de l’erreur première de gestion de stock, et a déployé un dispositif de contrôle analytique libératoire permettant de valider la conformité du contenu de la totalité des poches dosables produites, adultes et enfants, avant leur administration au patient. Une zone de quarantaine accueille ainsi à présent les poches qui doivent être testées préalablement à leur envoi dans les services, et elles ne peuvent en sortir qu’après retour favorable du laboratoire de contrôle. La réalisation du contrôle pharmaceutique libératoire est désormais clairement signifiée par un symbole vert apposé sur la poche.

« Cette nouvelle organisation, et l’erreur à laquelle elle répond, confirment la nécessité de continuer d’avancer dans le plan de modernisation et de sécurisation de la pharmacie engagé en 2017 en lançant notamment l’acquisition de deux robots de production de chimiothérapies, installés en janvier et juillet 2018, permettant de produire à ce jour 40 % des poches de manière automatisée et sécurisée grâce aux différents contrôles embarqués par ces équipements. 

« Le déploiement du contrôle analytique libératoire par spectrométrie qui a été rendu possible par les travaux de validation des méthodes d’analyse des différentes molécules conduits ces derniers mois par la pharmacie, permet maintenant de sécuriser 50 % supplémentaires de la production. Cette étape garantit que toutes les poches dosables fabriquées manuellement sont conformes à la prescription au moment de leur dispensation.

« Les 10 % restants ne peuvent pas faire l’objet d’une fabrication par robot ou d’un contrôle libératoire, car il s’agit souvent de molécules innovantes pour lesquelles il n’existe pas encore de méthode de dosage. Ces préparations bénéficient d’une première étape de validation pharmaceutique, d’un double contrôle de la préparation des flacons, puis d’un double contrôle durant la préparation reposant sur la vérification systématique par un préparateur de ce qui a été produit par un autre préparateur, soit au total cinq étapes de sécurisation du processus. En complément, l’achat d’un spectromètre de dernière génération a été lancé et l’installation d’un dispositif de caméra permettant de vérifier les étapes de production des préparations non dosables est à l’étude.

« L’acquisition d’un nouveau robot de production est par ailleurs en cours d’instruction afin de poursuivre l’automatisation de la chaîne de production et accompagner le développement d’activité. Deux nouveaux pharmaciens ont été recrutés pour renforcer les équipes sur les deux secteurs stratégiques que sont la production de chimiothérapies et les essais cliniques.

« Ces différentes mesures doivent permettre de sécuriser 100 % des 90 000 poches produites chaque année par la pharmacie de l’établissement. Elles ont été à ce titre soumises ce mercredi 24 juillet à l’Agence Régionale de Santé qui accompagne l’Institut dans cette démarche et fera en sorte que ce qui est arrivé ici ne puisse pas se reproduire ailleurs.

« Le reportage évoque également les difficultés que rencontre la pharmacie de Gustave Roussy depuis deux ans. Celles-ci sont systématiquement tracées dans un outil dédié, permettant leur analyse et la recherche de solution de correction. La très grande majorité d’entre elles sont liées à des aspects organisationnels entraînant à titre principal des retards de livraison des poches et par conséquent de longs temps d’attente en hôpital de jour, toutefois sans conséquences cliniques pour les patients. Les erreurs pouvant aboutir à des conséquences cliniques sont exceptionnelles et traitées immédiatement dans le cadre d’un système de gestion des risques permettant d’adapter au plus vite les dispositifs de sécurisation et éviter ainsi leur reproduction. »

Tenter de se taire ou essayer, coûte que coûte, de tout dire ?

A demain @jynau

Inespéré: avec la canicule les Français découvrent qu’ils ont un Directeur Général de la Santé

Bonjour

Depuis des décennies il n’existait médiatiquement pas, œuvrait dans l’ombre de son (plus ou moins) omniprésent-e ministre de tutelle. On le voyait parfois sur l’estrade des conférences de presse, mais muet. Seulement invité à répondre à une question technique. Interdit de politique. Et condamné à ne jamais s’exprimer sur les ondes radiophoniques et télévisées.

De ce point de vue la canicule de 2003 fut tragiquement exemplaire. Avec celle d’aujourd’hui, enfin, il émerge. Dans l’ombre d’Agnès Buzyn, certes, mais déjà bien présent, à la messe du 20 heures de France 2, sur France Info et repris par l’AFP. On cite son nom et sa fonction : Pr Jérôme Salomon, Directeur Général de la Santé.  Quand la ministre multiplie les déplacements « séquence canicule », le DGS prévient la France : « le plus dur reste à venir ».  

