Sous le déni de la cigarette électronique, y a-t-il une affaire «Tabac Info Service» ?

Bonjour

Fin de « Moi(s) sans tabac ». On attend les résultats. Mais on gardera en mémoire l’apport de « Tabac Info Service » et son petit collier de perles anti-cigarette électronique.  Nous avons, sur ce blog, rapporté quelques unes des étonnantes assertions émanant de Tabac Info Service – une entreprise qui pas, contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, un service émanant directement des structures sanitaires publiques. Ce n’est pas, non plus, une association de tabacologues ou de spécialistes des addictions.

Les questions ont commencé à se poser en février 2015 : « Cigarette électronique : la bien étrange affaire pharmaceutique de « Tabac Info Service ». On apprenait alors  la mort de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT )-  la conséquence directe, mécanique, programmée, de  la perte en juillet 2012 de la gestion de la ligne Tabac Info Service au profit  de la société commerciale Direct Medica, société « spécialisée dans la revente de produits pharmaceutiques ». Conflit d’intérêts ? L’affaire avait été traitée en son temps sur le Huffington Post.

Politique du déni thérapeutique

Quelques jours plus tard, nouveau sujet : « Cigarette électronique ? Ici Tabac Info Service. Nous n’avons rien à communiquer sur ce sujet ». Conflit d’intérêts ?

Même politique du déni thérapeutique, du refus obstiné de mettre en œuvre une réduction des risques tabagiques en septembre 2015 : « Cigarette électronique : elle ne sera pas sur l’application mobile de «Tabac Info Service». Idem quelques jours plus tard : «  Avec ‘’Tabac Info Service’’, le nouveau Parisien ignore l’existence de la cigarette électronique ». En mai 2016 nous avions résumé l’affaire sur Slate.fr : « Tabac Info Service conseillera-t-il un jour la cigarette électronique? ».

Et puis, ces dernières semaines, ces témoignages convergents d’une obstination déraisonnable, d’un déni assumé, d’un refus que l’on pourrait, en d’autres temps, tenir pour  militant. Conflit d’intérêts ? On se bornera, ici, à observer une politique constante en décalage progressivement croissant avec les données scientifiques accumulées dans le champ de la réduction des risques. Pourquoi une telle délégation de services téléphoniques  sur un sujet à ce point médical ? Etrange « Tabac Info Service ». Et fin de « Moi(s) sans tabac ». On attend les résultats.

A demain

Géants du sucre: hier, ils remplissaient le pot à confiture de mensonges. Et maintenant ?

 

Bonjour

Mieux vaut (le savoir) tard que jamais. Ici c’est une affaire d’un demi-siècle. On vient de les exhumer au grand jour de la Toile : des documents inédits et compromettants dévoilés par quelques grand titres de la presse américaine (et relayés par Slate.fr ainsi que par le Huffington Post). C’est un scandale qui peut aisément être résumé : les industriels du sucre ont, dès les années 1960,  cherché à se servir de médecins et scientifiques pour masquer l’une des caractéristiques pathogènes de la substance qui a fait et continue de faire sa fortune. Et, pour ce faire,  elle a mis en avant le danger des graisses et du cholestérol. Il faut ici rappeler que l’épidémie des maladies cardiovasculaires prenait son envol aux États-Unis – et que la controverse sur la responsabilité relative des sucres ajoutés versus celui des graisses alimentaires nourrissait bien des débats.

L’agence Associated Press explique ainsi qu’au début des années 1960, la Sugar Association a lancé ce qu’elle appelait le «Projet 226»,  Il s’agissait de financer (pour près de 50.000 dollars d’aujourd’hui) une étude qui fut publiée deux ans plus tard dans le toujours prestigieux New England Journal of Medicine. Une étude qui allait minimiser le rôle du sucre dans la genèse des affections cardiovasculaires  tout en mettant l’accent sur celui du gras.  En 1964, trois scientifiques de Harvard auraient ainsi reçu  6 500 dollars chacun pour faire évoluer leurs conclusions.

Aujourd’hui, Coca-Cola

Le New York Times explique pour sa part que ces documents internes à l’industrie du sucre ont été «récemment découverts par un chercheur de l’université de Californie à San Francisco» . Ils viennent de faire  l’objet d’une publication dans le JAMA Internal Medicine. Selon Stanton Glantz, l’un des coauteurs de la publication, l’industrie du sucre a ainsi «pu faire dérailler la discussion à propos du sucre pendant des décennies». Selon les auteurs, cette influence a touché jusqu’à la Food and Drug Administration (FDA) qui estimait encore, en 1976, que le sucre était sans danger pour la santé. Et qui voulait ignorer son puissant potentiel addictif.

Dans un éditorial publié par la revue, la chercheuse Marion Nestle (Department of Nutrition and Food Studies, New York University) démontre à quel point  cette découverte est susceptible d’éclairer notre présent. Selon elle de telles pratiques perdurent. A commencer par la façon dont le géant dont Coca-Cola finance de nombreuses fondations et organisations.

Avec ou sans sucre ?

«Laissez-moi vous assurer que c’est plutôt ce que nous avions en tête et que nous attendons avec impatience sa parution dans la revue», écrivait, il y a un demi-siècle un responsable de la Sugar Association à un des chercheurs que cette dernière finançait. Dans un communiqué qu’il vient de publier ce cartel des sucres reconnaît qu’il aurait alors dû exercer une «plus grande transparence» dans son financement d’activités de recherche. Mais  il attaque à son tour les auteurs en les accusant d’une forme soft de manipulation des données historiques.

