Un terroriste tue à Strasbourg, les théories du complot gangrènent les réseaux sociaux

Bonjour

C’est une déferlante insidieuse. Mardi 11 décembre, sur le marché de Noël de Strasbourg, une attaque terroriste a fait trois morts et treize blessés. Aussitôt des « Gilets Jaunes » ont accusé le président de la République et le gouvernement d’être à l’origine de cette attaque affin de ruiner leur mouvement. Une tentative de diversion, en somme… Passons sur  les « preuves » avancées, toutes factices ou sans objet.

C’est une déferlante qui trouve sa source dans les théories du complot. Elle se fonde aujourd’hui sur la concomitance entre les annonces d’Emmanuel Macron, l’attentat et la proximité d’un possible « acte V » des Gilets Jaunes. Face à ce mouvement, plusieurs modérateurs d’importants groupes Facebook de Gilets Jaunes ont annoncé qu’ils prenaient la décision de fermer temporairement la modération et de bloquer  toute publication. Et Plusieurs ont appelé à continuer la mobilisation en portant un signe noir en hommage aux victimes de Strasbourg. Seront-ils bientôt accusés de faire partie du complot ?

C’est une déferlante face à laquelle le pouvoir exécutif est impuissant. Sauf à qualifier de tels propos d’ « indignes » comme viennent de le faire plusieurs membres du gouvernement invités sur France Inter et sur RTL. Et c’est aussi une déferlante qui dépasse des médias généralistes aujourd’hui impuissants, par définition, à démonter un complotisme qui se nourrit consubstantiellement de la peur, de la déraison, de l’insensé. Mais pas seulement : « Les théories du complot viennent réordonner le monde en y insufflant de la causalité. C’est ce qui les rend si attractives. » explique Slate.fr (Loïc Nicolas).

Journalisme, politique et santé publique

A ce stade, que faire ? Ecouter, ou lire, sur France Culture, Guillaume Erner : « Fusillade à Strasbourg : complotisme et défiance détruisent notre capacité à faire société »

 « La société française est une nouvelle fois menacée par le terrorisme… Et, doublement menacée, d’abord par cet assassin qui a frappé hier soir sur le marché de Noël de Strasbourg, mais aussi par les commentaires complotistes qui ont immédiatement submergé Facebook, et notamment certains groupes de gilets jaunes (…)

Il y a dans ce complotisme quelque chose d’infiniment triste : la défiance absolue dans la possibilité d’un pouvoir républicain, la croyance selon laquelle la fin justifierait tous les moyens pour l’exécutif, sont finalement le signe d’une société fracturée. Cette défiance, il faut le souligner, ne vise pas particulièrement Emmanuel Macron, elle était déjà très largement présente sous François Hollande : il ne s’agit pas d’un manque de confiance vis-à-vis de ce gouvernement, mais d’une défiance par rapport à nos institutions. 

Comme à l’époque de l’attentat de Charlie Hebdo, ou mille théories farfelues avaient été diffusées sur la toile, ces commentaires trouvent mille raisons de douter de la réalité de cet attentat. D’où ce paradoxe, la volonté de croire que personne ne serait assez méchant pour viser un marché de Noël, mais dans le même temps l’idée que le gouvernement est prêt à tout pour asseoir son pouvoir. 

Ce scepticisme témoigne donc d’une confiance en l’humain, et d’une défiance absolue vis-à-vis de tout pouvoir, de toute autorité, comme si finalement, en accédant au pouvoir on cessait d’être homme, comme si la seule question que l’on devait se poser en permanence, était à qui profite le crime. Ce complotisme procède d’une pensée magique : le pouvoir a tous les pouvoirs. Voilà la nouvelle pensée magique, une magie qui détruit notre capacité à faire société. »

A demain

@jynau

Homéopathie, politique et remboursement : qui se moque de qui et jusqu’à quand ?

Bonjour

Ainsi donc Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a chargé la Haute Autorité de santé (HAS) d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie ». Ainsi donc la polémique a repris de plus belle entre les farouches pros et les définitifs antis. Pomme de discorde : le remboursement (partiel) des dilutions « infinies » par l’Assurance maladie.

Et puis, au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul d’un pouvoir exécutif que l’on dit en cours de dilution. Où l’on apprend que la même HAS fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février 2019, comme promis. Plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Et rien ne permet d’exclure 2020. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  « du travail d’évaluation à accomplir ».

