Imovane® : le médecin prescripteur sera-il tenu pour responsable de la mort de six enfants ?

Bonjour

Rebondissement dans l’affaire du dramatique accident de Millas : une collision survenue en décembre 2017, sur un passage à niveau de cette commune des Pyrénées-Orientales, entre un autocar transportant des collégiens et une rame automotrice TER.  Autocar coupé en deux, six morts parmi les adolescents, de nombreux blessés. France Info (Delphine Gotchaux) révèle aujourd’hui de nouveaux éléments.

Où l’on apprend que la juge d’instruction du pôle « accidents collectifs » de Marseille a adressé, en novembre dernier, des réquisitions judiciaires au laboratoire pharmaceutique Sanofi. Sanofi fabricant d’une spécialité pharmaceutique à base de zopiclone, un hypnotique commercialisé par le géant français sous le nom d’Imovane®, un médicament pris par la conductrice.

Dans sa réponse (que France Info a pu consulter) Sanofi explique que ce médicament « comporte un pictogramme rouge de niveau 3 considéré comme le niveau le plus élevé et équivalent à une interdiction de conduire ». Le laboratoire joint également une photo de la boite d’Imovane® (telle qu’elle est commercialisée en pharmacie) et sur laquelle est visible un triangle avec une voiture à l’intérieur sur fond rouge, accompagnée d’une mise en garde : « Attention danger : ne pas conduire ! ».

 Où l’on voit que Sanofi ne pourra pas être poursuivi. Sanofi qui précise que l’Imovane « peut influencer de façon conséquente l’aptitude à conduire, avec des risques possibles de somnolence, un allongement du temps de réaction et la diminution de la vigilance, particulièrement pendant les douze heures suivant la prise du médicament ». La prise du médicament risque également, toujours selon son fabricant, de provoquer « une conduite automatique avec amnésie post événementiel ».

Pas plus de quatre semaines

La conductrice du car a été mise en examen dans ce dossier pour « homicides et blessures involontaires ». La responsabilité de la SNCF dans cet accident a été exclue par plusieurs témoins et par les expertises techniques. On se souvient peut-être que l’enquête avait révélé que, pendant les 90 secondes précédant l’accident, la conductrice avait semblé en pilotage automatique. La question de la prise de somnifères avait été soulevée en octobre dernier.

Me Jehanne Collard, l’avocate des victimes de la collision expliquait alors que le comportement de la conductrice résultait su fait qu’à cause «  des médicaments qu’elle prenait, elle a eu un moment d’absence ».  « Elle sera probablement responsable pénalement. Mais elle ne portera pas l’entière responsabilité de cet accident assurait-elle. Ce sont les médecins qui ont fait leur travail avec irresponsabilité, incompétence, manque de conscience professionnelle, qui sont les plus responsables. »

« Face à ces nouveaux éléments, les avocats des familles de victimes envisagent de demander au parquet un réquisitoire supplétif afin de pouvoir interroger le médecin de la conductrice, et éventuellement le mettre en examen, souligné France Info.  La quadragénaire se voyait prescrire le médicament depuis sept ans, dont deux années par le même médecin. Et ce alors que la notice destinée aux patients ainsi que l’Agence nationale de sécurité du médicament spécifient que le traitement ne doit jamais excéder quatre semaines 1. »

Jusqu’où la justice remontera-t-elle dans l’échelle des causalités et des responsabilités ? Evoquera-t-on le rôle des pharmaciens ? Quelle est la proportion, en France, des médecins qui respectent à la lettre les règles de la prescription des somnifères et autres hypnotiques ?

A demain

@jynau

1 Extraits des données officielles concernant l’Imovane®  : « Dans tous les cas, le traitement sera initié à la dose efficace la plus faible et la dose maximale ne sera pas dépassée. d’Imovane® doit être pris en une seule prise le soir au coucher au lit, et ne doit pas être ré-administré durant la même nuit. Le dosage à 3,75 mg est plus particulièrement adapté au sujet âgé de plus de 65 ans et aux populations à risque. Dans tous les cas, la posologie ne doit pas dépasser 7,5 mg par jour.

 « Le traitement doit être aussi bref que possible. Il ne doit pas excéder 4 semaines, y compris la période de réduction de la posologie. La durée du traitement doit être présentée au patient : 2 à 5 jours en cas d’insomnie occasionnelle (comme par exemple lors d’un voyage) ;  2 à 3 semaines en cas d’insomnie transitoire (comme lors de la survenue d’un événement grave).

