Leboncoin.fr : « A saisir. Cabinet médical. Parking. Terrain 1500 m2. Patientèle offerte. Mougon (Deux-Sèvres). 280 000 euros»

Bonjour

Quand elle séjournait à Melle, commune voisine, Ségolène Royal a peut-être croisé le chemin Dr Alain Puthon généraliste  de Mougon (Deux-Sèvres). Nous sommes ici à 14 km de Niort, à 19 km au Sud de Saint-Maixent-l’École. La commune de Mougon est constituée de trois villages : le bourg Mougon, Triou et Montaillon. Ici coule le Lambon, affluent de la Sèvre Niortaise. Mougon, essentiellement résidentielle, frôle les 2000 habitants. Depuis 2007 une déviation de la D.948 permet d’éviter la traversée du bourg aux poids lourds.

« Mougon se situe aux confins du pays Mellois, ce qui lui confère des paysages relativement variés. Sur son territoire, il est en effet possible de passer de la plaine au bocage, de l’open-field au couvert, du monotone à l’accidenté. » écrit Wikipédia. Michel Houellebecq est passé par là.

A quarante-cinq minutes de La Rochelle

L’actualité, aujourd’hui à Mougon, c’est le Dr Alain Puthon. Ce généraliste a 67 ans et mille six cents patients (8h-22h). Il exerce ici depuis quarante ans et, comme tant et tant de ses confrères ne trouve pas de successeur. Ne parlons pas de vente de clientèle, un marché depuis longtemps disparu. Le 7 janvier dernier le Dr Puthon a franchi une nouvelle étape, symptomatique, des temps que nous traversons. Il s’est résigné à mettre en vente son cabinet sur le site de vente leboncoin.fr.

« Vends, centre village dynamique, localisé sud-Deux-Sèvres, situé à un quart d’heure de NIORT, trois quarts d’heure de LA ROCHELLE, et à 5 minutes de l’autoroute A10, bâtiment spacieux, conçu par architecte en 1990, aux normes d’accessibilité actuelles, avec parking, sur un terrain de 1 500 m2. L’immeuble pouvant le cas échéant accueillir toutes professions à caractère libéral ou autre (actuellement à usage médical) ».

Un courrier à Delphine Batho

La mise à prix est de 280 000 euros pour des locaux de 265 mètres carrés. Un an de déboires avant d’en arriver au boncoin.fr. L’affaire est aujourd’hui reprise par Le Quotidien du Médecin. Le Dr Alain Puthon, sa femme, la pharmacienne, un patient avaient déjà tout (et parfaitement) raconté à France Télévisions . Il s’est aussi confié à La Nouvelle République du Centre-Ouest.

« Brigitte, son épouse, collaboratrice du cabinet, raconte avoir frappé à la porte du conseil de l’Ordre qui a fourni des contacts, contacts sans lendemain. Le couple a passé des annonces dans « Le Quotidien des Médecins » (sic). « J’ai même fait Pôle emploi », confie Brigitte Puthon qui a également sollicité l’OFI (Office français de l’immigration) et d’autres collègues dans l’espoir que le bouche à oreille fonctionne. Comme « une bouteille à la mer », elle est allée jusqu’à adresser un courrier à la députée Delphine Batho.

Une région disparue, les déserts médicaux

« Le Dr Puthon ne veut pas ‘’faire l’année de trop’’. Quoi qu’il arrive, il cessera son activité en 2016. Si rien ne change, ses 1.600 patients devront trouver un autre médecin. Ce qui n’est pas facile, et c’est ce qui l’angoisse. ‘’Surtout pour les personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer’’.  Beaucoup de médecins refusent tout nouveau patient. ‘’Dire non, déontologiquement, c’est difficile, je ne l’ai jamais fait. Mais il y a des cas où des médecins ne peuvent pas faire autrement’’»

La députée socialiste Delphine Batho a été relevée de ses fonctions de ministre de l’Ecologie et du Développement durable par le président de la République sur proposition du Premier ministre. C’était en juillet 2013. Ségolène Royal a quitté le Poitou-Charentes pour d’autres cieux. Depuis la région Poitou-Charentes n’existe plus. On se souvient que Marisol Touraine était venue, non loin d’ici, présenter « un plan en douze points pour lutter contre les déserts médicaux ». La ministre de la Santé avait fait le déplacement de Scorbé-Clairvaux, dans la Vienne. C’était il y a trois ans.

A demain

 

« Allo, ? Allo ? Monsieur Fignon? On a trouvé des cellules cancéreuses… des métastases…»

Bonjour

Laurent Fignon (1960-2010) fut ce qu’il est convenu d’appeler un champion cycliste. Un grand. C’est aussi, déjà, un profil français à la Simenon ; un profil en voie de disparition. Laurent Patrick Fignon voit le jour en août 1960 à l’Hôpital Bretonneau dans le nord de Paris. Son père, Jacques Fignon, est chef d’atelier dans une usine de tôlerie mécanique et sa mère Marthe est ce qu’on appelait une femme au foyer. Ils vivent rue Davy, du nom de Sir Humphry Davy, physicien et chimiste britannique (mort à Genève en 1829), inventeur de la lampe de sûreté à toile métallique pour les mineurs ; dite «lampe Davy» pour la prévention des explosions dues au grisou. Toujours ce pragmatisme britannique…

Flèche wallonne

Laurent Fignon a trois ans quand ses parents quittent la rue Davy pour Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne). Il aura bientôt l’écrivaine Irène Frain comme professeur de français. Le bon élève Fignon obtiendra un baccalauréat D et effectuera une année en faculté. Mais à quinze ans, il a contracté le virus du cyclisme. Le hasard sans doute : il débute sur le vélo (marque «Vigneron») de son père ; il se révèle doué. A seize ans, il prend sa première licence à la «Pédale Combs-la-Villaise» ; il n’en sortira plus. Tous les passionnés connaissent l’essentiel de son parcours : Champion de France sur route 1984 ; Tour de France 1983 et 1984 ; Tour d’Italie 1989 ; 13 étapes remportées dans les grands tours de France, d’Italie et d’Espagne ; une Flèche wallonne et deux Milan-San Remo.

