Le meurtrier de Nice « mangeait du porc, buvait de l’alcool, consommait de la drogue et avait une vie sexuelle débridée » (Procureur)

 

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Tuerie de Nice après une radicalisation ultra-rapide. Comment, ici, ne pas évoquer une dimension psychopathologique délirante aux conséquences tragiques ?

Après le ministre de l’Intérieur, le procureur de la République de Paris. Ce matin sur RTL Bernard Cazeneuve parlait d’un « individu déséquilibré ». Cet après-midi François Molins, lors d’une conférence de presse aux mots soupesés, a parlé (12 minutes) et complété, à sa façon, le tableau psychopathologique de l’auteur. Evoquant des personnalités « perturbées », il a donné des éléments lui permettant d’affirmer que l’acte meurtrier de Nice était « prémédité » et qu’il s’agissait bien d’un acte « terroriste » au sens de la définition juridique du droit pénal français : « qui a pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur »

Barbe de 8 jours

L’enquête a notamment permis de retracer une bonne partie de l’emploi du temps de Mohamed Lahouaiej Bouhlel les jours qui ont précédé l’attentat. Elle établit que l’homme avait fait des recherches sur trois précédentes attaques, celles commises Outre-Atlantique à Orlando et Dallas – ainsi que celle qui avait visé en France deux policiers, tués à leur domicile à Magnanville. L’ordinateur du meurtrier a également révélé que celui-ci avait fait plusieurs recherches sur des « accidents mortels ». Selon l’enquête, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a contacté dès le 4 juillet la société de location du camion dont il s’est servi dix jours plus tard pour foncer sur la Promenade des Anglais. Le véhicule a été loué le 11 juillet à 8h30, a encore indiqué François Molins, qui a confirmé que Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait fait des repérages sur le lieu du drame la veille et l’avant-veille.

« Il ne pratiquait pas le religion musulmane, buvait de l’alcool, consommait de la drogue et avait une vie sexuelle débridée », a rapporté François Molins.  Il a ajouté : « Depuis huit jours, il s’était laissé pousser la barbe, expliquant que la signification était religieuse. Il ne comprenait pas pourquoi Daech ne pouvait pas prétendre à un territoire », en précisant que le tueur avait fait des « recherches quasi quotidiennes de sourates du Coran ».  Le Point.fr explique avoir eu accès à des éléments de l’audition de l’épouse en instance de divorce avec Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Elle a décrit son ex-mari comme quelqu’un d’athée, sans aucun lien avec la religion musulmane. Selon elle, il mangeait même du porc. Sa connaissance religieuse – et non sa pratique – se limitait à l’enseignement qu’il avait reçu en Tunisie dans sa jeunesse.

Psychose

Le dernier bilan, provisoire, fait état de 84 morts, de 74 blessés et de 28 personnes en réanimation – dont 19  avec pronostic vital engagé 

Aucun élément des investigations « ne démontre une allégeance » à Daesh ou « des liens avec des individus » de l’organisation terroriste. Dans Le Figaro de ce jour Gilles Kepel explique que l’État islamique « n’a même plus besoin de commanditer des attentats ».

«  Ce qui apparaît, c’est un petit délinquant aux antécédents psychiatriques lourds, condamné récemment après une altercation avec un automobiliste. Un type qui, encore une fois imprégné de cette atmosphère djihadiste qui circule sur le Net, a décidé de mettre en œuvre sa propre opération avec les moyens à sa disposition. En l’occurrence, un camion qu’il sait conduire de par sa profession de chauffeur-livreur. Une opération dont il se doute qu’elle est suicidaire, fin qui donne un aboutissement métaphysique, politique et planétaire à sa psychose.  (…) Et même le péché – boire, forniquer, voler – est effacé par le martyre rédempteur. »

Pour sa part François Molins ne dit rien d’autre. Il a précisé que dans de domaine les passages à l’acte pouvaient être « d’autant plus rapides que les personnalités étaient perturbées ». Si l’on retient cette hypothèse (hautement crédible), la rapidité de la radicalisation Mohamed Lahouaiej Bouhlel en dit long sur l’ampleur des perturbations psychopathologiques qui ont conduit à la tuerie du 14 juillet, à l’extrémité ensanglantée de la Baie des Anges.

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Madame, qui doit faire la loi : le marché ou l’Etat ? Le sombre dimanche de Marisol Touraine

 

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Sombre dimanche. Guérilla médiatique avait-on prévenu. Guérilla il y a. La ministre de la Santé lit-elle le Journal du Dimanche ? Ses services le lisent-ils pour elle ? Pleine page 17, aujourd’hui 19/06, une « Lettre ouverte à Marisol Touraine ». En voici la première partie :

« Nous ne vous apprenons rien en disant que le prix des médicaments est en constante augmentation. Que les prix ne sont absolument pas justifiés. Que les laboratoires pharmaceutiques font des marges colossales et révoltantes sur le traitement des malades. Que la Sécurité Sociale n’est pas en mesure de rembourser ces traitements.

