Renaud, le chanteur : ses alcools et son tabac. Certains médias «croisent les doigts». Ou pas

 

Bonjour

Et maintenant ?  Depuis le début du mois d’octobre le chanteur Renaud s’est lancé dans une « tournée marathon ». Un marathon après neuf ans d’absence et des « excès en tout genre ». Une plongée en apnée qui n’a rien arrangé. Depuis quelques jours les critiques se font jour dans les médias. Les mêmes médias qui, hier encore, saluaient l’abstinence alcoolique du barde médiatique.  Ainsi Télérama :

« La voix ? Comme on l’imagine : cassée et souvent déraillante — mais avec force. Ce n’est pas nouveau : si Renaud n’a jamais eu une voix de ténor, cela fait au moins vingt ans qu’il l’a abîmée, et qu’il doit faire avec le peu qui lui reste. Pas de miracle donc de ce côté-là… sauf sur le medley final où, porté par l’entrain général et le rythme soutenu des chansons, il se remet presque à chanter bien. En tout cas : à chanter vraiment. Sur d’autres titres emblématiques — En cloqueMorgane de toi —, le public prend largement le relais et Renaud ne s’en plaint pas : ‘’Vous chantez bien mieux que moi’’»

« Le plus dur, c’est ça, c’est de grimper, de retrouver un peu plus qu’un semblant de voix, et sur Les Mots, basculer en soi » écrit bellement, dans Le Monde, l’inusable et épatant Francis Marmande

Luciano Pavarotti et eau minérale

Sa voix ?  « Je n’ai jamais été Pavarotti ! » s’est justifié Renaud dans une interview accordée à i>Télé. Je n’ai jamais chanté comme un cador, mais ça ne va pas trop mal malgré les critiques journalistiques pas très sympathiques… On critique ma voix, mais c’est ma voix de 64 ans. Je ne chante plus comme à 20 ans, c’est sûr ! »

Et puis voici Le Point (Marc Fourny) :

« Il faut dire que les litres de pastis et les deux paquets et demi de clopes quotidiens n’ont pas arrangé les choses quand Renaud, redevenu Renard, s’enfonçait dans la solitude et la déprime. Mais c’était hier, désormais le Phénix a changé ! Vraiment ? Il reconnaît qu’il continue à se griller quelques cigarettes, sans pour autant retomber dans une consommation excessive. Et il a récemment confessé s’offrir de temps en temps une petite bière, ou deux… ‘’Je n’ai pas signé pour être un saint, un moine, ou m’abstenir toute ma vie durant à l’eau minérale’’, a-t-il reconnu dans une interview, sur BFM TV. On croise les doigts… »

La tournée de Renaud comporte encore plus d’une centaine de dates jusqu’à l’été prochain, avec les grands festivals d’été. Environ 400 000 places ont d’ores et déjà été vendues. L’homme n’a pas signé « pour être un saint ». Pour autant la construction médiatique est là, qui a fait de Renaud un ressuscité de la maladie alcoolique, un Phénix. Les médias croisent-ils vraiment les doigts ?

A demain

Tragique: «L’Obs» devient «L’Obsolète». La dynamique du «Monde Diplomatique »

 

Bonjour

Il ne faudrait jamais licencier certains journalistes. C’est le cas d’Aude Lancelin, « talentueuse directrice adjointe de L’Obs ». On peut la présenter ainsi :

« Aude Lancelin  née en 1973 à Tours, compagne de Frédéric Lordon. Ancienne élève du lycée Henri IV, en hypokhâgne et khâgne, puis étudiante à la Sorbonne-Paris IV, agrégée de philosophie, enseigne dans un établissement classé ZEP de l’Essonne.

 « Engagée en 2000 par le Nouvel Observateur, où elle couvre les domaines de la culture et des idées. Réalise de nombreux entretiens avec les philosophes contemporains. Parallèlement, collabore aux émissions télévisées Culture et dépendances (France 3) et Postface (i-télé, Canal+).

« Relève en 2010 que Bernard-Henri Lévy a cité naïvement (elle parle d’« autorité du cuistre ») un auteur imaginaire, Jean-Baptiste Botul, dans un ouvrage alors à paraître – ce qui provoque une vague de réactions amusées ou consternées. En août 2011, elle rejoint Marianne, en tant que directrice adjointe de la rédaction, responsable des pages « Culture » et « Idées » de l’hebdomadaire.

