Le meurtrier de Nice « mangeait du porc, buvait de l’alcool, consommait de la drogue et avait une vie sexuelle débridée » (Procureur)

 

Bonjour

Tuerie de Nice après une radicalisation ultra-rapide. Comment, ici, ne pas évoquer une dimension psychopathologique délirante aux conséquences tragiques ?

Après le ministre de l’Intérieur, le procureur de la République de Paris. Ce matin sur RTL Bernard Cazeneuve parlait d’un « individu déséquilibré ». Cet après-midi François Molins, lors d’une conférence de presse aux mots soupesés, a parlé (12 minutes) et complété, à sa façon, le tableau psychopathologique de l’auteur. Evoquant des personnalités « perturbées », il a donné des éléments lui permettant d’affirmer que l’acte meurtrier de Nice était « prémédité » et qu’il s’agissait bien d’un acte « terroriste » au sens de la définition juridique du droit pénal français : « qui a pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur »

Barbe de 8 jours

L’enquête a notamment permis de retracer une bonne partie de l’emploi du temps de Mohamed Lahouaiej Bouhlel les jours qui ont précédé l’attentat. Elle établit que l’homme avait fait des recherches sur trois précédentes attaques, celles commises Outre-Atlantique à Orlando et Dallas – ainsi que celle qui avait visé en France deux policiers, tués à leur domicile à Magnanville. L’ordinateur du meurtrier a également révélé que celui-ci avait fait plusieurs recherches sur des « accidents mortels ». Selon l’enquête, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a contacté dès le 4 juillet la société de location du camion dont il s’est servi dix jours plus tard pour foncer sur la Promenade des Anglais. Le véhicule a été loué le 11 juillet à 8h30, a encore indiqué François Molins, qui a confirmé que Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait fait des repérages sur le lieu du drame la veille et l’avant-veille.

« Il ne pratiquait pas le religion musulmane, buvait de l’alcool, consommait de la drogue et avait une vie sexuelle débridée », a rapporté François Molins.  Il a ajouté : « Depuis huit jours, il s’était laissé pousser la barbe, expliquant que la signification était religieuse. Il ne comprenait pas pourquoi Daech ne pouvait pas prétendre à un territoire », en précisant que le tueur avait fait des « recherches quasi quotidiennes de sourates du Coran ».  Le Point.fr explique avoir eu accès à des éléments de l’audition de l’épouse en instance de divorce avec Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Elle a décrit son ex-mari comme quelqu’un d’athée, sans aucun lien avec la religion musulmane. Selon elle, il mangeait même du porc. Sa connaissance religieuse – et non sa pratique – se limitait à l’enseignement qu’il avait reçu en Tunisie dans sa jeunesse.

Psychose

Le dernier bilan, provisoire, fait état de 84 morts, de 74 blessés et de 28 personnes en réanimation – dont 19  avec pronostic vital engagé 

Aucun élément des investigations « ne démontre une allégeance » à Daesh ou « des liens avec des individus » de l’organisation terroriste. Dans Le Figaro de ce jour Gilles Kepel explique que l’État islamique « n’a même plus besoin de commanditer des attentats ».

«  Ce qui apparaît, c’est un petit délinquant aux antécédents psychiatriques lourds, condamné récemment après une altercation avec un automobiliste. Un type qui, encore une fois imprégné de cette atmosphère djihadiste qui circule sur le Net, a décidé de mettre en œuvre sa propre opération avec les moyens à sa disposition. En l’occurrence, un camion qu’il sait conduire de par sa profession de chauffeur-livreur. Une opération dont il se doute qu’elle est suicidaire, fin qui donne un aboutissement métaphysique, politique et planétaire à sa psychose.  (…) Et même le péché – boire, forniquer, voler – est effacé par le martyre rédempteur. »

Pour sa part François Molins ne dit rien d’autre. Il a précisé que dans de domaine les passages à l’acte pouvaient être « d’autant plus rapides que les personnalités étaient perturbées ». Si l’on retient cette hypothèse (hautement crédible), la rapidité de la radicalisation Mohamed Lahouaiej Bouhlel en dit long sur l’ampleur des perturbations psychopathologiques qui ont conduit à la tuerie du 14 juillet, à l’extrémité ensanglantée de la Baie des Anges.

