Stilnox®: trente ans après sa mise sur le marché il devient, officiellement, un «stupéfiant»

 

Bonjour

Zolpidem, mieux connu des insomniaques sous le nom de marque Stilnox® de la firme Sanofi-Aventis. Commercialisé depuis trente ans. Vient (enfin) d’être classé parmi les stupéfiants : dans 90 jours, les prescriptions de zolpidem devront se faire sur ordonnances sécurisées. Pourquoi ?  Pour « réduire le mésusage de cette molécule ». Pourquoi si tard ?

Le zolpidem est un sédatifhypnotique de la classe des imidazopyridines. C’est un somnifère puissant qui ne devrait être prescrit uniquement en cas d’insomnies sévères transitoire. Il est classé parmi les psychotropes qui sont bien connus pour faire l’objet « d’abus »  de nature à induire ou faciliter  une toxicomanie. En France le Stilnox® et ses génériques font l’objet d’un suivi renforcé en raison de leurs utilisations détournées (quête de ses effets secondaires à type d’hallucinations et/ou d’euphorie), C’est aussi l’hypnotique le plus prescrit en France.

Campagne médiatique percutante…

En 2014 la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de Santé mettait en garde mais ne touchait à rien. Elle écrivait ceci :

« Le service médical rendu des spécialités Stilnox® et génériques est faible dans le traitement des « troubles sévères du sommeil dans les cas suivants : insomnie occasionnelle, insomnie transitoire. » Recommandations La Commission donne un avis favorable au maintien de l’inscription sur la liste des spécialités remboursables aux assurés sociaux dans l’indication « troubles sévères du sommeil dans les cas suivants : insomnie occasionnelle, insomnie transitoire. ».

« La Commission recommande : – une meilleure information du public sur les risques de l’utilisation chronique de ces médicaments et sur leur bon usage par la mise en œuvre d’une campagne médiatique percutante et répétée à destination du grand public, – de renforcer la formation initiale et continue des professionnels de santé sur le bon usage des benzodiazépines et leurs modalités d’arrêt, – de développer l’usage et l’accès aux prises en charge non médicamenteuses (thérapies cognitivo-comportementales), – de soutenir les mesures qui pourront être préconisées par l’ANSM, dans le cadre de ses missions pouvant permettre une meilleure utilisation de ces produits. »

Usage toxicomaniaque

« Campagne médiatique percutante» ? Qui s’en souvient d’avoir été percuté ?   Des centaines de millions de boîtes de Stilnox® /zolpidem) ont été été vendues en France. Plus de 11 millions de Français en auraient consommé au moins une fois.  « Des personnes se sont retrouvées accros malgré elles », explique le Dr William Lowenstein, président de SOS addictions, cité par Le Monde. Des toxicomanes font aussi différents usages de cette spécialité pharmaceutique. Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens aimerait voir cette décision sanitaire étendue aux médicaments voisins de la famille des benzodiazépines. « Moins les Français prendront ce type de médicament mieux ils se porteront », affirme-t-elle.

Mme Adenot parle d’or. Question : pourquoi tant de Français sont-ils mal au point d’en prendre si souvent – sur prescription médicale ?

A demain

1 « Arrêté du 7 janvier 2017 portant application d’une partie de la réglementation des stupéfiants »

 

Cyclisme et transhumanisme: Robert Marchand, 105 ans, n’est pas une curiosité pathologique !

Bonjour

Sportives ou non, les gazettes viennent de faire leur miel du Français Robert Marchand. Agé de 105 ans ce cycliste a, le 4 janvier 2017, parcouru 22,547 km en une heure au vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines.  Le record du monde de la distance est détenu par le Britannique Bradley Wiggins avec 54,526 km. Wiggins est né en 1980, Marchand en 1911.Moins de 32 km…

Pas une kermesse, mais presque. Les gazettes ont bien ri. On a donné la parole au recordman plus que centenaire. Sans le corriger. « Non je suis pas fatigué, j’ai pas eu mal aux jambes, j’ai mal aux bras. Enfin faut bien avoir mal quelque part… Je croyais que j’avais encore des kilomètres à parcourir, j’aurais pu aller plus vite. Maintenant j’attends mon adversaire… ».

