Révolution : « J’écris parce que j’ai 15 ans et que je suis le fils d’un parent anti-vaccins »

Bonjour

Ils ne tarderont plus guère à prendre le pouvoir, conduiront une automobile et se feront vacciner avant leur majorité C’est un texte revigorant à découvrir sur Slate.fr (Claire Levenson) : « Des ados rebelles se font vacciner malgré leurs parents ».  Il nous apprend que dans l’État du Queensland en Australie, le taux d’immunisation n’est que de 89 %, en dessous de l’objectif des autorités sanitaires, fixé à 95 %. Toutefois, si l’on en croit la presse locale, de plus en plus d’ados refusent d’écouter leurs parents et vont se faire vacciner sans leur accord.

Mieux encore : dans la plupart des États du pays, de nouvelles lois permettent aux jeunes de prendre leurs propres décisions médicales à partir de 15 ans. En Nouvelle-Galles du Sud, la province de Sydney, les pharmacies sont par exemple autorisées à vacciner à partir de 16 ans pour la grippe, la rougeole, les oreillons, la rubéole, ainsi que pour la diphtérie, le tétanos et la coqueluche.

« En désaccord avec sa mère »

Slate.fr nous apprend encore que sur les réseaux sociaux, il est devenu plus fréquent de voir des appels comme celui-ci, cité dans un article de Yahoo: «J’écris parce que j’ai 15 ans et que je suis le fils d’un parent anti-vaccins. J’ai passé les quatre dernières années à essayer de convaincre ma mère que les vaccins ne sont pas dangereux. Je n’ai pas réussi. Donc au lieu de cela, j’essaye de voir comment je pourrais être vacciné sans son accord.»

Prendre le pouvoir. Aux États-Unis, plusieurs adolescents ont déjà fait des déclarations similaires, notamment sur Reddit – dans la plupart des États américains, il faut néanmoins attendre 18 ans pour être vacciné sans l’autorisation de ses parents. L’un de ces jeunes se nomme Ethan Linderberger. Il vit dans l’Ohio, l’un des dix-sept États dans lesquels les parents peuvent refuser de vacciner leurs enfants pour «raisons philosophiques». Et il demande des conseils en ligne.

« En désaccord avec sa mère, il avait lu plusieurs articles scientifiques et en avait déduit que les vaccins étaient sûrs. Lorsqu’il a atteint l’âge de 18 ans, il a été se faire vacciner contre l’hépatite A, l’hépatite B et la grippe, rapporte Slate.fr. Jusqu’ici, il n’avait été vacciné qu’une fois, à 2 ans, contre le tétanos, après une coupure. Le jeune homme a déclaré au Washington Post qu’il pensait que les lois devraient être modifiées afin que les jeunes puissent décider de se faire vacciner sans l’accord de leurs parents avant 18 ans. En attendant, il s’inquiète pour son frère de 16 ans et sa sœur de 2 ans, que sa mère refuse de faire vacciner. »

Louis Pasteur et Big Pharma

Prendre le pouvoir. Aujourd’hui, sur France Inter (10’-12’), Agnès Buzyn est interrogée sur les vaccins (ce qui commence à la lasser). « Le ministère de la santé et l’industrie pharmaceutique sont de mèche pour cacher la nocivité des vaccins ». 43¨des Français sont d’accord avec cette proposition complotiste. Nicolas Demorand demande à la ministre si elle n’a pas « raté quelque chose dans la pédagogie de la vaccination ». Réponse ministérielle :

« D’abord je pense que le pauvre Pasteur doit se retourner dans sa tombe. Je pense qu’il a sauvé des centaines de millions de vies avec le concept de vaccination. Les bras m’en tombent… Il n’y a pas que le ministère de la santé … Tous les experts internationaux, alors l’Organisation Mondiale de la Santé est aussi  de mèche avec les labos… En fait on veut juste sauver des vies, on veut juste sauver des vies … »

« Les Français voient, là, le mal partout. L’industrie pharmaceutique gagne en fait assez peu d’argent avec les vaccins, elle en gagne beaucoup plus avec les médicaments. Un malade non vacciné va coûter dix ,vingt, cent, mille fois plus cher à la Sécurité sociale que quand il est vacciné.  Une grippe en réanimation lourde, avec des antibiotiques, pendant trois semaines coûte mille fois plus cher que le vaccin anti-grippe.  malade en réanimation Je ne comprend même pas ce raisonnement. Il suffit de réfléchir deux secondes. »

Réfléchissons.

