Maladie de Lyme : mais pourquoi la justice ne condamne-t-elle pas les médecins charlatans ?

Bonjour

« Lyme ». C’est, en France, un conflit sans issue, un abcès récurrent, une impasse plus sociétale que médicale. C’est aussi une nouvelle démonstration des nouvelles missions, thérapeutiques, réclamées à une justice qui n’en peut mais 1.

Dernier épisode en date : le dépôt d’une plainte par France Lyme « association de lutte contre les maladies vectorielles à tiques » ; plainte visant la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Explications :

« Le jeudi 1er aout 2019, l’association France Lyme a adressé à Mr le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Paris une plainte contre la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française, pour mise en danger délibérée de la personne d’autrui, atteinte involontaire à l’intégrité d’autrui et non-assistance à personne en danger.

« L’Association, représentée par Me Thomas Bénagès, a pour objet d’échanger et de diffuser des informations sur les maladies transmises par les tiques, et d’en assurer la prévention. Elle alerte les pouvoirs publics et les structures de recherche publique ou privée, pour une meilleure reconnaissance et prise en charge des malades, au travers d’actions militantes. L’Association a également pour but de lutter contre les idées fausses et la propagande de désinformation diffusées par les partisans du déni de cette maladie.

L’association France Lyme, ainsi que nombreux acteurs associatifs et institutionnels sont confrontés au refus systématique de la SPILF, dans ses recommandations à destination des médecins, de reconnaître la version chronique de la maladie de Lyme et ses co-infections. De plus, les recommandations de la SPILF sont fondées sur l’utilisation de tests non fiables afin d’écarter d’emblée la maladie au stade chronique. Dès lors, les médecins qui suivent la position de la SPILF ne peuvent aider les patients atteints de la forme chronique de Lyme et des co-infections. »

Agonies des patients

Pour France Lyme les « malades chroniques » de sont « dans une réelle situation de péril ». « Certains sont dans une situation de handicap incontestable et d’autres risquent de se retrouver dans cette situation si rien n’est fait en leur faveur. Sans reconnaissance de la forme chronique de la maladie, aucune amélioration de l’état de santé des malades n’est envisageable, assure-t-elle. Dès lors, la position de la SPILF, relayée par de très nombreux médecins, entraîne pour les malades des souffrances inutiles au lieu de les soulager et prolonge de ce fait les agonies des patients. »

Ce n’est pas tout. L’association rappelle que la SPILF « a refusé de se rendre à une réunion à la Haute Autorité de Santé le 10 juillet 2019 dernier ». « En cela, elle refuse d’apporter son concours à l’action entreprise par les autorités compétentes en vue de la protection de la santé et de l’éducation sanitaire alors que le Plan national de lutte contre la maladie de Lyme et les maladies transmissibles par les tiques a été lancé par le ministère de la santé depuis 2016 » estime-t-elle/

La plainte de l’association France Lyme vise également à dénoncer le fait que la SPILF « a publié un document allant à l’encontre des recommandations de la HAS niant toute forme chronique et persistante de la maladie de Lyme et co-infections éventuelles ». Corollaires : la SPILF « met délibérément en danger les malades de Lyme », « porte atteinte à l’intégrité de milliers de patients en France » ; « refuser de porter assistance à une personne en danger ».

« Des médecins qui nous prennent au sérieux »

Interrogée par France Inter (Louis-Valentin LopezVéronique Julia) Agnès Gaubert, présidente de l’association Lyme France déclare : « Ça fait 15 ans qu’on milite et c’est tous les jours qu’on reçoit des cas dramatiques d’enfances brisées, d’enfants qui ne peuvent plus aller à l’école, qui sont en fauteuil et à qui on a dit que c’était une paralysie psychologique. On a entendu des choses complètement ahurissantes : qu’ils étaient dépressifs, hypocondriaques, ou que c’était une autre maladie qu’on ne connaissait pas encore. Evidemment il y a d’autres médecins qui nous prennent au sérieux et qui soignent une partie des adhérents de notre association. Mais là ça fait des années que les infectiologues refusent le débat et sont responsables d’une obstruction à la discussion médicale et scientifique. On n’a trouvé que le levier judiciaire pour pousser un vrai coup de gueule, pour faire parler de nous parce que la situation est devenue vraiment trop grave. »

Président de la SPLIF, le  Pr Pierre Tattevin (CHU de Rennes)  a répondu aux questions de l’AFP :  « Notre mobilisation c’est justement pour essayer de protéger les patients de pratiques dangereuses, donc on ne peut pas nous accuser de non-assistance à personne en danger ». Pour la majorité des infectiologues français nombre de patients sont aujourd’hui diagnostiqués à tort comme souffrant d’un « Lyme » ce qui retarde d’autant la mise en œuvre d’un traitement adapté à leur état.  