Marchand de vin

Un parfum de foire et de Fête à Neu-Neu. Les photographes se sont régalés. Maillot jaune et violet (les couleurs de L’Ardéchoise, qui organise l’événement avec la Fédération française de cyclisme). On a donné la parole aux spectateurs.  « Il a un avantage c’est qu’il est sourd, il est dans son truc et il veut tourner », analyse Roland, 80 ans. « C’est un spécimen, qui distille du bonheur », exulte Marcel sous son chapeau jaune canari. « On espère devenir vieux comme lui, ajoute-t-il. A l’âge qu’il a, c’est incroyable, s’enthousiasme également Liliane, jeune retraitée. Ça nous encourage, ça veut dire qu’on a encore de belles années devant nous.

Les biographes ont recopié leurs papiers jaunis. Robert Marchand, né le 26 novembre 1911 à Amiens, a travaillé jusqu’à un âge avancé. Sapeur-pompier, planteur de canne à sucre, marchand de vin, maraîcher… Il vit désormais dans un modeste appartement de banlieue parisienne, après une vie marquée par les deux conflits mondiaux, la guerre froide et des années à bourlinguer au Venezuela et au Canada.

PCF et CGT

Les politiques se sont souvenus que l’on pouvait, au XXème siècle, militer. Pour Robert Marchand ce fut au Parti communiste et à la CGT. L’actuel patron de ce syndicat n’est pas un drôle. Philippe Martinez (né en 1961) a pourtant plaisanté, expliquant que Robert Marchand avait « un autre record qui est moins médiatisé: ça fait 90 ans qu’il est à la CGT, vous constaterez que la CGT, ça conserve ! »

Après la performance kilométrique la Confédération générale du travail (née en 1895) a adressé « toutes ses félicitations à son fidèle camarade ». Le PCF est resté coi. Robert Marchand avait 9 ans quand ce dernier a douloureusement vu le jour, à Tours dans l’ombre de l’abbaye Saint-Julien.

Le record de Robert Marchand ? Il a de fortes chances d’être battu, a expliqué à l’AFP le Pr Jean-François Toussaint (né en 1963) directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (IRMES) : « Les maxima pour les centenaires ne sont pas encore atteints » estime le Pr Toussaint.

Marisol Touraine

Au moment où Robert Marchand s’échauffait paraissait au Journal Officiel le texte d’un décret donnant (enfin) une réalité au sport sur ordonnance médicale. La loi (art L 1172-1 du code de la santé publique) dispose en effet que dans le cadre du traitement de personnes en affection de longue durée (ALD), le médecin traitant peut prescrire une activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical du patient.

Il n’aura donc fallu qu’un an pour que cette disposition novatrice, reconnaissant le rôle bénéfique de l’activité physique dans le champ de la prévention mais aussi de la thérapeutique. Aider, de mille et une manières au développement et à la pratique de l’activité physique est l’une des voies sanitaires les plus novatrices, les plus prometteuses et les moins coûteuses pour la collectivité. C’est un formidable « levier d’un comportement santé responsable ». Marisol Touraine (qui a signé ce décret) n’était pas, le 4 janvier 2017, au vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines pour saluer le cycliste cégétiste. Personne ne l’a fait remarquer. On peut le regretter.

A demain

Marisol Touraine demande de ne plus vendre d’alcool avant 18 ans. Y compris sur Internet

 

Bonjour.

Il y a l’alcool. Il y a le tabac. Et il y a les jeunes. L’Etat, qui détient le monopole de la vente des produits du tabac, ne parvient désespérément pas à obtenir que les buralistes ne commercent pas avec les moins de 18 ans. On sait ce qu’il en est avec l’alcool : «  une augmentation inquiétante des alcoolisations massives chez les 15-25 ans ».