A demain

@jynau

 

«Lanceurs de Balles» et «armes sublétales» : le Conseil d’Etat en approuve l’usage

Bonjour

Le Pr Laurent Thines est neurochirurgien au CHU de Besançon. Il vient de lancer une pétition pour un moratoire sur l’utilisation des armes sublétales – au premier rang desquelles le désormais trop célèbre LBD 40 (LBD pour «lanceur de balle de défense») utilisé par les forces de l’ordre lors des différents « Actes » des Gilets Jaunes. Le Pr Thines estime de son devoir d’alerter « sur leur dangerosité extrême ». Sa pétition est adressée à Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur : « Les soignants français pour un moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales » (plus de 76 000 personnes ont signé à l’heure où nous écrivons ces lignes). Le Conseil d’Etat doit, ce 1er  février, se prononcer 1 quant à l’usage qui peut ou non être fait par la police et la gendarmerie de cet outil fabriqué par l’armurier suisse Brügger & Thomet qui utilise deux types de munition de 40 mm de diamètre.

« Associées à des stratégies de ‘’nassages’’ qui ne laissent aucune possibilité aux manifestants de partir (puisqu’ils se retrouvent encerclés par les forces de police), l’utilisation de ces armes, dont les tirs sont dirigés vers la tête pour les flashballs, occasionnent des blessures, très graves, qui sont qualifiées par les équipes médicales elles-mêmes de ‘’blessures de guerre’’ » font valoir les organisateurs des manifestations de Gilets Jaunes. Des données confirmées par les équipes médicales spécialisées qui parlent de fractures graves mandibulaires et de pertes orbitaires . On lira ici le texte de cette pétition :

« Chers collègues, Je m’appelle Laurent Thines. Je suis neurochirurgien et chef de service au CHRU de Besançon. Soignant comme vous, j’ai été particulièrement choqué par les photos prises et les lésions observées chez les personnes blessées lors des mouvements de manifestation. Beaucoup, très jeunes (potentiellement nos enfants), ont été mutilés alors qu’ils ne représentaient aucune menace pour les forces de l’ordre. Le cas de la jeune Fiorina, étudiante picarde de 20 ans touchée à l’oeil par un projectile de LBD4O le 8 décembre 2018 en est un des plus tristes exemples (photo). Vitesse du projectile 90m/sec (324 km/h) et force d’impact 200 joules (parpaing de 25 lâché sur un visage d’une hauteur de 1m).

« Je crois qu’il est de notre devoir, en tant que soignants d’alerter sur la dangerosité extrême de ces armes, dites sub-létales et c’est pourquoi je viens de lancer cette pétition « Les soignants français pour un Moratoire sur l’utilisation des armes sub-létales’’. Je souhaiterais savoir si vous voudriez participer en signant ce communiqué pour porter notre voix et en diffusant cette pétition auprès de vos contacts médicaux et paramédicaux:

« Les différents mouvements de revendication qui ont eu lieu ces dernières années dans notre pays (manifestations de lycéens, écologistes, travailleurs, gilets jaunes) ont montré que de nombreux concitoyens ont été gravement blessés par l’utilisation de lanceurs de balle de défense (flash-ball, LBD40) ou de grenades (de type lacrymogène ou désencerclement).

« Les récents événements ont permis de rapporter à ce jour plus de 90 blessés graves parmi les manifestants en relation avec le mésusage de ces armes (personnels non formés, non respect du règlement ou des conditions d’utilisation, ciblage volontaire de l’extrémité cervico-céphalique). Les lésions constatées et prises en charge par Nous, personnels soignants, dues à ces armes utilisées sur des personnes parfois très jeunes ou âgées, exerçant leur droit à manifester, sont choquantes et inacceptables : énucléation, amputation d’extrémité de membre, fracas maxillo-facial et dentaire, traumatisme cranio-cérébral engageant le pronostic vital… Tant de vies ont été ainsi sacrifiées…