Chevelure blonde tôt suivie d’un début de calvitie, petites lunettes cerclées, une aptitude à l’analyse et à la synthèse, des talents de pédagogue et de vulgarisateur… Fignon gagna vite un surnom dans les pelotons : «L’Intello». L’homme connut de grandes joies et quelques malheurs. Il eut des doutes, nombre de tourments, marqua son époque. Sa carrière fut entachée par deux contrôles antidopage positifs aux amphétamines : en 1987 lors du Grand Prix de Wallonie et en 1989 lors du Grand Prix d’Eindhoven. Il reconnut le second, nia le premier dans lequel il percevait la guerre à laquelle se livraient alors les deux principaux laboratoires pharmaceutiques belges pour le monopole des contrôles dans leur pays. Fignon se déclarera farouchement hostile aux contrôles antidopage inopinés et eut le courage de reconnaître qu’il avait aussi, parfois, usé de corticoïdes.

Ouvrage intellectuel

C’est Laurent Fignon que l’on retrouve aujourd’hui en introduction baroque d’un riche petit ouvrage intellectuel, consacré à l’annonce de la maladie par le médecin à son patient. Un bien bel ouvrage publié (1) signé de Martin Dumont ; ancien élève de l’Ecole normale supérieure, enseignant de philosophie et actuellement aux prises avec une thèse sur «les questions éthiques et épistémologiques soulevées par les greffes non vitales». Rien n’interdit d’imaginer que M. Dumont est un amateur de cyclisme et que Fignon a été un héros de sa jeunesse. On peut avancer une autre explication : Laurent Fignon a vécu un exemple de ce que l’on peut imaginer de pire pour ce qui est de l’annonce à un malade de sa maladie. Que l’on soit «intello» ou qu’on ne le soit pas. Il le raconte, sans pathos ni apitoiement, dans un ouvrage publié en 2009, dont le titre dit tout de lui et de cette époque. (2)

« Fin mars, j’avais enregistré une émission de télévision et je me souviens d’avoir ressenti une terrible douleur dans le dos pendant ce tournage : j’avais mis ça sur le compte d’un torticolis. Mais trois jours après, j’ai senti des ganglions dans mon cou : ils étaient douloureux. Je ne me suis pas inquiété. J’ai même trainé avant d’aller voir le toubib. Des examens furent pratiqués. Trois semaines plus tard, au moins, mon téléphone portable a sonné. J’étais dans la voiture et j’ai entendu la voix du médecin me dire : « Monsieur Fignon, on a trouvé des cellules cancéreuses, des métastases. »

Surtout au téléphone

J’étais fatigué, sans plus. Et ça m’est tombé dessus sans prévenir. Qui peut dire qu’il est préparé à ce genre de nouvelle ? Je n’ai que quarante-neuf ans. (…) Quand j’y repense : apprendre cela, surtout au téléphone, en voiture, ce n’était pas rien.»

A quoi a-t-il pensé, le médecin de Laurent Fignon, en lisant ces lignes ? Et à quoi pensent-ils, en général, ceux qui reçoivent ainsi, par voie/voix téléphonique la signature diagnostique redoutée ? C’est tout l’objet du riche ouvrage de Martin Dumont. Un ouvrage qui ouvre au médecin des abymes de réflexions.

«La violence des tensions liées à la situation, malcommode pour le médecin et sidérante pour le patient, d’une annonce de maladie, marque bien souvent le véritable début de la maladie pour le patient et fragilise la relation médicale. Elle est d’autant plus choquante que ce sont ici les mots, qu’on oppose habituellement à la violence, qui ont des effets délétères. Cela explique que la maladie puisse être mal annoncée, ajoutant au mal déjà présent. Il s’agit alors de rappeler que le langage a bien une origine éthique : on parle à autrui dans la perspective d’une sollicitude pour lui. Annoncer demande de renouer sans cesse avec cette origine et exige un engagement à chaque fois renouvelé du médecin, qui doit lui-même être soutenu dans cette épreuve.»

Les œuvres d’art en général

La sidération. Celle de Fignon. Celle de la personne qui entend la voix de celui qui sait ce qui se passe dans son propre corps ; une réalité qu’elle ne connaissait pas il y a quelques secondes encore. La révélation de la lésion, les calculs à entreprendre… l’émergence d’une vie désormais finie… renouer avec les autres… Peut-on aménager, travailler, améliorer, la prise de parole médicale de cet espace-temps ? Si oui, comment ? Faut-il condamner le téléphone en général, et le médecin de Fignon en particulier ?

L’auteur nous parle aussi d’autres voix que celles de la seule médecine. «Il y aura enfin la ressource d’autres paroles que la seule parole médicale : celles de l’amitié, des proches ; de la littérature, grande ou petite, et des œuvres d’art en général, capables de nous divertir, mais aussi de nous aider à nous approprier, en le formulant mieux que nous le ferions nous-mêmes, nos expériences les plus intimes et les plus décisives.» Puis reviendra la parole médicale, entièrement tournée vers l’action. Entièrement tournée vers le soin – le soin qui, comme nous le dit Donald Winnicot (1896-1971), participe du sentiment de se sentir vivant. (3)

France Télévisions

L’annonce téléphonique faite à Fignon se situe au printemps 2009. On avance un diagnostic de «cancer avancé» des voies digestives. Puis on hésite, on évoque un carcinome primitif d’origine inconnue. Puis, quelques mois plus tard, un cancer primitif d’origine broncho-pulmonaire. L’homme veut garder le secret. C’est bien mal connaître le milieu sportif et médiatique dans lequel il évolue. Suivent quelques épisodes assez peu glorieux dont la profession journalistique ne sort pas grandie.

La question du rôle joué par le dopage dans ce cancer ne peut pas ne pas être soulevée. Fignon assure pleinement, crânement son rôle de consultant du direct pour France Télévisions lors du Tour de France 2009. Il est toujours là lors du Tour de France 2010 – les auditeurs se souviennent peut-être encore de l’enrouement de sa voix due à la progression d’un ganglion en regard d’un nerf laryngé. Epanchement pleural au lendemain de l’arrivée aux Champs-Elysées. Fin août, il commente les Championnats d’Europe d’athlétisme de Barcelone. Il meurt le 31 août 2010 à l’Hôpital de la Salpêtrière. Laurent Fignon venait d’avoir 50 ans.

