LBD : dans la police on ne pratique pas sans danger une politique de réduction des risques

Bonjour

Ainsi donc Christophe Castaner, fragilisé, était l’invité matinal de France Inter. Où l’on apprit que le ministre de l’Intérieur n’avait pas envisagé un instant de démissionner. Et qu’il ne s’était pas non plus fait méchamment sermonner par Emmanuel Macron 1. Et encore qu’il regrettait d’avoir, nuitamment, fêté un anniversaire dans un restaurant bien connu de la capitale.

Et puis cet aveu en forme d’excuse préventive concernant les LBD, ces « lanceurs de balles de défense » hautement contestés car très dangereux, pouvant causer des blessures oculaires aux conséquences irréversibles – au point de mobiliser la communauté française des ophtalmologistes qui vient d’en appeler à Emmanuel Macron 1.

« Les forces de l’ordre ont eu des consignes de changer le type de munitions avec des munitions courtes, et ils ont eu des consignes de moins utiliser les LBD » a déclaré Christophe Castaner sur France Inter, précisant que cela s’était fait sans l’aval de son ministère. Et sans celui, non plus,du préfet de police de Paris, Michel Delpuech – qui a néanmoins, lui, été limogé.

Et si Christophe Castaner a, pour l’heure, sauvé la sienne, d’autres têtes policières tombent. Ainsi, après le préfet de police de Paris, c’est au tour de Pierre Gaudin, actuel directeur de cabinet du préfet de police d’être limogé – idem pour le directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne, Frédéric Dupuch, ancien chef du service central de la police technique et scientifique à Ecully. Une information du Monde, confirmant une information du Parisien. C’est lui qui serait directement à l’origine de la mesure de réduction des risques inhérents aux LBD. Et qui en paye le prix.

A demain

@jynau

 1 Rambaud P. « Emmanuel le Magnifique »  Editions Grasset.

Vodka. Christophe Castaner regrette d’être allé au restaurant pour un anniversaire (France Inter)

Bonjour

Il y a quatre jours les magazines Voici et Closer publiaient des clichés du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, « en train de danser avec une jeune femme non identifiée » dans un célèbre « restaurant-club » du VIIIe arrondissement de Paris – le Noto. « Il aurait enchaîné les shots de vodka et embrassait une inconnue ». « Pour oublier ». C’était dans la nuit du 9 au 10 mars, quelques heures après l’acte XVII des Gilets Jaunes. Closer affirmait que le ministre de l’Intérieur « n’était pas escorté par ses gardes du corps » – une information non confirmée.

Dans un premier temps la plupart des responsables politiques se sont abstenus de commenter cette sortie. A l’exception, aussi, de Benoît Hamon, ancien collègue socialiste de Christophe Castaner, qui en appelait sur RTL, à « un peu de tenue ». Puis l’affaire des « shots de vodka » n’a cessé d’être utilisée, tant par les humoristes que par les commentateurs politiques – une utilisation amplifiée après les violences élyséennes des manifestations du 16 mars et le limogeage qui s’en est suivi du préfet de police de Paris.

Respect de la vie privée

« Il s’agit de ma vie privée et de ma famille, qui peut être respectée. J’ai rejoint une soirée, dans un cadre totalement privé, entre 23h30 et deux heures du matin » avait expliqué, le 14 mars, Christophe Castaner dans les colonnes du Parisien. Et aussitôt, en écho, Edouard Philippe, Premier ministre, de déclarer sur Europe 1 : « Je n’ai aucun commentaire à faire sur la vie privée de Christophe Castaner, et le ministre de l’Intérieur a toute ma confiance ». Puis Agnès Buzyn, ministre des Solidarités, avait expliqué sur RTL que la sortie nocturne de son collègue s’inscrivait pleinement dans un contexte de » vie privée » puisqu’il s’agissait d’un « anniversaire ».

Aujourd’hui 19 mars Christophe Castaner est l’invité matinal de France Inter. On attendait la question-banderille. Elle fut posée non par Léa Salamé mais par Nicolas Demorand. « Regrets ou pas regrets ? »

F.I : Une vidéo de vous, Christophe Castaner en boîte de nuit à Paris a été rendue publique. Est-ce que vous vous dites que c’était a posteriori une erreur et qu’il aurait fallu éviter ce type d’images quand on a vos fonctions ?

