Le ministère d’Agnès Buzyn va-t-il, un an après, retrouver tranquillité d’esprit et sérénité ?

Bonjour

Ce sont d’étranges entretiens matinaux, en salve, avec des ministres bardés d’éléments de langage. Des entretiens-rafales où les journalistes abordent mille et un sujets dans un temps de plus en plus réduit. Ainsi dans la chaleur naissante d’un 2 août caniculaire, Agnès Buzyn sur France Inter. Huit minutes. Et d’abord la canicule :

 « Nous sommes bien mieux armés qu’en 2003, il y a désormais un plan national canicule qui s’active dans tous les départements touchés (…) les préfets activent ce plan, et tout un tas d’informations partent dans les lieux de vie » –

« La canicule ne touche pas que les personnes fragiles, elle touche des adultes qui travaillent, des personnes qui se sentent capables de faire du sport et qui font des hyperthermies graves, et il faut penser aux enfants : je suis inquiète pour le grand chassé-croisé des vacances qui va se passer dans la région Rhône-Alpes, il faut absolument penser à protéger les enfants ». »

 Ensuite la chaleur insupportable dans des hôpitaux antiques…  les problèmes récurrents des urgences en été…  le projet de réforme du monde hospitalier (qui sera, promis, révélé en septembre) etc.

L’entretien touche à sa fin. On en vient à un sujet délicat, manié par le virevoltant Frédéric Métézeau : le départ contraint et forcé du Pr Yves Lévy, mari d’Agnès Buzyn, de son poste de PDG de l’Inserm. On sait que le Pr Lévy a, en définitive, jeté l’éponge sur fond de polémiques et de potentiels conflits d’intérêts.

Le gouvernement a aussitôt « pris acte » de sa décision « de retirer sa candidature à un renouvellement à la présidence de l’Inserm ». Et de rappeller que « l’ensemble des procédures permettant d’éviter tout conflit d’intérêt entre l’Inserm et la ministre des Solidarités et de la Santé ont été mises en oeuvre de façon continue depuis mai 2017 ». Certes.

Au micro de France Inter, le 2 août, cela donne ceci :

« ¨Pourquoi il se retire. C’est un effet Benalla ? Un effet turbulences ?

– Non je ne vois pas le lien … en l’occurrence… je ne vois absolument pas le lien avec l’affaire Benalla… Je ne comprends pas ce …

– Il y a eu quelques mauvaises ondes autour du gouvernement ces jours-ci

-Non … Pas du tout… Enfin… je n’ai pas commenté l’Inserm pendant un an je ne vais pas commencer … Je suis en déport, vous le savez, pour tout ce qui concerne l’Inserm depuis mon arrivée… Simplement aujourd’hui je pense que … voilà… Il n’y a pas de conflit d’intérêts en ce sens que le ministère de la Santé n’intervient jamais sur les affaires de l’Inserm depuis que je suis au gouvernement.

– Je pense que c’est important pour le ministère de la Santé d’être en capacité de parler de recherches biomédicales et je pense que … voilà… la décision a été prise… Non pas parce qu’il y a un conflit d’intérêts mais peut-être tout simplement pour faciliter le travail (inaudible)

-Tout simplement pour tranquillité d’esprit et sérénité…?

– Absolument »

Ainsi donc la sérénité retrouvée. Plus d’un an après.

A demain

 

 

Remboursement de l’homéopathie : sérieux avertissement à Agnès Buzyn et au gouvernement

Bonjour

Le titre est sans précédent  : « La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

C’est un avertissement de la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS). Il s’agit d’une instance scientifique composée de médecins, pharmaciens, spécialistes en méthodologie et épidémiologie. Elle évalue les médicaments ayant obtenu leur autorisation de mise sur le marché (AMM), lorsque le laboratoire qui les commercialise souhaite les voir remboursés par la Sécurité sociale. Cette Commission a aussi pour mission de donner un avis aux ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale sur la prise en charge des médicaments par la Sécurité sociale et /ou pour leur utilisation à l’hôpital.

Cette Commission avait récemment à réaliser l’évaluation de l’efficacité de quatre spécialités homéopathiques en vue de maintenir leur remboursement, procédure automatique programmée tous les cinq ans. Ces substances sont actuellement sur le marché sans indication thérapeutique ni posologie – charge revient aux prescripteurs de les déterminer en fonction de leurs patients.

