Agnès Buzyn annonce que les généralistes seront équipés pour l’aide au sevrage tabagique

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Onze milliards d’euros ! Dans un très long entretien accordé aux Echos de ce 12 juillet le Premier ministre Edouard Philippe annonce, pour l’année 2018, une baisse de la pression fiscale de l’ordre de 11 milliards d’euros ; une mesure censée provoquer « un effet de souffle fiscal » pour l’activité en France. La veille, interrogée sur France Inter, Agnès Buzyn a nié vouloir, avec le passage à 10 euros du paquet de cigarettes, mettre en œuvre une politique de « matraquage fiscal des fumeurs ». La ministre de la Santé a confirmé que rien, en matière de hausse de prix n’a été décidé – sinon que les 10 euros ne seront pas atteints avant la fin du quinquennat.

Où l’on voit une ministre brosser un tableau dramatique de la situation française et en même temps annoncer que les mesures brutales sur les prix qui devraient être prises ne le seront pas. Où l’on voit, aussi, une ministre faire, comme celle qui l’a précédée, l’impasse sur l’aide que pourrait apporter la cigarette électronique et en même temps, vanter la réussite de la politique britannique de lutte contre le tabagisme.

« Moi je revendique la santé publique. Aujourd’hui, nous avons un crash d’avion par jour, 200 morts par jour du tabac. Nous sommes le pire pays au monde pour le tabagisme des femmes de 20 à 40 ans. Et de loin ! Nous avons 80 000 morts par. Je ne vous parle même du coût pour la sécurité sociale. C’est donc pour moi uniquement un enjeu de santé publique. Or, il se trouve que toutes les études montrent qu’il faut une hausse de prix importante et brutale pour que les gens arrêtent de fumer ».

Une hausse brutale, donc ?

Non, aujourd’hui les arbitrages ne sont évidemment pas rendus. Nous allons travailler le sujet. L’idée est d’arriver à 10 euros avant la fin du quinquennat. Nous verrons sous quelles modalités. Ce qui compte c’est que les Français comprennent une bonne fois pour toute qu’il est impératif de rejoindre les autres pays de l’OCDE. Quand nous sommes à 30 % de tabac, l’Angleterre est à moins de 20 % aujourd’hui. Or nous avions le même taux de tabagisme il y a dix ans. L’Angleterre a été capable de le faire. Je pense que nous serons capables de le faire aussi.

 Allez-vous multiplier les aides 1 pour ceux qui tentent de décrocher ?

Absolument. Beaucoup d’aides ont été rendues gratuites, jusqu’à 30 ans par exemple, tous les patients qui ont une maladie chronique ont des aides gratuites … jusqu’à 150 euros de patchs remboursés… Il y a tout un tas d’accompagnements qui doivent être facilités. Nous allons également équiper les médecins généralistes pour l’aide au sevrage tabagique ».

Aucune précision n’a encore été donnée quant à la nature de cet équipement et à la date de livraison.

A demain

1 Aujourd’hui l’Assurance Maladie prend en charge, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) à hauteur de 150 € par année civile et par bénéficiaire. Ces substituts doivent être prescrits sur une ordonnance consacrée exclusivement à ces produits ; aucun autre traitement ne doit figurer sur cette ordonnance.  « Votre pharmacien vous délivrera les substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhalateur…) qui vous ont été prescrits, précise-t-on. Vous devrez les lui régler directement, la dispense d’avance des frais (tiers payant) n’étant pas prévue dans le cadre de ce dispositif. À noter que vous n’êtes pas obligé d’acheter en une seule fois le traitement qui vous a été prescrit ; vous pouvez échelonner vos achats. »

Inséminations artificielles pour femmes homosexuelles: troublant raccourci ministériel

Bonjour

Résumé des épisodes précédents. Le 27 juin, le Comité Consultatif National d’Ethique  se prononçait, sous conditions, en faveur de l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Ou plus précisément en faveur de l’accès de ces femmes à la pratique de l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur anonyme (IAD).

Peu de temps après le porte-parole du gouvernement, Christophe Casaner expliquait que cette position laissait entrevoir une possible « évolution de la législation » – une évolution conforme au discours de campagne d’Emmanuel Macron. Sans entrer dans les arrgumentaires éthiques et les dimensions financières ce dernier s’était « prononcé en faveur de l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires ».