« Nous ne vous apprenons donc rien en disant que notre système de santé, et par conséquent notre santé, sont en réel danger. »

Une simple question

On retrouve ici la suite de la guérilla médiatique lancée le 13 juin par Médecins du Monde sur le thème de l’indécence du prix des médicaments. Dans la foulée, outrée, l’industrie pharmaceutique avait répondu. On attend toujours la réponse de Marisol Touraine à cette attaque construite, argumentée, redoutable. Voici, aujourd’hui,  la seconde partie de la lettre ouverte de Médecins du Monde :

« Alors nous aimerions vous poser une simple question :

« Quand il s’agit de santé, qui doit faire la loi, le marché ou l’Etat ? Merci de ne pas adresser votre réponse à Médecins du Monde mais directement aux Français. »

Quand et par quel canal la ministre de la Santé répondra-t-elle à ses compatriotes sur un sujet aussi éminemment politique ? Une question qui survient (il n’y a pas de hasards) au moment où tout se tend pour le gouvernement.

Philippe Martinez

Ainsi Philippe Martinez vient-il de réaffirmer qu’il « maintenait les journées d’action » des 23 et 28 mai contre la « loi travail ». Le secrétaire général de la CGT, ce dimanche, était l’invité du « Grand Rendez-vous » d’Europe 1Le Monde et iTélé. Plus grave encore peut-être, accusé d’inaction face aux casseurs qui ont perturbé les récentes manifestations, en particulier celle du 14 juin, Philippe Martinez a renvoyé la responsabilité du maintien de l’ordre aux autorités et aux « ordres de non-intervention » qui seraient donnés selon lui aux policiers :

« Je m’interroge sur les ordres donnés à la police, ça ne peut se passer que du côté du préfet ou du ministre » demande, méchant, le patron de la CGT. Pour sa part Manuel Valls, Premier ministre appelle, dans le Journal du Dimanche à l’annulation des rassemblementsEt le leader syndical de réaffirmer son intention de descendre dans la rue, car « les manifestations sont l’expression de la démocratie sociale ».

Tous les sondages convergent pour dire que la popularité du Premier ministre et, plus encore, du président de la République, s’effondrent. Personne ne comprend rien à l’annonce, faite hier, d’une « primaire socialiste » hier tenue pour impossible. La guérilla médiatique se fait sous le bandeau du « Prix de la Vie ». L’ONG Médecins du Monde signe les attaques en expliquant qu’elle soigne, aussi, l’injustice. In cauda venenum. Bien sombre dimanche.

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Le Dr Jean-Marie Le Guen confond François Hollande et Jules César. Et fait confiance à Macron

 

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Dimanche 20 avril 2016, à l’heure de la sortie des églises. Docteur en médecine et secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen (PS) vient, sur les ondes, de se déclarer  « certain » qu’Emmanuel Macron ne serait pas le « Brutus » de François Hollande et qu’il sera « à ses côtés » à la présidentielle. Du moins sans poignard à la main gauche (ou droite).

Emmanuel Macron « ne sera pas candidat face à François Hollande, il sera aux côtés de François Hollande », a affirmé M. Le Guen au « Grand Rendez-vous » sur Europe 1/Le Monde/iTélé. « Je suis certain qu’il ne sera pas Brutus (…) Bien sûr que son camp est la gauche », a jugé M. Le Guen. Il ajoute : « notre candidat légitime et naturel, c’est François Hollande ».

La gauche, va et vient

Tout en saluant la volonté d’Emmanuel Macron de faire bouger la gauche, il a jugé que le ministre de l’Economie « brouillait un petit peu son message ces derniers jours ». Avec l’avertissement d’un spécialiste : « il n’y a pas d’aventure individuelle dans l’action politique ».

Pour autant M. Macron ne participera pas à la réunion « Hé oh la gauche » organisée lundi à Paris à l’initiative de Stéphane Le Foll en présence d’une vingtaine de ministres (en présence de Marisol Touraine) pour soutenir François Hollande.  L’affaire se tiendra, nous dit Le Journal du Dimanche, à la faculté de médecine de Paris. Rue des Saints-Pères ?

Salut de la République

« Le temps est venu que nous passions à une offensive, que nous allions parler avec nos concitoyens, expliquer quels sont les enjeux de la situation », a jugé M. Le Guen qui vient de publier un livre (numérique) :  La gauche qui vient : place à la République !

Rappelons que Brutus est l’image du traître par excellence, pour sa participation à la mort de César – César qui lui avait pardonné son adhésion au parti de Pompée. Mais rappelons aussi au Dr Le Guen que Brutus est aussi l’image de l’homme homme vertueux, qui préféra toujours le salut de la République au sien. Qui est l’homme Emmanuel Macron dont la France découvre aujourd’hui l’épouse ? Qui sera-t-il ?

On pourra, ici, comparer les biographies d’Emmanuel Macron et de Marcus Junius Brutus. Et celles de de François Hollande et de Jules César. Qui jouerait le rôle de Servilia ? Le Dr Le Guen ne nous le dit pas.