« Une étude récente, publiée en 2017 dans le British Medical Journal Open, rapporte une collection internationale de 1984 cas de traumatismes liés à ces armes dites « sub-létales » : le risque cumulé de décès (3%) ou de handicap séquellaire grave (15,5%) est d’1 chance sur 5. Cette étude confirme donc l’extrême dangerosité constatée dans notre pays de ces armes, au même titre que les armes à feu.  (Haar RJ, Iacopino V, Ranadive N, et al. Death, injury and disability from kinetic impact projectiles in crowd-control settings: a systematic review. BMJ Open 2017;7:e018154. doi:10.1136/ bmjopen-2017-018154)

Pour toutes ces raisons, Nous, soignants (médecins, chirurgiens, urgentistes, réanimateurs, infirmier(e)s, aides soignant(e)s…) apolitiques et attachés à l’idéal de notre pays, la France, au travers de la déclaration des Droits de l’Homme, de la Femme et du Citoyen, demandons qu’un moratoire soit appliqué sur l’usage des armes sub-létales de maintien de l’ordre en vue de bannir leur utilisation lors des manifestations. »

Flash-Ball® et traumatisme crânio-encéphalique sévère

Les magistrats du Conseil d’Etat lisent-ils le British Medical Journal Open ? Si non lisent-ils La Revue de Médecine Légale ? Dans ce cas ils se reporteron avec intérêt à  « La dangerosité du Flash-Ball® : cas rapporté d’un traumatisme crânio-encéphalique et revue de la littérature » J.Hiquet E.Christin L.Benali S.Gromb-Monnoyeur https://doi.org/10.1016/j.medleg.2016.01.001. 2 S’ils sont pressés ces magistrats se limiteront au résumé :

« Le Flash-Ball® est couramment utilisé par les unités de police et de gendarmerie en France depuis 1995. Bien que la dangerosité des lanceurs sub-létaux de balles de défense soit connue, les traumatismes imputables au Flash-Ball® sont régulièrement relayés dans les médias mais restent peu décrits dans la littérature. Les auteurs rapportent le cas d’un jeune homme âgé de 34 ans, victime d’un impact de projectile type balle caoutchouc de Flash-Ball® en marge d’une manifestation sportive, à l’origine d’un traumatisme crânio-encéphalique sévère avec persistance d’un tableau sequellaire.

«Ce cas, associé à une revue de la littérature, illustre le fait que bien que le Flash-Ball® soit qualifié d’arme sub-létale, ce dernier peut être à l’origine de tableaux traumatiques graves, particulièrement en cas d’impact au niveau de l’extrémité céphalique, et également de décès. »

A demain

@jynau

1 Le Conseil d’Etat a rejeté vendredi 1er février les demandes de suspension de l’usage du lanceur de balles de défense (LBD) dans les prochaines manifestations de « gilets jaunes ». Le juge des référés du Conseil d’Etat a estimé qu’en raison des « actes de violences et de destructions » observés lors des manifestations des « gilets jaunes » depuis novembre 2018, « ces armes demeurent particulièrement appropriées ».  Le Conseil d’Etat souligne cependant que les forces de l’ordre doivent utiliser le LBD « sous réserve du strict respect des conditions d’usage, qu’il appartient tant aux autorités nationales qu’aux responsables d’unités de rappeler »

2 Une publication opportunément signalée sur le site de France Inter : « Pétition de soignants contre les LBD : « J’ai vu des scanners de patients aux crânes fracassés » » par Ouafia Kheniche

 

Homéopathie : un médecin français sur trois croirait en ses bienfaits pour la santé. Et après ?

Bonjour

Ce sont des chiffres troublants, des chiffres à faire enrager tous les rationalistes. Ils sont issus du dernier « Baromètre santé 360 » réalisé par Odoxa pour différents médias 1. Où il est question des « médecines alternatives et complémentaires » (homéopathie, hypnose, ostéopathie, acupuncture, sophrologie, méditation, phytothérapie).  Avec cette donnée édifiante : 28 % des patients refusent « parfois » un traitement prescrit (ou ne le prennent pas) au profit d’un traitement à base d’homéopathie ou de médecines alternatives. Une proportion que les médecins sous-estiment très largement.