 « Dans certains cas, il pourra être nécessaire de prolonger le traitement au-delà des périodes préconisées ; cette prolongation au-delà des périodes préconisées ne doit pas avoir lieu sans une réévaluation de l’état du patient, puisque le risque d’abus et de dépendance augmente avec la durée du traitement.»

 

Déontologie : l’invraisemblable menace médicale «anti-IVG» du Syngof restera-t-elle impunie ?

Bonjour

Lundi 18 mars 2019. Quelques dizaines de militant.e.s féministes envahissent le siège du Conseil national de l’Ordre des médecins. Parfois porteurs de blouses blanches tachées de sang, brandissant des pancartes quelques dizaines ils ont interpellé les représentants ordinaux pour réclamer des sanctions contre le Syndicat national des gynécologues et obstétriciesn de France (Syngof). C’est la dernier épisode en date de la pitoyable initiative de ce syndicat qui, il y a quelques jours, appelait à une « grève des IVG » pour … faire avancer l’une de ses revendications syndicales.

Devant le nombre et la virulence des condamnations unanimes de son initiative les responsables du Syngof avaient très rapidement fait volte-face. Et ce en donnant des explications proprement invraisemblables :

«  Les gynécologues du Syngof soutiennent sans réserve le droit à l’IVG. Il est malheureux de constater dans notre démocratie qu’après tout les démarches officielles entreprises par le syndicat pour informer le ministère des problèmes d’assurance et d’indemnisation, le seul moyen aujourd’hui de se faire entendre est de générer une fausse polémique sur les réseaux sociaux dont on n’ignore pas l’impact négatif sur l’image des gynécologues obstétriciens et du Syngof. »

Communiqué scandaleux

Sans doute pensaient-ils avoir tourné la page. C’était compter sans l’ire durable de celle est ceux pour qui, faute d’explications claires, de sanctions internes, d’un véritable mea culpa syndical, un tel comportement mérite une sanction déontologique supérieure. D’où la présence, le 18 mars, des militants au sein du siège ordinal national – et l’échange qui s’en est suivi entre les militants et le Dr Walter Vorhauer, secrétaire général du Conseil national.

Ce dernier, rapporte France Info, « a vivement critiqué le Syngof et a même accepté de brandir une pancarte réclamant la radiation de  l’ancien président du Syngof, Jean Marty ». « Ce communiqué est strictement scandaleux mais des sanctions ne se prennent pas comme ça, a-t-il expliqué. Nous déclencherons des procédures par le biais de plaintes déposées. » Le Conseil national avait certes pris d’emblée clairement position et condamné la saillie du Syngof.

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins condamne fermement, au nom de la déontologie, l’expression d’une telle menace mettant en cause les droits des femmes et portant atteinte à l’indépendance des professionnels, qu’aucun conflit avec les autorités ne saurait justifier (…) Menaçant de priver des femmes de l’accès à l’IVG, une telle attitude serait en contravention claire avec les obligations déontologiques. Cela serait un acte inexplicable et injustifiable, aux conséquences potentiellement dramatiques. »

Tout laisse penser aujourd’hui, qu’il lui faudra, dans l’intérêt général, aller plus loin.

A demain

@jynau

 

 

Le trop maigre mea culpa de Michèle Rivasi, écologiste qui est «pour la vaccination»

Bonjour

Méchamment taclée il y a peu par Agnès Buzyn (Le Parisien), défendue ce matin par Yannick Jadot (RTL) la controversée Michèle Rivasi a finalement choisi de répondre via un communiqué de presse. « Depuis quelques semaines je suis caricaturée en militante anti vaccins, dit-elle. Ce qui s’apparente à une campagne calomnieuse, vise à disqualifier mon combat politique. Je ne peux laisser passer de telles attaques sans mot dire. »

C’est une profession de foi doublée d’un petit mea culpa. Mais d’abord une auto-présentation :

« Scientifique de formation, diplômée de l’Ecole Normale Supérieure et agrégée en biologie, fondatrice du premier laboratoire indépendant sur la radioactivité en France (la CRIIRAD), je rejette depuis toujours l’obscurantisme. J’avance sous le double drapeau de l’intérêt général et de la santé publique. Amiante, levothyrox, prothèses mammaires je me suis battue toute ma vie pour faire respecter la santé des gens et contre les mensonges des lobbies. Mon combat depuis toujours a été pour la transparence et l’information des citoyens. »

Ceci posé, sa réponse d’aujourd’hui « vise à rétablir la vérité et à rassurer celles et ceux qui ont pu être troublés ».

