La France va-t-elle autoriser la recherche des empreintes génétiques sur les décédés ?

Bonjour

C’est une question éthique majeure qui, brutalement, émerge dans le champ politique. Déposée par le sénateur Alain Milon (LR, Vaucluse) le 5 février dernier, une proposition de loi  visant à autoriser les analyses génétiques sur personnes décédées Elle pourrait pourrait être examinée en séance publique dès le 6 juin prochain précisent les sites Hospimedia et Gènéthique.

Que nous dit le sénateur Milon, membre du groupe d’études Cancer, du groupe d’études Chasse et pêche et du groupe d’études Vigne et vin ? Médecin de profession, l’homme, 70 ans, est hors des normes. Situé à droite de l’échiquier c’est un partisan du mariage homosexuel mais aussi d’un élargissement de la procréation médicalement assistée et de la gestation pour autrui. Un atypique.

Aujourd’hui il observe que  les progrès de la génétique permettent d’analyser la transmission des caractères héréditaires prédisposants à la survenue de pathologies, notamment de cancers. « Les médecins onco-généticiens essayent de préciser au mieux les risques d’un patient mais également des membres de sa famille pour préconiser la solution la plus adaptée : surveillance et/ou prévention, explique-t-il à ses collègues parlementaires. Parfois, il est nécessaire de remonter l’histoire familiale de cancers afin de conseiller les apparentés vivants, ce qui nécessite le recours à des analyses sur des personnes décédées afin d’obtenir des informations pouvant être utiles à la famille. »

Ce n’est pas tout. On sait que, depuis plusieurs années, des analyses sont faites à partir de simples prises de sang, chez des personnes ayant un risque potentiel élevé d’être porteurs d’une anomalie prédisposante. Or ces prélèvements sont conservés longtemps – et ce même après le décès de la personne. Les techniques actuelles permettent aussi d’analyser du tissu conservé en laboratoire et qui avait été prélevé plusieurs années auparavant.

ADN, maillon de la chaîne familiale

« Les évolutions technologiques et les progrès scientifiques nécessitent une évolution législative afin de mettre en adéquation ces progrès et réglementation, fait valoir le sénateur Milon. D’autres disciplines de génétique se développent : la cardiogénétique, la neurogénétique… Toutes ces disciplines auront à terme des besoins similaires. » Or, observe encore le sénateur, la loi actuelle prévoit le consentement du patient ; et celui-ci est par définition impossible à obtenir.

Contrairement à ce que font déjà valoir ses opposants, cette proposition de loi porte pas atteinte à la dignité de la personne humaine pas plus qu’elle n’attente au respect de la vie privée. Il s’agit, « bien au contraire » de permettre à une personne décédée avant de connaître le résultat du diagnostic génétique ou en l’absence d’un tel diagnostic de protéger ses descendants grâce à un dépistage précoce ».

Nous sommes ici face à deux conceptions radicalement opposées de la vie privée, de l’usage qui peut être fait post mortem de son corps et de la « transparence génétique ». « À l’instar des maillons ADN qui constituent la chaîne génétique de l’individu, celui-ci constitue un maillon de la chaîne familiale, fait valoir le sénateur Milon.  Tout l’enjeu réside donc dans la nécessité de concilier liberté de l’individu et intégration dans l’histoire de l’héritage génétique familial. » « Le corps d’une personne décédée n’est pas un gisement d’exploitation » rétorque le site Gènéthique.

Il est bien regrettable que ce sujet ait été oublié par les organisateurs des très officiels, pompeux et très solennels Etats généraux de la bioéthique.

A demain

Dix euros le paquet de tabac ; obligation de onze vaccins : Philippe II convaincu par Agnès Buzyn

Bonjour

Après les applaudissements glacés de Versailles, les applaudissements nourris dans la chaleur de l’Assemblée nationale. Désormais le président Macron fait peur ; Edouard Philippe boxe dans sa catégorie. Et son ring est la réalité. Pour ce qui nous importe, deux mesures concrètes qui vont susciter bien des réactions polémiques:

I « Ne rien faire est exclu. Nous porterons progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros » (1)

On avait fort opportunément appris, quelques heures auparavant, que dans une « feuille de route » adressée au Premier ministre Agnès Buzyn, ministre de la Santé (et de la Solidarité), explique sa politique en matière de lutte contre le tabagisme avec une mesure présentée comme drastique : augmenter « rapidement et fortement, dès 2018, le prix du tabac ». « Mon objectif est que la génération qui naît aujourd’hui soit la première génération sans tabac », écrit-elle dans cette feuille de route mise en ligne par le site spécialisé Hospimedia (reprenant là une phrase de Marisol Touraine).

