A savoir : Agnès Buzyn «en a marre» d’être cantonnée à son champ de compétences

Bonjour

Quand le moment du bilan sera venu, voilà un portrait qu’il faudra retrouver: « Buzyn, la ministre qui veut se ‘’lâcher’’ ». Signé d’Anna Cabana on le trouve dans le Journal du Dimanche. Etrange portrait qui vient au terme d’un très long dossier consacré aux « vrais chiffres » des hôpitaux et maternités qui ont fermé, ce sous-chapitre des déserts médicaux, aiguillon des Gilets Jaunes.

Portrait peu banal, donc, d’une ministre longtemps tenue pour idéale et dont on découvrirait (à l’Elysée) qu’elle serait notablement sous-employée. « Profil rassurant », certes, mais ne parvenant pas à imprimer dans les médias – à la différence notable de Marlène Schiappa, 36 ans. « Aux yeux des journalistes 1, les sujets n’existent que s’ils sont polémiques, dit-elle. Je ne parle pas fort et je ne suis pas clivante. » Et quand elle cherche à « cliver » c’est souvent une opération ratée.Comme quand elle a « forcé le trait » vis-à-vis de François-Xavier Bellamy, 33 ans, (tête de liste des Républicains aux élections européennes) accusant ce dernier « d’être hostile à la contraception » quand il s’est déclaré personnellement opposé à l’IVG.

« A cogner trop fort on prend le risque de disqualifier son indignation, non ? demande la journaliste. ‘’Je suis très spontanée, je ne calcule pas sur qui je vais cogner ni quand, répond-elle. Un peu comme le président de la République qui parfois se lâche et dit ce qu’il pense’’ (sic). » Et de revenir sur le cas François-Xavier Bellamy qu’elle qualifie cette fois d’ « archaïque ».

Parler tous les jours de la grippe et des urgences

Portrait en rupture d’une femme que « l’on ne saurait soupçonner d’être hypocrite » et qui entend désormais ouvertement faire de plus en plus de « politique ». « J’en ai marre qu’on me cantonne uniquement à mon champ de compétences, ose-t-elle déclarer à la journaliste. Je veux bien parler tous les jours de la grippe et des urgences mais je suis engagée sur tous les  sujets (…) On a besoin d’un récit collectif. Je veux pouvoir m’autoriser à parler de tout. »

Elle le dit aussi autrement. Elle souhaite désormais « faire de la politique et [se] lâcher » (sic). Est-ce dire que faire de la politique c’est, consubstantiellement, sortir de son champ de compétences ? Et si oui à quelles autres fins que le seul exercice du pouvoir ?

Et puis retour à la modestie : «  Je ne sais pas si le président de la République a eu raison de me faire confiance en mai 2017 ». Avant de menacer et de prendre le risque de se vanter avec une phrase à l’emporte-pièce : « Je suis extrêmement tenace, je ne lâche rien et je gagne à la fin ». Agnès Buzyn gagnera-t-elle à la fin ? Sur quels tableaux ? Le moment du bilan venu c’est un portrait qu’il faudra retrouver.

A demain

@jynau

1 Cette interrogation de l’historien Patrick Boucheron dans le même Journal du Dimanche (propos recueillis Marie-Laure Delorme) : « Comment en est-on arrivé à ce que les journalistes soient perçus comme des nantis et des ‘’chiens de garde’’ de l’Etat, au mépris de toute sociologie réaliste de l’exercice de leur métier ? » Il est peu vraisemblable que « les journalistes » soient, ici, capables d’apporter une réponse objective. Qui le pourra ?

 

Gilets Jaunes : petites colères montantes de la France dépendante «des clopes et du diesel» 

Bonjour

En 2019, c’est promis, des sociologues nous éclairerons enfin sur les véritables racines du phénomène étrange que nous traversons. Sur cette colère multiforme, ces violences, cette détestation soudaine d’un président hier adoré, cette fracture d’une France qui ne se reconnaît plus. Et restera un chapelet de mots : « jactance », « carabistouilles », « moratoire », « entourloupe », « intelligence et subtilité », « mabouls ». Un chapelet auquel il faudra ajouter « clopes et diesel ».