On peut le dire autrement. En mai 2019, un éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) rédigé par le Dr Jean-Claude Desenclos, directeur scientifique de Santé publique France, résumait la complexité du sujet et la polémique qu’elle nourrit: 

«Depuis une dizaine d’années, des associations de patients, rejoints par quelques médecins et chercheurs et des activistes remettent en cause les connaissances acquises sur la borréliose de Lyme (BL), son diagnostic et sa prise en charge. Ils affirment, en particulier, l’existence d’une maladie chronique, distincte de la forme disséminée tardive de la maladie: le syndrome persistant polymorphe après une possible morsure de tique (SPPT).»

Si elles rencontrent bien une audience médiatique et associative croissante, «ces théories alternatives au modèle biomédical actuel ne sont pas acceptées par une grande partie de la communauté scientifique et médicale en France, en Europe ou Amérique du Nord». Conséquences, pour le Dr Desenclos: les errances diagnostiques et thérapeutiques de nombreuses personnes présentant une symptomatologie compatible avec le SPPT, des traitements multiples et prolongés dont l’efficacité n’est pas démontrée et le «développement d’une offre de diagnostic et de prise en charge alternative sans base scientifique» – soit, pour le dire autrement, l’émergence d’une nouvelle forme de pratiques charlatanesques.

Où l’on en vient à cette question : pourquoi la justice française ne condamne-t-elle pas ces charlatans ?

 A demain @jynau

1 Sur ce thème (et en toute immodestie) : « La maladie de Lyme, cas d’école de la rupture entre médecins et malades » Slate.fr, 6 juin 2019

Marlène Schiappa, sur la GPA : pas question d’ouvrir ce débat «pendant ce quinquennat»

Bonjour

Le diable n’est plus dans les détails, il niche dans la fin de certaines phrases. Mercredi 24 juillet 2019. Le conseil des ministres examine le projet de loi de révision de la loi de bioéthique. Et c’est la course des ministres aux espaces médiatiques. Sur France Inter, « première radio de France »,  Agnès Buzyn. La ministre des Solidarités et de la Santé, directement concernées, peine à exposer simplement la complexité des sujets abordés. Sur RTL, autre « première radio de France » Marlène Schiappa. La secrétaire secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations souligne la qualité du travail accompli par ses collègues du gouvernement – travail auquel elle n’a, curieusement, pas été associée.

L’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes ? « Rien, éthiquement,ne s’y oppoase explique Mme Schiappa. « Ce texte a vraiment été bien préparé, bien travaillé, maintenant le débat parlementaire aura lieu et c’est normal. Chacun pourra exprimer ses positions à cette occasion » ajoute-t-elle en souriant.

In cauda venenum,

Les opposants évoquent, non sans raison, la possibilité d’un « glissement vers la légalisation de la GPA ? Sur France Inter Agnès Buzyn tente d’expliquer en quoi le droit et « l’éthique à la française » constiteunt à tout jamais une digue infranchissable. Elle pourrait citer l’indisponibilité du corps humain et sa non patrimonialité. Elle ne le fera pas.

Sur RTL, Marlène Schiappa : « Ces questions de PMA comme de GPA touchent à la fois au très intime : à la vie amoureuse, à la sexualité, à la vie familiale, à l’idée que l’on se fait des familles, mais elles touchent aussi à des questions philosophiques, scientifiques et éthiques. Le gouvernement a « toujours été extrêmement clair sur le fait que l’on est opposé à la GPA ». Et puis elle conclut : « Il n’est pas du tout question d’ouvrir ou de débattre de la GPA pendant ce quinquennat ».  