« J’écris pour terrasser l’hydre de la rumeur et du soupçon. Que les choses soient claires : je ne remets pas en cause l’utilité de la vaccination, et je sais ce que les vaccins ont apporté en termes de progrès sanitaires au 20ème siècle, de lutte contre la mortalité infantile… »

Et le mea culpa :

« J’ai malheureusement commis une erreur regrettable en invitant il y a deux  ans dans un débat M. Wakefield. Si c’était à refaire, je ne le referais pas : son étude dépubliée [sic] par The Lancet et son film ne m’ont pas convaincue. L’indigence des arguments avancés suffit à discréditer la thèse et l’auteur. »

Précisons. Mme Rivasi parle ici d’Andrew Wakefield, tristement connu à l’échelon international pour avoir volontairement commis une succession de fraudes majeures ayant eu pour conséquences de laisser croire à une relation de cause à effet entre le vaccin rougeole-oreillons-rubéole (vaccin ROR) et une invraisemblable « entérocolite autistique » (autistic enterocolitis).

Invitation malheureuse et inappropriée

Les « travaux » d’Andrew Wakefield furent publiés en 1998 dans The Lancet avant d’être contestés, décryptés, dénoncés. Puis une enquête d’un reporter du Sunday Times (Brian Deer) établit l’existence de conflits d’intérêts d’ordre financier. D’autres investigations furent menées qui conduisirent à la rétractation de la publication du Lancet en février 2010. Et à la mise au ban de la communauté médicale internationale de l’auteur.

Il reste donc à comprendre comment, sept ans plus tard (en février 2017), Mme Rivasi a jugé nécessaire d’inviter Andrew Wakefield à participer à un débat officiel au sein du Parlement européen. Violemment critiquée elle n’avait, alors, visiblement pas pris la mesure de l’ampleur de son erreur.  De ce point de vue les trois lignes de son communiqué de presse de ce jour ne sont pas, loin s’en faut, suffisantes pour lever les doutes qu’elle entretenait depuis deux ans sur ce sujet

« Cette invitation malheureuse et inappropriée a donné une occasion en or aux lobbies de la santé de m’attaquer directement ou indirectement ajoute-t-elle. Qu’ils sachent pour autant que je ne les crains pas et qu’on ne me fera pas taire. »

Il faudra, pour cela, qu’elle revienne avec tous les détails sur cette bien malheureuse invitation qui ruine toujours sa profession de foi :

« Je l’affirme donc haut et fort : je suis pour la vaccination ; pour la protection de la santé. C’est pour cette raison que je réclame depuis des années, et en ai parlé directement avec la ministre de la Santé, des études indépendantes sur les adjuvants (aluminiques notamment) utilisés dans les vaccins, sur l’effet cocktail des onze vaccins sur les nourrissons de moins de 18 mois) et une amélioration de la pharmacovigilance concernant les produits de santé. »

« Chacun doit comprendre que l’opacité crée le doute, conclut-elle. Chacun doit se convaincre que qui veut rétablir la confiance demande la clarté. » En est-elle pleinement convaincue ? Et quand fera-t-elle, concernant Wakefield, la pleine lumière ?

A demain

@jynau

Rembourser ou pas la «PMA pour toutes»? Agnès Buzyn est dans un très grand embarras

Bonjour

Sous-jacente à la question de la « PMA pour toutes », celle de sa prise en charge par la collectivité. A quel titre rembourser un geste qui ne serait plus thérapeutique ? C’est sur ce sujet, essentiel, qu’était interrogée Agnès Buzyn sur France Info, le 8 mars 2019. Une ministre des Solidarités et de la Santé en grande difficulté mais qui l’affirme : la proposition de loi de révision de la loi de bioéthique sera présentée en conseil des ministres « avant les vacances d’été » 1. Et ensuite ? C’est plus compliqué.

-Ce projet de loi est très sensible. Est-ce que la question du remboursement par la sécurité sociale de tous les actes liés à la PMA est tranchée ? Est-ce que ce sera ou pas dans le projet de loi ?

