Affaire Polnareff : le Dr Siou (Hôpital Américain) «menacé». L’Ordre des médecins est saisi

 

Bonjour

Sur la foi des gazettes, on avait suspecté un retard au diagnostic. Puis vinrent les révélations du Journal du Dimanche. C’est aujourd’hui le diagnostic excessif, voire le certificat de complaisance qui sont dans la ligne de mire. Où l’on retrouve le célèbre Hôpital Américain de Paris/Neuilly.

Y avait-il bien une embolie pulmonaire bilatérale chez la star septuagénaire? Y a-t-il eu, ou non, imprégnation alcoolique massive ? Si oui cette dernière a-t-elle eu un rôle dans le tableau clinique décrit par le Dr Philippe Siou ? Après les éléments convergents laissant entendre que le chanteur pourrait avoir menti quant aux raisons de l’annulation de ses derniers concerts, le Dr Siou a réfuté tout traitement de complaisance dans un entretien donné au Parisien dimanche (on y voit la vidéo – « bord du précipice »). Ses propos, affirmatifs et troublants, valent d’être rapportés :

 Vaisseaux bouchés

« Je ne suis pas l’ami de Michel Polnareff, je suis médecin, un technicien, un praticien. Il a été victime d’une embolie pulmonaire et son pronostic vital était engagé. J’ai fait une déclaration écrite officielle lundi dernier qui m’engage, mais engage aussi l’hôpital sur la base d’examens complets. Je n’ai aucun état d’âme. Lorsqu’un expert sera nommé, il constatera sur les radios que ses vaisseaux pulmonaires étaient complètement bouchés. L’hôpital fonctionne avec un système à l’américaine, très légaliste, où tout ce que nous faisons est consigné. Je suis responsable de ce dossier, mais je ne suis pas seul à avoir pris en charge Michel Polnareff.» 

 «On m’a averti avant même de prendre en charge samedi Michel Polnareff : « Attention, c’est une escroquerie ». Et on m’a menacé: « On va vous faire un procès ». Je peux vous dire que j’ai été doublement vigilant, que j’ai regardé d’encore plus près son état de santé. Je l’aurais récusé si j’avais eu le moindre doute. Il n’était pas ivre quand il est arrivé, pas même imbibé, il était juste très mal. Et j’ai fait un bilan hépatique qui concluait qu’il était totalement à jeun. S’il s’était pris une cuite la veille et même jeudi soir, il y aurait eu une trace sur les examens. Et ce n’est pas le cas, ils sont formellement négatifs. De toute façon, un état d’ébriété n’a jamais entrainé une embolie pulmonaire.»

Pronostic vital désengagé

Le Dr Siou décrit aujourd’hui son patient comme «mentalement stressé», voire «complètement traumatisé» par ce qui se passe, de la gravité de sa maladie aux accusations dont il fait l’objet. A-t-il été « menacé » ? «Le producteur de Michel Polnareff, Gilbert Coullier n’est pas quelqu’un de menaçant et n’a pas eu de contacts avec le Dr Siou», précisent les avocats de Gilbert Coullier. Ce dernier a ensuite annoncé qu’il allait déposer une plainte devant l’Ordre des médecins.

Dans un entretien accordé à Gala , l’attaché de presse de Michel Polnareff, Fabien Lecoeuvre, affirme, quant à lui, que le chanteur est « attristé » que son producteur « refuse de reconnaître sa maladie ». Où l’on comprend que le pronostic vital de la star n’est plus engagé. Où l’on découvre, aussi, le parcours du Dr Philippe Siou. Cet interniste exerçant  à l’Hôpital Américain 1 est aussi l’auteur d’un roman : Propofol (éditions Léo Scheer) 2. Il y narre des bribes de sa vie de « médecin de célébrités » – tout en prenant soin de mêler fiction et réalité afin de ne pas compromettre le secret professionnel. On lira ici un extrait : « quelques jours passés en compagnie de Michael Jackson à faire « la nounou » de la star ».