On choisira la niche du diable (Friedrich Nietzsche) ou In cauda venenum, formule latine anonyme. Existe aussi (moins radiophonique) « la flèche du Parthe ».

A demain @jynau

Vincent Lambert : dans l’attente de sa mort, inéluctable, ses parents rendent les armes

Bonjour

Lundi 8 juillet 2019. Cela fera l’ouverture du journal de France Inter. Hier les parents de Vincent Lambert déposaient plainte au commissariat de Reims contre le docteur Vincent Sanchez, du Centre Hospitalier Universitaire de Reims, pour «tentative d’homicide volontaire». Aujourd’hui ils abandonnent la partie.

«Cette fois, c’est terminé. Nos avocats ont multiplié ces derniers jours encore les recours et mené d’ultimes actions pour faire respecter le recours suspensif devant l’ONU qui bénéficiait à Vincent. En vain», écrivent dans un courrier transmis à la presse Viviane et Pierre Lambert – ainsi que la sœur de Vincent, Anne Lambert, et son demi-frère David Philippon. L’ultime plainte n’est certes pas retirée mais «la situation de santé» de Vincent Lambert a évolué, indique l’un des avocats au Figaro. «Des complications résultent de sa sédation, affirme Me Paillot. Dès lors, remettre en route l’alimentation et l’hydratation amènerait Vincent à se retrouver dans une situation d’obstination déraisonnable».

«Un recours n’aurait plus de sens au regard des dispositions de la loi Leonetti», poursuit l’avocat – qui estime toutefois que Vincent Lambert «meurt aujourd’hui d’une application de la loi Leonetti qui ne lui était pas destinée.» La plainte pénale déposée «était destinée à appeler une dernière fois au secours : vendredi, Vincent était encore susceptible d’être sauvé». «Un jour, on fera les comptes. Mais aujourd’hui est venu le temps du recueillement. Ses parents accompagnent Vincent dans ses derniers moments», insiste le conseil de Pierre et Viviane Lambert, qui appelle à la «dignité» et à la hauteur de vue.»

Prières et pensées

Les médias rappellent à l’unisson que Vincent Lambert est hospitalisé au CHU de Reims après un accident de la circulation survenu en 2008. Que l’ultime décision a été rendue possible le 28 juin par la Cour de cassation. Et que le protocole terminal prévoit notamment l’arrêt de l’hydratation et de la nutrition du patient ainsi qu’une «sédation profonde et continue». Les parents dont les médias rappellent sans cesse que ce sont de « fervents catholiques » :

«La mort de Vincent est désormais inéluctable. Elle lui a été imposée à lui comme à nous. Si nous ne l’acceptons pas, nous ne pouvons que nous résigner dans la douleur, l’incompréhension, mais aussi dans l’espérance. Nous voulions tous vous remercier de votre amitié, de votre amour, de votre soutien, de vos prières pendant toutes ces années. Il n’y a plus rien à faire sinon prier et accompagner notre cher Vincent, dans la dignité et le recueillement. Vous êtes avec nous tous par la pensée et la prière auprès de Vincent».

Face à eux, dans une tragédie jusqu’ici sans fin : l’épouse de Vincent, Rachel, ainsi que six de ses frères et sœurs et son neveu François. Ils plaident depuis des années dans les émdias contre tout «acharnement thérapeutique» et pour laisser mourir cet homme devenu « le symbole du débat sur la fin de vie en France ». Dimanche, le père de Vincent Lambert avait dénoncé, en arrivant au CHU, «l’assassinat» en cours de son fils. Le collectif «Je soutiens Vincent», également opposé à l’arrêt de l’alimentation, a annoncé à l’AFP l’annulation du rassemblement prévu lundi après-midi. Les avocats des parents Lambert avaient déclaré un peu plus tôt à l’AFP qu’ils n’y participeraient finalement pas.

Dans quelques heures, dans quelques jours, le CHU de Reims nous apprendra la mort de Vincent Lambert. On en parlera au journal de France Inter. Chronologie. Derniers commentaires. Premières analyses. Fin du règlement des comptes. Début de l’apaisement. Et peut-être découvrirons-nous alors, plus tard,  que « l’affaire Vincent Lambert » nous aura, collectivement, aidé à progresser dans notre regard sur la mort.

