Vaccin hépatite B et sclérose en plaques : la réplique (mordante) du Pr Goudeau au Pr Bégaud

Bonjour

La pire injure que l’on puisse faire à l’histoire n’est sans doute pas de l’écrire. C’est sans doute de la réécrire. L’une des principales affaires de santé publique de ces vingt dernières années en France est celle de l’élargissement des indications de la vaccination contre l’hépatite B et des conséquences qui suivirent. C’est une histoire assez complexe qui, dans les médias généralistes ne fut que rarement appréhendée dans sa globalité. Et rarement mise en perspective.

Historien

L’entretien accordé il y a quelques jours au quotidien Libération  par le Pr Bernard Bégaud nous laissa penser que le moment était peut-être venu de commencer à faire œuvre d’historien. Exposant cette espérance nous avons alors reproduit sur ce blog  les propos de ce pharmacologue professeur de pharmacologie qui  dirige à Bordeaux  l’unité de recherche  «Pharmaco-épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de santé sur les populations» de l’Inserm qui emploie dix-sept chercheurs  (On retrouvera ce texte ici). Nous soulignions alors que le Pr Bégaud accusait beaucoup sans aller jusqu’au bout de ses accusations.

Philippe Maupas

Nous avons ensuite reçu une lecture commentée des ces accusations. Nous la publions ci-dessous. Elle est signée du Pr Alain Goudeau, (Université François-Rabelais) chef du service de bactériologie-virologie du CHU de Tours. Le Pr Goudeau est un assez bon connaisseur du dossier. Il fut membre de la première équipe du Pr Philippe Maupas (Goudeau A., Coursaget P., Drucker J.), inventeur du premier vaccin contre l’hépatite B qui signa les deux premières publications sur ce sujet : Bull Acad Nat Med 1976 ; 160 : 461-70 et Lancet 1976 ; 1 : 1367- 70). Et depuis 1976 il n’a cessé de suivre l’évolution et les progrès de cet outil préventif qui a notamment  fait la preuve de son efficacité dans la prévention du cancer primitif du foie. A ce titre il fut un observateur attentif et critique de la campagne de vaccination de 1994.

Relecture

Voici la relecture que le Pr Goudeau fait des propos du Pr Bégaud :

« J’ai lu le texte de Bernard Bégaud qui est un assez joli exercice de réécriture de l’histoire. Tout cela comme une  hagiographie déguisée du rédacteur qui lui, évidemment, avait tout prévu et qui n’avait pas été consulté. Les exemples d’informations erronées ou de contre vérités grossières sont les suivantes :

B.B. « C’est un gâchis énorme. Jusque dans les années 80, les Français étaient très attachés aux vaccins. Il me paraît clair que l’inversion est liée à la campagne de vaccination contre l’hépatite B lancée en 1994. »

A.G. Malheureusement l’activité anti-vaccinale pré-existe au vaccin contre l’hépatite B. Cette hostilité  se manifestait surtout contre le BCG et contre le vaccin anti-variolique. Elle  est en partie liée à deux facteurs : l’obligation vaccinale et la réalité des accidents rares mais réels avec ces deux vaccins. La France homéopathique nourrit depuis bien longtemps une violente diatribe contre les vaccins avec, en fond récurent, l’idée que tout ce qui change l’immunité « naturelle » affaiblit l’organisme.

Grotesque

« Il y a eu une campagne massive à destination des nourrissons (…) »

Il n’y pas eu de campagne chez les nourrissons en 1994 mais une campagne visant les pré-adolescents. Tout le monde s’accordait pour une extension aux nourrissons dès que les vaccins multivalents seraient prêts.

« Il était attendu, normal, inévitable que l’on voie apparaître un certain nombre de cas de sclérose en plaques. »

La survenue coïncidente des cas de sclérose en plaques (SEP)  ne pouvait pas être anticipée tout simplement parce que personne n’avait une idée de l’incidence de la SEP dans la population générale française. L’affirmation péremptoire de Bernard Bégaud  est grotesque et ne correspond pas à l’état de l’art de l’époque. Cette ignorance a d’ailleurs constituée une des difficultés majeures pour récuser les liens de causalité.

Neurologues omni-compétents

« La polémique qui allait suivre n’aurait jamais existési la campagne était restée dans les clous. Dans les pays où cela a été le cas, comme au Royaume-Uni et en Italie, il n’y a pas eu de cas de SEP, car il n’y a pas eu de vaccination massive des adultes. »

Prendre  la Grande -Bretagne et l’Italie comme des exemples de raisonnement sain est la preuve d’une double méconnaissance. L’Italie a, bien sûr, vacciné des adultes mais n’a pas eu de polémique. S’agit-il d’une  incidence plus faible de la SEP dans l’Europe du Sud ? Les autorités sanitaires italiennes sont-elles moins sensibles au poids de certains médias ? Est-ce l’absence, dans la capitale italienne, de neurologues hospitalo-universitaires de renom et omni-compétents ? L’enquête reste à faire. Quant au Royaume-Uni, il n’a pas vacciné du tout et ce en dépit de sa forte population migrante. Cela évite, j’en conviens, bien des accidents post-vaccinaux.

Morsure et Grand capital

«  On leur disait qu’en France, le VHB tuait plus en un jour que le sida en un an, on a évoqué la transmission par la salive… Or, tout cela était faux. »

Il a été dit et diffusé beaucoup de sottises sur l’incidence du VHB et ses conséquences. Ces exagérations venaient prendre la place d’une ignorance crasse faute d’ « hommes de santé publique » ayant fait leur travail scientifique d’épidémiologie. Ici le « on nous ment » sent le complot orchestré par l’alliance du Grand Capital et des autorités de santé véreuses.

La réalité est bien plus triste : nous n’avions pas alors –et nous n’avons toujours pas encore dans notre pays –  une autorité sanitaire indépendante capable d’informer le public sereinement.  La guerre entre le cabinet de la ministre de la Santé et l’InVs pendant l’épisode H1N1pdm09  illustre une forme de déliquescence des autorités sanitaires.

Au passage, il  serait bon  que le Pr Bégaud n’ignore pas que le VHB est présent dans la salive et qu’il est transmissible par morsure.

Vingt-cinquième heure

« Il y a en fait deux lobbys. Les laboratoires, bien sûr, qui commercialisent… Mais aussi celui, plus intellectuel, de tous ceux qui refusent de remettre en cause le vaccin, tellement persuadés que c’est un outil merveilleux qui ne présente pas le moindre défaut. Ce sont des gens très respectables, ayant souvent travaillé dans des pays en voie de développement et vu les succès des vaccins. Ils ont, de fait, beaucoup de mal à admettre la moindre critique. »

Le ton paternaliste est un symptôme : il ne réclame pas de commentaire. Trouver des coupables ? On en trouvera beaucoup. Ils seront de bonne ou de mauvaise foi. A commencer pas le ministre de la Santé de l’époque.

Pour l’heure les donneurs de leçon ne manquent pas. Pas plus que les procureurs de la vingt-cinquième heure. Est-ce trop demander que leur réquisitoire respecte un peu plus la réalité des faits ?

La relecture du Pr Goudeau s’achève ici. Elle pourra bien évidemment, s’il le souhaite, être commentée par le Pr Bégaud.

A demain

Mieux que celles en chocolat, les cigarettes électroniques ouvriront-elles la voie au tabac ?