« Ce qui m’inquiète aujourd’hui c’est que le recours au soin commence à augmenter, le nombre d’appels au SAMU, le nombre d’appels aux services d’urgence, le recours aux services d’accueil des urgences ainsi que le nombre de signalement des épisodes de malaise. On commence à avoir un impact de la chaleur », a déclaré, mercredi 26 juin, le Pr Salomon dans une vidéo postée sur le compte Twitter du ministère de la Santé. Et ce depuis le centre de gestion de crise sanitaire où il avait été autorisé à convier la presse spécialisée (@AlerteSanitaire) »

Pr Jérôme Salomon ? Voici sa profession officielle de foi. Il est à la tête de l’une des Directions majeures du ministère en charge de la santé. Quatre grands et nobles objectifs : préserver et améliorer l’état de santé des citoyens; protéger la population des menaces sanitaires; garantir la qualité, la sécurité et l’égalité dans l’accès au système de santé; mobiliser et coordonner les partenaires. Nommé par décret du Président de la République, il exerce également la fonction de haut fonctionnaire de défense et de sécurité adjoint, chargé de la défense et de la sécurité sanitaire.

Pour mémoire : Pr Jacques Roux (1981 – 1986) ; Dr Jean-François Girard, (1985 – 1997) ; Pr Joël Ménard (1997 – 1999) ; Pr Lucien Abenhaim, (1999 – 2003) ; Pr William Dab (2003 – 2005) ; Pr Didier Houssin (2005 – 2011) ; Dr Jean-Yves Grall (2011 – 2013) ; Pr Benoît Vallet (2013-2018).

A demain @jynau

Les révélations d’Agnès Buzyn : remboursement de la PMA, donneurs anonymes ou pas, etc.

Bonjour

Révision de la loi de bioéthique : après celle, récente, du calendrier politique par Edouard Philippe, une autre annonce vient d’être faite par Agnès Buzyn. La ministre des Solidarités et de la Santé, invitée du Grand rendez-vous, dimanche 16 juin sur Europe 1, a ainsi dévoilé un petit secret qui ne surprendra guère le citoyen qui s’intéresse aux relations entre ce gouvernement et le dossier dit de la « PMA pour toutes » – Agnès Buzyn avait tenu des propos équivalents il y a un an sur RTL. Puis en mars dernier elle avait semblé hésiter sur France Info.

« Ce qui bloque aujourd’hui les couples de femmes qui veulent avoir des enfants, ce sont les moyens, postule la ministre. L’idée c’est que celles qui n’ont pas les moyens d’aller en Belgique puissent en bénéficier [sic]. À titre personnel, je souhaite le remboursement (…) sinon, ce sera un droit formel mais pas un droit réel ». C’est donc cette option qui est retenue dans le texte de l’avant-projet de loi actuellement examiné par le Conseil d’État – et qui ne sera officiellement connu qu’à la fin juillet.

Autre révélation sur l’anonymat des donneurs de sperme. « Le don restera anonyme, mais nous souhaitons donner le droit aux enfants nés par PMA de pouvoir accéder à l’identité du donneur à l’âge de 18 ans, si celui-ci est d’accord, précise Agnès Buzyn. Ça permet de lever un secret de famille qui est parfois lourd à porter. On n’est pas forcément, quand on est donneur, dans le même état d’esprit quand on donne ses spermatozoïdes à 25 ans et quand, vingt ans plus tard, on est éventuellement sollicité, à 45 ou 50 ans ».

 Interrogée sur l’ampleur d’un éventuel mouvement d’opposition à cette loi, la ministre se montre confiante. « Il y aura la mobilisation de personnes très organisées autour de la ‘’Manif pour tous’’, mais je pense que ça n’aura pas le même écho, le même impact que le mariage pour tous ». Agnès Buzyn évoque ici « une loi de raison », pas « une loi de combat ». Ce qui ne manquera pas de choquer ceux qui, précisément, voient dans l’obtention de ces nouveaux droits la résultante d’un combat.

A demain @jynau

Levothyrox® : l’Agence nationale du médicament peut-elle raisonnablement entendre les patients?

