Alcoolisme: Philippe Manœuvre, depuis vingt ans, n’a pas «touché une goutte». Et après ?

Bonjour

Philippe Manoeuvre aura bientôt 65 ans. C’est un journaliste, animateur radiophonique, spécialiste de bandes dessinées critique musical dont l’un des titres de gloire est d’avoir été durant vingt-quatre ans (de 1993 à 2017) le rédacteur en chef du magazine Rock & Folk. Il a également collaboré aux Nouvelles littéraires, à Playboy et à Libération.C’est, dans ce domaine, une bibliothèque vivante doublée d’une forme de caricature auto-proclamée qui fait le bonheur des humoristes-imitateurs.

Tintin du rock’n’roll

Aujourd’hui à la retraite, l’homme a trouvé un siège aux « Grosses Têtes » – comme Roselyne Bachelot (qui fut ministre). Et il fait la tournée des grands-ducs médiatiques pour assurer la promotion de son dernier opus, Rock, ma vie est un roman (HarperCollins) :

« L’autobiographie de Philippe Manœuvre est une plongée dans la vie de celui qui est devenu une légende du Rock à lui tout seul, un personnage vibrionnant, un Tintin du rock’n’roll immanquablement chaussé de ses Ray-Ban, le plus célèbre critique rock français de ces quarante dernières années. Proche d’Iggy Pop, de Polnareff, de Gainsbourg et de tant d’autres, intervieweur des Stones plus de vingt fois, il a fréquenté les plus grandes stars et parle aux baby-boomers comme au public de la « Nouvelle Star ». Ce livre foisonnant d’anecdotes, qui raconte comment cet homme et tous ces musiciens ont voulu changer le monde à travers le Rock, est à l’image de Manœuvre : il rocke. »

Passage obligé dans les colonnes du Monde (Laurent Carpentier) : « Un apéro avec Philippe Manœuvre : ‘’J’ai vu que Keith Richards non plus ne boit plus’’  Chaque semaine, ‘’L’Epoque’’ paie son coup. Cette semaine, Philippe Manœuvre, l’enfant du rock aux lunettes noires, parle abstinence, nuits blanches et lendemains qui se déhanchent ».

« Proposer un apéro à un ex-alcoolo, c’est comme inviter un évêque au bordel. Cela fera vingt ans cette année que Philippe Manœuvre n’a pas touché une goutte d’alcool, pas même un verre de vin blanc quand des copains apportent des huîtres. ‘’Pas toujours facile, mais je sais que si j’y touche, même un verre, le lendemain c’est trois verres, et je reviens illico au niveau où je m’étais arrêté.’’ Tournée générale de thé Earl Grey ! »

Sevrage réussi

Où l’on découvre, en s’intéressant au sujet, qu’il n’en est pas à sa première confidence médiatique sur son alcoolisme et son sevrage jusqu’ici réussi :

Juin 2008 : « Philippe Manœuvren’a pas toujours été le dynamique et avisé juré de la Nouvelle Star que l’on connait. Il fut un temps où le rédac’ chef de Rock & Folk avait de sérieux problèmes de drogue et d’alcool. Dans deux interviews accordées à GQ et Voici, il revient sur son passé d’alcoolique et de toxicomane.

« L’alcool tout d’abord. « À un moment, tu constates que tu es à une bouteille de Jack Daniel’s par jour et tu te dis : ‘Hum, ça serait bien qu’on ne dépasse pas’. […] Et puis tu t’aperçois que tu prends ton petit déj’ à la Heineken. À midi, tu vas boire trois bouteilles de vin avec une attachée presse et puis après tu recommences au Jack Daniel’s. Et parfois, la nuit, vers deux heures du matin, tu te dis : ‘Tiens, on se boirait pas des vodkas ?' ». En 1999, le complice de Lio, Sinclair et André Manoukian a tourné le dos à la boisson quand il s’est aperçu qu’il avait perdu toute inspiration et qu’il ne parvenait même plus à écouter de la musique. La drogue ensuite. « Je n’ai jamais été attiré par l’héroïne et j’ai arrêté la coke il y a un siècle. À un moment, j’ai été loin dans l’alcool… Je pesais vingt kilos de plus, j’étais sordide. » »