A demain

 (1)  Dumont M. « L’ annonce au malade ». Presses universitaires de France (Questions de soins) 2015

(2) Fignon L.  « Nous étions jeunes et insouciants ». Le livre de poche 2009

 (3)  Winnicot D. « Jeu et réalité ». Gallimard. 1975

Comment la sublimation de la fonction intestinale se transforme en un succès mondial de librairie

Bonjour

« Cul par-dessus tête ». L’expression exprime assez bien ce qu’est en train de vivre le monde de l’édition  avec « Darm mit Charm ».Un ouvrage écrit par un futur médecin a-t-il jamais connu un tel succès international ? On joue ici dans la cour des grands Même le Dr Frédéric Saldman (« Prenez votre santé en main !» après « Le meilleur médicament c’est vous ») semble définitivement distancé.

 Tête de veau

Nous avions évoqué cet ouvrage avant l’été : « Intestins humains, passion allemande ». Soit un livre inattendu, déroutant, qui nous venait d’Allemagne. Son éditeur français, Actes Sud assurait qu’il s’était déjà vendu, outre-Rhin, «à plus d’un million d’exemplaires». Une auteure (Giulia Enders) qui était le charme même, vive, jeune, blonde, enjouée, bientôt docteure en médecine. Elle était la nouvelle star de la médecine et des médias allemands. Giulia Enders, 24 ans, nourrissait depuis longtemps un solide appétit pour les profondeurs intestinales humaines. Les siennes comme celles de ses prochains. Entendons-nous : un appétit sublimé, un appétit nourri de pédagogie, d’envie de faire comprendre pour mieux aider. L’inverse de l’horreur du Dr Knock et de ses gammes sur la chatouillis, le gratouillis et la tête de veau.

Journalisme et obésité

En Allemagne : Darm mit Charm. Dans l’espace francophone, cela a donné Le charme discret de l’intestin– clin d’œil au troublant chef-d’œuvre de Luis Buñuel millésimé 1972, Stéphane Audran et un repas sans cesse différé ? Il semble que non : plus simplement les hasards du journalisme et du savoir-faire de l’édition.

L’obésité, on le sait, menace le globe, et avec elle une épidémie d’anorexie-boulimie. Voilà qui peut justifier la passion contemporaine pour tout ce qui touche à la digestion et, au-delà, à l’ensemble des tissus et organes qui assurent cette fonction. Darm mit Charm s’emploie à nourrir cette passion. Il le fait en dépassant de beaucoup le seul organe qui en fait à la fois le titre et son charme. Que seraient les intestins sans ce qui les précède et les prolongent? Au-delà du titre, c’est du tout-digestif qu’il s’agit. Et, dans une démarche holistique, du contenant comme du contenu.

Tripes et boyaux

La future docteure Enders embrasse large, englobe le tube et sa fonction dans un grand voyage de la nourriture qui englobe les yeux, le nez, la bouche et le pharynx. Elle n’évite pas les sous-chapitres des vomissements (rendre tripes et boyaux) et des laxatifs. Et encore ne s’agit-il là que de la forme. Le cœur de ce propos digestif porte sur la «planète microbienne», la flore intestinale, les gènes de nos bactéries, les antibiotiques, les probiotiques et les prébiotiques.

Nous sommes sans doute encore bien loin d’avoir pris la mesure de ce qui se joue actuellement dans la découverte moléculaire de ces continents intestinaux, ce microbiote en cours de déchiffrement avec lequel nous vivons, le plus souvent, en symbiose. C’est là une forme de révolution copernicienne corporelle, le passage d’un univers clos (le cérébral) à une infinité de mondes possibles. La découverte, aussi, de nouveaux chemins qui conduisent de la tête au ventre et réciproquement. L’auteure en vient à anthropomorphiser ce sous-continent interne. Elle nous parle du sien et nous nous surprenons à penser au nôtre; et on le fait d’autant plus volontiers que le pli est vite pris de le considérer comme un second cerveau, en prise directe avec le cortex central, l’ordinateur neuronal intracrânien.

Transit (troubles du)

On en viendrait presque, au fil des pages, à redistribuer les places attribuées, depuis Vienne, au ça et au surmoi. Une longue analyse cérébro-digestive en somme, que rebattraient les cartes et les stades de l’oralité. La suite des mouvements tectoniques qui déplacèrent les centres de gravité depuis les humeurs jusqu’au au foie, puis du foie au cœur, et du cœur au cerveau. Giulia Enders témoigne dans le même temps de la puissance des apports de la génétique et de la microbiologie revisitée: nous ne vivons qu’en symbiose avec une gigantesque flore bactérienne qui se repaît de nous et que nous domestiquons (ou pas) tout au long de notre vie.

C’est une flore interne qui dit tout de nos embarras gastriques et de nos mille et un troubles du transit. Le parti pris de l’auteure est qu’il vaut mieux le savoir que faire semblant de l’ignorer. Cela se tient et c’est ainsi que tout fait ventre. Y compris la France et François Rabelasi. Au-delà du digestif, un véritable message géopolitique:

«Les humeurs moroses, la joie, le doute, le bien-être ou l’inquiétude ne sont pas le produit de notre seul crâneNous sommes des êtres de chair, avec des bras, des jambes, des organes sexuels, un cœur, des poumons et un intestin. L’intellectualisation de la science nous a longtemps empêchés de voir que notre « moi » était plus que notre seul cerveau. Pourquoi ne pas ajouter notre grain de sel aux paroles de Descartes et déclarer: « Je ressens, de sorte que je pense, donc je suis ».»

« Top ten » des Etats-Unis

Depuis l’été le succès n’a cessé d’enfler.  Les chiffres de vente en France de puis sa sortie en avril dernier : 300 000 exemplaires … en Allemagne : 1,5 million….  Un livre publié dans trente-quatre pays où il se situe entre la 1ère et la 10ème place des meilleures ventes…. Il vient d’entrer dans le « top 10 » des meilleures ventes aux Etats-Unis.

