«Sexualité et prédestination» : un sujet philosophique du président de la République

Bonjour

Baccalauréat 2016. Académie de Paris. Sujet de philosophie. Coefficient 7. Durée 4 heures. Téléphones portables et autres tablettes prohibés.

« Choisit-on librement son orientation sexuelle ? »

Vous pourrez, autant que de besoin, vous inspirer de ces éléments contextuels:

François Hollande, président de la République a, dimanche 12 juin 2016, condamné « avec horreur » la fusillade d’Orlando. Il s’exprimait pour la première fois sur le caractère homophobe de cette fusillade au cours de laquelle cinquante personnes ont été tuées au sein d’une boîte de nuit essentiellement fréquentée par des gays.

Compassion

Le lundi 13 juin, à l’ambassade des États-Unis en France François Hollande a « exprimé sa compassion » envers le peuple américain. « C’est l’Amérique qui a été frappée, mais c’est la liberté qui était visée. La liberté de choisir son orientation sexuelle et de déterminer son mode de vie », a –t-il déclaré.

Puis ce message a aussitôt été diffusé sur Twitter via le compte officiel du président de la République :

« L’effroyable tuerie homophobe d’Orlando a frappé l’Amérique et la liberté. La liberté de choisir son orientation sexuelle et son mode de vie. » Un message diffusé par vidéo sur FranceTVInfo

Polémique

Aussitôt un débat polémique a éclaté, sur les réseaux sociaux et dans les médias, centré sur le thème du choix de l’orientation sexuelle. Cette formulation a notamment alimenté l’ire d’une partie de la communauté LGBT. Cette polémique conteste les parts respectives de la génétique et, via l’épigénétique notamment, de l’environnement  familial.

« Une bien triste erreur […] Le président de la République qui a inscrit dans la loi française l’égalité des droits et l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe explique que “l’orientation sexuelle” des individus, en particulier des homosexuels, relève d’un “choix”. Ce qui n’est  évidemment pas le cas… » a notamment affirmé  la radio Europe 1.

Vivre ou choisir

Ce tweet présidentiel polémique a été effacé quinze minutes seulement après avoir été diffusé. Un nouveau message a alors été publié où l’expression « choisir » est remplacée par « vivre » :

 « La tuerie homophobe d’Orlando a frappé l’Amérique et la liberté : la liberté de vivre son orientation sexuelle et de choisir son mode de vie. »

 L’affaire n’a pas été sans susciter des considérations politiciennes. Certains ont établi un parallèle avec l’action présidentielle : « Ce tweet est à l’image du quinquennat de Hollande: ça part d’une bonne intention et ça se termine en catastrophe »

Perversité

Vous pourrez nourrir votre réflexion des arguments développés par le Dr Philippe Brenot, enseignant en sexologie à l’université Paris-Descartes et conseiller scientifique d’un documentaire récemment diffusé sur France 2 dans l’émission Infrarouge : « Homo ou hétéro, est-ce un choix ? ».  Extrait (MetroNews) :

« Les gens ne savent pas distinguer l’identité sexuelle de l’orientation ou même du désir. Un homme homosexuel n’a aucun problème d’identité, c’est un homme, comme une femme hétérosexuelle est une femme. Quant à la question de l’orientation, l’hétérosexualité n’est pas la normalité. J’ai été stupéfait, au moment des ‘’Manifs pour tous’’, de prendre conscience qu’un tiers des Français pensaient que l’homosexualité, l’intérêt pour le même sexe, était une pratique perverse choisie délibérément. Alors que ce n’est pas un choix. »

A demain

 

Ecologie tue-mouches : rebondissement dans l’affaire des cerises françaises millésimées 2016

Bonjour

Le temps venu, mangera-t-on des cerises ? Nous en étions restés à une impasse tue-mouches. Le gouvernement français avait interdit, cette année, l’usage du diméthoate, vieil insecticide puissant et toxique, destructeur de Drosophila suzukii, mouche d’origine japonaise, vieille d’un siècle et ravageuse de cerises. Mais le même gouvernement avait unilatéralement pris la décision d’interdire l’importation de cerises venant de pays autorisant ce même diméthoate. Conclusion : les prix du bigarreau allaient exploser.

Il y a quelques jours, comme on pouvait le voir sur FranceTV Info,  des producteurs du Lubéron manifestaient bruyamment pour protester contre l’interdiction de cet insecticide « seule méthode efficace », selon eux, pour protéger leurs cerisaies de cette mouche d’une particulière nocivité. L’affaire faisait la Une des grands quotidiens régionaux. On annonçait des prix atteignant les cinquante euros le kilo. Ne resteraient plus que celles pouvant être placées sur les gâteaux.

Rebondissement aujourd’hui 20 avril. L’information vient d’être donnée par Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement au terme de sa rencontre avec les représentants des producteurs de cerises françaises. D’où il ressort:

1 Le diméthoate reste interdit dans l’Hexagone pour le traitement des cerises contre la mouche Drosophile suzukii.

2 La « clause de sauvegarde nationale » ayant pour objet l’interdiction d’importation de cerises venant de pays autorisant le traitement des cerises au diméthoate serait effective dès cette semaine.

3 A ce jour, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, la Grèce et la Slovénie ont, comme la France, annoncé leur intention de ne pas autoriser le « diméthoate sur cerise » (sic).

