Après Jacqueline Sauvage, François Hollande interviendra-t-il dans l’affaire Lambert ?

Bonjour

D’un côté la liberté. De l’autre la mort programmée. On se souvient des atermoiements de François Hollande dans l’affaire de la grâce présidentielle (finalement) accordée à Jacqueline Sauvage. Aujourd’hui c’est à l’affaire Vincent Lambert que le président sortant est personnellement confronté. Voici comment :

Le neveu de Vincent Lambert, patient plongé dans un état végétatif depuis 2008, a écrit à François Hollande. Il lui demande d’ordonner à la direction du CHU de Reims d’obtenir de ses médecins qu’ils reprenent la procédure « d’arrêt des soins ». Pourquoi ? « Pour que la légalité ne soit pas que théorique » plaide l’intéressé. « Rien ne bougera au CHU sans qu’une décision politique courageuse ne soit prise », écrit François Lambert dans un courrier daté du 10 janvier adressé au Palais de l’Elysée et dont l’AFP a obtenu copie, confirmant une information de France Inter :

« Par un arrêt du 16 juin 2016, la cour administrative d’appel de Nancy (…) a enjoint le CHU de Reims (…) de répondre aux obligations lui incombant (…), c’est-à-dire de reprendre et achever la procédure collégiale, en prenant évidemment en compte les souhaits de Vincent tels qu’ils ont été actés par une multitude de décisions de justice (Conseil d’Etat, Cour européenne des droits de l’Homme, juge des tutelles de Reims, cour d’appel de Reims, cour de Cassation) ».

On se souvient que les médecins du CHU de Reims avaient lancé puis stoppé deux procédures d’arrêt des soins, l’une voulue par le Dr Eric Kariger (en 2013), l’autre par son successeur, la Dr  Daniéla Simon (en 2015). François Lambert a saisi en octobre 2016 le juge administratif pour enjoindre, sous peine d’astreinte, au CHU de Reims de reprendre la procédure sur un éventuel arrêt des soins du patient conformément aux décisions (contestées) de la CEDH et du Conseil d’Etat, qui s’étaient prononcés pour un arrêt des soins, soit une condamnation à mort par arrêt d’alimentation et d’hydratation.

Faire pression sur la nouvelle directrice

François Lambert, au président de la République :

« Vous avez vous-même nommé par décret en date du 24 février 2015 Dominique de Wilde à la tête du CHU de Reims. Vous pouvez donc faire pression sur elle pour que la légalité ne soit pas que théorique au sein de l’établissement dont elle a la charge. »

François Lambert à l’AFP :

« Le CHU se prétend victime d’une situation qu’il a créé lui-même, toxique pour tout le monde. Les parents portent plainte à longueur de temps, et le CHU ne respecte pas son patient et ses souhaits. »

Pour ne rien simplifier les parents de Vincent Lambert ont porté plainte fin décembre contre le CHU de Reims pour « délaissement de personne hors d’état de se protéger ». Que fera (ou pas) François Hollande avant de quitter le Palais de l’Elysée ?

A demain

 

Maladie de Lyme : le «Téléphone sonne» toujours, mais plus personne ne se comprend

 

Bonjour

Mardi 10 janvier 2016. France Inter est depuis peu inaudible sur les « grandes ondes ». Au fond des forêts les non-connectés ne peuvent entendre ce qui demeurera un document historique dans la constitution d’un abcès. Hier maladie, Lyme est en train de devenir une « affaire ». Ce soir-là il fallait disposer de la fréquence modulée pour comprendre à quel point la communication peut devenir radicalement impossible.

Ainsi, donc, l’inoxydable « Téléphone sonne » (créé en  1978 par Gilbert Denoyan) traitait de la « maladie de Lyme ». Les tambours battaient, la polémique annoncée. Sur le ring : Pr Christian Perronne, de l’hôpital Raymond Poincaré (Garches), hétérodoxe. Face à lui : Dr François Bricaire de la prestigieuse Pitié-Salpêtrière, mandarin orthodoxe.  La banlieue compréhensive à l’assaut du la Bastille de l’infectiologie. Arbitres : Nicolas Demorand et Véronique Julia, journalistes. Parole donnée aux auditeurs souffrants. Spectacle garanti. Allait-on crever l’abcès ? Allait-on s’entendre ?