Ce fut un mot de Griveaux voulant salir Wauquiez. Benjamin-Blaise Griveaux, 41 ans, est porte-parole macronien du gouvernement. Laurent Wauquiez, 43 ans est  président de Les Républicains (LR).

Benjamin-Blaise Griveaux au JDD: «Wauquiez, c’est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel.» Uns saillie méprisante analysée par David Desgouilles 1 dans Le Figaro : « Le mépris sidérant de Griveaux pour les «gars qui fument des clopes et roulent au diesel » (Paul Sugy).

« Si j’étais un député LREM de province, je maudirais Benjamin Griveaux. Voilà qui renforce en effet cette impression de mépris des villes-monde pour tout ce qui ne vit pas dans une grande métropole (…) Il y a un an, Emmanuel Macron déplorait en des termes outranciers le manque de mobilité d’ouvriers creusois qui auraient pu trouver du travail à deux heures de route (…) Le sujet est inflammable (…) Emmanuel Macron aurait tort de traiter ce dernier par le mépris et d’y appliquer la vision binaire ‘’progressistes contre nationalistes’’. Car, même s’il n’a pas enregistré des scores faramineux lors du premier tour de la présidentielle dans cette France périphérique, il risquerait de s’y faire complètement haïr, tant la problématique de la voiture y est centrale. »

« Si Laurent Wauquiez était le candidat des gens qui roulent au diesel (je laisse de côté l’aspect moralisateur sur le tabac), il ne serait pas loin de l’Élysée. Or, la sociologie électorale de LR, ce n’est pas les ouvriers et employés qui vont au boulot chaque jour et doivent emprunter leur véhicule diesel, c’est plutôt les retraités qui roulent peu (…) Cette France-là a besoin de protection, pas de diminution à la hache des effectifs des services publics. Mais peut-être Benjamin Griveaux souhaite-t-il par cette pression décourager Wauquiez d’aller à la conquête de cet électorat-là. Et laisser ce dernier au RN, validant le clivage mortifère progressistes-nationalistes dans lequel il souhaite enfermer la vie politique française. »

Sur la ligne de grande banlieue Paris/Meaux/Château-Thierry,

Voilà pour le diesel. Et les « clopes » ? Un symptôme édifiant des clivages du pays et des révoltes montantes nous est donné par  France Bleu Paris (Louis-Valentin Lopez). « Des mégots écrasés sur le sol, des paquets vides … Ce n’est pas un fumoir, mais le dernier wagon de la ligne P du Transilien reliant Paris à Château-Thierry dans l’Aisne. Malgré le renforcement des contrôleurs, les ‘’wagons fumeurs’’  ne sont pas en voie de disparition.

« On a beau être une grande entreprise publique de transports … On a beau avoir appliqué, scrupuleusement et avant la lettre, l’interdiction de fumer dans les lieux publics … On a beau avoir des agents de sûreté ferroviaire qui patrouillent régulièrement, écrivait il y a deux ans le site des buralistes français. Et bien, sur la ligne de grande banlieue Paris/Meaux/Château-Thierry, le wagon de queue est squatté régulièrement par des jeunes qui, par provocation ou non, trouvent cela normal d’y fumer … Les PV, ils s’en moquent et les opérations anti-fumeurs aussi. »

 Deux ans plus tard les contrôleurs franciliens ont  la ligne P en ligne de mire. Mercredi 19 décembre, une opération de contrôle a été menée mobilisant pas moins d’une soixantaine d’agents de la Sûreté ferroviaire ainsi qu’une dizaine de policiers municipaux et nationaux. En trois heures, 51 procès-verbaux ont été dressés avec pour motif : « violation de l’interdiction de fumer ».

« Les passagers connaissent les risques encourus ainsi que le prix de l’amende (68 euros), mais ils ont appris à esquiver les contrôles, rapporte France Bleu. Depuis 2017, la tâche s’est compliquée pour les fraudeurs : « nos agents de la sûreté ferroviaire peuvent verbaliser, faire descendre les passagers du train », signale Christophe Lallot, directeur adjoint de la zone Sûreté Ile-de-France Nord-Est. Des agents en civil peuvent être présents et contrôler dans les gares. Pour autant, ils ‘’ont besoin des services de police pour finaliser les procès-verbaux ou encore sécuriser les adresses’’. Cette année sur la ligne P, plus de 1 600 procès-verbaux ont été dressés, dont presque 700 pour violation de l’interdiction de fumer. »

 La France des clopes et du diesel ? On peut le dire autrement : la France dépendante du tabac et des carburants.

