Brunes ou rouges, les algues iodées marines ne sont pas des aliments dénués de danger

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Canicule et orages ne troublent en rien l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Cette Anses poursuit inlassablement son oeuvre au service de la protection multiforme de la population.

Aujourd’hui : les « algues marines », ce symbole de la pureté originelle, de plus en plus présentes dans la sphère alimentaire nationale. Et cet avis « relatif au risque d’excès d’apport en iode lié à la consommation d’algues dans les denrées alimentaires ». Plus d’un an de travail et vingt-cinq pages où tout est dit. Avec, en conclusion, une mise en garde vis-à-vis de « certaines populations à risque » et un appel à la vigilance pour les « consommateurs réguliers ».

L’expertise a ciblé les algues contenant de l’iode susceptibles d’être consommées en France. Des espèces particulièrement riches en iode ont été identifiées, telles que les algues brunes laminaires Laminaria spp et Saccharina spp, ainsi que l’algue rouge Gracilaria verruqueuseL’évaluation de l’Anses s’est fondée sur la valeur limite supérieure de sécurité pour l’iode établie par l’Agence européenne de sécurité des aliments : 600 µg par jour pour les adultes. Par ailleurs, la réglementation française a fixé la dose journalière maximale d’iode à 150 µg dans les compléments alimentaires.

« La teneur en iode dans les différents produits à base d’algues pouvant être élevée, leur consommation présente un risque non négligeable de dépassement des limites supérieures de sécurité, et en particulier, en cas de consommation d’algues associée à des compléments alimentaires à base d’algues, explique l’Agence. Un apport excessif et régulier en iode peut entraîner des dysfonctionnements de la thyroïde mais également certains effets indésirables, notamment au niveau cardiaque ou rénal. »

Enfants et déficiences

Et l’Agence de déconseiller la consommation d’aliments et de compléments alimentaires contenant des algues :

  • aux personnes présentant un dysfonctionnement thyroïdien, une maladie cardiaque ou une insuffisance rénale ;
  • aux personnes suivant un traitement par un médicament contenant de l’iode ou du lithium ;
  • aux femmes enceintes ou allaitantes – hors avis médical.

Ce n’est pas tout : il est rappelé aux parents qu’il convient de rester prudent sur la consommation de produits à base d’algues de leurs enfants, « les données étant insuffisantes pour mesurer le risque encouru ». Quant aux personnes présentant une déficience en iode elles doivent savoir « qu’il n’est pas pertinent de consommer des produits contenant des algues dans le but de corriger cette déficience ».

Voilà pour les algues. Et demain, sur quoi portera la prochaine mise an garde ? L’arrêté du 24 juin 2014 établit la liste des plantes, « autres que les champignons », autorisées dans les compléments alimentaires. Dans ce cadre l’Anses a décidé de créer en 2016 le groupe de travail « Plantes ». Il a notamment pour mission d’identifier celles « pouvant présenter un risque pour la santé humaine lorsqu’elles consommées à des fins nutritionnelles ou physiologiques, en particulier sous forme de compléments alimentaires ».  Il faut lire cet arrêté et ses annexes pour saisir l’immensité de la tâche qui reste, ici, à accomplir pour que la population soit, enfin, protégée.

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Rentrée : contrairement aux engagements du gouvernement le prix du tabac ne bougera pas

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C’est une paradoxe français que la plupart des Français ne connaissent pas : en France, ce sont les puissants industriels du tabac qui fixent les prix de vente de leurs spécialités. L’Etat peut seulement « inciter » à des augmentations en faisant varier les taxes qui représentent plus de 80 % du prix de vente. Pour le dire autrement -et sauf à imaginer une véritable volonté politique anti-tabagique – c’est bel et bien Big Tobacco qui mène la danse infernale.

Or on sait que pour tenter de réduire la consommation de tabac, le gouvernement a prévu un train de hausses successives des prix pour atteindre (d’ici à novembre 2020) un prix minimal de 10 euros le paquet de vingt cigarettes. Comment y parviendra-t-il au vu de l’arrêté publié aujourd’hui 31 juillet au Journal officiel (arrêté co-signé par le Directeur général de la Santé, J. Salomon) ?