A demain

Madame, qui doit faire la loi : le marché ou l’Etat ? Le sombre dimanche de Marisol Touraine

 

Bonjour

Sombre dimanche. Guérilla médiatique avait-on prévenu. Guérilla il y a. La ministre de la Santé lit-elle le Journal du Dimanche ? Ses services le lisent-ils pour elle ? Pleine page 17, aujourd’hui 19/06, une « Lettre ouverte à Marisol Touraine ». En voici la première partie :

« Nous ne vous apprenons rien en disant que le prix des médicaments est en constante augmentation. Que les prix ne sont absolument pas justifiés. Que les laboratoires pharmaceutiques font des marges colossales et révoltantes sur le traitement des malades. Que la Sécurité Sociale n’est pas en mesure de rembourser ces traitements.

« Nous ne vous apprenons donc rien en disant que notre système de santé, et par conséquent notre santé, sont en réel danger. »

Une simple question

On retrouve ici la suite de la guérilla médiatique lancée le 13 juin par Médecins du Monde sur le thème de l’indécence du prix des médicaments. Dans la foulée, outrée, l’industrie pharmaceutique avait répondu. On attend toujours la réponse de Marisol Touraine à cette attaque construite, argumentée, redoutable. Voici, aujourd’hui,  la seconde partie de la lettre ouverte de Médecins du Monde :

« Alors nous aimerions vous poser une simple question :

« Quand il s’agit de santé, qui doit faire la loi, le marché ou l’Etat ? Merci de ne pas adresser votre réponse à Médecins du Monde mais directement aux Français. »

Quand et par quel canal la ministre de la Santé répondra-t-elle à ses compatriotes sur un sujet aussi éminemment politique ? Une question qui survient (il n’y a pas de hasards) au moment où tout se tend pour le gouvernement.

Philippe Martinez

Ainsi Philippe Martinez vient-il de réaffirmer qu’il « maintenait les journées d’action » des 23 et 28 mai contre la « loi travail ». Le secrétaire général de la CGT, ce dimanche, était l’invité du « Grand Rendez-vous » d’Europe 1Le Monde et iTélé. Plus grave encore peut-être, accusé d’inaction face aux casseurs qui ont perturbé les récentes manifestations, en particulier celle du 14 juin, Philippe Martinez a renvoyé la responsabilité du maintien de l’ordre aux autorités et aux « ordres de non-intervention » qui seraient donnés selon lui aux policiers :

« Je m’interroge sur les ordres donnés à la police, ça ne peut se passer que du côté du préfet ou du ministre » demande, méchant, le patron de la CGT. Pour sa part Manuel Valls, Premier ministre appelle, dans le Journal du Dimanche à l’annulation des rassemblementsEt le leader syndical de réaffirmer son intention de descendre dans la rue, car « les manifestations sont l’expression de la démocratie sociale ».

Tous les sondages convergent pour dire que la popularité du Premier ministre et, plus encore, du président de la République, s’effondrent. Personne ne comprend rien à l’annonce, faite hier, d’une « primaire socialiste » hier tenue pour impossible. La guérilla médiatique se fait sous le bandeau du « Prix de la Vie ». L’ONG Médecins du Monde signe les attaques en expliquant qu’elle soigne, aussi, l’injustice. In cauda venenum. Bien sombre dimanche.

A demain

Le Dr Jean-Marie Le Guen confond François Hollande et Jules César. Et fait confiance à Macron

 

Bonjour

Dimanche 20 avril 2016, à l’heure de la sortie des églises. Docteur en médecine et secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen (PS) vient, sur les ondes, de se déclarer  « certain » qu’Emmanuel Macron ne serait pas le « Brutus » de François Hollande et qu’il sera « à ses côtés » à la présidentielle. Du moins sans poignard à la main gauche (ou droite).

Emmanuel Macron « ne sera pas candidat face à François Hollande, il sera aux côtés de François Hollande », a affirmé M. Le Guen au « Grand Rendez-vous » sur Europe 1/Le Monde/iTélé. « Je suis certain qu’il ne sera pas Brutus (…) Bien sûr que son camp est la gauche », a jugé M. Le Guen. Il ajoute : « notre candidat légitime et naturel, c’est François Hollande ».