Georgina Dufoix

Or, coup de théâtre, la Commission de la transparence affirme d’entrée « ne pas pouvoir se prononcer sur le ‘’service médical rendu’’ par ces spécialités ». Et ajoute cette pique : « La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

Comment expliquer que le remboursement de ces produits soit toujours en vigueur alors que leur « Service Médical Rendu » n’a jamais été évalué ? Comment justifier cette situation alors que l’Académie de médecine comme les Académies des sciences européennes ont depuis longtemps tranché la question scientifique : en l’absence de toute substance active détectable, les spécialités homéopathiques ne peuvent, en toute rigueur, avoir d’action propre.

C’est là une exception française qui date de trente-quatre ans avec la publication au Journal Officiel d’un arrêté daté du 12 septembre 1984 signé par Georgina Dufoix, alors la ministre des Affaires sociales et de la solidarité nationale du gouvernement de Laurent Fabius.

Boulets rouges

« Le taux de remboursement initial de la caisse était fixé à 65 %, rappelle Le Quotidien du Médecin. C’est seulement en 2004 que ce taux est ramené à 30 %. Il sera gravé dans le marbre dans la loi de financement de la Sécurité sociale. Cette même année, l’Académie de médecine avait tiré à boulets rouges sur l’homéopathie, l’accusant d’être dénuée de fondement scientifique. »

« Le remboursement de ces produits par la Sécurité Sociale apparaît aberrant à une période où, pour des raisons économiques, on dérembourse de nombreux médicaments classiques pour insuffisance (plus ou moins démontrée) du service médical rendu.

« Qui plus est, cette mesure n’aurait rien d’exorbitant car elle a été prise par beaucoup de pays notamment en Europe. C’est tout récemment, en fin 2003, que le gouvernement allemand a décidé de supprimer le remboursement des médicaments homéopathiques par les Caisses de maladie. Mais c’était déjà le cas en Italie, en Espagne, en Finlande, en Suède, en Norvège et en Irlande. »

Vitriol

Quatorze ans plus tard l’abcès reste entier. Mais il a, aussi, pris une dimension politique avac une tribune vitriolée publiée en mars dernier par Le Figaro dans laquelle les signataires dénonçaient notamment les « pratiques ésotériques » de certains praticiens. Depuis Agnès Buzyn s’est plusieurs fois exprimée, la ministre des Solidarités et de la Santé variant notablement de position sur le sujet.

Mme Buzyn avait finalement déclaré le 24 mai sur France Inter qu’elle envisageait de conditionner le remboursement de l’homéopathie à une évaluation scientifique stricte, ajoutant par ailleurs que le débat sur le déremboursement serait ouvert cet été.  C’était en mai. Nous sommes en été.

A demain

Etat, drogues et mafias : le ministre Darmanin rappelle l’existence des bureaux de tabac

Bonjour

Sous les orages politiques de  l’affaire Benalla les travaux législatifs continuent. La réforme de la Constitution est certes reportée aux vendanges, mais le « projet de loi relatif à la lutte contre la fraude » est examiné par les commissions des Lois et des Finances de l’Assemblée nationale.

« Nous nous intéressons à ce projet puisqu’il inclut désormais les deux amendements gouvernementaux de Gérald Darmanin fixant une limite claire et sans ambiguïté au transport de tabac par les particuliers. Soit, pas plus de quatre cartouches pour les cigarettes, par exemple, peut-on lire sur le site des buralistes. Avec un renforcement des amendes. »

Et Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics était, ce 24 juillet à l’heure des croissants au beurre, l’invité de France Inter. Extraits croustillants concernant la fraude au tabac :

 « La fraude au tabac est une fraude très importante. C’est des recettes en moins pour l’Etat. C’est tuer le réseau des buralistes qui est le seul, je voudrais le répéter ici,  où on peut acheter du tabac. Et c’est contraire à la politique de santé publique du gouvernement qui augmente le prix du tabac.

 « Nous devons lutter  contre toute forme de trafic. Et nous constatons de plus en plus que ces trafics de cigarettes ne servent seulement ‘’à la papa’’ – à avoir quelques cartouches quand on passe une frontière- mais, souvent, financent des réseaux qui étaient auparavant des réseaux de la drogue – parce c’est apparemment moins risqué et plus rémunéré de faire du trafic de cigarettes.

