Démocratie et onze vaccinations : Agnès Buzyn annonce « la fin de la récréation »

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Aube du vendredi 15 septembre 2017, Agnès Buzyn descend dans l’arène médiatique radiophonique et se soumet aux questions de Nicolas Demorand devenu, sur France Inter, « la voix la plus puissante de l’Hexagone »  (sic) (Les Inrockuptibles). On abordera bientôt le recul ministériel sur le Levothyrox mais on commence par le bras de fer sur les onze vaccinations pédiatriques bientôt obligatoires. La ministre reprend son argumentaire. Demorand la presse, suggère. Cela donnera bientôt :

« Je suis une fervente partisane de la démocratie sanitaire, mais je siffle la fin de la récré, car il y a des enfants qui meurent (…) On parle d’un risque sanitaire ! ».

Où l’on comprend qu’il y a un temps pour l’indispensable détente récréative (la « démocratie sanitaire ») et un temps où l’on rentre en classe pour s’occuper des choses sérieuses (le « risque sanitaire »). Une position ministérielle pour le moins étonnante exprimée dans « un contexte de responsabilisation croissante d’un patient toujours plus expert » (Le Quotidien du Médecin).

Accepter la contrainte

Ce ne sera pas la seule surprise de cette matinale. Ainsi Agnès Buzyn osera-t-elle l’idée peu banale en démocratie selon laquelle  « la contrainte vise à rendre la confiance ». « Le manque de confiance est véhiculé par des informations qui circulent sur les réseaux sociaux. Il faut lutter contre les fausses informations. C’est compliqué pour les pouvoirs publics », reconnaît-elle. Contraindre pour donner confiance ? Nouveau novlangue ?

Compliqué pour la ministre ? C’est encore plus compliqué pour les parents-citoyens qui attendent toujours de savoir à quelle peine ils seront condamnés en cas de refus vaccinal. Sur France Inter la ministre laisse planer la menace d’un refus total des enfants non totalement vaccinés à l’entrée en collectivité. Où iront-ils ? Nicolas Demorand ne la relance pas. Et rien n’est encore décidé, au gouvernement, quant à la « clause d’exemption » suggérée dans les conclusions de la concertation citoyenne présidée par le Pr Alain Fischer sous le précédent quinquennat. Jusqu’à quand ?

Retour dans la classe, certes, mais avec quelle solution ? Agnès Buzyn estime nécessaire « d’aider les médecins » – avec des « outils pédagogiques » (sic) –  à expliquer la vaccination à leur patientèle. « Lorsqu’un médecin prend le temps, les parents adhèrent plus facilement », observe-t-elle. La récréation est bien finie.

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Levothyrox à volonté : pourquoi ce virage à 180 degrés de Mme Buzyn, ministre de la Santé ?

 

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Dans l’histoire des polémiques médicamenteuses c’est du jamais vu. Ou presque. Même habillée avec les mots des communicants, l’annonce ministérielle d’Agnès Buzyn (ce matin sur France Inter)  sonne comme une forme de capitulation face à des revendications qui n’en apparaissent que plus légitimes. Ainsi donc, pour résumer, d’ici 15 jours, des « stocks européens » de l’ancienne formulation du laboratoire Merck-Serono seront mis à disposition « sur prescription médicale » – et ce « pour les patients présentant des effets indésirables persistants ».  Toutefois, à terme, cette formulation du Lévothyrox-lactose ne sera plus disponible et « cette solution est donc temporaire ».

Parallèlement, « de nouvelles spécialités de lévothyroxine arriveront d’ici quatre semaines sur le marché français ». Aucune indication précise n’est donnée. « Cela permet de répondre aux besoins des patients présentant des effets indésirables persistants en lien avec la nouvelle formulation du Levothyrox » souligne Mme Buzyn qui n’avait, jusqu’ici, jamais évoqué cette nécessité.

Une forme de désaveu de l’ANSM

Bouleversements, donc, mais en même temps la ministre « tient à rappeler la qualité de la nouvelle formule de Levothyrox qui convient à la très grande majorité des patients ». On ajoutera ce qui ne manquera pas d’apparaître comme une forme de désaveu de la politique menée jusqu’ici dans ce dossier par la direction de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM).