Ce serait, nous confie la HAS, « un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » ? Tout n’a-t-il pas a été dit, écrit et publié sur le sujet ? C’est qu’il s’agit ici, pour la HAS, d’évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets, transparents et ouverts à tous les vents.

Nous venons de résumer tout ceci. En omettant un détail – dans un dossier il est vrai chaque jour plus épais. Un détail daté de juillet dernier et imprimé sur la mémoire de ce blog : «  Remboursement de l’homéopathie : sérieux avertissement à Agnès Buzyn et au gouvernement ». Où nous citions un titre sans précédent  : « La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

Avertissement

C’était un avertissement on ne peut plus parlant de la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS) : une instance scientifique composée de médecins, pharmaciens, spécialistes en méthodologie et épidémiologie. Elle évalue les médicaments ayant obtenu leur autorisation de mise sur le marché (AMM), lorsque le laboratoire qui les commercialise souhaite les voir remboursés par la Sécurité sociale. Cette Commission a aussi pour mission de donner un avis aux ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale sur la prise en charge des médicaments par la Sécurité sociale et /ou pour leur utilisation à l’hôpital.

Cette Commission avait alors dû réaliser l’évaluation de l’efficacité de quatre spécialités homéopathiques en vue de maintenir leur remboursement, procédure automatique programmée tous les cinq ans. Ces substances sont actuellement sur le marché sans indication thérapeutique ni posologie – charge revient aux prescripteurs de les déterminer en fonction de leurs patients.

Or, coup de théâtre, la Commission de la transparence affirmait d’entrée « ne pas pouvoir se prononcer sur le ‘’service médical rendu’’ par ces spécialités ».

Comment dès lors expliquer que le remboursement de ces produits soit toujours en vigueur alors que leur « Service Médical Rendu » n’a jamais été évalué ? Comment justifier cette situation alors que l’Académie de médecine comme les Académies des sciences européennes avaient, depuis longtemps, tranché la question scientifique : en l’absence de toute substance active détectable, les spécialités homéopathiques ne peuvent, en toute rigueur, avoir d’action propre.

« C’est là une exception française, rapportions-nous. Une exception qui date de trente-quatre ans : la publication au Journal Officiel d’un arrêté daté du 12 septembre 1984 signé par Georgina Dufoix, alors la ministre des Affaires sociales et de la solidarité nationale du gouvernement de Laurent Fabius.

Trente-quatre ans plus tard l’abcès tricolore reste entier. Depuis le dernier printemps Agnès Buzyn s’est plusieurs fois exprimée, la ministre des Solidarités et de la Santé variant notablement de position sur le sujet. Avant de déclarer  le 24 mai sur France Inter qu’elle envisageait de conditionner le remboursement de l’homéopathie à une évaluation scientifique stricte, ajoutant par ailleurs que le débat sur le déremboursement serait ouvert durant l’été.

C’était en mai. Puis vint la sortie symptomatique, en juillet, de la HAS. Puis nous voici en hiver. Celui des Gilets Jaunes.

A demain

 

 

Mantes-la-Jolie : l’« interpellation collective » de lycéens est-elle ou non une « rafle » ?

Bonjour

7 décembre 2018. Avant le « samedi de tous les dangers » c’est la grande affaire du jour, celle que personne n’attendait, une affaire scolaire qui « embrase les réseaux sociaux ». Elle est parfaitement résumée par Le Monde : « La vidéo de l’interpellation collective de dizaines de lycéens à Mantes-la-Jolie provoque de vives réactions. Les images montrent des rangées d’élèves à genoux, mains sur la tête, sous la surveillance de policiers casqués, armés de matraques et de boucliers. Une personne commente : ‘’Voilà une classe qui se tient sage !’’ » (Mattea Battaglia et Louise Couvelaire).

Et force est de constater le caractère glaçant des images ainsi proposées (et dont la véracité est attestée par Le Monde et l’AFP). Où l’on voit des dizaines d’adolescents, alignés en rangées, genoux à terre, en silence, mains derrière la nuque, têtes baissées, leurs sacs à dos de lycéens sur les épaules, encadrés par des policiers en tenue, debout, casqués, armés de matraques et de boucliers.