4 Le cyantraniliprole et le spinetoram pourront être utilisés dès cette campagne.

5 Des crédits de promotion seront débloqués pour participer au financement d’actions de communication sur la cerise.

En d’autres termes on incitera, par voie de réclame, les consommateurs à manger des cerises qui, pour la premières fois depuis longtemps n’auront pas été traitées au diméthoate.

Peut-être serait-il judicieux d’éclairer les mêmes consommateurs sur ce que sont le cyantraniliprole et le spinetoram. Il semble que le premier soit d’une particulière toxicité sur les abeilles. Qu’en est-il des merles moqueurs, des pendants d’oreille, des chagrins d’amour, des gouttes de sang ?

A demain

Affaire Lambert : pour la mort ou la vie il faudra attendre samedi

Euthanasie médiatisée,  euthanasie judiciarisée. Les tréteaux et les micros se sont déplacés jusqu’à Châlons-en-Champagne.

Le tribunal administratif  va rendre son verdict. Il devait le faire hier. Il devait le faire aujourd’hui. Ce ne sera pas le cas. La France attendra jusqu’à samedi (1)

Ce n’est pas la place de Grève bien sûr. C’est la démocratie in live. C’est aussi une forme moderne, médiatique, la non-séparation des pouvoirs.  

Malaise.

Hier mercredi 15 janvier Jean-Jacques Louis, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne  a expliqué que  le « caractère inhabituel » de l’affaire réclamait « une formation collégiale et élargie ». Il faudra donc neuf magistrats au lieu d’un seul pour une « requête en référé liberté visant à suspendre une décision médicale d’arrêt de traitement ». La justice sait prendre des gants.

Dr Eric Kariger

Toute la France a appris à connaître l’affaire : Vincent Lambert, tétraplégique de 37 ans est tenu pour être « en état de conscience minimale »  – ou en état « pauci-relationnel ».  La France sait que sa vie  est au centre d’un conflit familial qui n’a que trop duré. Neuf mois dit-on. D’un côté les parents et leurs avocats (parmi eux Jérôme Triomphe dont la presse nous rappelle « qu’il a défendu les manifestants de La Manif pour tous ». Avec eux  une sœur et un demi-frère, ainsi que deux médecins. Ils souhaitent également  le maintien en vie de Vincent.

De l’autre quatre avocats et leurs clients. Dont le Dr Eric Kariger, qui a pris la décision d’arrêter l’alimentation et l’hydratation de son patient. Il y a aussi l’épouse et un neveu. Ils partagent ce choix. Le Monde nous dit que des membres de l’équipe soignante sont venus apporter leur soutien. Il nous dit encore que « la rapporteure publique retoque l’un après l’autre les arguments de la requête ». Comprendre que la loi Leonetti peut s’appliquer au cas de Vincent Lambert. Et que la procédure collégiale mise en place pour décider de sa mort n’est pas entachée d’irrégularités.

Me Triomphe

Question centrale : y-a-t-il ici  « obstination thérapeutique déraisonnable » ? Une partie invite le tribunal à suspendre la décision d’arrêt des traitements. Me Jérôme Triomphe : « C’est la première fois depuis 1981 qu’un avocat doit plaider pour un condamné à mort. »  Pour les avocats des parents Vincent Lambert n’est pas mourant. Il n’est pas malade non plus. Il est handicapé. Pour l’avocate de l’hôpital ses confrères ne connaissent pas la loi. Elle les accuse presque de faire acte de propagande. La parole est libre.

Dr Jean Leonetti

Elle est libre aussi pour les politiques. Ce qui ne va pas sans poser quelques petits problèmes. Comme lorsque le député (UMP) médecin cardiologue par ailleurs rapporteur de la loi qui porte son nom –Jean Leonetti– dit dans les médias l’interprétation qu’il faut ici en faire. Comme on peut le voir ici. Ce qui ne manque pas d’interroger sur la séparation des pouvoirs – voire des savoirs. « Son cas [celui de Vincent Lambert] relève de la loi actuelle sur la fin de vie et les droits des malades, explique-t-il au Figaro (article payant). Le chapitre sur l’acharnement thérapeutique dit bien que l’on peut interrompre les traitements qui apparaissent comme disproportionnés et dont seul le but est le maintien artificiel de la vie. »

 Le juge Jean-Jacques Louis

Le Monde : « Avant de clore l’audience, le juge avait rappelé que le tribunal ne porterait de jugement ni sur les comportements ni sur les convictions morales et éthiques, mais uniquement sur l’application de la loi Leonetti. Pas seulement d’un point de vue juridique cependant : ‘’Notre ordonnance initiera une jurisprudence, prévient-il. A mon sens, nous serons le premier tribunal à devoir trouver un sens opérationnel à cette loi.’’ »

C’est la vieille question du contrôle des médecins qui est ici une nouvelle fois posée. Blouses noires versus blouses blanches. Le toute face aux caméras démocratiques. Le président  Jean-Jacques Louis a estimé impossible que l’ordonnance soit rendue dans l’après-midi du mercredi comme le délai de quarante-huit heures l’imposait. La justice sait prendre son temps. .

 

(1) Peu après midi Le tribunal administratif de Chalons-en-Champagne a  annoncé sa décision de suspendre la décision des médecins d’arrêter l’alimentation et l’hydratation de leur patient. Et donc de donner gain de cause à ses parents.   On annonce déjà que le CHU, le neveu de Vincent Lambert et son épouse vont déposer un recours auprès du Conseil d’Etat. Celui-ci devra rendre sa décision dans les 48 heures.