Contre l’embrasement des urgences : 97,69 euros brut et un rafraîchissement des peintures

Bonjour

Ainsi donc, face aux urgentistes en détresse, Agnès Buzyn a fait un geste financier en promettant une homogénéisation »de la « prime individuelle de risque » pour le personnel médical. Il fallait y penser ! Créée il y a près de vingt ans par Laurent Fabius alors ministre de l’Economie («Arrêté du 21 décembre 2000 fixant le montant mensuel de l’indemnité forfaitaire de risque allouée à certains fonctionnaires hospitaliers ») cette prime (97,69 euros brut par mois) s’adressait au départ aux soignants des structures psychiatriques ou exerçant en établissements pénitentiaires. 

Vingt ans plus tard, Agnès Buzyn : « cette prime n’est pas portée partout à son juste niveau, des inégalités existent entre hôpitaux pour des situations pourtant analogues ». Cette aide sera désormais « mobilisée partout où cela est justifié » a-t-elle insisté, évoquant un engagement moral indispensable vis-à-vis de ceux qui soignent « en assumant cette part de risque ». « En avril dernier, déjà, pour calmer la colère des personnels des urgences de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), le directeur général Martin Hirsch avait annoncé le relèvement de cette prime de 5,76 euros par mois à ‘’environ 60’’, rappelle Le Quotidien du Médecin ( Anne Bayle-IniguezCyrille Dupuis).

Cette indemnité forfaitaire est versée aux soignants de la fonction publique affectés en permanence à certains services jugés dangereux en raison de la spécificité des patients qu’ils accueillent. Où l’on comprend que désormais les services d’accueil des urgences sont considérés comme des zones à risque.

Essuyer les plâtres

Sur l’autre front, celui des soignants non médicaux la ministre a annoncé la création d’une « nouvelle prime de coopération » dont le montant reste à définir. Le principe : « les médecins peuvent déléguer aux paramédicaux de leurs équipes des tâches qui leur étaient jusque-là réservées ». Cette « opportunité nouvelle est à la fois porteuse de solutions de fond pour fluidifier les prises en charge [c’est] une formidable occasion de reconnaître tous les talents d’une équipe » affirme Agnès Buzyn.

Enfin (et toujours sans définir d’enveloppe financière) la ministre a assuré que chaque Agence Régionale de Santé devra apporter son « soutien aux hôpitaux qui traversent des épisodes de tension ». « Il faut leur donner les moyens, sans délai, de rétablir des conditions de travail décentes pour les équipes », a-t-elle martelé. Et toujours dans un souci de décence Agnès Buzyn décide aussi de mobiliser les ARS pour engager des « travaux de rénovation architecturale » dans les services d’urgences où les besoins se font sentir.

De quoi parle-t-on ? A la fois d’améliorer la qualité de l’accueil de patients et les conditions de travail des personnels hospitaliers. « Je ne veux plus voir des services d’urgences vétustes, il n’est plus admissible d’être en retard dans les travaux de rénovation », s’est-elle agacée, évoquant même l’image inacceptable de « peintures défraîchies ou en lambeaux ». Et d’ajouter:« travailler dans des locaux modernes et propres, c’est bien la moindre des choses ». Certes. Il faudra, pour cela, commencer par finir d’essuyer les plâtres.

A demain @jynau

Agnès Buzyn serait bien inspirée d’abroger au plus vite son décret «psychiatrie et terrorisme»

Bonjour

La polémique enfle. Au départ ce fut, dans le silence, le feu vert officiel signé Agnès Buzyn pour le croisement d’un fichier policier national avec des données médicales et psychiatriques. Soit la ministre des Solidarités et de la Santé répondant aux souhaits du ministre de l’Intérieur. Puis le Conseil national de l’Ordre des médecins exprima ses vives inquiétudes et sa volonté de transmettre le dossier au Conseil d’Etat.