Trente-huit minutes d’anthologie

Brouillards diagnostiques et thérapeutiques… labyrinthes physiopathologiques… liens neuronaux entre Lyme et Alzheimer….  Mieux que des mots, mettre le son. Il faut, pour prendre le pouls de l’incompréhension, écouter ces 38 minutes d’anthologie médicale, médiatique et politique : « La maladie de Lyme : un diagnostic compliqué et un traitement aléatoire ». En voici la présentation :

« Après les Etats-Unis, la France promet un plan national de lutte contre la maladie qui devrait être opérationnel d’ici l’été prochain. Des centres régionaux spécialisés devraient voir le jour, ainsi qu’un protocole national de diagnostic et de soin.

« Ces annonces clarifient un peu une vive controverse scientifique. Sur la maladie de Lyme, le corps médical est divisé entre orthodoxes et hétérodoxes, les associations de malades sont exaspérées. Pour quelles raisons ? On ouvre le débat dans le téléphone sonne. »

Savoir manier l’empathie

Il faut ajouter que le Pr Christian Perronne sait prendre des accents dramatiques, fait sans cesse référence à la science et manie l’empathie. C’est le dernier en date des « lanceurs d’alerte » médiatisés. A ce titre il est admiré et défendu mordicus par plusieurs gazettes – au premier rang desquelles le progressiste L’Obs. Et qu’il vient de publier un ouvrage-profession de foi aux Editions Odile Jacob : « La Vérité sur la maladie de Lyme. Infections cachées, vies brisées, vers une nouvelle médecine »

« La maladie de Lyme, cette étrange infection déclenchée par une piqûre de tique, peut provoquer dermatoses, arthrites et jusqu’à des atteintes neurologiques. Pourquoi les patients sont-ils souvent abandonnés à leur souffrance ? Pourquoi ne traite-t-on pas plus efficacement cette maladie alors que des solutions thérapeutiques existent ?

Le professeur Perronne, médecin et chercheur de renom, le premier à avoir sensibilisé les pouvoirs publics, raconte dans ce livre de manière claire et précise tout ce qu’on sait aujourd’hui de cette maladie et comment la guérir. Il répond également aux multiples interrogations de ceux, de plus en plus nombreux, qui sont concernés par cette affection.

 Ce livre nous aide aussi à mieux comprendre et à savoir soigner cet ensemble de maladies mal connues dues à des infections cachées, comme la maladie de Lyme. »

Nous reviendrons, bientôt, sur cet ouvrage. Et on regrettera qu’aux fonds des forêts, exposés aux tiques, les non-connectés n’aient pu écouter France-Inter. Et qu’ils n’aient pu entendre que, sur certains sujets, des professeurs de médecine ne puissent se comprendre

A demain

 

 

«Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie !» M. Valls devrait lire le prochain Prescrire

 

Bonjour

Le candidat Manuel Valls à la Primaire de la Gauche redirait-il ce que le ministre Valls de l’Intérieur déclarait en septembre 2013  ? C’était au micro de France Inter :

«Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie, et pour cela il faut que l’Union européenne, avec les autorités bulgares et roumaines, puissent faire en sorte que ces populations soient d’abord insérées dans leur pays (…) Cela passe aussi par la fin de cette aide au retour qui a créé un véritable appel d’air. Nous y avons mis fin, et je constate aujourd’hui que les populations d’origine rom ne viennent plus en France parce qu’elles savent parfaitement aujourd’hui qu’il y a une politique particulièrement ferme, républicaine, respectueuse des personnes, mais particulièrement ferme».

La déclaration jugulaire avait ému au-delà de la gauche humaniste. «Ces propos sont d’une extrême gravité. Ils insinuent que des modes et lieux de vie seraient déterminés par une origine ethnique», commenta le mouvement antiraciste européen EGAM dans un communiqué. Certains accusèrent le ministre de l’Intérieur de «se vautrer dans le larmier du populisme».

Détérioration

Deux ans et trois mois plus tard, numéro de janvier 2017 de la revue Prescrire: « Roms migrants : un état de santé alarmant » 1 :

« Les Roms migrants, à différencier des Roms français arrivés en France au cours des derniers siècles, arrivent surtout de Roumanie et de Bulgarie. Ils seraient entre 15 000 et 20 000 personnes. Nombre d’entre eux vivent en situation précaire en France, notamment dans des campements régulièrement démantelés par les autorités.