Ce texte porte homologation des prix de vente des produits du tabac au 20 août. Sa publication a été aussitôt suivie d’un communiqué émanant des ministères de l’Action et des Comptes publics ainsi des Solidarités et de la Santé. Un texte qui ne manque pas d’un triste sel :

 « Dans le cadre de sa politique de santé publique et conformément aux engagements du Président de la République, le Gouvernement a décidé une augmentation du prix du tabac en se fixant un objectif de prix du paquet de 20 cigarettes à 10 euros en novembre 2020.

« Un arrêté d’homologation des prix du tabac a été publié au Journal officiel mardi 31 juillet 2018. Les prix proposés par les fabricants et les fournisseurs de tabac sont homologués conjointement par la direction générale des douanes et droits indirects et la direction générale de la santé.

« Ces prix entrent en vigueur le lundi 20 août 2018. Aucun mouvement significatif de prix n’a été enregistré au cours de cette campagne d’homologation. (…) »

Traduction : pas de changement de prix annoncé, si ce n’est « quelques centimes à la hausse ou à la baisse pour certaines marques ». A la rentrée le prix moyen français du paquet de 20 cigarettes restera stable :  à 7,90 euros. « Il n’y a pas de surprise sur ces évolutions, a commenté Eric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques de British American Tobacco (BAT) et porte-parole officieux de Big Tobacco International. Les grosses références (Marlboro, Lucky Strike, etc.) ne changent pas, et c’est assez logique. Après un choc de taxes (…) sans précédent au mois de mars, il est normal que les prix se stabilisent et que le marché reprenne sa respiration ».

Ainsi donc les marchands de tabac respirent mieux. Fument-ils ? L’AFP rappelle, quant à elle, que le tabac, responsable de cancers et de maladies cardiovasculaires, tue prématurément quelque 75 000 Français chaque année.

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Cannabis : Agnès Buzyn doit nous dire si les buralistes seront les distributeurs exclusifs

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Denis Sommer est a priori un homme très sympathique. « Ouvrier et syndicaliste pendant 15 ans chez PSA Sochaux, j’ai choisi de reprendre mes études à l’âge de 35 ans pour m’ouvrir de nouvelles portes professionnelles, dit-il de lui. Dès lors, mon rapport à l’entreprise et au monde du travail en a été profondément bouleversé. J’ai exercé plusieurs métiers, dont celui de gestionnaire d’entreprise, avant d’enseigner l’économie et la gestion d’entreprise au lycée. Fondateur et animateur du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’amitié entre les Peuples) dans le Pays de Montbéliard, j’ai toujours pensé que la solidarité s’exprimait avant tout par des actes. Aussi, ma famille et moi avons accueilli des enfants du Secours Populaire pendant les vacances d’été. Nous avons hébergé des réfugiés pendant plusieurs mois à notre domicile, notamment une famille dont les enfants étaient scolarisés ici, alors qu’ils étaient sous la menace d’expulsion. »

Denis Sommer, 60 ans, a été élu le 18 juin 2017 député macronien de la 3e circonscription du Doubs – et ce après avoir quitté le PS dont il a porté les couleurs comme élu local pendant plus de quinze ans. Il n’est pas, on le sait, le seul à avoir effectué un tel voyage sans espoir, dit-on, de retour.

On retrouve aujourd’hui M. Sommer dans les colonnes du Journal Officiel, posant une question à la non moins macronienne Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« M. Denis Sommer interroge Mme la ministre des solidarités et de la santé sur l’ouverture croissante d’échoppes qui vendent du cannabis légal appelé « CBD », substance dépourvue des principes actifs inscrits sur la liste des stupéfiants. En effet, ce produit contient moins de 0,2 % en THC et il doit être obtenu à partir de variétés et de partie de plantes autorisées.

« Or celui-ci est vendu par n’importe quel commerçant alors même que l’appellation « cannabis » peut avoir un effet pervers sur le comportement des usagers, notamment des adolescents. La prévention qui est un axe fort de la politique de santé, porte semble-t-il ses fruits concernant la lutte anti-tabac avec le passage au paquet neutre ainsi que par l’augmentation progressive du prix du paquet de cigarette.

« Cette prévention nécessaire a entraîné une perte substantielle des recettes pour le réseau des buralistes. Or, actuellement, il n’existe pas de règlementation fixant un cadre à la vente du cannabis légal. Il serait toutefois important pour le consommateur de connaître la provenance, la traçabilité et la qualité des produits qu’il consomme, tout en encadrant les prix.