Décembre 2010 :  À l’occasion de la sortie de son livre – Le Rock français -, Philippe Manœuvre a rencontré nos confrères de Grazia. L’ancien juré de Nouvelle Staraujourd’hui sur Canal+, et toujours rédacteur en chef de Rock&Folk, prend un malin plaisir à tordre les clichés du rock. Certes, il ne quitte jamais ses lunettes noires et considère qu’une « veste Levi’s reste d’un chic incroyable« , mais pour ce qui est de l’expression sex, drugs & rock’n’roll, Manoeuvre en est bien revenu.

Dérive et sobriété

« Il raconte par exemple qu’il est aujourd’hui sobre après quelques années de dérive : « Je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis 1999. J’ai été obligé de m’arrêter : je buvais toute la nuit, toute la journée. Je faisais 20 kilos de plus, vous n’auriez pas aimé me voir et je n’aurais pas aimé que vous me rencontriez non plus. Quand je passais devant une glace, je me disais : C’est qui ce lourd ? Je me suis arrêté tout seul et j’ai évité la case rehab en écoutant John Coltrane. » Sa nouvelle drogue ? Le thé ! »

Où l’on en vient a regretter de ne pas disposer (à des fins de réduction des risques sinon d’exemple édifiant à proposer) d’un long témoignage, circonstancié, sur les modalités et les ressentis de cette sortie réussie d’un enfer où tant d’autres sont restés. Une reportage au plus profond de soi, en somme, comme il en existe quelques-uns dans la littérature – à commencer par « L’Opium » 1 de Jean Cocteau. Cocteau, l’auteur de « La Difficulté d’être » 2. Cocteau poète, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste français. Mort à Milly-la-Forêt en 1963. Philippe Manœuvre n’avait pas encore dix ans.

A demain

@jynau

1 Cocteau J. Opium (Stock). « En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d’une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Roussel) viennent s’ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel), sur la poésie, sur la création, sur l’art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c’est celui de l’opium.  » Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est quitter le train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort.  » »

2 Comme OpiumLa Difficulté d’être est un livre de cure, cure de repos après le calvaire enduré pendant le tournage de La Belle et la Bête, durant lequel Cocteau souffre notamment de plusieurs maladies de peau. Le livre est commencé à Morzine (Haute-Savoie) en février 1946, continué à Paris, achevé début juillet à Verrières-le-Buisson, chez les Vilmorin. La convalescence se poursuivra dans le Poitou à La Roche-Posay du 25 juillet au 24 août. Le livre, auquel Cocteau ajoute une belle préface écrite en mars 1947 dans la maison qu’il vient d’acheter à Milly-la-Forêt, paraît en juillet de cette année.

 

Le Monde publie une prestigieuse supplique savante pour que Science & Vie ne meure pas

Bonjour

Tempêtes capitalistiques continuelles sur la presse écrite. Aujourd’hui les nuages noirs foncent sur  Télé StarScience & VieAuto PlusGraziaCloserLe Chasseur français et Pleine Vie. Ces magazines, édités par Mondadori France, seraient sur le point d’être repris par le groupe Reworld Media. Et c’est peu dire que cette perspective inquiète fortement les salariés de ces titres. « Les syndicats de Mondadori France en appellent aux pouvoirs publics pour la gestion de ce dossier » précise 20 Minutes.  « Reworld Media, n’est pas vraiment un éditeur de presse. Ce qui l’intéresse, c’est de transformer les lecteurs en contacts pour les annonceurs, en priorité sur les supports numériques » l’intersyndicale CFDT-CGC-CGT-FO-SNJ. 700 emplois CDI ainsi que ceux de centaines de pigistes et précaires seront directement menacés. (…) Au-delà, compte tenu du poids de Mondadori dans la presse écrite, c’est toute la filière, déjà très ébranlée, qui en subirait les effets, des imprimeurs aux kiosquiers. »