Ce décret (déjà entré en vigueur) fait que les préfets peuvent être prévenus lorsqu’une personne fichée pour « radicalisation terroriste » est hospitalisée sans consentement pour des raisons psychiatriques. « Dans un avis publié en même temps que le décret, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a estimé que la mise en relation des deux fichiers ne pouvait être ‘’envisagée qu’avec une vigilance particulière’’ » souligne l’AFP. Ce décret publié complète un premier texte du 23 mai 2018, qui autorisait le traitement et la consultation par les autorités des données de Hopsyweb – texte qui  avait déjà été vivement dénoncé. Il fait l’objet de plusieurs recours devant le Conseil d’Etat, déposés par le Conseil national de l’Ordre des médecins et des syndicats ou associations de psychiatres

Aujourd’hui ce sont vingt-trois associations de psychiatres, autres soignants et patients 1 qui, dans un communiqué commun, réclament « l’abrogation pure et simple » de ce décret établissant un lien entre psychiatrie et « radicalisation terroriste » :  Décret n° 2019-412 du 6 mai 2019 modifiant le décret n° 2018-383 du 23 mai 2018 autorisant les traitements de données à caractère personnel relatifs au suivi des personnes en soins psychiatriques sans consentement. 

Selon ces associations ce décret (signé, pour le Premier ministre de la seule ministre des Solidarités et de la Santé)  « constitue une étape supplémentaire inacceptable et scandaleuse au fichage des personnes les plus vulnérables touchées par la maladie mentale dans notre pays ». Elles dénoncent un « amalgame indigne entre le champ sanitaire et celui de prévention de la radicalisation ».

Voici, sans commentaire, leur communiqué :

« La parution du décret publié au Journal Officiel du mardi 7 mai autorisant l’échange d’informations entre le fichier Hopsyweb et le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) constitue une étape supplémentaire inacceptable et scandaleuse au fichage des personnes les plus vulnérables touchées par la maladie mentale dans notre pays, dans un amalgame indigne entre le champ sanitaire et celui de prévention de la radicalisation.
Les fortes oppositions déjà formulées lors de la création d’Hopsyweb se voient largement confirmées par un décret dont on ne peut que craindre les très lourdes conséquences en termes d’atteintes aux libertés, foulant ainsi aux pieds des années de lutte contre la stigmatisation des patients présentant des troubles psychiques.

Les événements récents autour d’un fichage SI-VIC, dénoncé par des personnels hospitaliers de patients admis en urgence lors de récents mouvements sociaux, viennent ajouter aux graves inquiétudes d’une dérive sécuritaire annoncée et dont on ne peut que constater qu’elle est désormais en cours. La mise en concordance d’informations du ressort du domaine médical et de renseignements du domaine de la lutte contre le terrorisme, et ce à l’insu de la personne concernée, représente une atteinte grave du secret professionnel qui ne saurait être tolérée. Les précautions et inquiétudes soulignées par la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés ne sont pas de nature à rassurer sur l’application concrète d’un texte dont on peut déjà anticiper les effets délétères sur le territoire national. »

A demain

@jynau

1 Voici la liste des signataires appellent à l’abrogation pure et simple de ce décret :  Sadek BELOUCIF, Président du Syndicat National des Médecins, Chirurgiens Spécialistes et Biologistes des Hôpitaux Publics (SNAM-HP) ; Marc BETREMIEUX, Président du Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH) ; Rachel BOCHER, Présidente de l’Intersyndicale des Praticiens Hospitaliers de France (INPH) ;  Pascal BOISSEL, Président de l’Union Syndical de la Psychiatrie (USP) ; Jacques BORGY, Secrétaire Général du Syndicat National des Psychologues (SNP) ; Stéphane BOURCET, Président de l’Intersyndicale de la Défense de la Psychiatrie Publique (IDEPP) ;  Michel DAVID
Président de l’Association des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire (ASPMP), Michel DAVID, Président de la Fédération Française de Psychiatrie (FFP) ;  Claude FINKELSTEIN, Présidente de la Fédération Nationale des Associations d’usagers en Psychiatrie (FNAPSY) ; Audrey FONTAINE, Présidente de l’Association Française Fédérative des Etudiants en Psychiatrie (AFFEP) ;  Thierry GODEAU, Président de la Conférence nationale des Présidents des Commissions Médicales d’Etablissement de Centres Hospitaliers ;  Jacques MARESCAUX, Président Santé Mentale France (SMF) ; Pascal MARIOTTI, Président de l’Association des Etablissements du service public de Santé Mentale (ADESM) ; Gladys MONDIERE et Benoit SCHNEIDER, Co-Présidents de la Fédération Française des Psychologues et de Psychologie (FFPP) ;  Marie-Rose MORO, Présidente du Collège National des Universitaires de Psychiatrie (CNUP) ; Christian MÜLLER, Président de la Conférence nationale des présidents de Commissions Médicales d’Etablissement de Centres Hospitaliers Spécialisés ;  Renaud PEQUIGNOT, Président d’Avenir Hospitalier ; Annick PERRIN-NIQUET, Présidente du Comité d’Etudes des Formations Infirmières et des Pratiques en Psychiatrie (CEFI-Psy) ; François-René PRUVOT, Président de la Conférence nationale des presidents de Commissions Médicales d’Etablissement des Centres Hospitaliers Universitaires ;  Marie-Jeanne RICHARD, Présidente de l’Union Nationale de Familles et Amis de personnes malades et/ou handicapés psychiques (UNAFAM) ; Norbert SKURNIK, Président de la Coordination Médicale Hospitalière (CMH) ;  Jacques TREVIDIC, Président de la Confédération des Praticiens Hospitaliers (CPH) ;  Michel TRIANTAFYLLOU, Président du Syndicat des Psychiatres d’Exercice Public (SPEP).