– C.C. : D’abord les faits. Je me suis rendu à un anniversaire non pas dans une boîte de nuit mais dans un restaurant. Ensuite la presse people -et vous la reprenez, dont acte-  a expliqué que c’était une soirée dans une boîte de nuit.  La vérité c’est que c’était un restaurant, connu à Paris.

Ensuite j’ai vu la polémique, j’ai vu la mise en cause de ma vie privée… Donc oui je le regrette. Mais je regrette surtout qu »aujourd’hui on considère que aller dans un restaurant pour rejoindre un anniversaire ça puisse faire polémique, ça puisse faire des questions – y compris sur votre antenne ».

Couvrir de brocards, pour rire

Une heure plus tôt, également sur France Inter, l’humoriste  Charline Vanhoenacker  osait brocarder Christophe Castaner. En ces termes :

« Enfin, il va s’exprimer pendant plus de 20 secondes et ailleurs que sur BFM ! Depuis qu’il est ministre, Castaner n’est plus jamais venu dans la matinale. J’ai fini par croire qu’il flippait plus devant Léa et Nicolas que face à un groupe de Black Blocs… Pareil à Libération, auquel il ne répond jamais et je vous raconte pas Mediapart. Pourtant, l’homme que je vois bomber le torse à la télé ne peut pas avoir peur d’Edwy Plenel, il l’étale en deux deux, Plenel, il est gaulé comme une crevette ! Après, c’est toujours plus facile d’enfumer des manifestants que d’enfumer des journalistes…

Casta il n’est plus venu depuis un bail. Pour vous dire, je crois même qu’à l’époque Macron, était encore populaire. C’était la belle époque où Casta faisait encore la promo de son patron tous les jours sur toutes les chaînes… Avant il ne fallait même pas penser à l’inviter qu’il était déjà là ! Pourtant en tant que Ministre de l’Intérieur, dans la situation qu’on est en train de vivre, normalement,… on devrait le voir encore plus souvent que Nagui à la télé. Mais donc c’est bien, là il est en chemin. Peut-être même qu’il nous écoute… 

Allez viens Christophe, t’as vu on commence très tôt, tu peux débarquer direct après la fermeture de la boîte, t’inquiètes pas ça nous rappellera Beigbeder ! (…) En résumé, le seul message encore audible chez Castaner, c’est quand il dit ‘’Arrêtez de frapper les flics, frappez plutôt des tequilas !’’ »

Jusqu’où (et jusqu’à quand) pourra-t-on ainsi, de visu et sur les ondes du service public, railler sans danger pour la collectivité l’incarnation de l’autorité ? Que se passera-t-il quand le bouffon trônera ? Christophe Castaner, ministre français de l’Intérieur, reviendra-t-il un jour sur France Inter ?

A demain

@jynau

Métaphore: les «Alcooliques Anonymes» vont-ils porter plainte contre le Parti socialiste ?

Bonjour

Des dangers de filer de mauvaises métaphores. Gaspard Gantzer, 39 ans, est un haut fonctionnaire, ancien militant socialiste, ancien de l’ENA, ancien conseiller de nombreux responsables politiques socialistes, avant de devenir, de  2014 à 2017, conseiller chargé des relations avec la presse et chef du pôle communication de François Hollande, alors président de la République. « L’archétype du bobo parisien cool, sûr de lui » selon Libération (Vincent Glad), qui connaît bien le sujet.

Un instant très proche d’Emmanuel Macron il dirige aujourd’hui une agence de conseil en communication et de relations publiques, multiplie les interventions dans les médias et vient d’annoncer qu’il sera candidat à la mairie de Paris – et, s’il est élu, détruira le périphérique « axe pollué qui coupe Paris en deux ».

Il y a quelques jours ce spécialiste de la communication s’en prenait à Olivier Faure, 51 ans, premier secrétaire du Parti socialiste. Le 13 mars, au micro de France Inter M. Gantzer est interrogé sur l’actualité douloureuse de son ancienne famille politique – et tout particulièrement sur l’inventaire du dernier quinquennat auquel procède, depuis février, M. Faure.