En France les journalistes d’investigation ne s’intéressent pas (encore) à de tels sujets. On peut le regretter. Célébrité assurée. Il serait ainsi sans doute éclairant de connaître les conditions exactes  qui ont permis la transformation des « classes du goût » (humanistes, laïques et républicaines initiées par Jacques Puisais) pour en faire des « Semaines du goût » 1.

L’actualité est toute trouvée : « la 27e Semaine du goût se tient du 10 au 16 octobre 2016. Et cette année, elle fait peau neuve autour d’une thématique: mieux manger pour vivre mieux ». Vivre mieux ? Avec ou sans sucre ?

A demain

1 « Sucre à l’école : les racines du scandale » (Journalisme et santé publique, 6 février 2014)

Manuel Valls tance le New York Times à propos de la tentation et du « corps des femmes »

 

Bonjour

Il est accusé dans le New York Times, il répond dans The Huffington Post (en français dans le texte). La polémique était retombée, il la relance. Des médias à hue et à dia. D’un côté le deal avoué de Jérôme Cahuzac avec la multinationale pharmaceutique Pfizer 1. De l’autre Manuel Valls qui s’auto-justifie sur le burkini.

Le Premier ministre français répond vertement à Lillie Dremeaux, auteure de l’article « Regards ‘changés’ et ‘langues déliées’ : Des musulmanes évoquent l’Europe d’aujourd’hui » paru le 2 septembre dans le quotidien américain. Manuel Valls accuse la journaliste : selon lui ce texte « donne une image insupportable, car fausse, de la France, pays des Lumières et pays des libertés ». Il faut lire l’acte d’accusation du chef du gouvernement de la France :

« Ce que je conteste avec la plus grande vigueur, c’est que la journaliste donne la parole à des femmes de confession musulmane en prétendant que leur voix serait étouffée, et ce, pour dresser le portrait d’une France qui les oppresserait. Par ailleurs, elle n’explique pas ce que sont les principes républicains : liberté, égalité, fraternité, et la laïcité à la française.

« Les témoignages se succèdent, décrivant une France où « la lune jaune » cousue sur les vêtements des musulmans serait la prochaine étape, comme il y eut une étoile jaune pour désigner les juifs sous l’occupation nazie. Une France où les musulmans seraient « moins bien considérés que des chiens ». Une France avec un régime d’apartheid forçant les musulmans à quitter leur pays pour faire des études, trouver un emploi, faire carrière. »

Certes la parole demeure libre mais la plume n’est pas sans servitude :

« Les femmes musulmanes à qui cet article donne la parole expriment un point de vue. Elles sont libres de le faire. Mais l’exigence aurait dû porter la journaliste du New York Times à interroger l’immense majorité des femmes musulmanes qui ne se reconnaissent pas dans une vision ultra-rigoriste de l’Islam. »

 Contestations prosélytes

Et Manuel Valls, ancien communicant et « lecteur assidu de la presse internationale », revient sur le métier :

« La réalité, c’est qu’il ne s’agit pas d’une enquête de terrain, qui permet les différents éclairages ou la nuance dans l’analyse. Ces témoignages ont été pour la plupart obtenus à la suite d’un événement scandaleux organisé en France : un « camp d’été décolonial ». Un camp qui, et cette information a son importance, était interdit – je cite – aux « personnes à la peau blanche »! Son but était de rassembler tous les partisans des communautarismes, tous les opposants à la mixité entre les personnes « blanches » et « non-blanches », tous ceux qui veulent, je cite encore, dénoncer le « philosémitisme d’Etat » dont la France serait victime.

« Cette initiative, loin d’être isolée, montre au grand jour les contestations prosélytes qui sont à l’œuvre en France. Elles veulent revenir sur deux principes fondamentaux qui font notre pays. »

Orgueil et préjugés

Et de revenir sur le burkini qui n’est pas une « tenue de bain anodine » mais « une provocation, l’islamisme radical qui surgit et veut s’imposer dans l’espace public ! ». Et puis cette phrase, plus générale, qui fera parler dans les salons parisiens et les confessionnaux de Béziers :

« Le corps des femmes n’est ni pur ni impur. Il est le corps des femmes. Il n’a pas à être caché pour protéger de je ne sais quelle tentation. »

Parlant de la première journée du procès de Jérôme Cahuzac, ancien socialiste rocardien, il aura, au matin du 6 septembre sur RTL, ce mot : « On a du mal à suivre Jérôme Cahuzac. Ce genre de déclaration est faite pour instiller le doute à l’égard d’un homme qui vient de disparaître(…). Je suis triste et je rajouterais peut-être dégoûté. » »

A demain

1 « Pour notre part, nous nous souvenons de l’énergie considérable que Jérôme Cahuzac avait déployée contre le Zocor (simvastatine), un «anti-cholestérol»  de la puissante firme Merck, médicament alors très coûteux (336 francs la boîte de 28 comprimés, pris en charge par la Sécurité sociale). Un médicament dont les ventes (3,5 millions de boîtes en 1990) ne respectaient pas un bien étrange accord «volume-prix» signé au moment de la fixation des prix. Accord étrange en ce qu’il laissait entendre que le fabricant était capable de maîtriser les prescriptions de ces médicaments.

 Révélé par Le Monde, cet accord prévoyait ainsi que ces ventes ne devraient pas dépasser 2,75 millions de boîtes lors de la deuxième année de commercialisation. Et ce alors même que la revue spécialisée Prescrire soulignait, en janvier 1990, que rien ne permettait de préciser le rapport bénéfices-risques de cette fructueuse spécialité.