« On y apprend qu’un médecin sur trois (33 %) croit aux ‘bienfaits pour la santé’’ de l’homéopathie, résume Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez). La bienveillance grandit quand on évoque les vertus de l’acupuncture et de la sophrologie (69 % des médecins), de l’ostéopathie (74 %) ou de l’hypnose (85 %). Une majorité de praticiens montre aussi des signes d’intérêt pour la phytothérapie (58 %) et la méditation (66 %). »

Sans surprise les non-médecins font preuve d’un enthousiasme nettement plus élevé pour ces pratiques alternatives. Et l’homéopathie arrive en troisième position sur le podium (72 % des Français lui attribuent des ‘’bienfaits’’ pour la santé), derrière l’acupuncture (78 %) et l’ostéopathie (85 %).

« Charlatanerie »

« Le sondage révèle ainsi un fossé entre d’une part les avis et pratiques des patients et d’autre part les recommandations de leurs médecins. Un Français sur deux (52 %) déclare utiliser l’homéopathie pour se soigner, quand moins d’un médecin sur trois (28 %) en fait la publicité dans son cabinet, ajoute Le Quotidien. En revanche, ils sont 67 % de praticiens à avoir déjà recommandé une autre médecine alternative et complémentaire.

Plus significatif encore, parmi les médecins qui recommandent le recours à l’homéopathie à leurs patients, seul un praticien sur deux (51 %) met en avant « l’efficacité propre » à cette thérapie, « hors effet placebo ». 41 % (de ceux qui recommandent) ne lui reconnaissent pas d’efficacité propre mais estiment qu’il s’agit là d’un « bon placebo ». Enfin 8 % expliquent qu’ils répondent, simplement, à une demande de leurs patients.

Plus croustillant : il a été  proposé aux médecins d’associer à l’homéopathie une série de propositions. Selon eux l’homéopathie est d’abord « facile à se procurer »(89 %) et « naturelle » (53 %). Mais seuls 19 % la jugent « efficace pour guérir » et 39 % « utile ». Dans le même temps 86 % de l’ensemble des médecins associent les granules homéopathiques à un effet placebo et 74 % considèrent l’homéopathie « dénuée de valeur scientifique ». On observera que moins d’un médecin sur deux (45 %) applique à l’homéopathie le qualificatif radical de « charlatanerie ».

Et après ? Ces données précèdent de quelques semaines la décision -très attendue – d’Agnès Buzyn concernant la poursuite (ou l’arrêt) du remboursement des spécialités homéopathiques. Une décision qui s’inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu et hautement mouvant (Gilets Jaunes, revendications pour le « pouvoir d’achat », Grand Débat National). Où l’on pressent que la place que le pouvoir exécutif réservera au rationalisme pourrait, ici, être plus réduite qu’initialement prévu.

A demain

1 Sondage réalisé pour Orange, nehs (actionnaire du « Quotidien du Médecin »), Asip Santé, Sciences Po, Le Figaro santé et France Inter, auprès d’un échantillon de 290 médecins (76 généralistes, 166 spécialistes et 48 internes) interrogés par Internet du 26 décembre 2018 au 20 janvier 2019 et d’un échantillon de 995 Français représentatif de la population française, interrogés par Internet les 19 et 20 décembre 2018.

 

L’affaire Thill : où l’on voit les dangers, pour une députée macroniste, d’user de la métaphore 

Bonjour

Députée macroniste (Oise) Agnès Thill n’apprécie guère son collègue macronien Aurélien Taché (Val d’Oise). Au point de le qualifier de « Fouquier-Tinville d’opérette).  AntoineQuentin Fouquiet de Tinvill(1746-1995) célèbre accusateur public du Tribunal révolutionnaire qui vécut et mourut avant l’existence de l’opérette.

Le torchon brûle entre les deux députés depuis que la première a osé exprimer certains désacoords sur quelques questions éthiques sensibles – au premier rang desquelles l’ouverture à « toutes les femmes » de la « procréation médicalement assistée ». Oser parler de « mascarade de démocratie ».

Aurélien Taché n’est pas le seuls dans son cas. Il en va de même avec Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement a jugé « inacceptables et méprisantes » certaines des paroles d’Agnès Thill. Et de menacer. La veille, dans une interview vidéo à Oise Hebdoelle avait  comparé « la souffrance des femmes seules » qui souhaitent une PMA à celle des « drogués ». ». « Si un drogué souffre, on lui donne la drogue? Si la femme souffre, est-ce que je lui donne un enfant pour ne plus souffrir? Un enfant n’est pas un médicament ».

« Ça suffit », a tonné M. Griveaux, soulignant que « ces mots blessent des familles et viennent nourrir tous les préjugés ignobles ».