 Tour de bonneteau logique

Mais encore ? Aujourd’hui, mardi 11 juillet, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, s’exprimait sur France Inter . Voici ses propos :

« C’est le président de la République qui avait porté ce sujet durant la campagne. Nous allons voir quand il convient d’ouvrir ce sujet ; en sachant qu’en fin 2018 nous devons de façon systématique réouvrir les lois de bioéthique. Il est donc il est probable que cette discussion aura lieu durant les Etats Généraux de bioéthique qui se tiendront durant l’année 2018.

Vous y êtes favorable, à titre personnel ?

– J’attends de voir ce que donnent les Etats Généraux. Je n’ai pas d’avis personnel à donner sur les sujets de société. Il faut qu’une société soit prête, dans son ensemble, pour avancer. Donc j’attends de voir ce que disent les Français sur ce sujet

Et elle est prête, la France ?

Il me semble qu’elle est prête. Le Conseil Consultatif National d’Ethique contient en son sein toutes les sensibilités. Donc s’il a rendu un avis favorable, je pense que la société y est prête ».

Codicilles et caricature

Où l’on voit une ministre dire attendre ce que les Français diront et, en même temps, dire que la France est prête. Et, pour légitimer ce petit tour de bonneteau logique, se servir du Comité national d’éthique. C’est oublier que ce Comité ne s’est pas, loin s’en faut, prononcé à l’unanimité 1.

C’est aussi postuler une hérésie : que ce Comité, parce qu’il est tenu « contenir en son sein toutes les sensibilités » légitimerait, dans ses avis, les décisions à venir du pouvoir législatif. Ce serait oublier que ces avis ne sont que consultatifs. Et, en l’occurrence, c’est omettre que l’avis cité comporte nombre de codicilles essentiels qui interdisent toute caricature binaire.

C’est dire, en d’autres termes, que le sujet est un peu plus compliqué que la ministre aimerait le laisser penser.

A demain

1 Onze des trente-neuf membres du Comité n’ont pas voté cet avis : Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kuttenn, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

Tiers payant généralisé : l’étrange rétropédalage sémantique de la ministre de la Santé

Bonjour

La main du nouveau pouvoir tremble-t-elle au moment de passer à l’acte ? Après la valse-hésitation à trois temps sur la taxe d’habitation, le rétropédalage accéléré sur le tiers payant généralisé. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a assuré, ce mardi 11 juillet, que cette dispense d’avance de frais chez le médecin serait bel et bien « généralisée ». « C’est impératif d’aller vers un tiers payant généralisé, a-t-elle déclaré sur France Inter. C’est vraiment une question d’équité et d’accès aux soins puisque beaucoup de Français renoncent à aller se faire soigner parce qu’ils ne veulent pas avancer l’argent chez un médecin. »

Or il y a une semaine la même ministre déclarait qu’elle voulait « éviter l’obligation de tiers payant généralisé ». Comment comprendre ? Quelle est, ici, la marge d’autonomie de la ministre par rapport à l’Elysée et à Matignon ? On se souvient que la dispense d’avance de frais est fortement combattue par les médecins libéraux, qu’elle doit devenir un droit pour tous les Français à partir du 1er décembre – mais que la loi de 2016 ne prévoit pas de sanctions pour les médecins refusant d’appliquer la mesure ; une mesure, qui plus est, que le Conseil constitutionnel a limité à la seule part remboursée par la Sécurité sociale.

Eviter le TPG

Pourquoi ce rétropédalage ? Le 5 juillet la ministre avait, dans une interview au Quotidien du Médecin exposé ses convictions :

« Le président de la République a dit que nous devions définir les conditions d’un tiers payant généralisable. Un rapport de l’assurance-maladie est prévu en septembre sur le tiers payant mais dès maintenant je lance une mission IGAS sur sa faisabilité technique. J’attends ses conclusions pour la fin de l’été.