« En 2014, à la suite de la nomination de Matthieu Croissandeau à la direction de la rédaction, elle revient à L’Obs. Est licenciée par M. Croissandeau en mai 2016. Cette décision est, selon Mediapart imposée par les actionnaires, en l’occurrence Claude Perdriel et Xavier Niel. Elle est présentée comme un ‘’choix managérial’’, mais une grande partie de la presse y voit des motivations politiques : Claude Perdriel a en effet ouvertement reproché à Aude Lancelin d’avoir publié des textes « anti-démocratiques », c’est-à-dire trop à gauche, dans les pages « Débats » de L’Obs et d’avoir soutenu le mouvement Nuit Debout.

« Le fait que le compagnon d’Aude Lancelin soit Frédéric Lordon, figure de la gauche de la gauche, pourrait aussi avoir motivé l’éviction. Le 25 mai 2016, une quarantaine d’intellectuels publient dans Libération une lettre de protestation contre le licenciement d’Aude Lancelin . »

Plan média

Le plus généralement les journalistes licenciés (ou « invités à partir ») gardent le silence. Tel n’est pas le cas d’Aude Lancelin. Elle va publier « Le monde libre » (19 euros). Elle y narre, vu  de l’intérieur « la dérive du système médiatique français ». Voici ce qu’en dit (extraits) Livres Hebdo :  

« On se demandait qui allait éditer le livre d’Aude Lancelin, ancienne directrice adjointe de L’Obsdont le licenciement avait fait grand bruit fin mai. Ce sont Les liens qui libèrent qui, après avoir réussi à garder le secret jusqu’à cette fin de semaine, publieront le 12 octobre Le monde libre avec un tirage de 14000 exemplaires dont 10000 seront mis en place. Dès ce dimanche 9 octobre, le plan média démarre avec une interview dans le JDD.

« Elle raconte de l’intérieur la dérive du système médiatique français avec l’histoire de la numéro deux d’un hebdomadaire de gauche qui s’appelle L’Obsolète, dirigé par un certain Jean Joël. Elle fustige « la décadence d’un métier,  les opérations de police intellectuelle et le socialisme d’appareil à l’agonie » et trace de durs portraits de Manuel Valls « petit homme colérique aux idées simples devenu l’enfant chéri de l’Obsolète » ou Bernard-Henri Levy, « le sentencieux maître à penser de l’Obsolète ».

« La force de ce texte est qu’il est l’expression d’une époque, explique Henri Trubert, son éditeur. On voit comme les théories de management ont envahi les rédactions, le glissement des médias mais aussi de la gauche qui emprunte ses valeurs et concepts à la droite. » »

« Les Valls et les Macron »

Dans Le Journal du Dimanche (groupe Lagardère) l’ancienne de L’Obsolète cogne dur. L’hebdomadaire dominical du groupe Lagardère « a décidé de donner la parole à Aude Lancelin car son ouvrage «  bien au-delà des portraits cruels de journalistes et intellectuels parisiens, pose à sa manière le problème de la liberté d’expression ». « Aude Lancelin : « Il y a un trou d’air dans la vie intellectuelle française  » » (propos recueillis par Marie-Laure Delorme) – sur abonnement. On y lit des choses désespérantes, que L’Obs est devenu le nom de la gauche officielle, prétendument « sociale-démocrate », en réalité néolibérale et autoritaire, « une gauche obligée de mentir en permanence sur elle-même », mais dont « plus grand monde n’est tout à fait dupe désormais ».

Aude Lancelin a écrit un pamphlet, œuvre contestataire 1 et non « entreprise de dénigrement systématique ». Elle dénonce le « monde Uber » et le « monde El Khomri » prônés « par les Valls et les Macron ». Et elle n’a pas « assuré ses arrières », pas assuré son « avenir professionnel ». Ce serait, en somme, une fin.

« Ce livre est évidemment une lettre d’adieu à ces lieux que l’on appelle encore journaux par habitude, mais où l’esprit a été vaincu, où les combats de sont plus que d’apparence. Pour autant ce n’est nullement un adieu à ce métier. Les journalistes étouffent, nous sommes nombreux à ne plus supporter d’être les hochets de géants des télécoms intrumentalisant la presse à leurs propres fins. Avec l’aide des lecteurs, eux aussi spoliés, une autre histoire reste à écrire ».