Adressé au Premier ministre, qui prononcera mardi sa déclaration de politique générale, ce document devait faire l’objet d’arbitrages. « La lutte contre le tabagisme, qui constitue la première cause évitable de mortalité, sera intensifiée à la fois en augmentant rapidement et fortement, dès 2018, le prix du tabac, et en finançant des actions de prévention, de sevrage et de recherche appliquée », ajoute Agnès Buzyn.

Où l’on voit une ministre qui prend de l’assurance. Le 16 juin, dans une interview au Parisien elle s’était bornée à assurer qu’elle n’était « pas contre » une hausse du paquet de cigarettes à dix euros – mais sans évoquer de calendrier. Où l’on pressent un germe de conflit : la ministre veut une augmentation « rapide » quand le Premier la prévoit « progressive ». Et il reste aux deux à ouvrir, enfin, les portes à la cigarette électronique.

Déjà des nuages à l’horizon : cette hypothèse est rejetée par les industriels étrangers comme par les buralistes français. « Même s’il n’y a pas de tabou en ce qui concerne d’éventuelles augmentations des prix du tabac, celles-ci doivent se faire de manière raisonnable afin de ne pas faire exploser encore plus le marché parallèle », menace Benoît Bas, directeur des relations extérieures de Japan Tobacco International (JTI).

II « Les vaccins unanimement recommandés deviendront obligatoires pour la petite enfance ».

Mme Buzyn a donc fini de « réfléchir ». Voilà un objectif d’ores et déjà objet de polémiques au sein même du corps médical ; un objectif compliqué par la désorganisation totale de la production industrielle et une confiance collective à retrouver. On attend Agnès Buzyn, le gouvernement (et le Président) au tournant.

A demain

1 La déclaration exacte d’Edouard Philippe : « En matière de lutte contre le tabac, là encore, il nous faut assumer des choix courageux. Chaque année, le tabac, en France, est la cause de 80 000 décès par an. C’est la première cause de mortalité évitable et la consommation quotidienne de tabac augmente chez les adolescents.

« Ne rien faire est exclu. Nous porterons progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros en luttant sans merci contre les trafics qui minent cette politique de santé, autant qu’ils fragilisent ceux qui respectent la loi ».

 

Mireille Faugère rendra-t-elle à Martin Hirsch un peu de l’argent perçu à la tête de l’AP-HP ?

 

Bonjour

Jadis ces choses là ne se seraient pas faites  – ou ne se seraient pas dites. Le dernier Conseil de surveillance de l’AP-HP s’est réuni le 12 octobre 2016 sous la présidence d’Anne Hidalgo. A cette occasion le directeur général, Martin Hirsch, a fait savoir qu’il avait réclamé le reversement des sommes liées aux activités privées de celle qui l’avait précédé dans ces prestigieuses fonctions : Mireille Faugère. Cette dernière avait en outre perçu un salaire largement supérieur à celui de son prédécesseur, et une indemnité de licenciement cinq fois supérieure à la normale.

On se souvient de l’affaire : début octobre le Canard Enchaîné révélait aujourd’hui que 80 millions d’euros de factures  dues à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) s’étaient volatilisées en 2011. A l’époque l’AP-HP était dirigée par Mireille Faugère dont le Canard indiquait le montant assez mirobolant des émoluments.  Ces informations ont été puisées dans le rapport « encore confidentiel » (daté du 17 mai) de la chambre régionale des comptes.

Après trente ans passés à différents postes de direction de la SNCF Mme Faugère avait été évincée et aussitôt nommée à la tête d’une AP-HP en crise. Elle l’avait quittée dans un état voisin pour, avait-on dit, « sa gestion de l’affaire de l’Hôtel-Dieu ». C’était sans doute un peu plus compliqué. Martin Hirsch lui avait alors succédé.  Mme Faugère est, depuis 2014, conseillère maître à la Cour des comptes.