Jérôme Cahuzac voyait dans cette situation la conséquence d’une politique intensive et inacceptable de promotion du médicament. Percevait-il autre chose? A-t-il usé des relations nouées à cette époque avec le monde de l’industrie pour, peu après le départ de Michel Rocard de Matignon (et celui de Claude Evin du gouvernement), négocier de nouveaux contrats? Si oui, des contrats de quelle nature? » (Slate.fr, 5 avril 2013)

Quelques lectures indispensables pour aider à décrypter le «scandale» de la Dépakine®

 

Bonjour

A quoi tient un scandale sinon à l’émotion, à la colère, qu’il suscite ? En matière sanitaire il peut aussi tenir à la date à partir de laquelle vous décidez qu’il existe. Remonter dans le temps et vous verrez que le sujet aurait, plus tôt, être dénoncé et en partie prévenue. L’affaire du Mediator® est, de ce point de vue, exemplaire. Elle n’est pas la seule. Reste dès lors, parfois,  à savoir qui est le responsable et qui est le coupable. Voir Georgina Dufoix (affaires du sang contaminé) :

« Je me sens profondément responsable ; pour autant, je ne me sens pas coupable, parce que vraiment, à l’époque, on a pris des décisions dans un certain contexte, qui étaient pour nous des décisions qui nous paraissaient justes. » ( TF1, 4 novembre 1991 )

Dimension médicale

Le scandale est aussi une question d’angle, de facette. Il arrive que trop vouloir comprendre gomme l’émotion, réduit l’intérêt immédiat que pourrait susciter un dossier. Dans les derniers développements de l’affaire de la Dépakine® une dimension médicale a été presque systématiquement sous-estimée, pour ne pas dire ignorée : celle des risques auxquels on exposait une femme enceinte souffrant de crises d’épilepsie dès lors que ces crises n’étaient pas prévenues par voie médicamenteuse.

On peut comprendre que cette omission irrite les spécialistes de l’épilepsie. De ce point ce vue il faut, sur le site docteurjd.com  lire le texte signé du Pr Philippe Derambure (Imagerie, Médecine nucléaire et Explorations fonctionnelles, CHRU de Lille) et actuel président de la Ligue Française contre l’épilepsie : « Dépakine® et grossesse : les réflexions d’un épileptologue ».

Extraits :

« La grossesse est un projet de vie que toute jeune femme peut avoir, et nous avons nous médecin un rôle important qui est d’informer du risque (épilepsie, médicament) mais aussi d’accompagner ce projet de vie d’un point de vue médical. Pour cela, toute jeune fille prenant un médicament à risque (tous les antiépileptiques en font partie, même si le risque est plus important pour la Dépakine®) doit avoir une information éclairée et un accompagnement médical d’un éventuel  projet de grossesse. De nombreuses recommandations ont été publiées et communiquées dans ce sens depuis très longtemps. Et ce sujet est abordé dès l’adolescence.

 « Je m’étonne encore une fois que la presse reprenne la comparaison avec l’affaire du Médiator®. La Dépakine® est un médicament qui est parfois le seul traitement efficace. Il reste très utilisé chez l’enfant pour cette raison. Chez la femme en âge de procréer, il ne doit jamais être donné avant d’avoir essayé tout autre médicament efficace (c’est-à-dire trois médicaments seulement dans le cas d’une épilepsie généralisée), et c’est ce qui est fait depuis très longtemps et qui a été renforcé depuis que l’on a pris connaissance du risque sur le développement cognitif et comportemental (publication de 2009). (…)

 « Je m’étonne que la question éthique ne soit jamais posée. Je m’interroge encore plus à la lecture des différents sites d’information (celui de l’APESAC est édifiant), sur l’absence de réflexion et d’information sur ce qu’est cette maladie, de ce que c’est de vivre avec cette maladie. Et je rappelle que le problème principal que soulève l’affaire de la Dépakine® est le problème du suivi médical de l’ensemble des personnes souffrant d’épilepsie.

Les femmes qui ont la chance d’être suivies par des centres de neurologie spécialisés en épilepsie et par des neurologues compétents en épilepsie ne se retrouvent pas du tout dans l’information telle qu’elle est donnée actuellement. »

 Prescription et pensée magique

On peut aussi lire, dans Le Monde, les propos du Pr Stéphane Auvin est neuropédiatre et spécialiste de l’épilepsie (hôpital Robert Debré, Paris) : Dépakine® : « Il n’est pas simple de se séparer d’une molécule qui peut-être bénéfique à certains patients ».

Ne pas replacer les faits dans leur chronologie, laisser la loupe sur l’abcès, est aussi une méthode qui permet de susciter et de maintenir une indignation immédiate. De ce point de vue on lira, sur le Huffington Post : « Pourquoi un scandale sanitaire comme la Dépakine® met autant de temps à émerger ? » (Marine Le Breton). Soit 1. Un laboratoire (Sanofi) qui occulte le problème ;  2. Des autorités sanitaires qui tardent à réagir ; 3. Des patientes pas ou peu mises au courant.

 Interrogé sur ce dernier point le Pr Stéphane Auvin avait répondu au Monde :

« Que ce médicament présente des risques n’est pas un scoop pour les neurologues. Mais le nombre de spécialistes est très insuffisant et bon nombre de patientes sont suivies par leur généraliste, dont les connaissances sur certains sujets spécialisés comme celui-ci ne sont pas toujours à jour.