La police, la psychiatrie et le secret médical: Agnès Buzyn rattrapée par l’Ordre de médecins

Bonjour

Ainsi donc Agnès Buzyn vient, pour le Premier ministre, de signer un décret qui permet le croisement de données médicales avec les fichiers policiers : Décret n° 2019-412 du 6 mai 2019 modifiant le décret n° 2018-383 du 23 mai 2018 autorisant les traitements de données à caractère personnel relatifs au suivi des personnes en soins psychiatriques sans consentement 

 « Objet : mise en relation, pour certaines finalités entre certaines informations enregistrées dans les traitements de données à caractère personnels dénommés HOPSYWEB d’une part et FSPRT d’autre part. 
Entrée en vigueur : le texte entre en vigueur le lendemain de sa publication. 
Notice : le décret autorise la mise en relation entre les données enregistrées dans les traitements HOPSYWEB et FSPRT. Cette mise en relation concerne uniquement les informations transmises au représentant de l’Etat dans le département sur les admissions en soins psychiatriques sans consentement prévues par le code de la santé publique et le code de procédure pénale et a pour objet la prévention de la radicalisation. »

Terroristes potentiels

 Nous avons vu que tout, ici, remontait à l’été 2017, comme ce blog le garde en mémoire, quand Gérard Collomb, alors ministre français de l’Intérieur, annonçait au micro de RTL qu’il explorait la piste d’une collaboration entre la police,  les services psychiatriques et les psychiatres libéraux. Objectif : « repérer » les terroristes potentiels ; renforcer la détection des profils à risque, notamment des personnes développant des « délires autour de la radicalisation islamique ».

Or l’Ordre des médecins avait rapidement fait part de ses réserves, tout comme de nombreux psychiatres avaient exprimé leurs critiques et leurs craintes. Pour autant la Dr Agnès Buzyn avait signé ce décret. L’affaire n’est toutefois pas terminée, comme vient de le démontrer un communiqué ordinal :

« Après la parution au Journal officiel d’un décret du ministère des Solidarités et de la Santé, autorisant les traitements de données à caractère personnel relatifs au suivi des personnes en soins psychiatriques sans consentement, le 7 mai 2019, le Conseil national de l’Ordre des médecins a décidé d’examiner les voies juridiques d’un recours au Conseil d’Etat contre ce décret. Il se prononcera, à cet égard, le vendredi 17 mai prochain, après s’être réuni collégialement en Bureau. »

Confiance

Et l’Ordre de rappeler qu’il est « garant des principes fondamentaux de l’exercice professionnel, en particulier celui du secret médical ». A ce titre il avait déjà déposé, en juillet 2018, un recours devant le Conseil d’Etat au sujet du dispositif Hopsyweb « relatif au suivi des soins sans consentement ». Il y interrogeait notamment l’accès aux données personnelles par des personnes désignées par le ministère de la Santé et la durée de conservation des données.

L’Ordre des médecins « tient à réaffirmer la nécessité de préserver le caractère absolu du secret médical, qu’il considère comme une condition sine qua non de la relation de confiance entre un patient et son médecin ». Et pleinement conscient des enjeux liés à la prévention de la radicalisation, il rappelle que la législation permet, déjà, des exceptions au secret professionnel en cas de danger imminent.