Face à ce constat le politique a tenté d’agir : la loi Touraine « de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 » a introduit de nouvelles dispositions visant à protéger les jeunes contre l’usage nocif d’alcool. Et ce via un arrêté 1. Pour faire court :

« En France, désormais, tout vendeur d’alcool doit désormais obligatoirement exiger la preuve de majorité du client lors de l’achat ».

Mais encore ? Les affiches rappelant les dispositions en matière d’interdiction de vente aux mineurs étaient déjà obligatoires dans tous les débits de boissons. Elles ont été modifiées pour tenir compte de cette nouvelle disposition qui n’était, auparavant, que « facultative » (sic).

Désormais, ces affiches sont obligatoires dans tous les « débits de boissons ». Il s’agit ici ce tous les commerces qui pratiquent la vente à consommer sur place ou à emporter : restaurant, station service ou site internet de vente en ligne.

Bannières en ligne

Des « bannières » rappelant les interdictions de vente aux mineurs ont été créées spécifiquement pour les sites internet de vente en ligne qui ne disposaient pas, auparavant, de format adapté. Les nouveaux modèles d’affiches et de bannières sont téléchargeables sur le site internet du ministère chargé de la santé : http://social-sante.gouv.fr/prevention-en-sante/addictions/article/cadre-legal

Et puis il ce mot :

« Les organisations professionnelles représentatives du secteur de la vente de boissons alcooliques, de la restauration ou de la distribution ont été informées de cette évolution réglementaire. Elles sont chargées de relayer l’information auprès de leurs adhérents et de partager les bonnes pratiques en la matière. »

Y aura-t-il une évaluation de l’application des nouvelles bonnes pratiques (notamment sur Internet) ? Où sont les sanctions ? Rappel : « il est interdit de se trouver en état d’ivresse manifeste dans les lieux publics ».

A demain

1 « Arrêté du 17 octobre 2016 fixant les modèles et lieux d’apposition des affiches prévues par l’article L. 3342-4 du code de la santé ». Cet arrêté est, avec deux mois de retard, paru au Journal Officiel de la République française daté du 17 décembre 2016. Il est signé de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé.

 

Citoyen conducteur, voici ce que la police pourra chercher dans ton sang, ta salive et tes urines

 

Bonjour

Vous prenez le volant ? Placez dans la boîte à gant le Journal Officiel de la République française daté du 15 décembre. Ou l’afficher sur vos écrans portables. Un « arrêté » 1 y détaille ce que seront, dorénavant, les épreuves de dépistage prévues aux articles R. 235-3 et R. 235-4 du code de la route.

Entendons-nous bien : il s’agit ici,  à partir d’un simple recueil de salive ou de salive, de rechercher la présence d’une (ou de plusieurs) substance(s) témoignant de l’usage de stupéfiants. Des stupéfiants appartenant aux quatre familles suivantes : cannabiniques, amphétaminiques, cocaïniques, opiacés. Extraits de ce qui peut, désormais, être imposé par la maréchaussée :

Recueils salivaires

Ils s’effectuent, réglementairement, dans un flacon muni d’un couvercle en assurant l’étanchéité, sans additif, incassable et d’une contenance au moins égale à 100 millilitres.

Le dépistage, à partir d’un recueil salivaire, est réalisé au moyen de tests salivaires respectant les seuils minima de détection suivants :

S’agissant des cannabiniques :  9-tétrahydrocannabinol (THC) : 15 ng/ml de salive ;

S’agissant des amphétaminiques : amphétamine : 50 ng/ml de salive ; métamphétamine : 50 ng/ml de salive ; méthylène dioxymétamphétamine (MDMA) : 50 ng/ml de salive ;

S’agissant des cocaïniques : cocaïne ou benzoylecgonine : 10 ng/ml de salive ;

S’agissant des opiacés :  morphine : 10 ng/ml de salive ; 6 mono acéthylmorphine : 10 ng/ml de salive.

