Vaccin hépatite B et sclérose en plaques : la réplique (mordante) du Pr Goudeau au Pr Bégaud

Bonjour

La pire injure que l’on puisse faire à l’histoire n’est sans doute pas de l’écrire. C’est sans doute de la réécrire. L’une des principales affaires de santé publique de ces vingt dernières années en France est celle de l’élargissement des indications de la vaccination contre l’hépatite B et des conséquences qui suivirent. C’est une histoire assez complexe qui, dans les médias généralistes ne fut que rarement appréhendée dans sa globalité. Et rarement mise en perspective.

Historien

L’entretien accordé il y a quelques jours au quotidien Libération  par le Pr Bernard Bégaud nous laissa penser que le moment était peut-être venu de commencer à faire œuvre d’historien. Exposant cette espérance nous avons alors reproduit sur ce blog  les propos de ce pharmacologue professeur de pharmacologie qui  dirige à Bordeaux  l’unité de recherche  «Pharmaco-épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de santé sur les populations» de l’Inserm qui emploie dix-sept chercheurs  (On retrouvera ce texte ici). Nous soulignions alors que le Pr Bégaud accusait beaucoup sans aller jusqu’au bout de ses accusations.

Philippe Maupas

Nous avons ensuite reçu une lecture commentée des ces accusations. Nous la publions ci-dessous. Elle est signée du Pr Alain Goudeau, (Université François-Rabelais) chef du service de bactériologie-virologie du CHU de Tours. Le Pr Goudeau est un assez bon connaisseur du dossier. Il fut membre de la première équipe du Pr Philippe Maupas (Goudeau A., Coursaget P., Drucker J.), inventeur du premier vaccin contre l’hépatite B qui signa les deux premières publications sur ce sujet : Bull Acad Nat Med 1976 ; 160 : 461-70 et Lancet 1976 ; 1 : 1367- 70). Et depuis 1976 il n’a cessé de suivre l’évolution et les progrès de cet outil préventif qui a notamment  fait la preuve de son efficacité dans la prévention du cancer primitif du foie. A ce titre il fut un observateur attentif et critique de la campagne de vaccination de 1994.

Relecture

Voici la relecture que le Pr Goudeau fait des propos du Pr Bégaud :

« J’ai lu le texte de Bernard Bégaud qui est un assez joli exercice de réécriture de l’histoire. Tout cela comme une  hagiographie déguisée du rédacteur qui lui, évidemment, avait tout prévu et qui n’avait pas été consulté. Les exemples d’informations erronées ou de contre vérités grossières sont les suivantes :

B.B. « C’est un gâchis énorme. Jusque dans les années 80, les Français étaient très attachés aux vaccins. Il me paraît clair que l’inversion est liée à la campagne de vaccination contre l’hépatite B lancée en 1994. »

A.G. Malheureusement l’activité anti-vaccinale pré-existe au vaccin contre l’hépatite B. Cette hostilité  se manifestait surtout contre le BCG et contre le vaccin anti-variolique. Elle  est en partie liée à deux facteurs : l’obligation vaccinale et la réalité des accidents rares mais réels avec ces deux vaccins. La France homéopathique nourrit depuis bien longtemps une violente diatribe contre les vaccins avec, en fond récurent, l’idée que tout ce qui change l’immunité « naturelle » affaiblit l’organisme.

Grotesque

« Il y a eu une campagne massive à destination des nourrissons (…) »

Il n’y pas eu de campagne chez les nourrissons en 1994 mais une campagne visant les pré-adolescents. Tout le monde s’accordait pour une extension aux nourrissons dès que les vaccins multivalents seraient prêts.

« Il était attendu, normal, inévitable que l’on voie apparaître un certain nombre de cas de sclérose en plaques. »

La survenue coïncidente des cas de sclérose en plaques (SEP)  ne pouvait pas être anticipée tout simplement parce que personne n’avait une idée de l’incidence de la SEP dans la population générale française. L’affirmation péremptoire de Bernard Bégaud  est grotesque et ne correspond pas à l’état de l’art de l’époque. Cette ignorance a d’ailleurs constituée une des difficultés majeures pour récuser les liens de causalité.

Neurologues omni-compétents

« La polémique qui allait suivre n’aurait jamais existési la campagne était restée dans les clous. Dans les pays où cela a été le cas, comme au Royaume-Uni et en Italie, il n’y a pas eu de cas de SEP, car il n’y a pas eu de vaccination massive des adultes. »

Prendre  la Grande -Bretagne et l’Italie comme des exemples de raisonnement sain est la preuve d’une double méconnaissance. L’Italie a, bien sûr, vacciné des adultes mais n’a pas eu de polémique. S’agit-il d’une  incidence plus faible de la SEP dans l’Europe du Sud ? Les autorités sanitaires italiennes sont-elles moins sensibles au poids de certains médias ? Est-ce l’absence, dans la capitale italienne, de neurologues hospitalo-universitaires de renom et omni-compétents ? L’enquête reste à faire. Quant au Royaume-Uni, il n’a pas vacciné du tout et ce en dépit de sa forte population migrante. Cela évite, j’en conviens, bien des accidents post-vaccinaux.

Morsure et Grand capital

«  On leur disait qu’en France, le VHB tuait plus en un jour que le sida en un an, on a évoqué la transmission par la salive… Or, tout cela était faux. »

Il a été dit et diffusé beaucoup de sottises sur l’incidence du VHB et ses conséquences. Ces exagérations venaient prendre la place d’une ignorance crasse faute d’ « hommes de santé publique » ayant fait leur travail scientifique d’épidémiologie. Ici le « on nous ment » sent le complot orchestré par l’alliance du Grand Capital et des autorités de santé véreuses.

La réalité est bien plus triste : nous n’avions pas alors –et nous n’avons toujours pas encore dans notre pays –  une autorité sanitaire indépendante capable d’informer le public sereinement.  La guerre entre le cabinet de la ministre de la Santé et l’InVs pendant l’épisode H1N1pdm09  illustre une forme de déliquescence des autorités sanitaires.

Au passage, il  serait bon  que le Pr Bégaud n’ignore pas que le VHB est présent dans la salive et qu’il est transmissible par morsure.

Vingt-cinquième heure

« Il y a en fait deux lobbys. Les laboratoires, bien sûr, qui commercialisent… Mais aussi celui, plus intellectuel, de tous ceux qui refusent de remettre en cause le vaccin, tellement persuadés que c’est un outil merveilleux qui ne présente pas le moindre défaut. Ce sont des gens très respectables, ayant souvent travaillé dans des pays en voie de développement et vu les succès des vaccins. Ils ont, de fait, beaucoup de mal à admettre la moindre critique. »

Le ton paternaliste est un symptôme : il ne réclame pas de commentaire. Trouver des coupables ? On en trouvera beaucoup. Ils seront de bonne ou de mauvaise foi. A commencer pas le ministre de la Santé de l’époque.

Pour l’heure les donneurs de leçon ne manquent pas. Pas plus que les procureurs de la vingt-cinquième heure. Est-ce trop demander que leur réquisitoire respecte un peu plus la réalité des faits ?

La relecture du Pr Goudeau s’achève ici. Elle pourra bien évidemment, s’il le souhaite, être commentée par le Pr Bégaud.

A demain