A ce titre une stricte application des textes législatifs en vigueur était selon lui suffisante. Elle aurait permis de prévenir les risques inhérents aux croisement des données. Agnès Buzyn, étrangement, ne l’a pas entendu. Où l’on voit que la solidarité gouvernementale peut s’imposer aux solennelles recommandations ordinales.

A demain

@jynau

 

Grosses Têtes : Roselyne Bachelot doit s’expliquer sur la flambée des médicaments OTC

Bonjour

C’était il y a onze ans. Nicolas Sarkozy présidait. François Fillon était Premier ministre et Roselyne Bachelot-Narquin, ancienne pharmacienne, était ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. Cette dernière signait, le 30 juin de cette année-là, le Décret n° 2008-641 du 30 juin 2008 relatif aux médicaments en accès direct dans les officines » Journal Officiel du 1er juillet 2008 : 10577-10578.

« En France, depuis juillet 2008, les pharmaciens sont autorisés à mettre à disposition du public, dans leur officine, certains médicaments en « libre accès », expliquait alors le mensuel Prescrire. Ils n’y sont pas obligés. À eux, le cas échéant, de faire les bons choix, notamment : proposer des médicaments utiles, ayant un conditionnement adapté, et saisir chaque occasion pour renforcer le conseil ». Et l’indépendant Prescrire ajoutait :

« En France, la mise en œuvre du « libre accès » est en droite ligne de la « marchandisation » du médicament. Un des objectifs des pouvoirs publics est d’ailleurs clairement commercial : « offrir des prix publics concurrentiels et améliorer le pouvoir d’achat des citoyens ». Selon la ministre de la Santé, « un observatoire des prix sera lancé très prochainement ». Il sera aussi intéressant d’observer l’escalade publicitaire que cela va provoquer. Aucun des médicaments en « libre accès » n’est remboursable par l’Assurance-maladie. Même à des prix annoncés moindres, les patients n’ont pas besoin de médicaments à balance bénéfices-risques défavorable, ni de médicaments sans efficacité démontrée et recyclés pour l’automédication. »

Onze ans après « les prix se sont envolés » vient de révéler l’association de consommateurs Familles rurales qui publie, ce mardi 16 avril, les résultats de son étude annuelle sur les prix des médicaments.

Jungle tarifaire et esprit de lucre

Depuis la création de son « Observatoire des médicaments » en 2010, Familles rurales dit avoir constaté une hausse de 9 % du prix moyen de son « panier » de médicaments les plus fréquemment utilisés dans la santé familiale, précise l’AFP. Le prix de l’anti-inflammatoire Nurofen®, par exemple, a bondi de 25 % depuis 2010, celui des pastilles pour la gorge Strepsils® de 19 % et celui du médicament contre les aigreurs d’estomac Maalox® de 12 %, selon l’association.

Les médicaments OTC (« over the counter ») ont par ailleurs subi deux hausses successives de TVA sur la période, passée de 5,5 % à 7 % en 2012 puis de 7 % à 10 % en 2014. L’association relève aussi des écarts de prix très importants de ces médicaments, qui peuvent varier du simple au triple selon les pharmacies. En moyenne, l’écart constaté tourne autour de 190 %.

Plus généralement l’ouverture à la vente en ligne de médicaments OTC depuis fin 2012 renforce la « jungle tarifaire qui règne sur ce secteur », et dégrade l’accompagnement des patients, estime encore Familles rurales. De nombreux sites ne respecteraient pas les règles applicables en termes de conseils aux consommateurs : 30 % ne proposent pas de questionnaire visant à vérifier la compatibilité du médicament avec l’état de santé du patient.

Dans les « officines physiques »l’association déplore le délitement de l’information accessible, affirmant que « 75 % des boîtes sont dépourvues d’étiquette » indiquant leur prix, et que la moitié sont rangées sur des présentoirs situés derrière le comptoir des pharmacies. Familles rurales dénonce enfin des campagnes publicitaires « de plus en plus agressives » dans le secteur qui font oublier aux consommateurs les risques de certains médicaments. L’association en appelle aux pouvoirs publics pour mettre en œuvre des sanctions à l’encontre des professionnels ne respectant pas les droits des patients.