Aujourd’hui aucune des mesures n’est tranchée. Elles sont actuellement …

-Vous y êtes favorable ou pas ?

Heuh… Il y a des .. Je pense que … Il faut que les droits puissent s’exercer pour les femmes. Aujourd’hui les femmes qui en ont les moyens peuvent déjà aller faire une PMA en Belgique ou en Espagne. Donc si on veut que les droits soit réels, il faut probablement permettre un remboursement. Es-ce que c’est pour toutes les femmes … ? Tout cela est en train d’être discuté (….)

Ce que je veux dire c’est que si l’on veut que les femmes puissent vraiment bénéficier de cette aide à la procréation médicalement assistée et que l’on veut que leurs droits s’exercent réellement il faudra accompagner certaines femmes qui n’ont pas les moyens d’aller le faire ailleurs. C’est assez cher de le faire en Belgique ou en Espagne. Voilà. C’est en discussion. Je ne veux pas m’avancer sur ce point.

Autre question , nettement moins embarrassante pour la ministre, concernant la suppression de la clause de conscience pour les médecins dans le cadre de la pratique de l’IVG : elle est contre.

A demain

@jynau

1 Le même jour Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes, avait déclaré : « La parole qui compte est celle du président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand. C’est lui qui a la main sur le calendrier parlementaire et il a déclaré que la PMA pour toutes serait mise à l’agenda avant cet été. Il tiendra cet engagement du président de la République ».

Agnès Buzyn va-t-elle quitter le gouvernement ? Le suspense n’a jamais été aussi grand

Bonjour

Partira, partira pas ? Rien n’est plus beau que la vérité sinon un long suspense joliment tricoté.

8 mars 2019. France Info ((Jean-Jérôme Bertolus) a pour invitée politique Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé que l’on dit partante pour gagner d’autres cieux politiques, européens et magnifiques.

– Bonjour Mme Buzyn

-Bonjour M. Bertolus

-Alors vous le savez votre nom a beaucoup circulé ces dernières semaines et encore plus ces derniers jours pour prendre la tête du combat européen de la majorité … Mais finalement c’est un combat qui ne vous intéresse pas ?

-Je trouve que tous ces articles, que toutes ces personnes qui s’exprime dans les journaux s’avancent beaucoup et ne connaissent pas forcément ce que je pense et ce que je dis. Je voudrai rappeler que l’on parle aujourd’hui de ma conversation avec le Premier ministre et avec le président de la République … Je rappellerai que je suis médecin, que je connais bien le secret médical et que je n’ai pas l’habitude de raconter mes conversations avec le président de la République.

-Donc vous démontez, pardon vous démentez, l’information selon laquelle vous auriez indiqué, hier, au président de la République que finalement vous souhaitiez rester ministre et pas prendre la tête de liste des européennes.

-Aujourd’hui ce que je dis au Premier ministre et au président de la République me regarde. Je pense que le président annoncera la décision dans les jours qui viennent … et je pense que je n’en dirai pas plus M. Bertolus

-Mais est-ce que vous souhaitez être candidate, simplement ?

-Je n’en dirai pas plus.

-Vous n’en direz pas plus mais quand même …

-La question de la tête de liste sera tranchée (sic) par le président de la République. »

Suit un long échange d’où ressort l’impression , secret médical ou pas, qu’Agnès Buzyn pourrait, tout bien pesé sous les ors du Palais de l’Elysée, demeurer, à Paris, ministre des Solidarités et de la Santé.

A demain

@jynau

Politique: le dernier éclat de Marlène Schiappa dans la polémique éthique sur la PMA

Bonjour

Qui dit quoi au sein du gouvernement ? Qui décide quoi à l’Assemblée nationale ? Promesse de campagne d’Emmanuel Macron l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à « toutes les femmes », ne cesse de faire polémique.

Rappel : à  l’automne 2018, le gouvernement avait décidé de reporter à l’été l’examen du texte devant l’Assemblée nationale, alors qu’il devait initialement être présenté d’ici à la fin d’année 2018. Puis le 22 janvier, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, avait annoncé que le texte serait déposé « en juin » en conseil des ministres. Et le 4 mars, Marc Fesneau, le ministre chargé des relations avec le Parlement, a fixé « un horizon de douze mois » pour une adoption définitive de l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules.