Bonjour

On l’appelle déjà « Loi Hamon ». Elle traite des tests de grossesse, du démarchage téléphonique et des plats « faits maison ». Elle traite aussi de la cigarette électronique. C’est à l’article 36, qui modifie le code de la santé publique et interdit sa vente aux mineurs. Cela donne ceci :

Simuler

L’article 36 modifie et complète l’article L. 3511-2-1 du code de la santé publique qui édicte l’interdiction de vente « à des mineurs de moins de dix-huit ans :

« 1° Des produits du tabac ou des ingrédients définis au deuxième alinéa de l’article L. 3511-1 ;

« 2° Sans préjudice des dispositions relatives à la vente au détail des produits répondant à la définition du médicament au sens de l’article L. 5111-1 :

« a) des cigarettes électroniques ou toute autre forme d’inhalateur électromécanique ou électronique simulant l’acte de fumer ;

« b) des liquides, contenant ou non de la nicotine, ayant pour objet d’être consommés avec une cigarette électronique ou avec toute autre forme d’inhalateur électromécanique ou électronique simulant l’acte de fumer ».

Sourire

Tant de sollicitude pourrait faire sourire. On grave dans le marbre de la loi l’interdiction de vendre à des mineurs des objets qui « simulent l’acte de fumer ». Et cette interdiction vaut même s’il n’y a pas de nicotine dans le e –liquide destiné à être incorporé dans « toute forme d’inhalateur électromécanique ou électronique simulant l’acte de fumer ».

La loi ne le dit pas mais le citoyen peut le supposer : il appartient désormais au débitant de cigarettes électroniques d’exiger si besoin de son client putatif potentiellement mineur une pièce d’identité (« ou de tout autre document officiel muni d’une photographie de nature à faire la preuve de l’âge de l’intéressé » – Article D 3512-3 CSP).

Empirer

Tout cela sur des présupposés. Aucune étude n’a démontré que le recours à de tels objets avant la majorité était de nature à ouvrir la voie vers le tabac. Pire : à aucun moment la puissance publique n’a cherché à savoir scientifiquement de quoi il retournait. Aucune équipe de l’Inserm, de l’InVS, de l’Ansm, du Cnrs, de l’Anses n’a été amenée à travailler le sujet.

On entend encore Marisol Touraine, ministre de la Santé expliquer (en substance) devant la presse au début de l’été 2013 que tout cela venait d’on ne savait où, que cela ressemblait furieusement à une cigarette  de tabac et qu’il fallait s’en méfier comme de la peste.

Punir

Le gouvernement et la représentation nationale en sont ici au stade des cigarettes en chocolat interdites à la vente, (quel que soit l’âge) car  considérées comme un moyen de faire de la publicité ou de la propagande en faveur du tabac au titre des articles L3511-3 et L3511-4 du code de la santé publique, délit punissable d’une amende de 100.000 euros au titre des articles L3512-2 et L3512-3 du même code.

Sourire

Tout cela peut faire sourire. Et puis soudain, entre deux chapitres du Blé en herbe (1923), nous tombons sur le travail de chercheurs californiens publié dans JAMA Pediatrics. On trouvera l’abstract ici. Travail mené par Lauren Dutra le Dr Stanton Glantz  du Center for Tobacco Research and Education (Université de Californie, San Francisco). Travail mené auprès de 40 000 lycéens et qui conclut que l’e-cigarette favorise le passage au tabagisme actif et, lorsqu’elle existait, renforce la consommation de tabac (1). Il ne semble pas exister l’équivalent en France du du Center for Tobacco Research and Education de Californie.

Entrer et sortir

On ne peut donc pas répondre à la question, essentielle, de savoir si la e-cig sera ou non une porte d’entrée adolescente sur l’enfer du tabac. Il est vrai la France ne s’est pas non plus dotée des moyens de savoir, le plus objectivement possible, si elle pouvait être une porte, nicotinée, de sortie.

Dans l’attente on promulgue des lois, on édicte des décrets et on discute du sexe, nicotiné ou pas, des séraphins ; des écoutes téléphoniques et des violences faites au secret qui (au nom sacré de la démocratie) doivent entourer les instructions judiciaires. On commence aussi à lire Golden Holocaust (voir ici) et on découvre que les secrets industriels de Big Tobacco furent autrement mieux préservés que certaines instructions judiciaires françaises d’aujourd’hui.

Monopoliser

Puis, relisant JAMA Pediatrics on en vient à faire un cauchemar : derrière la Révolution des Volutes on distingue Big Tobacco qui manipule l’ensemble des inhalations humaines, vapeurs d’eau nicotinées et nicotine engluée dans les goudrons du tabac. Big Tobacco ouvrant la porte d’entrée du tabac via le e-cig proposée aux adolescents, maîtrisant son segment historique puis la porte de sortie, toujours avec la e-cig.

Après Le blé en herbe, la nicotine pour la vie ? Il faudra songer à en parler aux autorités de la Concurrence.

A demain

(1) Complétons toutefois avec ces éléments fournis par Philippe Presles:

« L’enquête de Glantz, elle est très critiquable. Voici par exemple les critiques que cette étude soulève de la part de plusieurs chercheurs, incluant Tom Glynn de l’American Cancer Society, David Abrams du Schroeder Institute for Tobacco Research and Policy Studies at the Legacy Foundation, et Clive Bates :
Il en ressort cette conclusion : « I am quite certain that a survey would find that people who have used nicotine gum are much more likely to be smokers and to have trouble quitting, but that does not mean that gum is a gateway to smoking or makes it harder to quit. »
Au final la question n’est plus de savoir si c’est la poule qui fait l’oeuf ou l’oeuf qui fait la poule, mais comment arrêter de faire des omelettes ! »

 

Autisme : en guérir (dès la naissance), une découverte (à venir) de l’Inserm

Bonjour

Comment inciter les journalistes à parler plutôt qu’à se taire ? La question est aussi vieille que peuvent l’être les services de presse (1). Celui de l’Inserm appâte depuis quelques jours ses correspondants habituels. Le rendez-vous est fixé aujourd’hui  5 février à 16h30 précises au 101, rue de Tolbiac, 13ème étage.

A paraître dans Science

« ATTENTION : Les informations qui seront dévoilées lors de cette rencontre sont sous embargo jusqu’au jeudi 6 février, 20 heures, heure de Paris. Il sera demandé aux journalistes d’émarger un document qui les engage à respecter la confidentialité des informations jusqu’à la levée de l’embargo. » La publication paraîtra dans la revue Science. »

reste du communique de presse n’est pas sous embargo : « Autisme : du nouveau du côté de l’hormone de l’accouchement. La communauté scientifique s’accorde sur l’origine précoce de l’autisme. En s’intéressant au moment crucial que représente la naissance pour la bonne construction du cerveau, l’équipe de Yehezkel Ben-Ari, yehezkel.ben -ari @ inserm.fr. 33-620-668-000) directeur de recherche émérite à l’Inserm vient de franchir un nouveau cap dans la compréhension de la maladie. »

Incomplétude

Un nouveau cap sur cet océan d’incomplétude qu’est la compréhension de l’autisme ? Bigre. C’est dire trop ou pas assez. Trop pour ne pas allécher les petits reporters qui parfois sommeillent chez les journalistes. Ce brouillard doit être levé avant la date fixée.

A l’heure où nous écrivons ces lignes la conférence de presse sous embargo de la rue de Tolbiac ne s’est pas encore tenue. Nous ne savons donc rien. Mais rien ne nous interdit de réfléchir à plus ou moins haute voix. De quels mots-clefs disposons-nous ?