Cuisson préalable à la consommation

« Ça a un côté réunion d’Alcooliques Anonymes qui sont en train de se demander tous les jours : qu’est-ce qui c’est passé pourquoi, est-ce qu’on a fait ça …  Les thérapies collectives fonctionnent quand elles se font à huis clos » a déclaré M. Gantzer. Réponse de M.Faure (selon un indiscret publié par Le Journal du Dimanche ) « Si nous sommes des alcooliques, tu es sans doute responsable de la cuite »  aurait-il répondu par texto.

Comment oser de telles références ? Comment les justifier et comment les comprendre ? Qu’en diront les « Alcooliques Anonymes » 1 ? Qu’est-ce qu’une « thérapie collective à huis clos » ?  La « cuite » est-elle, comme certains l’avancent, une référence explicite à la fonction qu’occupait M. Gantzer de 2014 à 2017 – période durant laquelle le PS s’est coupé de sa base électorale à grande vitesse. Un phénomène qui, selon Olivier Faure, est en partie dû à la politique économique et sociale menée par François Hollande et ses gouvernements successifs.

Est-ce dire que M. Faure fait référence à la cuisson d’un aliment préalable à sa consommation ? Ou à celle que l’on « prend » avant de la subir puis de regretter amèrement les plaisirs, vertigineux et éphémères, des hautes ivresses ?

A demain

@jynau

1 Sur ce thème, l’indépassable « Avec les Alcooliques Anomymes » de Joseph Kessel (Editions Gallimard)

PMA pour toutes ou pas ? Le Pr René Frydman est à nouveau très en colère, sur France Inter

Bonjour

On l’avait oublié, le revoici. Pour l’heure c’est sur France Inter (propos recueillis par Danièle Messager) . Où l’on retrouve le partenaire de Jacques Testart (Amandine, 1982) dénoncer le fait que la France ne fait plus la course en tête dans la compétition internationale de l’assistance médicale à la procréation. Selon lui  elle n’apparaîtrait  même plus dans les grandes revues scientifiques, distancée qu’elle serait loin derrière les pays anglo-saxons. Une forme de déchéance et de perte de chances par rapport à l’époque où il occupait, dans ec domaine, une place enviable à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart.

Le Pr Frydman prend la parole au lendemain des « Journées de gynécologie » organisée par le service dirigé, à l’Hôpital Foch, par le Pr Jean-Marc Ayoubi. Et il en vient à s’interroger : à quoi servirait « d’ouvrir la PMA à toutes les femmes » (précision : il y est favorable) au vu de la médiocrité des résultats français ? Où l’on observe le maniement médiatique du paradoxe médical dans un contexte politique donné.  Il indique que le « taux de réussite », en France, de la PMA est en moyenne à peine de 30%. Et d’ajouter (toujours selon France Inter) qu’il est aux États-Unis ou même (sic) en Espagne de  plus du double.

Et le Pr René Frydman de s’interroger : « Étendre les choses, alors qu’on n’a pas des résultats à la hauteur des espérances, y a quelque chose qui ne va pas, donc si c’est pour étendre pour un mauvais résultat et des échecs en permanence, on peut se poser la question ».

« Croiser les doigts »

Et l’un des « pères d’Amandine » de revenir et d’actualiser ses anciens combats. Dénoncer, par exemple, l’interdiction qui est faite, en France, d’établir un « diagnostic génétique » sur un embryon conçu par fécondation in vitro :

« La majorité des fausses couches sont des anomalies chromosomiques, explique René Frydman. Donc à quoi ça sert de remettre un embryon qui a une anomalie chromosomique qui fait qu’il ne va pas se développer.

«Toute femme enceinte peut faire une analyse chromosomique par une prise de sang au 3e mois, mais on ne peut pas le faire à l’embryon, alors que les femmes rament, elles font un parcours du combattant, et qu’on pourrait éviter un certain nombre de choses inutiles. On est la seule médecine qui croise les doigts en ayant fait le transfert d’embryon en espérant que ça prenne »

Une médecine française qui « croise les doigts » avec l’espérance que « ça prenne » ? Le Pr René Frydman avait, il y a un quart de siècle et contre Jacques Testart, su se faire entendre de Simone Veil (alors ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville) pour que la pratique du diagnostic pré-implantatoire soit autorisée en France. Sera-t-il, demain, entendu par Agnès Buzyn – puisqu’il semble désormais bel et bien acquis que cette dernière n’aurait finalement pas été retenue par le président de la République pour porter le drapeau de la République en Marche sur les terres européennes.