Bonjour

C’était écrit. En niant, comme elle vient de le faire, l’existence statistique d’une « affaire du Levothyrox® » l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ne pouvait que susciter l’ire des associations nées de cette affaire ou très directement concernées. Ainsi ce communiqué de l Association Française des Malades de la Thyroïde (AFMT) « la plus ancienne et la plus importantes association agréée de malades de la thyroïde ». Il nous est adressé par le Dr Philippe Sopena, conseiller scientifique de l’AFMT qui, sur France Info, accuse l’ANSM d’être « juge et partie » dans cette affaire :

« L’ANSM est à la fois juge et partie dans cette affaire. Elle a décidé ce changement de médicament pour des raisons qu’elle n’a d’ailleurs jamais expliquées. Elle est donc promoteur de ce médicament. Dire qu’il y avait quelque chose, c’était dire qu’elle s’était trompée. Elle est présidée par un énarque psychiatrique [Dominique Martin, diplômé de l’ENA et docteur en médecine], ce qui vous rend compte de la difficulté à reconnaître ses erreurs. » [sic]

Pour le Dr Sopena, aucun doute : la parole des victimes est à nouveau minimisée voire laissée de côté. « En plus, ce sont des femmes, pas de chance ! 85% de femmes, plus de soixante ans : typiquement le genre de personnes qui ne sont pas branchées sur internet, que l’on n’écoute pas, souligne-t-il. Cela faisait trente ans que l’on avait un médicament qui fonctionnait merveilleusement bien avec zéro plainte. On avait régulièrement à réguler un peu, augmenter ou baisser de 25 microgrammes pour maintenir un équilibre : l’hormone thyroïdienne est un genre de thermostat de l’organisme, parfois il faut l’augmenter, parfois le baisser. »

On peut le dire autrement. C’est là, selon lui, au terme « d’une étude massive, purement statistique », sur des « consommations de soins » « une nouvelle tentative pour  nier le vécu et la réalité des symptômes de milliers de patient(e)s ». Et de dénoncer une « erreur méthodologique fondamentale » qui conduit l’ANSM à ne pas prendre en compte un phénomène massif (hospitalisations, décès, arrêts de travail, recours aux soins ambulatoires, consommations d’antidépresseurs et de tranquillisants) qui est aujourd’hui analysé par l’institution judiciaire.   « Plus généralement, sur le fond, l’accusation porte sur le déni du « ressenti des malades ».

« L’ANSM même si elle n’ose plus parler ‘’d’effet nocebo’’, continue de tenter de réduire cette crise sanitaire à un simple ‘’problème d’information’’ et donc, d’autant plus que ce sont massivement des femmes, à laisser entendre implicitement qu’elles ont imaginé ou majoré leurs symptômes.  Inacceptable. Au lieu de se contenter de répéter ‘’qu’elle n’en comprend pas les causes’’ l’ANSM aurait dû faire son métier : mettre tout en œuvre pour les trouver. »

Sans doute. Mais ne serait-ce pas ici, tout bien pesé, demander à cette « Agence du médicament » beaucoup plus que ce pourquoi elle a été créée – une institution qui, depuis sa création (il y a vingt-cinq ans, après les affaires du sang contaminé) semble encore, bien souvent, chercher toute sa place dans le paysage sanitaire français.

A demain @jynau

Urgences en danger : qui voudrait 100 euros en prime pour «faire face à des incivilités» ?

Bonjour

12 juin 2019. L’exécutif pressent le vent du boulet. Sur RTL (Elizabeth Martichoux) le Pr Pierre Carli, clef de voûte historique des urgences de France, vient de nous le faire comprendre : Agnès Buzyn va, dans les heures ou les jours qui viennent faire de nouvelles annonces pour aider « à passer l’été ». Puis, avant les vendanges, il remettra sa « feuille de route » pour tenter de vider un abcès qui est encore bien loin d’être percé. Dans l’attente la pression monte.

