Patrice Chéreau, « le dernier mot »

Peu avant sa mort le célèbre metteur en scène avait accordé un entretien. Dans le cadre d’une opération publicitaire et culturelle. Pour le supplément de luxe d’un journal économique. Ses dernières phrases sont formidables. Les voici.

La mort de Patrice Chéreau, 68 ans, a beaucoup fait parler. Beaucoup fait écrire. Jusqu’à des tweets ministériels que l’on aimerait oublier (mémoire-blog). On a pu a cette occasion apprendre que le premier essai cinématographique (1975) de cet homme de théâtre avait concerné un des plus beaux polars de James Hadley Chase. La suite de l’absence des orchidées de miss Blandish qui lui-même atteignait des sommets inégalés.

Dans Paris-Match le choc vient d’un cliché de Chéreau au bras d’Isabelle Adjani. Tous deux souriants. Tous deux en tenues de gala. Tous deux avec le ruban rose du sida. Ils sont villa Gould à Cannes. Ils célèbrent « le triomphe de la Reine Margot. » C’était il y aura demain vingt ans. Le virus était en France depuis treize ans déjà. On croit aux chiffres ou on n’y croit pas.

On redécouvre par le plus grand des hasards le metteur en scène dans une voiture de première du TGV Tours –Paris. Il est à la dernière page d’un supplément de luxe laissé par un voyageur imaginé fortuné. La livraison  d’octobre 2013 du numéro 125 de « Série Limitée ». « Série Limitée » est le supplément de luxe du quotidien économique Les Echos. C’est dire pour qui il est élaboré. On y marche sur du velours, on y boit des nectars, on rêve de dépenser autrement son trop plein d’argent.

Roulements à bille

La dernière page est sponsorisée par une célèbre entreprise spécialisée dans le temps qui fuit. Une entreprise de ressorts et de roulement à billes qui fait dans le « mentorat artistique ». Une entreprise dont on se doit de posséder assez vite un objet ; faute de quoi on peut toujours se suicider.

On trouvera ici la page en question. Elle a pour têtière « Le dernier mot ».

Voici la réponse de Patrice Chéreau à l’avant-dernière question :

« Sans mes parents, sans leur amour de la peinture et leur éducation, qui n’avait aucun rapport avec celle de l’école, je ne serais pas devenu ce que je suis. »

Et voici sa réponse à la dernière :

« On ne peut pas prévoir. Dans notre métier, quand un spectacle ou un film se termine, on se dit toujours : « Revoyons-nous ! », et parfois ce désir est sincère. Mais la vie s’en mêle et, souvent, les retrouvailles n’arrivent jamais. Il convient donc de ne rien promettre. »

Certains y verront le hasard. D’autres la fatalité. Ou la prémonition. Patrice Chéreau est mort d’un cancer. Il avait soixante-huit ans.