Fin septembre, Reworld avançait dans un communiqué que cette éventuelle acquisition « vise à développer un groupe média international majeur, détenteur de solutions média et de marques média qualitatives à fort potentiel, ainsi qu’à associer des compétences complémentaires, des capacités et savoir-faire, afin de faire face aux défis du nouvel environnement de marché. »

 

Il y a peu la rédaction de Grazia s’est adressée dans une lettre ouverte à Pascal Chevalier, le président de Reworld Media. « Vos méthodes et la raison d’être de votre entreprise, décrites dans tous les articles qui vous sont consacrés depuis peu, sont aux antipodes des nôtres et de ce que nous sommes. Les simples mots « presse » et « journalisme » semblent absents de vos sites comme de vos déclarations », écrivaient les signataires.

« Passeur de science depuis plus de cent ans »

 C’est dans ce contexte que l’on découvre, dans Le Monde de ce jour une peu banale tribune : « Nous veillerons à ce que “Science & Vie” ne soit pas dénaturé ». Un prestigieux collectif de scientifiques et de médecins s’inquiète d’un éventuel changement de propriétaire du magazine, « relais d’informations précieux pour la diffusion des connaissances scientifiques et contre les ‘’fake news’’ ». C’est un texte d’une touchant et naïf, rempli de bonnes intentions, un texte sans précédent  qui rappelle que Science & Vie est un passeur de science essentiel depuis plus de cent ans. Extraits :

« Nous, chercheurs et personnalités du monde scientifique, avons tous lu un magazine Science & vie. En faisant émerger et en nourrissant la soif de comprendre et d’apprendre, il a même pu jouer un rôle dans la vocation de certains d’entre nous. Nos étudiants le lisent. Nos enfants, nos petits-enfants y sont abonnés… Chaque mois, ce sont des centaines de milliers de lecteurs à travers le monde, petits et grands, qui se plongent dans les pages de ces magazines.

« Les journalistes des magazines Science & vie nous ont fait part de leurs inquiétudes dans la perspective d’un changement de propriétaire de leur groupe de presse. Ils craignent que leur indépendance éditoriale soit remise en cause, que des groupes d’intérêt et des industriels peu scrupuleux puissent, à l’avenir, imposer leurs vues dans leurs magazines. Les premiers à en pâtir seraient évidemment les lecteurs, qui se retrouveraient, bien malgré eux, face à des articles biaisés, plus intéressés qu’intéressants.

« Dans une démocratie, c’est aux citoyens et à leurs représentants qu’il revient de décider de la manière dont les nouvelles connaissances et technologies doivent être mises en œuvre, dans l’intérêt de tous. Pour cela, il est nécessaire que le public le plus large dispose de sources d’information scientifique grand public objectives, pertinentes et exemptes de tout parti pris, traitant avec la même rigueur les progrès de la science et les éventuels dangers de ses applications.

« A défaut de culture scientifique partagée, comment parvenir collectivement à des choix éclairés sur des sujets aussi importants que la transition énergétique ou l’avenir de la thérapie génique ? Sans parler des « fake news » se propageant aussi vite que la lumière, ou des pseudosciences toujours plus séduisantes… »

Pour l’heure aucun collectif pour veiller à l’intégrité de Télé Star (1976) d’Auto Plus (1988)de Grazia (2009) ou de Closer (2005). Sans parler de l’antique Chasseur français (1885) et de ses célèbres annonces matrimoniales.