Comment les choses se sont-elles passées en France ? « D’emblée une grande curiosité pour le livre (la personnalité de l’auteure… le ton… l’objet … les dessins….) confie-t-on chez Actes Sud. Une vidéo et Slate.fr (1) puis  c’est la presse généraliste (L’Obs, L’Express, Libération, Le Figaro, Le Canard enchaîné, Version Femina, Psychologie Magazine, Glamour…) qui s’est emparé de ce livre ; puis un phénomène d’emballement…  Grande couverture dans tous types de médias : presse écrite (surtout nationale  – peu dans la presse régionale), radio, TV –  un sujet aux journaux de 20h de TF1 en plein été, idem sur France 2… ».

Grosses Têtes

Il faudra bien, un jour, reprendre tout cela et disséquer ce phénomène de contagion intestine. Il faudra aussi comprendre pourquoi la presse médicale a le plus souvent fait une allergie marquée. Pourquoi les médecins, auteurs de livres, ont boudé le livre quand les magazines grand public spécialisés (Santé magazine, Top santé…) s’y sont intéressés. Jusque, dit-on aux Grosses Têtes de RTL qui en parle régulièrement depuis quelques semaines sous forme de questions posées aux invités – ce qui alimente le buzz et ravit l’auteure et l’éditeur français.

Et ainsi, au final, cette morale qui veut que cette sublimation allemande de la fonction digestive soit portée par un immense bouche-à-oreille.

A demain

(1) Slate.froù l’on peut aussi découvrir une rencontre vidéo avec Giulia Enders réalisée par Michel Alberganti et Rachel Huet.

Tour 2015 – Soudain, le directeur s’indigne des jets d’urine et flingue certains «consultants »

Bonjour

Journaliste un jour, journaliste toujours ? Christian Prudhomme est directeur du Tour de France. C’est aussi un ancien journaliste sportif (La Cinq, LCI, Europe 1, L’Equipe TV, France Télévisions). Aujourd’hui 19 juillet M. Prudhomme a, avant le départ de Mende-Valence, appelé au respect du maillot jaune. Ces propos faisaient suite aux plaintes du Britannique Chris Froome qui, le 18 juillet, fut aspergé d’urine par un supporteur le soupçonnant d’être dopé. Voici son texte :

« Le comportement de certains spectateurs, une minorité heureusement, est évidemment intolérable,. L’atteinte à l’intégrité du maillot jaune inacceptable.  Je condamne la stigmatisation faite autour du maillot jaune et je condamne surtout les actes qui se sont produits ces derniers jours Oui, il faut respecter le maillot jaune. Merci aux supporters, à l’immense majorité qui le font. 

Coureur dominateur

Le coureur dominateur n’a jamais été aimé dans l’histoire du Tour de France. C’était vrai avec Jacques Anquetil, c’était vrai avec Eddy Merckx, ça se produit là encore. Mais il y a un minimum de respect à avoir. Il y a une sorte de frustration que vivent beaucoup de gens depuis plusieurs jours et la victoire frappante, marquante, de Christopher Froome dans la première étape pyrénéenne, et le fait que ceux que l’on présentait comme ses rivaux n’étaient pas à leur place.

Cette frustration est accentuée par le fait que les Français que l’on espérait étaient aussi plus loin, elle est augmentée par les propos de certains experts ou pseudo-experts qui font que les journaux, les radios et les télés sont remplis de doutes et de suspicions. Il y a un grand écart insensé ces derniers jours entre ce qui se passait sur le terrain et ce qu’on pouvait lire et entendre par ailleurs. »

Tabou médiatique

S’attaquer aussi frontalement à certains consultants – désignés comme des experts ou pseudo-experts ? C’est là une accusation inédite. Une première qui va mettre la caravane en émoi. On les entend déjà. Ce n’est pas tout. Le directeur du Tour, ancien journaliste,  abordé une question généralement considérée comme un tabou : l’impact des commentaires diffusés dans les médias, sur le comportement des foules. Christian Prudhomme a déclaré :

« Il y a forcément une corrélation entre ce qui est dit dans les journaux, à la télévision, à la radio et ce qui se produit au bord des routes. Il y avait un décalage total jusqu’à ces dernières 48 heures entre ce qui était écrit, ce qu’on lisait partout, et la réalité des gens au bord de la route, comme toujours très sympas. Bien sûr, et c’est l’ancien journaliste qui parle, ce qu’on écrit ou ce qu’on dit a une influence sur les esprits les plus faibles qui peuvent avoir ensuite un comportement intolérable, inadmissible. »

Les esprits les plus faibles apprécieront. Les plus forts aussi.

A demain

Tour 2015 – quinzième étape. Ambiance de plomb, leçons de journalisme, régression et jet d’urines

Bonjour

Régression à tous les étages. Rien ne va plus parce que tout va trop vite, à commencer par Froome. On en vient même à remettre en cause les fondations du spectacle. C’est comme un début de débâcle dans une France en surchauffe. Une France où des feux de chaume immobilisent une SNCF qui doit rembourser des milliers de billets en partance du Montparnasse. Une France où les éleveurs hurlent au loup et où on va les abattre après les avoir réintroduits. Une France qui ne sait plus si elle a sauvé ou assassiné la Grèce.

Crachats

La régression n’est jamais un spectacle très agréable. Hier, 18 juillet, on la retrouva sur la route qui va de Rodez à Mende. On l’avait déjà vue dans la montée-calvaire vers La Pierre-Saint-Martin. « Richard Porte a pris une mandale d’un spectateur dans les derniers kilomètres de l’ascension » rapporte aujourd’hui L’Equipe (Alexandre Roos), un journal  qui sait ce que mandale veut dire.   « Le lendemain, à Cauterets, l’Australien se faisait traiter de ‘’dopé’’ après l’arrivée et allait fissa d’expliquer avec son accusateur » ajoute le quotidien sportif. Puis des canettes de soda ont également volé en direction des coureurs de Sky et au moins deux d’entre eux se sont fait cracher dessus.» Il faudra songer à interdire les canettes de soda – faute de pouvoir prohiber les crachats.

Le 18 juillet, la régression a franchi une nouvelle marche vers le bas. « Hier, ce fut au tour de Chris Froome, le Maillot Jaune, d’être la cible et de prendre un gobelet d’urine en pleine poire », s’amuse L’Equipe. « Froome, le drame pipi » ajoutera Le Journal du dimanche (Mickaël Caron). Eclairage  de Froome : « Il avait un gobelet dans la main et je me doutais que c’était quelque chose d’étrange. Quand je suis passé à sa hauteur il l’a lancé sur moi et a crié ‘’dopé’’. Pas de doute, c’était de l’urine. C’est inacceptable pour de nombreuses raisons. » Froome est bien bon.