Il y a une certaine négligence à l’égard de ce groupe de maladie : il n’y a pas de filière de prise en charge spécifique pour les patients avec épilepsie, pas de plan de recherche. Nous sommes probablement les moins bien lotis d’Europe ! L’épilepsie est une maladie courante : environ une personne sur cent en souffre. Pourtant, elle est encore largement méconnue et sa perception relève trop souvent de la pensée magique. »

A demain

Marion Bartoli va mieux, elle est en Italie, au Palace Merano et aurait déjà repris un petit kilo

 

Bonjour

On l’avait laissée dans un état assez inquiétant. Elle disait « craindre pour sa vie ». On la retrouve dans un contexte assez peu rassurant. Le lead médiatique c’est la détox. Avec dynamique virale mi-santé, mi-sport, mi-people. On la retrouve sur Le Point, sur le HuffPost ou dans Closer (avec une photo peu rassurante). Détox et twittage à tous les étages. Pour les fans : « Déjà un kilo de gagné (…)  Je ne vous remercierai jamais assez pour tout votre amour. »

On se souvient du tableau. C’était le jeudi 7 juillet sur la chaîne britannique ITV.« J’ai peur pour ma vie, je crains qu’un jour mon cœur s’arrête »a-t-elle dit dans l’émission « This Morning ». « Ma vie est devenue un cauchemar (…) Je suis en train de dépérir et je ne sais pas pourquoi », confiait-elle. Tous les téléspectateurs avaient été frappés par son apparence chétive, son visage marqué, ses démentis quant aux  rumeurs d’anorexie. « Je ne m’inflige pas de souffrances à moi-même » assurait-elle. L’hypothèse diagnostique ? Elle disait  avoir « attrapé un virus », que les médecins ne savaient nommer. C’était en février après  trois longs trajets en avion entre l’Australie, l’Inde et New York.

 « Je ne peux plus pianoter sur les touches de mon téléphone portable sans utiliser de gants » disait-elle encore, évoquant des risques de « tachycardie ». Elle ne se lavait plus qu’à « l’eau minérale », elle ne portait plus de bijoux et qu’elle ne pouvait manger que des légumes bio. Pas de sucres, pas de sel, pas de gluten. « J’en suis réduite à manger des salades et des concombres sans la peau parce que mon corps ne la supporte pas. » « Ce sont des méthodes de survie. Je prie Dieu tous les jours pour revenir à une vie normale. »

5000 euros les cinq jours de détox

Dieu réside en Italie. Marion Bartoli l’a retrouvé au Palace Merano, (on appréciera la vidéo) un mille étoiles pour stars dévissantes, un nid où l’on se retrouve chez soi, la sérénité retrouvée et très cher payée (5.000 euros le cinq jours de détox). Nous sommes ici chez les marmottes, à mille lieux du Brexit, aux frontières du Liechtenstein ; A l’image des équivalents historiques suisses de Montreux c’est un espace plus ou moins mythique qui se nourrit des noms des célébrités qui y ont plus ou moins été traitées (quelques papes, Johnny Hallyday, Zinedine Zidane, Monica Belluci…). Aux fourneaux de la régénérescence : Henri Chenot, un catalan de 73 ans « biologiste diplômé en psychologie », versé dans la philosophie et la médecine chinoises, la bioénergétique et le naturopathique.

On entre généralement chez Merano pour en sortir plus léger. C’est l’inverse dans le cas qui nous occupe. « Pour Marion Bartoli, les équipes d’Henri Chenot – qu’elle remercie au passage sur Twitter – ont évidemment inversé les protocoles pour adapter un régime destiné à enrayer sa chute de poids et à lui faire prendre rapidement des kilos, avec succès, précise Le Point. Elle a également subi une transfusion sanguine, peut-être associée avec l’ozonothérapie, l’une des spécialités de la maison, qui permet d’oxygéner les cellules et de stimuler le système immunitaire en ajoutant un mélange d’oxygène et d’ozone dans le sang. »

Marion Bartoli, entrant dans le Palace Merano : « J’ai gagné Wimbledon, ce n’est pas un virus qui va m’abattre  ».  Quel virus ? Quelles balles ? Quelles raquettes ?

A demain

«Recette Pompettes »: les producteurs de l’émission se gaussent du ministère de la Santé

 

Bonjour

Abandonnée en rase campagne par Audrey Azoulay, ministre de la Culture, Marisol Touraine était montée seule à l’assaut de « Recettes Pompettes », émission faisant la promotion médiatisée du binge drinking façon people. Jeudi 7 avril la ministre de la Santé demandait aux producteurs de cette émission à venir su YouTube de renoncer à leur entreprise:

Ivresse valorisée

« Le ministère des Affaires sociales et de la Santé condamne fermement cette initiative : les conséquences de la consommation excessive d’alcool sur la santé sont trop graves pour être prises à la légère. Il est regrettable et dangereux de laisser croire, en particulier aux jeunes, que l’ivresse serait un comportement anodin, voire valorisant.

« Par conséquent, le ministère des Affaires sociales et de la Santé a demandé au producteur de l’émission de retirer la bande annonce et de renoncer à l’émission. Le ministère étudie par ailleurs les différentes voies de recours. »

« Déplaire aux rageux »

Vingt-quatre heures plus tard les producteurs répondent et se gaussent. C’est sur  le Huffington Post : « Les « Recettes pompettes » seront diffusées, « n’en déplaise aux rageux » ». Extraits :

«  « Nous faisons confiance à notre public pour bien faire la part des choses. » L’équipe des « Recettes pompettes », la nouvelle émission de Youtube dans laquelle des célébrités cuisinent tout en étant alcoolisées, a tenu à répondre aux critiques dans un message posté sur sa page Facebook vendredi 8 avril (…) l’équipe du programme explique que la diffusion aura bien lieu mercredi, « n’en déplaise aux rageux ».