Cette vidéo a été filmée à Mantes-la-Jolie (Yvelines) le 6 décembre. 153 lycéens y ont été interpellés « collectivement » par les forces de l’ordre – et ce à la suite de différentes scène de violences en marge de « blocages » aux lycées Saint-Exupéry et Jean-Rostand, deux établissements situés à 500 mètres l’un de l’autre aux abords de la zone urbaine sensible du Val Fourré. « Ces images sont impressionnantes mais aucun jeune n’a été blessé, ni maltraité, nous n’avons enregistré aucune plainte » a tenu à souligner le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot.

Ces images ont immédiatement suscité nombre de réactions politiques indignées. « Glaçant, inadmissible. Cela n’est pas la République. La jeunesse Française humiliée. Mais que cherche le pouvoir sinon la colère en retour ? », s’est interrogé Benoît Hamon leader de Génération.s, ancien candidat socialiste à la présidentielle, et ancien ministre de l’Education nationale sur Twitter« Intolérable », a commenté l’ancienne ministre de l’Egalité des territoires et directrice générale d’Oxfam France, Cécile Duflot« images inacceptables »a appuyé Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris. Le député (La France insoumise, Seine-Saint-Denis) Eric Coquerel a dénoncé une « violence inacceptable et humiliante ». « Effrayant. Et inacceptable d’un point de vue humain et démocratique », a posté également Clémentine Autain (La France insoumise, Seine-Saint-Denis). Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT: «  Le gouvernement joue avec le feu. On ne frappe pas des gamins».

« Ce que l’on voit dans la vidéo des jeunes à Mantes-la-Jolie ne se discute pas sous l’angle de ce qu’ils ont fait. Ils peuvent être interpellés et jugés, mais dans cette séquence, les policiers cherchent à obtenir leur soumission par l’humiliation –et c’est le meilleur moyen d’obtenir l’effet inverse » écrit Titiou Lecoq sur Slate.fr

Saint-Exupéry et Jean-Rostand

S’indigner en se souvenant d’horribles images du passé ?  Tenter de comprendre, et la misère du Val Fourré et les policiers ? « Comment 70 policiers maintiennent-ils au calme 150 jeunes ? Il leur fallait bien trouver des moyens pour les faire tenir tranquilles. Je ne connais pas d’autres méthodes », répond au Monde Thierry Laurent, directeur de cabinet du préfet, qui s’est rendu sur place. « Nous avons demandé aux policiers d’intervenir avec calme face à ce mélange de violences lycéennes et de violences urbaines, explique le préfet Brot. Et nous avons décidé avec le procureur de la République qu’il fallait faire des interpellations. »

Bilan de la journée : 190 gardés à vue dans tout le département des Yvelines, dont 153 à Mantes-la-Jolie. La plupart des 79 jeunes qui ont été relâchés sont des mineurs de moins de 16 ans.

Et déjà un mot circule qui attisera le tout : « rafle ». Un mot réfuté par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale invité ce matin sur France Inter .« Oui, l’image est forcément choquante, il y a eu des images choquantes parce qu’on est dans un climat de violence exceptionnelle » dit le ministre.

 « Rafle » : arrestation massive opérée par la police à l’improviste. Synon. descente* (de police), coup de filet* (fam.), razzia (vieilli). Rafles de prostituées sur la voie publique; la police opère des rafles; être pris, ramassé dans une rafle; les rafles de la Gestapo.

On apprend aussi, en classe de botanique, que la rafle est l’ensemble du pédoncule central ou axe et des ramifications d’une grappe de fruits, en particulier d’une grappe de raisins. L’apprend-on dans les lycées Saint-Exupéry et Jean-Rostand ?

A demain

@jynau

 

 

Jactance et Gilets Jaunes : annulation du moratorium, pas de détricotage, zéro entourloupe

Bonjour

Les crises politiques voient émerger des mots généralement inusités sous les ors et dans les médias. C’est tout particulièrement vrai avec celle des Gilets Jaunes, une crise violente qui soulève également des difficultés linguistiques comme le rapporte Slate.fr 1. Une crise qui voit le pouvoir exécutif ne plus savoir comment dire ce qu’il entend peut-être faire.

5 décembre 2018. Après la suspension des taxes et la mise en place d’un « moratoire » justifié et développé par le Premier ministre voici que la foudre est venue, à la nuit tombée, des horloges du Palais de l’Elysée : le moratorium n’est plus vive l’annulation des taxes programmées pour janvier.