Sharon Stone et  Michael Jackson

On peut aussi lire, gratuitement, un entretien qu’il a accordé au site Egora (Sandy Berrebi-Bonin) dans lequel il évoque les relations dominants-dominés inhérentes à la spécialisation de « médecin des puissants ». Extraits :

« Je n’en suis pas à mon premier ouvrage. C’est en revanche le premier roman que je publie. J’en avais déjà écrit huit mais je ne les avais jamais proposés à la publication. Cette fois-ci, c’est l’éditeur, que je connaissais, qui est venu me trouver parce qu’il aimait bien ce que je faisais. Ce ne sont pas mes aventures de médecin avec des patients célèbres. Il se trouve que j’ai beaucoup navigué dans ces milieux et j’ai voulu en raconter l’esprit. Pour le faire, il fallait que je donne des exemples. Les exemples que j’ai donnés sont absolument non nominatifs.

« (…) Sharon Stone, je l’ai rencontrée à titre privé. Je ne raconte pas que je l’examine. Il y a quand même des problèmes de secret médical. Je me suis donc servi d’éléments purement biographiques et de connaissance du milieu pour raconter comment cela fonctionne. Pour ceux que je ne nomme pas, il s’agit d’aventures romancées. Si je racontais les événements, tels qu’ils se sont exactement passés, il ne s’agirait plus d’un roman mais d’un reportage (…) Pour ce qui est de l’atteinte à la vie privée, elle tombe lors du décès (…)

Savoir ne pas dire non

« Je suis médecin interniste et praticien hospitalier. Tous les PH ne sont pas capables de soigner les célébrités car les patients VIP sont très souvent directifs et autoritaires. Ils ordonnent souvent ce qu’ils veulent, bien que cela ne corresponde pas du tout à la réalité. Il faut savoir les gérer en ayant une capacité pédagogique. Il faut savoir ne pas leur dire non, tout en ne faisant pas n’importe quoi. Il faut avoir les arguments pour les convaincre de ce qu’il faut faire lorsque l’on n’est pas d’accord avec ce qu’ils veulent. Ces patients se donnent très peu de temps pour nous juger. S’ils estiment que le médecin est déficient, non pertinent voire pire, impertinent, il est viré. Tenir est un exercice… »

Interrogé sur le fait de savoir s’il préparait une suite à ce roman le Dr Philippe Siou répondait : « Oui il y aura effectivement une suite, parce qu’elle m’est demandée de toutes parts ! »

A demain

1 Doctolib : « Le Docteur Philippe Siou vous accueille au sein de l’Hôpital Américain de Paris à Neuilly-sur-Seine. (Merci de noter également que l’AHP (Hôpital Américain de Paris) est un établissement privé qui pratique des dépassements d’honoraires). Le médecin généraliste reçoit les enfants et les adultes pour tous types de soins médicaux généraux (consultation, contrôle annuel, vaccination, bilan de santé). Il traite également les maladies infectieuses et assure le suivi des nourrissons (pesée, mesure, vaccination). Conventionné secteur 1 Carte Vitale non acceptée. »

2  http://leoscheer.com/spip.php?page=presse&id_article=2372. Le propofol (diisopropylphénol) est un anesthésique général intraveineux de courte durée d’action. Il peut être utilisé dans l’induction et l’entretien de l’anesthésie générale et la sédation de patients ventilés dans les services de réanimation. Le propofol est aussi utilisé de manière courante en médecine vétérinaire.

 

 

 

 

Qui écrira l’histoire de l’infortunée Valérie T. ?