Autisme. Hormone. Accouchement. Et d’un nom : Yehezkel Ben – Ari.

Mémoires neuronales

Que nous disent les mémoires, informatisées ou neuronales ? Elles nous parlent bien vite ? Et nous rappellent la tenue, déjà rue de Tolbiac d’une conférence de presse sur le même thème –en décembre 2012. On y avait, rapportent les journalistes présents, montré une vidéo tendant à prouver l’efficacité d’un traitement d’enfants présentant des syndromes autistiques par « bumetanide », un médicament diurétique bien connu de la multinationale Hoffman La Roche. On peut voir ici la vidéo « avant-après ». 

Etaient alors présents Yehezkel Ben-Ari, fondateur et directeur honoraire Inserm de l’Institut de neurobiologie de la méditerranée, et Eric Lemonnier, clinicien spécialiste de l’autisme (CHU de Brest). Ces deux spécialistes étaient venus présenter à la presse les résultats « très encourageants » obtenus par cette approche médicamenteuse. Leur  essai avait  inclus au total soixante enfants souffrant de différentes formes d’autisme (dont le syndrome d’Asperger) âgés de 3 à 11 ans. Ce travail allait alors être publié dans la revue Translational Psychiatry. La moitié des enfants avaient été traité par le diurétique (1 mg/jour) pendant trois mois, les autres recevant un placebo. On retrouvera cette publication ici.

Diurétique

On rappela à cette occasion que le bumetamide était commercialisé et utilisé depuis des décennies, notamment pour traiter les hypertensions artérielles. Il a notamment pour effet de diminuer les concentrations intracellulaires de chlore.  Tout en appelant à la prudence sur l’interprétation de leurs résultats, Eric Lemonnier Et Yehezkel Ben-Ari expliquèrent alors avoir  fondé une start-up, « Neurochlore », et que l’Inserm avait déposé un brevet et que des demandes d’autorisation pour mener un essai de ce diurétique à plus large échelle avaient été déposées. L’étude projetée serait menée dans plusieurs centres spécialisés et pourrait aboutir à une autorisation de mise sur le marché du bumetamide dans l’autisme. Personne, semble-t-il, n’évoqua alors le risque d’essais sauvages.

Parents

Un an plus tard nouvelle conférence de presse. Deux possibilités  a priori: la même équipe vient présenter à la presse ses derniers résultats cliniques. Ce qui semble peu vraisemblable compte-tenu du faible recul dont ils disposeraient. Compte-tenu aussi de ce que l’on peut lire sur le site de la start-up Neurochlore à l’adresse des parents concernés. Soit ils viennent exposer des résultats de recherche fondamentale menés sur l’animal accréditant la valeur de leur hypothèse première. Ce qui risque de désenchanter les représentants des médias présents.

Accouchement et césariennes

Mais il existe aussi d’autres possibilités que l’on peut entrevoir à la lecture de la convocation de la presse : la découverte d’un mécanisme jusqu’ici ignoré – un mécanisme survenant au moment de l’accouchement et qui serait la cause première de l’autisme. Un mécanisme hormonal qui impliquerait  l’ocytocine et qui contrôlerait l’expression des syndromes autistiques. Auquel cas on renouerait, de manière indirecte mais troublante, avec la vieille histoire polémique des responsabilités maternelles. Ainsi qu’avec les questionnements sur la pratique des césariennes.

Autant de questions qui trouveront leurs réponses publiques avec la publication de Science. Jeudi 6 février 2014, 20 heures, heure de Paris.

(1 ) Le hasard médiatique faisant les choses comme on sait on verra ici cette autre actualité radiophonique (Europe 1) du jour: une femme, ancienne journaliste, mère d’un enfant autiste, dresse un réquisitoire multiforme et virulent. Elle accuse notamment (outre de nombreux médias) « la France » et, nommément, la ministre de la Famille.

Mémoire : les boissons alcooliques ne sont plus faites pour les intellectuels

Guy Debord  écrivait peu mais buvait beaucoup. Blondin (Antoine)  but beaucoup et mangea peu. Surtout vers la fin. Bacon (Francis) ne peignait que semi-dégrisé. Céline (Louis-Ferdinand) avait l’alcool en horreur. Il écrivit comme personne avant lui. Rabelais (François) simulait l’ivresse comme personne. Il inventa une langue et réjouit les cœurs. Villon écrivait, buvait – et volait pour manger.

Boire avec Shining

Confidence de King (Stephen) :  « Pendant l’écriture de ‘’Shining’’,  je buvais beaucoup. Etais-je alcoolique ? J’évite de le formuler. Mais, oui, je connaissais bien l’alcool. Ceci dit, je ne vois pas pourquoi on ne traiterait pas de l’alcoolisme en l’étant… C’est bien d’écrire avec les deux points de vue ». (1) Christopher Hitchens (« Vivre en mourant »).  Simenon (Maigret). Fitzgerald et Lowry le volcan. ‘’Rester sur le rivage ou aller soi-même y voir un petit peu’’ (Gilles Deleuze).  Alcools-incubateurs.  Alcool-révélateur (2).

Trois verres (et demi)

Et puis cette douche froide avec une étude franco-anglaise financée par des fonds britanniques et américains. C’est dans Neurology. .On verra ici ce qu’en dit Le Parisien relayé sur le site de l’Inserm (bien étrange association qui voit un organisme public travailler avec un média privé pour faire la vulgarisation des travaux de ses chercheurs).

En substance que plus de 36 grammes (trois verres et demi) d’alcool par jour fait rapidement perdre la mémoire. Réponse documentée apportée au terme d’une enquête épidémiologique menée par des chercheurs français et anglais. Ils travaillent à l’University College London, au Centre de gérontologie de l’ hôpital Sainte-Périne (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris), à l’Université Versailles St-Quentin-en-Yvelines  et à l’Inserm.

Doses-effets ? 

Cette longue étude a été menée à partir des personnes participant à la cohorte britannique Whitehall. Un travail dirigé par Séverine Sabia. Conclusions simples (extrapolables à la France) autant que précises : les hommes buvant plus de 36 grammes (soit 3,5 « verres standards ») d’alcool par jour montrent un déclin de mémoire accéléré. Ce phénomène se traduit notamment par une diminution de leurs capacités d’attention et de raisonnement. Il semble ici exister une relation doses-effets. A vérifier.

Et chez les femmes ? Il n’a malheureusement pas été possible d’étudier chez elles les conséquences de consommations comparables à celles des hommes. Et ce pour de simples raisons statistiques : elles n’étaient pas assez nombreuses à consommer durablement de telles quantités. Différents éléments laissent toutefois penser qu’un déclin plus rapide des fonctions exécutives existe chez les femmes qui buvaient plus de deux « verres standards » d’alcool.

Un plaisir supérieur au 20 heures

Chacun peut, avec quelques proches, voir où il en est de ses capacités de mémorisation et où en sont ses « fonctions exécutives » (capacités d’attention et de raisonnement utilisées afin d’atteindre un objectif précis). Le test de mémoire consiste à se rappeler en une minute du plus de mots possibles parmi une liste de vingt mots qui étaient énoncés juste auparavant. Les fonctions exécutives ? Soixante-cinq questions et deux tests d’agilité verbale durant lesquels les participants devaient écrire respectivement (en une minute) le plus de mots commençant par la lettre S  et le plus de mots d’animaux, en une minute.  Essayez. C’est un plaisir potentiellement supérieur à la vision du journal télévisé de 20 heures (nous parlons ici de celui du week-end de France 2).