Scepticisme médiatique

Pour les suiveurs, aucun doute: ces incivilités ont commencé quand Froome a éparpillé la concurrence, façon puzzle, vers La Pierre-Saint-Martin. Il a gâché le métier. « Cette démonstration a été accueillie avec scepticisme par de nombreux médias » écrit, sans rire, L’Equipe. Et Froome ne supporte plus les médias qui le soupçonnent Il n’est pas le seule. Michelle Froome, son épouse, reparle désormais haut et clair. C’est sur Twitter. Elle rafale :

« J’espère que vous êtes attentifs, bandes d’idiots ignorants et irresponsables. Je suis complètement dégoutée. Aux journalistes qui prétextent qu’ils font leur boulot : votre boulot est de rapporter des faits, pas les opinions de personnes biaisées. »

L’Equipe nous guide dans le dédale des conflits d’intérêts : Cédric Vasseur et Laurent Jalabert (anciens coureurs, aujourd’hui consultants, notamment pour France Télévisions et RTL) s’étaient interrogés su la cadence de pédalage de son mari dans les cols. Mme Froome ne le permet pas. Quant au directeur sportif français de l’équipe de son mari, il accuse l’ancien champion Cyrille Guimard, 68 ans, d’avoir dit sur RMC  qu’il y avait des trucs qui clochaient. « Si ça cloche pour lui c’est qu’il ne comprend plus rien au vélo, et c’est bien dommage » a-t-il dit. Mme Froome a applaudi. Mr et Mme Froome forment une très bonne équipe.

Dignité

Le sport c’est aussi, parfois, la mort. L’Equipe fait sa Une d’un visage de Jules Bianchi (1989-2015) : « Il est parti ». Et rappelle que ce « jeune prince de la F1 » est mort « vingt-et-un ans, deux mois et seize jours » après la disparition d’Ayrton Senna. « On s’y était préparé, ajoute le quotidien sportif (Anne Guitini), néanmoins la F1 est meurtrie. »

L’Equipe veut parler ici de la durée du coma profond dans lequel était le champion depuis son accident survenu lors du Grand Prix du Japon, le 5 octobre 2014. La plus grande discrétion a été observée quant aux circonstances de cette mort survenue le 17 juillet au CHU de Nice, la ville où il était né. On peut voir là une forme de dignité médiatique.

Jeudi 23 juillet les médecins du CHU de Reims diront, publiquement, ce qu’ils ont décidé quant à la vie ou à la mort de Vincent Lambert.

A demain

Tour 2015 – quatorzième étape. Aujourd’hui la métaphore prophétique de la bécane à moteur

Bonjour

Mieux vaut voir le Tour de loin. On distingue mieux les perspectives du sol de France, la cathédrale d’Albi, celle de Rodez et les beautés du Tarn. On retrouvait, hier, le Premier ministre et, aujourd’hui, le président de la République. Ils sourient, sont heureux et font comme depuis toujours partie du décor.

Trempe

Avec le recul on croit, aussi, percevoir des fragments de l’avenir du Tour. De quoi sera-t-il fait ? De quelle trempe seront les coureurs et en quels titanes seront ce que l’on appelait, hier encore, leurs bécanes ? Seront-ce encore des bicyclettes ? Hier saugrenue la question est brutalement d’actualité. Le Monde (Henri Seckel et Yann Bouchez) nous dit que depuis plusieurs semaines l’Union cycliste internationale (UCI) tient à faire savoir qu’elle ne laissera pas utiliser des « vélos à moteur » sur le Tour de France.

« Je n’ai aucune preuve que ce système a été utilisé en course, mais je sais que la technologie est disponible, a déclaré au Monde le président de l’UCI, Brian Cookson, le matin du départ du Tour, à Utrecht. Ça existe, c’est certain. Nous pensons qu’il y a un danger que cela soit utilisé en course, mais nous sommes déterminés à ne pas laisser une chose pareille se produire. »

Survol

Après l’EPO, l’électricité ? Avant même les prélèvements sanguins au clair de lune on en est, sur le Tour 2015, aux  contrôles matériels inopinés. Rien de probant pour l’instant, mais demain ? Le survol, avant-hier, de Christopher Froome  dans la montée vers La Pierre-Saint-Martin ? « On dirait que le vélo pédale tout seul, a commenté Cédric Vasseur pour France Télévisions à propos du maillot jaune. Si le cyclisme contrôlait régulièrement les vélos, comme en Formule 1, on se poserait moins de questions. » Il est vrai que ces vélos roulent à la vitesse des automobiles.

Sus au dopage technologique comme on le fait avec le chimique ? Plusieurs journalistes, dont ceux du Monde, ont demandé à l’UCI s’ils pouvaient assister à ces contrôles. Sans succès pour le moment. L’instance internationale veut bien communiquer sur l’existence de contrôles, mais les tentes dans lesquels ceux-ci se déroulent restent un territoire interdit aux médias. Comprenne qui pourra.

Phanères et fricadelle

D’un côté le sang et les urines. Bientôt les phanères. Et de l’autre ? La partie tubulaire verticale, sous la selle, et la partie arrière  de la bécane ? La roue arrière  où pourraient se loger les moteurs ? Ces interrogations restent en suspens.