Cette dernière devra « recevoir les associations de patients et les professionnels de santé » et mettre à leur disposition les informations qu’elle s’était refusée à communiquer : les études de bioéquivalence ; le rapport de l’ANSM sur ces études de bioéquivalence ; l’abstract d’une publication scientifique du Current medical research and opinion qui traite des deux études de bioéquivalence ; les analyses confirmant la qualité de la nouvelle formulation de Levothyrox ; les données disponibles sur les excipients ainsi qu’une liste présentant leur large utilisation dans des médicaments courants. Une demande aussitôt traduite dans les faits.

La polémique soulevée par le Dr Dupagne

Comment comprendre ? Décision politique ? Irritation élyséenne ? Premières ombres judiciaires ? Enrayer coûte que coûte les ravages de l’effet nocebo 1 ? « La ministre souhaite sans doute désamorcer la polémique soulevée, notamment sur les réseaux sociaux, par le Dr Dominique Dupagne à propos de l’étude de bioéquivalence réalisée par le laboratoire » estime Le Quotidien du Médecin. Désamorcer la polémique ? Dans un communiqué  le laboratoire Merck réaffirme que « les modifications apportées n’ont aucune incidence sur l’efficacité ou le profil d’innocuité de la nouvelle formule du Levothyrox et l’ingrédient actif (lévothyroxine sodique) demeure identique ».

Le laboratoire précise par ailleurs que l’ancienne formule « sera disponible uniquement sur prescription médicale, pour les patients présentant des critères précis quant à leur état de santé et leur réponse à la formule de lévothyroxine sodique actuellement disponible ». Quant au délai de mise à disposition, le laboratoire est nettement moins précis : « Dès que possible, sous la marque Euthyrox, après réception d’une licence d’importation par l’ANSM ». La France, où trois millions de personnes sont concernées, sera-t-elle un jour auto-suffisante pour cette spécialité ?

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1 Sur ce thème : « Effet nocebo et défaut d’information: la dérangeante affaire du nouveau Levothyrox » Slate.fr

Tournant dans l’affaire Levothyrox : Agnès Buzyn cède aux revendications des associations  

 

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Et puis la ministre céda. Est-ce un effet de l’annonce des actions menées devant la justice ? Une incitation élyséenne à calmer cette polémique hors norme ? Agnès Buzyn s’exprimait ce matin sur France Inter. Pour faire, entre mille et un sujets à peine effleurés (Irma, vaccins, aluminium, médicaments, démocratie sanitaire, Philippe Even, Vincent Lambert, PMA pour toutes..) une annonce de taille dans la polémique sur le Levothyrox.

« J’ai demandé à l’Agence du médicament que l’ancien Levothyrox soit encore  accessible de façon que ceux qui le réclament puissent le prendre. Ce sera fait dans 15 jours. Puis dans un mois nous auront des alternatives, d’autres marques, d’autres médicaments, afin que progressivement les patients puissent choisir le médicament qui leur convient le mieux, sachant que l’ancien Levothyrox devrait normalement disparaître, le laboratoire ne devrait plus le produire dans les années qui viennent. Ce qui compte, c’est que les patients aient le choix. »

C’est là une annonce surprenante qui soulève une nouvelle série de questions. Jusqu’ici, face aux revendications montantes des patients victimes d’effets secondaires, la ministre des Solidarités et de la Santé prônait la dédramatisation et la recherche d’un meilleur dosage. Le retour à l’ancienne formule de la firme Merck Serono était par définition exclu : à la fois parce que cette ancienne formule avait été remplacée à la demande de l’Agence nationale de sécurité du médicament et parce que la firme y était opposée.

Recul de l’exécutif

Les associations de malades et quelques personnalités (comme la député européenne Michèle Rivasi) réclamaient quant à elle l’achat, par la France de stocks de l’ancien Levothyrox qui se trouveraient en Allemagne.  Ils auraient donc été, finalement, entendus. Où l’on observe, comme l’a fait en substance Nicolas Demorand sur France Inter, qu’aujourd’hui encore le pouvoir exécutif peut reculer devant la mobilisation des foules en colère.