Onze ans après. Nicolas Sarkozy et François Fillon sont partis vers d’autres cieux, sous d’autres longitudes. Reste la signataire du décret, ancienne pharmacienne ayant œuvré au sein de l’industrie pharmaceutique.  Il serait intéressant de connaître son point de vue  sur l’évolution d’une situation dont elle est personnellement à l’origine. La question pourrait lui être posée dans le cadre des « Grosses Têtes », célèbre émission radiophonique (RTL) caractérisée par une forme d’humour grivois à laquelle l’ancienne pharmacienne-ministre participe régulièrement pour la plus grande joie des auditeurs.

A demain

@jynau

Vacance : avez-vous le profil pour devenir le prochain patron de «Santé Publique France» ?

Bonjour

Vive agitation, en France, dans le milieu (et aux périphéries) de la « santé publique ». La course est lancée depuis la publication de ceci au Journal Officiel de la République française (daté du 12 mars 2019) : Avis de vacance du poste de directeur général de l’Agence nationale de santé publique « Santé publique France » .

Une belle opportunité. Savoir que le directeur général de l’Agence nationale de santé publique, nommé par décret du Président de la République, dirige l’établissement et rapporte à son conseil d’administration (articles L. 1413-10 et R. 1413-15 et suivants du code de la santé publique). Il est nommé pour un mandat de trois ans renouvelable – en sachant toutefois que la limite d’âge du directeur général est fixée à 67 ans. Une limite bientôt atteinte par le Dr François Bourdillon. Le montant du salaire et le détail des avantages associés ne sont pas communiqué.

Un rafraîchissement s’impose : l’Agence nationale de santé publique (« Santé publique France ») a démarré son activité le 1er mai 2016. Trois ans, donc, qu’elle a repris l’ensemble des missions, compétences et pouvoirs exercés antérieurement par l’Institut de veille sanitaire (InVS), l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS), ainsi que leurs biens, personnels, droits et obligations. L’Agence nationale de santé publique a également repris les missions d’ADALIS (service public d’aide à distance).

L’affaire est de taille : 596 agents, montant de son budget annuel d’environ 190 M€, essentiellement financé par une subvention de l’Etat. Siège à Saint-Maurice (Val-de-Marne). Missions : observation de l’état de santé des populations, promotion de la santé, prévention, éducation pour la santé, veille et réponses aux « menaces et crises sanitaires ». Instances de gouvernance : le conseil d’administration, le conseil scientifique et les comités d’experts, le conseil d’orientation et de dialogue.

Cigarette électronique

Philosophie générale : la création de « Santé publique France » permet d’assurer, au sein d’un même organisme, un continuum entre l’observation de la santé des populations, la promotion de la santé et la prévention ainsi que l’intervention en cas de crise sanitaire. Ambition : une organisation unifiée, resserrée, à la fois fondée sur les meilleures pratiques antérieures, vise à être plus efficace et efficiente, plus réactive, plus agile, plus moderne aussi afin d’être à même de relever les défis émergents de santé publique. Attention :

« Il est de la plus haute importance que ‘’Santé publique France’’ exerce ses missions en cohérence avec l’ensemble du système des agences sanitaires et des réseaux de santé publique et les articule avec celles des Agences Régionales de Santé qui conduisent les politiques de santé au plus près des territoires. L’activité de l’agence est déterminée par un programme de travail consolidé annuellement qui répond aux priorités fixées par la ministre chargée de la santé [hier Marisol Touraine, aujourd’hui Agnès Buzyn] ainsi qu’à d’éventuelles problématiques émergentes de santé publique. »

De ce point de vue la marge de manœuvre peut être limitée – comme on a pu et comme on peut le voir dans le champ du tabagisme et de la réduction des risques avec la cigarette électronique.

Savoir parler au public et aux journalistes

Combien peuvent, raisonnablement, postuler ? Beaucoup moins sans doute que l’on pourrait l’imaginer :

« Il est attendu, des candidats à cette fonction, une aptitude à diriger un établissement à vocation d’excellence scientifique et technique et à rayonnement international, des capacités à concevoir et déployer des stratégies en matière de veille, de surveillance, d’intervention en santé, à dialoguer avec les parties prenantes dans un environnement complexe, évolutif et médiatisé.

« Une expérience importante et réussie dans le domaine de la santé publique (prévention et promotion de la santé et/ou de la sécurité sanitaire, etc.) est nécessaire, de même que la capacité à porter une stratégie de communication sur les sujets qui en découlent. Ce poste requiert des garanties d’indépendance et d’impartialité, dans le but de prévenir toute situation de conflit d’intérêts. Il nécessite en outre une excellente maîtrise de la prise de parole en public et face aux média (sic).