Tout ceci avait été très mal vécu (euphémisme) par celles et ceux pour qui se nouveau droit est un priorité – et notamment les associations LGBT (lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres).

Or voici que dans un entretien au Parisien de ce vendredi 8 mars, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes, affirme que les débats sur l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules ne sera pas repoussée.

« La parole qui compte est celle du président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand. C’est lui qui a la main sur le calendrier parlementaire et il a déclaré que la PMA pour toutes serait mise à l’agenda avant cet été. Il tiendra cet engagement du président de la République. »

Interrogée ce 8 mars sur France Info Agnès Buzyn, visiblement embarrassée, a expliqué que Marlène Schiappa n’avait sans doute pas dit ce que l’on avait cru comprendre qu’elle avait dit.

A demain

@jynau

 

Tabagisme : combien de temps encore le buraliste sera-t-il «fier de sa carotte rouge» ?

Bonjour

Dernières nouvelles du front tabagique : les prix montent, les ventes officielles diminuent légèrement tandis que la contrebande augmente. Un grand classique du commerce des produits addictifs qui ne sont pas illicites. Dans ce contexte les chiffres du « nombre de fumeurs » avancés par les autorités sanitaires n’ont guère de signification – sinon celle d’afficher l’efficacité de la politique mise en œuvre visant à « un paquet à 10 euros en 2020 ».

 Reste une certitude : les conséquences de la baisse des ventes officielles sur les 24 500 débits de tabac de l’Hexagone.   Peut-on d’ores et déjà comparer l’avenir des buralistes à celui des sidérurgistes ? Les prix augmentent et les médias interrogent Philippe Coy, dynamique président de la Confédération des buralistes. Lemondedu tabac.com a repris ses dernières déclarations sur France Info. Propos édifiants quant à l’écartèlement de ces débitants :

France Info  : L’objectif annoncé est le paquet de cigarettes à 10 euros en 2020. Cela vous inquiète ?

Philippe Coy : Cela fait du tort au réseau (des buralistes) : les volumes (des ventes de paquets de cigarettes( se retrouvent impactés, la fréquentation de nos magasins aussi. On peut être totalement favorable au plan de santé mis en place par le gouvernement, mais aujourd’hui, un paquet à un prix aussi élevé reste pour nous un souci puisque nous avons le prix le plus élevé de l’Europe occidentale. L’année dernière, le volume a été impacté de 9,3 % : c’est toujours des fréquentations de clients en moins et si on peut comprendre cette politique, il est important pour nous que le dispositif européen soit plus performant, puisque la santé de tous les Européens doit compter et l’Europe n’est pas protectionniste dans ce domaine-là.

Accompagner la santé publique grâce à la cigarette électronique

F. I. : Vous comprenez cet objectif de santé publique ?

P.C.: Personne n’est contre la santé publique. La hausse de la fiscalité ne doit pas être le seul outil pour lutter contre le tabagisme: il devrait y avoir plus d’éducation, plus de prévention. Aujourd’hui, il y a 24 500 entrepreneurs qui peuvent être inquiets. Nous avons lancé un grand plan de transformation, nous accompagnons la santé publique à travers le dispositif de vapotage, mais le prix ne doit pas être le seul argument.

F.I.  : Vous faites une croix sur le tabac ?

P.C. : Non, je suis très fier de ma carotte rouge 1 devant mon établissement. Je m’adapte aussi aux usages des consommateurs parce que quand on fait du commerce, c’est bien pour répondre aux besoins des consommateurs.

Il est évident que notre métier principal, notre ADN, est autour de la vente du tabac, des produits de vapotage, des produits de services. Je suis commerçant et quand un réseau accueille chaque jour 10 millions de Français, il est nécessaire de s’adapter aux comportements de nos clients. Pour demain, il faut que nous proposions plus de services, plus de proximité, plus d’offres pour que le Français puisse nous fréquenter toujours aussi régulièrement.

 A demain

@jynau

1 La « carotte », c’est d’abord le nom donné à cette enseigne rouge que l’on trouve à l’entrée de tous les bureaux de tabac. C’est une obligation légale : tous les buralistes sont obligés d’arborer cette signalétique depuis 1906 , pour indiquer qu’ils vendent du tabac. Elle a d’ailleurs beaucoup évolué : elle n’était pas nécessairement rouge à l’origine, parfois marron. « Aujourd’hui, elle doit être obligatoirement lumineuse » affirme France Bleu. Pourquoi ?