Bonjour

Les journalistes ne résistent pas à certaines tentations. Les philosophes non plus. Ainsi Alain Finkielkraut, dans la dernière (et assez remarquable) livraison de ses Répliques radiophoniques consacrée à Madame Bovary – que l’on peut écouter ici. L’auteur écartelé de L’identité malheureuse (Stock) ne put se retenir de faire un parallèle entre le petit roman normand de Flaubert et le vaudeville de la présidence de la République. Parallèle rapide certes, mais parallèle signifiant de notre temps. Des scènes de la vie de province en résonance avec ce qu’est devenue la scène médiatique  et politique nationale. On dira, nouvelle antienne, que Finkielkraut « aime jouer avec le feu ». Comme si ce supposé plaisir faisait de lui un coupable. Ou un malade.

Dix-huit mots

Palais de l’Elysée ? Peu après l’émission de France Culture qui aidait à percer les mystères de Flaubert le président de la République téléphonait à l’AFP. Et François Hollande, envoyé spécial sur des terres douloureusement personnelles, dictait à la sténo  les dix-huit mots que la France attendait. Une page républicaine se tournait. Ce fut le samedi 25 janvier 2014 peu avant les écrans-plats du 20 heures.

François Hollande a annoncé,  à titre personnel, la «fin de sa vie commune» avec Valérie Trierweiler, 48 ans. C’était précisément deux semaines après le scoop imagé du magazine « people » Closer et la révélation de sa liaison présumée avec l’actrice Julie Gayet, 41 ans. Deux semaines après le « gros coup de blues » plus ou moins légitime qui s’en suivit (mémoire-blog), les cachets et l’hospitalisation de la Première Dame en neurologie et à La Pitié. Puis l’annonce de son séjour en la résidence élyséenne de La Lanterne.

La vie aujourd’hui

Closer et son « scoop de caniveau » (Le Parisien/Aujourd’hui en France) ? La mémoire des people est là : François Hollande avait confié à Gala (concurrent de Closer) : «Valérie est la femme de ma vie ». Puis les people nous disent qu’il se mordit les doigts, plus tard, de ne pas avoir ajouté «aujourd’hui» par égard à Ségolène Royal, 60 ans, son ex-compagne, et ex-candidate à la présidentielle, avec qui il a quatre enfants. Mais quelle est la valeur de « la femme de sa vie » si on l’ajoute « aujourd’hui » ?

Les gazettes de la Toile : « Peu avant 15 heure, signe de l’impatience des médias, les télévisions en continu ont diffusé les images de deux voitures quittant La Lanterne, sans que les occupants puissent être identifiés. L’une d’elle est arrivée quelques heures plus tard au domicile du couple Hollande-Trierweiler, dans le 15e arrondissement ».

Gala et Taj Mahal Palace

La Première Dame ne l’est plus mais le conte continue. Celle qui n’est plus fée a remercié le personnel du Château de l’Elysée avant de s’envoler pour Bombay. Elle y retrouvera la meute de ses confrères et consœurs journalistes qui la suivront dans son déplacement humanitaire pour soutenir l’ONG Action contre la Faim (ACF). Aucun conflit d’intérêt : prévu de longue date ce voyage est financé par des entreprises, partenaires privés de l’association. On enquête pour savoir lesquelles. Et si la classe sera encore la première ou, déjà, celle des affaires.

La Toile : « Mme Trierweiler doit visiter l’hôpital de cette ville, puis assister à une session de formation du personnel médical, puis à un déjeuner de levée de fonds avec des femmes de chefs d’entreprises locaux. Un dîner de charité est prévu à l’hôtel Taj Mahal ». Charité au Taj Mahal Palace ?  Dans les contes de fées aussi, on retrouve le diable dans  quelques détails. Une conférence de presse était inscrite de longue date au programme indien. « Valérie Trierweiler  pourrait n’y faire qu’une brève apparition et ne prendra pas forcément la parole » selon ACF à Paris. Nous verrons.

