E-Cigarette: comment instiller, dans les médias, qu’elle est plus dangereuse que le tabac

Bonjour

30 mai 2019. Jour de l’Ascension. France et médias au ralenti. Tout est permis. On trouve ceci sur le site du Point : « Cigarettes électroniques : plus dangereuses que le tabac classique ? Une étude scientifique, relayée par SciencePost.fr, met en lumière l’augmentation des risques cardiovasculaires chez les vapoteurs ». Cela donne cela :

 « (…) Sur les terrasses des cafés, les cigarettes électroniques sont devenues de plus en plus communes et les fameuses pauses clope s’enveloppent désormais d’un épais nuage blanc. La France compterait en 2018 quelque trois millions de vapoteurs, ce qui représente un marché évalué à plus de un milliard d’euros par la Fédération interprofessionnelle de la vape (Fivape). Un remède miracle au tabagisme ? Rien n’est moins sûr. Une étude récente relayée par SciencePost.fr pointe la dangerosité de la cigarette électronique. En cause, les arômes justement, qui endommageraient nos cellules et augmenteraient les risques de maladies cardiovasculaires (…)

Science-Post.fr ? Brice Louvet, rédacteur scientifique :

« Les cigarettes électroniques sont souvent considérées comme “plus saines” que les cigarettes, mais le sont-elles réellement ? Le sujet est encore très nouveau, mais les études se succèdent. De récentes analyses 1 ont, par exemple, révélé il y a quelques semaines que les fumeurs de cigarettes électroniques étaient 29 % plus susceptibles de présenter des accidents vasculaires cérébraux que les fumeurs “classiques”. Ils étaient également 25 % plus sujets aux crises cardiaques et 18 % plus sensibles aux maladies coronariennes. Une nouvelle étude s’attaque aujourd’hui aux arômes de ces e-cigarettes. Et encore une fois, les résultats ne sont pas très bons. Les détails de ces travaux sont publiés dans le Journal de l’American College of Cardiology.

« Pour cette étude, une équipe de l’Université de Stanford (États-Unis) s’est penchée sur l’influence des e-liquides sur les cellules endothéliales humaines. Ce sont ces cellules qui tapissent l’intérieur de nos vaisseaux sanguins. Elles jouent donc un rôle très important dans le maintien d’une bonne santé cardiovasculaire. Pour cette recherche, six arômes ont été testés, avec différents niveaux de nicotine. Les résultats ont alors révélé que tous les arômes étaient potentiellement nocifs, qu’il y ait de la nicotine ou non. Et c’est celui à la cannelle qui semblait le plus toxique.

« Jusqu’à présent, nous n’avions aucune donnée de la manière dont ces e-liquides affectent les cellules endothéliales humaines, explique Joesph Wu, principal auteur de l’étude. Lorsque nous avons exposé les cellules à six arômes différents d’e-liquide avec différents niveaux de nicotine, nous avons constaté des dommages importants. Les cellules étaient moins viables en culture et ont commencé à présenter de multiples symptômes de dysfonctionnement ».

Notons que ces tests ont été menés sur des cellules élevées en laboratoire Malgré tout, les chercheurs relèvent que les changements observés au niveau cellulaire durant l’étude ressemblent à ceux observés chez l’Homme développant des problèmes cardiovasculaires. Des recherches supplémentaires sont donc nécessaires, certes, mais nous pouvons raisonnablement penser que les arômes d’e-cigarettes sont potentiellement nocif pour le corps humain. »

Et Science-Post.fr de citer le Comité de lutte contre le tabagisme de la Société européenne de pneumologie qui, il y a peu,  publiait une déclaration notant que les cigarettes électroniques ne devraient pas être largement recommandées dans les stratégies de sevrage tabagique. Les experts soulignent en effet le manque de preuves attestant ces affirmations.

« Bien que l’exposition à des ingrédients potentiellement nocifs provenant de cigarettes électroniques puisse être inférieure à celle des cigarettes, cela ne signifie pas pour autant qu’elles sont inoffensives, a notamment déclaré Tobias Welte, président de la European Respiratory Society. Jusqu’à ce que nous en sachions plus sur les effets à long terme de leur utilisation sur la santé humaine, il est irresponsable de recommander leur utilisation dans les stratégies de lutte antitabac à l’échelle de la population ».

Où se situent, ici, les principaux irresponsables ? Jour de l’Ascension, 30 mai 2019

A demain

@jynau

1 « Cigarette électronique : AVC, coronaires bouchées, dépression, anxiété et … malhonnêteté » Journalisme et santé publique du 27 mars 2019

Infarctus du myocarde : la belle histoire anglaise de la troponine et des statines préventives

 

Bonjour

En cette fin d’année à nouveau ensanglantée la BBC a trouvé des raisons d’espérer : les risques d’infarctus du myocarde peuvent être détectés simplement, des années à l’avance, pour des sommes modiques, à partir d’un simple test sanguin. Et ces risques peuvent alors être réduits. Tout ceci est expliqué dans une publication du Journal of the American College of Cardiology “High-Sensitivity Cardiac Troponin, Statin Therapy, and Risk of Coronary Heart Disease”. C’est là une méthode diagnostique qui pourrait se substituer à la traditionnelle prise de la tension artérielle (plus ou moins bien effectuée) associée aux analyses récurrentes (plus ou moins bien comprises) des lipides sanguins.