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Zika : prière de ne plus donner son sang mais, surtout, pas d’anxiété… pas d’affolement

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Marisol Touraine vient de reprendre la parole sur Zika. C’était, cette fois, au « Grand rendez-vous » Europe1-Le Monde-iTELE. Pour dire quoi ? Que les voyageurs français revenant d’une zone touchée par le virus Zika devront attendre 28 jours après leur retour en France métropolitaine pour donner leur sang. La France emboîte ainsi le pas à la Grande Bretagne et au Canada.

« Nous faisons en sorte de vérifier que les dons de sang ne sont pas contaminés par le virus Zika. Ce qui veut dire que quelqu’un qui revient d’une zone où il y a Zika ne peut pas donner son sang avant 28 jours et que sur place, dans les départements français d’Amérique, tous les dons du sang sont testés » a précisé la ministre de la Santé.

Quatre semaines sans don

Mercredi 3 février, les autorités sanitaires canadiennes avaient annoncé une suspension des dons du sang pendant 21 jours pour les voyageurs revenant des zones les plus à risques. Le lendemain l’OMS avait jugé « appropriée » de reporter les dons de sang des voyageurs revenant de ces pays. « Avec le risque de nouvelles infections du virus Zika dans de nombreux pays, et le lien possible entre (…) le virus et la microcéphalie et d’autres conséquences cliniques, reporter les dons de sang de ceux revenant de régions où sévit l’épidémie de Zika est jugé comme une mesure de précaution appropriée » avait indiqué l’OMS à l’AFP.

Organiser une mesure de prévention d’une transmission (hypothétique) par le sang d’une infection virale dont on sait qu’elle est dans la quasi-totalité des cas bénigne…. Où l’on voit bien que l’on est là à la pointe la plus extrême de l’application d’une conception (par ailleurs quelque peu pervertie) du principe de précaution.

Cécile Duflot et la déchéance

La ministre française de la Santé le pressent-elle qui, tout en annonçant le mesure d’exclusion des dons du sang, en appelle à ne pas créer « d’affolement » à ne pas induire « d’anxiété inutile » ? Mesure-t-elle les conséquences induites sur l’anxiété de certaines femmes enceintes qui n’avaient jusqu’ici jamais entendu parler de « microcéphalie » – et ce alors que le lien avec Zika n’est toujours pas établi? Pour Marisol Touraine  les femmes enceintes doivent « être suivies de très près ». « J’ai mis en place un accompagnement. Nous leur proposons des échographies tous les mois. Des tests sont remboursés par la sécurité sociale », a-t-elle annoncé.

Pour le reste, sur un autre sujet, la ministre de la Santé s’est emportée, dénonçant les récent propos de l’écologiste Cécile Duflot (à l’Assemblée nationale) sur la déchéance de nationalité. La députée écologiste avait rappelé que le dernier gouvernement à avoir utilisé la déchéance de nationalité avait été, selon elle, le régime de Vichy – une sortie qui, déjà, avait provoqué la colère de Manuel Valls.

 De Tauxigny à Paris

« Ses propos sont incompréhensibles et je dois dire qu’ils sont même inacceptables, a dénoncé Marisol Touraine. Je veux croire que ses mots ont dépassé sa pensée. »  La ministre de la Santé a aussi rappelé que « sous Vichy, la déchéance de nationalité était utilisée contre des catégories de population comme les juifs ». Elle a aussi cité le général De Gaulle ou Pierre Brossolette qui ont eux-aussi déchus de leur nationalité.

« Ceux qui étaient déchus de leur nationalité sont ceux qui défendaient la République, ceux qui sont déchus aujourd’hui sont ceux  qui la combattent » a-t-elle expliqué.  Il faudra relire pour bien s’y retrouver. Et comparer les propos ministériels d’aujourd’hui à ceux que la ministre tenait il y a quelques jours, loin de Paris, à Tauxigny.

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Nourriture, entonnoir et eau de Javel : la décision proprement inacceptable du Conseil constitutionnel

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Inoxydable, Ségolène Royal repart à l’attaque. Cela vient de se passer sur i-Télé (voir ici la vidéo à partir de 5’40). La  ministre de l’Écologie annonce qu’elle réunira « dans les dix jours » les représentants de la grande distribution et des hyper-surfaces pour leur demander « par contrat » d’en finir avec certaines de leurs pratiques ;  il s’agit ici de lutter contre cette hérésie moderne qu’est le gaspillage alimentaire.

L’initiative de Ségolène Royal fait suite à l’invalidation par le Conseil constitutionnel d’une mesure concernant « la loi sur la transition énergétique » – mesure qui interdisait aux distributeurs de rendre délibérément impropres à la consommation des produits alimentaires invendus. Il faut ici prendre connaissance des motivations de la décision des sages qui défendent notre Constitution.