La gauche, va et vient

Tout en saluant la volonté d’Emmanuel Macron de faire bouger la gauche, il a jugé que le ministre de l’Economie « brouillait un petit peu son message ces derniers jours ». Avec l’avertissement d’un spécialiste : « il n’y a pas d’aventure individuelle dans l’action politique ».

Pour autant M. Macron ne participera pas à la réunion « Hé oh la gauche » organisée lundi à Paris à l’initiative de Stéphane Le Foll en présence d’une vingtaine de ministres (en présence de Marisol Touraine) pour soutenir François Hollande.  L’affaire se tiendra, nous dit Le Journal du Dimanche, à la faculté de médecine de Paris. Rue des Saints-Pères ?

Salut de la République

« Le temps est venu que nous passions à une offensive, que nous allions parler avec nos concitoyens, expliquer quels sont les enjeux de la situation », a jugé M. Le Guen qui vient de publier un livre (numérique) :  La gauche qui vient : place à la République !

Rappelons que Brutus est l’image du traître par excellence, pour sa participation à la mort de César – César qui lui avait pardonné son adhésion au parti de Pompée. Mais rappelons aussi au Dr Le Guen que Brutus est aussi l’image de l’homme homme vertueux, qui préféra toujours le salut de la République au sien. Qui est l’homme Emmanuel Macron dont la France découvre aujourd’hui l’épouse ? Qui sera-t-il ?

On pourra, ici, comparer les biographies d’Emmanuel Macron et de Marcus Junius Brutus. Et celles de de François Hollande et de Jules César. Qui jouerait le rôle de Servilia ? Le Dr Le Guen ne nous le dit pas.

A demain

Zika : prière de ne plus donner son sang mais, surtout, pas d’anxiété… pas d’affolement

Bonjour

Marisol Touraine vient de reprendre la parole sur Zika. C’était, cette fois, au « Grand rendez-vous » Europe1-Le Monde-iTELE. Pour dire quoi ? Que les voyageurs français revenant d’une zone touchée par le virus Zika devront attendre 28 jours après leur retour en France métropolitaine pour donner leur sang. La France emboîte ainsi le pas à la Grande Bretagne et au Canada.

« Nous faisons en sorte de vérifier que les dons de sang ne sont pas contaminés par le virus Zika. Ce qui veut dire que quelqu’un qui revient d’une zone où il y a Zika ne peut pas donner son sang avant 28 jours et que sur place, dans les départements français d’Amérique, tous les dons du sang sont testés » a précisé la ministre de la Santé.

Quatre semaines sans don

Mercredi 3 février, les autorités sanitaires canadiennes avaient annoncé une suspension des dons du sang pendant 21 jours pour les voyageurs revenant des zones les plus à risques. Le lendemain l’OMS avait jugé « appropriée » de reporter les dons de sang des voyageurs revenant de ces pays. « Avec le risque de nouvelles infections du virus Zika dans de nombreux pays, et le lien possible entre (…) le virus et la microcéphalie et d’autres conséquences cliniques, reporter les dons de sang de ceux revenant de régions où sévit l’épidémie de Zika est jugé comme une mesure de précaution appropriée » avait indiqué l’OMS à l’AFP.

Organiser une mesure de prévention d’une transmission (hypothétique) par le sang d’une infection virale dont on sait qu’elle est dans la quasi-totalité des cas bénigne…. Où l’on voit bien que l’on est là à la pointe la plus extrême de l’application d’une conception (par ailleurs quelque peu pervertie) du principe de précaution.

Cécile Duflot et la déchéance

La ministre française de la Santé le pressent-elle qui, tout en annonçant le mesure d’exclusion des dons du sang, en appelle à ne pas créer « d’affolement » à ne pas induire « d’anxiété inutile » ? Mesure-t-elle les conséquences induites sur l’anxiété de certaines femmes enceintes qui n’avaient jusqu’ici jamais entendu parler de « microcéphalie » – et ce alors que le lien avec Zika n’est toujours pas établi? Pour Marisol Touraine  les femmes enceintes doivent « être suivies de très près ». « J’ai mis en place un accompagnement. Nous leur proposons des échographies tous les mois. Des tests sont remboursés par la sécurité sociale », a-t-elle annoncé.