Pourquoi un tel phénomène, un phénomène que certains vivront comme éminemment déprimant ? La principale hypothèse avance les conséquences vasculaires de la consommation chronique d’alcool qui, en cacade, auraient des effets cérébraux. De fortes consommations d’alcool auraient en outre un effet toxique à court et long termes sur le cerveau. Même celui des écrivains, artistes et créatifs. Ils peuvent aussi s’en sortir.

Crier avec Munch

Un homme et un livre en apportent la preuve. L’homme c’est Edvard Munch (1863-1944). Le livre est celui de Dominique Dussidour : « Si c’est l’enfer qu’il voit » (éditions Gallimard). (Voir ici).

Peuvent le lire les alcooliques, ceux qui le deviennent, ceux qui ne boivent plus et ceux qui ne boivent pas plus que de raison. Et tous les autres. On y apprend que le pire n’est pas toujours certain. Et que Le Cri est, aussi, un message d’espoir. Ce qui n’est pas rien.

(1) Celles et ceux qui s’intéressent à l’alcool et/ou aux alcooliques (anonymes ou pas) prendront peut-être plaisir à découvrir « Docteur Sleep », suite de « Shining » (le livre). Editions Albin Michel, traduction de Nadine Gassie

(2) Pour les liens entre alcool et écriture : le remarquable petit « Se noyer dans l’alcool ? » d’Alexandre Lacroix. Editions J’ai Lu. Presses Universitaires de France.

Extrait de la préface à la nouvelle édition (2012) : « De toutes les spécialités, la cure de désintoxication pour alcooliques est sans doute l’une des plus moroses et des plus humbles qui soient –les résultats sont très faibles, la rechute étant la règle davantage que l’exception. De  plus les alcooliques tendent à éprouver du mépris ou de la haine, tantôt obliques et tantôt bien directs, envers les représentants de l’ordre qui veulent les sevrer : il est difficile d’établir avec eux un rapport franc et libéré du poids du mensonge. »

Parkinson et ProSavin® : avancée capitale ou effet placebo ?

Grosse production médiatique nationale et matinale autour d’une publication (en partie française) dans The Lancet. Production déclenchée, soutenue, justifiée et amplifiée par un communiqué de presse officiel. Nombre de médias évoquent en chœur une « avancée capitale ». Les auteurs sont nettement plus mesurés. On se gardera bien de juger. Voici les écrits.

On trouvera ici le communiqué de presse de l’Inserm. « Maladie de Parkinson une avancée capitale pour la thérapie génique » (où l’on observera que l’avancée capitale n’est pas contre la maladie de Parkinson mais pour la thérapie génique). Ce communiqué a été diffusé par le service de presse de l’AP-HP avec embargo jusqu’à 1h de matin, ce jour heure de Paris.

Oxford BioMedica

On trouvera ici l’abstract de la publication du Lancet : ‘’Long-term safety and tolerability of ProSavin, a lentiviral vector-based gene therapy for Parkinson’s disease: a dose escalation, open-label, phase 1/2 trial’’ (où l’on observera qu’il s’agit d’un essai de phase I/II). L’auteur principal est  Kyriacos A Mitrophanous  qui est membre de la société Oxford BioMedica. L’étude a été entièrement financée par Oxford BioMedica. On lira ici le communiqué de presse de Oxford BioMedica relatif à la publication du Lancet et à son produit ProSavin®

Le premier auteur est le Pr Stéphane Palfi (AP-HP, Groupe Hospitalier Henri-Mondor, DHU PePsy, UF Neurochirurgie Fonctionnelle, Neurologie, Neurophysiologie, Anesthésie, Centre d’Investigation Clinique 006, Plateforme de Ressources Biologiques, Créteil, France).

L’accès à la publication ad integrum vous coûtera 31,50 dollars. Le commentaire ‘’Gene therapy for Parkinson’s disease: a step closer? ‘’ est également payant. Il est signé Jon Stoessl (Université de Colombie britannique).

Thérapie génique vs Stimulation profonde

On trouvera ici les commentaires des chercheurs eux-mêmes tels qu’ils sont rapportés sur le site-abonnés du Monde) : « Bien que les résultats en termes d’efficacité paraissent prometteurs, l’ampleur des effets demeure de l’ordre de ceux constatés avec un placebo [substance ou technique inactive utilisée par comparaison pour tester une thérapeutique] dans d’autres essais cliniques faisant appel à des techniques chirurgicales pour le Parkinson et elle doit être interprétée avec précaution ». Les auteurs évoquent ici  la technique de la stimulation cérébrale profonde mise au point en France par le Pr Alim-Louis Benabid.

Le Pr Stéphane Palfi annonce un futur essai clinique comparatif, de phase III. Sans doute « aux alentours de 2020 ». Pour l’heure « la thérapie génique n’empêche pas la maladie de Parkinson de progresser ». Peut-être pourrait-elle  prolonger  ce qu’il est convenu d’appeler, chez les malades traités par médicament, la « lune de miel ».

Quand le sexe protège du cannabis

Comment faire la promotion d’une étude (coton) publiée dans Science ? Comment vendre auprès des médias (d’information générale) une affaire de récepteurs CB1 au  Δ-9-tétrahydrocannabinol ? Comment dire les délices du rétrocontrôle dans le système dopaminergique ?

Desserrer les écrous

Le résumé de ce travail est ici. La réponse est dans ce communiqué de presse de l’Inserm. Elle est aussi dans la vidéo qui l’accompagne. Le résumé scientifique de ce travail est ici (il faut payer pour en savoir plus).

Vous lirez peut-être ailleurs 1  les traductions médiatiques de cette traduction officielle de la science fondamentale – vulgarisation destinée au grand public.  Il y est question de cannabis, ce qui ne manque jamais de susciter l’intérêt. Cette substance fait immanquablement jaser. Plus encore aujourd’hui : l’Uruguay et l’Etat du Colorado viennent de desserrer officiellement les écrous qui interdisaient le libre accès à cette nouvelle forme d’ivresse. Pour des raisons socio-économiques plus que de santé publique.

Mr Vaillant, Mme Duflot et Mr Peillon

On verra demain si cette épidémie « libératrice » est ou non contagieuse. En France un homme continue courageusement à prêcher en ce sens. Il le fait dans le désert de sa famille politique. On peut le lire dans un entretien qu’il a accordé à Slate.fr. C’est Daniel Vaillant, 64 ans, ancien ministre socialiste de l’Intérieur (2000-2002) de Lionel Jospin. Son propos renouvelle radicalement le sujet politique qui oppose (environ depuis 1968) les partisans vieillissants de la jouissance sans entraves aux tenants d’un ordre moral en capilotade. Pour l’heure rien ne bouge. Les quelques sorties récentes sur le sujet de deux membres du gouvernement de François Hollande ont fait long feu : Cécile Duflot (voir ici) et Vincent Peillon  (lire ici). Un symptôme parmi tant d’autres de l’impossibilité de débattre raisonnablement des principales questions de santé publique et d’addiction dans la France contemporaine.