Paris Match et D8

L’avion n’est pas parti que le tarmac et les salons frétillent d’interrogations. On les retrouve à la sorte de la messe dominicale dans Le Parisien et dans Le Journal du Dimanche. Il y est notamment question d’argent et d’infortune. Celle qui fut un instant Première Dame a subi ici un « préjudice moral indéniable ». Il faudra une « compensation financière ». A quel titre ? Les juges et les avocats préfèrent encore se taire. A l’exception de Me Bernard Fau, spécialiste de droit civil. Et « un membre du Conseil d’Etat ». Ira-t-on devant un tribunal ?

Et à nouveau la mise en abyme : l’ex-Première Dame avait abandonné, du fait de l’Elysée, son émission sur la chaîne D8. Mais avait conservé, sur Paris-Match, sa chronique littéraire hebdomadaire et son salaire. Les journalistes s’interrogent : que va faire cette « concubine délaissée », « sans patrimoine personnel » et »mère de famille de trois enfants ». Beau casse-tête de droit  – à l’heure de la parité légalisée et de la fin du « bon père de famille » (mémoire-blog).

Marigot

Une journaliste peut-elle raconter sa propre tragédie quand celle-ci se tient sous les ors et dans les palais de la République ? Valérie T. osera-t-elle l’autofiction ? Sinon qui écrira pour elle ? Le hasard (ou la sérendipité) veut que tout ceci coïncide avec la dernière affaire qui agite le monde parisien de l’édition – affaire traitée dans Libération par Philippe Lançon que l’on peut lire ici. Où il est notamment question de la plongée de l’auteur Régis Jauffret dans « le marigot de l’affaire DSK ». Et où il est surtout question de l’appropriation par des auteurs de drames personnels portés sur la place publique via le journalisme ou via la justice (ou les deux). Corollaire : DSK et ses avocats vont-il poursuivre le Seuil en justice et tout ce qu’il en adviendra ?

Blanche Baleine

« Qu’ont-ils tous, avec Strauss-Kahn ? Depuis le 14 mai 2011, après avoir été celle de la presse, il est devenu la baleine blanche du roman, l’infernal et spermatique cétacé que des écrivains cherchent à harponner – comme si sa présence était un défi à leur métier, écrit Philippe Lançon qui sait ce qu’écrire peut dire. Moby Dick, mais aussi Everest : c’est à qui fera l’ascension imaginaire du Sofitel jusqu’à la suite 2806,  sans oxygène et le plus vite possible. Ce n’est pas simple : la voie est fréquentée. Chacun de nous, sur cette petite planète, a voyagé dans la chambre du Sofitel et imaginé la psychologie, voire l’âme des personnages. Même Dostoïevski aurait du mal à créer derrière ce tapis de fantasmes en indivision. C’est naturellement ça qui attire des romanciers. Ils se mesurent moins à la bête qu’à la légende nourrie par les images, les articles et les gens. »

Baleine ou Eldorado ? Déjà quatre fictions inspirées par les aventures-déboires de ce social-démocrate  que tout le monde donnait pour président de la République : Chaos brûlant (Seuil), de Stéphane Zagdanski ; Une matière inflammable (Stock), de Marc Weitzmann ; l’Enculé (auto-édité), de Marc-Edouard Nabe ; et Belle et bête (Stock), de Marcela Iacub – Mme Iacub : juriste et collaboratrice de Libération.

Virginité

Et puis, bon cinquième : La Ballade de Rikers Island, de Régis Jauffret (Seuil). « Rapide, nerveux, purement narratif, plaisant à lire et sans lendemain, il  conte l’histoire comme si elle n’avait jamais été contée ou fantasmée avant lui, écrit Lançon. Comme s’il pouvait et devait, par son état romanesque d’enfance, conduire le lecteur, sur l’affaire la plus saturée du monde, à la virginité. » Qui, sinon elle, écrira les souffrances de Valérie T. ? Y aura-t-il ici des suites judiciaires ? Du style  Emma et Flaubert ?

(A demain)

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