 « Et parfois ce trafic paye des réseaux criminels voire d’autres réseaux qui sont tout à fait inquiétants du point de vue de la sécurité nationale. Il est hors de question désormais de laisser prospérer une contrebande de tabac ! »

Le même jour, les services de Bercy annonçaient qu’en moins d’une semaine les brigades des douanes d’Hendaye, Arcachon, Narbonne et Perpignan avaient réalisé plusieurs saisies majeures de cannabis sur l’autoroute et les axes secondaires. Soit, au total,  5,2 tonnes de cannabis interceptées (3,9 tonnes de résine et 1,2 d’herbe de cannabis) par les agents des douanes dans divers véhicules en provenance d’Espagne.

La valeur totale de la marchandise saisie est estimée à près de 42 millions d’euros sur le marché illicite de la revente au détail de stupéfiant – en dehors du réseau des buralistes.

A demain

Les soignants peuvent-ils « séquestrer » leurs « managers » pour mieux se faire entendre ?

Bonjour

Les médias généralistes nationaux n’en parlent pas. Ou si peu. Une larme sur France Culture. Sécheresse sur France Inter. Depuis plusieurs semaines un mouvement de grève du personnel affecte le fonctionnement de l’hôpital psychiatrique Pierre-Janet du Havre (ville dont l’actuel Premier ministre Edouard Philippe fut un temps un édile). Pourtant les images sont là : depuis dix jours un groupe de sept agents occupe le toit de l’établissement pour réclamer l’ouverture d’une nouvelle unité d’hospitalisation, la création de cinquante postes, l’arrêt de la polyvalence des agents et la titularisation des personnels aux statuts précaires. Nous sommes loin, ici, du maintien d’on ne sait quel « privilège ».

« Ce mouvement a franchi un cap le jeudi 5 juillet au soir. Entre 19 h 30 et 20 h 20, les grévistes ont retenu le directeur de l’établissement, son adjointe et la directrice des soins au dernier étage du bâtiment, rapportent quelques médias. Ils avaient été, le matin, une vingtaine à prendre la décision de séquestrer leur directeur après l’échec des négociations organisées le matin.  Tous ont quitté les lieux vers 21 heures après avoir discuté avec les représentants syndicaux et deux médecins de l’établissement. »

Les syndicalistes rejettent le terme de « séquestration » pour lui préférer celui de « blocage ». Le Syndicat des managers publics de santé (SMPS) a aussitôt dénoncé des méthodes « injustifiables et inadmissibles ». Le syndicat se désole qu’« une nouvelle fois, l’intimidation, la contrainte, l’emploi de la force ne soient pas considérés comme des lignes rouges, mais comme des moyens utilisables pour obtenir satisfaction ». Les grands mots. Le refus de comprendre la dimension symptomatique, le poids du symbolique. Faut-il redire que la « satisfaction », ici, vise les malades ?

Que disent d’autres ces syndicalistes-managers ? Ils  appellent de ses vœux le retour à l’apaisement et demande aux pouvoirs publics de rappeler « fermement à la règle les personnes à l’initiative de tels actes ». Où l’on mesure, au Havre comme ailleurs, le chemin qui reste à accomplir pour une convergence des luttes syndicales au sein de l’hôpital.

A demain

 

Cannabis, drogues douces, drogues dures: hypocrisie et phrase du jour (France Inter)

 

Bonjour

C’est l’été et l’Angélus sur France Inter avec disparition de Nagui. Le temps de réfléchir. Nouvelle émission : « Le débat de midi » #débatdemidi. Aujourd’hui : « Cannabis : la grande hypocrisie ? ». William Lowenstein, médecin addictologue, président de SOS addictions ; Eric Poulliat, co-rapporteur de la mission parlementaire d’information relative à l’application d’une procédure d’amende forfaitaire au délit d’usage illicite de stupéfiants ; Nicolas Prisse, président de la MILDECA.

Rien de nouveau sous le soleil addictif et politique. Ou presque. Au Canada a donc franchi le pas : la consommation et la culture du cannabis vont devenir légales à partir du 17 octobre. En France s’ouvrent et se ferment des commerces qui vendent du cannabis plus ou moins « légal », plus ou moins « light ». Une enquête de Terra Nova laisserait penser que la moitié des Français – 51% – serait favorable à une dépénalisation.

Dans le même temps le pouvoir exécutif reste sourd et peut aisément être qualifié sinon de schizophrénique, du moins de dissociation éminemment hypocrite.

