Conflits d’intérêts : les pharmaciens bientôt autorisés à faire des ordonnances médicales ?

Bonjour

On le croyait passé à la trappe parlementaire, le voici qui réapparaît. Selon les informations de  France Info , le député urgentiste (LREM, Charente) Thomas Mesnier entend défendre un amendement visant à autoriser les pharmaciens à délivrer des médicaments à prescription médicale obligatoire – et ce dans le cadre du projet de loi de santé  qui commencera à  discuté à partir du 18 mars à l’Assemblée nationale. Comme une impression de déjà vu et de blocages insurmontables.

Au départ, en octobre dernier, il y avait eu seize députés de la majorité macronienne obtenant de faire voter, grâce au médecin neurologue hospitalier Olivier Véran, un amendement explosif :

« Les médecins, les pharmaciens et les autres professionnels de santé sur un même territoire doivent pouvoir coopérer facilement, sans passer par des voies dérogatoires, et ce, afin de faciliter l’accès aux soins des patients. Aussi, les pharmaciens d’officine doivent pouvoir dispenser certains médicaments à prescription médicale obligatoire dans le cadre d’un protocole conclu avec le médecin traitant et/ou les communautés de santé des structures d’exercice coordonnées. La liste de ces médicaments est définie par arrêté des ministres. »

« Délégation de compétence »

 Puis, contre toute attente confraternelle la ministre des Solidarités et de la Santé ne s’y était pas opposée. Elle avait notamment cité « certaines pathologies » (« infections urinaires, orgelet, angine, etc. ») , des petites maladies « où le diagnostic est facile » lesquelles « on peut imaginer que les médecins et les pharmaciens se mettent d’accord localement sur une forme de délégation de compétence ».

Puis  le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, dans Le Monde : .« Ça commence à suffire ! On ne transforme pas le système de santé en enlevant des compétences aux médecins pour les donner à des professionnels qui ne les ont pas dans leur périmètre ou dans leur formation ! Il y a un moment où il faut que les choses s’arrêtent ! ».  Laisser des pharmaciens d’officine diagnostiquer et prescrire des médicaments (dont ils assurent par ailleurs la commercialisation…) ? Mme Carine Wolf-Thal, présidente de l’Ordre des pharmaciens n’est nullement contre. « Ce sont des demandes quasi quotidiennes , expliquait-elle au Monde. Je comprends l’inquiétude des médecins. L’idée n’est pas de faire sans eux (sic), mais de sécuriser ce que les pharmaciens peuvent faire. A un moment, il faut être pragmatique par rapport aux problèmes d’accès aux soins que vivent les Français. » Elle ajoutait :

« Que faire lorsqu’une femme se présente en soirée avec les symptômes d’une cystite ? J’ai eu ce type de demande lors de ma garde dimanche dernier. Il était 14  heures. J’ai dû demander à cette femme d’aller aux urgences faire un test. Elle est revenue à 18  heures après avoir attendu quatre heures à l’hôpital. Mais certains confrères, après avoir consciencieusement interrogé la patiente, délivrent le sachet d’antibiotique sans ordonnance médicale. »

Médecine vendue à la découpe

 « Depuis l’élection d’Emmanuel Macron les médecins n’avaient condamné de façon aussi forte et aussi unanime une réforme touchant le système de santé » observait Le Monde. Et certains, alors, d’accuser Agnès Buzyn, de plus en plus perçue comme une ministre jacobine et technocratique, d’organiser une « vente à la découpe » de la profession médicale.

Aujourd’hui, même tentative, mêmes effets. « C’est une solution qui a fait ses preuves en Suisse et au Québec » redit  Carine Wolf-Thal qui soutient toujours la proposition. Consciente de la dimension explosive du sujet elle entend, toujours, rassurer: « Il n’est pas question d’écarter les médecins (re-sic), le médecin traitant reste la personne qui coordonne le parcours et la prise en charge du patient. » Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine est à ses côtés :  « C’est possible en Suisse depuis 7 ou 8 ans et ça se passe très bien. On ne fait pas de diagnostic médical mais on peut, sous protocole, aider les patients ».

Face à eux, le Dr Jacques Battistoni, président du syndicat MG France : « Ce n’est pas une bonne idée ! Derrière une grippe il peut y avoir une pneumonie et derrière une angine une mononucléose (…) le risque, c’est de donner un traitement sans examen du patient. »

Les pharmaciens en sont-ils conscients ? Jusqu’où compétence peut-elle, sans danger, se déléguer ? Comment confondre prescrire et délivrer ?

A demain

@jynau

1 Mme Bagarry, Mme Cazarian, Mme Bureau-Bonnard, Mme Krimi, Mme Vanceunebrock-Mialon, Mme Dupont, Mme Robert, Mme Tuffnell, M. Pont,Mme Vidal, Mme Khattabi, M. Maillard, M. Daniel, M. Sommer, Mme Khedher et M. Fiévet.