Outil conique

Voici le communiqué de presse de la « Décision n° 2015-718 DC du 13 août 2015 – Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte ». On y découvre que les sages « condamnent les paragraphes II à VII de l’article 103, relatifs au gaspillage alimentaire, qui avaient été introduits en nouvelle lecture en méconnaissance de la règle dite de ‘’l’entonnoir’’ et avaient été ainsi adoptés selon une procédure contraire à la Constitution ».

Une question de pure forme donc, et nouvelle illustration de l’usage qui peut être fait de cet outil conique.  « Il est très important de lutter contre le gaspillage alimentaire à un moment où tout le monde n’a pas les moyens de se nourrir correctement, a dans sa sagesse, déclaré Ségolène Royal. Il est inadmissible que les grandes surfaces détruisent des stocks alimentaires notamment en mettant de l’eau de Javel dessus. »

Particuliers et restauration

Agitations diverses dans les coulisses de l’agro-alimentaire et des hyper-surfaces. La Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) s’est ainsi insurgée en faux contre cette affirmation. Elle rappelle ses vertus et soutient que la grande distribution « fait déjà énormément pour lutter contre le gaspillage et qu’elle est aujourd’hui déjà le premier donateur aux associations avec l’équivalent de 120 millions de repas distribués par an».  Selon Mathieu Pecqueur, le directeur agriculture et qualité en charge de lutte anti-gaspillage à la FCD, la grande distribution française  « gaspille peu et ne représente qu’entre 5 et 10 % du gaspillage au niveau alimentaire ». Qui sont les autres coupables ? M. Pecqueur ne nous le dit pas.

L’AFP précise qu’un rapport remis en avril par l’ancien ministre Guillaume Garot a montré que si les chiffres varient selon les sources (ministère de l’Écologie, UE, missions…), la grande distribution arrive loin derrière les particuliers et la restauration en termes de gaspillage alimentaire. Elle gaspille entre 562 et 750 kilotonnes par an, contre 1 080 pour la restauration et entre 2 212 et 6 323 pour les ménages.

Economie ménagère

Mme Royal n’a pas abordé cet aspect (privé et honteux) du sujet.  « Je ne vais pas en rester là, a assuré la ministre de l’Écologie. Je vais donc réunir dans les dix jours qui viennent les grandes surfaces pour les mettre devant leurs responsabilités. Je vais leur demander, et c’est l’opinion publique qui jugera, de signer un contrat avec la ministre de l’Écologie que je suis pour s’engager à changer leurs pratiques. Il vaut mieux finalement de bonnes pratiques, parce que c’est plus rapide, que des lois qui vont mettre du temps. »

Pourquoi Ségolène Royal ne va-t-elle pas plus loin ? Pourquoi ne réunit-elle pas les représentants de la restauration ? Pourquoi ne s’adresse-t-elle pas directement aux citoyennes et citoyens de l’économie ménagère ?

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Vincent Lambert : il serait «à nouveau nourri par la bouche». Une nouvelle vidéo est annoncée

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Les règles de la tragédie sont respectées. La dernière scène en date est à lire dans L’Union, le quotidien régional de Reims (Grégoire Amir-Tahmasseb). Les parents de Vincent Lambert, opposés à l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation de leur fils, ont fait une annonce le vendredi 26 juin : ils ont déposé un recours en révision devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Ils affirment que leur fils a « recommencé ces derniers jours à manger et boire par la bouche », ce qui constitue, toujours selon eux, un « élément nouveau et décisif » qui « commande la révision des décisions qui ont été rendues »

Nous avions évoqué pour notre part évoqué cette situation le 18 juin dernier : « Vincent Lambert : que diraient ses juges si ce malade pouvait être ‘’nourri à la cuillère’’ » ?

Compote et crèmes dessert

Ce n’est pas tout : les parents devraient également déposer, dans les prochains jours, un recours devant le Conseil d’Etat. L’annonce en a été faite sur iTélé par Me Jérôme Triomphe, l’un de leurs avocats. Un autre élément est annoncé : une nouvelle vidéo a été tournée. Selon Me Triomphe elle « démontre que Vincent Lambert peut manger par la bouche … il déglutit la compote ou les crèmes dessert ainsi que l’eau … ce qui n’avait jamais été tenté par le CHU depuis sept ans ».

Le réflexe de déglutition serait donc bien là, et la sonde gastrique superflue. Me Triomphe met aussi en cause les contradictions existant dans les déclaration officielles de Marisol Touraine, ministre de tutelle du CHU (1) ainsi que le Dr Bernard Devalois, pour ses dernières prestations  dans les médias.

Le 10 juin, après la diffusion de la première vidéo, interrogé par BFM-TV, le Dr Bernard Devalois, chef de l’unité de soins palliatifs de Pontoise, s’était dit « absolument scandalisé » par la diffusion de cette vidéo, dénonçant une « manipulation politico-religieuse ». Selon lui, les images « ne montrent rien d’autre que le même patient sur lequel on s’était penché il y a plusieurs mois ». Or, selon Me Triomphe le Dr Devalois « a refusé d’aller voir Vincent ».