Pour le reste, sur un autre sujet, la ministre de la Santé s’est emportée, dénonçant les récent propos de l’écologiste Cécile Duflot (à l’Assemblée nationale) sur la déchéance de nationalité. La députée écologiste avait rappelé que le dernier gouvernement à avoir utilisé la déchéance de nationalité avait été, selon elle, le régime de Vichy – une sortie qui, déjà, avait provoqué la colère de Manuel Valls.

 De Tauxigny à Paris

« Ses propos sont incompréhensibles et je dois dire qu’ils sont même inacceptables, a dénoncé Marisol Touraine. Je veux croire que ses mots ont dépassé sa pensée. »  La ministre de la Santé a aussi rappelé que « sous Vichy, la déchéance de nationalité était utilisée contre des catégories de population comme les juifs ». Elle a aussi cité le général De Gaulle ou Pierre Brossolette qui ont eux-aussi déchus de leur nationalité.

« Ceux qui étaient déchus de leur nationalité sont ceux qui défendaient la République, ceux qui sont déchus aujourd’hui sont ceux  qui la combattent » a-t-elle expliqué.  Il faudra relire pour bien s’y retrouver. Et comparer les propos ministériels d’aujourd’hui à ceux que la ministre tenait il y a quelques jours, loin de Paris, à Tauxigny.

A demain

 

Nourriture, entonnoir et eau de Javel : la décision proprement inacceptable du Conseil constitutionnel

Bonjour

Inoxydable, Ségolène Royal repart à l’attaque. Cela vient de se passer sur i-Télé (voir ici la vidéo à partir de 5’40). La  ministre de l’Écologie annonce qu’elle réunira « dans les dix jours » les représentants de la grande distribution et des hyper-surfaces pour leur demander « par contrat » d’en finir avec certaines de leurs pratiques ;  il s’agit ici de lutter contre cette hérésie moderne qu’est le gaspillage alimentaire.

L’initiative de Ségolène Royal fait suite à l’invalidation par le Conseil constitutionnel d’une mesure concernant « la loi sur la transition énergétique » – mesure qui interdisait aux distributeurs de rendre délibérément impropres à la consommation des produits alimentaires invendus. Il faut ici prendre connaissance des motivations de la décision des sages qui défendent notre Constitution.

Outil conique

Voici le communiqué de presse de la « Décision n° 2015-718 DC du 13 août 2015 – Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte ». On y découvre que les sages « condamnent les paragraphes II à VII de l’article 103, relatifs au gaspillage alimentaire, qui avaient été introduits en nouvelle lecture en méconnaissance de la règle dite de ‘’l’entonnoir’’ et avaient été ainsi adoptés selon une procédure contraire à la Constitution ».

Une question de pure forme donc, et nouvelle illustration de l’usage qui peut être fait de cet outil conique.  « Il est très important de lutter contre le gaspillage alimentaire à un moment où tout le monde n’a pas les moyens de se nourrir correctement, a dans sa sagesse, déclaré Ségolène Royal. Il est inadmissible que les grandes surfaces détruisent des stocks alimentaires notamment en mettant de l’eau de Javel dessus. »

Particuliers et restauration

Agitations diverses dans les coulisses de l’agro-alimentaire et des hyper-surfaces. La Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) s’est ainsi insurgée en faux contre cette affirmation. Elle rappelle ses vertus et soutient que la grande distribution « fait déjà énormément pour lutter contre le gaspillage et qu’elle est aujourd’hui déjà le premier donateur aux associations avec l’équivalent de 120 millions de repas distribués par an».  Selon Mathieu Pecqueur, le directeur agriculture et qualité en charge de lutte anti-gaspillage à la FCD, la grande distribution française  « gaspille peu et ne représente qu’entre 5 et 10 % du gaspillage au niveau alimentaire ». Qui sont les autres coupables ? M. Pecqueur ne nous le dit pas.

L’AFP précise qu’un rapport remis en avril par l’ancien ministre Guillaume Garot a montré que si les chiffres varient selon les sources (ministère de l’Écologie, UE, missions…), la grande distribution arrive loin derrière les particuliers et la restauration en termes de gaspillage alimentaire. Elle gaspille entre 562 et 750 kilotonnes par an, contre 1 080 pour la restauration et entre 2 212 et 6 323 pour les ménages.