« Notre vigueur découle de votre appui »

Hasard ou fatalité, on lit ceci dans le dernier numéro du Monde Diplomatique :

« Depuis deux ans, la diffusion du Monde diplomatique s’est nettement redressée  ; le nombre de ses abonnés atteint un record historique ; la situation de ses finances n’inspire plus d’inquiétude. Un tel rétablissement détonne dans le paysage de la presse et dans le climat idéologique actuel. Il tranche en particulier avec le délabrement éditorial et économique de la plupart des périodiques, dont certains ne diffèrent leur trépas qu’en se transformant en prime numérique du géant des télécoms qui les possède. Notre santé contraste également avec la situation politique et idéologique générale. (…)

«  Depuis 2009, nous avons fait appel à vous pour mener ce combat éditorial et politique. Le résultat est là, puisque notre vigueur découle de votre appui. La période qui s’annonce réclamera plus que jamais que notre voix porte. Votre contribution aura donc également pour avantage de prévenir tous les dynamiteurs du bien commun que leur offensive nous trouvera sur leur chemin.,Soutenez-nous ! Le Monde diplomatique  ambitionne de faire vivre un journalisme affranchi des pouvoirs et des pressions. Une liberté qu’il doit essentiellement à ses acheteurs et abonnés. »

Peut-être faudrait-il, parfois, licencier certains journalistes. Ou les inviter à quitter ces lieux que l’on appelle encore journaux. Par habitude.

A demain

1 Sur ce thème, le remarquable : « L’âge d’or du pamphlet », de Cédric Passard. CNRS éditions. 25 euros.

 

« On ne tient pas une société avec BFM-TV, de la flicaille et du Lexomil®… » (De qui est-ce ?)

 

Bonjour

Des pavés, pas de plages. Pas de permis de pas interdire. Hier on embrassait les policiers à pleine bouche. Aujourd’hui on les vomit. C’est que le manifestant, à Paris est fluctuant. Et il ferait beau voir qu’on l’empêche d’aller « prendre un apéro chez Valls » 1. Rien de grave, fors le symbole. C’est #NuitDebout, mouvement qui bourgeonne, essaime. Groupements de jeunes qui innovent, se parlent, découvrent, inventent. Peu compatible avec l’état d’urgence.

« Ce moment, c’est maintenant. »

Pas de chefs autoproclamés, certes. Un lointain parfum de situationnisme qui n’en est pas. Mais que faire sans slogans ? Un voici un que l’on entend sur France Culture :

« On ne tient pas une société avec BFM-TV, de la flicaille et du Lexomil® ».

Il est lancé « sous les applaudissements du public » dit Le Monde. Sur France Culture les applaudissements sont bien maigres. Ou le public est bien squelettique. Ou le micro de l’ingénieur du son est bien mal placé. Voici le slogan en son entier :

« On ne tient pas une société avec BFM-TV, de la flicaille et du Lexomil®.Vient un moment où les têtes se relèvent. Ce moment, c’est le nôtre. Ce moment, c’est maintenant. »

De très loin cela sonne orwellien. Tous les accents poussant à la révolution, le système médiatique et les psychotropes pharmaceutiques en plus.

1 Lexomil® : bien vieille symbolique anxiolytique : comprimé-baguette quadrisécable (blanc) ; boîte de 30 Sur ordonnance (Liste I), durée de prescription limitée à 12 semaines – Remboursable à 65 % – Prix : 1,71 €.

2 BFM TV : c’est une chaîne de télévision française d’information nationale en continu, filiale du groupe NextRadioTV. Elle est librement accessible principalement sur la TNT, le câble, le satellite, la télévision par ADSL (IPTV), la télévision mobile personnelle (sur smartphones et tablettes) et en lecture en continu sur Internet.

Créée en novembre 2005, elle est directement lancée sur la télévision numérique terrestre française, la chaîne I-Télé, filiale du groupe Canal+, devenant alors sa principale concurrente. Se basant sur les mesures d’audience fournies par l’institut Médiamétrie, la chaîne se présente depuis juin 2008 comme la « première chaîne d’information de France », tous supports de réception confondus. Alain Weill en est le président-directeur général depuis sa création (Wikipédia).

3 « Flicaille » : subst. masc.,pop. La police; l’ensemble des flics. Tout de même, un major de l’X dans la police, dit Michel, on aura tout vu. Il avait gardé sa vieille hargne communiste contre la flicaille (AbellioPacifiques,1946, p. 385).

L’auteur de ce slogan déjà daté?  Frédéric Lordon . C’est un économiste et sociologue français né le 15 janvier 1962. Il est directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne . Il est membre du collectif Les économistes atterrés. On l’avait oublié.M Lordon proposé l’antique option de la « grève générale ». Puis il a ajouté  qu’il n’avait « ni le pouvoir ni la légitimité » pour en donner l’ordre. Le regretter ?