Soyons clairs : mon objectif serait d’éviter l’obligation de tiers payant généralisé. J’ai horreur des obligations. Aujourd’hui, je comprends que les professionnels de santé ne sont pas foncièrement hostiles au tiers payant mais considèrent qu’il est techniquement compliqué à mettre en œuvre. Or, je veux un système gagnant/gagnant.

Les patients sont très en attente du tiers payant généralisé mais je ne souhaite pas mettre en œuvre une telle réforme contre l’adhésion des professionnels qui seraient chargés de l’appliquer, c’est pourquoi nous allons regarder de façon pragmatique ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas. Si le système fonctionne bien, il n’y aura aucune raison de le rendre obligatoire !  Faudra-t-il alors des aménagements à la loi ? Nous prendrons les décisions qui s’imposent en septembre ou en octobre. »

Le TPG ? Un impératif !

Puis le lendemain, sur RTL, elle avait confirmé qu’elle souhaitait surtout éviter une réforme qui serait paperassière ou chronophage pour les médecins. Des médecins qui ont avant tout besoin de « temps médical ». « Plusieurs journaux en ont tiré la conclusion que la réforme du tiers payant généralisé était désormais  suspendue  sine die, voire enterrée en douceur, note Le Quotidien du Médecin. Dans la foulée les syndicats de médecins libéraux n’avaient pas manqué, ces derniers jours, de saluer l’ouverture du ministère et de lui réclamer la fin de toute obligation sur le tiers payant. »

Résumons autant que faire se peut : ce tiers payant généralisé qui était la semaine dernière un objectif à éviter devient aujourd’hui  un impératif pour une ministre qui, par ailleurs, assure ne pas vouloir user de la langue de bois. Où l’on retrouve le désormais célèbre en même temps présidentiel. Ne pas renoncer à une réforme toujours soutenue par une majorité de patients et en même temps de ne pas braquer une profession médicale dont le président et le gouvernement en marche aimeraient non plus gagner mais bien conserver les faveurs.

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Simone Veil contre le tabac : une vidéo politique semi-prophétique datant de 1975

Bonjour

C’est une vidéo de 98 secondes. Signée de l’INA, elle date de 1975. On y voit et entend Simone Veil, alors ministre de la Santé et de la Famille. Elle nous parle du tabac. Quarante-deux ans. Ce sont des images qui nous disent le temps qui passe moins vite qu’on pourrait le croire. Car tout est dit dans ce témoignage, tout est dit d’une volonté et d’une sagesse politique que l’on ne rencontrera plus guère, sur ce sujet et à ce poste.

Simone Veil n’a jamais caché qu’elle était une fumeuse. En 1975 elle explique être parvenue à « fumer beaucoup moins ». Sur la nocivité du tabac aucun doute : il faut en informer largement tous les citoyens. Campagnes d’information sanitaire à la télévision, à la radio, via des publicités, lors des consultations médicales. Revoir les études médicales dans cette perspective car, dit-elle, « certains médecins ne croit pas à cette nocivité ».

Ne pas aller jusqu’aux restaurants

Et puis envisager des mesures plus coercitives, comme l’interdiction de fumer dans certains lieux publics : «  les cinémas sûrement, certains transports également… Les restaurants ? Je ne crois pas que l’on n’ira jusque-là, je ne l’envisage pas ».  Et les contre-indications qui pourraient être portées sur les paquets de tabac ? « Nous étudions quel impact cette mesure a eu dans les pays où elle est actuellement en vigueur comme les Etats-Unis. Il ne semble pas que le fait qu’il y est un petit papier sur le paquet de cigarette disant ‘’les cigarettes sont mauvaises pour vous’’ aient un grand impact. Alors je ne crois pas qu’on l’imposera. Voilà. »

Le temps passe et l’on mesure le chemin parcouru sur certains points. On sait aussi que quarante-deux ans plus tard plus de 30 % des Français fument, paquet neutralisé ou pas. La volonté politique qui animait Simone Veil ne s’est jamais véritablement retrouvée chez ceux et celles qui ont pris sa suite. Elle-même n’a guère relancé le combat quand de 1993 à 1995 elle revint à ce ministère. Le temps fut bref et les priorités autres.