« L’agence étant fortement impliquée dans de nombreux partenariats et projets tant européens qu’internationaux, un excellent niveau de langue anglaise, oral et écrit, est requis. La sélection des candidats comporte une audition par une commission interne du ministère chargé de la santé. A l’issue de la sélection, le candidat retenu sera auditionné par les deux assemblées parlementaires avant sa nomination. »

Le dossier de candidature comprenant un curriculum vitae détaillé avec la liste des expériences, publications et travaux ainsi qu’une lettre d’intention est à adresser dans un délai de trente jours à compter de la date de publication du présent avis au Journal Officiel au directeur de cabinet de la ministre des solidarités et de la santé, ainsi qu’au Directeur Général de la Santé uniquement par voie électronique aux adresses : raymond.lemoign@sante.gouv.fr et jerome.salomon@sante.gouv.fr.

A demain

@jynau

Urgent : le gouvernement décrète la mobilisation nationale médicale contre la rougeole

Bonjour

L’heure est à l’action. Depuis le 1er janvier 2019, 288 cas de rougeole ont été déclarés en France et 90% de ces cas sont survenus chez des sujets non ou mal vaccinés. Par ailleurs, plusieurs foyers épidémiques actifs, dont certains dans des zones touristiques, ont été rapportés avec un risque important de propagation sur le territoire national et à l’étranger.

Outre la mobilisation de la réserve sanitaire 1, voici donc ce que vient d’adresser la Direction générale de la santé aux membres du corps médical français :

« Il est important que vous puissiez signaler les cas de rougeole, dès la suspicion du diagnostic, pour permettre un déclenchement rapide des investigations et la mise en œuvre de mesures prophylactiques pour les personnes contacts. Le signalement peut s’effectuer par appel au numéro de téléphone unique de la plateforme régionale de veille et d’urgence sanitaire de votre ARS (ou par e-mail ou par fax).

« La nécessité de recommander l’éviction de la collectivité jusqu’à 5 jours après le début de l’éruption et de mettre en place des mesures barrières et d’hygiène adaptées face à tout cas de rougeole doit être rappelée à vos patients : Isoler dès la suspicion du diagnostic de rougeole posée et bien aérer les zones de présence du patient car la transmission aérienne du virus reste possible jusqu’à 2 heures après son départ dans un espace clos, se laver les mains et porter un masque chirurgical et enfin rappeler à l’entourage les règles d’hygiène (solution hydro-alcoolique pour la désinfection des mains).

Combien de médecins non vaccinés ? 

« Il convient, dans la mesure du possible, de limiter au maximum le nombre d’intervenants auprès du patient suspect (ces intervenants devant être, si possible, à jour de leur vaccination) et d’assurer la protection individuelle des professionnels par le port d’un masque chirurgical.

Compte-tenu de la situation épidémiologique, la vérification du statut vaccinal et, au besoin, sa mise à jour est indispensable pour tous les professionnels et notamment pour ceux travaillant dans vos cabinets ou dans les services accueillant des patients à risque de rougeole grave.

Vous pourrez consulter la conduite à tenir devant un ou plusieurs cas de rougeole et retrouver toutes les informations et documents utiles sur le site du Ministère des Solidarités et de la Santéhttps://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/rougeole/rougeole-professionnels-de-sante »

Question : combien de médecins français (sans même parler de tous les « professionnels de santé ») ne sont-ils toujours pas, aujourd’hui, vaccinés contre la rougeole ?

A demain

@jynau

1 Arrêté du 4 mars 2019 relatif à la mobilisation de la réserve sanitaire (Journal Officiel du 12 mars)

La ministre des solidarités et de la santé, Vu le code de la santé publique, notamment ses articles L. 3132-1 et L. 3134-1 ; Considérant le contexte de l’augmentation du nombre de cas de rougeole, notamment chez des personnes non vaccinées, sur le territoire national ; Considérant la nécessité de pouvoir investiguer rapidement toute situation de survenue de cas groupés sur le territoire national ; Considérant la nécessité de vacciner rapidement toute personne ayant été en contact avec un cas de rougeole et éligible à cette vaccination,

Arrête : Art. 1er. – La réserve sanitaire est mobilisée à compter du 5 mars 2019 pour une durée de 3 mois, renouvelable une fois, afin de renforcer les capacités d’investigation et de vaccination autour des situations de cas groupés de rougeole sur le territoire national. Art. 2. – Les réservistes mentionnés à l’article 1er sont affectés auprès du directeur général de l’agence régionale de santé du territoire au sein duquel elle intervient. Art. 3. – Le directeur général de la santé et le directeur général de l’agence nationale de santé publique sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté, qui sera publié au Journal officiel de la République française. Fait le 4 mars 2019.