Dédramatiser ? Offrir le choix après l’avoir refusé ? Une Agence du médicament désavouée ? Dans quinze jours, donc, l’ancien Levothyrox-lactose sera à nouveau accessible avant, progressivement, de disparaître. Il cohabitera donc avec le nouveau Levothyrox-mannitol et le Levothyrox-gouttes. Puis d’autres marques de Levothyrox viendront, qui ne seront pas des génériques. On imagine déjà les futurs risques de confusion et d’incompréhension. Il faudra, à l’évidence, que la ministre de la Santé (pour ne pas parler de l’Agence du médicament) fasse preuve d’une infinie pédagogie auprès des prescripteurs, des pharmaciens et des trois millions de personnes directement concernées.

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«PMA pour toutes» : pénurie nationale de dons de sperme annoncée à partir de 2018

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Le mardi 12 septembre 2017 Marlène Schiappa a parlé. C’était un nouveau ballon d’essai lancé par le président Emmanuel Macron. La secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes était interrogée sur RMC-BFM-TV . Jean-Jacques Bourdin ou l’inoxydable épreuve matinale de vérité. Avec un message à passer pendant la manifestation de la CGT :  l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes [en âge de procréer] sera proposée par le gouvernement dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique.

Respectant à la lettre les éléments de langage, la jeune et souvent controversée secrétaire d’Etat a affirmé que « cet engagement de campagne » d’Emmanuel Macron serait « tenu ». « En termes de calendrier, nous serons sur l’année qui arrive, 2018, probablement avec les révisions de la loi bioéthique », a-t-elle précisé. « Le comité d’éthique a émis un avis favorable, il n’y a rien qui nous empêche de rendre la PMA légale pour toutes les femmes », a encore assuré Mme Schiappa, faisant référence à l’avis rendu le 27 juin dernier par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

Ballon d’essai sous le soleil républicain

 Mme Schiappa a aussi puisé dans une rhétorique associative bien connue : il s’agirait là d’une mesure de « justice sociale » permettant de mettre fin à une « forme de discrimination à l’égard des femmes lesbiennes et célibataires » et à « l’inégalité » entre celles qui ont les moyens financiers de recourir à des PMA à l’étranger et celles qui ne les ont pas.

Du nouveau sous le soleil républicain et démocratique ? Peu de choses à dire vrai : en juillet dernier Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, avait fait la même annonce. Elle s’exprimait alors sur France Inter. A la différence de Mme Schiappa, Mme Buzyn avait toutefois pris la précaution de dire que ce sujet serait discuté durant les Etats Généraux de bioéthique qui seront organisés durant l’année 2018. Le pouvoir exécutif devra aussi faire avec un débat parlementaire qui, en dépit de la dimension monolithique du parti présidentiel au pouvoir, pourrait réserver quelques surprises.

Pour l’heure on ne peut être que (tristement) surpris de voir que le débat ne parvient pas, en dépit des ballons d’essai élyséens, à prendre de la hauteur. Loin d’être unanime sur le sujet 1, le CCNE avait pourtant montré la voie : autoriser, par la loi, les couples de femmes et les femmes seules à avoir accès à l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur soulève bien des interrogations: sur la relation des enfants à leurs origines (puisqu’en France le don de sperme est anonyme et gratuit) ou sur le fait de grandir sans père. Interrogations, aussi, sur la prise en charge par l’assurance-maladie d’un geste qui ne peut en aucune manière être considéré comme une thérapeutique de la stérilité féminine.

Préoccupations politiciennes et associatives

« Cette demande d’ouverture doit être confrontée à la rareté actuelle des gamètes qui risque de provoquer un allongement des délais d’attente ou une rupture du principe de gratuité des dons, soulignait encore le CCNE. Cela pourrait ouvrir des perspectives de marchandisation des produits du corps humain et remettre en cause le système de santé français fondé sur des principes altruistes. »  Ce sont là des questions éthiques essentielles ; des questions pour l’heure noyées sous les considérations politiciennes ou partisanes.