Comment traiter le « cas Agnès Thill » ? Une nouvelle fois, la question se pose à la majorité et embarrasse les dirigeants de La République en marche (LRM), tant le feuilleton semble récurrent. Opposée à l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, la députée macroniste de l’Oise multiplie, depuis plusieurs mois, les prises de positions polémiques pour exprimer son désaccord avec cette mesure soutenue par Emmanuel Macron durant la campagne. Au point de s’attirer les foudres de plusieurs députés LRM, qui exigent son exclusion du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale, et de certains ministres.

Ponce Pilate et Gilles Le Gendre

Interrogée par Le Monde (Alexandre Lemarié) Agnès Thill ne se montre aucunement impressionnée par la condamnation du porte-parole du gouvernement. « Ce que j’ai fait est une métaphore. C’est courant. Tous ceux qui s’expriment ont eu des métaphores ou des propos maladroits, lui le premier », rétorque-t-elle, en s’étonnant de n’avoir eu« aucune réponse » sur le fond de ses propos. Avant d’affirmer : « Je défie quiconque de montrer que mes propos sont homophobes, islamophobes, xénophobes ou je ne sais quoi. Tout ce dont on m’accuse est faux. »

Gilles Le Gendre, patron du groupe macroniste à l’Assemblée nationale a annoncé que le « cas d’Agnès Thill » sera examiné jeudi 24 janvier par le bureau du groupe LRM à l’Assemblée. « Ses  propos m’horrifient et m’indignent autant que vous » a-t-il dit à ses collègues. Pour autant, le patron des députés macronistes n’entend pas trancher seul ce cas sensible. Ponce Pilate, en somme. « Toute décision sera prise en commun entre le mouvement et le groupe », a-t-il précisé. « Gilles Le Gendre ne veut pas pratiquer la police de la pensée, explique son entourage. Le fait de ne pas penser comme la majorité du groupe ne peut être un motif d’exclusion. En revanche, cela peut l’être si le groupe et le parti estiment de manière conjointe que la prise de position d’Agnès Thill est contraire aux valeurs du mouvement. »

Interrogé à son sujet lundi sur France Inter, M. Le Gendre avait estimé qu’Agnès Thill avait « toujours sa place dans le groupe ». Qu’en sera-t-il jeudi ? « Dans les rangs macronistes, certains craignent que des élus LRM choisissent, par solidarité avec Agnès Thill, de quitter le groupe si celle-ci était poussée vers la sortie, observe Le Monde.  Un scénario catastrophe pour ce collectif de 307 membres, alors que six élus ont déjà quitté le groupe ces derniers mois : Jean-Michel Clément en avril 2018, Frédérique Dumas en septembre, Paul Molac et François-Michel Lambert en octobre. Sébastien Nadot a été exclu en décembre, après avoir voté contre le projet de budget 2019, tandis que Joachim Son-Forget est lui-même parti après avoir fait polémique sur les réseaux sociaux. »

Il y a quelques jours lors de l’Acte I du « Grand Débat » le chef de l’Etat a souhaité que la « PMA pour toutes »  soit « un sujet sur lequel la France ne se déchire pas ». Métaphore, humour ou euphémisme ?

A demain

@jynau

 

Un Doliprane® avait été prescrit à la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière 

Bonjour

Transparence a minima. Le 18 décembre dernier l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) avisait le procureur de la République de Paris de la survenue du « décès inexpliqué » d’une patiente, 55 ans – état sans gravité apparente, au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière. Ce décès avait été constaté à 6h20 le même jour. Cette femme avait été prise en charge la veille par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris et amenée à l’hôpital Lariboisière vers 18h45. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service. L’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de Lariboisière commençait.

Un mois plus tard, l’AP-HP publie un long communiqué politiquement plus que correct. Une ombre de mea culpa et la pleine lumière sur tout ce qui sera mis en œuvre faute de l’avoir été auparavant. Où l’on découvre les résultats de l’enquête interne diligentée par l’AP-HP et l’Agence Régionale de Santé Ile de France. Enquête menée par le Pr Dominique Pateron, président de la collégiale des urgences de l’AP-HP et le Dr Pierre Charestan, chef de service des urgences de l’hôpital d’Aulnay-Sous-Bois – ainsi que par Anne-Gaëlle Daniel, directrice de l’inspection régionale autonomie santé de l’ARS, et Véronique Marin-La Meslée, directrice des soins à la direction de l’inspection  et de l’audit de l’AP-HP. Rapport remis le 12 janvier 2019.