Objectiver l’ivresse

La situation semble toutefois évoluer via la forme d’objectivation médiatique des phénomènes d’ivresse. On vient par exemple de le voir au travers du film de Guillaume Canet (mémoire-blog). C’est à nouveau le cas dans le communiqué de presse de l’Inserm. Il rappelle que l’addiction au cannabis concerne plus de 20 millions de personnes dans le monde et un peu plus d’un demi-million de personnes en France. Il précise que cette addiction  est devenue ces dernières années l’un des premiers motifs de consultation dans les centres spécialisés dans le soin des addictions. Il souligne que cette consommation «concerne principalement une population particulièrement fragile aux effets néfastes de cette drogue : les 16-24 ans » et que dans cette population on compte 30% d’utilisateurs réguliers d’un produit interdit.

« Etre bien »

Mais ce communiqué ne fait pas non plus (et c’est heureux) l’économie des effets recherchés :

« (…) un état de détente, de bien-être et une modification des perceptions (…) »

Il reste à expliquer pourquoi les consommateurs recherchent de tels effets. Ou plus précisément pourquoi ils les recherchent via le cannabis et non via d’autres produits psychotropes disposant d’une autorisation de mise sur le marché et disponibles chez les buralistes, dans les grandes surfaces et/ou les pharmacies d’officine.

La grise et la blanche

Dans l’attente celles et ceux qui s’intéressent aux effets du Δ-9-tétrahydrocannabinol (ou THC) sur nos substances grise et blanche apprendront que le sexe est omniprésent dans ces rouages moléculaires et cellulaires. Clef de voûte de l’ensemble : la prégnénolone. Souvenons-nous : la molécule naturelle à partir de laquelle nous fabriquons   toutes nos hormones stéroïdiennes – au premier rang desquelles les sexuelles comme la progestérone femelle et la mâle testostérone.  Le travail est signé de Pier Vincenzo Piazza et Giovanni Marsicano. Ils  démontrent (avec leurs équipes et chez l’animal) que la prégnénolone, constitue un mécanisme naturel de défense contre les effets cérébraux délétères du cannabis.

Ces chercheurs développent actuellement des dérivés de la prégnénolone stables et bien absorbés et qui pourront peut-être être devenir  des médicaments. « Nous espérons commencer prochainement les essais cliniques. Et nous pourrons  alors vérifier si nos attentes se confirment et si nous avons véritablement découvert la première thérapie pharmacologique de la dépendance au cannabis, explique le Pr Piazza.

Jouir et pécher

Dans l’attente il met en garde. Outre dans nos cerveaux la prégnénolone est disponible sur Internet, non pas en tant que médicament mais comme « complément alimentaire ». « Je tiens à prévenir  les personnes qui pourraient être intéressées que sa consommation est totalement inefficace vis-à-vis de la toxicité du cannabis, a-t-il déclaré à Slate.fr. Elle est en effet mal absorbée et rapidement métabolisée par l’organisme. »

A peine ébauché un espoir s’éteint. Reste à méditer, en pleine conscience, sur les liens qui unissent les plaisirs et les modifications des états de conscience, la jouissance et le péché, le sexe et le cannabis.

1 notamment (disclaimer) sur Slate.fr

Apprendre à lire : la très saine colère du Pr Stanislas Dehaene à l’adresse de Vincent Peillon, ministre de l’Education

Un événement radiophonique, journalistique, pédagogique, politique : Stanislas Dehaene, lauréat du « Grand Prix Inserm 2013 »  exprime, avec une puissance à peine rentrée, sa colère devant les méthodes actuelles de l’apprentissage de la lecture dans les classes de cours préparatoire des écoles françaises.

Un apprentissage dont ses travaux de neurosciences démontrent le caractère inefficace et dangereusement inégalitaire. Vincent Peillon devrait être prochainement tenu informé de la colère de ce chercheur de renom.   On peut entendre l’émission ici-même.

C’était aujourd’hui, 12 novembre un peu avant 13 heures, sur France Culture. L’émission se nomme « La Grande Table ». C’est parfois un peu verbeux, abscons, pour lettrés infiniment fins.  C’est parfois remarquable. Hier c’était remarquablement radiophonique, explosif, révolutionnaire.

Un évènement

L’invité n’est pas un habitué de la radiophonie:  Stanislas Dehaene48 ans, professeur au Collège de France, directeur du « laboratoire de Neuroimagerie cognitive » au sein du gigantesque « NeuroSpin » de Saclay. C’est aussi à l’échelon international l’une des personnalités les plus brillantes dans le champ  des neurosciences et de la psychologie cognitive. Et, par ailleurs, l’auteur de livres passionnants dont les titres disent à eux seuls le parcours et quelques-unes de passions de leur auteur : « Apprendre à lire » (2011), « Les Neurones de la lecture » (2007), « La Bosse des Maths » (1996) – les trois aux Editions Odile Jacob.

Un évènement radiophonique car scientifique, pédagogique et clairement politique. Quand peut-on, à une heure de grande écoute et sur une station publique destinée au plus grand nombre entendre un professeur du Collège de France dénoncer, sur des bases scientifiques et expérimentales, des pratiques d’enseignement qui concernent tous les enfants qui apprennent à lire. On peut entendre l’émission ici-même. (33 minutes)

Ce qu’il ne faut surtout plus faire

« Notre laboratoire dispose des machines qui permettent de voir le cerveau en activité. Mon équipe essaye de comprendre le fonctionnement du cerveau et l’acquisition de capacités humaines : le langage, l’écriture, mais aussi la prise de conscience, a expliqué le Pr Dehaene. Une activité aussi complexe que la lecture n’est pas le fait d’une région cérébrale, c’est le résultat d’un circuit. Mais nous avons trouvé qu’une région se spécialise dans le décryptage de la chaîne de lettres. Elle se met en place dès la première année de lecture mais elle est identique pour tous les individus, pour toutes les langues. »

Puis il ajoute : « Les résultats de l’enquête PISA montre une France qui décroche mais nous avons aussi quelques résultats scientifiques qui montrent ce qu’il faut faire (1) Par exemple, on sait maintenant que les circuits de la lecture sont en partie une inversion des circuits de l’écriture. Les enfants à qui l’on enseigne les gestes de l’écriture, apprennent plus vite à la lecture. » Sans oublier de proposer deux remarquables  outils pédagogiques gratuits pour l’apprentissage des mathématiques (2).

Parents, enseignants, grands-parents

Stanislas Dehaene : « Il y a des milliers d’enfants aujourd’hui dans les ZEP qui n’apprennent pas à lire comme ils devraient. Je conserve mon pouvoir de colère vis-à-vis de cette chose là. Il faut que l’on intervienne. Parents allez dans les écoles. Enseignants, lisez, changez vos méthodes car elles ne sont pas assez bonnes. Grands-parents allez-voir ce qui se passe, donnez de votre temps. Soyez bénévoles. »

La productrice Caroline Broué promet à l’antenne de transmettre la puissante colère du Pr Stanislas Dehaene à Vincent Peillon. On en n’attendait pas moins. Mais, qui sait ? Rien ne dit que le ministre de l’Education n’écoutait pas, à la radio et dans son bureau, cette émission sur ce que devrait être qu’apprendre à lire: au cours préparatoire,  en France et en 2013.

 

 (1)  L’enquête sur la lecture dont parle Stanislas Dehaene est accessible ici «  Lecture au CP : un effet-manuel considérable  ». Elle a été menée sous la responsabilité de Jérôme Deauvieau, (Laboratoire Printemps, UMR 8085, Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines / CNRS).