D’une façon générale, dans l’Union européenne, les Roms migrants ont un état de santé nettement moins bon que le reste de la population des pays où ils vivent. Les taux de mortalité infantile et de mortalité néonatale sont supérieurs. Ils ont davantage de maladies chroniques et infectieuses. Leur santé buccodentaire est souvent dégradée.

 On constate chez les nouveau-nés davantage de prématurés, de complications prénatales, de petits poids de naissance, et de retards staturo-pondéraux que dans le reste de la population. Le taux de couverture vaccinale est très faible. Peu d’enfants sont suivis par la médecine scolaire car beaucoup ne sont pas scolarisés.

Les conditions de vie des Roms migrants ne favorisent pas une bonne santé. Plusieurs éléments d’ordre social conduisent à détériorer leur santé : l’instabilité et la précarité de leur travail, les discriminations répétées dont ils sont victimes dans toutes les sphères de leur vie quotidienne.

 Méfiance

 « La précarité des lieux de vie et les évacuations répétées de leurs campements, l’accès difficile aux prestations sociales et à l’assurance maladie, leur sentiment de méfiance lié à la discrimination sont autant d’éléments qui contribuent à la dégradation de leur état de santé.

 « L’amélioration de l’état de santé des Roms migrants dépend de diverses actions publiques de politique d’éducation, d’accès aux soins et aux prestations sociales, de condition de vie, mais aussi d’un meilleur accueil de ces personnes fortement marginalisées. »

Terrible et piégeux constat sanitaire et politique. Expulser sans soigner ? Soigner et expulser ? Soigner sans expulser ? On attend, sur le sujet, les opinions et propositions de MM Mélenchon, Macron et Fillon. Et, s’il a changé, de l’ancien ministre de l’Intérieur.

A demain

1 ©Prescrire 1er janvier 2017 « État de santé alarmant des Roms migrants en France » Rev Prescrire 2017 ; 37 (399) : 68. (pdf, réservé aux abonnés)

Avortement et vie affective : le Pr Nisand dénonce la démission radicale de l’école laïque

Bonjour

Quarante ans après: , nouvelles passions, nouvelles insultes, nouvelles suspicions. Fronts contre fronts. Comment avancer ? En partie avec Israël Nisand. Il était, hier, en bas de page du Figaro. Il trône aujourd’hui dans La Croix. Le gynécologue-obstétricien du CHU de Strasbourg est le coauteur, en 2006, d’un rapport sur la prévention de l’IVG chez les mineures, le Pr Nisand dénonce l’absence d’information sur la vie affective dans les écoles et l’absence d’engagement des responsables politiques.

Tout à l’heure il le redira au journal de 13 heures de France Inter. Bâton de pèlerin hospitalo-universitaire il prêche dans le désert laïc. Qui l’écoute ? Qui l’entend ? Qui le comprend ?

Pornographie et religions

Au cœur des passions : la proposition de loi socialiste visant à « l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse ». On comprend que ce n’est là qu’un prétexte à conflit idéologique. Le vrai sujet est ailleurs. Il est notamment dans le nombre pratiquement constant d’IVG pratiquées chaque année  en France (218 100 en 2015). Il faut ici écouter quelques instants le Pr Nisand dans La Croix :

« Il est impossible de faire baisser le nombre d’IVG sans une information adaptée de nos jeunes dans les écoles. Il existe une loi de 2001 qui prévoit, dès l’âge de 4 ans, de faire trois heures d’information sur la vie affective. Or cette loi n’est pas appliquée, sans que cela n’ait jamais fait réagir un seul ministre.

 « Tous font le même constat: les associations de parents d’élèves s’opposent à cette information, sous la pression d’un certain nombre de courants religieux. Et je regrette que l’Église se soit toujours opposée à ce que ce travail de sensibilisation soit fait. La conséquence est catastrophique. Car à l’arrivée, c’est bien souvent la pornographie qui fait ce travail d’information auprès des jeunes, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.

 « La solution serait de mobiliser tous les professionnels de santé, médecins, infirmières, sages-femmes, pour créer des réseaux locaux qui iraient faire de l’information auprès des jeunes et faciliteraient l’accès à la contraception. »

Maladies vénériennes

 Tout est dit de nos maux : l’incurie pédagogique, le manquement à la loi, le développement de la pornographie comme substitut au travail « ducatif des citoyens adultes. C’est là une accusation d’une particulière gravité. C’est aussi une démission de la laïcité. On s’étripe sur les fantasmagories du burkini, on laisse les écrans allumés, on n’informe pas sur la vie affective, ses substrats biologiques et organiques, ses innombrables dimensions psychologiques.