 « Lambert contre France »

 Selon le règlement de la CEDH, une personne peut saisir la Cour et lui communiquer une demande en révision d’un arrêt dans le cas où « un fait qui, par sa nature, aurait pu exercer une influence décisive sur l’issue d’une affaire déjà tranchée et qui, à l’époque de l’arrêt, était inconnu de la Cour et ne pouvait raisonnablement être connu d’une partie ». La CEDH va examiner, dans les prochains jours, cette demande en révision et dire si elle l’écarte ou si elle y fait droit.

Dans leur communiqué, les avocats des parents font par ailleurs état d’une « incroyable erreur de droit » commise par la CEDH dans l’arrêt « Lambert contre France » conduisant à « une erreur de raisonnement juridique ». A Strasbourg, on admet une « erreur purement matérielle d’écriture ». On assure que celle-ci a déjà été « rectifiée » et que cela n’a « aucun impact sur le fond de l’affaire ».

Les règles de la tragédie sont respectées.

A demain

(1) L’un des avocats des parents de Vincent Lambert (Me Jean Paillot) assurait le 18 juin que Marisol Touraine, ministre de la Santé avait déclaré (le mardi 16 juin au Sénat -lors de l’examen de la proposition de loi sur la fin de vie) que Vincent Lambert « n’était pas en fin de vie » et que « l’expression de (sa) volonté (à refuser l’acharnement thérapeutique) fait l’objet d’interrogations et de débats ». Mme Touraine ne s’est pas, depuis, exprimée sur le sujet.

Vincent Lambert : ce regard que le CSA aurait aimé censurer sur huit chaînes de télévisison

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A quoi sert au juste le CSA, ce « gendarme de l’audiovisuel » ? C’est une question qu’habituellement on ne se pose guère. Qui, d’ailleurs, sait en France ce qu’est le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ? Et, d’ailleurs, qu’est-ce que l’audiovisuel au temps du numérique ? Le CSA fait songer à l’ORTF. On l’imagine en noir et blanc, faisant la part du grain et de l’ivraie. Les antiques ciseaux, jamais rouillés, de la censure. Mieux, ceux de l’autocensure, de la peur du gendarme. C’est le carré blanc pour les petits enfants à l’époque de l’i-phone.

Mimiques

On se souvient de la vidéo du visage de Vincent Lambert – et des émois qu’elle suscita. Ce qu’on voulut lui faire dire et qu’elle ne disait pas. Pour beaucoup ce fut la découverte d’une réalité : les personnes en état végétatif chronique ne sont pas des corps rivés à des machines. Cela ne change rien à leur degré de conscience mais cela n’en fait nullement des morts-vivants. Ils ont des yeux ouverts, des cycles veille-sommeil et comme des mimiques qui n’en sont pas mais que l’on se plait à interpréter. Dans un sens ou dans un autre. Ce sont d’ailleurs ces mimiques, ces comportements réflexes qui furent interprétés comme « des refus de soins » – interprétation qui conduisit à la décision d’un processus de fin de vie – le début de la tragédie que l’on suit.

La diffusion de cette courte vidéo, sur les réseaux sociaux souleva la question de son exploitation par les chaînes de télévision. Conférences de rédaction…  interrogations sur la concurrence…  appels des directions… consultations des services juridiques…  l’impasse… le floutage… l’intégral … Chaque chaîne fit comme elle put, comme elle crut devoir faire, se contredisant parfois à quelques heures de distance.

Intimité

Aujourd’hui 18 juin le CSA agit. Huit jours plus tard. Il vient de faire savoir qu’il a « mis en garde » BFM TV, LCI, M6 et TF1. « La diffusion de ces images de M. Vincent Lambert sans consentement préalable et sans floutage constitu(e) une atteinte à l’intimité de sa vie privée et à son image » fait valoir, dans sa sagesse désuète  le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ce n’est pas tout : le CSA a également adressé un « courrier » à Canal+, France 2, France 3 et i-Télé – qui ont, eux, flouté le visage de Vincent Lambert. Le gendarme leur rappelle « que la diffusion de telles images sans consentement préalable était de nature à porter atteinte à l’intimité de la vie privée ».

Le gendarme de l’audiovisuel avait été saisi le 10 juin. Par qui ? On rappellera, ici, que ce sont des proches du malade, réunis en « comité de soutien » qui sont à l’origine de cette initiative.  On y voit le malade sur son lit d’hôpital, les yeux mi-clos ; une main plaque à son oreille un téléphone portable qui diffuse la voix de sa mère venant d’apprendre la décision de la CEDH le concernant. Un autre plan serré montre son demi-frère David en train de lui parler, penché à quelques centimètres de son visage alors que le patient cligne des yeux et semble du regard. « Cette vidéo piétine sa dignité et son droit à l’image, c’est de la manipulation intellectuelle en jouant sur l’émotion », avait alors réagi le Dr Éric Kariger, l’ancien médecin de Vincent Lambert.