« La ‘’PMA pour toutes’’ permet à Macron de donner des gages sur sa gauche et à LR d’attaquer le gouvernement, observe Libération. ‘Cette annonce va juste servir à redonner un nouveau souffle à Sens commun et aux participants de la Manif pour tous, commente un député LR. C’est là un joli cadeau pour Laurent Wauquiez. Il va pouvoir surfer un peu plus sur le noyau dur de son électorat’’.».

Et dans une tribune publiée aujourd’hui par Le Monde, un collectif d’associations demande que le gouvernement élargisse dès maintenant l’accès à la procréation médicalement assistée aux femmes lesbiennes et célibataires – et ce sans attendre la révision des lois de bioéthique. Tout et tout de suite. La pénurie annoncée de dons de sperme ? La prise en charge par l’assurance maladie ? La marchandisation du corps humain ?

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1 Onze des trente-neuf membres du Comité national d’éthique n’avaient pas voté cet avis : Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kuttenn, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

L’origine cérébrale des «voix» entendues par les personnes schizophrènes a été localisée

 

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Ce sont de premiers résultats présentés lors du 30e congrès du Collège européen de neuropsychopharmacologie (ECNP) 2017 qui vient de se tenir à Paris. Spectaculaires ils ont été évoqués sur France Inter et sont détaillés par le Quotidien du Médecin.  Des chercheurs français ont localisé une zone du cerveau d’où proviennent les « voix » perçues par les personnes souffrant de schizophrénie. A partir d’un essai clinique contrôlé contre placebo mené auprès de cinquante-neuf patients, ils ont pu montrer qu’une stimulation magnétique transcrânienne (SMT/TMS) permettait la disparition partielle de ce symptôme.

« Il s’agit du premier essai contrôlé qui montre une amélioration chez ces patients en ciblant une zone spécifique du cerveau et en utilisant cette stimulation (SMT/TMS) à haute fréquence », souligne le Pr Sonia Dollfus (CHU de Caen, France), auteur principal de l’étude. De telles hallucinations auditives sont présentes chez environ 70 % des patients souffrant de schizophrénie.

Dans cette étude, 26 patients ont bénéficié d’un traitement par stimulation transcrânienne à haute fréquence (20 hertz) au cours de deux séances par jour pendant deux jours au niveau d’une zone précise du lobe temporal associée au langage, au niveau de la branche ascendante du sulcus latéral gauche (scissure de Sylvius) et du sulcus temporal supérieur gauche. Tout comme les 33 autres participants qui, eux, ont reçu le placebo, les « voix » entendues par les patients traités ont été évaluées au moyen d’une échelle des hallucinations auditives (AHRS)

Zone anatomique spécifique

Une réduction significative a été observée chez plus d’un tiers des patients traités (35 %) contre seulement 9 % dans le groupe contrôle. La baisse était considérée comme « significative » lorsque les patients amélioraient leur score de plus de 30 %. Pour le Pr Dollfus ce résultat permet de faire deux types d’observation. « Nous pouvons maintenant dire avec certitude que nous avons trouvé une zone anatomique spécifique du cerveau associée à des hallucinations auditives verbales dans la schizophrénie. Nous avons d’autre part montré que le traitement avec la stimulation magnétique transcrânienne à haute fréquence fait une différence chez certaines personnes atteintes ».

Pour autant la spécialiste reste prudente et souligne l’importance du travail qui reste à accomplir quant à l’usage thérapeutique qui pourra être fait de ces premiers résultats.

« Ces travaux s’appuient sur des études antérieures qui ont montré le rôle important de l’activité excessive des sous-régions du lobe temporal dans la génération des hallucinations vocales dans la schizophrénie, commente le Pr Andreas Meyer-Lindenberg (Central Institute of Mental Health, Mannheim) membre du comité exécutif de l’ECNP, cité par Le Quotidien du Médecin. Pour en faire un traitement, un essai contrôlé, comme celui de Dollfus et de ses collègues, est important. Même si les taux de réponse ont été modérés, la TMS est une arme de plus de l’arsenal thérapeutique, notamment pour les patients qui ne répondent pas aux médicaments. »

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Mediator : le procès des Laboratoires Servier et de l’Agence des médicaments ne saurait plus tarder

Bonjour

C’est l’un des insupportables charmes de la justice : elle va à son rythme. Ainsi l’affaire du Mediator, médicament laissé sur le marché français de 1976 à 2009 .  Près de dix ans après le retrait plus que tardif de cette spécialité (plus que controversée), après un travail (contesté) de l’IGAS et après mille et une polémiques, la perspective d’un procès semble se rapprocher.