Schizophrénie étatique

Reste aujourd’hui que tout est connu de la nocivité du tabac et des moyens de lutte, de la schizophrénie étatique et du formidable levier que peut être la cigarette électronique.  Interrogée sur France Inter Agnès Buzyn, actuelle ministre de la Santé, a exprimé son admiration citoyenne mais aussi « une très grande émotion personnelle ». Celle qui fut, en premières noces, l’épouse de Pierre-François Veil, fils de Simone Veil, a confié que cette dernière lui avait « donné l’amour de la vie publique ». « Je suis dans ce ministère, a souligné Agnès Buzyn, grâce à ce qu’elle m’a légué. »

C’est aussi à cette aune que son travail de ministre sera jugé. A commencer par son action contre le tabagisme, première cause de mort prématurée évitable.

A demain

France Inter : peut-on rire de la mort d’un homme tué par un taureau sur une radio publique ? 

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C’est la polémique de l’instant. Plus d’un millier de signalements ont été reçus par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) après la diffusion (vendredi 23 juin) sur France Inter d’une pauvre chanson se moquant de la mort d’un torero espagnol. Comme le prévoient les procédures, le CSA a ouvert l’instruction du dossier.

Soit la mort du matador basque espagnol Ivan Fandiño, 36 ans, encorné le 17 juin par un taureau lors de la corrida des Fêtes d’Aire-sur-l’Adour (Landes). Une mort suivie de la « chanson » de Frédéric Fromet, humoriste de profession, diffusée dans l’émission « humoristique » de Charline Vanhoenacker  intitulée Si tu écoutes, j’annule tout.

L’humoriste présente sa création (reprenant l’air du célèbre « Bambino ») comme « une chanson festive ». Cela donne, pendant près de trois minutes (rires gras) des choses comme celles-ci : « Tu t’es bien fait encorner, fallait pas faire le kéké », « gicle, gicle tes boyaux », « t’es parti comme une bouse ». Jusqu’à la transformation d’éléments du corps du matador en spécialités culinaires espagnoles.

Deux organisations pro-corrida, l’Union des villes taurines de France 1 et l’Observatoire national des cultures taurines ont aussitôt saisi le CSA. Pour ces deux associations « les limites admissibles de la liberté d’expression que fixe la jurisprudence ont été largement dépassées ». Elles réclament « un droit de réponse » et « des excuses publiques de la part de l’auteur ».

Dictature montante de l’outrance

Que croyez-vous qu’il arriva ? Interrogée par l’Agence France-Presse, Laurence Bloch, directrice de France Inter a défendu l’humoriste. Toutefois, en même temps, elle a exprimé « toute sa compassion » à la famille d’Ivan Fandiño. Explications directoriales  : cette chanson s’inscrit dans une émission « dont le principe est l’humour, de pratiquer l’humour noir, s’emparer de sujets d’actualité, les moquer, les dénoncer.»  Justifications sur le fond :

« Que la chanson de Frédéric Fromet puisse choquer, je le comprends tout à fait, qu’on puisse considérer qu’elle soit de mauvais goût, pourquoi pas, maintenant c’est la loi du genre, le régime de la caricature, de la parodie, de l’outrance. »

D’autres parleront de la dictature montante de la caricature, de la parodie et de l’outrance. Pour la directrice de notre radio publique son humoriste a « exprimé une fracture extrêmement sauvage entre ceux qui sont pour la corrida et les anti-corridas ». La « fracture sauvage » est-elle génératrice d’audience ?

M. Fromet, lui, estime que la corrida est une « saloperie ». Il s’est d’autre part justifié sur le fond quant à sa contribution au débat : « Je sais qu’on ne rit pas d’un mort, mais là, on a le droit ». M. Fromet a tout dit.

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1 Cette association est présidée par le Dr Geneviève Darrieussecq nouvelle secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées et proche de François Bayrou, ancien Garde des Sceaux.

 

VIH : France Inter ouvre son journal de 13 heures avec les résultats d’une étude très préliminaire

 

Bonjour

Mardi 2 mai 2017. Ouverture du journal de 13 heures de France Inter consacrée aux espoirs que pourraient faire naître une étude de « preuve de concept ». Où l’on parle de la société Abivax : une société de biotechnologie « ciblant le système immunitaire pour éliminer des maladies virales ». Aujourd’hui elle annonce qu’ABX464, le candidat-médicament le plus avancé de la société, a « démontré la première réduction des réservoirs du VIH jamais observée chez les patients chroniques atteints du VIH ».