 « Pour se défendre elle explique notamment que plusieurs messages « de prévention » ont été insérés dans le programme, diffusé sur Internet et non à la télévision (la loi Evin interdisant de faire la publicité de l’alcool à l’antenne, ou d’en donner une image positive), et qu’il est une « adaptation d’un format canadien lui-même accessible à tous publics ».

 « « Le contenu du programme n’incite nullement les mineurs à une consommation excessive d’alcool », écrit l’équipe du programme. « C’est une émission d’humour, bienveillante pour ses invités, qui permet de les découvrir de manière décomplexée », explique-t-elle encore. « La demande d’annulation de la diffusion du programme a été demandée sans aucune discussion préalable sur le contenu exact de l’émission, ce qui est vexant » (…). »

Revenir des enfers anisés

Vexation ? On attend la réponse de la ministre de la Santé et de ses services. Ainsi que celle de l’Association nationale de prévention en alcoologie et en addictologie (ANPAA) que l’Etat a chargé d’agir en son nom. Une ANPAA elle aussi raillée par les producteurs dans l’échange promotionnel tout en perversité « esprit Canal »entre Yann Barthès  et « Monsieur Poulpe ».

Marisol Touraine évoquait hier étudier « différentes voies de recours »…. Qui sait, l’heure est peut-être venue de faire appel au chanteur Renaud. Depuis peu revenu de ses enfers anisés et alcooliques l’homme sait trouver des accents de santé publique. Saurait-il faire taire « Monsieur Poulpe » ?

A demain

Homosexualité et don de sang : il faut désormais aider Marisol Touraine à expliquer les raisons de cette juste décision

Bonjour

Le politique ne traite pas impunément, en France, des questions relatives au sang et à la sexualité. Trente ans après les faits et vingt-cinq ans après l’émergence des « affaires », le sang contaminé demeure, en France,une plaie qui peine à cicatriser.

La toute récente décision gouvernementale de modifier un arrêté de 2009 pour lever l’interdiction définitive qui était faite aux homosexuels de donner leur sang en est une parfaite illustration. Nous avons dit et expliqué, sur ce blog et sur Slate.fr  qu’il s’agissait là d’un bel exemple de « démocratie sanitaire ». Nous pressentions que la pédagogie médiatique serait difficile. Nous n’imaginions pas la virulence, la violence et la vulgarité parfois, des réactions. Sans oublier, chez certains, la mauvaise foi.

Tout, ici, tourne autour de la nécessité, pour les homosexuels souhaitant donner leur sang, de faire état lors de l’interrogatoire préalable, d’une période d’abstinence sexuelle de douze mois. La chose peut surprendre celles et ceux qui ne connaissent rien à la complexité d’un tel dossier. Sans doute méritait-elle plus de pédagogie de la part d’une ministre de la Santé particulièrement attachée, depuis sa nomination en mai 2012, à ce dossier.

Passés sous silence

Les plus violentes des critiques associatives oublient les raisons sanitaires qui conduisent à cette mesure mise en œuvre dans tous les pays qui ont pris la décision de permettre à nouveau aux homosexuels de donner leur sang   l’Australie, le Japon, la Hongrie, le Royaume-Uni, la Suède, le Canada, la Finlande, la Nouvelle-Zélande ou les Etats-Unis. Ils oublient de rappeler que la quasi-totalité  des pays de l’Union européenne demeurent sur le modèle de la contre-indication permanente. Ils  passent sous silence le fait que le don de plasma est possible après une période d’abstinence de quatre mois – et que la même période d’abstinence est demandée  aux hétérosexuels qui, schématiquement,  « changent de partenaire ».  Ils masquent, enfin, le processus démocratique mis en œuvre depuis six mois par le Pr Benoit Valet, directeur général de la santé qui est parvenu au tour de force de réunir l’ensemble des acteurs, associations, agences sanitaire et acteurs transfusionnels.

Ils ne rappellent pas, enfin, les choix des différentes parties présentes. Cinq associations se sont prononcées en faveur du délai d’ajournement à douze mois (Aides, association IRIS, le CISS, Inter LGBT ainsi que l’Association française des hémophiles). Quatre ont rejeté l’ensemble des scénarios proposés, parmi lesquelles la Fédération des donneurs de sang bénévoles, l’Union nationale des associations de donneurs de sang bénévoles de La poste et d’Orange, Act Up et SOS homophobie).

Outrances des deux bords

Le Pr Valet avait été jusqu’à réunir quelques journalistes, la veille de l’annonce ministérielle, pour bien expliquer de quoi il retournait. Nécessaire cette initiative (trop rare) n’aura pas été suffisante. Marisol Touraine a, le lendemain, donné un entretien au Monde qui, embrassant trop de sujet sociétaux, faisait l’impasse sur le dossier du jour. La ministre de la Santé en vient aujourd’hui à répondre aux critiques dont elle est la cible dans une tribune au Huffington Post 1. Cela ne sera pas suffisant et risque même, au vu de sa rhétorique, d’avoir un effet contraire à celui recherché.

Nous critiquons parfois certains aspects de la politique  conduite depuis plus de trois ans par la ministre de la Santé. Sur ce sujet précis, et au-delà de ses possibles maladresses, le moment est venu de l’aider. Loin de se borner à relayer les critiques et les outrances venues des deux bords les médias  grand public rempliront-ils, ici, leur mission d’information et de pédagogie. Nous avons tous à y gagner.