Economie ménagère

Mme Royal n’a pas abordé cet aspect (privé et honteux) du sujet.  « Je ne vais pas en rester là, a assuré la ministre de l’Écologie. Je vais donc réunir dans les dix jours qui viennent les grandes surfaces pour les mettre devant leurs responsabilités. Je vais leur demander, et c’est l’opinion publique qui jugera, de signer un contrat avec la ministre de l’Écologie que je suis pour s’engager à changer leurs pratiques. Il vaut mieux finalement de bonnes pratiques, parce que c’est plus rapide, que des lois qui vont mettre du temps. »

Pourquoi Ségolène Royal ne va-t-elle pas plus loin ? Pourquoi ne réunit-elle pas les représentants de la restauration ? Pourquoi ne s’adresse-t-elle pas directement aux citoyennes et citoyens de l’économie ménagère ?

A demain

Vincent Lambert : il serait «à nouveau nourri par la bouche». Une nouvelle vidéo est annoncée

Bonjour

Les règles de la tragédie sont respectées. La dernière scène en date est à lire dans L’Union, le quotidien régional de Reims (Grégoire Amir-Tahmasseb). Les parents de Vincent Lambert, opposés à l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation de leur fils, ont fait une annonce le vendredi 26 juin : ils ont déposé un recours en révision devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Ils affirment que leur fils a « recommencé ces derniers jours à manger et boire par la bouche », ce qui constitue, toujours selon eux, un « élément nouveau et décisif » qui « commande la révision des décisions qui ont été rendues »

Nous avions évoqué pour notre part évoqué cette situation le 18 juin dernier : « Vincent Lambert : que diraient ses juges si ce malade pouvait être ‘’nourri à la cuillère’’ » ?

Compote et crèmes dessert

Ce n’est pas tout : les parents devraient également déposer, dans les prochains jours, un recours devant le Conseil d’Etat. L’annonce en a été faite sur iTélé par Me Jérôme Triomphe, l’un de leurs avocats. Un autre élément est annoncé : une nouvelle vidéo a été tournée. Selon Me Triomphe elle « démontre que Vincent Lambert peut manger par la bouche … il déglutit la compote ou les crèmes dessert ainsi que l’eau … ce qui n’avait jamais été tenté par le CHU depuis sept ans ».

Le réflexe de déglutition serait donc bien là, et la sonde gastrique superflue. Me Triomphe met aussi en cause les contradictions existant dans les déclaration officielles de Marisol Touraine, ministre de tutelle du CHU (1) ainsi que le Dr Bernard Devalois, pour ses dernières prestations  dans les médias.

Le 10 juin, après la diffusion de la première vidéo, interrogé par BFM-TV, le Dr Bernard Devalois, chef de l’unité de soins palliatifs de Pontoise, s’était dit « absolument scandalisé » par la diffusion de cette vidéo, dénonçant une « manipulation politico-religieuse ». Selon lui, les images « ne montrent rien d’autre que le même patient sur lequel on s’était penché il y a plusieurs mois ». Or, selon Me Triomphe le Dr Devalois « a refusé d’aller voir Vincent ».

 « Lambert contre France »

 Selon le règlement de la CEDH, une personne peut saisir la Cour et lui communiquer une demande en révision d’un arrêt dans le cas où « un fait qui, par sa nature, aurait pu exercer une influence décisive sur l’issue d’une affaire déjà tranchée et qui, à l’époque de l’arrêt, était inconnu de la Cour et ne pouvait raisonnablement être connu d’une partie ». La CEDH va examiner, dans les prochains jours, cette demande en révision et dire si elle l’écarte ou si elle y fait droit.

Dans leur communiqué, les avocats des parents font par ailleurs état d’une « incroyable erreur de droit » commise par la CEDH dans l’arrêt « Lambert contre France » conduisant à « une erreur de raisonnement juridique ». A Strasbourg, on admet une « erreur purement matérielle d’écriture ». On assure que celle-ci a déjà été « rectifiée » et que cela n’a « aucun impact sur le fond de l’affaire ».

Les règles de la tragédie sont respectées.