« Annulation » : Action d’annuler, de s’annuler; résultat de cette action. Annulation de mariage; cas d’annulation; demander l’annulationDroit d’annulation, recours en annulation, demande en annulation, procédure d’annulation; annulation des actes, des délibérations, des élections, des contrats, d’un testament.

« Un des résultats les plus considérables de cette annulation de l’autorité royale par des causes pourtant presque opposées, c’est que la loi salique devient inutile ». Hugo, Le Rhin,1842, p. 448.

La psychanalyse parle aussi d’annulation rétro-active.  « Défense caractérisant notamment la névrose obsessionnelle par laquelle une action est accomplie pour abolir magiquement une action antérieure. »  (Piéron 1963).

Tricoteuses

Le 5 décembre 2018 vit aussi réémerger « détricoter »  dans un pays où les femmes ne tricotent plus guère. Dans le champ politique ce verbe avait notamment été utilisé par Marisol Touraine quand, quoique ministre de la Santé de François Hollande, elle n’avait rien pu faire contre le détricotage d’une partie alcoolique de la loi Evin.

Emmanuel Macron, s’est ainsi opposé au cours du conseil des ministres, à tout rétablissement de l’Impôt sur la fortune (ISF), a rapporté l’Elysée, confirmant une information des Echos. « Nous ne détricoterons rien de ce qui a été fait depuis dix-huit mois », a déclaré le chef de l’Etat.

« Détricoter » : Défaire les mailles d’un tricot. Familier. Défaire point par point ce qui avait été soigneusement élaboré : Détricoter une loi. Peut aussi, dans l’inconscient collectif français, renvoyer aux heures sombres des formidables « Tricoteuses »;

 A cette occasion le chef de l’Etat a « recadré » la très imprudente Marlène Schiappa qui, benoîtement, pensait pouvoir exprimer une opinion contraire à la sienne. « Recadrer » : rappeler à l’ordre après un comportement ou des propos jugés  inappropriés. Remettre dans le droit chemin.

Jactance et bobards

Et puis, après la peu banale jactance républicaine, l’émergence d’ « entourloupe ».

Les augmentations de taxes sur les carburants sont « annulées pour l’année 2019 », a confirmé le ministre de la Transition écologique François de Rugy sur BFMTV lors d’un ahurissant  débat (« Sortir de la crise ») avec quatre gilets jaunes. En ces termes : « Comme ça il n’y a pas d’entourloupe. Le président [de la République française] je l’ai eu au téléphone il y a quelques minutes. Il m’a dit: ‘’les gens ont eu l’impression qu’il y avait une entourloupe, qu’on leur disait c’est une suspension mais hop ça reviendra après' » ».

« Entourloupe » : Plaisanterie, mauvais tour, destiné à prendre avantage sur quelqu’un.  Synon. fam. crasse. « Alors, ils se montaient des bobards, des entourloupes monumentales, ils rêvaient tous de réussites, de carambouilles formidables… » (Céline, Mort à crédit,1936 p. 342)

Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, sur France Inter, à l’aube du 6 décembre : « Si nous ne réformons pas, le pays est foutu ».

A demain

@jyanu

1 « Le défi posé aux médias par les ‘’gilets jaunes’’ est aussi linguistique »  Thomas Deslogis Slate.fr 5 décembre 2018

A lire aussi: «  La crise des ‘’gilets jaunes’’ révèle l’histoire d’une France qui disparaît » Daniel Behar Slate.fr 5 décembre 2018

 

 

Martin Hirsch n’annoncera pas sur France Inter qu’il prend, demain, sa retraite hospitalière

Bonjour

Hier, 2 décembre, une centaine de médecins de l’AP-HP poussaient leur médiatique DG à la démission. Sous la houlette du Pr André Grimaldi et avec de bonnes raisons. C’était dans le Journal du Dimanche. Nous sommes lundi et nous lisons Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez ) :

« À l’occasion du congrès des cadres de l’AP-HP, ce lundi à Paris, le directeur général a répondu en creux aux médecins contestataires en présentant les grands axes de sa politique – avec plus ou moins de succès auprès des 500 personnels venus l’écouter. »

Nullement fatigué de sa tâche le DG en a « assez de voir l’AP-HP considéré comme un grand ensemble, un monobloc rigide, qui ne pourrait pas se transformer (…) L’idée que l’AP-HP se rétrécit comme peau de chagrin est fausse ».  Relire Balzac.