« Aussi, il lui demande si un cadre législatif est prévu pour la vente du cannabis légal et quel est son horizon. Il lui demande par ailleurs s’il est envisagé que le réseau des buralistes soit le distributeur exclusif de celui-ci. »

Nous sommes quelques-uns, buralistes ou plus largement citoyens, à attendre les réponses d’Agnès Buzyn.

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Premier ministre, Edouard Philippe a tranché : on sauvera  entre 300 et 400 vies chaque année

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Le pouvoir exécutif exécute : après, hier, le « service sanitaire », le décret d’application abaissant de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale autorisée sur 400 000 kilomètres de routes secondaires à partir du 1er juillet a été publié dans la nuit du 16 au 17 juin au Journal officiel – et ce après des mois de controverse et de tempêtes au sein même du gouvernement.

En pratique cette limitation de vitesse s’appliquera sur les routes secondaires à double sens sans séparateur central (muret, glissière) – soit 40 % du réseau routier français. Cette mesure vise à réduire la mortalité routière qui, après le plus-bas historique de 2013 (3 427 morts, métropole et Outre-mer), est repartie à la hausse entre 2014 et 2016. En 2017 : 3 684 morts. Et pourtant, paraxoxe caractéristique de l’automobile, un sondage publié en avril dernier concluait que 76 % des Français se déclaraient opposés à cette mesure.

Conscient du tollé qu’il allait susciter, le Premier ministre Edouard Philippe s’est toujours dit « prêt à assumer l’impopularité » de cette disposition qui permettra, selon les meilleurs spécialistes, de sauver 300 à 400 vies par an. Réticent (pour des raisons politiciennes) le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, avait préféré brandir un « joker » quand un élu l’avait interrogé sur le sujet. Triste réflexe et carte mortelle. Et silence assourdissant d’Emmannuel Macron, pourtant champion de la prévention.

Le Premier ministre avait été soutenu dans son action avec la publication, dans Le Monde d’une tribune percutante  ignée par un collectif rassemblant les anciens délégués interministériels à la sécurité routière 1 ayant exercé entre 1972 et 2015. Un texte visant à peser sur le président de la République et qui n’était pas sans faire songer à tous ceux que le quotidien vespéral a publié, dans les années 1980 et 1990, signés alors par un groupe des « cinq sages » emmenés par le redoutable Pr Claude Got. 2

Selon les signataires la décision de baisser la vitesse maximale à 80 kilomètres/heure sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central permettrait d’épargner tous les ans entre 300 et 400 vies et de réduire notablement le nombre des blessés graves.

« Réduire le nombre de morts et de blessés sur les routes françaises est un véritable enjeu de politique publique » a fait valoir le Premier ministre. Non sans courage. On aimerait qu’Edouard Philippe élargisse désormais son propos à l’ensemble des pathologies addictives – et développe, enfin, une véritable politique globale de « réduction des risques ». N’en déplaise aux jokers du ministre de l’Intérieur.

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1 Christian Gerondeau, Pierre Mayet, Pierre Denizet, Jean-Michel Bérard, Isabelle Massin, Rémy Heitz, Cécile Petit, Michèle Merli, Jean-Luc Nevache, Jean-Robert Lopez, anciens délégués interministériels à la sécurité routière entre 1972 (année de création de la fonction) et 2015.

2 Ce dernier récidive aujourd’hui dans Le Journal du Dimanche via un longue étude originale réalisée pour la Ligue contre la violence routière. « A chaque fois, c’est la même chose : les routes qui concentrent le plus d’accidents mortels sont peu nombreuses, et sont très souvent sans séparateurs entre les deux voies ».

 

 

« Service sanitaire » : dès la rentrée, mise en place d’un service militaire à l’envers

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Il l’avait annoncé, et cela se fera. Avec tous les risques inhérents aux plâtres que l’on essuie. Dès septembre prochain, 47 000 étudiants en médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique, kinésithérapie et soins infirmiers vivront une nouvelle aventure, sans précédent connu.