A demain

@jynau

1 Chroniqueur à Causeur et au Figaro Vox, David Desgouilles signe aussi des billets d’humeur dans le Figaro Magazine. Il a publié en juin 2015 « Le Bruit de la douche », aux éditions Michalon. Puis « Dérapage » (éd du Rocher 2017) A paraître « Les vaincus » (éd du Rocher 2019). Présentation de « Dérapage » :

« Lors d’un débat télévisé, le chroniqueur Stéphane Letourneur, croyant son micro coupé, adresse une remarque graveleuse à une femme politique. Cruelle erreur ! La meute des internautes se déchaîne, il devient l’homme à abattre sur les réseaux sociaux. Quelques jours plus tard, Nicolas Sarkozy est victime d’un enlèvement, alors qu’il fait du vélo dans la montagne varoise.

 « Une actu chassant l’autre, l’annonce du kidnapping de l’ancien Président tourne en boucle sur les chaînes d’info. Une aubaine pour Letourneur, enfin délivré de la traque dont il était la cible, et qui a trouvé refuge dans un petit village jurassien. Mais le calme ne dure pas… Quel est ce groupe de personnes au comportement étrange installé dans la propriété voisine ? Pourquoi semblent-ils si méfiants ? Quel rôle joue Pauline, consœur  journaliste de Letourneur ? Une politique-fiction haletante et magistralement orchestrée. »

 

 

 

PMA « pour toutes/sans père » : l’affaire se politise tandis que l’atmosphère s’électrise

Bonjour

Informations politiques exclusives, aujourd’hui, dans le Journal du Dimanche (Sarah Paillou). Où l’on en sait un peu plus sur les choix  de la majorité et du gouvernement macroniens quant aux modalités de l’ouverture de la PMA  aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Il est depuis peu acquis que la promesse du candidat Macron, figurera dans le projet de loi qui sera adopté au plus tard au début d’année prochaine. Qu’en sera-t-il des décisions concrètes et majeures qui en découlent – décisions en cours d’arbitrage. Le JDD précise qu’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé « se prononce sur les recommandations de Jean-Louis Touraine, le médecin rapporteur LREM de la mission d’information parlementaire – qui a terminé cette semaine ses auditions et qui présentera ses conclusions à la fin du mois. »

« Elle se dit notamment favorable à la reconnaissance préalable de la filiation des mères homosexuelles ayant recours à la PMA, mais s’interroge sur les modalités de l’ouverture de l’accès aux origines et veut rendre possible l’utilisation encadrée de gamètes post mortem. Agnès Buzyn souhaite aussi que la PMA pour toutes soit remboursée par la Sécurité sociale. Le terrain est politiquement miné, comme le rappelle Touraine : « Il ne faut pas humilier ceux qui sont contre l’ouverture de la PMA. Ce n’est pas la peine, comme l’ont fait ceux qui voulaient le mariage pour tous, de traiter les opposants d’homophobes intolérants. Ce qui compte, c’est le résultat. » Le député du Rhône compte sur la future commission de députés et sénateurs de tout bord, voulue par le chef de l’État, pour « apaiser le débat ». »

Apaiser le débat ? Après la prise de position argumentée, dans Le Figaro,  des cinq ténors parlementaires LRM  contre cette ouverture  voici que vingt sénateurs publient à leur tour une tribune indignée dans Valeurs actuelles pour s’opposer à la légalisation de cette extension. « Il ne s’agit plus de lutter contre une quelconque infertilité due à une pathologie, mais de satisfaire à tout prix un ‘désir d’enfant’, écrivent-ils. On prend ainsi le risque de faire perdre à la médecine son aspect curatif, d’instituer une sorte de ‘droit à l’enfant’ pour les parents, et de créer délibérément des orphelins de père ». Et ce au nom d’un « progressisme béat » qui leur semble « dangereux pour l’humanité ».