Dans l’étrange entretien qu’elle accordé, hier, à Libération (Eric Favereau) Agnès Buzyn a eu ce mot :

« En attendant, les annonces que j’ai faites permettent de répondre à des demandes des soignants. Ainsi, la prime de dangerosité portée à 100 euros pour faire face aux incivilités parfois nombreuses que ce personnel subit. »

Tout est dit. De l’argent contre des « incivilités »  (paroles, actions dénotant une absence de courtoisie, de politesse). Plus précisément cent euros pour « y faire face ». L’actualité est bonne fille qui nous apporte, via Le Quotidien du Médecin (Martin Dumas Primbault) un exemple de comportement discourtois – qui peut aussi être qualifié « d’agression de personnel soignant ». Lundi 10 juin, urgences du CHU de Rennes. Une jeune patiente agitée « s’en est prise physiquement au médecin urgentiste qui essayait de la maintenir sur son lit » avant de s’attaquer à une infirmière et à deux aides-soignantes, a précisé au Quotidien le représentant syndical SUD dans l’établissement breton. Les trois femmes se sont retrouvées à terre « à cause des coups ». Il a fallu attendre l’arrivée de cinq agents de l’équipe du service de sécurité de l’hôpital pour maîtriser la patiente. Tous les soignants agressés sont allés porter plainte au commissariat. 

Le vent du boulet. Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, annonçait hier au micro de France Info des « embauches supplémentaires » dans les semaines à venir. « Pour la première fois, les effectifs d’infirmiers, d’aides-soignants et de médecins augmenteront parallèlement au nombre de patients », a-t-il promis. Et Martin Hirsch d’assurer prendre « au sérieux ce mouvement depuis le début ». Fallait-il le préciser ?

A demain @jynau

Homéopathie-embrouillamini : Agnès Buzyn serait-elle à l’origine de la « fuite médiatique » ?

Bonjour

C’est fait : le « déremboursement de l’homéopathie » a envahi tous les médias généralistes. Avec tout ce que l’on pouvait redouter de mauvaise foi, d’approximations/incompréhensions, de réductionnisme et d’amateurisme. De violence, aussi, comme ce peu banal « échange à trois » diffusé peu après midi, aujourd’hui, sur France Info.

Pour l’heure, l’actualité c’est la « fuite médiatique » qui, à retardement, aura indigné la multinationale lyonnaise Boiron.

Le « projet d’avis » la Commission de la transparence (CT) de la Haute Autorité de santé (HAS) n’est pas encore officiellement connu mais, a révélé jeudi 16 mai France Info il est  « défavorable au maintien de la prise en charge par l’Assurance-maladie des médicaments homéopathiques. » La veille Libération (Eric Favereau) avait laissé entendre qu’il en était ainsi. Et aujourd’hui 17 mai Le Monde (Paul Benkimoun) annonce avoir  pu prendre connaissance de ce « projet d’avis ». Le Monde :

« Selon nos informations, un journaliste de Franceinfo avait appelé le laboratoire Boiron jeudi 16 mai « vers 10 heures », en indiquant « connaître la conclusion de la CT ». Dans un communiqué commun mis en ligne le même jour à 17 heures, les trois industriels précisent qu’à « l’heure de l’envoi de ce communiqué les entreprises du médicament homéopathique n’ont toujours pas reçu cet avis. » Ils rappellent que « cet avis préliminaire est protégé par la plus stricte confidentialité et réservé aux seuls laboratoires concernés ».

Un peu plus d’une heure plus tard, à 18 h 19, Franceinfo faisait savoir sur son site que la CT recommandait le déremboursement des médicaments homéopathiques. Pour sa part, la Haute Autorité de santé déclarait avoir adressé le jour même aux laboratoires le projet d’avis et refusait de confirmer les informations révélées par Franceinfo. »

Trébuchet du Palais de l’Elysée

Mais il y a plus grave. Il se murmure, dans les milieux bien informés, que plusieurs sources n’écarteraient pas l’hypothèse que le cabinet d’Agnès Buzyn puisse être à l’origine de la « fuite médiatique ». Le ministère des Solidarités et de la Santé ? Il se borne (officiellement) a préciser qu’il ne faisait aucun commentaire tant que la procédure contradictoire n’était pas menée à son terme.

« La révélation sur la teneur du projet d’avis permet, en effet, de prendre de vitesse les industriels dans leur contre-argumentation, notamment en direction de Matignon et Bercy, suggère Le Monde. Ces derniers pourraient ne pas être insensibles à des arguments sur la préservation de l’emploi et l’impopularité éventuelle de la mesure. »

Serait-ce dire que les seules données concernant l’efficacité médicamenteuse scientifiquement démontrée ne seraient pas les seuls paramètres pris en compte par le pouvoir exécutif dansla gestion de ce dossier ? Qu’Agnès Buzyn serait ici en compétition avec Bruno Lemaire ? Et qu’à la fin le déremboursement des médicaments Boiron sera arbitré par le trébuchet dynamisé d’Emmanuel Macron ?

A demain

@jynau