A demain

@jynau

1 Signataires : Isabelle Arnulf, neurologue, IHU@ICM – Faculté de médecine-Sorbonne Université ; Alain Aspect, professeur à l’Institut d’optique et à l’Ecole polytechnique ; Anouk Barberousse, philosophe des sciences à l’université de Lille ; Eric Buffetaut, paléontologue, directeur de recherche émérite au CNRS ; Georges Chapouthier, directeur de recherche émérite au CNRS ; Gilles Cohen-Tannoudji, physicien et philosophe des sciences, chercheur émérite au Laboratoire de recherches sur les sciences de la matière (Larsim CEA-université Paris-Saclay), conseiller scientifique auprès du directeur de la recherche fondamentale du CEA ; Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel de physique, professeur émérite au Collège de France, Laboratoire Kastler Brossel, département de physique de l’ENS ; Françoise Combes, astrophysicienne, Observatoire de Paris, professeure au Collège de France, chaire galaxies et cosmologie, et membre de l’Académie des sciences ; Alain Connes, mathématicien, médaille Fields, professeur au Collège de France, à l’IHES et à l’université OSU, Columbus, aux Etats-Unis, membre de l’Académie des sciences ; Pierre Corvol, professeur émérite au Collège de France, membre de l’Académie des sciences ; Pascale Cossart, secrétaire perpétuelle de l’Académie des sciences, professeure de classe exceptionnelle à l’Institut Pasteur ; Hélène Courtois, astrophysicienne, université Lyon-I ; Frédéric Dardel, professeur de biologie moléculaire, président de l’université Paris-Descartes ; Jean-Paul Delahaye, mathématicien et informaticien, professeur émérite à l’université de Lille ; Jean-Paul Demoule, professeur émérite d’archéologie à l’université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne) ; Francesco D’Errico, directeur de recherche au CNRS ; Jean Eisenstaedt, directeur de recherche émérite au CNRS ; Francis Eustache, directeur de l’unité Inserm-EPHE-UNICAEN, U1077, « Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine » (NIMH), pôle des formations et de recherche en santé (PFRS) ; Pierre Fayet, directeur de recherche émérite, CNRS-Ecole normale supérieure, Académie des sciences ; Albert Fert, Prix Nobel de physique 2007 ; Marc Fontecave, professeur au Collège de France, membre de l’Académie des sciences, président de la Fondation du Collège de France ; François Forget, planétologue, directeur de recherche CNRS, membre de l’Académie des sciences ; Nicolas Gisin, physicien, département de physique, université de Genève, Suisse ; Pierre-Henri Gouyon, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, à l’AgroParisTech, à l’ENS et à Sciences Po ; Jean Guilaine, professeur au Collège de France, membre de l’Institut ; Serge Haroche, Prix Nobel de physique, professeur émérite au laboratoire Kastler Brossel ; Fabrice Herpin, président de la Société française d’astronomie et d’astrophysique (SF2A) ; Jean-Jacques Hublin, director department of human evolution. Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology ; Jean Jouzel, climatologue ; Sabrina Kriefprimatologue ; Roland Lehoucqastrophysicien ; Henri Leridon, démographe, membre de l’Académie des sciences ; Thierry Lhermitte, comédien, parrain de la Fondation pour la recherche médicale ; Valérie Masson-Delmotte, CEA/LSCE, coprésidente groupe 1 du GIEC ; Michel Mayor, professeur honoraire d’astrophysique à l’université de Genève ; Alessandro Morbidelli, astrophysicien à l’Observatoire de la Côte d’Azur ; Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS ; Antoine Petit, professeur des universités de classe exceptionnelle, PDG du CNRS ; Thierry Philip, président de l’Institut Curie ; Martin Pickford, paléoanthropologue au Collège de France ; Gilles Pison, généticien et démographe, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et chercheur associé à l’INED ; Francis Rocard, CNES, responsable des programmes d’exploration du Système solaire ; Carlo Rovelli, astrophysicien et physicien ; Alain Schuhl, directeur général délégué à la science du CNRS ; Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d’histoire naturelle et à l’université de Gdansk (Pologne), président de la Société botanique de France, membre de l’Académie d’agriculture de France ; Michel Spiro, vice-président de la Société française de physique ; Philippe Starck, designer ; Dominique Stoppa-Lyonnet, Institut Curie, université Paris-Descartes ; Patrick Tort, directeur de l’Institut Charles Darwin International, lauréat de l’Académie des sciences ; Cédric Villani, mathématicien, médaille Fields, député LRM.