Dilution aidant, le dépistage, à partir d’un recueil urinaire, est réalisé au moyen de tests de dépistage respectant des seuils minima légèrement différents.  Les tests de dépistage urinaire peuvent être acquis et détenus par les forces de l’ordre pour l’usage exclusif du médecin requis conformément à l’article R. 235-3 du code de la route.

Modalités relatives aux analyses et examens

En cas de prélèvement salivaire, prévu au I de l’article R. 235-6 du code de la route, le nécessaire mis à disposition de l’officier ou l’agent de police judiciaire pour le prélèvement, comprend : un collecteur destiné au recueil de la salive et des cellules buccales ; un flacon ou tube permettant la conservation du prélèvement ; une enveloppe de conditionnement destinée à enfermer et identifier le prélèvement.

En cas de « demande du conducteur » d’un prélèvement sanguin en vue d’un examen technique ou d’une expertise, prévu au troisième alinéa du I de l’article R. 235-6 du code de la route, le nécessaire mis à disposition du praticien chargé d’effectuer le prélèvement comprend : un tampon de stérilisation sans alcool ; un tube à prélèvement sous vide de 10 ml avec héparinate de lithium et étiquettes ; une aiguille à prélèvement sous vide qui accompagne le tube de prélèvement avec l’adaptateur adéquat ; un contenant permettant l’apposition d’un scellé et la protection du tube à prélèvement sous vide.

Fémorale ou sous-clavière

La salive est prélevée grâce à un collecteur placé dans la cavité buccale selon la procédure indiquée sur la notice d’emploi. Le prélèvement doit être effectué par le conducteur lui-même, sous le contrôle de l’officier ou l’agent de police judiciaire. Le sang est prélevé par ponction veineuse dans le tube à prélèvement sous vide. Le ou les tubes sont agités par retournement pour prévenir la coagulation du sang.

Le prélèvement et la conservation des échantillons sanguins en cas de décès du ou des conducteurs impliqués, prévus à l’article R. 235-8 du code de la route, sont pratiqués par prélèvement de sang veineux périphérique au niveau d’une veine fémorale ou sous-clavière, ou de sang intracardiaque, sur fluorure de sodium dans chacun des deux flacons en verre avec capsule de téflon et bouchon à vis.

La recherche et la confirmation des produits stupéfiants dans le sang ou dans la salive, prévus à l’article R. 235-10 du code de la route, s’effectuent en utilisant la technique dite « de chromatographie couplée à la spectrométrie de masse ».

La recherche dans le sang des médicaments psychoactifs ayant des effets sur la capacité de conduire des véhicules est effectuée, à la demande du conducteur, en utilisant au moins une technique dite de « chromatographie couplée à la spectrométrie de masse ».

Volant ou pas, on ne lit jamais assez le Journal Officiel de la République française.

 A demain

1 « Arrêté du 13 décembre 2016 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l’usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route et abrogeant l’arrêté du 5 septembre 2001 modifié fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l’usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route ».

Cet arrêté est notamment signé du Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé,

« En toutes circonstances, le médecin doit s’efforcer de soulager les souffrances du malade et l’assister moralement » (Journal Officiel)

 

Bonjour

Daté du 5 août 20116 le Journal officiel de la République française fera date. Outre les dispositions concernant les « nouvelles directives anticipées » il publie, corollaire un décret d’une particulière importance :

« Décret n° 2016-1066 du 3 août 2016 modifiant le code de déontologie médicale et relatif aux procédures collégiales et au recours à la sédation profonde et continue jusqu’au décès prévus par la loi n° 2016-87 du 2 février 2016 créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie »

 Article 2 : « En toutes circonstances, le médecin doit s’efforcer de soulager les souffrances du malade par des moyens appropriés à son état et l’assister moralement. Il doit s’abstenir de toute obstination déraisonnable et peut renoncer à entreprendre ou poursuivre des traitements qui apparaissent inutiles, disproportionnés ou qui n’ont d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie. »

Suivent  quatre articles ainsi rédigés :

« I. – Lorsque le patient est hors d’état d’exprimer sa volonté, le médecin en charge du patient est tenu de respecter la volonté exprimée par celui-ci dans des directives anticipées, excepté dans les cas prévus aux II et III du présent article.