Peau de chagrin

Comédie humaine.  Le toujours DG entend prouver qu’il a  les « moyens de ses ambitions ». 2,5 milliards d’euros sont ainsi prévus dans les cinq prochaines années pour moderniser  (investissement dans la robotique, l’immobilier, etc.). Les dépenses de personnels ? Martin Hirsch dessine les limites de son pouvoir : il n’est en mesure de « créer des emplois quand [il le] veut ». Il confesse : « Parfois, on est même obligé d’en supprimer, mais c’est plus souvent à la tête du CHU, dont je suis d’ailleurs en train de réduire le siège ».

Réduire le siège ? Jusqu’à quelles extrémités ? Relire La Peau de chagrin. Thème central : le conflit entre le désir et la longévité. Conflit toujours douloureux. Surtout vers la fin.

A demain

@jynau

Martin Hirsch choisira-t-il France Inter pour sa démission de la direction de l’AP-HP ?

Bonjour

C’est une tribune sans précédent. On la trouve sur le site du Journal du Dimanche, signée par plus d’une centaine de médecin de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris : « Martin Hirsch, faites comme Nicolas Hulot » 1. Une opération menée par un défenseur tenace et bien connu de l’hôpital public : le Dr André Grimaldi, professeur émérite d’endocrinologie-diabétologie à la Pitié Salpêtrière (Paris).

Cela commence ainsi :

« Cher Martin Hirsch, pour l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, les années se suivent et, hélas, se ressemblent. En 2017, l’AP-HP, que vous dirigez, enregistrait un déficit de près de 200 millions d’euros. Vous nous expliquiez alors que nous nous « focalisions » trop sur la question du financement en nous renvoyant gentiment à nos responsabilités en matière d’activité, d’organisation, d’animation d’équipe et d’amélioration de la qualité des soins… Votre plan de redressement financier misait sur une stabilité de la masse salariale et, de façon assez irréaliste, sur une reprise de l’augmentation de l’activité pour compenser la baisse autoritaire des tarifs. Vous avez, en fait, réussi à diminuer les effectifs de près de 500 agents, mais l’activité n’a pas augmenté.

« Cette course sans fin à l’activité poussée jusqu’à l’absurde ne fonctionnera plus. À nouveau, l’AP-HP va connaître pour 2018 un déficit de près de 200 millions d’euros. Faute de pouvoir compter sur un accroissement des recettes, vous avez annoncé une poursuite de la diminution d’effectifs de 800 à 1.000 postes chaque année jusqu’en 2023. Le temps passé par les soignants au lit des malades va encore diminuer. Quelle que soit leur pertinence, les changements annoncés dans le plan de restructuration prévu pour la  ’’nouvelle AP-HP’’ n’y changeront rien. La diminution du nombre de services et la réduction des effectifs entraîneront inévitablement une baisse d’activité. (…)

Etre rémunéré pour éconduire

Suit une démonstration selon laquelle les hôpitaux français ne peuvent qu’enregistrer des déficits dans la mesure où le budget qui leur est alloué croît chaque année entre 2 et 2,5 % quand les dépenses programmées augmentent, elles, de plus de 4%. Dès lors les signataires de poser cette douloureuse question éthique à leur directeur général : le moment n’est-il pas venu, pour lui, de refuser d’appliquer une politique qui dégrade la qualité des soins ? Refuser d’appliquer une baisse automatique des tarifs, une sous-valorisation de la recherche, une réduction des dotations pour les maladies rares comme pour les patients précaires ?

Une politique menée aujourd’hui par Agnès Buzyn « sans aucune justification possible autre que le choix de transférer une partie du déficit de l’assurance maladie aux hôpitaux et la volonté de contraindre ces derniers à restreindre leur activité ». Et ce « quitte à réduire l’offre de soins et à en dégrader la qualité ». Sans même revenir sur cet ahurissant dernier avatar législatif d’une « rémunération des hôpitaux pour éconduire les patients arrivant aux urgences en les adressant à la médecine de ville ».

Martin Hirsch est ici quelque peu fragilisé par son dernier ouvrage : L’Hôpital à cœur ouvert (Stock), publié il y a un an. Il y professait notamment que le fil rouge de son action était la « qualité des soins ». Pour les signataires de la tribune, observateurs plus que privilégiés de l’action de leur DG cette qualité n’a cessé de se dégrader, parallèlement à l’aggravation des conditions de travail des aides-soignantes, des infirmières, des cadres de santé, des secrétaires, des internes et des médecins. Si Martin Hirsch n’en est évidemment pas personnellement et directement responsable il ne sautait expliquer que la faute en revient « aux personnels réfractaires au changement, accrochés à leur statut, à leurs routines et à leurs « privilèges » ».