A demain

1 Sur ce thème, on peut lire, sur Slate.fr : « L’apéro chez Valls, la haine joyeuse venue de loin » de  Claude Askolovitch

Sida : « premier cas mondial de rémission de douze ans chez une femme née avec le VIH » (Vancouver, 2015)

Bonjour

C’est une règle non écrite : une conférence mondiale sur le sida se doit d’être marquée par une information spectaculaire. Celle qui vient de s’ouvrir à Vancouver (« IAS 2015 ») l’aura été avec une annonce française – une annonce dont l’écho médiatique apparaîtra peut-être un peu disproportionné à nombre de spécialistes. Il s’agit d’une forme de présentation de cas. Soit celui d’une jeune fille  âgée de 18 ans infectée par le VIH pendant la grossesse de sa mère. Elle est aujourd’hui « en rémission » – après avoir été sous traitement antirétroviral jusqu’à l’âge de 6 ans, un traitement stoppé par la suite. Ce cas mondial (présenté comme une « première mondiale ») montre « qu’une rémission prolongée après un traitement précoce peut être obtenue chez un enfant infecté par le VIH depuis la naissance », a expliqué le Dr Asier Sáez-Cirión,, de l’Institut Pasteur de Paris (1) – dossier également géré par des spécialistes de l’Inserm et de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris (AP-HP).

« Perdue de vue »

L’enfant née en 1996 avait été « infectée en fin de grossesse ou à l’accouchement alors que sa mère avait une charge virale non contrôlée ». Elle « a été immédiatement traité par l’antirétroviral zidovudine pendant six semaines et diagnostiquée porteuse du VIH un mois après sa naissance ».  Deux mois plus tard, et suite à l’arrêt programmé du traitement prophylactique, elle présentait une charge virale très élevée, conduisant à la mise en route d’un traitement associant quatre antirétroviraux  pendant les six premières années de sa vie, a mentionné le Dr Sáez-Cirión. Elle a ensuite été « perdue de vue » par le corps médical et « sa famille a décidé d’interrompre la prise des antirétroviraux ». Revue un an plus tard la petite fille  avait une charge virale indétectable (moins de 50 copies d’ARN-VIH par ml de sang)  et il a été alors décidé de ne pas reprendre le traitement antirétroviral.

Maintenant âgée d’un peu plus de 18 ans la jeune femme présente toujours une charge virale indétectable sans avoir jamais repris d’antirétroviraux. Son taux de lymphocytes  CD4 est resté stable. « La jeune femme ne présente aucun des facteurs génétiques connus pour être associés à un contrôle naturel de l’infection », souligne le Dr Asier Sáez-Cirión. Il assure que « c’est le fait d’avoir reçu très tôt après sa contamination une combinaison d’antirétroviraux qui lui permet d’être en rémission virologique depuis aussi longtemps ».

On détient là, selon lui, « la preuve du concept qu’une rémission à long terme est, comme chez l’adulte, possible chez l’enfant ». Si ce cas « est un fait clinique majeur qui ouvre de nouvelles perspectives de recherche », « cette rémission ne doit toutefois pas être assimilée à une guérison », a souligné (sur i-Télé  et dans Libération de demain) le Pr Jean-François Delfraissy, « Cette jeune femme reste infectée par le VIH et il est impossible de prédire l’évolution de son état de santé », a-t-il ajouté. Une information reprise par la BBC.

Le concept de rémission à long terme après la prise d’antirétroviraux souligne l’importance d’un traitement précoce pour contrôler l’infection par le VIH. Il avait déjà été mis en évidence et développé  par l’étude ANRS Visconti publiée en 2013.

Raison d’espérer

La conférence 2015 de Vancouver aura (aussi et surtout) été marquée par l’annonce (faite par le Dr Meg Doherty) que l’OMS publiera de nouvelles recommandations avant la fin de l’année, préconisant un placement sous antirétroviraux (ARV) des patients infectés par le virus du VIH dès le diagnostic – et ce quel que soit leur taux de lymphocytes CD4.  Dès l’ouverture de la conférence, des chercheurs ont également appelé à ce changement radical de la prise en charge des patients VIH. « Un traitement immédiat aux antirétroviraux fait plus que doubler les chances d’une personne de rester en vie et en bonne santé », selon un texte signé par les chercheurs, qui indiquent que de nouveaux résultats, présentés au cours de la conférence, montrent qu’il est possible d’abaisser de 95 % le taux de transmission du VIH. Il y a quelques semaines les premiers résultats de la vaste étude internationale – l’étude START (Strategic Timing of Antiretroviral Treatment)  – avait montré que les personnes traités immédiatement, quel que soit leur taux de CD4, avaient 53 % moins de risques de décéder ou de développer des maladies liées à l’infection.