« II. – En cas d’urgence vitale, l’application des directives anticipées ne s’impose pas pendant le temps nécessaire à l’évaluation complète de la situation médicale.


« III. – Si le médecin en charge du patient juge les directives anticipées manifestement inappropriées ou non conformes à la situation médicale, le refus de les appliquer ne peut être décidé qu’à l’issue de la procédure collégiale prévue à l’article L. 1111-11. Pour ce faire, le médecin recueille l’avis des membres présents de l’équipe de soins, si elle existe, et celui d’au moins un médecin, appelé en qualité de consultant, avec lequel il n’existe aucun lien de nature hiérarchique. Il peut recueillir auprès de la personne de confiance ou, à défaut, de la famille ou de l’un des proches le témoignage de la volonté exprimée par le patient.


« IV. – En cas de refus d’application des directives anticipées, la décision est motivée. Les témoignages et avis recueillis ainsi que les motifs de la décision sont inscrits dans le dossier du patient.

Lourdes et nobles tâches

Dans ce dernier cas de figure la personne de confiance (ou, à défaut, la famille ou l’un des proches du patient) en sera informé. Plus généralement  le médecin veillera  également » «à ce que l’entourage du patient soit informé de la situation et reçoive le soutien nécessaire ».

Ce sont là de bien nobles et  bien lourdes tâches – des tâches à la fois médicales et, comme il est précisé dans ce décret, « morales ». Certains observeront qu’elles ne sont pas nouvelles, qu’elles sont au cœur même de la profession de médecin. Ils auront mille fois raisons. Tout n’est pas  noir dans la pratique de la médecine, loin s’en faut. Et il n’est pas inutile, parfois, de le rappeler et de s’en souvenir.

Pour autant il n’est pas inutile non plus que les tâches qui incombent au médecin aux frontières de la vie  soient, aujourd’hui,  imprimées sur le papier et dans la mémoire numérisée de notre vieux Journal officiel.

A demain

Addictions: Marisol Touraine (2014) devrait s’inspirer de Michèle Barzach (1987)

Bonjour,

Evoquons aujourd’hui sur ce blog un anniversaire généralement ignoré. Celui du 13 mai et d’un décret sur fond de sida signé de Charles Pasqua et de Michèle Barzach. Vingt-sept ans jour pour jour, avec  la désagréable impression d’une régression paradoxale.  Une régression politique dans le champ de la santé publique : celle du moindre risque. Car la politique du moindre risque est devenue, par une étrange perversion,  la politique du principe (mal compris) de précaution.

« Légende noire »

 Le 13 mai 1987 Michèle Barzach signe un décret qui devait marquer durablement l’histoire de la santé publique en France. (Voir ce document ici). Un décret cosigné, après quelques escarmouches sans doute, mais bel et bien signé pour Jacques Chirac, Premier ministre par Philippe Séguin, ministre des Affaires sociales et de l’Emploi , Edouard Balladur, ministre de l’Economie, des Finances et de la Privatisation et Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur. Michèle Barzach est alors ministre déléguée auprès de Philippe Séguin. Elle est chargée de la Santé et de la Famille. C’est un décret qui parle de seringues désormais « à usage unique ». Il sera publié trois jour plus tard au JO.