Une publication ? Non, mais un communiqué de presse. Où l’on ne cache rien du caractère éminemment préliminaire de ce travail. Soit trente patients infectés par le virus du VIH inclus en Espagne, en Belgique et en France. Ils ont  reçu, pendant 28 jours, soit ABX464 soit un placebo en plus de leur traitement antirétroviral actuel. Après 28 jours, tous les traitements ont été interrompus jusqu’au rebond de la charge virale. Des prises de sang ont été effectuées au début de l’étude et après 28 jours de traitement afin d’évaluer l’effet potentiel d’ABX464 sur les réservoirs de VIH dans les cellules périphériques mononuclées du sang.

« L’innocuité était le critère principal de l’étude : ABX464 a été bien toléré et aucun effet secondaire indésirable grave n’a été constaté au sein du groupe s’étant vu administrer ABX464. Chez les patients évaluables (4 placebo, 14 traités avec ABX464), une réduction des copies d’ADN viral/million a été observée sur 7 des 14 patients traités (soit une réduction de -40%, allant de -27% à -67%) et aucune réponse n’a été observée dans le groupe placebo. »

Bonheur et impatience

Un communiqué de presse et des déclarations enthousiastes. « C’est la première fois que nous observons un signal obtenu par un candidat médicament, démontrant qu’il serait possible de réduire les réservoirs de VIH chez les patients, déclare le Pr. Linos Vandekerckhove, directeur du HIV Cure Center au sein du Département de Médecine Interne Générale à l’Université de Gand en Belgique et investigateur principal de l’étude concernée.  Désormais nos efforts porteront sur l’optimisation de ce candidat médicament en combinaison avec d’autres traitements afin de maximiser la réduction du réservoir viral. »

« Nous sommes très heureux de cette découverte importante, et sommes impatients de poursuivre l’étude d’ABX464 afin de déterminer, à travers d’autres études cliniques, si nous pouvons réduire les réservoirs du VIH au niveau le plus bas », ajoute le Pr. Bonaventura Clotet, Directeur de l’Institut de Recherche sur le Sida IrsiCaixa de l’Hôpital Universitaire Germans Trias i Pujol, à Badalona (Barcelone), un des plus grands centres de traitement du VIH en Europe, et investigateur principal de l’étude.

Les observations se poursuivent et d’autres travaux à plus long terme seront menés. Rien avant, au mieux, plusieurs années. Les prochaines données seront soumises pour présentation lors de prochaines conférences internationales dédiées au VIH et seront publiées sur www.abivax.com. Quant aux résultats préliminaires de l’étude ABX464-005 ils ne sont pas attendus avant le 3ème trimestre 2017. Dans l’attente le management d’Abivax animera un webcast de présentation des données aujourd’hui mardi 2 mai 2017 à 16h CEST. Quelques heures après la présentation préliminaire faite sur France Inter.

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PMA : le Comité national d’éthique répondra-il ou non aux vœux d’Emmanuel Macron ?

 

Bonjour

Le Pr Jean-François Delfraissy, nouveau président du Comité national d’éthique (CCNE) vient de donner un entretien à Famille Chrétienne (Antoine Pasquier). Un entretien éclairant quant aux relations toujours étranges et complexes qu’entretiennent cette institution et le pouvoir politique qui lui permet d’exister 1. Un entretien qui permet, aussi, d’en savoir un peu plus sur un avis que l’on pensait perdu dans les sables : celui à haute valeur sociétale qui devait traiter de l’ouverture de la PMA aux femmes homosexuelles et aux femmes célibataires. On sait qu’à la différence de Marine Le Pen, Emmanuel Macron y est favorable – mais qu’il attend l’avis du CCNE. Jean-François Delfraissy :