A demain

@jynau

Philippe Sollers nous lit « La France moisie », vingt ans après Le Monde, sur France Inter

Bonjour

Le temps passe-t-il ? 1er mars 2019. Sur France Inter on retouve, promotion d’un livre commun 1, l’écrivain Philippe Sollers et notre consœur Josyane Savigneau. Toniques et rieurs comme au premier jour. Quelques vérités biens senties (pourquoi diable parler de « sexes opposés » ?) et quelques méchancetés savamment distillées à l’endroit d’Emmanuel Macron et de sa prestation de la veille (Pessac, Gironde devant un aréopage de femmes).

Sollers prophète ? Léa Salamé demande à l’écrivain de relire un extrait de l’un de ses textes parmi les plus célèbres,  paru à la Une du Monde le 28 janvier 1999. Le journal avait 45 ans, Sollers en avait 62. C’était il y a vingt ans. Titre « La France moisie ». Cela fit un peu de bruit dans Paris. A-t-il vieilli ? Que nous dit-il du monde d’aujourd’hui ? Le voici :

« ÉTAIT là, elle est toujours là ; on la sent, peu à peu, remonter en surface : la France moisie est de retour. Elle vient de loin, elle n’a rien compris ni rien appris, son obstination résiste à toutes les leçons de l’Histoire, elle est assise une fois pour toutes dans ses préjugés viscéraux. Elle a son corps, ses mots de passe, ses habitudes, ses réflexes. Elle parle bas dans les salons, les ministères, les commissariats, les usines, à la campagne comme dans les bureaux. Elle a son catalogue de clichés qui finissent par sortir en plein jour, sa voix caractéristique. Des petites phrases arrivent, bien rancies, bien médiocres, des formules de rentier peureux se tenant au chaud d’un ressentiment borné. Il y a une bêtise française sans équivalent, laquelle, on le sait, fascinait Flaubert. L’intelligence, en France, est d’autant plus forte qu’elle est exceptionnelle.

« La France moisie a toujours détesté, pêle-mêle, les Allemands, les Anglais, les Juifs, les Arabes, les étrangers en général, l’art moderne, les intellectuels coupeurs de cheveux en quatre, les femmes trop indépendantes ou qui pensent, les ouvriers non encadrés, et, finalement, la liberté sous toutes ses formes. La France moisie, rappelez- vous, c’est la force tranquille des villages, la torpeur des provinces, la terre qui, elle, ne ment pas, le mariage conflictuel, mais nécessaire, du clocher et de l’école républicaine. C’est le national social ou le social national. Il y a eu la version familiale Vichy, la cellule Moscou-sur-Seine. On ne s’aime pas, mais on est ensemble. On est avare, soupçonneux, grincheux, mais, de temps en temps, La Marseillaise prend à la gorge, on agite le drapeau tricolore. On déteste son voisin comme soi-même, mais on le retrouve volontiers en masse pour des explosions unanimes sans lendemain. L’Etat ? Chacun est contre, tout en attendant qu’il vous assiste. L’argent ? Evidemment, pourvu que les choses se passent en silence, en coulisse. Un référendum sur l’Europe ? Vous n’y pensez pas : ce serait non, alors que le désir est oui. Faites vos affaires sans nous, parlons d’autre chose. Laissez-nous à notre bonne vieille routine endormie.

« La France moisie a bien aimé le XIXe siècle, sauf 1848 et la Commune de Paris. Cela fait longtemps que le XXe lui fait horreur, boucherie de 14 et humiliation de 40. Elle a eu un bref espoir pendant quatre ans, mais supporte très difficilement qu’on lui rappelle l’abjection de la Collaboration.

« Pendant quatre-vingts ans, d’autre part, une de ses composantes importante et très influente a systématiquement menti sur l’est de l’Europe, ce qui a eu comme résultat de renforcer le sommeil hexagonal. New York ? Connais pas. Moscou ? Il paraît que c’est globalement positif, malgré quelques vipères lubriques.