Le décret et l’arrêté instaurant le « service sanitaire » pour tous les « étudiants en santé » ont été publiés au Journal Officiel du 13 juin 2018.  Une usine à gaz ? Peut-être, peut-être pas. En voici le cadre général, rempli de bonnes intentions :

 « Le service sanitaire contribue à la promotion de la santé, notamment à la prévention, dans tous les milieux et tout au long de la vie. Il répond aux enjeux de santé publique de promotion des comportements favorables à la santé et contribue à la réduction des inégalités sociales et territoriales en matière de santé. Il permet la formation des futurs professionnels de santé et renforce leur sensibilisation à ces enjeux en assurant leur maîtrise des connaissances et compétences nécessaires. »

Alcool, sexe et tabac

 Mais encore ?  « Concrètement, les interventions de prévention conduites par les étudiants dans le cadre du service sanitaire privilégieront les thématiques relevant d’enjeux prioritaires de prévention et promotion de la santé : alimentation, activité physique, addictions, santé sexuelle, explique Agnès Buzyn. En effet, la fréquence des comportements à risque reste élevée en France, en particulier chez les jeunes et les publics les plus fragiles socialement, moins informés des attitudes bénéfiques à la santé. »

Un exemple : les étudiants du service sanitaire pourront par exemple se rendre en établissement scolaire ou en université ou au sein d’associations pour sensibiliser aux dangers de l’abus d’alcool ou à la prévention des maladies/infections sexuellement transmissibles.

En pratique ce service sanitaire « représentera six semaines de formation théorique et pratique » incluant l’acquisition de compétences spécifiques ainsi que les interventions auprès des publics. Il sera intégré aux « maquettes de formation » (sic) et se « substituera à des activités pédagogiques ou à des stages existants » sans allongement des cursus. Qui s’en émouvra ? Une usine à gaz ? Peut-être pas. Alcool, MST. On n’oubliera pas le tabac. Une forme de service militaire à l’envers.

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Drogues : en France les morts par overdoses peuvent aider à réparer les vivants

 

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Tragédie et paradoxes. La dramatique épidémie d’overdoses médicamenteuses par opiacés aux Etats-Unis a permis d’augmenter le nombre d’organes disponibles pour les greffes – et ce sans risque majeur pour les receveurs. Tel est l’enseignement apporté à la communauté médicale par les six auteurs d’une correspondance publiée dans The New England Journal of Medicine. Ces auteurs ont analysé les données donneurs-greffes-receveurs aux Etats-Unis entre 2000 et 2016. Ils observent une augmentation d’un facteur 11 de la proportion de donneurs morts d’une overdose médicamenteuse (de 1,2 % en 2000, à 13,7 % en 2016). Une augmentation qui compte pour la majeure partie de l’augmentation générale enregistrée dans l’activité de transplantation des cinq dernières années aux Etats-Unis.

Selon ces auteurs, aucune différence significative n’a été observée dans la survie (à un an) des 2360 receveurs – que leur donneur soit mort d’une overdose médicamenteuse ou d’une autre cause (AVC, traumatisme crânien, usage d’une arme à feu, asphyxie, noyade…).  Au vu de ces données, certains spécialistes formulent de nouvelles préconisations pour réduire le différentiel entre « offre » et « demande » : étendre le nombre et le type des organes considérés comme « aptes à la greffe », et inclure des donneurs âgés, des personnes potentiellement (ou effectivement) infectées par le VIH, le VHC ou le VHB. Ces spécialistes soulignent que les risques encourus devront être scientifiquement évalués et que le patient devra également être pleinement informé.

Arrêt cardio-respiratoire

En France, le prélèvement de personnes décédées d’une overdose est possible. « Bien évidemment, afin de déterminer si les organes peuvent être prélevés, des tests médicaux et toxicologiques sont réalisés, a expliqué à la Revue Médicale Suisse 1 l’Agence française de la biomédecine. Les équipes médicales vérifient d’abord, par prélèvement sanguin, si le corps du donneur est porteur de maladies transmissibles (hépatite C, sida…). L’état des organes est également examiné grâce aux clichés pris par imagerie médicale (échographie, scanner) qui vont mettre en évidence la taille des organes, leur qualité mais aussi l’absence de maladies sous-jacentes. Chaque organe fait ensuite l’objet d’examens spécifiques. »

On ajoute que les cas de personnes prélevées après un décès par overdose sont « rares ». « Cela ne peut se faire que si le bilan médical toxicologique (en particulier cardiaque et hépatique) et virologique est négatif. Aucun problème n’a été signalé par la suite concernant les patients greffés » précise encore l’Agence.