Selon les informations du Monde plusieurs commissaires seraient bien présents, juste pour assister au déroulement des contrôles. Mais pour ces derniers, les vélos à moteur relèvent plus du fantasme de journaliste que d’un danger potentiel. Ainsi, lorsque Le Monde a posé des questions on lui a répondu :

« C’est comme la fricadelle, vous connaissez ? La fricadelle, c’est bon, mais on ne sait pas ce qu’il y a à l’intérieur. Des vélos à moteur, on n’en a jamais vu pour l’instant. Pour l’instant, heureusement, aucun moteur n’a été détecté dans les vélos. Tant mieux, car ce serait pire que du dopage. »

Tricherie

Chacun ses hiérarchies. « Il y a quelques mois, en début d’année, l’UCI a modifié son règlement et sanctionne désormais cette forme de tricherie, précise Le Monde. Le coureur coupable risque une suspension minimale de six mois et une amende de 20 000  à 200 000 francs suisses (19 100 à 191 000  euros). Depuis avril  2014, le règlement technique précise, dans son article  1.3.010, qu’il est  » interdit d’ajouter un système mécanique ou électrique servant d’assistance au coureur « . »

La puissance,voilà l’ennemie.  Aujourd’hui, Le Figaro se penche sur « ces watts qui font tourner les têtes du Tour ». Et L’Equipe, sans rire, tente de comprendre pourquoi les données de Chris Froome « ne cessent d’alimenter la polémique »… « Vous n’y comprenez rien ? Nous non plus, assure le quotidien sportif de référence. Mais on s’est renseigné ». Cela donne un délicieux petit papier néo-pédagogique, signé de Alexandre Roos. Il est signé « So, watts » ?

L’Equipe, parfois, ne manque pas d’air.

Le Tour, dans l’avenir ? Le Tour 2115 ? Il passera par Chambord et Marignan. On y célèbrera le 600ème anniversaire de la bataille que l’on sait. Les polémiques du siècle passé feront bien rire. Tous les cyclistes seront greffés  sur leurs bécanes humanisées. On les appellera des Minotaures. Il n’y aura plus de voiture balai. Et plus de président de la République.

A demain

Tour 2015 – dixième étape. Chris Froome est sympathique mais cela pourrait ne pas durer

Bonjour

Ce matin il faut lire la BBC de préférence à L’Equipe. On y saisit l’intensité de l’ire du champion britannique qui, hier, a assommé (terrassé, écœuré, dynamité, époustouflé, etc.) tous ses rivaux Assommé, qui plus est,  lors de la dixième étape doublement identitaire : le jour du 14 Juillet avec arrivée à La Pierre-Saint-Martin – soit la Révolution et la religion.

Respect

Aujourd’hui Froome, le « kenyan blanc », 30 ans, veut un peu plus de respect. Non, il ne tourne pas à l’eau oxygénée. A peine avait-il franchi la ligne d’arrivée qu’il se disait «fier d’être arrivé à ce niveau en étant propre ». Et interdiction  de lui demander à quelle altitude il serait s’il ne l’était pas (propre).

Les commentateurs professionnels sont dans le plus grand des désarrois. Ils confient, en direct (comme celui de France Télévisions) que les images de Froome se passent de commentaires. Quant aux consultants (Laurent Jalabert) isl conseille au peloton d’aller consulter (chez des psys). C’est dire la profondeur du trouble identitaire.

Etrange vidéo

On peut aussi lire Libération (Pierre Carrey). Il nous offre  la synthèse de ce qui se sait dans les milieux bien informés mais que L’Equipe (Alexandre Roos) distille. Les uns parlent d’espionnage et de paranoïa quand les autres citent WikiLeaks. Ce qui est, peut-être, une autre manière de désigner une facette de notre modernité. Résumons ce qui nous est présenté comme  une fuite d’informations scientifiques : les données d’entraînement de Chris Froome  auraient été dérobées par un pirate informatique (voir la BBC). Médiapart n’a encore rien révélé. Libération :

« Les soupçons sont apparus lundi soir, après la mise en ligne d’une étrange vidéo anonyme et apparemment accusatrice sur Youtube, qui divulguerait des informations physiologiques sur le coureur, accompagnées d’images de l’ascension du Mont Ventoux, dans le Tour de France 2013, où Froome s’était imposé en force. La vidéo, que nous n’avons pu consulter, a été retirée lundi dans la soirée.

La publication de ces données relève d’une infraction, celles-ci étant collectées à l’entraînement ou en course (par un capteur de puissance) pour un accès très restreint, réservé à l’athlète concerné et à son encadrement. Ces informations (par exemple la puissance, la fréquence cardiaque, la vitesse, etc.) demeurent confidentielles dans la plupart des équipes, notamment afin que les adversaires ne puissent pas s’inspirer des méthodes d’entraînement ou déceler une éventuelle période de forme ou de méforme à venir.

Lever le voile

Pour lever le voile sur les performances de Chris Froome dans le Tour 2013, la Team Sky avait accepté de transmettre les fameuses données à l’un des meilleurs experts en physiologie du sport, Frédéric Grappe, présenté alors comme «indépendant», mais conseiller à l’équipe de la FDJ (Française des Jeux). Ses conclusions étaient parues dans l’Equipe du 19 juillet 2013 (mais sans les données brutes, pas même le poids du coureur !). Elles étaient très favorables au Britannique, puisque l’expert français dressait quatre constats : «Sa puissance s’émousse naturellement» (il fatigue de manière normale), il possède «un potentiel aérobie hors du commun»«un poids très stable» et d’«excellentes qualités de récupération».

Le choix des titres de L’Equipe soulignait l’apparente innocence de Chris Froome. Ce qui a conduit d’autres experts (dont Antoine Vayer, dans Libération), à dénoncer une «opération de communication», voire une «manipulation». Par ailleurs, le Team Sky avait accepté de fournir des données sur une période de deux ans seulement, trop courte pour tirer des conclusions solides. A titre de comparaison, les informations biologiques de Thibaut Pinot s’étendent sur six ans et Frédéric Grappe les a rendues publiques en novembre passé, dans un article publié par le Journal of Sports Sciences. »

Sympathie et perfidie

Interrogé sur ses performances phénoménales dans le Mont Ventoux en 2013, Froome a répondu au soir du 14 juillet : «C’est une vieille histoire.» Quant au vol des données, il dit «ne pas savoir très bien» de quoi il retourne et souligne qu’elles sont vieilles d’il y a deux ans.

« Je suis sympathique, mais il doit y avoir, aussi, un certain niveau de respect aussi » a déclaré Froome sur la ligne d’arrivée du 14 juillet. Ce qui doit être interprété à la lumière de l’humour et du savoir-vivre britannique. De même que l’autre sortie du coureur qui qualifie de clowns ceux qui interprètent de manière malveillante les chiffres de sa puissance. En ce lendemain de 14 juillet et d’artifices européens l’Empire britannique montre, sur le sol français, l’ampleur de sa puissance et le degré de sa perfidie.