Tout tourne ici autour de la « troponine ». On nomme ainsi un complexe de protéines (une protéine hétérotrimérique) qui a pour fonction de sensibiliser les cellules musculaires au calcium. C’est aussi une structure aux visages multiples que l’on trouve au sein des muscles, le cardiaque comme les squelettiques. Elle peut, de ce fait, être un reflet sanguin de la souffrance du myocarde. Depuis quelques années son dosage est ainsi demandé (en urgence) par tous les soignants qui, face à des douleurs thoraciques, redoutent la survenue un infarctus.

Pas de miracles

D’une grande utilité, la troponine ne permet pas, à elle seule, de réaliser des miracles. L’interprétation des résultats obtenus alimente de nombreux débats au sein de la communauté médicale spécialisée. On a en effet  observé que l’augmentation franche des taux de troponine est le plus souvent retardée par rapport aux manifestations de la douleur – et ce  même dans le cas d’un infarctus du myocarde en cours de constitution.

«Nous ne disposons que de trois méthodes pour savoir que nous sommes face à une personne victime d’un infarctus du myocarde, nous expliquait, il y a peu, le Pr François Mach, chef de service de cardiologie des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) Il y a la douleur, le tracé de l’électrocardiogramme et un dosage sanguin de la troponine.  Mais nous savons bien que la douleur peut prendre bien des visages différents et parfois même être absente. De la même manière le recours à l’électrocardiographe n’est pas toujours signifiant. Quand au dosage sanguin il est certes très utile mais ne  devient parlant  que dans les deux à quatre heures qui suivent la douleur. C’est dire toute l’importance que nous pouvons accorder à des outils qui pourraient nous renseigner de l’existence d’une rupture de plaque d’athérome au moment même où elle se produit.»

Un baromètre de la pompe cardiaque

C’est dans ce contexte que s’inscrit la publication d’une équipe de chercheurs britanniques dirigée par le Pr Nicholas L. Mills (University Centre for Cardiovascular Science, Edinburgh). Ils expliquent que des dosages sanguins réguliers de troponine associés, le cas échéant, à des prescriptions de médicaments de la famille des statines, permettent de réduire le risque d’être victime (et de mourir) d’une crise cardiaque.

Leur travail au long cours (mené contre placebo) a été mené sur 3318 hommes volontaires qui ne présentaient pas d’antécédents de pathologie cardio-vasculaires mais des anomalies sanguines modérées (LDL cholesterol concentrations 152 to 228 mg/dl). Et tout cela est dynamique. Pour la BBC l’un des auteurs de cette publication use de la métaphore atmosphérique: « la troponine est presque comme un baromètre de la santé cardiaque. Si l’aiguille monte, c’est mauvais. Si elle descend, c’est bon signe. » Et on peut influencer l’appareil en ayant recours aux statines. Tout cela sur une période allant jusqu’à quinze ans.

Cœurs féminins

«Les dosages de troponine aideront les médecins à identifier les personnes apparemment en bonne santé mais qui ont une maladie cardiaque silencieuse afin que nous puissions cibler les traitements préventifs sur ceux qui sont susceptibles d’en bénéficier le plus » souligne le Pr Mills.

Troponine ou pas, reste l’essentiel pragmatique : la meilleure façon de prévenir les affections cardiaques demeurent une alimentation saine, une activité physique régulière, le refus du surpoids. Et le refus absolu (quoi qu’il en coûte) de la consommation de tabac.

Pour l’heure le travail britannique (qui n’est pas grevé par des conflits d’intérêts) n’a été mené que sur les hommes. On voit toutefois mal pourquoi ses enseignements ne vaudraient pas également pour les cœurs féminins.

A demain

Aimeriez-vous être payé pour arrêter de fumer ? Demain, la cigarette électronique gratuite !