Quelques lignes alambiquées

Dans un communiqué, l’AP-HP traite aujourd’hui en quelques lignes alambiquées de la demande de Martin Hirsch à cele qui est « conseillère maître à la Cour des comptes » :

« (…) le Conseil de surveillance a pris acte avec satisfaction de ce que le Directeur général avait pris la décision qu’il lui incombait de prendre, en demandant le reversement des sommes liées aux activités privées de l’ancienne Directrice générale, en conformité avec la politique générale menée en matière de contrôle des cumuls d’activité, soutenue par le Conseil de surveillance ; il a demandé à être informé des suites, dans le cadre d’une procédure dont il a été rappelé le caractère contradictoire. »

« En poste de septembre 2010 à mi-novembre 2013, Mireille Faugère a en effet coûté fort cher à l’AP-HP, conservant ou acquérant malgré ses fonctions à titre personnel des mandats au sein de conseils d’administration d’organismes divers (entreprises publique et privée, fondation, association) explique le site Hospimédia. Des mandats qu’elle avait mentionnés lors de son recrutement sans susciter d’observations ni d’objections, s’est étonnée la chambre, qui ne précise pas le montant mais signale qu’ils contrevenaient aux règles d’exercice définies par la loi de juillet 1983 ‘’portant droits et obligations des fonctionnaires’’. »

Ce texte dispose en effet : « Les fonctionnaires et agents non titulaires de droit public consacrent l’intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées. Ils ne peuvent exercer à titre professionnel une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit. » Sont également interdites plusieurs activités à but non lucratif. La chambre s’est appuyée également sur  circulaire du 11 mars 2008 relative au cumul d’activités.

Martin Hirschenviron 200 000 € par an

Il faut aussi compter avec les écarts de rémunérations avec les textes réglementaires en faveur de Mireille Faugère – et ce, semble-t-il, pour un montant avoisinant les 530 000 €. Deux problèmes connexes en outre :

D’une part, le fait que l’ancienne DG touchait un peu moins de 300 000 € brut par an, dont une part fixe de 250 000 €. Soit un montant supérieur de 50% au salaire perçu par son prédécesseur, Benoît Leclercq, et son successeur, Martin Hirsch, qui eux émargent à environ 200 000 € par an dont 165 000 € en fixe.

D’autre part, le fait qu’elle ait touché à son départ une indemnité de licenciement brute de 125 000 € quand ce même montant n’aurait pas dû excéder, selon la chambre, 25 881 € net (la moitié de la rémunération de base nette pendant trois mois).

Jadis ces choses là ne se seraient pas faites  -ou n’auraient pas été connues. Sans préjuger de la suite on peut raisonnablement penser qu’il y a là, tout bien pesé, un véritable progrès.

A demain

Alerte rouge à l’hôpital de Bourges : cherche urgentistes/généralistes pour travailler cet été

Bonjour

Reçu, ce jour, comme une bouteille ordinale lancée dans un désert médical :

« Chère consœur, cher confrère, lARS Centre -Val de Loire recherche des médecins urgentistes pour le mois de juillet ou des médecins généralistes actifs ou retraités pour exercer dans le centre hospitalier de BOURGES en binôme avec un urgentiste praticien hospitalier.

Si votre disponibilité le permet, et en fonction de vos compétences pour ce type d’exercice, nous vous remercions de vous adresser pour tout renseignement sur les plages horaires à la directrice des affaires médicales du Centre hospitalier Jacques-Cœur de Bourges.  

 Très confraternellement

Conseil régional de l’Ordre des médecins du Centre- Val de Loire »

« Boucherie chirurgicale »

Désert ? Comme en écho, reçu au même instant du site Egora.fr : « Le chirurgien « hystérique » interdit d’exercer pour six mois ». Où l’on revient sur l’affaire de la « boucherie chirurgicale » évoquée en avril dernier dans ce même établissement hospitalier. Une affaire invraisemblable qui, après la mort d’un patient au bloc, avait révélé les rapports exécrables pouvant exister entre les anesthésistes et un chirurgien urologue. Ce dernier vient d’être condamné à une interdiction d’exercer d’une durée de six mois – dont deux avec sursis.

C’est l’ARS Centre-Val de Loire qui avait alors saisi le procureur de la République et déposé plainte à l’encontre de ce  praticien auprès du président du conseil régional de l’Ordre des médecins. Il est reproché au médecin son comportement au bloc opératoire, dans le cas de l’opération de la prostate d’un patient âgé d’une soixantaine d’année, décédé sur la table. Un comportement qualifié de « boucherie » par plusieurs témoins. Il faut ici néanmoins lire, sur Hospimedia.fr, les extraits de la décision avant de juger.

La chambre disciplinaire a décidé de l’interdiction d’exercer la médecine pendant une durée de six mois. Cette décision, prise le 22 juin dernier, a pris effet dès le 27 juin. La demande, très urgente, concernant l’embauche de médecins anesthésistes prend effet dès maintenant. Des plages horaires sont à négocier pour tout l’été. Bourges se situe dans le département du Cher.

A demain