A demain

350 $ pour parler, au téléphone, des déments et du corps de Lewy. Est-ce être compromis ?

Bonjour

14 juillet 2015 en France. Sur le Tour, Froome, le « kenyan blanc », 30 ans, tourne à l’eau oxygénée. Il vient d’écœurer le peloton des Pyrénées. Le sage Laurent Jalabert conseille à ses concurrents d’aller, ce soir, chez des psys. A ses côtés l’insupportable commentateur de France Télévisions dit que les images de Froome se passent de commentaires (mais il continue à en faire…). Combien de temps faudra-t-il encore pour trouver la bonbonne de Froome ? Quelques minutes après son triomphe à La Pierre-Saint-Martin, il s’est dit «fier d’être arrivé à ce niveau en étant propre ». Où serait-il s’il ne l’était pas ?

Sida à Addis-Abeba

14 juillet 2015 à Addis-Abeba, capitale de l’Ethiopie. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU évoque une prochaine « génération sans sida ». Les Nations Unies annoncent une chute de 35 % des infections par le VIH sur quinze ans. « Le monde a réussi. Nous avons réussi et dépassé […] les objectifs concernant le sida […]. Nous allons vers une génération sans sida », affirme Ban Ki-moon depuis Addis-Abeba, où il participe à une conférence internationale sur le financement du développement.

Une seule condition : il faudra encore débourser 32 milliards de dollars (29 milliards d’euros) par an d’ici à 2020 pour espérer en finir avec le sida d’ici à 2030. « Nous avons brisé la trajectoire de l’épidémie. Nous voyons une baisse du nombre d’infections dans 83 pays » a pour sa part déclaré  Michel Sidibé, directeur d’Onusida. Tout cela ne manque pas de paradoxe puisque le nombre de personnes vivant avec le VIH-sida continue d’augmenter – 36,9 millions l’an dernier, soit 700 000 de plus que l’année précédente. Ne pas être surpris : c’est qu’il est désormais possible de vieillir avec le sida grâce aux thérapies antirétrovirales.

« L’épidémie n’est pas enrayée, car nous avons dix-neuf  millions de personnes qui ne connaissent pas leur statut et vingt millions de personnes qui attendent leur traitement », a nuancé M. Sidibé. L’ONU compte sur l’arrivée d’un vaccin durant la prochaine décennie, a expliqué Michel Sidibé. L’Afrique subsaharienne reste la région la plus touchée. La région Asie-Pacifique, moins affectée avec « seulement » 5 millions de personnes contaminées préoccupe l’ONU en raison d’une recrudescence des cas. Les nouvelles infections y ont progressé de 3 % entre 2010 et 2014 – pour l’essentiel en Chine, en Inde et en Indonésie. Comment, dans ces conditions, oser évoquer une possible éradication ?

Comprendre le paysage

14 juillet 2015 à New York, Londres et Delhi. On reçoit ce courrier (nous ajoutons les liens):

«Cher Docteur,

Mon nom est le Dr …. , conseiller médical chez SmartAnalyst. SmartAnalyst est une firme de recherche indépendante qui possède des bureaux à New York, Londres et Delhi et fournit une analyse adaptée et un aperçu stratégique aux sociétés pharmaceutiques et de biotech. Pour de plus amples informations, vous pouvez parcourir notre site internet: www.smartanalyst.com

Nous sommes en train de mener actuellement une étude portant sur la psychose associée à la démence à corps de Lewy ainsi que le comportement de désordre du sommeil paradoxal (REM). L’objectif de cette recherche est de comprendre le paysage de traitement actuel et les besoins actuels non-couverts de ces désordres ; ainsi que tester le potentiel de certaines options émergentes de traitement. Nous espérons trouver des neurologues, des psychiatres et des spécialistes du désordre du sommeil qui peuvent échanger avec notre équipe et fournir leurs perspectives quant à ces sujets.

Vos honoraires

Cette étude aura lieu du 13 au 22 juillet 2015 et nous souhaiterions organiser une discussion téléphonique d’une heure, sur base de votre disponibilité et votre commodité.  En récompense du temps et des efforts que vous nous consacreriez, nous vous offririons un honoraire de 350 $. Si vous êtes intéressé veuillez, s’il-vous-plaît, avoir l’obligeance de répondre au pré-questionnaire en y accédant par le lien ci-dessous (…) »

14 juillet 2015. Répondre ou pas ?

A demain

Tour 2015. Les coureurs cyclistes n’ont plus le droit d’user des aiguilles. Richard Gasquet si.

Bonjour

L’été L’Equipe étend son empire. Le soleil ne s’y couche jamais.

Prenons ce vendredi 10 juillet. Le Tour est maudit et le gazon sacré. Entendre que le début de la Grande Boucle n’est que chutes et fractures, crevaisons et dermabrasions. Un jeune espoir français est particulièrement visé par la poisse. Il se nomme Thibaut Pinot, a tout juste un quart de siècle et un bel avenir devant lui. Ses malheurs depuis le début de la course ont poussé les journalistes sportifs du Monde à oser un Pinot noir alors que le peloton n’était toujours pas sorti de la mélasse du pays du houblon.

Agonie sur court

Impériale L’Equipe titre aujourd’hui majestueusement avec un « Gasquet face à son destin » qui se poursuit par un « Richard G., une passion française ». Une sorte de Richard III à la française, un Poulidor au petit pied. On fait un évènement d’une demi-finale à Wimbledon où Richard, euphémisme, ne part pas favori (Novak Djokovic).