A demain @jynau   

Nouveau : Dr Jean-Paul Escande, dermatologie, clinique des Cèdres, Brive-la-Gaillarde (Corrèze)

Bonjour

On l’avait connu au sommet de lé dermatologie française, dans les plus beaux quartiers de la capitale. On a retrouvé sa trace aux confins des déserts, clinique des Cèdres, Brive-la-Gaillarde (Corrèze). On avait connu un homme formidable d’énergie et de savoirs, pétillant de culture et soucieux de partage, charmeur et pédagogue, passionné de médecine jusqu’au bout des ongles. Les dernières nouvelles nous confirment qu’il n’a pas changé.

Le Pr Jean-Paul Escande, 80 ans, ponte de la dermatologie, et auteur à succèss’ennuyait ferme à la retraite. Il vient de relancer une activité de consultation au service des Brivistes « pour être utile, pour la médecine, et par passion pour sa profession ».  « Certains y voient une première : un spécialiste octogénaire de réputation internationale, qui ré-endosse la blouse blanche après quelques années de retraite, et se met plusieurs jours par semaine au service d’une patientèle locale en manque de spécialistes » résume Le Quotidien du Médecin (Jean-Pierre Gourvest)

Et Le Quotidien de résumer la biographie atypique de cet homme né à Brive en mars 1939 – tient de la saga médicale. Études à Paris, professeur à 35 ans à Cochin (AP-HP) où il fera toute sa carrière, chef de service de dermatologie à 44 ans, travaille sur les cancers de la peau et le mélanome malin. Diplômé d’immunologie à l’Institut Pasteur, chercheur en biologie, dirige un service consacré au sida lors de l’arrivée des premiers malades en France (1981). En 1975, un livre à succès « Les Médecins » (Bernard Grasset) le lance dans le grand bain. Confesse devenir alors « une petite vedette des médias de l’époque ». 

Vedette des médias, amoureux du rugby

 « Je n’ai jamais pris un centime à mes patientsrévèle-t-il aujourd’hui. Me contentant des salaires versés par la fonction publique, je n’avais aucun intérêt à me faire de la pub, mais j’adorais la communication. Je me suis retrouvé éditorialiste à Radio Monte Carlo, réalisateur télé, chroniqueur à France Inter. J’ai aussi écrit quelques livres. Par contre, j’ai toujours refusé de faire de la politique malgré les appels du pied de Jacques Chirac, occupé et passionné par mon métier. »

Cet amoureux du rugby tombé sous le charme de René Dubos est condamné à la retraite à 68 ans. Des remplacements durant huit ans avant de raccrocher en 2016. Puis revient à Brive occuper la maison de ses parents (son père est décédé à l’âge de 105 ans). « Je me sens en pleine forme. Honnêtement, à la retraite, je m’ennuyais », confie-t-il au Parisienainsi qu’à FR3. Et au Quotidien :

 « J’ai bien l’intention de me replonger dans la dermato. On a mis à ma disposition un cabinet que j’occuperai plusieurs jours par semaine, sous le statut de médecin libéral, hébergé par le centre de soins. Je suis payé à la consultation et mes gains seront ceux de la profession, au sein d’un univers médical débordé auquel j’espère donner un coup de main. Je crée un service qui n’existe pas aux Cèdres, mais que je vais développer. Mais je continuerai l’écriture, tout en pratiquant ! Je ne serais pas venu à Brive faire la guerre aux autresJe suis simplement heureux de me retrouver sur mes terres et de rendre service. » 

Pour combien de temps encore ? « A genoux, et prions… » rit-il. Il a signé avec la clinique briviste un contrat renouvelable chaque année. « La vie continue ». On applaudit.

A demain @jynau  

PMA : Comment, sur France Inter, ne pas avoir le droit de dire que l’on n’est pas réactionnaire

Bonjour

Trop, c’est trop. Comment en moins de cinq minutes parvenir à dire la complexité du sujet ? Et comment le faire sans aussitôt être soupçonnée, sur France Inter, de n’être qu’une « conservatrice », voire une « réactionnaire ». Soupçonnée, accusée, condamnée. La philosophe Sylviane Agacinski, auteure de « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué » 1 est l’invitée de la journaliste Léa Salamé.