A demain

1 Nous publions ici le texte de la tribune de Marisol Touraine publiée sur le site du Huffington Post :

« Vous avez été très nombreux à réagir à l’annonce, mercredi 4 novembre, de l’ouverture du don du sang aux hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes . Certains d’entre vous ont exprimé leur soulagement en apprenant cette nouvelle. Mais beaucoup ont aussi exprimé leur déception, voire leur colère, face à cette décision. C’est à vous, qui ne comprenez pas cette décision, à vous qui la contestez, que je souhaite aujourd’hui m’adresser.

Je veux vous dire d’abord que je vous entends et que je comprends, aussi, votre impatience. Tout simplement parce que je partage le projet, que beaucoup d’entre vous défendent, d’une égalité totale des critères du don entre homosexuels et hétérosexuels.

Je veux vous dire ensuite, parce que j’en suis convaincue, que la décision annoncée ce mercredi est une véritable avancée. Pourquoi? Parce qu’elle rompt l’exclusion de principe d’une personne sur la base de son orientation sexuelle. Exclusion qui disait la défiance d’une société vis-à-vis des homosexuels. Exclusion que beaucoup percevaient, à juste titre, comme une discrimination. Exclusion d’autant plus intolérable qu’elle s’appliquait à l’un des plus beaux actes de générosité: le don. Cette exclusion, je la condamne et je la combats, dans les actes, à travers ma décision: au printemps 2016, les homosexuels pourront donner leur sang dans notre pays.

Je veux vous dire surtout, parce que cela n’a pas été (assez) entendu, que cette décision est une étape importante, mais une étape seulement, dans un processus qui nous permettra de proposer les mêmes conditions de don aux hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes et aux hétérosexuels. Notre objectif, c’est l’égalité de tous face au don. C’est vers ce but que nous tendons.

Mais alors, pourquoi pas tout de suite? Pourquoi, encore, des conditions différentes? Pourquoi demander aux homosexuels qui souhaitent donner de ne pas avoir de relations sexuelles pendant 12 mois?

Pour que cette avancée soit sûre et pour qu’elle soit irréversible. Comme le don du sang était jusqu’à présent interdit aux homosexuels, nous ne disposons pas aujourd’hui de données scientifiques solides sur le sujet. En ouvrant le don de sang total aux hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, nous nous donnons les moyens de recueillir ces données et de démontrer scientifiquement que le risque de prélever du sang contaminé n’est pas plus élevé pour ces donneurs que pour les donneurs hétérosexuels. Ce préalable scientifique est une exigence légitime: la sécurité du don est une priorité absolue. C’est en apportant toutes les garanties, sur ce volet sanitaire, que nous nous donnons les meilleures chances d’enclencher et de faire accepter la convergence totale des critères du don.

Dans l’attente de ces résultats, nous fixons la contre-indication à 12 mois pour les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes car c’est le délai au terme duquel nous sommes certains, d’après les éléments scientifiques dont nous disposons actuellement, que le niveau de risque est identique entre homosexuels et hétérosexuels.

Je veux rappeler, enfin, car cela n’est pas un détail, que pour le don de plasma, les conditions seront les mêmes, que l’on soit homosexuel ou hétérosexuel, au printemps prochain.

À vous donc qui souhaitez aller plus loin, à vous qui souhaitez aller plus vite, je veux dire mon engagement à ne pas m’arrêter là. À vos interrogations, à vos doutes, je réponds: nous partageons le même combat. Menons-le ensemble! »

Vie et mort de Vincent Lambert : sept ans plus tard, nouvelle étape dans l’acharnement judiciaire

Bonjour

Mardi 29 septembre 2015. A 15 heures,  le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne se réunira « en formation élargie ». Objet : le Centre hospitalier universitaire de Reims peut-il continuer à nourrir et à hydrater Vincent Lambert ? Peut-il « maintenir artificiellement en vie » cet homme après les décisions rendues par le Conseil d’Etat et par la Cour européenne des droits de l’homme ? On notera que cette énième étape d’un acharnement judiciaire sans précédent survient sept ans précisément  après l’accident de la circulation dont a été victime cet homme aujourd’hui en état végétatif chronique ou pauci-relationnel. Sept années et de multiples interrogations (1).

« Nous demandons au juge de faire prévaloir les intérêts et le droit fondamental de Vincent à ne pas subir d’acharnement thérapeutique comme il l’avait demandé, droit qui lui est illégalement refusé tous les jours par le CHU depuis la décision de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) » explique dans les médias François Lambert,  neveu du malade aujourd’hui seul dans cette action.

Lointaines conséquences

Nous sommes ici confrontés aux lointaines conséquences de la décision fautive prise par le Dr Éric Kariger (qui a depuis quitté le CHU de Reims pour le privé) de suspendre définitivement l’alimentation et l’hydratation artificielles de son patient sans en informer les parents.  Après l’arrêt de la CEDH,  Daniela Simon, le nouveau médecin en charge de Vincent avait entamé « une nouvelle procédure en vue d’une décision d’arrêt des soins ». Puis, coup de théâtre, il refusait de « statuer sur cette fin de vie » et ce « en raison de pressions extérieures nuisant à « la sérénité », notamment après des menaces d’enlèvement ». Des pressions sur lesquelles on ne sait rien.

« Une décision étonnante de la part de cette médecin, car une semaine auparavant elle avait affirmé à différents interlocuteurs qu’elle allait mettre en œuvre la décision d’arrêt de traitement, après une rapide réunion collégiale, explique aujourd’hui Libération (Eric Favereau)  Elle connaît la situation par cœur, c’est elle qui suit Vincent Lambert depuis près de sept ans. Pourquoi ce changement ? Que s’est-il passé ? Des menaces ? Daniela Simon est certes titulaire au CHU de Reims, mais elle est d’origine roumaine, avec un diplôme étranger. Peut-être s’est-elle sentie, elle aussi, bien seule ? » A sa demande, le procureur de la République de Reims a saisi un juge des tutelles d’une mesure de protection pour Vincent Lambert.