Excuses

Et maintenant ? La « mise en garde » est le premier niveau d’avertissement du CSA avant la « mise en demeure ». En cas de récidive, après une « mise en demeure », le CSA peut décider (dans de très rares cas) de « sanctions », comme la suppression d’une tranche de publicité, la lecture d’un « communiqué d’excuses » lors d’un journal télévisé. Voire une amende. Les plus âgés songent immanquablement, ici, à un sketch de Coluche concernant les sanctions pouvant frapper les policiers et la maréchaussée.

Qui contrôle le CSA ?

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Alcoolisme et loi Macron: un amendement girondin embarrasse le gouvernement socialiste

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Par un étrange retournement de situation voici que le projet de loi porté par Emmanuel Macron, ministre de l’Economie du gouvernement socialiste embarrasse au plus haut point ce même gouvernement. Au point que dans la matinée de ce 8 juin trois poids lourds viennent de monter en première ligne : Marisol Touraine, ministre de la Santé, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement et Claude Evin ancien ministre de la Santé.

C’est une fraction de la loi qui porte son nom qui semble menacée par un amendement sénatorial à la loi Macron dite « de simplification ». Claude Evin s’en est dit très inquiet dans Le Parisien.

Ne pas alléger

Marisol Touraine en appelle à « ne pas changer la loi » Evin encadrant la publicité pour l’alcool alors que l’amendement sénatorial entend la simplifier, l’alléger, en assouplir quelques contraintes. Il y a urgence à donner de la voix dans les médias : cette disposition doit être examinée aujourd’hui même en commission par l’Assemblée nationale dans la journée dans le cadre du projet de loi débattu en deuxième lecture.

Mme Touraine :

« Je veux dire mon incompréhension et ma préoccupation face à l’amendement qui remet en cause la loi Evin (…)  chacun à prendre ses responsabilités, c’est-à-dire à ne pas changer la loi (…)  la loi Macron ne peut pas servir à détricoter les politiques de santé publique ».

Stéphane Le Foll :

« Il faut faire très attention aux équilibres de la loi Evin. Dès qu’on rouvre ce débat, quelles sont les limites qu’on met ? Dès qu’on touche à ces  équilibres, on peut avoir des débats qui risquent d’aller beaucoup plus loin que ce qu’on souhaite ».

Visuels encadrés

L’amendement est le fruit des cogitations du sénateur (Les Républicains, Gironde) Gérard César propose de différencier information et publicité sur l’alcool. Aujourd’hui la publicité sur l’alcool est possible mais encadrée. « La loi de 1991 encadrait les ‘’pubs’’ en précisant ce qui pouvait être dit: on ne pouvait alors que nommer le vin, dire le degré d’alcool, le nom et l’adresse de l’exploitation, etc.  réexplique Claude Évin. Les visuels acceptés étaient très précis. »

Le girondin Gérard César propose désormais de différencier information et publicité sur l’alcool. « Je ne fais que préciser certaines choses, pour qu’à l’avenir on puisse bien faire la différence entre communication et publicité sur l’alcool» dit-il.

Avec cette nouvelle mesure, deux critères seraient rendus nécessaires pour attaquer en justice une publicité incitant à la consommation d’une boisson alcoolique.  Il faudra prouver que la personne fait la promotion de l’alcool, mais également que cette communication est « susceptible d’être perçue comme un acte de promotion par un consommateur d’attention moyenne ».

Gironde unie

La Gironde, ici, est unie. Gilles Savary est député socialiste de ce département. Il vient de dénoncer, dans un communiqué, la « surréaction du lobby hygiéniste » à l’amendement voté au Sénat.

Gilles Savary:

« Cet amendement ne remet nullement en cause ni l’esprit ni la lettre de la loi Évin, mais vise à éviter que, dans notre pays, dont la tradition viticole ancestrale s’est fortement imprimée dans la culture, et désormais dans notre économie et dans les rares succès de notre commerce extérieur, il devienne risqué pour un journaliste, un cinéaste ou un romancier d’évoquer nos produits vinicoles ou d’y faire référence. Alors que des jugements récents invitent à l’autocensure, ce n’est pas faire offense à la loi Évin ni à la lutte contre les ravages sanitaires de l’abus d’alcool que la représentation nationale prenne ses responsabilités et fasse son devoir élémentaire en précisant la loi sur ce point précis. »

Avant le binge

«Dans les faits, réunir les deux critères sera impossible!  assure Claude Évin. Le marché de la publicité pour l’alcool est énorme, notamment pour les bières et les alcools forts, a déclaré Claude Evin sur iTélé. On va voir réapparaître des publicités telles que nous les avions avant 1991. »

Des publicités d’avant l’épidémie de binge drinking, où le vin n’a guère voix au chapitre publicitaire – à la différence de la bière et des 40°. De la réclame à l’ancienne, celle d’avant le « projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques ».

A demain

L’affaire Courjault revisitée dans le Bordelais. Cinq nouveau-nés congelés. Pourquoi ?