L’une des explications souvent entendues au sujet de l’origine de ce symbole est que la carotte permet une meilleure conservation du tabac. Mettre un morceau de carotte dans un pot à tabac permet de le maintenir frais, c’est vrai… Mais ce n’est pas la véritable explication. Mais alors, d’où vient la forme et le nom de cette enseigne ? C’est une évocation de la vente du tabac telle qu’elle se faisait au XVIe siècle : à l’époque, le tabac était vendu en feuilles, que l’on mâchait ou que l’on fumait .

Or ces feuilles n’étaient pas rassemblées en paquets, mais en petits rouleaux ficelés… ressemblant à des carottes ! De plus, pour consommer ces rouleaux de tabac, le fumeur (ou le mâcheur) devait le râper, comme une carotte ! Depuis, l’usage du tabac, désormais tassé dans des cigares ou des cigarettes, a changé, mais le symbole de la carotte est resté.  Pour France Bleu, cette carotte « enseigne culte » fait partie du patrimoine français.

«Le profil psychiatrique de la femme incendiaire et alcoolisée commence à se dessiner»

Bonjour

L’essentiel du cadre de la tragédie de l’incendie de Paris (10 morts, 33 blessés) est connu. Reste à compléter les cases, à remonter les fils, à tenter de comprendre les failles, les fautes, tout ce qui aurait permis de réduire les risques. Les médias généralistes s’y emploient. Et, chose remarquable, avec une pédagogie qui souvent fait défaut dans le traitement des affaires où la psychiatrie est sur le devant de la scène.

Loin de stigmatiser la femme à l’origine de l’incendie de la rue Erlanger, s’attache-t-on à décrypter les rouages de la machinerie médico-légale, à contextualiser, à rappeler que rien n’est simple dans la prise en charge de la « maladie mentale » et de celles et ceux qui en souffrent 1.

C’est ainsi que France Info aide, sinon à comprendre, du moins à cerner « le profil de la suspecte », une femme de 40 ans interpellée non loin des lieux, qui habitait l’immeuble incendié et qui a été admise à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (IPPP), quelques heures après avoir été placée en garde à vue.

D’emblée Rémy Heitz, procureur de la République de Paris, avait évoqué ses « antécédents psychiatriques ». Selon France Info cette femme a déjà effectué « quatorze séjours en hôpital psychiatrique, pour une durée totale de près de cinq ans ». « Elle est également connue de la justice, pour des affaires récentes, toutes classées sans suite. » Et selon une  source judiciaire à France 2 et France 3, elle avait été mise en cause dans trois procédures distinctes :

• Une procédure en 2016 pour vol précédé de dégradation (classée sans suite pour état mental déficient).

• Une procédure en 2016 pour une contravention de violences (classée sans suite pour état mental déficient).

• Une procédure en 2017 pour violences conjugales classée sans suite (infraction insuffisamment caractérisée).

Plusieurs de ses voisins ont fait, à différents médias, des descriptions convergentes : « J’ai vu que c’était quelqu’un qui avait des perturbations psychiques, c’était quelqu’un qui voulait tout de suite être ami-ami, qui voulait vous donner son numéro de téléphone… comme si on se connaissait. Puis quelques jours plus tard c’était fini. Etait-ce l’alcool ? »

La dimension politique du psychiatrique

Combien sont-elles, les personnes croisées au fil des jours dont le comportement nous interroge ? Et que faisons-nous ? Il y a quelques jours on apprenait qu’une centaine de psychiatres venaient d’adresser un courrier à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Parmi eux le Pr Antoine Pelissolo, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne). Il s’en expliquait dans Le Parisien, précisant que chacun peut désormais voir de plus en plus de personnes atteintes de troubles psychiques « dans les rues » :

« Tout le monde peut le remarquer. Ce n’est un mystère pour personne. Il y a des lieux plus propices, comme le métro, où l’on croise beaucoup de gens qui semblent perdus sans savoir exactement si c’est la conséquence de troubles psychiques, de l’alcool ou de drogues. Certes, il n’existe pas de statistiques pour dire s’il y en a plus qu’avant, mais ce n’est pas normal d’en voir autant. (…) Parler seul dans la rue est le reflet d’une souffrance psychique réelle. Ce n’est pas bon signe. Cela signifie que cette personne n’est pas soignée correctement ou qu’elle ne l’est pas du tout. Avec des traitements, on n’est pas censé avoir ce genre d’hallucinations. »