Mardi 5 septembre 2017 une source judiciaire a confirmé que les juges d’instruction en charge de ce dossier avaient renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris les laboratoires Servier et l’Agence nationale du médicament dans le volet principal de ce qui a pris (à juste titre) la dimension d’un scandale sanitaire –  confirmant une information de France Inter.

Conformément aux réquisitions du parquet de Paris, les juges d’instruction ont ordonné le 30 août le renvoi en correctionnelle du puissant groupe pharmaceutique français pour « tromperie aggravée, escroquerie, blessures et homicides involontaires et trafic d’influence ». Et (fort justement) l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) est également renvoyée devant le tribunal pour « blessures et homicides involontaires ». Soit, au total, un procès pour onze personnes morales et quatorze personnes physiques.

« Instruction tronquée » ?

Mêmes causes, mêmes effets : les Laboratoires Servier ont aussitôt dénoncé dans un communiqué une instruction « tronquée ». « L’action de l’Agence du médicament, de ses hauts fonctionnaires et de sa tutelle ministérielle a été occultée, alors que le Mediator était sous enquête nationale de pharmacovigilance de 1995 jusqu’en 2009 », ont affirmé les Laboratoires. L’Agence du médicament appréciera.

Me Charles Joseph-Oudin, l’un des avocats des parties civiles, a également réagi : « Dans cette affaire du Mediator, même si Servier indemnise les victimes, les personnes malades et les proches de personnes décédées sont dans l’attente d’un procès pénal de manière à identifier les responsabilités, que ce soit du côté des laboratoires, des agences étatiques, comme l’Agence du médicament, ou des différents experts qui composaient les commissions de contrôle du médicament. »

Dans son réquisitoire, le parquet estimait que les Laboratoires Servier avaient élaboré une « stratégie » pour dissimuler le caractère anorexigène de sa spécialité-phare – et n’avaient pas signalé les risques d’hypertension artérielle pulmonaire, une pathologie rare incurable, et ceux de valvulopathies, graves lésions des valves cardiaques – risques qui pouvaient lui être imputés.

C’est l’un des charmes de la justice : en disant le droit elle parvient, parfois, à dire le vrai.

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Levothyrox : l’Agence du médicament met en garde ; on n’exclut pas un demi mea culpa  

 

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Il suffisait d’attendre. C’est fait : l’AFP rapporte qu’une avocate venait de faire savoir qu’elle avait déposé plainte à Mougins (Alpes-Maritimes) contre le laboratoire Merck pour « mise en danger de la vie d’autrui »Anne-Catherine Colin-Chauley, 58 ans, a déclaré avoir subi des problèmes de santé liés, selon elle, à la nouvelle formule du Levothyrox, dont elle n’avait pas été avertie.

« Il y a bien une négligence fautive du laboratoire Merck et une faute de celui qui a ordonné le changement de la molécule sans indiquer les conséquences possibles de ce changement », dénonce-t-elle dans sa plainte déposée mardi29 août. Mme Colin-Chauley a subi une ablation totale de la thyroïde en 2006 et assure souffrir depuis le mois de mai de « vertiges, crampes, fatigue ».

Retour à l’ancienne formule

Ce type de plaintes pourrait bientôt se multiplier.  Une pétition signée par plus de 170 000 personnes réclame le retour à l’ancienne formule, estimant que la nouvelle est responsable de divers effets secondaires pour certains difficilement supportables. Pour leur part les autorités sanitaires font observer que le changement de formule (destiné à améliorer la stabilité du produit) ne concerne pas le principe actif (la lévothyroxine, hormone de substitution) mais porte sur les excipients » qui lui sont associées, le lactose ayant été remplacé par le mannitol et l’acide citrique.

Dans ce contexte, deux nouvelles série de données doivent aujourd’hui être mentionnées : les déclarations faites par le Dr Dominique Martin, directeur général de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), d’abord au Quotidien du Médecin puis, ensuite, au Monde .