On peut y lire en conclusion ces lignes, terribles :

« Au plan plus général de la confrontation de l’institution scolaire aux inégalités sociales, cette enquête débouche sur deux constats de forte signification.

Elle souligne d’abord l’importance des marges de jeu dont dispose l’école face au poids des héritages culturels. Certes, ceux-ci ne se font jamais oublier, même dans les classes les plus performantes : mais leur impact y est considérablement réduit. Il existe donc des moyens sérieux de lutter contre les déterminismes sociaux, et l’institution scolaire ne saurait se satisfaire de prendre acte d’inégalités qui ne dépendent pas d’elle pour les transformer en inégalités scolaires (a).

En second lieu il est frappant de constater que le manuel qui se révèle le plus efficient avec les élèves des milieux les plus défavorisés soit aussi le plus exigeant non seulement dans l’apprentissage technique du code, mais aussi dans ses contenus intellectuels, de par l’ambition lexicale et littéraire des textes qu’il propose à la lecture des élèves.

Notre recherche contredit à cet égard, sous un double aspect, les orientations du « Plan de rénovation de l’enseignement du français à l’école élémentaire » (1971) qui a inspiré les instructions officielles de 1972. Les auteurs de ce plan plaçaient leurs espoirs de démocratisation de l’école dans une approche de la culture écrite qui, d’une part, donnerait la primauté à la compréhension sur le décodage, et éviterait d’autre part « les savoirs abstraits et la ‘performance’ littéraire », inaccessibles aux publics populaires du fait de l’insuffisance de leurs ressources culturelles et cognitives. Or on voit ici, quarante après, d’abord que déchiffrage et compréhension sont indissociables, l’accès au sens exigeant une grande habileté dans le déchiffrage ; et ensuite que la meilleure progression des publics populaires suppose une grande exigence à leur égard, tant en ce qui concerne la rigueur dans la qualité du déchiffrage que pour ce qui est de la richesse lexicale et littéraire des contenus.

Ces observations rappellent a contrario combien la culture professionnelle des enseignants du primaire reste aujourd’hui fortement marquée par la thématique de la rénovation pédagogique des années 1970/80.

L’apprentissage du déchiffrage est souvent vécu comme le « sale boulot » de l’enseignement de la lecture, comme un temps soustrait à l’essentiel, le travail sur la compréhension, dont les publics populaires sont estimés avoir un besoin prioritaire. Ce qui explique sans doute la diffusion si paradoxalement faible de la méthode syllabique dans les quartiers les plus défavorisés, comme nous l’avons constaté.

Peut-on espérer, dans ce contexte, que seront entreprises des recherches sur l’apprentissage de la lecture portant sur de plus vastes effectifs que la nôtre, qui permettraient une mesure précise des effets-maître, de l’impact de la formation initiale et de l’ancienneté dans le métier ; et qui ne renonceraient pas a priori, au nom de la liberté pédagogique des enseignants (comme si celle-ci n’avait pas tout à gagner à s’exercer de façon mieux informée), à interroger le rôle des manuels, dont notre enquête révèle le poids si crucial ? »

(a) Rappelons qu’actuellement, loin de compenser les inégalités socioculturelles, l’école élémentaire les accompagne, et fait peut-être plus que les subir : les écarts culturels et cognitifs moyens entre un enfant de cadre et un enfant d’ouvrier sont multipliés par deux entre l’entrée au CP et la sortie du CM2 (voir Jean-Paul Caille et Fabienne Rosenwald, « Les inégalités de réussite à l’école élémentaire : construction et évolution », France, portrait social, INSEE, 2006).

(2)  L’Unité INSERM-CEA de Neuroimagerie Cognitive a mis au point deux sites pour les enfants (et adultes) afin d’apprendre les mathématiques par le jeu. « La course aux nombres » et  « l’Attrape Nombres »

 

Motus sur l’addiction médicamenteuse sans ordonnances

Une étude officielle éclaire d’un jour sombre ce que peut être, en France, l’auto-dépendance aux médicaments. Elle  est publiée dans le plus grand silence (1).

Les fabricants, l’Ansm et les pharmaciens-distributeurs sont aux abonnés absents. Aucun responsable. Que des victimes-consommatrices.

Tout ce qui peut s’acheter sans ordonnance en pharmacie n’est pas sans danger. Ouvrons la porte. Laissons de côté les rayons coûteux et envahissants de la « para ».  Il existe également ici  toute une gamme de médicaments  qui ont de solides propriétés psycho-actives ; des caractéristiques  qui peuvent conduire à des abus et à une forme de dépendance pharmacologique.

Parmi eux des antalgiques associés à de la codéine, ou encore des médicaments de la classe dite des antihistaminiques H1. Bien connu des industriels du médicament comme des pharmaciens d’officine ce phénomène de mésusage et de dépendance n’est  pour l’essentiel pas chiffré. Il se situe dans la « zone grise » de la réalité médicamenteuse –une zone que personne, pas même les pouvoirs publics en charge de la sécurité sanitaire, ne cherche véritablement à éclairer.

L’argent de la MILDT

Une équipe de cinq pharmacologues et épidémiologistes français a voulu en savoir un peu plus. Elle vient de lever une partie du voile de cette inquiétante réalité cachée. Dirigée par le Pr Anne Roussin (centre d’addictovigilance, CHU de Toulouse, Insem) cette équipe vient de publier ses résultats dans la revue PLoS ONE.  Ce travail a été financé par la Mission Interministérielle de la Lutte contre les Drogues et Toxicomanies (MILDT) en liaison avec l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm). Les auteurs déclarent n’avoir ici aucun conflit d’intérêt.

En France les spécialités associant un antalgique à de la codéine peuvent être achetées en pharmacie sans que le client  présente d’ordonnances médicales.  Treize spécialités différentes  peuvent ainsi être acquises sans limitation dans le temps (et sans remboursement). Elles se situent toutefois derrière le comptoir de l’officine ; aussi l’acheteur doit-il la demander au pharmacien ou à l’un des ses assistants.

Succès du paracétamol

Les antihistaminiques H1 étudiés comportent différents principe actifs ( alimemazine , chorphenamine, dimenhydrinate,  doxylamine, oxomemazine, pheniramine et promethazine).  Parmi eux seuls trois (alimemazine, doxylamine et promethazine) comportent des recommandations  d’utilisation très limitées dans le temps pour le traitement d’insomnies chez l’adulte dans le contexte d’automédication. Le paracétamol (médicament le plus prescrit en France)  peut, lui aussi, être acquis librement.

Les chercheurs ont mené leurs recherches grâce à la participation de  cent quarante-cinq pharmacies réparties sur l’ensemble du territoire français. Il était demandé aux pharmaciens de proposer un questionnaire aux douze premières personnes se présentant pour acheter spontanément un des médicaments des deux classes visées (paracétamol associé à de la codéine ou antihistaminiques H1). Le « groupe témoin » de l’étude  était constitué  des clients venant simplement acheter du paracétamol. Au total neuf cent-quinze questionnaires ont été distribués.

Plus de six mois sous doxylamine

Il apparaît au final que les niveaux de mésusage et de dépendance chez les consommateurs sont élevés pour les deux types de médicaments retenus dans l’étude. Les auteurs ont notamment observés que près des trois-quarts des consommateurs de doxylamine  (Donormyl, Lidène, Noctyl) le prenaient quotidiennement et près des deux-tiers depuis plus de six mois. Or la durée recommandée spécifiée sur la notice est inférieure à cinq jours (pour des insomnies occasionnelles). Pour les antalgiques codéinés, prés d’un consommateur sur cinq consommait ce type de médicament quotidiennement et ce, là encore, depuis plus de six mois – principalement pour des céphalées chroniques.