Rétropédalant dans le temps et l’espace ils estiment que « l’assistance médicale à la procréation continue à poser de graves problèmes éthiques, notamment en ‘produisant’ des dizaines de milliers d’embryons ‘sans projet parental’ – dont beaucoup finiront en ‘matériau de recherche’ ». Et les vingt s’interrogent : « Est-ce digne de l’être humain ? Est-ce la nouvelle conception de l’humanisme ? ». Et de mettre en garde contre la « pente glissante » qui conduira immanquablement vers l’acceptation, tacite puis légalisée, de la GPA. En dénonçant la vaste campagne de publicité qui accompagne le livre du journaliste Marc-Olivier Fogiel, faisant la promotion d’un acte pourtant délictuel en droit français, sans que Mme Belloubet s’en émeuve ».

C’est dans ce contexte qu’Agnès Thill, député LREM insoumise, après avoir ouvertement déclaré qu’elle ne soutenait pas la « PMA pour toutes » à contre-courant de son groupe parlementaire, vient de prendre une nouvelle initiative. Elle s’est élevée contre un « café citoyen » organisé par une autre député pour « débattre de la PMA ». A cette occasion, elle a dénoncé l’existence d’« un puissant lobby LGBT à l’Assemblée nationale »Dans une lettre, Philippe Grangeon, délégué général de LREM par intérim, et Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée, ont recadré une nouvelle fois l’élue pour ses propos, lui signifiant que ce serait « la dernière ». Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a pour sa part qualifié les propos tweetés d’Agnès Thill d’ « absolument inacceptables ».

Et ensuite ?

A demain

@jynau

 

«Bébés sans bras» : que répondra Agnès Buzyn aux accusations du Journal du Dimanche ?

Bonjour

Où est la vérité vraie dans la bien étrange affaire dite des « bébés sans bras » 1 ? Quelle crédibilité accorder aux conclusions chiffrées – aux statistiques officielles de Santé publique France – aux déclarations ministérielles ? Autant de questions dérangeantes soulevées à la lecture, ce jour, du Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret).

Nous en étions restés à quelques acquis. A commencer par celui, ministériel, qui avait (pensions-nous) permis de dégonfler les abcès écologico-complotistes.  Ainsi, le 21 octobre, les propos plus que rassurants d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé dans «Le Grand Jury» de RTL : «  Quand il y a un registre qui cumule des cas pendant vingt-trente ans, si à un moment vous l’arrêtez, on ne peut plus le démarrer, vous perdez l’information. Quand on a un registre qui fonctionne, il ne faut surtout pas l’arrêter  ».

Avec François de Rugy, nouveau ministre de la Transition écologique, elle annonçait alors l’ouverture d’une nouvelle enquête. Le mariage entre des médecins « purs et durs » (Santé publique France) et d’autres, spécialistes de l’environnement, qui le seraient moins (Anses). Des « regards  croisés » pour calmer le jeu sinon pour dire le vrai. Applaudissement nourris sur les bancs politiques du militantisme écologiste. Mais aussi, de fait, désaveu public des « purs et durs ». Comment, en somme, crever l’abcès sans infecter ?

Menaces

Nous sommes sept jours plus tard. Avec un JDD qui, de facto, attaque Agnès Buzyn. La ministre avait laissé entendre que les menaces visant les « lanceurs d’alerte » lyonnais  (à l’origine de l’effervescence médiatique nationale sur ce sujet) étaient totalement infondées. Or le JDD affirme le contraire – assurant qu’Emmanuelle Amar,  directrice du registre des malformations en Rhône-Alpes (REMERA), venait de recevoir  sa lettre de licenciement. REMERA  : association type loi 1901 dont le financement est assuré par le biais de subventions publiques et confrontée à des problèmes de trésorerie. Ainsi, il y a quelques jours, sur son site :

« Le financement de REMERA est assuré chaque année par le biais de subventions de fonctionnement annuelles, issues conjointement de Santé Publique France (80 000 €), de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits (30 000 €), et de l’ARS (environ 40 000 euros). L’Inserm, qui participait au financement à hauteur de 8 % de son budget, a cessé son financement en 2018 au motif que le registre ne s’était pas soumis à une nouvelle évaluation, alors même que la dernière, réalisée en 2015, avait accordé la note B (bon) au registre (le registre s’est soumis à 3 évaluation en 7 ans). Le Conseil Régional Auvergne-Rhône Alpes a indiqué ne pas être en mesure de financer le registre en 2017 « en raison des baisses de dotation de l’Etat ». Pour 2018, le budget du registre n’est donc pas assuré.