« Oui, finalement, ce XXe siècle a été très décevant, on a envie de l’oublier, d’en faire table rase. Pourquoi ne pas repartir des cathédrales, de Jeanne d’Arc, ou, à défaut, d’avant 1914, de Péguy ? A quoi bon les penseurs et les artistes qui ont tout compliqué comme à plaisir, Heidegger, Sartre, Joyce, Picasso, Stravinski, Genet, Giacometti, Céline ? La plupart se sont d’ailleurs honteusement trompés ou ont fait des oeuvres incompréhensibles, tandis que nous, les moisis, sans bruit, nous avons toujours eu raison sur le fond, c’est-à- dire la nature humaine. Il y a eu trop de bizarreries, de désordres intimes, de singularités. Revenons au bon sens, à la morale élémentaire, à la société policée, à la charité bien ordonnée commençant par soi-même. Serrons les rangs, le pays est en danger.

Le danger, vous le connaissez : il rôde, il est insaisissable, imprévisible, ludique. Son nom de code est 68, autrement dit Cohn-Bendit.

« Résumé de sa personnalité, ces temps-ci : anarchiste mercantiliste, élite mondialisée, Allemand notoire, candidat des médias, trublion, emmerdeur, Dany-la-Pagaille. Il a du bagou, soit, mais c’est une sorte de sauvageon. Personne n’ose crier (comme dans la grande manifestation patriotique de l’époque anti-68) :  » Cohn-Bendit à Dachau ! « , mais ce n’est pas l’envie qui en manque à certains, du côté de Vitrolles ou de Marignane. On se contentera, sur le terrain, de  » pédé « ,  » enculé « ,  » bandit « , dans la bonne tradition syndicale virile.  » Anarchiste allemand « , disait le soviétique Marchais.  » Allemand qui revient tous les trente ans « , s’exclame un ancien ministre gaulliste de l’intérieur. Il n’est pas comme nous, il n’est pas de chez nous, et cela nous inquiète d’autant plus que le XXIe siècle se présente comme l’Apocalypse.

« Le moisi, en euro, ne vaut déjà plus un kopeck. Tout est foutu, c’est la fin de l’Histoire, on va nous piller, nous éliminer, nous pousser dans un asservissement effroyable. Et ce rouquin rouge devenu vert vient nous narguer depuis Berlin ? C’est un comble, la famille en tremble. Non, nous ne dialoguerons pas avec lui, ce serait lui faire trop d’honneur. Quand on est un penseur sérieux, responsable, un Bourdieu par exemple, on rejette avec hauteur une telle proposition. Le bateleur sans diplômes n’aura droit qu’à quelques aboiements de chiens de garde. C’est tout ce qu’il mérite en tant que manipulateur médiatique et agent dissimulé des marchés financiers. Un entretien télévisé, autrefois, avec l’abbé Pierre, soit. Avec Cohn-Bendit, non, cela ferait blasphème dans les sacristies et les salles feutrées du Collège de France. A la limite, on peut dîner avec lui si on porte le lourd poids du passé stalinien, ça fera diversion et moderne. Nous sommes pluriels, ne l’oublions pas.

« L’actuel ministre de l’intérieur [Jean-Pierre Chevènement] 2 est sympathique : il a frôlé la mort, il revient du royaume des ombres, c’est  » un miraculé de la République « , laquelle n’attendait pas cette onction d’un quasi au-delà. Mais dans  » ministre de l’intérieur « , il faut aujourd’hui entendre surtout  » intérieur « . C’est l’intériorité qui s’exprime, ses fantasmes, ses défenses, son vocabulaire spontané. Le ministre a des lectures. Il sait ce qu’est la  » vidéosphère  » de Régis Debray (où se déplace, avec une aisance impertinente, cet Ariel de Cohn-Bendit, qu’il prononce  » Bindit « ).

« Mais d’où vient, à propos des casseurs, le mot  » sauvageon  » ? De quel mauvais roman scout ? Soudain, c’est une vieille littérature qui s’exprime, une littérature qui n’aurait jamais enregistré l’existence de La Nausée ou d’ Ubu roi. Qui veut faire cultivé prend des risques. On n’entend pas non plus Voltaire dans cette voix-là. Comme quoi, on peut refuser du même geste les Lumières et les audaces créatrices du XXe siècle.