Historiquement « l’éducation à la sexualité » a fait son entrée dans les lycées français en 1973 – il s’agissait alors d’un enseignement facultatif, axé sur la contraception et les maladies vénériennes. Aujourd’hui l’éducation à la sexualité en milieu scolaire est (officiellement) obligatoire. La loi Aubry du 4 juillet 2001 prévoit ainsi trois séances annuelles d’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées :

« Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène. Ces séances présentent une vision égalitaire des relations entre les femmes et les hommes. Elles contribuent à l’apprentissage du respect dû au corps humain. Elles peuvent associer les personnels contribuant à la mission de santé scolaire (…) »

Education du citoyen

 Tout est écrit, détaillé à l’extrême dans une circulaire du 17 février 2003 signée Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l’enseignement scolaire : « L’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées ». C’est un très beau texte. Il commence ainsi :

« L’évolution des mentalités, des comportements, du contexte social, juridique et médiatique dans le domaine de la sexualité, ainsi que des connaissances scientifiques liées à la maîtrise de la reproduction humaine a conduit les pouvoirs publics à développer l’éducation à la sexualité en milieu scolaire comme une composante essentielle de la construction de la personne et de l’éducation du citoyen. 

« Dans le cadre de sa mission d’éducation et en complément du rôle de premier plan joué par les familles, l’école a une part de responsabilité à l’égard de la santé des élèves et de la préparation à leur future vie d’adulte : l’éducation à la sexualité contribue de manière spécifique à cette formation dans sa dimension individuelle comme dans son inscription sociale. 

Infections sexuelles et transmissibles

« Cette démarche est d’autant plus importante qu’elle est à la fois constitutive d’une politique nationale de prévention et de réduction des risques – grossesses précoces non désirées, infections sexuellement transmissibles, VIH/ sida – et légitimée par la protection des jeunes vis-à-vis des violences ou de l’exploitation sexuelles, de la pornographie ou encore par la lutte contre les préjugés sexistes ou homophobes.

 « L’éducation à la sexualité à l’école est inséparable des connaissances biologiques sur le développement et le fonctionnement du corps humain, mais elle intègre tout autant, sinon plus, une réflexion sur les dimensions psychologiques, affectives, sociales, culturelles et éthiques. Elle doit ainsi permettre d’approcher, dans leur complexité et leur diversité, les situations vécues par les hommes et les femmes dans les relations interpersonnelles, familiales, sociales. »

C’est un très beau texte citoyen, laïque et républicain. Il est âgé de 13 ans. L’actuelle ministre de l’Education le connaît-elle ?

A demain

Agé de 33 ans le Comité national d’éthique vient de perdre sa tête. Et d’en retrouver une.

Bonjour

La France de la bioéthique est en émoi. Elle vient d’apprendre le départ surprise du président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) : Jean-Claude Ameisen. Nommé par François Hollande président de la République, il qui occupait ce poste depuis 2012. Le Palais de l’Elysée vient de faire savoir qu’il n’avait « pas souhaité être renouvelé dans cette fonction ». La bioéthique française est sous le coup d’une double émotion : le même Palais fait savoir que « le président de la République envisage de nommer M. Jean-François Delfraissy en qualité de président du Comité Consultatif National d’Ethique pour les sciences de la vie et de la santé ».

Le Président de l’Assemblée nationale et le Président du Sénat sont saisis de ce projet de nomination, afin que la commission intéressée de chacune des assemblées se prononce dans les conditions prévues par le cinquième alinéa de l’article 13 de la Constitution. Le candidat déjà prénommé sera auditionné « dans les prochains jours par le Parlement en vue de cette nomination ». Tout indique que les jeux sont faits et que le nom de Jean-François Delfraissy s’ajoutera à ceux de Jean Bernard (1983-1993), Jean-Pierre Changeux (1993-1999), Didier Sicard (1999-2007), Alain Grimfeld (2010-2012) et Jean-Claude Ameisen.

Star radiophonique

Jean Claude Ameisen ?  Avant d’occuper le trône du CCNE il avait longuement fais ses armes, notamment  au sein du comité d’éthique de l’INSERM et du comité éthique et scientifique de la Fondation internationale de la recherche appliquée sur le handicap (FIRAH). De formation immunologique c’est un esprit curieux, boulimique, atypique, féru de rhétorique.  Auteur de nombreux essais sur la science, il est aussi, depuis septembre 2010, le concepteur et l’animateur de l’émission hypnotique  Sur les épaules de Darwin sur France Inter. Il ne fait guère mystère de son engagement politique dans les rangs de ce qu’était il y a peu encore le socialisme.