« Ce budget inclut tous les salaires de l’ensemble du personnel, les charges sociales, les loyers, consommations eau, électricité, chauffage, achats de matériel, déplacements, téléphone et maintenance informatique, frais de gestion, ménage etc. Le registre ne dispose d’aucune aide financière ou en nature (pas de mise à disposition de locaux, de personnel, de documentaires). Un financement d’étude de 11 000 euros a été reçu de la part du laboratoire Galderma.

« La gestion comptable est assurée par un expert-comptable agréé, commissaire aux comptes, le cabinet RSM CCI Conseils, 2 bis rue Tête d’Or, 69006 Lyon. Les HCL interviennent uniquement dans la gestion financière du registre, pour les seules subventions qu’ils gèrent. Ils font l’avance des salaires du personnel, lié par contrat aux HCL, sous réserve des maintiens de subvention et de qualification du registre. »

Alertes

Et le JDD : « L’autoproclamée lanceuse d’alerte dans l’affaire des bébés sans bras de l’Ain, accusée par plusieurs épidémiologistes d’être une « irresponsable » manipulant l’opinion, sera au chômage en janvier. Emmanuelle Amar, la directrice du REMERA,  a reçu sa lettre de licenciement vendredi  [26 octobre]. La mesure, qui prendra effet le 31 décembre, frappe aussi cinq de ses collègues, tous salariés de l’association lyonnaise connue pour avoir révélé le scandale de la Dépakine. « Notre employeur, les Hospices civils de Lyon, n’a plus les moyens de débourser les 250.000 euros annuels qui permettaient de payer nos salaires et notre loyer, se désole Emmanuelle Amar. Je suis d’autant plus choquée qu’Agnès Buzyn avait annoncé dimanche dernier que le registre n’était pas menacé. »

On ajoutera que le JDD revient sur la crédibilité des travaux menés ici par Santé publique France – une agence qui, de fait, est aujourd’hui désavouée par les deux ministres qui l’ont en tutelle.

Où l’on voit, une nouvelle fois, comment l’étrange peut générer un désordre public – une déstabilisation face à laquelle l’exécutif montre, une nouvelle fois, son impuissance à calmer les angoisses montantes.

A demain

@jynau

1 Les «bébés nés sans bras», un scandale politique pour un mystère scientifique. Slate.fr  24 octobre 2018 à 8h34

 

 

Télémédecine remboursée : l’Ordre des médecins met en demeure Qare d’arrêter ses publicités

Bonjour

C’était le 16 septembre dernier. Dans le Journal du Dimanche, en page 15 : « Téléconsultations médicales. Satisfaits et remboursés ». Une pleine page de publicité achetée par Qare.

« Consultez un médecin en vidéoBénéficiez, depuis le 15 septembre 2018, des mêmes conditions de prise en charge et de remboursement que celles qui s’appliquent aux consultations en cabinet. Parlez en vidéo à un praticien en moins de 5 minutes, 7j/7 depuis votre ordinateur ou votre smartphone. Obtenez, si nécessaire, des ordonnances valables en France et dans toute l’Union Européenne. Vos données personnelles de santé sont stockées chez un Hébergeur Agréé de Données de Santé (HADS) et l’ensemble du service respecte le secret médical. »

Mieux encore :

 « Les Offres Qare. Choisissez la formule qui vous convient le mieux. Nos Offres sont sans engagement et résiliables en ligne à tout moment Nos offres incluent toutes vos consultations vidéo avec des médecins et des professionnels de santé francais (en illimité et sans coût supplémentaire) ainsi que la délivrance, si nécessaire, d’ordonnances en ligne valables en France et dans toute l’Europe, un carnet de santé sécurisé mais aussi des services de prévention et de suivi personalisés.  Voir les spécialités proposées par Qare »