La philosophe a senti le piège mais s’y précipite tête baissée, avec délice semble-t-il. Elle cite son ennemie jurée, l’improbable juriste transhumaniste Marcela Iacub. Elle tire à tout va, au-delà même de la GPA. Elle parle de notre « rapport à la chair », du désir de s’en émanciper ». Elle s’excusera bientôt de vouloir trop en dire en si peu de temps. Comme, par exemple, que l’on a pas un « droit » à « avoir un enfant ».

Trop c’est trop, cela se résumera bientôt à ceci : « @franceinter Sylviane Agacinski, philosophe, sur la #PMA : « La famille, c’est comme la sexualité, c’est une totale liberté, mais ce n’est pas (avoir) un droit à un enfant » #le79Inter 08:08 – 24 juin 2019 »/

Léa Salamé comprend que, décidément, l’invitée à trop à dire. Que le sujet, réactionnaire en diable, méritait un plus large créneau. C’est promis, Sylviane Agacinski sera réinvitée. Promis juré. Après la canicule, l’été sera entièrement bioéthique et philosophique. Et furieusement politique.

A demain @jynau

1 « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué » Collection Tracts (n° 7), Gallimard Parution : 27-06-2019. 48 pages, 150 x 210 mm, agrafé.

«Notre corps charnel nous est propre, mais il ne nous appartient pas comme un bien, autrement dit une propriété aliénable, que l’on peut donner ou vendre, comme un vélo ou une maison. La confusion fatale entre les deux est délibérément entretenue par l’idéologie ultralibérale qui veut nous persuader que, puisque notre corps « nous appartient », nous sommes libres de l’aliéner. Admirons le paradoxe.  Sylviane Agacinski. 
L’homme moderne veut dominer la nature, changer sa nature, et s’affranchir de la chair, de la mort et de la génération sexuée. Grâce à la puissance scientifique et technique, certains rêvent de changer de corps et de produire leur descendance en laboratoire. L’homme futur sera-t-il sexuellement indifférencié? Naîtra-t-il sans père ni mère? Aux dépens de qui?  À la veille du débat au Parlement, et alors que la «bioéthique» semble perdre tout repère, ce Tract nous alerte sur les dangers d’un ultralibéralisme dont le modèle, en ce domaine, est la Californie.

Polémique PMA: non le projet de loi bioéthique n’est pas encore finalisé (Nicole Belloubet)

Bonjour

Comment apaiser un débat qui ne le sera pas ? Hier le Premier ministre affirmait devant les députés que tout était réglé : projet de loi fin juillet – examen fin septembre. Ce matin sur France Inter la ministre de la Justice dit le contraire. Et ce sur un sujet bien particulier, inclus dans la « PMA pour toutes », un sujet technique mais essenteil qui concerne les règles de la filiation des enfants qui (si la loi est promulguée) seraient conçus par insémination artificielle avec sperme de donneur de femmes « vivant seules ou avec une autre femme ». Il faut ici reproduire les sages propos de Nicole Belloubet.

Sur le mode d’établissement de la filiation, (entendre « la façon dont on est reconnu fils ou fille de ») trois options sont possibles :

I L’extension du droit commun de la filiation aux couples de mères ou aux mères célibataires ce qui prévaut aujourd’hui pour les couples hétéroexuels.

II Création d’un régime spécifique pour tous les enfants qui seront issus d’une procréation médicalement assistée avec un « tiers donneur »

III Création d’un régime spécifique aux couples de femmes et aux femmes célibataires.

« C’est un sujet extrêmement délicat car il se rapporte à des notions relatives à la protection de la vie privée, à des notions liées à l’accès aux origines…. Comment indiquons-nous, et faut-il indiquer, qu’un enfant est né par procréation médicalement assistée… ? Ce sont des questions très délicates. »

Et la Garde des Sceaux, ministre de la Justice de révéler que seules deux options ont été transmises au Conseil d’Etat pour recueillir son avis : la II et la III.  

« Au moment où je vous parle l’avis du gouvernement n’est pas complètement stabilisé » (sic).

Est-ce dire que l’option I est abandonnée ? « Actuellement la décision n’est pas prise ». Contrairement à ce qu’a annoncé le Premier ministre le texte du futur projet de loi n’est pas « prêt ». Pour cela il faudra attendre la fin juillet dans une France que l’on espère apaisée. Etant bien entendu qu’en toile de fond la grande question qui se joue ici est celle de l’égalité entre les couples et les parents, homosexuels ou pas.  