« Ce n’est pas sa souveraineté nationale que la France moisie a perdue, mais sa souveraineté spirituelle. Elle a baissé la tête, elle s’est renfrognée, elle se sent coupable et veut à peine en convenir, elle n’aime pas l’innocence, la gratuité, l’improvisation ou le don des langues. Un Européen d’origine allemande vient la tourmenter ? C’est, ici, un écrivain européen d’origine française qui s’en félicite. »

A demain

1 Philippe Sollers, Josyane Savigneau. « Une conversation infinie » Editions Bayard

« Dans cet ouvrage, la grande journaliste, ancienne directrice du Monde des livres, tient la plume pour faire entrer le lecteur dans une longue conversation avec l’écrivain le plus prolixe en matière de femmes et d’amour : Philippe Sollers. Ensemble, ils évoquent leur longue amitié et peu à peu, Josyane Savigneau amène Sollers à se dévoiler, à évoquer ses relations amoureuses, la jalousie, la création littéraire, mais aussi la viellesse, la religion, la mort, le fait d’être catholique. Il se dégade du texte un charme très captivant, Philippe Sollers fait bien sûr preuve de l’esprit qu’on lui connaît, mais il livre aussi des réflexions très profondes, inédites, étonnantes et révèle, à 83 ans, une pensée pleine de jeunesse et d’énergie. » 

 2 A noter : vingt ans plus tard Jean-Pierre Chevènement publie « Passion de la France», éditions Fayard

 

 

Révolution : « J’écris parce que j’ai 15 ans et que je suis le fils d’un parent anti-vaccins »

Bonjour

Ils ne tarderont plus guère à prendre le pouvoir, conduiront une automobile et se feront vacciner avant leur majorité C’est un texte revigorant à découvrir sur Slate.fr (Claire Levenson) : « Des ados rebelles se font vacciner malgré leurs parents ».  Il nous apprend que dans l’État du Queensland en Australie, le taux d’immunisation n’est que de 89 %, en dessous de l’objectif des autorités sanitaires, fixé à 95 %. Toutefois, si l’on en croit la presse locale, de plus en plus d’ados refusent d’écouter leurs parents et vont se faire vacciner sans leur accord.

Mieux encore : dans la plupart des États du pays, de nouvelles lois permettent aux jeunes de prendre leurs propres décisions médicales à partir de 15 ans. En Nouvelle-Galles du Sud, la province de Sydney, les pharmacies sont par exemple autorisées à vacciner à partir de 16 ans pour la grippe, la rougeole, les oreillons, la rubéole, ainsi que pour la diphtérie, le tétanos et la coqueluche.

« En désaccord avec sa mère »

Slate.fr nous apprend encore que sur les réseaux sociaux, il est devenu plus fréquent de voir des appels comme celui-ci, cité dans un article de Yahoo: «J’écris parce que j’ai 15 ans et que je suis le fils d’un parent anti-vaccins. J’ai passé les quatre dernières années à essayer de convaincre ma mère que les vaccins ne sont pas dangereux. Je n’ai pas réussi. Donc au lieu de cela, j’essaye de voir comment je pourrais être vacciné sans son accord.»

Prendre le pouvoir. Aux États-Unis, plusieurs adolescents ont déjà fait des déclarations similaires, notamment sur Reddit – dans la plupart des États américains, il faut néanmoins attendre 18 ans pour être vacciné sans l’autorisation de ses parents. L’un de ces jeunes se nomme Ethan Linderberger. Il vit dans l’Ohio, l’un des dix-sept États dans lesquels les parents peuvent refuser de vacciner leurs enfants pour «raisons philosophiques». Et il demande des conseils en ligne.

« En désaccord avec sa mère, il avait lu plusieurs articles scientifiques et en avait déduit que les vaccins étaient sûrs. Lorsqu’il a atteint l’âge de 18 ans, il a été se faire vacciner contre l’hépatite A, l’hépatite B et la grippe, rapporte Slate.fr. Jusqu’ici, il n’avait été vacciné qu’une fois, à 2 ans, contre le tétanos, après une coupure. Le jeune homme a déclaré au Washington Post qu’il pensait que les lois devraient être modifiées afin que les jeunes puissent décider de se faire vacciner sans l’accord de leurs parents avant 18 ans. En attendant, il s’inquiète pour son frère de 16 ans et sa sœur de 2 ans, que sa mère refuse de faire vacciner. »

Louis Pasteur et Big Pharma

Prendre le pouvoir. Aujourd’hui, sur France Inter (10’-12’), Agnès Buzyn est interrogée sur les vaccins (ce qui commence à la lasser). « Le ministère de la santé et l’industrie pharmaceutique sont de mèche pour cacher la nocivité des vaccins ». 43¨des Français sont d’accord avec cette proposition complotiste. Nicolas Demorand demande à la ministre si elle n’a pas « raté quelque chose dans la pédagogie de la vaccination ». Réponse ministérielle :