Causes du décès inconnues

La mission a notamment établi la chronologie officielle des faits -étant bien entendu que « les causes du décès de la patiente n’étant pas à ce jour connues (et relevant de l’enquête judiciaire) ne figurent pas dans ce rapport ».

« Le rapport met en évidence un certain nombre de non conformités dans le processus de prise en charge de la patiente. Elles touchent l’identification de la patiente, sa surveillance, le délai de prise en charge très long pour un patient orienté en « tri 3 », l’enregistrement de sa procédure de sortie. Le tri et l’orientation par l’infirmière d’accueil et d’orientation ont été conformes aux procédures du service et aux recommandations nationales.

« Le rapport souligne que ces écarts aux bonnes pratiques ont eu lieu dans un contexte où l’activité était supérieure à la moyenne avec 249 passages enregistrés (moyenne 230/jours). Dans les zones d’attente de ce service d’urgences, cohabitent par ailleurs de nombreuses personnes : patients du circuit court, patients du circuit long en attente de prise en charge ainsi que des personnes en hébergement social [comme l’avait très tôt évoqué sur France Inter Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP]

« Au-delà de ces problématiques d’organisation du service, le rapport pointe en outre un problème global d’insuffisance de surface des urgences de l’hôpital Lariboisière et du nombre de boxes d’examen aboutissant souvent en soirée à un phénomène « d’entonnoir » et de fait à un nombre important de patients en attente d’examen médical. La présence du personnel paramédical était conforme au planning prévisionnel et au planning cible du service d’accueil des urgences..

« Ce jour-là, le poste de 2ème médecin de circuit court en journée étant vacant, cela a généré ensuite une surcharge sur l’activité de garde. Plus généralement, le rapport pointe que le ratio des effectifs médicaux du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière, au regard de l’activité, est inférieur à celui des autres urgences de l’AP-HP. »

Suivent dix recommandations – à commencer par la redéfinition des critères de présence des personnes (patients, accompagnants, hébergés) en zone d’attente circuit court et les faire respecter. D’ores et déjà, depuis le 2 janvier 2019, seuls les patients orientés vers le circuit court par l’infirmière d’accueil et d’orientation peuvent accéder à cette zone d’attente, avec un seul accompagnant autorisé (identifié par badge à partir du 15 janvier 2019).

Mieux encore, les personnes « hébergées pour raisons sociales » ne sont pas autorisées à accéder à cette salle d’attente ni dans aucun secteur de soins. Un vigile assure 24h/24h la surveillance de l’accès à cette salle d’attente et veille au respect de cette procédure.

Connaître la vérité

Et puis ces informations, données par Le Monde (Cécile Bouanchaud) : la famille de la défunte devait déposer une plainte, lundi 14 janvier, pour « homicide involontaire » et « omission de porter secours à personne en danger ». Dénonçant une « absence d’information », la sœur de la victime et ses enfants espèrent désormais « connaître la vérité », afin que « les responsabilités soient identifiées », fait savoir leur avocat, MEddy Arneton. Ce dernier regrette que le rapport de l’AP-HP  ne « permette pas à la famille de comprendre les causes du décès », en employant « un langage administratif qui tente d’atténuer la faute de l’administration ».

Le Monde précise que c’est après avoir tenté de joindre un centre médical que la quinquagénaire, célibataire et sans enfant, est prise en charge par une brigade de Sapeurs-Pompiers. Elle souffrait alors « de violents maux de tête et de douleurs aux mollets depuis la veille ». Sur le dossier médical, dont Le Monde a eu connaissance, il est rapporté que la patiente se plaint de douleurs aux jambes. Il n’est toutefois pas fait mention de ses céphalées. La victime, originaire de Martinique et vivant à Paris, est ensuite reçue par un médecin qui lui administre un Doliprane, avant de l’orienter vers un « circuit court » de prise en charge. Selon le personnel médical, l’état de santé de la victime, considéré comme « parmi les moins graves », ne nécessitait en effet qu’une simple consultation.