 

Bonjour

Une rémunération pour aider à sortir de l’addiction tabagique ? La proposition peut faire sourire. Elle a été scientifiquement expérimentée par Felicia Schmid et Jean-François Etter  (Université de Genève). Et ce travail vient d’être publié dans le Journal of the American College of Cardiology : “Effects of Large Financial Incentives for Long-Term Smoking CessationA Randomized Trial” (commentaire audio du Dr Valentin Fuster). Une publication utilement repérée par LePoint.fr (Thomas Prévost)

Ce travail a pu être mené grâce à la participation de 805 fumeurs (hommes et femmes) gagnant moins de 50 000 francs suisses (46 500 euros) par an. Ils n’avaient recours à aucun traitement médical substitutif pour les aider à arrêter. On ne parle pas, ici, de rémunérations mais « d’incitations financières ».  Les volontaires recevaient ces incitations pour chaque semaine de sevrage. Mieux : plus la durée de leur sevrage s’allongeait,  plus la prime augmentait. Après une semaine ils recevaient 100 francs suisses (92 euros). Au bout de six mois, ils pouvaient toucher jusqu’à 1 500 francs suisses (1 380 euros). On ne plaisante guère, en Suisse avec l’argent comme avec la parole donnée : des tests biologiques étaient pratiqués pour vérifier les dires (monoxyde de carbone expiré et cotinine salivaire).

Bons d’achat pour femmes enceintes

La carotte n’a pas toujours joué son jeu et le tabac a, parfois, été plus puissant que l’esprit de lucre. Toutefois 45% des participants sont parvenus à un sevrage de six mois, le temps de l’expérience. Que s’est-il passé quand l’argent s’en est allé ? Seuls 20 % ont persévéré. C’est malgré tout un succès : dans l’autre bras de cet essai clinique original (sans argent) le taux de succès n’était que de 10 %.

« L’expérience n’est pas nouvelle, rappelle Le Point. En mai dernier, une étude sanitaire financée par l’Institut national du cancer préconisait d’utiliser la récompense financière comme motivation dans l’arrêt du tabac sur les femmes enceintes. Mais les montants sont loin des sommets suisses : seize maternités françaises ont décidé d’offrir des bons d’achat d’une valeur de 20 euros en cas d’abstinence. Cette étude qui doit durer trente-six mois n’a pas encore dévoilé ses premiers résultats. »

Il s’agit ici de l’étude « Incitation financière à arrêter de fumer pendant la grossesse ». Elle est dirigée par le Dr Ivan Berlin (Hôpital Pitié-Salpêtrière, Faculté de médecine Université P. & M. Curie, INSERM U1178). Ecoutons le Dr Berlin :

« Des études laissent entrevoir l’efficacité prometteuse des incitations financières comme récompense, pour favoriser l’arrêt du tabac pendant la grossesse. Dans une maternité écossaise, les incitations financières procurées aux femmes enceintes fumeuses ont augmenté l’abstinence tabagique de 14% par rapport aux femmes ayant seulement bénéficié des consultations habituelles.

« Bien que récompenser financièrement de « bons » comportements de santé puissent être sujet à controverse, une étude d’acceptabilité menée en population générale représentative française, montre que la majorité des répondants approuve l’idée de procurer des incitations financières par bons d’achat, afin d’aider les femmes enceintes fumeuses à arrêter de fumer. L’étude réalisée par l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et financée par l’Institut du Cancer vise à diminuer le tabagisme chez la femme enceinte, en récompensant leur abstinence tabagique par des bons d’achat (valables dans de nombreuses enseignes).

Ni alcool ni cigarettes

« L’objectif n’est pas seulement un simple arrêt des cigarettes mais aussi le maintien de l’abstinence tout au long de la grossesse jusqu’à l’accouchement. Cette étude est nationale, randomisée et multicentrique : les participantes sont aléatoirement assignées soit dans le groupe de contrôle ou sont dans le groupe intervention. Dans le groupe contrôle, elles recevront 20€ pour chacune des visites prénatales. Dans le groupe d’intervention, elles recevront 20€ à chaque visite prénatale ainsi qu’une incitation financière supplémentaire qui augmentera progressivement avec le nombre de fois où elles sont abstinentes.

« Les incitations financières prendront la forme de bons d’achat avec lesquels l’achat de cigarette et d’alcool est impossible. Seize maternités participent à cette étude. Lancée en avril 2016, ses premiers résultats seront disponibles dans environ  ans. Si les résultats indiquent que les incitations financières récompensant l’abstinence au tabac augmentent significativement le taux d’abstinence par rapport à l’absence d’incitation financière et que l’étude est coût-efficace (les coûts de ce type d’intervention sont largement inférieurs aux coûts liés aux problèmes de santé périnatals dus au tabagisme), les incitations financières pourraient être alors introduites comme une intervention standard pour aider les femmes enceintes à arrêter de fumer. »

E-cig

On pourra, ici, regretter le côté assez misérabiliste du « bon d’achat »  et s’interroger sur les liens avec les « grandes enseignes » associées à cet essai clinique d’un genre nouveau. On pourrait aussi, développer la problématique et l’étendre à la cigarette électronique : au vu des avantages considérables qu’elle semble apporter en termes de sevrage, pourquoi la collectivité n’aiderait-elle pas, financièrement, les vapoteurs à sortir de leur esclavage au tabac ? Faut-il au contraire laissé les dépendants payer pour qu’ils en finissent avec leur vice ?

Voilà, pour la rentrée politique, une bien belle équation éthique de santé publique.

A demain