« D’abord je pense que le pauvre Pasteur doit se retourner dans sa tombe. Je pense qu’il a sauvé des centaines de millions de vies avec le concept de vaccination. Les bras m’en tombent… Il n’y a pas que le ministère de la santé … Tous les experts internationaux, alors l’Organisation Mondiale de la Santé est aussi  de mèche avec les labos… En fait on veut juste sauver des vies, on veut juste sauver des vies … »

« Les Français voient, là, le mal partout. L’industrie pharmaceutique gagne en fait assez peu d’argent avec les vaccins, elle en gagne beaucoup plus avec les médicaments. Un malade non vacciné va coûter dix ,vingt, cent, mille fois plus cher à la Sécurité sociale que quand il est vacciné.  Une grippe en réanimation lourde, avec des antibiotiques, pendant trois semaines coûte mille fois plus cher que le vaccin anti-grippe.  malade en réanimation Je ne comprend même pas ce raisonnement. Il suffit de réfléchir deux secondes. »

Réfléchissons.

A demain

@jynau

 

«Lanceurs de Balles» et «armes sublétales» : le Conseil d’Etat en approuve l’usage

Bonjour

Le Pr Laurent Thines est neurochirurgien au CHU de Besançon. Il vient de lancer une pétition pour un moratoire sur l’utilisation des armes sublétales – au premier rang desquelles le désormais trop célèbre LBD 40 (LBD pour «lanceur de balle de défense») utilisé par les forces de l’ordre lors des différents « Actes » des Gilets Jaunes. Le Pr Thines estime de son devoir d’alerter « sur leur dangerosité extrême ». Sa pétition est adressée à Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur : « Les soignants français pour un moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales » (plus de 76 000 personnes ont signé à l’heure où nous écrivons ces lignes). Le Conseil d’Etat doit, ce 1er  février, se prononcer 1 quant à l’usage qui peut ou non être fait par la police et la gendarmerie de cet outil fabriqué par l’armurier suisse Brügger & Thomet qui utilise deux types de munition de 40 mm de diamètre.

« Associées à des stratégies de ‘’nassages’’ qui ne laissent aucune possibilité aux manifestants de partir (puisqu’ils se retrouvent encerclés par les forces de police), l’utilisation de ces armes, dont les tirs sont dirigés vers la tête pour les flashballs, occasionnent des blessures, très graves, qui sont qualifiées par les équipes médicales elles-mêmes de ‘’blessures de guerre’’ » font valoir les organisateurs des manifestations de Gilets Jaunes. Des données confirmées par les équipes médicales spécialisées qui parlent de fractures graves mandibulaires et de pertes orbitaires . On lira ici le texte de cette pétition :

« Chers collègues, Je m’appelle Laurent Thines. Je suis neurochirurgien et chef de service au CHRU de Besançon. Soignant comme vous, j’ai été particulièrement choqué par les photos prises et les lésions observées chez les personnes blessées lors des mouvements de manifestation. Beaucoup, très jeunes (potentiellement nos enfants), ont été mutilés alors qu’ils ne représentaient aucune menace pour les forces de l’ordre. Le cas de la jeune Fiorina, étudiante picarde de 20 ans touchée à l’oeil par un projectile de LBD4O le 8 décembre 2018 en est un des plus tristes exemples (photo). Vitesse du projectile 90m/sec (324 km/h) et force d’impact 200 joules (parpaing de 25 lâché sur un visage d’une hauteur de 1m).

« Je crois qu’il est de notre devoir, en tant que soignants d’alerter sur la dangerosité extrême de ces armes, dites sub-létales et c’est pourquoi je viens de lancer cette pétition « Les soignants français pour un Moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales’’. Je souhaiterais savoir si vous voudriez participer en signant ce communiqué pour porter notre voix et en diffusant cette pétition auprès de vos contacts médicaux et paramédicaux:

« Les différents mouvements de revendication qui ont eu lieu ces dernières années dans notre pays (manifestations de lycéens, écologistes, travailleurs, gilets jaunes) ont montré que de nombreux concitoyens ont été gravement blessés par l’utilisation de lanceurs de balle de défense (flash-ball, LBD40) ou de grenades (de type lacrymogène ou désencerclement).