Ce document  alimentera bien des rumeurs –  jusqu’à  une « légende noire », comme on peut le lire ici.  Près d’un demi-siècle plus tard nous avons contacté  Mme Barzach pour reparler de tout cela. Elle semble ne plus vouloir revenir sur ces événements. Pourquoi ? On ne le saura pas.

Héroïnomanes

En 1986, les autorités françaises commencent à prendre conscience des dégâts que pourrait causer  l’accélération de l’épidémie de sida, maladie alors toujours mortelle. Environ 1500 cas probables depuis  1981 mais 15 000   cas prévisibles à un horizon de cinq ans. Entre juin et septembre 1986, on recense en moyenne deux à trois nouveaux cas de sida par jour.  

Les quelques personnes qui s’intéressent au sujet ont compris que le partage des seringues usagées entre héroïnomanes est un important vecteur de contamination : 60%, voire plus, des héroïnomanes étaient  alors séropositifs. Des personnes qui, alors qu’elles étaient incarcérées avaient donné leur sang, situation incompréhensible qui a largement participé à la transmission du VIH par voie transfusionnelle comme on a longtemps ne pas voulu le savoir en haut lieu. Une histoire que réécrira à sa façon Aquilino Morelle moins de dix ans plus tard depuis son poste privilégié de l’Igas.

Trente ans plus tard

En 1986 la vente de seringues en pharmacie est  strictement réglementée, et ce depuis un décret de 1972, adopté en pleine flambée de consommation d’héroïne ; il s’agissait alors de « dissuader » les toxicomanes : monopole de la vente aux pharmacies et délivrance uniquement aux personnes majeures sur ordonnance (ou sans prescription à condition de noter scrupuleusement l’identité de l’acheteur). 

En mai 1987, Michèle Barzach, obtient, contre l’avis de son parti politique (RPR) la parution d’un décret autorisant (pour un an) la vente libre des seringues en pharmacie. Ce sera le début de la politique dite «de réduction des risques» vis-à-vis du VIH et des toxicomanes. Près de trente ans plus tard, cette politique (assez peu coûteuse) continue à faire la preuve de son efficacité de base. La dernière démonstration, spectaculaire  en est apportée par les derniers chiffres, publiés le 11 avril 2014, par  l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (voir ici notre chronique sur Slate.fr)

E-cig et salles de shoot

Vingt-sept ans plus tard la France ne parvient pas à concrétiser ce qui constituerait une suite logique à cette politique de réduction des risques dans le champ de la toxicomanie par voie injectable : l’autorisation (temporaire et expérimentale) de « salles de shoot » dans les villes qui se sont portées volontaires, toutes couleurs politiciennes confondues. La volonté exprimée par Marisol Touraine, ministre de la Santé depuis deux ans se heurte, pour différentes raisons, étouffée  par de nouvelles oppositions. Où est donc passé le pouvoir ministériel d’agir selon ses convictions au service de l’intérêt général ?

Mais il est aussi un autre front sanitaire qui permettrait au politique d’agir de manière exemplaire au nom de la santé publique et de la politique du moindre risque. Or le gouvernement (celui de Jean-Marc Ayrault hier, celui de Manuel Valls aujourd’hui)  prend  le risque de démontrer qu’il n’a en rien pris la mesure de la révolution que constitue la cigarette électronique. (« E-cig : cette révolution que le gouvernement ne comprend toujours pas (en dépit de l’engagement anti-tabac du Président) »). Le gouvernement c’est à dire la Santé et Bercy.

Responsabilités

Sans doute le contexte et la  temporalité ne sont-ils pas les mêmes. Un fumeur du tabac sur deux meurt prématurément des conséquences de sa consommation d’un produit licite et taxé. Soit 70 000 personnes par an. Des morts toujours à distance du début des  addictions adolescentes. C’est dire la  responsabilité majeure du politique. Une responsabilité-culpabilité dans la durée. Une responsabilité-culpabilité  à laquelle la cigarette électronique vient conférer une nouvelle dimension. Un quart de siècle plus tard c’est une nouvelle affaire en gestation. Et, pour les médias, un nouveau feuilleton.