« Aujourd’hui toute la question est de savoir, pour les femmes qui seront concernées, comment elles déclareront, avant la naissance, qu’elles ont un projet parental ; où sera écrit, au moment de la naissance, le fait que l’enfant a été conçu par une PMA avec tiers donneur … Ce sont ces questions-là, qui sont très sensibles humainement (re-sic) qui doivent être tranchées. »

Pour le reste, sur la GPA, tout est clair et rien ne sera modifié. Non, contrairement à ce qui est clamé à longueur de tribunes dans tous les médias il n’existe aucune « insécurité juridique » pour les enfants ainsi conçus dans des pays étrangers et vivant en France (filiation pour le père et système d’adoption pour le second parent). Inscrire dans la loi française la « non marchandisation du corps des femmes » ? Sans doute pas puisque cela découle de l’ensemble des dispositions précédentes.

Résumons. Tout sera encadré, verrouillé et la GPA n’aura pas, n’aura jamais, droit de cité sur le sol français. Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, ministre de la Justice, 13 juin 2019.

A demain @jynau

Grève aux urgences : l’Ordre des médecins en appelle solennellement à Agnès Buzyn

Bonjour

5 juin 2019. Sujet chaque jour un peu plus médiatique, la grève des soignants urgentistes entre dans une nouvelle phase. Après Agnès Buzyn (et la polémique sur le « dévoiement ») hier sur France Inter nous avons entendu ce matin  Sibeth Ndiaye, conseillère en communication et porte-parole du gouvernement sur RTL (Elizabeth Martichoux). Entre l’affaire Benalla et la Coupe du monde de football féminin elle s’est exprimée sur ce mouvement atypique autant que symptomatique.

La porte-parole du gouvernement a notamment assuré que la ministre des Solidarités et de la Santé était « disponible pour recevoir » les médecins urgentistes prévoient une manifestation le jeudi 6 juin en plein Congrès des urgentistes organisé à Paris. Un congrès majeur où Agnès Buzyn hésite visiblement à se rendre.

À propos des « arrêts maladie » controversés Sibeth Ndiaye a dit « ne jeter la pierre à personne » et appelle « tout le monde à converger pour essayer de trouver des solutions ». Agnès Buzyn campera-t-elle sur sa position et sa condamnation de ces « arrêts maladie » ? Matignon aimerait que non.  La ministre « suit le sujet avec énormément d’attention, de préoccupation », a encore souligné la porte-parole du gouvernement. « Elle-même médecin », elle « connaît parfaitement la situation de l’hôpital français » ajoute-t-elle.

C’est dans ce contexte que vient de s’exprimer, avec la hauteur et la solennité qui sied, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) qui, inquiet, « appelle à une concertation d’urgence ». Extraits :

« Le Conseil national de l’Ordre des médecins a suivi les évolutions des grèves des médecins et personnels soignants dans les services d’urgences des hôpitaux. Il a pris connaissance des réquisitions préfectorales, notamment à Lons-le-Saulnier, et de l’émotion que les conditions de leur mise en application ont suscitée (…)  

« L’Ordre des médecins appelle avec gravité, dans le cadre du dialogue social, à l’organisation d’une concertation d’urgence impliquant tous les acteurs afin qu’une réponse durable soit apportée aux revendications des professionnels de santé, tant pour le service des patients que pour eux même. Leur souffrance face aux conditions de travail actuelles doit être entendue (…)

«  Malgré de nombreuses alertes, des grèves hospitalières se multiplient partout en France. La crise des services d’urgences est l’un des symptômes les plus aigus de l’extrême difficulté dans laquelle se trouve l’hôpital public. L’Ordre des médecins apporte son écoute et son soutien à l’ensemble des médecins et professionnels de santé qui exercent près des patients dans des conditions de plus en plus difficiles, et il est prêt à prendre toute sa part dans l’élaboration des décisions ministérielles qui ne sauraient être plus longtemps différées. »

Agnès Buzyn est-elle toujours inscrite à l’Ordre des médecins ?

A demain

@jynau