A demain

(1) L’un des avocats des parents de Vincent Lambert (Me Jean Paillot) assurait le 18 juin que Marisol Touraine, ministre de la Santé avait déclaré (le mardi 16 juin au Sénat -lors de l’examen de la proposition de loi sur la fin de vie) que Vincent Lambert « n’était pas en fin de vie » et que « l’expression de (sa) volonté (à refuser l’acharnement thérapeutique) fait l’objet d’interrogations et de débats ». Mme Touraine ne s’est pas, depuis, exprimée sur le sujet.

Vincent Lambert : ce regard que le CSA aurait aimé censurer sur huit chaînes de télévisison

Bonjour

A quoi sert au juste le CSA, ce « gendarme de l’audiovisuel » ? C’est une question qu’habituellement on ne se pose guère. Qui, d’ailleurs, sait en France ce qu’est le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ? Et, d’ailleurs, qu’est-ce que l’audiovisuel au temps du numérique ? Le CSA fait songer à l’ORTF. On l’imagine en noir et blanc, faisant la part du grain et de l’ivraie. Les antiques ciseaux, jamais rouillés, de la censure. Mieux, ceux de l’autocensure, de la peur du gendarme. C’est le carré blanc pour les petits enfants à l’époque de l’i-phone.

Mimiques

On se souvient de la vidéo du visage de Vincent Lambert – et des émois qu’elle suscita. Ce qu’on voulut lui faire dire et qu’elle ne disait pas. Pour beaucoup ce fut la découverte d’une réalité : les personnes en état végétatif chronique ne sont pas des corps rivés à des machines. Cela ne change rien à leur degré de conscience mais cela n’en fait nullement des morts-vivants. Ils ont des yeux ouverts, des cycles veille-sommeil et comme des mimiques qui n’en sont pas mais que l’on se plait à interpréter. Dans un sens ou dans un autre. Ce sont d’ailleurs ces mimiques, ces comportements réflexes qui furent interprétés comme « des refus de soins » – interprétation qui conduisit à la décision d’un processus de fin de vie – le début de la tragédie que l’on suit.

La diffusion de cette courte vidéo, sur les réseaux sociaux souleva la question de son exploitation par les chaînes de télévision. Conférences de rédaction…  interrogations sur la concurrence…  appels des directions… consultations des services juridiques…  l’impasse… le floutage… l’intégral … Chaque chaîne fit comme elle put, comme elle crut devoir faire, se contredisant parfois à quelques heures de distance.

Intimité

Aujourd’hui 18 juin le CSA agit. Huit jours plus tard. Il vient de faire savoir qu’il a « mis en garde » BFM TV, LCI, M6 et TF1. « La diffusion de ces images de M. Vincent Lambert sans consentement préalable et sans floutage constitu(e) une atteinte à l’intimité de sa vie privée et à son image » fait valoir, dans sa sagesse désuète  le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ce n’est pas tout : le CSA a également adressé un « courrier » à Canal+, France 2, France 3 et i-Télé – qui ont, eux, flouté le visage de Vincent Lambert. Le gendarme leur rappelle « que la diffusion de telles images sans consentement préalable était de nature à porter atteinte à l’intimité de la vie privée ».

Le gendarme de l’audiovisuel avait été saisi le 10 juin. Par qui ? On rappellera, ici, que ce sont des proches du malade, réunis en « comité de soutien » qui sont à l’origine de cette initiative.  On y voit le malade sur son lit d’hôpital, les yeux mi-clos ; une main plaque à son oreille un téléphone portable qui diffuse la voix de sa mère venant d’apprendre la décision de la CEDH le concernant. Un autre plan serré montre son demi-frère David en train de lui parler, penché à quelques centimètres de son visage alors que le patient cligne des yeux et semble du regard. « Cette vidéo piétine sa dignité et son droit à l’image, c’est de la manipulation intellectuelle en jouant sur l’émotion », avait alors réagi le Dr Éric Kariger, l’ancien médecin de Vincent Lambert.

Excuses

Et maintenant ? La « mise en garde » est le premier niveau d’avertissement du CSA avant la « mise en demeure ». En cas de récidive, après une « mise en demeure », le CSA peut décider (dans de très rares cas) de « sanctions », comme la suppression d’une tranche de publicité, la lecture d’un « communiqué d’excuses » lors d’un journal télévisé. Voire une amende. Les plus âgés songent immanquablement, ici, à un sketch de Coluche concernant les sanctions pouvant frapper les policiers et la maréchaussée.

Qui contrôle le CSA ?

A demain