Ne pas « switcher » avec les gouttes

Que nous dit de nouveau le directeur général qui vient d’être reconduit dans ses fonctions ? Tout d’abord que le prescripteurs ne doivent surtout pas « switcher » avec une autre forme de lévothyroxine.  « Surtout pas, dit-il au Quotidien. Il existe en France un quasi-monopole du Lévothyrox de Merck. Une autre forme, la L-thyroxine Serb, sous forme de gouttes, est destinée aux enfants de moins de 8 ans et aux personnes présentant des troubles de la déglutition. Le report des patients prenant du Lévothyrox vers la L-thyroxine Serb serait potentiellement catastrophique car l’industriel qui la fabrique n’est pas en capacité d’augmenter la production. Cela conduirait à un épuisement des stocks pour ces personnes qui ne disposent pas d’alternative. »

Mais encore ? Quelle lecture des troubles rapportés par les patients après le changement de formule du Levothyrox de Merck-Serono ?  Le changement d’excipients entraîne-t-il des effets secondaires ? « Le passage du lactose au mannitol et acide citrique a changé la pharmacocinétique du médicament, dans le but de le rendre plus stable dans le temps, précise-t-il.  (…) Avec la nouvelle formule, qui change la pharmacocinétique, certains patients peuvent ressentir des effets secondaires transitoires, qui peuvent être corrigés par une adaptation du traitement, après examen clinique, et si nécessaire dosage de la TSH. Les retours que nous recevons de la part des médecins indiquent cependant qu’il n’y a pas de difficulté dans la grande majorité des cas. Nous avons lancé un suivi de pharmacovigilance dès le mois de mars (au moment du changement de formule), et les résultats en seront connus en octobre. »

Cent mille courriers

Une meilleure communication aurait-elle été possible ? à propos du changement de formule du Lévothyrox aurait-elle été possible, par exemple auprès des patients ?

« Nous avons préparé ce changement avec les associations de patients, avec lesquelles on a travaillé notamment sur les Questions/réponses mises à disposition sur le site de l’ANSM. Nous avons aussi réalisé un point d’information en mars et envoyé 100.000 courriers aux professionnels de santé. Nous n’avons manifestement pas touché suffisamment les usagers mais il s’agit d’abord d’un sujet de dialogue médecins/patients et, quant aux notices, elles ne constituent pas une solution adéquate car elles ne sont pas systématiquement lues.

Fatigues, vertiges, troubles de la concentration, douleurs, palpitations… Un phénomène d’une ampleur certaine qui ne peut raisonnablement être ignoré. A la fin août, plus de 5 000 déclarations d’effets inhabituels liés au Levothyrox ont précisé indique au Monde l’ANSM. « Alors que, tous médicaments confondus, le site signalement-sante.gouv.fr – ouvert aux médecins et usagers pour déclarer tout effet indésirable – reçoit en moyenne entre 20 à 50 signalements chaque jour, les déclarations se sont envolées depuis le 16 août, liées au Levothyrox, avec 140 ce jour-là. Jusqu’à un pic de 1 000 à 1 200 les 23 et 24 août, souligne le quotidien vespéral. Sur les quelque 5 000 déclarations, 765 cas ont pour l’instant été transmis aux centres régionaux de pharmacovigilance, débordés. » Le numéro vert mis en place le 23 août (0800-97-16-53) ? En une semaine il a reçu plus de 154 000 appels.

Signe des temps, Le Monde de citer le « médecin généraliste et blogueur » Dominique Dupagne qui a dénoncé, jeudi 31 août sur France Inter« la prise en compte insuffisante du problème, qui dure depuis plusieurs mois ». Pour lui, « le principal fautif dans cette affaire reste l’Agence du médicament, qui ne parvient toujours pas à communiquer correctement avec le public ». Et le médecin généraliste Christian Lehmann, très actif sur Twitter, où il parle « d’une information d’une médiocre qualité ».

 « Il y a eu un défaut d’information aux patients, nous en sommes conscients et ne nions pas leurs difficultés, concède Dominique Martin. Pour autant on ne peut pas dire que nous n’avons rien fait. » Personne ne dit le contraire.

A demain