On connaît la suite, tragique. « A l’évidence, la victime a purement et simplement été oubliée dans le service d’urgences de l’hôpital, plaide MArneton. Nul ne saurait prétendre qu’un règlement intérieur ou la moindre règle d’un service d’urgence autoriserait que l’on puisse laisser dépérir un malade durant 12 heures. »

A demain

@jynau

La femme morte aux urgences de Lariboisière : premières explications de Martin Hirsch

Bonjour

Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP s’est pour la première fois publiquement expliqué quant à l’affaire de la femme retrouvée morte aux urgences de l’hôpital de Lariboisière. Il est désormais acquis que cette femme était considérée comme « sortie » (qu’elle « avait fugué ») avant d’être retrouvée décédée, sur un brancard, douze heures après avoir été admise dans le service et sans avoir été examinée. Pour l’heure l’AP-HP parle d’un décès « inexpliqué » :

« Suite au décès inexpliqué d’une patiente de 55 ans constaté mardi 18 décembre 2018 à 6h20 au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière, dans le 10ème arrondissement de Paris, l’AP-HP et l’Agence Régionale de Santé Ile de France ont diligenté une enquête. Celle-ci sera co-dirigée par le Pr Dominique Pateron, président de la collégiale des urgences de l’AP-HP et chef de service des urgences de l’hôpital Saint-Antoine et le Dr Pierre Charestan, chef de service des urgences de l’hôpital d’Aulnay-Sous-Bois. »

Episode d’alcool ou de toxicomanie

Cette enquête a pour objectif premier de reconstituer la chronologie précise des faits, de connaître les circonstances et les causes de ce décès. Plus précisément, elle devra analyser le processus de prise en charge de cette patiente, sa conformité aux bonnes pratiques et aux recommandations et notamment celles diffusées à l’issue du décès survenu dans des circonstances proches au sein du service des urgences de l’hôpital Cochin en 2014, ainsi que les mesures correctrices pouvant être mises en place.

Et l’AP-HP de rappeler que le service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière est celui où le nombre de passages est le plus important de l’AP-HP avec près de 85 000 passages annuels et une progression de plus 5% depuis 2017. Et d’ajouter : « les équipes y sont régulièrement confrontées à la grande précarité et aux incivilités ».

 

Martin Hirsch, sur France Inter : « C’est un service qui a l’habitude d’héberger des personnes la nuit, soit après un épisode d’alcool ou de toxicomanie ou juste sans abri (…) Quelque chose qui est à la frontière du soin et du social, qui est très compliqué à gérer dans le service et d’ailleurs c’est peut-être un des éléments de confusion qui a pu avoir lieu cette nuit là mais moi je n’en connais pas beaucoup plus sans avoir vu l’enquête et je m’exprime avec prudence… »

Il y aura bientôt cinq ans, dans « l’affaire de la femme morte aux urgences de Cochin » 1 – (une femme âgée de 61 ans retrouvée morte le 15 février 2014 dans des circonstances similaires) – avant même les conclusions de l’enquête interne Martin Hirsch, déjà directeur général de l’AP-HP  avait déclaré, sur France Inter, qu’en toute hypothèse cette femme « ne pouvait pas être sauvée ».

Au lendemain de la mort de Lariboisière et « compte tenu du contexte particulier du service qui accueille toutes les nuits de nombreuses personnes dans une situation sociale complexe et qui ne relève pas uniquement du soin » il a été décidé de mettre en place une « mission de médiation sociale ».

A demain

1 Tous les articles de ce blog sur cette affaire sont disponible à cette adresse : « L’affaire de la femme morte aux urgences de Cochin ». Egalement : « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité » (Slate.fr, 1er mars 2014)

 

 

Morte après douze heures aux urgences de Labiboisière : cette fois l’AP-HP saisit la justice

Bonjour

Les temps changent. L’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris a, le 18 décembre, publié le communiqué de presse suivant :

« L’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris a avisé le procureur de la République de Paris le mardi 18 décembre 2018 au matin de la survenue du décès inexpliqué d’une patiente au sein du service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière, dans le 10ème arrondissement de Paris. Ce décès a été constaté à 6h20 le même jour. Un obstacle médico-légal a été apposé sur le certificat médical de décès.