 « Qare » ? Une jeune pousse qui montait avant de vouloir, soudain, grimper (voir les précisions données en février dernier par Capital).   Nicolas Wolikow, fondateur et patron de Qare expliquait que cette « solution innovante » avait un « coût ». « Compter 29 euros par mois pour une seule personne, 49 euros pour toute la famille (conjoint et enfants), sachant que les 30 premiers jours sont gratuits. Pas négligeable, mais il est ensuite possible de solliciter autant de consultation que l’on souhaite, sans frais supplémentaire. » En février aucune prise en charge par une mutuelle ou la Sécurité sociale n’était possible. « Mais nous nous battons pour cela et suivons de près les discussions entre l’assurance maladie et les professionnels de santé qui viennent de s’ouvrir sur le sujet » confiait Nicolas Wolikow. Gagné, donc, pour cette start-up soutenue par Kamet Ventures, un fonds d’investissement appartenant à l’assureur Axa et qui avait levé 8,5 millions d’euros en 2017.

Fallacieux

Gagné ? Il y eut d’abord Nicolas Revel, patron de l’assurance maladie :  « Il est formidable de voir que des publicités fleurissent sur des plateformes de téléconsultations commerciales en ligne, faisant croire que cela va être remboursé par l’assurance-maladie, alors que cela n’est pas le cas ! Nous allons continuer à communiquer pour dire que la télémédecine c’est entre un médecin et un patient qui se connaissent et se voient régulièrement (…) sinon pour moi c’est de la mauvaise médecine ».

Il y a aujourd’hui le Conseil national de l’Ordre des médecins qui « met en demeure la société Qare de faire cesser ses campagnes publicitaires ».

« L’Ordre des médecins se félicite de constater que téléconsultation et télé-expertise vont s’inscrire pleinement dans l’organisation de l’accès aux soins dans la proximité du patient et dans le respect du parcours de soins coordonné. Pour autant, l’Ordre entend maintenir clairement son engagement contre toute ubérisation du système de santé via des moyens numériques. Cette ubérisation porte en effet, en elle-même, un risque fondamental d’atteinte au principe de la solidarité sur lequel est fondé notre système de soins et d’assurance maladie. »

Pour l’Ordre des médecins téléconsultation et télé-expertise ne peuvent que s’inscrire dans l’organisation du système de soins français et dans le respect du parcours de soins coordonné. En conséquence il poursuivra ses engagements contre toute tentative de publicité commerciale et d’ubérisation du système de santé. Rappel :  « la médecine ne doit pas être exercée comme un commerce. Sont interdits tous procédés directs ou indirects de publicité (…) » ( article R.4127-19 du code de la santé publique).

« C’est sur cette analyse que le Conseil national de l’Ordre des médecins, réuni en session plénière les 27 et 28 septembre, a pris la décision de mettre en demeure la société Qare de cesser la publication d’encarts publicitaires relatifs à la télémédecine. Ces publicités sont fallacieuses quant à l’intégration des services proposés dans le parcours du soin pour tous les patients – et donc à leur prise en charge par l’Assurance maladie. Le CNOM se réserve la possibilité de mettre en œuvre toute voie de droit nécessaire contre toute société qui s’affranchirait des dispositions précises de la réglementation en vigueur pour promouvoir des offres de nature commerciale. »

A demain

 

Premier ministre, Edouard Philippe a tranché : on sauvera  entre 300 et 400 vies chaque année

Bonjour

Le pouvoir exécutif exécute : après, hier, le « service sanitaire », le décret d’application abaissant de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale autorisée sur 400 000 kilomètres de routes secondaires à partir du 1er juillet a été publié dans la nuit du 16 au 17 juin au Journal officiel – et ce après des mois de controverse et de tempêtes au sein même du gouvernement.

En pratique cette limitation de vitesse s’appliquera sur les routes secondaires à double sens sans séparateur central (muret, glissière) – soit 40 % du réseau routier français. Cette mesure vise à réduire la mortalité routière qui, après le plus-bas historique de 2013 (3 427 morts, métropole et Outre-mer), est repartie à la hausse entre 2014 et 2016. En 2017 : 3 684 morts. Et pourtant, paraxoxe caractéristique de l’automobile, un sondage publié en avril dernier concluait que 76 % des Français se déclaraient opposés à cette mesure.