On ajoutera que depuis peu, en France, le pancréas peut être prélevé sur un donneur décédé après arrêt cardio-respiratoire (Journal Officiel du 27 avril 2018). De tels prélèvement peuvent désormais être effectués dans l’un des vingt centres ayant mis en place un programme de prélèvement d’organes sur donneur décédé – en vue de la greffe de pancréas vascularisé ou d’îlots de Langerhans. Cette modification de la législation vise à réduire la liste d’attente des candidats en greffe pancréatique. Au 1er janvier 2017, 228 malades figuraient sur la liste d’attente. Des chiffres en augmentation régulière depuis 2011.

Outre le rein, le foie et le poumon et le pancréas, il est également envisagé de permettre le prélèvement de cœur chez des patients décédés après arrêt cardiorespiratoire.

A demain

1 Ce texte a (en partie) été initialement publié dans la Revue Médicale Suisse (Rev Med Suisse 2018; volume 14.1206-1207)

Le gouvernement accusé d’assimiler malades psychiatriques et personnes radicalisées

Bonjour

Sujet difficile – aux confins de la psychiatrie, du terrorisme et de la radicalisation. Le 23 mai 2018 Agnès Buzyn a signé le décret n° 2018-383 « autorisant les traitements de données à caractère personnel relatifs au suivi des personnes en soins psychiatriques sans consentement ». La ministre des Solidarités et de la Santé autorise, via ce texte désormais en vigueur, les Agences Régionales de Santé à « mettre en œuvre un traitement de données à caractère personnel permettant notamment d’effectuer un suivi des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques sans consentement » – et ce conformément à l’article 26 de la loi du 6 janvier 1978 modifiée relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés.

 Ce traitement de données à caractère personnel est dénommé « HOPSYWEB » (sic). Il est dénoncé sur la Toile (@hospyweb ) tandis que le décret d’Agnès Buzyn suscite les plus grandes inquiétudes au sein d’associations directement concernées : l’ADESM (Association des Etablissements participant au service public de Santé Mentale), la Fnapsy (Fédération Nationale des Associations d’usagers en psychiatrie) et l’Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques).

« Les raisons invoquées, à savoir faciliter la gestion administrative de ces patients et disposer de statistiques nationales, ne justifient en rien la constitution d’un tel fichier, soulignent-elles. S’il s’agissait d’un suivi des hospitalisations sans consentement à des fins statistiques et de suivi des situations, ce fichier national ne serait pas nominatif et ne contiendrait que des données anonymisées. En outre, le texte précise que le droit d’opposition prévu à l’article 38 de la loi « informatique et libertés » (qui prévoit que « toute personne physique a le droit de s’opposer, pour des motifs légitimes, à ce que des données à caractère personnel la concernant fassent l’objet d’un traitement ») ne s’applique pas pour la mise en œuvre d’HOPSYWEB. »

Malades vulnérables

Ces trois associations ajoutent que décret « n’est pas sans rappeler » le discours du Premier Ministre du 23 février 2018 concernant le plan national de prévention de la radicalisation.

 On ne rappellera pas à la ministre des Solidarités et de la Santé que les usagers de la psychiatrie hospitalisés « sans consentement » sont avant tout des personnes malades vulnérables et en grande souffrance qui ont besoin de soins ; que c’est une démarche très douloureuse pour les parents, enfants, frères, sœurs, conjoints, petits-enfants, qui doivent pouvoir s’en remettre pleinement au personnel soignant ; et que pour ce personnel soignant, les soins sans consentement exigent de tisser, autant que faire se peut, un lien de confiance avec la personne malade et son entourage.

« Jeter le voile de la suspicion sur les personnes ayant des troubles psychiatriques en les assimilant à des personnes radicalisées renforce le regard stigmatisant que porte la société sur elles, soulignent encore les trois associations. Avec ce décret, nourrissant les amalgames entre maladie psychique et terrorisme, c’est le secret médical et le processus de soins qui sont menacés. Nous, patients, proches, soignants, demandons une modification de ce décret afin que les données soient anonymisées. »

Elles attendent une réponse d’Agnès Buzyn.

A demain