A ce stade, les éléments dont dispose l’hôpital font apparaître que cette patiente a été prise en charge par la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris le lundi 17 décembre 2018 et amenée au service d’accueil des urgences de l’hôpital Lariboisière vers 18h45. Elle a été accueillie par l’infirmière d’accueil et d’orientation et enregistrée dans le circuit de prise en charge du service.  Une enquête interne pour reconstituer la chronologie précise des faits, connaître les circonstances et les causes de ce décès est diligentée. »

France Info précise que l’enquête a été confiée par le parquet de Paris au Service de l’accueil et de l’investigation de proximité, du 10e arrondissement de la capitale. Il s’agira notamment « de déterminer si cette patiente a été examinée par un médecin ». Quant à l’AP-HP elle indique qu’elle « transmettra toutes les informations à la justice » (sic), que «les  autorités de tutelle ont également été informées », que « la famille de la patiente a été prévenue par l’hôpital qui lui a fait part de ses condoléances et de son soutien » et « qui se tient, par ailleurs, à son entière disposition. »

Cinq ans après les temps ont considérablement changé, comme en témoigne la relecture des pièces de « l’affaire de la femme morte aux urgences de Cochin » 1. Une femme âgée de 61 ans morte le 15 février 2014 dans des circonstances similaires. Elle avait été retrouvée morte, seule, assise dans un fauteuil de la salle de surveillance des urgences à 23 heures. Transportée par les sapeurs-pompiers. Elle y avait été admise à 16h 30 pour une petite blessure cutanée sans gravité. L’affaire avait ému et relancé la polémique sur l’organisation des urgences médicales de l’AP-HP.

Ne pas saisir le procureur de la République

 Mais à la différence de Lariboisière la direction générale de l’AP-HP avait pris la décision, incompréhensible, de ne pas saisir François Molins, procureur de la République de Paris (qui ne s’était pas non plus auto-saisi) et de traiter l’affaire en interne. Aucune autopsie, pas d’obstacle « médico-légal » sur le certificat  de décès ». La politique de l’entre-soi.

Pour sa part avant même les conclusions de l’enquête interne Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP  avait déclaré, sur France Inter, qu’en toute hypothèse cette femme «ne pouvait pas être sauvée». Pourquoi n’a-t-on pas pratiqué d’autopsie médico-légale aux fins de rechercher les causes exactes de la mort ? «Il s’agissait d’une mort inopinée et cette mesure n’a pas semblé nécessaire» répondait-on à la direction de l’AP-HP.

Voici ce que nous déclarait alors, pour Slate.fr,  Michel Sabourault, procureur général. honoraire :

«Du strict point de vue du droit l’absence d’autopsie médico-légale est totalement incompréhensible Cette femme aurait, dans la rue, était victime d’une mort suspecte ou inexpliquée on aurait mieux cherché à comprendre qu’on ne l’a fait ici. Le refus de la famille ne peut en aucune manière s’opposer à l’action du parquet. Cette recherche des causes de la mort dans un cadre médico-légal est d’autant plus importante qu’elle aurait permis de dire si les failles reconnues et incontestables dans la prise en charge de cette patiente ont pu, ou non, être des facteurs aggravants. La justice n’étant pas saisie pour des raisons que l’on ignore l’AP-HP ne peut être mise en cause. Ceci donne clairement le sentiment que l’AP-HP fonctionne dans un espace spécifique, hors du cadre commun. C’est difficilement compréhensible et hautement regrettable.»

 Cette même analyse peut être faite sous un autre angle. «Voici donc une jeune sexagénaire, venue aux urgences de Cochin pour une petite blessure au pied, à qui on pose un bracelet pour l’identifier et qui meurt assise, six heures plus tard, sans bruit et sans plainte, à côté de quatre personnes et en face du box infirmier, résumait pour sa part le Dr William Lowenstein, interniste ancien responsable des urgences de Laennec et praticien de l’AP-HP, président de SOS Addictions. Ce n’est que lorsque la blancheur cadavérique intrigue une aide-soignante que le décès est constaté. On ne veut pas connaître les causes de la mort. La direction de l’AP-HP ne sait pas ce qui s’est exactement passé mais assure qu’il n’y a pas eu de faute. Et formule des recommandations pour une cause première qu’elle dit ignorerCe n’est ni crédible, ni rassurant.»

C’était il y aura bientôt cinq ans.

A demain

@jynau

1 Tous les articles de ce blog sur cette affaire sont disponible à cette adresse : « L’affaire de la femme morte aux urgences de Cochin ». Egalement : « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité » (Slate.fr, 1er mars 2014)