« Une dépendance s’installe effectivement chez de nombreux utilisateurs. Cela pose plusieurs problèmes. D’abord, l’efficacité des antihistaminiques sédatifs a été évaluée sur du court terme et rien ne garantit leur efficacité au-delà de quelques jours ou quelques semaines » explique le Pr Anne Roussin. Pour cette spécialiste la situation est d’autant plus paradoxale que l’on sait que l’abus ou l’usage persistant d’antalgiques codéinés  contribue à l’installation de céphalées quotidiennes chroniques. « Par ailleurs, ces deux types de médicaments entrainent des problèmes de vigilance, ajoute-t-elle. Ces prises prolongées posent donc la question d’un risque accru d’accidents de la route ou d’accidents de la vie quotidienne ».

Reparlons Néo-Codion

Un célèbre médicament n’est pas pris en compte dans cette étude le cas du le cas du Néo-Codion®  , parfois présenté comme la méthadone des pauvres. Ce grand témoin de l’histoire de l’addiction élaboré par  les Laboratoires Bouchara-Recordati . Ce médicament contient lui aussi de la codéine (ou méthylmorphine) l’une des substances contenues dans le pavot somnifère (Papaver somniferum. C’est une version mineure de la morphine, dont elle ne partagerait pas les puissants effets d’attraction et d’accoutumance. Officiellement les Néo Codion est  « préconisé pour calmer les toux sèches d’irritation chez l’adulte ». Un comprimé contient 15 mg de codéine base. Conseil : ne pas dépasser 120 mg par jour. Parmi ses effets secondaires, la codéine peut produire un état général de somnolence. Elle peut également induire une sorte d’état d’euphorie assez caractéristique des opiacés.

En juillet dernier  le Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) de l’Agence européenne du médicament (EMA) lançait une alerte. Objectif : limiter l’utilisation de la codéine pour la prise en charge de la douleur chez l’enfant du fait d’un risque d’insuffisance respiratoire. Ce risque accru théorique avait déjà, en pratique, été mis en évidence aux Etats-Unis avec des cas mortels. Une nouvelle évaluation menée par l’EMA faisait apparaître des cas survenus pour l’essentiel après l’ablation des amygdales – mais aussi après l’ablation des « végétations adénoïdes » (pour lutter contre la  trop bruyante apnée obstructive du sommeil).

Une seule boîte à la fois

Que représente le Néo-Codion aujourd’hui en France ? La société spécialisée Celtipharm situe les ventes sur un an à hauteur d’un peu plus de 3 millions d’unités adultes (boîtes de comprimés et flacons de sirop). Tous les spécialistes des grandes addictions savent que  la codéine est  aujourd’hui utilisée comme produit de substitution par les toxicomanes aux opiacés, au même titre que la méthadone et la buprénorphine mais de manière non encadrée –et non remboursée. Le phénomène Néo-Codion est pour l’essentiel apparu en France il y a un quart de siècle. On pouvait alors en acheter la quantité désirée. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : une seule boîte est désormais autorisée. « Prix maximum conseillé : 4,5 € ». Une seule boîte à la fois.

(1) L’Inserm a publié un communiqué de presse sur cette publication. Communiqué qui, jusqu’ici, n’a guère intéressé les médias d’informations générales.

Ce billet a initialement été publié sur Slate.fr 

 

 

Pendant la grossesse le café sera prohibé

Une toute récente étude de l’Inserm démontre que la caféine n’est pas anodine pour la progéniture des  souris gestantes. Il faudra y réfléchir.

Aujourd’hui une  femme enceinte sur quatre fume. Et les études de toxicité sont faites depuis bien longtemps. Personne ne semble s’en souvenir.

Voici le communiqué de presse qui résume une étude dont l’embargo vient de tomber. Elle est publiée dans  la revue Science Translational Medicine, datée du 7 août. « La caféine est la substance psychoactive la plus consommée au monde, y compris pendant la grossesse » rappelle le premier auteur Christophe Bernard, directeur de recherche Inserm (Institut de Neurosciences des Systèmes/Université Aix Marseille). Avec des chercheurs allemands, croates, portugais et français il  vient de décrire pour la première fois quelques-uns des effets néfastes de la consommation de café par des souris femelles gestantes sur les cerveaux de leur descendance.

Pourquoi inquiéter sans démontrer ?

On peut voir là un exemple des impasses auxquelles peut aboutir la recherche médicale actuelle. Une démonstration obtenue sur la souris a-t-elle une valeur dans l’espèce humaine ? Si oui comment le démontrer ? Si non pourquoi devrait-on inquiéter les futures mères et leur entourage ?

On connait le cadre général : les substances psycho-actives » se fixent sur des récepteurs les cellules cérébrales et modifient ainsi leur activité. Consommées pendant la grossesse ces substances psycho-actives modifient-elles  la construction du cerveau du fœtus ? On peut raisonnablement  le supposer : les molécules sur lesquelles elles se fixent jouent un rôle clé dans le développement cérébral. C’est précisément la raison pour laquelle la consommation de certaines de ces substances est aujourd’hui fortement déconseillée pendant la grossesse. Faut-il ajouter le café à la liste de ces substances ? Si oui comment le démontrer ?

Epilepsie, anomalies mnésiques

Les chercheurs de l’Inserm ont choisi de travailler sur la souris de laboratoire. Ils ont reproduit chez des femelles gestantes (la gestation dure une vingtaine de jour chez ces mammifères)  une consommation de café régulière équivalente de 2-3 cafés par jour chez la femme. En pratique ils ont ajouté de la caféine à l’eau de boisson des rongeurs et ce depuis la fécondation jusqu’au sevrage. « Les bébés souris étaient beaucoup plus sensibles aux crises d’épilepsie et, une fois devenues adultes, nous avons observé qu’elles présentaient d’importants problèmes de mémoire spatiale, c’est-à-dire des difficultés à se repérer dans leur environnement » commente Christophe Bernard.

Passons sur la démonstration qui fait référence  au neuromédiateur GABA. Et notons que le service de presse de l’Inserm propose aux médias une vidéo sur la migration de neurones caféinés qui ne manquera pas de faire un certain effet. « Ces cellules arrivent plus tard que prévu à l’endroit où elles étaient destinées à s’établir, expliquent les chercheurs à la presse. Ce retard de migration va se répercuter tout au long du développement et entrainer des effets néfastes sur le cerveau des souris à la naissance (excitabilité cellulaire et sensibilité aux crises d’épilepsie) et à l’âge adulte (perte de neurones et problèmes de mémoire). »

De la souris à la femme

« L’ensemble de ces données devrait permettre aux cliniciens d’affiner les recommandations élaborées à l’intention des femmes enceintes » estime Christophe Bernard. Dans le même temps ce chercheurs se garde d’aller trop loin : « Ces résultats  posent la question de la consommation de café chez la femme enceinte mais il est nécessaire de rappeler la difficulté, liée à l’utilisation de modèles animaux, d’extrapoler ces résultats à la population humaine sans prendre en compte les différences de développement et de maturation entre les espèces ».

Anticipant ces résultats les recommandations officielles le Programme national nutrition santé (PNNS) français recommande aux femmes enceintes de « modérer la caféine » et de ne pas dépasser « trois tasses de café par jour ». Faut-il passer à deux ? à une ? La puissance publique devrait-elle (si elle le pouvait) interdire ?