Peu avant la naissance de la jeune femme dont le cas vient d’être présenté à Vancouver, une autre conférence internationale était, outre-Atlantique, marquée par les premières publications concernant l’efficacité des premières associations de trois médicaments antirétroviraux (2) . Dix-huit ans déjà, dix-huit ans seulement. On peut voir là, tout bien pesé, de solides raisons d’espérer.

A demain

(1) Voir ici les informations diffusées par l’Institut Pasteur.

(2) Voici, par exemple, ce que l’on pouvait lire dans Le Monde du 31 janvier 1996:

« Une nouvelle  avancée dans le traitement du sida vient d’être réalisée grâce à l’association originale de trois médicaments antiviraux. Les premiers résultats obtenus dans ce domaine ont été rendus publics, lundi 29 janvier, à Washington lors de l’ouverture de la troisième conférence internationale sur les rétrovirus et les infections opportunistes. Selon plusieurs observateurs, ces résultats constitueraient le progrès le plus important dans ce domaine depuis l’introduction de l’AZT (…) 

Selon les résultats présentés par les multinationales pharmaceutiques Abbott et Merck (qui ont l’une et l’autre une antiprotéase en expérimentation), ce nouveau type de « cocktail » thérapeutique fournit des résultats qui, quoique devant encore être considérés comme préliminaires, apparaissent spectaculaires et encourageants. L’analyse de l’efficacité de ce nouveau traitement bénéficie des nouveaux outils de mesure de l’infection par le VIH et notamment de celle de la charge virale, qui permet de situer avec précision la quantité de virus présente dans le sang.

C’est ainsi que l’on a pu observer que l’administration de cette trithérapie permet d’obtenir l’élimination de 99 % des particules virales présentes dans le sang de la plupart des 45 personnes contaminées ayant participé à cette expérimentation. Chez 6 malades sur 21 ayant participé à la trithérapie incluant l’antiprotéase « Norvir » de la multinationale Abbott, le VIH est devenu indécelable. Pour le docteur Emilio Emini, directeur de recherche chez Merck, il s’agit là d’un « tournant ». « Pour la première fois, nous sommes peut-être proches d’atteindre un quasi-arrêt de la reproduction du virus chez la plupart des patients ».

Cette opinion est partagée par le docteur Jean Deleuze (hôpital Cochin, Paris) qui conduit un essai sur ce thème et par le professeur Jean-Paul Lévy, directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida. Ces deux spécialistes mettent toutefois en garde contre les extrapolations trop rapides et soulignent que le recul dont on dispose n’est pas suffisant pour tirer des conclusions définitives. Un recul de dix-huit mois semble aujourd’hui nécessaire pour confirmer les nouvelles espérances. « Il semble néanmoins logique de penser qu’à court ou moyen terme ce type d’association thérapeutique inclutant trois médicaments se substituera aux actuelles bithérapie », nous a déclaré le professeur Jean-Paul Lévy.»

Barrage du Tarn : la police scientifique devra dire si une grenade policière a tué Rémi Fraisse

Bonjour

27/10/2014. A Toulouse les médecins légistes ne vont pas encore aussi vite que leurs confrères des séries télévisées. Depuis vingt-quatre heures tous les médias étaient sous pression: la vérité allait être dite par Claude Dérens, procureur de la République d’Albi.

La vérité sur les causes exactes du décès de Rémi Fraisse, un manifestant âgé de 21 ans retrouvé mort la veille sur le site du futur barrage de Sivens dans le département du Tarn. Un projet contesté (1). Les conclusions des légistes étaient impatiemment attendues par les deux camps. Soit était la victime des agissements des forces de l’ordre dépêchées par la puissance publique, soit il en l’était pas. Dans un cas il devenait un martyr, dans l’autre il était la victime d’une forme de fatalité dans des circonstances qui resteraient à éclairer.

Procureur d’Albi

La température médiatique et politique montait. On attendait le « point presse » du procureur Dérens au Palais de justice de la vieille cité d’Albi. Ce « point presse » vient de s’achever. Et il faudra revenir pour connaître la vérité : Rémi Fraisse a été victime d’« une explosion ». Une explosion dont on ne sait pas encore si elle a pu être causée par une grenade lancée par les forces de l’ordre. «La plaie importante située en haut du dos de Rémi Fraisse a été causée, selon toute vraisemblance, par une explosion», a dit le procureur.