Conscient du tollé qu’il allait susciter, le Premier ministre Edouard Philippe s’est toujours dit « prêt à assumer l’impopularité » de cette disposition qui permettra, selon les meilleurs spécialistes, de sauver 300 à 400 vies par an. Réticent (pour des raisons politiciennes) le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, avait préféré brandir un « joker » quand un élu l’avait interrogé sur le sujet. Triste réflexe et carte mortelle. Et silence assourdissant d’Emmannuel Macron, pourtant champion de la prévention.

Le Premier ministre avait été soutenu dans son action avec la publication, dans Le Monde d’une tribune percutante  ignée par un collectif rassemblant les anciens délégués interministériels à la sécurité routière 1 ayant exercé entre 1972 et 2015. Un texte visant à peser sur le président de la République et qui n’était pas sans faire songer à tous ceux que le quotidien vespéral a publié, dans les années 1980 et 1990, signés alors par un groupe des « cinq sages » emmenés par le redoutable Pr Claude Got. 2

Selon les signataires la décision de baisser la vitesse maximale à 80 kilomètres/heure sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central permettrait d’épargner tous les ans entre 300 et 400 vies et de réduire notablement le nombre des blessés graves.

« Réduire le nombre de morts et de blessés sur les routes françaises est un véritable enjeu de politique publique » a fait valoir le Premier ministre. Non sans courage. On aimerait qu’Edouard Philippe élargisse désormais son propos à l’ensemble des pathologies addictives – et développe, enfin, une véritable politique globale de « réduction des risques ». N’en déplaise aux jokers du ministre de l’Intérieur.

A demain

1 Christian Gerondeau, Pierre Mayet, Pierre Denizet, Jean-Michel Bérard, Isabelle Massin, Rémy Heitz, Cécile Petit, Michèle Merli, Jean-Luc Nevache, Jean-Robert Lopez, anciens délégués interministériels à la sécurité routière entre 1972 (année de création de la fonction) et 2015.

2 Ce dernier récidive aujourd’hui dans Le Journal du Dimanche via un longue étude originale réalisée pour la Ligue contre la violence routière. « A chaque fois, c’est la même chose : les routes qui concentrent le plus d’accidents mortels sont peu nombreuses, et sont très souvent sans séparateurs entre les deux voies ».

 

 

Quand Emmanuel Macron annoncera-t-il la création de la « Française du Cannabis » ?

Bonjour

Voilà une question à laquelle Emmanuel Macron, président libéral, n’échappera pas avant la fin de son mandat. Formé aux meilleures écoles de la République, enseignant la philosophie « libérale », auteur prolixe Gaspard Koenig a été croqué comme un jeune homme pressé. Il est aussi président du think-tank GenerationLibre, qu’il a lancé en 2013 et où il défend cette substance à très haut risque qu’est le libéralisme.

« Gaspard Koenig a difficilement arrêté le café mais assume une consommation, épisodique, de cannabis, révélait, hier, Le Journal du Dimanche.  Au nom de « la liberté individuelle » et « à condition d’être majeur et informé » ». Un grand classique. Et en exclusivité l’annonce que GénérationLibre, publiait un rapport de deux experts – rapport prônant une légalisation du cannabis en France : production, régulation, distribution. Ces deux experts sont Francis Caballero, avocat et militant anti-tabac et le Pr. Amine Benyamina, psychiatre, spécialiste des addictions (hôpital Paul-Brousse, Villejuif). Leur argumentaire est connu :

« Troisième substance psychoactive la plus consommée au niveau mondial, juste après le tabac et l’alcool, le cannabis constitue aujourd’hui un véritable phénomène de société. Coûteuse et inefficaces, notamment en matière de santé publique, les politiques de prohibition sont de plus en plus critiquées et contestées. Face à ce constat, de plus en plus d’Etats choisissent alors le chemin de la légalisation du cannabis.

En France, où 17 millions de personnes déclarent avoir consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie, cette alternative reste encore inenvisagée et très peu discutée. En témoigne le rapport d’information parlementaire le plus récent dont les conclusions écartent toute perspective de légalisation et concluent à un renforcement de la répression déjà à l’oeuvre en la matière.