 

Agnès Buzyn fait une croix sur l’obligation du BCG pour les professionnel.le.s de la santé

Bonjour

On l’attendait depuis si longtemps qu’on l’avait oublié. Puis le voici : « Décret n° 2019-149 du 27 février 2019 modifiant le décret n° 2007-1111 du 17 juillet 2007 relatif à l’obligation vaccinale par le vaccin antituberculeux BCG . Un décret signé d’Agnès Buzyn. A compter du 1er avril prochain l’obligation vaccinale par le vaccin antituberculeux BCG sera « suspendue » pour « certaines activités et professions ». « Publics concernés » :

« Etudiants en vue de l’exercice de professions médicales et pharmaceutiques et des professions à caractère sanitaire et de caractère social ; personnes et personnels exerçant une activité dans les établissements accueillant des enfants de moins de 6 ans, dans les laboratoires d’analyses médicales, dans les établissements pénitentiaires, dans les services de probation, dans les établissements et services de la protection judiciaire de la jeunesse ; personnels soignants et susceptibles d’avoir des contacts répétés avec des malades tuberculeux dans les établissements de santé, dans les hôpitaux des armées et l’Institution nationale des invalides, dans les dispensaires ou centres de soins, dans les centres et consultations de protection maternelle infantile, dans les établissements d’hébergement et services pour personnes âgées, dans les structures prenant en charge des malades porteurs du virus de l’immunodéficience humaine ou des toxicomanes, dans les centres d’hébergement et de réinsertion sociale, dans les structures contribuant à l’accueil de personnes en situation de précarité, dans les foyers d’hébergement pour travailleurs migrants ; assistantes maternelles ; sapeurs-pompiers des services d’incendie et de secours. »

Guyane et Mayotte

« C’était attendu depuis plusieurs années, a expliqué au Quotidien du Médecin le Pr Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations. Le Haut Conseil de la santé publique avait rendu un avis en 2017 en ce sens. C’était très discutable de faire une obligation pour un vaccin à l’efficacité limitée chez l’adulte. D’autant plus que la proportion de jeunes non vaccinés dans l’enfance pour le BCG va aller en croissant, depuis la levée de l’obligation de ce vaccin en 2007 chez l’enfant. »

Vaccin controversé, à l’efficacité hautement discutée, le BCG ne fait pas partie des onze vaccins rendus obligatoires avant l’âge de deux ans pour les nourrissons nés à partir du 1er janvier 2018. Précision toutefois pour ceux qui, en France, seraient en quête de doses 1 : il faudra demander le « BCG AJVaccines », nouveau vaccin en remplacement du vaccin « BCG SSI ». Il est produit par le laboratoire AJVaccines (titulaire de l’autorisation de mise sur le marché), qui a racheté le site de production du vaccin « BCG SSI ».

Le « BCG AJVaccines » est distribué en France par le laboratoire Centre Spécialités Pharmaceutiques (CSP) : distribution à titre exceptionnel et transitoire (doses de vaccin initialement destinées au marché finlandais) depuis le 5 décembre 2018, avant une remise à disposition normale prévue au cours du deuxième trimestre 2019.

C’est écrit : la tuberculose est loin d’avoir disparu; pour autant on aura bientôt oublié jusqu’aux noms d’Albert Calmette et de Camille Guérin

A demain

@jynau

1 Pour les enfants « exposés à un risque élevé  » de tuberculose, la vaccination par le BCG est recommandée à partir de l’âge d’un mois, idéalement au cours du deuxième mois. Toutefois, pour les enfants originaires de Guyane, de Mayotte ou ayant un membre de l’entourage atteint d’une tuberculose récente (moins de 5 ans), la vaccination est recommandée avant la sortie de la maternité. Le vaccin peut être co-administré avec les vaccins prévus à l’âge de 2 mois. Chez les enfants à risque non vaccinés, la vaccination peut être réalisée jusqu’à l’âge de 15 ans.