Des analyses « dont les résultats pourraient être connus mardi 28 octobre », doivent désormais établir si «une grenade, lancée depuis la zone où les gendarmes étaient retranchés» a pu être «à l’origine» de cette explosion.

Pas de particules dans la plaie

Ces éléments sont rendus publics alors que différents médias ont, ces dernières heures, rapporté qu’une grenade aurait pu atteindre le jeune homme (2). Ce dernier avait été « découvert mort au moment d’affrontements avec les forces de l’ordre ». Mais « aucun élément ne permet d’affirmer ni d’infirmer cette possibilité», a souligné le procureur. L’Agence France presse précise que ce dernier « a lu une déclaration et n’a accepté aucune question ». En réalité il les a précédées.

Le procureur a ainsi déclaré: « la déflagration a été forte puisque le jeune homme a été projeté au sol de façon violente». Il a encore dit que «selon le médecin légiste, la mort a été instantanée». «L’objet à l’origine de l’explosion n’a pas entraîné de flamme» et «aucune trace de particule métallique ou plastique n’a été retrouvée dans la plaie», a-t-il ajouté. Par conséquent, «le légiste ne peut ni affirmer ni infirmer, sur la base des lésions anatomiques relevées, que l’origine de la plaie proviendrait d’une grenade lancée depuis la zone où les gendarmes étaient retranchés».

Causalité et indépendance

Selon le magistrat, «il faut attendre les résultats d’analyses» effectuées au laboratoire de police scientifique de Toulouse pour connaître le rôle déterminant – ou pas – de la grenade qui aurait été lancée, pour expliquer si elle est à l’origine de l’explosion». Une plaie, une explosion, une grenade. Passer de l’observation anatomique à la balistique anatomo-pathologique, en somme. Etablir une relation de causalité.

C’est ainsi : il reviendra à la police scientifique de déterminer si les forces de l’ordre sont, ou non, à l’origine de la mort du jeune homme. Pour l’heure les parents de ce dernier viennent de faire savoir qu’ils déposeraient dès demain 28 octobre  une plainte «pour homicide volontaire par une ou plusieurs personnes dépositaires de l’autorité publique».  Cette plainte doit « permettre à un juge d’instruction indépendant de faire toute la lumière sur les circonstances du décès du jeune manifestant».

A demain

(1) Le rapport officiel du rapport d’expertise de ce barrage  vient d’être publié sur le site de la préfecture du Tarn. On peut en prendre connaissance ici. Un jour viendra peut-être où il en sera de même des rapports d’autopsies médico-légales.

(2) Interrogé par i>Télé, le père de Rémi, Jean-Pierre Fraisse, a précisé que le jeune homme ne faisait pas partie des radicaux du mouvement et était allé sur le site Interrogé par i>Télé, le père de Rémi, Jean-Pierre Fraisse, a souligné que le jeune homme ne faisait pas partie des radicaux du mouvement et était allé sur le site  «un peu en touriste», «avec sa copine». «Il y avait eu une manifestation très pacifique l’après-midi, puis il était resté le soir. Et là, il s’est excité», a déclaré M. Fraisse. Selon lui, Rémi «est allé à mains nues, apparemment, au milieu de tout ça, alors que les gens sont normalement casqués (…)».

Les pharmaciens veulent « faire du vaccin ». Les médecins disent non. Où va-t-on ?

Bonjour

C’est peu dire que l’expression est malencontreuse. « Dans le monde entier, les pharmaciens commencent à quitter le produit pour le service individualisé, assure Isabelle Adenot.  Faire de la vaccination va dans le sens de l’histoire de la pharmacie mondiale ». Mme Adenot est  présidente de l’Ordre des pharmaciens. Elle est citée dans Le Monde daté de demain (François Béguin). Mme Adenot rebondit sur l’étrange proposition formulée il y a quelques jours par Marisol Touraine, ministre de la Santé. C’était tard le soir, sur i-Télé.

En substance : les Français sont insuffisamment vaccinés. J’autorise les pharmaciens à vacciner. La couverture vaccinale nationale d’en trouvera remontée. On crut un instant que cela ferait flop. Les réactions commencent à affluer. Et elles prennent la forme que l’on pouvait redouter – à commencer par l’expression de la présidente de l’Ordre des pharmaciens. Faire de la vaccination comme on ferait du chiffre (environ dix euros l’unité)Précisément l’opposé de ce que réclament les défenseurs de l’immunisation individualisée et de la réhabilitation du geste vaccinal.