La légalisation se justifie du simple point de vue utilitariste de la santé publique. Elle permet d’éradiquer les trafics, de contrôler la qualité des produits, et d’améliorer les programmes de prévention, notamment en direction des mineurs – sans même mentionner les bénéfices économiques. »

Plus original, les deux options de légalisation étudiées : celle d’une légalisation contrôlée par un « monopole d’Etat de production et de distribution du cannabis » ; et celle d’une légalisation par le marché. Et, surprise, le philosophe libéral dit « reconnaître que le choix de cette légalisation par monopole est probablement plus facile à appliquer et à se faire accepter en France que la légalisation par le marché. Elle est conforme à la tradition colbertiste de notre pays ».

« Cannaboutiques » et « cannabistrots »

Comment s’organiserait la distribution de ce nouveau produit légalisé ? Francis Caballero nous explique tout dans le détail – soit un modèle calqué sur les PMU, débits de boissons et de tabac.

« Comme pour la production, la Française du cannabis ne distribuera pas ellemême le cannabis légal. Elle fera appel à des distributeurs agréés auxquels elle délivrera des licences comme l’administration le fait déjà pour les débits de boissons ou les bureaux de tabac. Ceux-ci devront se soumettre à des règles de fonctionnement définies dans leur contrat tant ce qui concerne les produits vendus que les taxes perçues à cette occasion. Ils se procureront leur marchandise auprès de la Française du cannabis qui jouera le rôle de transformateur des produits de l’agriculture et de répartiteur des commandes des distributeurs. »

Dans le système qu’il défend, la distribution se fera dans un circuit séparé des circuits existants de l’alcool, du tabac ou des produits pharmaceutiques. Il y aura deux catégories de débits, selon qu’il s’agit de débits à emporter ou à consommer sur place. On propose d’appeler « cannaboutiques » ceux qui donnent seulement la possibilité d’acheter le produit et « cannabistrots » ceux qui permettent aux fumeurs de consommer ensemble pour se retrouver.

« Le nombre et la répartition des débits restent à préciser, mais du fait de l’existence du monopole de distribution, la concurrence entre débits sera limitée. Une fois agréé par la Française du cannabis, le débitant aura un territoire protégé, un peu comme les pharmacies. Cela relève du bon sens dans la mesure où le nombre de points de vente dépend de l’ampleur du marché.

« Le débitant restera toutefois sous le contrôle du monopole qui pourra lui retirer son agrément s’il ne respecte pas les règles fondamentales de ce commerce, comme par exemple une interdiction de toute publicité commerciale sur les lieux de vente.  La Française du cannabis fixera des prix minimums par variété, étant précisé que les prix peuvent varier en fonction de la qualité des produits et de leur circuit de distribution, selon qu’il est court ou long. »

Au total l’expert estime qu’entre 33 000 et 79 000 emplois seraient ainsi créés dans l’économie française. « Il est tout de même stupéfiant de voir que les politiciens français qui parlent sans arrêt de l’emploi des jeunes ne s’intéressent pas à cette nouvelle source d’emplois marchands au profit de la jeunesse ! ». Sans oublier que la légalisation contrôlée fournirait des ressources fiscales et sociales à l’État. Si l’on fixe le prix moyen de production et de distribution à deux euros « avec taxe au col d’un euro le gramme (25% du prix de vente) et une TVA de 25% » cela rapporterait à la collectivité environ deux milliards d’euros. Un milliard pour l’État et un milliard pour la Sécurité sociale.

Au des dégâts du tabac et de l’impunité dont jouissent les buralistes français quelques questions pratiques restent encore à régler. Comme celle de la mise en œuvre de l’interdiction de la vente aux mineurs. Car Gaspard Koenig estime que le cannabis doit être réservé aux majeurs informés. Sans oublier le problème  « du développement du cerveau chez les jeunes » puisque certains médecins soutiennent que le cerveau mûrit jusqu’à 21 ans… ». Il ajoute : « Voilà le genre de discussions apaisées qu’il faut avoir plutôt que de se faire peur avec le mot ‘’droque’’ : le cannabis est moins addictif que le café et n’entrâine pas d’overdose ; tans que la consommation reste raisonnable et hors cas d’épilepsie, il ne provoque pas d’effets de long terme sur l’organisme. En tout cas pas plus que le sucre ou l’alcool… »

Où l’on voit que pour ce philosophe libéral l’important, en matière de consommation, est de conserver la raison. Ce qui est, très précisément, la pierre philosophale de la lutte contre les addictions.

A demain