Mais l’évènement, le vrai, n’est pas là. Organisatrice de spectacle la maison L’Equipe sait pimenter les siens. Dans son édition datée du 7 juillet elle publiait, sur deux vastes pages, un entretien avec Richard Gasquet (Frédéric Bernès) intitulé « Heureusement que les infiltrations existent » (sans points de suspension…). Le champion français, 31 ans, y fait des révélations médicales… Le lecteur apprend qu’en mars il était à l’agonie (Indian Wells, abandon contre Berrer) … et que trois mois plus tard on le retrouve …sur le central de Wimbledon….  Que le syndrome de Maigne dont il croyait souffrir (inflammations récurrentes dit L’Equipe, c’est un peu plus compliqué comme on peut le voir ici)…) est en réalité une hernie discale. »

Mal de fou

Richard Gasquet : « (…) J’avais un mal de fou. J’avais peur. De retour à Paris, je fais une infiltration. Heureusement que les infiltrations existent, sinon je ne serais plus sur les courts aujourd’hui. Il y a un paquet de gars qui se font infiltrer. Ce sont des épreuves mais je ne suis pas le seul (…) »

C’en était trop pour ceux du Tour. Ces allusions bienveillantes aux infiltrations ont suscité l’ire du peloton qui, lui aussi, twitte. « Une déclaration qui a fait réagir le monde du cyclisme où toute injection par piqûre est interdite – c’est la ‘’no needle policy’’ – et où les équipes qui adhèrent au Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC) rejette tout usage des corticoïdes » peut-on lire ce matin dans L’Equipe.

Sous infiltration

La réaction la plus virulente est venue de Julien Pinot, non pas Thibaut mais son frère qui, par ailleurs est son entraîneur. Julien a twitté ceci :

« Contrôle inopiné à 23 heures pendant que Gasquet se qualifie en demi sous infiltration. Pas le même traitement des instances et des médias »

Puis il s’est expliqué plus longtemps sur son indignation : « Je voulais montrer aux gens qu’on est contrôlés tous les jours et qu’on lutte vraiment contre le dopage. Tout le monde se fout que Gasquet subisse des infiltrations. S’il était cycliste… Thibaut, ça fait quatre jours qu’il a une bronchite, ils se soigne avec des plantes. Certains sports ne luttent pas contre le dopage. »

Paulo la Science remplacé

Un peu plus loin on peut trouver la chronique historique de L’Equipe. Jean-Paul Ollivier (dit « Paulo la Science ») y écrit ce qu’il raconta longtemps sur France Télévisions. Aujourd’hui il évoque la formidable histoire d’Albert Londres qui, en 1924, du couvrir le Tour pour le Petit Parisien. Conseillé par le journaliste sportif Henri Decoin (de L’Auto, ancêtre de L’Equipe), Londres rapporta les propos des célèbres frères Pélissier, alors fâchés avec Henri Desgrange, directeur du Tour. On connaît la suite et l’expression Les Forçats du Tour.

Albert Londres, reporter engagé, voulait supprimer le Tour après avoir supprimé le bagne de Cayenne. Plus tard d’autres journalistes s’y essayèrent. Aujourd’hui c’est Eric Fottorino qui, sur une radio privée et sur France Télévisions, a pris la place de Jean-Paul Ollivier. Albert Londres n’a toujours pas été remplacé.

A demain

Tour -1ère étape : un coureur asthmatique, cortisolémie dans les chaussettes, est-il un coureur malhonnête ?

Bonjour

Utrecht, 4 juillet. Le Tour de France démarre en Hollande et en trombe. Le Néerlandais Lars Boom(Astana®) , a vu sa participation au Tour de France remise en cause, hier, à la veille du départ, en raison d’un taux de cortisol trop basL L’information a été donnée par les mieux informés : le site internet lequipe.fr.

Mise au repos

Selon les règles du Mouvement pour un cyclisme crédible (MPCC) – auquel Astana®  appartient, ce problème justifie une mise au repos. L’euphémisme est un genre prisé dans le milieu du cyclisme. Pour autant le coureur peut prendre part à la course suivant les règles de l’Union cycliste internationale (UCI) – règles basées sur le Code mondial antidopage.

«L’équipe Astana a demandé à l’UCI d’autoriser le remplacement, a précisé à l’AFP Roger Legeay, président du MPCC. Mais l’UCI a refusé. C’est maintenant à l’équipe de prendre sa décision».

De type corticoïde

« Une cortisolémie effondrée, synonyme d’insuffisance surrénale, est généralement due à l’utilisation d’un traitement médical de type corticoïde » croit savoir l’Agence France Presse. Tous les endocrinologues en connaissent, sur le sujet, un rayon. Les entourages des cyclistes aussi.

Lars Boom est le seul « positif » des 126 coureurs contrôlés pour leur cortisolémie – soit l’ensemble des équipes adhérentes du MPCC engagées au Tour. Il faut ici rappeler que le MPCC (à la pointe de l’antidopage) a élaboré des règles plus sévères que celles du Code mondial sur l’usage des corticoïdes.

Sous surveillance

Boom est âgé de 29 ans et serait asthmatique.  En 2014 il  gagné l’étape des pavés du Tour menant à Arenberg – avant d’être  recruté à l’intersaison par Astana®. Cette  formation kazakhe est placée sous surveillance par l’UCI à cause de plusieurs cas de dopage l’an passé, n’a obtenu sa licence que tardivement, au mois d’avril.

Le MPCC a rappelé à plusieurs reprises la différence entre un taux de cortisol trop bas, qui relève d’un problème de santé pour le coureur, et un cas de dopage. En mai, l’équipe Lotto NL avait elle aussi été confrontée à un problème identique avant la première étape du Giro. Elle avait écarté du peloton le coureur néo-zélandais George Bennett. Apès réflexion elle s’était rapidement retirée du MPCC (l’adhésion y est volontaire). Le MPCC a demandé récemment à l’UCI à ce qu’une équipe puisse procéder à un changement de coureur, en cas de cortisolémie effondrée. Mais le règlement de l’UCI, pour l’heure, ne semble pas avoir été modifié sur le sujet.

Oreillette

Tout cela vient de donner matière à un joli jeu de bonneteau-novlangue Notamment sur France Télévisions. Gérard Holtz, plus souriant que jamais à reçu le roi de Hollande. Emmanuel Macron, ministre français de l’économie, en costume, était au côté du podium et des coureurs. Les jeunes filles étaient jolies comme des cœurs et des tournesols. La communication téléphonique avec Roger Legeay, président du MPCC, était très mauvaise. Gérard Holtz, en dépit de son oreillette, n’a pas tout compris en matière de costisolémie. N’ayant pas tout compris il a gardé son sourire éclatant et n’a pas posé de questions trop dérangeantes.

C’est fini. Lars Boom, cortisolémie dans les chaussettes, est bien dans le groupe. Le 102ème Tour de France peut s’élancer.

A demain