« Le cannabis reste un stupéfiant, martèlent les ministres de la santé et de la justice, rappelle France Inter.Mais les sanctions ne sont pas très lisibles et pas souvent appliquées : cela va d’un simple rappel à la loi à des peines de prison. Le gouvernement a donc décidé d’instaurer une amende forfaitaire : 300 euros pour les consommateurs. Nombreux sont ceux qui voient dans la politique française en la matière une forme d’hypocrisie. »

On écoutera, avec profit, l’émission. Et la phrase du jour : signée de William Lowenstein (45’30’’)« C’est pas tellement drogues dures drogues douces. C’est quels usages durs ou doux faisons-nous de ces substances psychoactives ».

Et ensuite ? Les Rita Mitsouko. « Alors c’est quoi » :

« Alors c’est quoi que j’appelle
c’est la joie, c’est elle
que les émois étincellent
et s’entremêlent encore nos voix.

A chaque fois je remets ça
1 2 3 ça recommence
à chaque fois je remets ça.

Réponds moi encore, montre toi
réponds moi encore, montre toi
réponds moi encore, et encore
et encore, encore une fois (…) »

C’est l’été sur France Inter.

A demain

 

Extension du domaine de la lutte contre les addictions : les jeux sur écrans des adolescents

Bonjour

19 juin 2018. Les radios matinales s’en régalent : l’addiction aux écrans est officiellement une « maladie mentale ». France Inter et France Culture tendent utilement leur micro au Dr Olivier Phan, pédopsychiatre, addictologue à la Fondation santé des étudiants de France 1The New York Times use quant à lui du conditionnel.

L’actualité : l’addiction aux jeux vidéo (ou « trouble du jeu vidéo ») vient d’être reconnue comme une maladie par l’Organisation mondiale de la santé : elle figure dans la 11e version de sa Classification internationale des maladies – première mise à jour globale de cette nomenclature depuis le début des années 1990.

« Après avoir consulté des experts dans le monde entier, et après avoir avoir examiné la littérature de manière exhaustive, nous avons décidé que ce trouble devait être ajouté », a déclaré le directeur du département de la santé mentale et des toxicomanies de l’OMS, Shekhar Saxena. Il s’agit là, selon l’organisation onusienne, d’« un comportement lié à la pratique des jeux vidéo ou des jeux numériques, qui se caractérise par une perte de contrôle sur le jeu, une priorité accrue accordée au jeu, au point que celui-ci prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes, et par la poursuite ou la pratique croissante du jeu en dépit de répercussions dommageables ».

Comment porter le diagnostic ? Lorsque l’on observe au fil du temps des conséquences majeures sur les « activités personnelles, familiales, sociales, éducatives, professionnelles ». Quand « la personne joue tellement que d’autres centres d’intérêt et activités sont délaissés, y compris le sommeil et les repas ».

Prise en charge par l’Assurance-Maladie ?

L’OMS évalue à pas moins de 2,5 milliards le nombre de personnes qui, à travers le monde jouent aujourd’hui à des « jeux vidéo ». Mais le trouble ne toucherait qu’une « petite minorité » de tous les amateurs.

« Il n’y a pas de profil type, ou plutôt il n’y en a plus, expliquait en février dernier le Dr Phan au Quotidien du Médecin (Damien Coulomb) Les problèmes liés à l’usage du jeu vidéo touchent toutes les couches de la société. En revanche, il existe des différences avec les autres types de consommateurs que l’on reçoit. Là où les parents d’un accroc au cannabis vont se plaindre du fait qu’il soit ‘’toujours dehors’’, ceux d’un consommateur problématique de jeux vidéo vont trouver qu’il ne ‘’sort jamais’’. Un usage problématique des jeux vidéo ne signifie pas juste ‘’jouer beaucoup’’. Il est problématique parce qu’il s’accompagne d’un impact sur la vie familiale, sociale et sur l’emploi du temps. Un adolescent qui joue intensément, mais qui n’hypothèque pas son avenir et reçoit ses amis chez lui pour jouer à la console ou se déplace en lan (rassemblement de joueurs sur un week-end N.D.L.R), n’est pas à classer parmi les joueurs problématiques. »

Pour ce spécialiste le classement par l’OMS des troubles de l’usage de jeu vidéo au sein de la CIM pourrait changer beaucoup de choses au niveau d’une éventuelle prise en charge de ces troubles par l’Assurance-Maladie. « Nous pourrions aussi espérer obtenir des financements spécifiques pour établir des protocoles de recherche et des parcours de prise en charge, ajoutait-il en février. Pour traiter un problème, et le problème existe bel et bien, il faut le nommer. »

C’est fait.