A demain.

Patrick Pelloux, 50 ans, a été fait chevalier de la Légion d’honneur

Bonjour

Beaucoup songeront à un poisson d’avril sur le retour. Il faudra pourtant s’y faire. Tout est déjà consigné sur le papier du Journal Officiel de la République française daté du 20 avril 2014. Autant dire gravé dans le marbre. Comme on peut l’ausculter ici.

Brochette

Impossible n’est plus français : le célèbre Patrick Pelloux est, depuis les dernières Pâques, chevalier de la Légion d’honneur. Une bien belle brochette.  Au grade de commandeur on trouve le Pr Bach (Jean-François, Charles), secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, professeur émérite à l’université Paris-Descartes (Officier du 15 février 2007) et le Pr. Sicard (Didier, Philippe, François), ancien chef de médecine interne à l’hôpital Cochin et président d’honneur du Comité consultatif national d’éthique (Officier du 2 juillet 2008).

Ou encore  M. Touraine (Alain, Louis, Jules), sociologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. (Officier du 14 octobre 1993 et père de Marisol, actuelle ministre des Affaires sociales et de la Santé).

« Président fondateur d’une association »

Un peu plus bas dans l’échelle des distingués, et par ordre alphabétique :  « (…) Mme de Panafieu, née Missoffe (Françoise, Marie, Thérèse), ancienne ministre, ancienne députée de Paris (37 ans de services) ; M. Pelloux (Patrick), médecin-urgentiste, président fondateur d’une association professionnelle (27 ans de services) ;  Mme Peyrot (Madeleine), vice-présidente d’une association départementale de centres communaux d’action sociale (53 ans de services) ; M. Pham Van (Kiem), ancien combattant ; 80 ans de services (…).

Patrick Pelloux ? « Médecin urgentiste, personnalité populaire à la pointe de tous les combats concernant la santé ».  C’est ainsi que son éditeur (Robert Laffont) le présentait l’an dernier en quatrième de couverture de son dernier ouvrage consacré à la mort.

Charlie-Hebdo

Ce collaborateur de Charlie-Hebdo n’aurait peut-être pas cette distinction sans la canicule de 2003. Plus précisément sans les trompettes que lui offrirent quelques médias qui n’étaient pas en vacances. Adjoint en chef des urgences à l’hôpital Saint-Antoine de Paris (1995-2008) on le retrouve au Samu de Paris. Sanction ou promotion ? Nul ne le dira. Ni pourquoi.

Wikipédia rappelle que dès 1998 l’homme a été élu président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (AMUHF). Il est président d’honneur du Comité Radicalement Anti-Corrida . Il intervient comme chroniqueur dans l’émission Le Magazine de la santé sur France 5. Il est (ou a été) chroniqueur au Mouv’ et chez Jean-Marc Morandini sur Europe 1.

« 27 ans de services »

Patrick Pelloux a encore réfuté les allégations affirmant qu’il était membre des Témoins de Jéhovah. C’est dire qu’il n’est pas opposé à la pratique des  transfusions sanguines. Régulièrement invité depuis des années au ministère de la Santé il y explique de quelle manière il conviendrait de défendre le service public hospitalier français. Souvent radical et tonitruant il n’est que rarement entendu. Au point où l’on en vient à imaginer qu’il pourrait être l’un des rouages de l’appareil médiatiques.

Pas de refus

Pour l’heure nul ne sait si Patrick Pelloux a demandé à être fait chevalier de la Légion d’honneur. Ni quel est le Premier ministre (Jean-Marc Ayrault ou Manuel Vals qui a officié – l’homme n’est pas sur le contingent de Marisol Touraine, ministre de la Santé). Seule certitude : ce militant de l’une des gauches extrêmes n’a pas refusé cette décoration.  Un ruban rouge récompensant  « 27 ans de services ».

A demain