Bonjour

Avec l’éclipse le déni de grossesse est à la Une. Et dans les deux cas nous revoici aux frontières de l’invisible, du voilé, des abymes. Déjà, sur les ondes, les spécialistes de l’inconscient commentent ce que seuls les gendarmes et les légistes de Bordeaux verront. Ce que le compagnon, les autres enfants, la famille, les proches n’ont pas vu. Déjà on se dispute. N’ont pas vu ou n’ont pas voulu voir. Examen de conscience collectif. Psychanalystes contre somaticiens.

Vie privée

Nous sommes ici dans l’ombre de l’affaire Courjault. Il y a neuf ans Jean-Louis Courjault, ingénieur tourangeau expatrié à Séoul découvrait les corps de deux nouveau-nés dans son congélateur. Sa femme, Véronique était écrouée le 12 octobre 2006 à Tours. Elle avouera un autre cas pratiqué en 1999, en Charente-Maritime. Condamnée à huit ans d’emprisonnement en juin 2009 par la cour d’assises d’Indre-et-Loire elle a été libérée en mai 2010. «Elle souhaite vivre au calme et si sa vie privée était violée, elle attaquerait en justice», avait alors prévenu son avocate Me Hélène Delhommais. Quatre ans de sa vie en prison. Cinq ans déjà. (1)

Bourgade tranquille

Aujourd’hui nous sommes dans le Bordelais.  « Macabre découverte  dans une maison de la campagne bordelaise avec cinq corps de bébés retrouvés dans un sac isotherme et un congélateur dans ce qui semble être la plus grave affaire d’infanticide en France depuis cinq ans » résume l’Agence France Presse. L’information, cette fois a été donnée par iTELE.  Les corps des cinq bébés ont été retrouvés dans une maison de Louchats (Gironde), une tranquille bourgade de 700 habitants à une cinquantaine de kilomètres au sud de Bordeaux, dans la forêt des Landes, a-t-on indiqué à l’AFP de source proche du dossier, confirmant l’information de la chaîne de la télévision continue.

Isothermie

En quelques heures tout est sur les ondes. Un premier corps de nouveau-né retrouvé le 19 mars, à l’aube, par le compagnon de la mère dans un sac isotherme, dans la maison familiale, avait-on indiqué à l’AFP en début de soirée de source proche de l’enquête, confirmant alors une information de Sud Ouest.  Puis les gendarmes ont «découvert vers 19H55 au cours des perquisitions quatre autres corps de bébés en plus du nouveau-né retrouvé en début de matinée», a-t-on indiqué de source proche du dossier. Ces quatre derniers corps se trouvaient dans un congélateur.

Comprendre ? La mère est âgée de 35 ans. Elle a «vraisemblablement accouché seule à son domicile». Elle a été hospitalisée au Centre hospitalier universitaire (CHU) Pellegrin à Bordeaux. Elle y subirs «des examens gynécologiques » et des « examens psychiatriques». Elle «ne semble pas à ce stade avoir eu d’antécédents de troubles psychologiques». A ce stade.

Oxygénation

Mais encore ? Son compagnon est âgé de 40 ans. Il a été placé en garde à vue. «Il est totalement abattu, affirme son incompréhension et n’a pas encore été informé de la découverte des quatre autres corps», ajoute la  même source, unique, de toutes ces informations.  Des autopsies seront  pratiquées, vendredi 20 mars. Il s’agit de pour déterminer si les bébés ont, ou non, respirés. Où l’on reviendra, immanquablement sur le code pénal est sa définition en marbre du début de la vie. Puisque la vie n’est rien d’autre qu’une oxygénation forcée.

Agricoles

Ce couple a deux filles âgées de 13 et 15 ans. Les premiers éléments de l’enquête indiquent qu’il travaillait, dans le milieu agricole, et qu’il menait une vie normale. Les habitants de Louchats (Gironde) doivent s’attendre à voir des caméras de télévision. Personne ne les oblige à répondre aux questions. Véronique Courjault sera-t-elle sollicitée par RMC-BFMTV ?

A demain

(1) Voir ici le dossier de Slate.fr sur l’affaire Courjault

Grèves : les médecins dénoncent désormais la surdité de Marisol Touraine. Et « Le Monde » leur donne (en partie) raison

Bonjour

Plus qu’un dialogue de sourds, une incapacité à se parler. En ce lendemain de Noël, un nouveau communiqué de son service de presse :

Suivi quotidien

« A la suite des appels à la grève lancés par des organisations représentant les médecins libéraux pour la période des fêtes de fin d’année (du 23 au 31 décembre 2014), Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes s’assure que la continuité et la permanence des soins soient garanties. Un suivi quotidien est réalisé depuis le 23 décembre, tant au niveau national qu’au niveau de chacune des agences régionales de santé, pour vérifier que l’offre de soins est assurée.

A ce jour, aucune difficulté particulière dans la prise en charge des malades n’a été signalée sur l’ensemble du territoire. Les taux de fréquentation des services d’accueil des urgences sont stables par rapport à ce qui a été observé pendant la même période les précédentes années (…).