 

La liste intégrale des signataires.

 

Alcool : « Sur l’ivresse, au moins, on a obtenu l’égalité » (Marie, 23 ans, dans Grazia)

« Toutes alcoolos ? ». C’est en Une d’un jeune magazine assez en vogue chez les adolescentes voire  chez les jeunes femmes. Avec une enquête sur « l’inquiétant boom des comas éthyliques chez les filles ».  Grazia est-il lu en haut lieu ? Sinon il faudra  songer à abonner le ministère de la Santé.  

Bientôt en France le « Frotox », nouvelle arme anti-âge. Monica Belluci qui nous dit que, décidément, son « mariage tient du miracle » (c’est dire si les stars nous ressemblent ). « Jupes à volants, blanc sexy, baskets cool … »  Oser le « cuir d’été » ! (sic). Douze pages de « looks d’enfer » autour de la « Mode Men ». Et puis les pages 36, 37 et 38 du numéro de la semaine du 5 au 11 avril du magazine Grazia (groupe Montadori).

« Toutes alcoolos ? ».

Certes pas, mais on s’en rapproche. Trois pages symptomatiques d’un phénomène qui crève les yeux et que les sociologues décriront, peut-être, dans quelques décennies. A la question « les femmes  boivent-elles  plus qu’avant ? » il ne fait aucun doute qu’une majorité d’hommes d’un certain âge répondraient par l’affirmative. Question idiote bien sûr. Quelles « femmes » ? Quel « avant » ? De quel « plus » parle-t-on ? Mais il y a quelques faits objectifs. La prévalence féminine croissante sur les terrasses des débits de boissons devant des verres (souvent de bières de forts titrages). Les témoignages recueillis pas les élèves de l’EHESP dans le cadre du MIP 2012 sur « Rennes et l’alcool ».

Où encore les déclarations du Pr Michel Reynaud, spécialiste d’alcoologie (hôpital Paul Brousse, Villejuif) à Grazia : « Les gros alcooliers ont ciblé leur pub vers le marché féminin à l’instar des cigarettiers vers la fin des années 1960 ». Et les mêmes causes produisant généralement les mêmes effets, la même situation sanitaire délétère sous couvert d’un nouveau droit à conquérir. Nous avons conquis bien des droits. Dont celui des assuétudes.

Marie, 23 ans, publicitaire stagiaire , ne dit rien d’autre à Grazia : « J’ai un rapport réaliste avec l’alcool, comme ceux de ma génération. On agit en toute connaissance de cause. » La beauté et la candeur de la jeunesse en quelques mots. Marie, toujours, à qui l’on demande s’il est « socialement admis pour une fille de s’enivrer » : » Je ne me pose même pas la question, ça ne choque plus personne. Sur l’ivresse au moins, on a obtenu l’égalité. » Que veut dire cet au moins, Marie ?

Vomir sur l’oreiller d’un pote

Marie, quand t’es-tu (trop) « lâchée » ? « Quand j’ai vomi sur l’oreiller d’un pote. Il m’en veut toujours ». Marie, la chose qui pourrait te faire arrêter ? « Si on découvrait un truc qui avait le même effet que l’alcool, sans les inconvénients. La défonce sans la gueule de bois ». Charmante adolescence qui ne sait pas encore qu’elle met ses pas dans les pas de ses aînés. Grazia  qui fait peut-être de la politique sans le savoir. L’hebdomadaire cite aussi le « rapport du 22 mars » présenté par le Pr Reynaud aux dernières journées de la Société française d’alcoologie.