Jean-François Delfraissy ? Actuel directeur de l’Agence national de recherche sur le sida et les hépatites virales (INRS) il n’est pas connu pour ses travaux dans le champ de l’éthique ou pour son intérêt vis-à-vis de cette « morale en marche ». Egalement immunologiste c’est pour aussi un spécialiste de virologie dont la carrière a été marquée par les recherches sur les hépatites virales B et C – ainsi que par l’émergence du sida et la lutte contre ce fléau (sous l’angle de la coopération avec les pays les plus touchés et les plus déshérités).

Se cacher pour croire

 Sans avoir endossé les vieux habits blancs des anciens mandarins l’homme s’est révélé fin politique, maîtrisant les relais médiatiques et ne dédaignant nullement l’exercice du pouvoir. Cet immunologiste, longtemps chef de service au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne  a une particularité assez rare : il joue collectif, dit de lui Eric Favereau dans Libération.  Et il est apprécié de tous. Ainsi, dans le monde parfois égocentrique de la planète sida, il détonnait, toujours aimable, détestant les conflits, n’aimant pas se faire remarquer, mais aussi efficace (…). Jean-François Delfraissy est croyant. Ne s’en cache pas. »

Faudrait-il se cacher quand on croit ? Voilà un bien beau sujet d’éthique théologique. D’autres viendront sous peu aux frontières du politique, du droit et de la société. A commencer par celle de l’accès des techniques de procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples de femmes homosexuelles. Qu’en pense ce croyant que l’on tient pour être timide ? Ce joueur collectif devenu capitaine imposera-t-il sa voix ?

A demain

Scandale des «anti-Alzheimer» : un responsable sanitaire s’étrangle dans Le Journal du Dimanche

 

Bonjour

La pression monte : les médias généralistes mettent de plus en plus en lumière la responsabilité de la ministre de la  Santé dans l’affaire-scandale des médicaments « anti-Alzheimer ». Combien de temps gardera-t-elle le silence sur les véritables raisons qui font qu’elle maintient le remboursement de quatre médicaments dont il est acquis, démontré, certifié, qu’ils sont non seulement inefficaces mais également toxiques ? Et pourquoi, incidemment, la voix solitaire et inexpliquée de la ministre prime-t-elle sur celles des collèges d’experts de la Haute Autorité de Santé (HAS) ? Et que fait, ici, l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) ?

Il y avait eu le communiqué de presse de la HAS. On dispose aujourd’hui des rapports détaillés de Commission de la Transparence de la HAS. Elle a « réévalué » cette année les quatre médicaments utilisés dans le traitement de la maladie d’Alzheimer : Ebixa (Lundbeck), Aricept (Eisai), Exelon (Novartis Pharma) et Reminyl (Janssen Cilag) :

« Il s’agit de médicaments à visée symptomatique qui ne modifient pas l’évolution de la maladie. Aujourd’hui, avec le recul, compte tenu de la confirmation de la faible efficacité de ces médicaments, de l’existence d’effets indésirables potentiellement graves et sachant que la prise en charge des personnes touchées doit être globale, la Commission de la Transparence conclut à un service médical rendu insuffisant pour justifier leur remboursement par la solidarité nationale. »

 Mystérieux responsable sanitaire

Dernier dimanche d’octobre. France Inter traite du sujet et laisse l’auditeur avec une puce à l’oreille. Le Monde garde le silence. Le Journal du Dimanche traite l’affaire avec détails : « Le rapport qui dénonce le danger des médicaments contre Alzheimer »  Il cite le Dr Philippe Nicot (hier sur Slate.fr), lanceur d’alerte jadis gentiment ignoré. Il cite aussi le Pr Loïc Guillevin, qui préside la commission de la transparence  et qui (assez étrangement) dit ne pas être « choqué » par la décision de Marisol Touraine : « Nous sommes là pour donner une information scientifique. La ministre, elle, est dans un registre de politique générale de santé. Elle doit prendre en compte les ­associations, l’environnement de prise en charge ».