Conclusion de la centaine de signataires hospitalo-universitaires:

« En tant que personnalité politique intervenant régulièrement sur la scène médiatique, vous vous posez sûrement la question : « Quelle est ma ligne rouge, celle que je n’accepterai pas de franchir pour ne pas trahir mes valeurs? » Nous ne connaissons pas votre réponse intime. Mais le moment n’est-il pas venu pour vous de refuser d’appliquer cette politique en plaçant le gouvernement face à ses responsabilités ? Par exemple, à l’occasion d’une intervention solennelle lors de la matinale de France Inter. »

A demain

@jynau

1 Hulot N.  « Je prends la décision de quitter le gouvernement » France Inter, 28 août 2018

 

 

Avant Noël le préservatif EDEN® de Majorelle sera remboursé par l’Assurance maladie

Bonjour

Agnès Buzyn, sur France Inter ce matin, avait « oublié » le nom de la marque. Précision immédiate de la firme. En ces termes choisis :

« Majorelle, laboratoire citoyen, annonce le lancement en France d’EDEN®, premier préservatif remboursable sur prescription médicale, pour apporter une réponse efficace à un enjeu majeur de santé publique : la prévention des Infections Sexuellement Transmissibles (IST). »

 Et les services de la ministre des Solidarités et de la Santé de préciser :

« A compter du 10 décembre 2018, un préservatif fera l’objet d’une prise en charge par l’Assurance maladie. Cette prise en charge par l’Assurance maladie concerne les femmes comme les hommes. La délivrance, sous forme de boîtes de 6, 12 ou 24 préservatifs, s’effectue en officine de pharmacie sur présentation d’une prescription d’un médecin ou d’une sage-femme. »

A l’unisson Majorelle et le ministère d’expliquer que cette mesure de prévention permet de renforcer la lutte contre les maladies sexuellement transmissiblesLes infections sexuellement transmissibles (IST) représentent un problème majeur de santé publique en France, notamment les principales IST : infection à VIH/Sida, hépatites virales B et C, syphilis, gonococcie, infections à chlamydia.

« La lutte contre les IST se décline autour d’une offre diversifiée de moyens de prévention, dans une approche globale de santé sexuelle, ajoutent les services d’Agnès Buzyn. A quelques jours de la journée mondiale de lutte contre le sida, il est important de rappeler notre palette de prévention : le dépistage, le traitement du VIH comme prévention (une charge virale indétectable signifie l’absence de risque de transmission), la prophylaxie pré exposition (PrEP) par toutes les personnes concernées, le traitement post-exposition (TPE), et le préservatif qui reste l’outil de base de la prévention. »

Qualité « premium » 1,30€ TTC la boîte de six

Quant à Majorelle, laboratoire citoyen, il précise que le nombre des cas d’IST ont été multipliées par trois entre 2012 et 2016. C’est pour répondre à cet enjeu majeur de santé publique que Majorelle a proposé à la HAS la mise sur le marché d’EDEN®, le premier préservatif remboursable sur prescription médicale.

 Ainsi donc, près de quarante ans après l’émergence du sida Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé, a autorisé, sur proposition du CEPS (Comité économique des produits de santé), le remboursement par l’Assurance Maladie du préservatif délivré sur ordonnance.

Préservatif de qualité « premium », EDEN® bénéficiera d’un taux de remboursement de 60% sur la base d’un prix de vente s’élevant à 1,30€ TTC la boîte de 6 (également disponible en taille XL), 2,60€ TTC la boîte de 12 et 5,20€ TTC la boîte de 24. « Compte tenu des cas de transmission qui seront évités avec le préservatif remboursable, et du coût actuel de prise en charge des IST qui s’élève à 2 milliards d’euros dont 1,6 pour le seul VIH (11 000 euros par an pour un patient atteint du VIH), le remboursement du préservatif EDEN® par l’Assurance maladie permettra de réaliser d’importantes économies dans les prochaines années. »

Où l’on en vient à cette question : pourquoi si tard ?

A demain

@jynau