90 000 euros pour ne pas communiquer

C’est la légalité de cette nouvelle procédure collégiale que conteste François Lambert. Il juge que le CHU aurait simplement dû appliquer la décision médicale du 11 janvier validée par le Conseil d’État et la CEDH. Contacté par l’AFP, Me Pierre Desmarais, l’avocat du CHU de Reims, se refuse à tout commentaire. Même silence du côté de la direction de l’hôpital. Coûteux silence puisque cette même direction a émis un appel d’offre début août pour s’adjoindre les services d’un cabinet spécialisé dans « la gestion de communication de crise » et ce pour une mission de trois mois facturée à hauteur de 90 000 euros. Une initiative sur laquelle cette direction en crise se refuse obstinément à communiquer…

L’AFP observe que Rachel, l’épouse de Vincent, qui se bat pour « laisser partir » son mari, n’a pas souhaité s’associer à la procédure engagée par le neveu. Les parents, radicalement opposés à l’arrêt des soins, ont déposé un mémoire au tribunal et plaideront par l’intermédiaire de leur avocat Jean Paillot. « Vu la difficulté de l’affaire et l’impossible consensus dans la famille, l’hôpital se devait d’ouvrir une nouvelle procédure collégiale, qu’il a d’ailleurs suspendue et non arrêtée. Vincent a fait des progrès depuis les dernières expertises, il doit être dans un premier temps transféré pour être bien pris en charge et il doit subir de nouveaux examens pour évaluer son état », plaide cet avocat.

Hasard ou pas, le débat sur « la fin de vie » revient début octobre devant l’Assemblée nationale avec l’examen en deuxième lecture de la proposition de loi Claeys-Leonetti voulu par le président de la République et rejeté en juin par le Sénat. Le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne devrait mettre sa décision en délibéré ; puis juger dans un délai de deux à trois semaines.

A demain

(1) Sur ce thème, citons ces lignes éclairantes d’Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale (Université Paris Sud) extraites de son texte  « La logique du pire »

« (…) Je ne suis pas certain que les responsables de ce chaos soient conscients des profonds préjudices causés par leurs approximations et plus encore par leur incompétence à saisir les enjeux d’une situation qui dégénère au point de ne savoir au juste ce qu’en sera l’issue.

Que les plus hautes instances de la déontologie médicale cautionnent la palinodie d’une équipe médicale confrontée à son échec, qui, de l’obstination à engager une sédation profonde terminale jusqu’à l’impromptu d’un renoncement dans des conditions significatives d’une impréparation inquiétante, ne peut qu’interroger.

Que les instances publiques en charge de la santé semblent adapter leurs positionnements en tenant compte notamment de l’aboutissement sans entrave de la proposition de loi créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie, ne peut qu’interroger.

Que les instances sollicitées par le Conseil d’État pour leur compétence en éthique demeurent à distance d’un fiasco qui a déjà un impact sur leur capacité ne serait-ce qu’à témoigner des valeurs fortes qu’elles ont pourtant affirmé dans des contributions qui font référence, ne peut qu’inquiéter.

Que l’opinion publique ne perçoive plus de ce charivari qu’un appel à plus de radicalité dans l’assistance médicalisée en fin de vie alors qu’il semble évident que M. Vincent Lambert ne saurait être assimilé à un mourant, et du reste qu’aucun élément avéré n’attesterait de l’anticipation de sa décision en semblable circonstances, ne peut qu’interroger.

Que l’évocation d’une évolution possible de l’état de santé de M. Vincent Lambert, confirmée par différents avis médicaux ne justifierait pas une nouvelle expertise menée dans des conditions appropriées, ne peut qu’interroger.

Que de manière itérative la référence aux positions dites religieuses et « extrémistes » des parents de M. Vincent Lambert soit l’argument de convenance mobilisant sans autre débat ceux qui expriment dès lors une position idéologique réfractaire à tout approfondissement, ne peut qu’interroger (…) »

«Exclusif» : Marisol Touraine dénonce haut et fort le sexisme des politiques français

Bonjour

Nous sommes le 29 avril 2015 et le  Huffington Post  annonce une exclusivité : une tribune de Marisol Touraine intitulée « Les femmes en politique : une évidence, vraiment ? » . La dernière publication signée de la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes datait d’il y a précisément un an. C’était dans The Lancet et il était question des vices et des vertus du système français de santé.

Aujourd’hui Mme Touraine  fustige le sexisme de « certains hommes politiques » et déplore la longueur du chemin escarpé qui conduit vers la parité. « Cela fait aujourd’hui soixante-dix ans que les femmes votent et sont élues, rappelle-t-elle [référence aux élections municipales du 29 avril 1945, premier scrutin auquel ont participé les Françaises]. Mais le chemin est encore long pour qu’en politique, les femmes soient reconnues comme les égales des hommes ».

« Jolie à regarder ! »

La ministre cible tout particulièrement le « sexisme » de rigueur en politique. Extraits :

« ‘’C’est bien la parité en politique, mais c’est bruyant ». « Ce n’est pas intéressant ce qu’elle raconte, mais au moins elle est jolie à regarder ». « Êtes-vous ministre parce que vous êtes une belle femme issue de la diversité? ». « C’est qui cette nana? »

Ajoutons-y quelques sifflets et l’imitation mémorable d’une poule dans l’hémicycle quand une ministre en robe ou une députée prend la parole. Voici la potion magique que boivent, chaque jour, les femmes qui ont eu l’envie d’exercer des responsabilités politiques et qui y sont parvenues (…)

Pas une seule !