Document consacré à une approche du poids de la morbidité sur le tissu hospitalier français. Document (réalisé grâce notamment au soutien financier de la société Lundbeck 1) dont nous avons évoqué l’existence et le contenu sur ce blog. Document qui, parce qu’il a été médiatisé a suscité quelques aigreurs dans quelques bureaux d’une direction ministérielle. Document qui n’est plus malheureusement plus disponible sur le site de la Société française d’alcoologie. Pour notre part nous l’avons à nouveau cité, après l’avoir fait sur ce blog, sur Slate.fr

Grazia : « 470 000 personnes par an sont conduites aux urgences pour troubles liés à l’alcool selon un rapport de la Société française d’alcoologie publié le 22 mars. Le chiffre effraye les autorités sanitaires. Sa progression  aussi : + 30 % en trois ans. Pire les séjours courts de moins de deux jours liés à l’alcool, le temps dé dégriser on tait un bond de 80%. Soit environ 181 000 hospitalisations pour intoxication aiguës comme les comas éthyliques en 2011. » Pourquoi ne pas le dire, le publier, tenter de le comprendre et d’agir au mieux et autant que faire se peut. On peut aussi, bien évidemment et collectivement, fermer les yeux.

 On ne réfléchit pas : on arrête et c’est tout. 

On peut aussi écouter Morgane, 29 ans serveuse. Elle aussi entretient « un rapport sain » avec l’alcool. « Même si je bois plus de trois fois par semaine des litres de bière et de rhum » ; car Morgane est « quelqu’un d’excessif ». « Pour éviter les dégâts à long terme, je me fais des périodes de detox de deux-trois semaines ». Elle se souvient « d’avoir pris cher » avec « un mélange eau-de-vie/ whisky ». Elle ne sait plus quand elle s’est (trop) lâchée. Et pour cause : elle est une « habituée des black-out ». Ce sont les autres qui lui en parlent le lendemain. Déjà. La chose qui ferait arrêter Morgane ? Quand elle était enceinte elle ne buvait pas du tout ? Idem pendant l’allaitement. Quand on est mère on n’a aucun doute dit-elle. On ne réfléchit même pas une seconde : on arrête et c’est tout. »

Morgane veut sans doute dire que c’était lorsqu’elle était enceinte qu’elle avait cessé de s’alcooliser. Et que c’est lorsqu’une femme est enceinte qu’elle « arrête et c’est tout ». Après, bien sûr, c’est toujours un peu plus compliqué. Surtout quand on a auparavant, « sur l’ivresse »,  obtenu l’égalité. Ivresse pour tous ?

 

1 Les laboratoires danois Lundbeck viennent d’obtenir une autorisation européenne de mise sur le marché pour le nalmefène qui sera commercialisé sous le nom de marque Selincro. Son indication est une première : « réduire la consommation d’alcool chez les patients adultes ayant une dépendance à l’alcool avec une consommation d’alcool à risque élevé ne présentant pas de symptômes physiques de sevrage et ne nécessitant pas un sevrage immédiat ». Attention : « le traitement par Selincro doit être prescrit en association avec un suivi psychosocial continu axé sur l’observance thérapeutique et la réduction de la consommation d’alcool ». La fin du dogme de l’abstinence en somme.

Et, outre le prix et le remboursement,  une question : ce médicament pourra-t-il être prescrit par les généralistes ou sera-t-il réservé à certains spécialistes ?  Le suivi psychosocial devra-t-il être fait par le prescripteur ou pourra-t-il être assuré par des psychologues du service public hospitalier ?

Pour sa part la filiale française de Lundbeck entame les négociations avec les pouvoirs publics (Ansm, commission « de transparence », comité économique des produits de santé). Une commercialisation pourrait être annoncée dans les premiers mois de l’année 2014. Notons également, sur le front voisin sinon concurrent du baclofène, la publication de l’ouvrage du Dr Renaud de Beaurepaire aux éditions Albin Michel. Un ouvrage essentiel pour qui se trame en France dans les coulisses et sur la scène du traitement de la déepndance aux boissons alcooliques. Et de la « guérison » de l’alcoolisme. Nous y reviendrons.