Marisol Touraine rappelle la vigilance de l’ensemble des services du ministère pendant cette période et sait pouvoir compter sur le sens des responsabilités des professionnels de santé engagés chaque jour au service des patients. »

Cela risque de déborder

Les meneurs de la grève avaient-ils anticipé cette absence de difficultés ? Ils annoncent désormais que leur grève pourrait bien aller au-delà du 31 décembre – te ce du fait de la « surdité » du gouvernement. « Cette grève normalement s’arrête le 31 décembre. Mais on sait que ça va durer, on sait que ça va être obligé de durer. On est en face d’un ministère qui est particulièrement sourd, menace ainsi sur RTL Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF) ? Le gouvernement prétend vouloir renégocier, mais lors des négociations qui se sont déroulées la semaine dernière, on nous a ressorti le même texte qu’au mois de juillet, sans modification d’une virgule. »

Pour sa part la CSMF souligne (en dépit des observations des services de Marisol Touraine)  que la grève est « particulièrement suivie » avec « plus de 80 % de cabinets médicaux fermés ».

Editorial qui fait mal

En ce lendemain de Noël un éditorial du Monde qui, avec les pincettes  d’usage, donne (en partie) raison aux médecins grévistes. C’est-à-dire (en partie) tort à Marisol Touraine et au gouvernement Valls. Il n’est pas si fréquent  que ce quotidien entende les doléances des pauvres médecins libéraux (1) « convaincus d’être les mal-aimés de l’actuelle politique de santé ». Pour le quotidien « cette grève n’est pas qu’une affaire d’argent. Loin de là. » Extraits :

«  Elle traduit l’inquiétude d’une profession qui ne sait plus très bien quel rôle les pouvoirs publics souhaitent lui voir jouer dans le système de santé. D’un côté, on répète à la médecine libérale qu’elle représente l’avenir, avec sa souplesse et son faible coût de structure, et qu’elle doit aider à désencombrer les urgences. De l’autre, on lui envoie des signaux négatifs. Un des premiers gestes de Mme Touraine a ainsi été de s’attaquer aux dépassements d’honoraires des médecins libéraux. Puis, à la veille du mouvement de grève actuel, elle a donné satisfaction… aux urgentistes.

Privilèges

A trop privilégier l’hôpital public, Mme Touraine donne aux médecins libéraux le sentiment d’un deux poids deux mesures en leur faisant porter une large part des efforts de rigueur. Une mesure cristallise leur mécontentement : la généralisation du tiers payant. Mme Touraine a fait de cette dispense d’avance de frais pour le patient la  » colonne vertébrale  » de sa loi.

Les médecins estiment qu’elle risque de conduire à une inflation du nombre des consultations, à une hausse chronophage de leurs tâches administratives, pour se faire rembourser par les mutuelles, et à une forme de soumission à la Sécurité sociale. Ils craignent que le tiers payant généralisé ne devienne l’instrument d’une rationalisation des soins, voire d’une fonctionnarisation. Le tiers payant est pourtant la règle dans la plupart des pays européens.

Inquiétude

Leur inquiétude mérite toutefois d’être entendue. Mme Touraine doit apporter la garantie que les médecins seront payés en temps et en heure, sans que le temps passé avec les malades en soit affecté (les deux tiers des généralistes n’ont pas de secrétariat et assurent eux-mêmes des tâches non médicales).

De leur côté, les médecins doivent accepter qu’un meilleur accès aux soins passe aussi par ce dispositif. Une loi de santé n’est pas faite que pour les médecins, elle l’est d’abord pour les patients. »

Au-delà de la rhétorique empruntée (en partie) aux jésuites le message est clair : Marsisol Touraine manque cruellement de souplesse politique.

Bernard Debré

En ce lendemain de Noël, sur l’autre versant du spectre, une voix assez connue se lève. Une voix politique, anciennement hospitalo-universitaire : celle du député (UMP, Paris) Bernard Debré. Il avait déjà affiché son soutien aux grévistes. Aujourd’hui,  sur i>Télé il appelle à la suppression de ce « mauvais » projet de loi -Santé. « Il a déjà été repoussé, il devait passer à l’Assemblée nationale en janvier, maintenant c’est en avril, peut-être en mai. Il faut arrêter, réclame-t-il. On ne peut pas réformer sans l’accord des médecins. »

L’exact symétrique, en somme,  de l’éditorial du Monde. Et (en partie) une conclusion identique.

A demain

(1) Le quotidien précise que le « revenu annuel moyen brut d’un généraliste est de 76 600  euros et celui d’un spécialiste de 121 000  euros ». « Ces revenus concernent toutefois des professionnels qui ont accompli une dizaine d’années d’études, et restent inférieurs de 25  % à 30  % à ceux de leurs homologues européens, ajoute-t-il. Une revalorisation a déjà eu lieu, depuis deux ans, grâce à la rémunération sur objectif de santé publique (ROSP). En  2013, les médecins généralistes ont touché 5 774  euros en moyenne de l’Assurance-maladie grâce à ce paiement à la performance – l’équivalent d’un treizième mois de salaire pour les généralistes. »