Une femme enceinte sur quatre fume

Aujourd’hui les chiffres officiels établissent qu’en France une femme enceinte sur quatre fume du tabac (document HAS de mars 2012, page 8). La toxicité de ce dernier ne fait ici aucun doute : fausses couches, morts fœtales in utero, complications placentaires, prématurité et retard de croissance intra-utérin, diminution de la fertilité et augmentation des risques de grossesses extra-utérines.

La puissance publique  peut calculer les coûts sinon toujours les souffrances du tabagisme des femmes gestantes. Sans doute ces calculs sont-ils déjà faits. Et voici que l’on déploie des trésors d’ingéniosité pour évaluer la toxicité de la caféine dans l’espèce murine.  Qui, aujourd’hui, est chargé de hiérarchiser ?

 

 

Faut-il avoir peur de perturbateurs dont on ne peut calculer le seuil de toxicité ?

Nouvelle polémique, européenne, sur les « perturbateurs endocriniens ». Nouvelles angoisses induites par des « lanceurs d’alertes ». Nouvelles impasses dans des débats qui n’en sont plus (1). Et puis, au détour d’un nouvel appel à la mobilisation, une phrase qui dit tout.

Et le souvenir d’une autre qui ouvre sur un abîme où la raison raisonnante pourrait bien perdre ce qui lui reste de latin. Et pour finir un exemple pratique, chez des femmes enceintes vivant aujourd’hui, en Bretagne, auprès de cultures céréalières.

 » Certains perturbateurs endocriniens ont des propriétés toxicologiques qui rendent impossible la définition de seuils au-dessous desquels l’exposition peut être définie comme sans risques. » On lit cette phrase. Elle est dans Le Monde de ce 25 mai où Stéphane Foucart nous informe d’un appel européen (une « vigoureuse et alarmante motion » écrit-il) qui vise à obtenir une réforme d’urgence de la réglementation communautaire afin « de protéger la santé et l’environnement des Européens ». « Issue de communautés scientifiques – toxicologie, endocrinologie, biologie du développement… – peu portées à s’adresser directement aux responsables politiques, l’initiative est sans précédent » précise-t-il. On peut aussi voir ici de quoi il retourne. Quant à la déclaration «dite de « Berlaymont » on pourra la lire ici. A priori deux Français seulement, sur les quatre-vingt neuf  premiers signataires : le Prs Bernard Jegou (INSERM, Université de Rennes) et Vincent Laudet (Ecole Normale Superieure, Lyon).

Il s’agit ici des « perturbateurs endocriniens », vaste sujet qui embrasse plusieurs centaines de substances chimiques (solvants, isolants électriques, bisphénols, retardateurs de flamme bromés, pesticides…), qui ont pour point commun d’être suspectés de « perturber »  les systèmes endocriniens des organismes vivant qui en sont pourvus.  Les signataires – tous professeurs d’université chercheurs au sein d’organismes publics de recherche – se disent inquiets  de voir la prévalence de maladies liées au système hormonal « atteindre des sommets inédits dans l’Union européenne et au niveau mondial ». Sont cités plusieurs types de cancers (sein, prostate, testicule, endomètre, ovaire, thyroïde) des troubles de la fertilité, des  troubles de l’attention, l’obésité et le diabète de type 2. Des pathologies observées chez les animaux de laboratoire exposés aux molécules en question.

On relit la phrase

Selon eux les tests réglementaires en vigueur en Europe ne sont pas en mesure de détecter : ceux dits à faibles doses. Or « certains perturbateurs endocriniens ont des propriétés toxicologiques qui rendent impossible la définition de seuils au-dessous desquels l’exposition peut être définie comme sans risques ». Les signataires s’auto-déclarent être « à l’avant-garde de la production de connaissances sur le sujet » et accusent « des lacunes considérables.

« Certains perturbateurs endocriniens ont des propriétés toxicologiques qui rendent impossible la définition de seuils au-dessous desquels l’exposition peut être définie comme sans risques ».  On relit la phrase. Est-ce dire que le moment est venu d’éliminer l’ensemble des perturbateurs endocriniens aujourd’hui omniprésents dans notre environnement ? Ceci n’est pas sans nous faire songer à une autre phrase fameuse prononcée par un directeur générale d’une Agence en charge de la sécurité sanitaire de l’environnement. Après avoir fait travailler durant des moins d’innombrables experts sur la question de la nocivité des champs électromagnétiques générés par la téléphonie mobile (combinés et antennes-relais ») et au vu des conclusions plutôt rassurantes il eut ce mot : « ce n’est pas parce qu’un risque ne peut pas être évalué que ce risque n’existe pas » (citation de mémoire). Certes. Mais que fait-on ? Pour l’heure la planète téléphone. Et téléphone de plus en plus.

Et les incertitudes croissent avec la publication d’enquêtes  qui ne permettent pas d’apporter de réponses concrètes aux questions théoriques qu’elles soulèvent. Comme celle-ci qui vient d’être publiée dans la revue PLOS ONE et qui vient de faire l’objet d’un communiqué de presse de l’Inserm.

En voici l’essentiel :

« Une étude exploratoire publiée ce jour par Sylvaine Cordier et son équipe (Unité mixte Inserm, Université de Rennes 1, et Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique « Institut de recherche, santé, environnement et travail ») avec des chercheurs de l’Inra de Toulouse 2 suggère qu’une exposition environnementale à des mélanges complexes de pesticides, pourrait conduire à des perturbations métaboliques chez les femmes enceintes. Des modifications des concentrations urinaires de composés tels que des acides aminés ou d’autres acides organiques ont en effet été observées, suggérant un stress oxydant et une modification du métabolisme énergétique. Cette étude a été réalisée sur 83 femmes enceintes de la cohorte PELAGIE (Bretagne) réparties en trois groupes, en fonction du lieu de résidence des femmes dans des communes où les cultures de céréales sont plus ou moins présentes. Le détail de ces travaux est publié dans la revue PLOS ONE

(…)

Les premiers résultats de cette étude suggèrent des modifications des concentrations urinaires de certains métabolites chez les femmes enceintes résidant dans des communes où les cultures de céréales sont fortement présentes, en particulier certains métabolites pouvant être impliqués dans les mécanismes de stress oxydant et dans la modification du métabolisme énergétique.

Ces éléments conduisent les chercheurs à suggérer qu’une exposition environnementale à des mélanges complexes de pesticides, tels que ceux utilisés en 2004 sur les cultures de céréales, pourrait conduire à des perturbations métaboliques chez les femmes enceintes dont la signification clinique, pour la femme ou pour son enfant, reste à évaluer. »

On ne peut manquer d’observer les précautions des rédacteurs de ce communiqué –en notamment l’usage du conditionnel. On relira la dernière phrase. Et on s’interrogera sur la nature de l’information qui peut (ou pas) être donnée aux femmes concernées par cette interrogation mais aussi qui peut (ou pas) être donnée aux responsables de cultures de céréales ayant recours aux pesticides étudiés.

 

1 On notera, à tout hasard, sur ce thème ce colloque organisé le 18 juin par SciencesPo et l’Anses

2 Ce travail  a bénéficié de financements de l’Ehesp et du ministère de l’Environnement et du développement durable (Antiopes, INERIS, http://www.ineris.fr/dossiers-thematique​s-ineris/509).