Plusieurs perspectives peuvent être prises pour tenter de comprendre ce qu’il en est de ce bel abcès.

Perspective politique  

Il faut se souvenir des récents propos de François Hollande, président de la République devant le Conseil de l’Ordre des médecins. (Ici le texte complet du discours– et ici la vidéo de l’intervention présidentielle)

« Votre troisième responsabilité, c’est d’encourager le travail collectif, entre médecins bien sûr, mais aussi entre tous les professionnels. Je sais, monsieur le Président, votre attachement à aller vers une communauté entre les professions de santé, sans qu’aucune ne se confonde avec une autre.

Pour inventer les nouvelles formes de travail nous devons progresser dans les délégations de tâche, ce n’est pas facile. Qui fait quoi et jusqu’où ? Mieux répartir les actes afin que chacun puisse se consacrer à son cœur de métier. Les ordres nationaux sont ici au premier rang, puisque ce sont eux qui ont vocation à réfléchir sur ces référentiels « métiers ». J’ai confiance en votre capacité à avancer sur cette question majeure et notamment par rapport au débat qui s’est ouvert sur les professions. Car nous devons à la fois faire en sorte que vous puissiez travailler ensemble et que chacun puisse rester sur son métier. »

Progresser dans la « délégation des tâches ». Pour faire quoi ?  

Perspective ouvrière.

La plupart des syndicats de médecins sont radicalement opposés à la possibilité donnée aux pharmaciens de pratiquer les vaccinations dans leurs officines. Entre la caisse enregistreuse et le rayonnage de la vinothérapie. Jusqu’à MG France, le plus éclairé qui parle ici « d’une vente par appartement de la médecine générale ». L’UNOF-CSMF appelle à fermer les cabinets du 24 au 31  décembre pour protester. « On nous conteste les actes les plus simples qui nous permettent d’équilibrer la journée », regrette le Dr Claude Leicher, président de MG France, qui appelle à une mobilisation le 6  janvier (2015). « Il ne peut pas y avoir de délégation de tâches décidée de façon unilatérale, souligne le Dr Patrick Bouet, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins. On ne peut pas commencer la concertation en prenant pour fait acquis ce qui pose problème. »

Perspective historique

« Les professions paramédicales ont pris beaucoup de retard en France par rapport à d’autre pays, professe  Didier Tabuteau, titulaire de la chaire santé de Sciences Po.  Les docteurs en médecine n’ont jamais voulu que d’autres professionnels de la santé émergent notamment en raison du spectre du retour des officiers de santé. » Chaque médecin se souvient de ces techniciens de la santé recrutés au niveau du bac dont les médecins avaient eu à affronter « la concurrence déloyale » au XIXe  siècle. Sans eux Mme Emma Bovary n’aurait pas eu la vie et la mort qu’elle a connues (Tabuteau D. Démocratie sanitaire, les nouveaux défis de santé publique.Editions Odile Jacob, 2013).

« Aujourd’hui, nécessité fait loi, estime M. Tabuteau. Il faut aller vers plus de responsabilités pour les autres professions. La baisse de la démographie médicale impose de revoir la répartition des tâches et l’organisation des soins. » Certes. Faut-il pour autant laisse les pharmaciens faire du vaccin ? Ancien directeur de cabinet de Benrard Kouchner au ministère de la Santé M. Tabuteau n’a sans doute pas oublié ce qu’il en fut de la vaccination contre l’hépatite virale de type B.

Perspective sémantique

Ce n’est pas la moins riche. « Délégation de tâches » (François Hollande) ou « partage de compétences » ?  « La délégation de tâches est un terme impropre parce que nous ne sommes pas les tâcherons des médecins » affirme  Annick Touba, présidente du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux. Les médecins seraient-ils les équivalents des infirmiers libéraux. MG France se dit prêt à s’engager dans des « protocoles de coopération plus étroits ». L’Ordre des médecins accepterait l’idée de « compétences partagées ».