Les femmes représentent 27% des membres de l’Assemblée nationale et 16% des maires. Comme s’il fallait rappeler aux femmes qu’elles ne sont pas tout à fait à leur place dans les lieux de pouvoir, certains hommes politiques se permettent des sorties de route plus ou moins contrôlées, mais toujours franchement sexistes. Je ne connais pas une femme politique (pas une seule !) qui ne puisse raconter, pendant des heures, toutes les remarques, regards, voire même insultes, qu’elle a subi simplement parce qu’elle est une femme (…)

En tant que ministre chargée des Droits des femmes, ma détermination est totale à la protéger et à la faire progresser. Pour qu’un jour, le fait que les femmes puissent monter à la tribune soit enfin une évidence. »

Un jour proche

La ministre n’omet pas de louer l’action de son gouvernement pour faire reculer ces pratiques. Elle se dit « fière d’appartenir au premier gouvernement paritaire de notre histoire » et des mesures engagées en faveur de l’égalité, telles que le doublement « des amendes infligées aux partis politiques qui ne respectent pas la parité des candidatures » aux législatives.

Marisol Touraine ne donne toutefois pas de date quant au jour où une  femme montant à la tribune sera devenu, en France, une évidence. Ce jour est peut-être bien plus proche que pourraient le laisser penser les lourdes et bien tristes images politiques d’aujourd’hui.

A demain

Cigarette électronique : la bien étrange affaire pharmaceutique de « Tabac Info Service »

Bonjour

C’est une affaire qui ne semble pas intéresser les médias d’information générale. C’est aussi une affaire qui tombe assez mal. Alors que l’on attend toujours, de la part de Marisol Touraine,  les détails du « Programme national de réduction du tabagisme » on apprend la mort de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT). Cette structure  a déposé le bilan le 20 janvier dernier. Mort après trente mois « d’agonie financière », précise Le Quotidien du Médecin (Sophie Martos). « Liquidation judiciaire », prévient Joseph Osman, le directeur de l’OFT. « L’OFT a  cessé son activité le 5 février, c’est une fin totale », a déclaré le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue  qui assurait la présidence de l’OFT.

Cette fermeture est la conséquence directe, mécanique, programmée, de  la perte en juillet 2012 de la gestion de la ligne Tabac Info Service en faveur de la société commerciale Direct Medica. Le jeu habituel des appels d’offres et des affaires dira-t-on. A ce détail près, comme le relève Le Quotidien du Médecin, que cette société est « spécialisée dans la revente de produits pharmaceutiques. A ceci près, également, que sa directrice n’est autre que l’ex-trésorière de l’OFT, Mme Sophie Kerob-Schonborn.

Hypothétique conflit

Même un esprit bien tourné pourrait, ici, percevoir les hypothétiques prémices d’un parfum pouvant ressembler à un conflit entre des intérêts a priori opposés. L’affaire avait été traitée en son temps sur le Huffington Post. Conflit  ? « La ligne Tabac Info Service a été créée en 2000 par l’OFT avec l’aide du Comité d’éducation français pour la santé (CFES), puis en 2002, elle a été développée par l’OFT avec l’Institut national de prévention et d’éducation de la santé (Inpes) » précise encore Le Quotidien du Médecin.  Plus de quarante tabacologues experts ont suivi des personnes désireuses d’arrêter de fumer en proposant un bilan et un suivi médical sur RDV. Près de 200 000 entretiens téléphoniques ont été réalisés depuis la création de la ligne Tabac Info Service, jusqu’à sa reprise par Direct Medica sur décision de l’Inpes. » Sur décision de l’Inpes, organisme public ?

Nécrologie

L’heure est venue de la nécrologie : « L’OFT a milité, depuis sa création en 1998, pour promouvoir l’aide à l’arrêt du tabac en France et en Europe auprès du public, des pouvoirs public, des entreprises et des professionnels de santé. L’association a, entre autres, formé des médecins du travail, des sages-femmes et des infirmières à la thématique ; elle a contribué à la régression du tabagisme passif et suivi la mise en œuvre du décret d’interdiction de fumer. Elle a également mené des actions de sensibilisation et d’accompagnement à l’arrêt du tabac auprès du public fragilisé ou en situation de précarité, des jeunes ou des jeunes parents… Après seize années d’activités dont dix de partenariat avec l’INPES, l’équipe et ses quatre salariés jettent l’éponge avec le sentiment que beaucoup restait à faire ».

« Aujourd’hui tout ça s’arrête. On a l’impression que cela n’a servi à rien, au moment où il y a toujours plus de fumeurs. On prive une des seules associations d’aider les fumeurs, alors que les associations pour l’arrêt du tabac devraient être plus nombreuses », déplore Joseph Osman. M. Osman n’a pas tort. Il dit très simplement une chose majeure.

Faire le 3989

Reste ce qui est, et sera, l’essentiel, le cœur du débat : la cigarette électronique. Quelle sera la politique de Mme Sophie Kerob-Schonborn et de Direct-Medica vis-à-vis d’un outil devenu majeur dans la réduction du tabagisme ? Un outil qui, à ce titre, est un concurrent des spécialités pharmaceutiques, spécialités pharmaceutiques qui sont la spécialité de Direct-Medica ? On peut le demander autrement : où sont, ici, les pouvoirs publics ? On peut toujours le demander en téléphonant, de ce pas, à Tabac Info Service : faire le 3989. Attention: cet appel vous sera facturé.

A demain