 « Il y a une réalité, aujourd’hui en France, les malades psychiatriques ne sont pas suffisamment pris en charge. A l’hôpital ou en ville, la demande de consultations augmente car on identifie mieux certains troubles et des pathologies comme les dépressions et l’autisme sont aussi en hausse. Or, ces patients ne sont pas assez vite examinés à cause des délais d’attente. En trente ans, le nombre de lits dans les hôpitaux a aussi été divisé par deux alors que la population augmente. »

 Où l’on saisit, une nouvelle fois, que le politique est presque toujours consubstantiel au psychiatrique – et très souvent au tragique.

A demain

On estime entre 4,7 et 6,7 millions le nombre de personnes souffrant de dépression en France (7 à 10 % de la population) ; entre 800 000 et 3,7 millions celui des personnes atteintes de troubles bipolaires (1,2 à 5,5 %) et à 670 000 celui des personnes schizophrènes (1 %). On recense d’autre part chaque année plus de 10 000 suicides et 220 000 tentatives. Données tirées du remarquable « Psychiatrie : l’état d’urgence » de Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca, éditions Fayard.

 

«Radio France bleu Isère incendiée cette nuit». Pourquoi tant de haine envers les médias ?

Bonjour

28 janvier 2019. Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. Et pourtant, coment ne pas y songer ? Une synthèse est offerte par Le Figaro. «Pas de radio ce matin». C’est ainsi que le site de France Bleu Isère a annoncé ce lundi avoir été victime d’un incendie, qui a «ravagé» dans la nuit de dimanche à lundi une partie de ses locaux, situés dans le centre-ville de Grenoble. «Heureusement, il n’y a aucun blessé, mais les dégâts sont conséquents et impossible pour le personnel d’accéder aux locaux», souligne la radio sur son site d’informations. Une dizaine de salariés travaillent habituellement à la radio.

L’incendie se serait déclaré vers 2h30 et aurait détruit le rez-de-chaussée du bâtiment, qui comprenait le studio de diffusion. Selon nos confrères, «l’origine criminelle ne fait guère de doute» car «il y a eu deux départs de feu à l’intérieur des locaux et une porte d’entrée a été fracturée». Interrogé par France Info, le rédacteur en chef, Léopold Strajnic, a indiqué qu’aucune menace particulière n’avait été prononcée ces derniers jours à l’encontre de la radio ou des journalistes. «Les relations qu’on avait sur le terrain, pendant les manifestations, étaient relativement saines. Il est beaucoup trop tôt pour émettre des hypothèses», a-t-il indiqué ce matin.

Aucune revendication n’a été retrouvée sur place. Une enquête a été ouverte. Pour continuer à émettre, la direction de la station envisage de délocaliser une partie de ses équipes à Valence ou Chambéry, et d’utiliser les studios de France Bleu Drome Ardèche ou France Bleu Pays de Savoie afin d’assurer une partie des programmes.

Destruction du langage

Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. Pour autant Le Figaro souligne que cet incendie « s’inscrit dans un climat général de défiance envers les médias ». Il rappelle que ces dernières semaines, plusieurs journalistes ont été victimes de violences alors qu’ils couvraient les manifestations des Gilets Jaunes.

« Souvent traités de «collabos», ils sont soupçonnés de ne rapporter que la parole gouvernementale, de dissimuler les violences policières ou de mentir sur le nombre de participants aux manifestations. Parallèlement, des distributions de journaux ont été perturbées. Cette défiance se retrouve dans un des derniers sondages effectués auprès des Français par l’institut Kantar pour le journal La Croix. Interrogés sur les «critiques et agressivité» touchant les journalistes durant le mouvement des «gilets jaunes», 24 % des sondés les trouvaient justifiées.

Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. On peut aussi, sur ce thème, conseiller la lecture d’un ouvrage remarquable 1, bientôt indispensable : « La Langue des médias. Destruction du langage et fabrication du consentement » d’Ingrid Riocreux. Editions de l’Artilleur.

A demain

@jynau

1 « Le journaliste l’ignore, mais les mots ont un sens » Jean-Marc Proust, Slate.fr 25 septembre 2016

 

Euthanasies : fortes suspicions au sein d’un Ehpad de Pontarlier (Doubs). Un médecin mis à pied.