« Les récents événements ont permis de rapporter à ce jour plus de 90 blessés graves parmi les manifestants en relation avec le mésusage de ces armes (personnels non formés, non respect du règlement ou des conditions d’utilisation, ciblage volontaire de l’extrémité cervico-céphalique). Les lésions constatées et prises en charge par Nous, personnels soignants, dues à ces armes utilisées sur des personnes parfois très jeunes ou âgées, exerçant leur droit à manifester, sont choquantes et inacceptables : énucléation, amputation d’extrémité de membre, fracas maxillo-facial et dentaire, traumatisme cranio-cérébral engageant le pronostic vital… Tant de vies ont été ainsi sacrifiées…

« Une étude récente, publiée en 2017 dans le British Medical Journal Open, rapporte une collection internationale de 1984 cas de traumatismes liés à ces armes dites « sub-létales » : le risque cumulé de décès (3%) ou de handicap séquellaire grave (15,5%) est d’1 chance sur 5. Cette étude confirme donc l’extrême dangerosité constatée dans notre pays de ces armes, au même titre que les armes à feu.  (Haar RJ, Iacopino V, Ranadive N, et al. Death, injury and disability from kinetic impact projectiles in crowd-control settings: a systematic review. BMJ Open 2017;7:e018154. doi:10.1136/ bmjopen-2017-018154)

Pour toutes ces raisons, Nous, soignants (médecins, chirurgiens, urgentistes, réanimateurs, infirmier(e)s, aides soignant(e)s…) apolitiques et attachés à l’idéal de notre pays, la France, au travers de la déclaration des Droits de l’Homme, de la Femme et du Citoyen, demandons qu’un moratoire soit appliqué sur l’usage des armes sub-létales de maintien de l’ordre en vue de bannir leur utilisation lors des manifestations. »

Flash-Ball® et traumatisme crânio-encéphalique sévère

Les magistrats du Conseil d’Etat lisent-ils le British Medical Journal Open ? Si non lisent-ils La Revue de Médecine Légale ? Dans ce cas ils se reporteron avec intérêt à  « La dangerosité du Flash-Ball® : cas rapporté d’un traumatisme crânio-encéphalique et revue de la littérature » J.Hiquet E.Christin L.Benali S.Gromb-Monnoyeur https://doi.org/10.1016/j.medleg.2016.01.001. 2 S’ils sont pressés ces magistrats se limiteront au résumé :

« Le Flash-Ball® est couramment utilisé par les unités de police et de gendarmerie en France depuis 1995. Bien que la dangerosité des lanceurs sub-létaux de balles de défense soit connue, les traumatismes imputables au Flash-Ball® sont régulièrement relayés dans les médias mais restent peu décrits dans la littérature. Les auteurs rapportent le cas d’un jeune homme âgé de 34 ans, victime d’un impact de projectile type balle caoutchouc de Flash-Ball® en marge d’une manifestation sportive, à l’origine d’un traumatisme crânio-encéphalique sévère avec persistance d’un tableau sequellaire.

«Ce cas, associé à une revue de la littérature, illustre le fait que bien que le Flash-Ball® soit qualifié d’arme sub-létale, ce dernier peut être à l’origine de tableaux traumatiques graves, particulièrement en cas d’impact au niveau de l’extrémité céphalique, et également de décès. »

A demain

@jynau

1 Le Conseil d’Etat a rejeté vendredi 1er février les demandes de suspension de l’usage du lanceur de balles de défense (LBD) dans les prochaines manifestations de « gilets jaunes ». Le juge des référés du Conseil d’Etat a estimé qu’en raison des « actes de violences et de destructions » observés lors des manifestations des « gilets jaunes » depuis novembre 2018, « ces armes demeurent particulièrement appropriées ».  Le Conseil d’Etat souligne cependant que les forces de l’ordre doivent utiliser le LBD « sous réserve du strict respect des conditions d’usage, qu’il appartient tant aux autorités nationales qu’aux responsables d’unités de rappeler »

2 Une publication opportunément signalée sur le site de France Inter : « Pétition de soignants contre les LBD : « J’ai vu des scanners de patients aux crânes fracassés » » par Ouafia Kheniche