Le Journal du Dimanche cite enfin un responsable sanitaire : « La décision finale appartient à Marisol Touraine, mais c’est un très mauvais signal. Depuis le scandale du Mediator, c’est la première fois qu’une Agence indépendante est désavouée ». Ce cadre « s’étrangle » nous dit le JDD. « Il n’imagine pas que la ministre de la Santé ait pu céder au lobbying des laboratoires pharmaceutiques ». Il pencherait plutôt pour l’hypothèse selon laquelle Marisol Touraine « a capitulé face au désarroi des proches des patients ».

Deux questions complémentaires. Combien de temps peut vivre un cadre sanitaire qui s’étrangle face aux agissements de sa ministre de tutelle ? Pourquoi n’a-t-il pas le courage de parler le visage découvert ?

A demain

Cancer du sein : Marisol Touraine entend-elle les accusations visant l’environnement ?

 

Bonjour

En France le cancer du sein tue prématurément 12 000 femmes chaque année en France. Le discours officiel est clair : « pour combattre cette maladie, la meilleure arme, c’est le dépistage ». « S’il est détecté tôt, ce cancer est guéri dans neuf cas sur dix ». Nous assistons une nouvelle fois, avec Octobre Rose, à une multiplication des initiatives visant à rappeler la gravité de cette maladie et à sensibiliser les femmes à l’importance du dépistage. Marisol Touraine salue publiquement cette mobilisation. Et  annonce parallèlement une « rénovation profonde du programme de dépistage organisé ». On n’en saura pas plus avant la fin de l’année.

On ne peut, pour l’heure, que se reporter aux recommandations remises à la ministre par l’Institut national du cancer (INCa), sur la base du rapport du comité d’orientation de la concertation citoyenne et scientifique lancée il y a un an sur le sujet 1. Il y est notamment question « de développer  un parcours plus personnalisé, fondé sur une meilleure information des femmes, mieux coordonné et impliquant davantage le médecin traitant ».

Cancer épidémique

Et puis, dans ce contexte il faut compter avec la sortie en librairie, aujourd’hui, du très médiatisé « Cancer du sein ; en finir avec l’épidémie » d’André Cicolella (membre de la commission santé d’Europe-Ecologie les Verts, administrateur de la Fondation sciences citoyenne et président de l’association Réseau Environnement Santé) :

« Pourquoi le nombre de cancers du sein dans le monde a-t-il doublé entre 1990 et 2013 ? Pourquoi la Belgique connaît-elle vingt-deux  fois plus de cas que le Bhoutan ? Pourquoi note-t-on des écarts importants entre pays de même niveau de développement, voire entre régions françaises ? Pourquoi les jeunes femmes sont-elles de plus en plus touchées ?

 « Des facteurs tels que le vieillissement de la population ou les progrès du dépistage n’expliquent que très partiellement l’épidémie qui touche toute la planète. Si les cancers du sein se multiplient, c’est que les facteurs de risque présents dans notre environnement quotidien se sont multipliés.

 « S’appuyant sur les enquêtes scientifiques les plus récentes, André Cicolella passe au crible tous ces facteurs environnementaux, du DDT des années 1950 au bisphénol A aujourd’hui en passant par l’alimentation, la sédentarité ou les conditions de travail. La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de faire reculer l’épidémie, à condition de bien identifier ses causes et de mener les politiques publiques adéquates. »

 Stress au travail

André Cicollela dont les propos médiatiquement mis en scène ont conduit  l’Association Française pour l’Information Scientifique(AFIS) à accuser France Info et L’Obs, comme on a pu le voir il y a quelques jours. André Cicollela qui était à nouveau l’invité privilégié, aujourd’hui, du « 13 heures » de France Inter. Le même message. C’est une « épidémie » ; « si les cancers du sein se multiplient, c’est que les facteurs de risque présents dans notre environnement quotidien se sont multipliés ».

Quels risques ? Tous, la contamination chimique durant la gestation, les solvants, l’alcool, le tabagisme. Mais aussi les perturbateurs endocriniens, le travail de nuit, le stress au travail, notamment chez les avocates et les journalistes. Tilt. Rien n’est dit sur le dépistage, rien sur la guérison. Qu’entendent, ici, les femmes ? Que fera Marisol Touraine des accusations publiques de ce lanceur d’alerte ? Toutes les alertes sanitaires se valent-elles ?

A demain

 1 On peut lire ici la lettre de recommandations de l’INCa, ainsi que le rapport du comité d’orientation de la concertation citoyenne et scientifique sont consultables sur le site de l’Institut