A demain

1 « Jeux vidéo, alcool, cannabis. Prévenir et accompagner son adolescent » : le Dr Phan a cosigné (avec les Drs Céline Bonnair et Alexandre Har, la psychologue Nathalie Bastard et le coordinateur du CSAPA Pierre Nicole de Paris, Zephyr Serehen) un ouvrage qui vise à aider les parents à accompagner, informer et prévenir leurs adolescents face aux conséquences des usages problématiques de jeux vidéo, aux conduites à risques pouvant être engendrées par les prises d’alcool, et enfin aux difficultés liées à l’abus et la dépendance de cannabis.

 

Levothyrox : comment entretenir médiatiquement une polémique en voie d’essouflement

Bonjour

Amplement relayée par France Info et différents médias généralistes l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT) a annonce, jeudi 14 juin, avoir commandé une analyse à un laboratoire étranger sur la nouvelle formule du Levothyrox. Ces recherches révèleraient , dit-on, que cette formule contient moins de lévothyroxine que les spécifications en vigueur, ce qui pourrait expliquer les dysfonctionnements du traitement. « Des patients cancéreux se trouvent sous-dosés en hormones thyroïdiennes, nous avons observé de façon conséquente des réveils de cancers endormis depuis des années », fait valoir l’association.

Cette étude mettrait aussi en évidence la présence de « dextrothyroxine », qui ne figure pas, toujours selon l’association, dans la liste des composants. « Cette substance de synthèse, non commercialisée en France, a été retirée de la vente aux États-Unis en raison d’effets secondaires similaires à ceux décrits aujourd’hui par les malades de la thyroïde qui décrivent des crampes, maux de tête, vertiges et perte de cheveux » précise France Info.

Les résultats de cette étude ont été transmis à la juge d’instruction du pôle santé de Marseille chargée du dossier, ouvert pour « tromperie aggravée, blessures involontaires et mise en danger d’autrui ». L’AFMT, estimant que « la ‘sécurité sanitaire’ ne permet pas d’attendre l’issue de l’instruction pénale pour agir », en appelle à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Elle lui demande notamment de mener une étude sur un nombre significatif d’échantillons, ancienne et nouvelle formule, par des laboratoires indépendants.

« À ce stade, notre association ne prétend pas, sur une seule étude, disposer d’une ‘preuve’ indiscutable, mais d’un fait nouveau important. Car si ces résultats étaient confirmés, comme on peut le penser, ils pourraient constituer une explication rationnelle à cette crise, d’origine toujours inconnue », précise toutefois l’AFTM.

Une affaire dont nul ne voit plus la fin

Retour de volée immédiat de l’ANSM : « Les résultats d’analyses sur la nouvelle formule de Levothyrox rendus publics ce jour par l’AFMT ne sont ni détaillés, ni accompagnés d’informations sur le laboratoire ou la méthode utilisée. Aussi, il n’est pas possible, à ce jour, de se prononcer sur leur validité. L’ANSM rappelle qu’elle a mené depuis septembre 2017 des analyses pour vérifier la qualité de la nouvelle formule de Levothyrox qui ont confirmé sa conformité.

Les analyses réalisées dans les laboratoires de l’ANSM : Une première analyse réalisée en septembre 2017 a permis de vérifier que la composition (teneur en principe actif, excipients) était bien conforme à celle mentionnée dans le dossier d’AMM. (voir résultats).

Une deuxième analyse réalisée en janvier 2018 sur les différentes spécialités à base de lévothyroxine a montré la présence de métaux à l’état de traces dans tous les médicaments analysés dont l’Euthyrox (ancienne formule du Levothyrox). La présence de traces métalliques dans des produits de santé ne représente pas en soi un défaut qualité ni un risque pour la santé dans la mesure où les concentrations sont inférieures aux seuils de sécurité établis par la communauté scientifique au plan international pour les médicaments. (voir les résultats)

Une troisième analyse réalisée en février 2018 a confirmé l’absence de butylhydroxytoluène (BHT) dans les comprimés de Levothyrox nouvelle formule et d’Euthyrox. (Voir les résultats)

Les résultats ont été publiés sur le site internet de l’Agence à chaque étape et communiqués notamment aux associations de patients lors des Comités de suivi des spécialités à base de lévothyroxine, dont le dernier s’est tenu au ministère le 2 mai 2018 (cf. communiqué de presse).

A ce stade le journaliste, quelle que soit sa bonne volonté, ne peut plus que tenir la chronique d’une série dont nul ne voit plus la fin.

A demain