« Cet avis sera rendu public après l’élection présidentielle. Le CCNE, qui est une instance autonome et indépendante, préfère ne pas entrer dans le débat présidentiel, en raison du risque possible de manipulation. C’est plus raisonnable. L’agenda du CCNE et du politique n’est pas le même. Cette élection mettra au pouvoir une nouvelle équipe qui aura peut-être déjà des positions claires ou non sur le sujet de la PMA. C’est un assez bon moment, je crois, pour venir l’éclairer avec notre avis et lui envoyer un message. »

Le président du CCNE a bien conscience du fait qu’autoriser la PMA aux couples de femmes homosexuelles et aux femmes seules constituerait un bouleversement majeur. « Sur des sujets aussi difficiles que celui de la PMA, nous n’arriverons pas à contenter tout le monde » se borne-t-il à dire. On lui rappelle qu’en janvier dernier, sur France Inter, il a déclaré qu’existait, en France « une demande sociétale pour recourir à la gestation pour autrui ».

Revoir la copie

« La GPA est un sujet complexe et difficile, répond-il aujourd’hui Ce que j’ai voulu exprimer sur France Inter, c’est la nécessité d’aborder les deux aspects du sujet : constater d’un côté qu’il existe une demande sociétale qui est indiscutable et, de l’autre, tenir compte du risque de marchandisation du corps de la femme. Encore une fois, je vous renvoie à l’avis que publiera le CCNE, avec un débat autour de ces questions. Cet avis adoptera une vision assez large. »

Mais encore ? « L’avis du CCNE qui sortira au printemps 2017 sera différent de celui qui serait sorti il y a deux ans ; j’en suis persuadé. Nos réflexions sont valables pour un temps donné, dans un contexte sociétal et international qui est lui-même mouvant et changeant. Nous devons tenir compte des aspects positifs et négatifs du moment. S’il faut revoir la copie lors de la révision de la loi de bioéthique de 2018, ça sera l’occasion de le faire. »

Revoir la copie ? Le CCNE s’était exprimé sur la GPA dans un avis du 1er avril 2010 « Problèmes éthiques souleves par la gestation pour autrui ». Pour s’y opposer :

« Finalement, à l’issue d’une réflexion riche et collégiale, pour les six ordres de raisons qui viennent d’être exposées et pour la grande majorité des membres du CCNE, l’ensemble des arguments favorables au maintien de la législation en vigueur l’emportent sur ceux qui sont favorables à la légalisation de ce procédé de PMA, même de manière strictement limitée et contrôlée. »

Le marbre et l’hérésie

Revoir la copie ? En novembre 2005, le même CCNE avait rendu une copie radicalement négative quant à l’ouverture de la PMA aux homosexuelles ou aux femmes seules. Il s’agissait de l’avis n° 90 (adopté à l’unanimité des membres du CCNE moins une abstention).

« La loi française est formelle, exigeant la présence d’un homme et d’une femme, à l’origine du projet parental. Si l’AMP était ouverte aux personnes seules et/ou aux homosexuels, cela impliquerait une indifférence des donneurs de spermatozoïdes ou d’ovocytes, au destin de leurs gamètes qui pourraient être donnés à un couple hétérosexuel ou homosexuel ou à une personne seule sans choix préalable de leur part. La levée de l’anonymat qui serait éventuellement réclamée par des receveurs ou des donneurs volontaires dans une telle situation, introduirait paradoxalement une discrimination.

 « L’ouverture de l’AMP à l’homoparentalité ou aux personnes seules ouvrirait de fait ce recours à toute personne qui en exprimerait le désir et constituerait peut-être alors un excès de l’intérêt individuel sur l’intérêt collectif. La médecine serait simplement convoquée pour satisfaire un droit individuel à l’enfant. »

Jean-François Delfraissy confie être « de ceux qui pensent que l’éthique évolue ». « C’est pour cela que je suis favorable au mécanisme français de révision de la loi de bioéthique, ajoute-t-il. Si on considère que certaines grandes questions d’éthique sont très liées à l’évolution de la société, il est logique que les réponses qui sont apportées puissent ne pas être inscrites dans le marbre. Certains vous diront que c’est une hérésie ce que je suis en train de vous raconter, et qu’il existe des choses intangibles auxquelles il ne faut pas toucher. Je ne le crois pas. » Une hérésie ?

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1 « La bioéthique, c’est éminemment politique » Slate.fr 26 avril 2017