Bonjour

Le Grand Débat National se met en place, relayé en priorité par les chaînes « diffusant l’information en continu ». Remarquable spectacle, hier 25 janvier en direct de Sartrouville (Yvelines) et en présence d’Edouard Philippe, Premier ministre. On y évoqua, un instant, les Ehpad et les mille et une souffrances que ces « établissements d’hébergement », désormais, suggèrent 1.

Au même instant, cet « urgent » de L’Est Républicain (Willy Graff), repris par France Info: « Exclusif. Pontarlier : suspicions d’euthanasies à l’Ehpad ». Saisi par l’Agence Régionale de Santé, qui a inspecté l’établissement, le procureur de la République de Besançon confirme l’existence de faits « préoccupants ». Une enquête préliminaire a été ouverte au sein de l’Ehpad du Larmont, aux portes de Pontarlier.

Projet majeur du Centre hospitalier intercommunal de Haute Comté, l’Ehpad du Larmont a ouvert ses portes le 8 juin 2010. Implantée sur la commune de Doubs, cette nouvelle structure a voulu recréer l’esprit d’un village à taille humaine.

« Son parvis d’entrée facilitant l’arrivée des familles et des visiteurs, les moments de rencontre entre Résidents. Les unités d’hébergement situées de part et d’autres du hall d’accueil et organisée, chacune en 3 maisonnées de 14 lits, autour d’un cœur de vie que sont les salles à manger et d’animation. L’orientation des espaces de vie communautaire vers le soleil. Des lieux extérieurs offrant la possibilité de promenades et de loisirs.

Les  installations  de  ce  nouveau  bâtiment  ont  été  particulièrement  conçues  afin  de proposer des locaux adaptés aux handicaps de la Personne âgée et d’offrir une chambre individuelle à chaque Résident. Il accueille des personnes âgées de plus de 60 ans, valides ou en perte d’autonomie, pour un accompagnement temporaire ou permanent. Il est agréé par la caisse d’allocation familiale et habilité à recevoir des bénéficiaires de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie et de l’aide sociale le cas échéant. Il répond aux normes d’attribution de l’allocation logement. »

Surmortalité des résidents de cet établissement

« Quelqu’un a-t-il accéléré les fins de vie de résidents, et si oui, selon quels procédés, demande le quotidien régional. Ces questions sont posées de manière officielle. » Au départ ce fut la famille d’une patiente décédée « dans de troublantes circonstances », au printemps 2018, qui a déposé un signalement à l’Agence Régionale de Santé. Cette dernière a ouvert une enquête administrative. Puis en décembre, une inspection étalée sur deux jours a été menée au sein de cet Ehpad. Les premiers éléments recueillis ont été jugés suffisamment inquiétants pour qu’à son tour, l’ARS saisisse le parquet de Besançon.

« Les premiers constats qui m’ont été apportés sont préoccupants, a confirmé à L’Est Républicain le procureur de la République, Étienne Manteaux. C’est pourquoi j’ai décidé d’ouvrir une enquête préliminaire pour homicide involontaire. »

Deux éléments retiennent d’ores et déjà l’attention de la justice, explique le procureur : « Une surmortalité des résidents de cet établissement comparée à la moyenne nationale d’une part, et l’utilisation de molécules jamais ou rarement utilisées dans la majorité des Ehpad d’autre part ».

L’ARS délivrera très prochainement un rapport définitif, qui précisera le résultat de ses investigations. « Dans l’attente, un médecin de l’Ehpad a été mis à pied à titre conservatoire », précise le quotidien. Outre le cas initial ayant déclenché la procédure, plusieurs autres morts suspectes retiendraient l’attention des inspecteurs. De nouvelles expertises médico-légales devraient être seront sans diligentées par le parquet de Besançon. Ces investigations devraient durer de longs mois. Bien après la fin du Grand Débat.

A demain

@jynau

1 A noter la récente publication d’un ouvrage édifiant qui bénéficie déjà d’une forte « couverture médiatique » : « EHPAD, une honte française » signé de Anne-Sophie Pelletier (Editions Plon) 17,90 euros.

« Anne-Sophie Pelletier ouvre les portes vers une humanité qu’on oublie voire met de côté, et dévoile les secrets des EHPAD, lieux où souvent les mots « humain », « dignité » sont sacrifiés sur l’autel de la rentabilité et du profit. »