Perspective ophtalmologique

« Il faut que le déléguant soit moteur, ait une envie, un intérêt à déléguer, prévient, dans Le Monde, le Dr Jean-Bernard Rottier, président du Syndicat national des ophtalmologistes. Il a obtenu, il y a peu, le retrait d’un projet de délégation en faveur des opticiens-optométristes. Un projet porté haut et fort par Arnaud Montebourg, alors ministre de l’économie. Le Dr  Rottier y voyait « les germes d’une guerre entre deux professions ». Arnaud Montebourg n’est plus dans le paysage pour défendre ce décloisonnement. Aujourd’hui le projet vaccins-pharmaciens est porté par Marisol Touraine, ministre de la Santé.

A demain

Ebola : instauration du « protocole Dallas » de protection des soignants. Et en France ?

Bonjour

On l’appellera le « protocole Dallas ». C’est une actualisation des mesures de sécurité que les soignants américains devront désormais impérativement respecter dès lors qu’ils seront amenés à prendre personnellement en charge un malade contaminé par l’Ebola. Sa mise au point fait suite à l’invraisemblable enchaînement d’erreurs qui ont émaillé les soins délivrés à l’hôpital presbytérien de Dallas à Thomas Eric Duncan, citoyen libérien aujourd’hui décédé et premier cas d’Ebola diagnostiqué sur le territoire américain.

Le nouveau mystère de Dallas

Le « protocole Dallas » a été détaillé à la presse le 20 octobre par le Dr Dr Tom Frieden, patron des Centers for Disease Control and Prevention qui ne sortent pas grandis de l’affaire Duncan. La version officielle est disponible ici. On trouvera d’autre part ici la version du Time .

A compter de ce 21 octobre chaque soignant américain concerné devra être entièrement et intégralement protégé sur l’ensemble du corps de toute possibilité de contact potentiel avec le virus.  «Nous ne saurons jamais exactement ce qui s’est passé [à l’hôpital de Dallas], mais ce qui est certain c’est les directives essentielles n’ont pas été respectées », a déclaré le Dr Frieden.

Couverture minimale

On apprend à cette occasion qu’avant cette affaire  les  CDC ne recommandaient pas une couverture complète du corps mais recommandaient une couverture minimale comportant des gants, une blouse, des lunettes de protection et un masque. Désormais les recommandations suivantes sont formellement imposées :

1 Avant de prendre en charge des patients d’Ebola, les travailleurs de la santé doivent être formés à plusieurs reprises et de démontrer leur compétence et leur savoir-faire pour délivrer des soins à  une personne infectée. Les responsables des établissements hospitaliers seront tenus pour responsables de la qualité du matériel et de l’enseignement de l’utilisation qui devra en être faite.

 2 Lorsque le dispositif de protection est en place aucune surface de peau ne devra (d’une manière ou d’une autre et durant toute la procédure) être exposée à un possible contact viral. La preuve de l’efficacité de ces procédures a été fournie avec l’expérience du Nebraska Medical Center et de l’Emory Hospital d’Atlanta. En pratique la liste précise du matériel haute protection est détaillée.

3 Chaque étape de la procédure doit être supervisée par un observateur qualifié.

Les CDC accélèrent  actuellement la formation des agents de soins de santé à travers tout les Etats-Unis en usant des techniques vidéo. Ls Dr Frieden souligne toutefois qu’il n’y a pas d’autre alternative réelle ici que la formation pratique. Le patron des CDC est une nouvelle fois revenu sur les critiques qu’il avait été amené à formuler quant à la gestion du cas Duncan à l’hôpital presbytérien de Dallas. Et il a dit comprendre l’anxiété qui peut être celle des soignants confrontés à ce nouveau risque infectieux.

Les nouvelles recommandations des CDC sont en ligne et entrent immédiatement en vigueur sur le sol américain.

Entendu en haut lieu

Et en France ? Les soignants concernés s’inquiétaient depuis des semaines ne pas avoir été incités à mettre en œuvre des exercices pratiques de simulation de prise en charge d’un malade. Leur inquiétude était d’autant plus grande qu’un rapport technique avait mis en lumière les failles du dispositif actuels et les inquiétudes des professionnels concernés (voir les extraits de ce rapport sur Slate.fr). Le message semble finalement avoir été pour partie entendu en haut lieu.

Marisol Touraine, ministre de la Santé a annoncé lundi 20 octobre (sur i-Télé) la tenue (« dans les huit jours ») d’un « exercice grandeur nature » dans tous les Samu pour vérifier qu’ils sont prêts à accueillir un éventuel malade d’Ebola. « De cette manière-là, nous pourrons voir s’il y a des choses à améliorer dans certains endroits » a déclaré la ministre. « L’exercice sera dans tous les Samu et les établissements de santé de référence », a précisé un porte-parole du ministère.

A demain