Marlboro® à 8 euros : les fumeurs français peuvent continuer à se préparer à arrêter

Bonjour

C’est un document de 78 pages signé de Gérald Darmanin et Agnès Buzyn. Il vient d’être publié au Journal Officiel du 4 février. Les deux ministres nous disent tout (ou presque) sur ce que les fumeurs devront débourser à compter du 1er mars. Il faut voir là, nous dit l’Agence France Presse, une nouvelle illustration « de la volonté du gouvernement de faire chuter la consommation de tabac en France ».

Serait-ce si simple ? Comme toujours avec Big Tobacco le pouvoir exécutif ne maîtrise pas totalement la situation. Ainsi les paquets de vingt Marlboro « rouges » et « gold », qui étaient à 7,30 euros seront vendues 8 euros et non 8,30 euros, le géant fabricant « ayant apparemment décidé d’absorber lui-même une partie de la hausse des taxes ». Dans le bas de gamme, en revanche,  les Lucky Strike Red, qui étaient à 6,80 euros, passent à 7,80 euros, de même que les Winfield et Winston rouges. 1

Quel sera l’impact de cette hausse sur la consommation de tabac qui, en France, demeure l’une des plus fortes de toutes celles recensées en Europe ? Le gouvernement ne le dit pas ; pas plus qu’il n’a encore dévoilé les détails du nouveau « Programme national de réduction du tabagisme »2 . Big Tobacco, en revanche, a fait ses comptes.

 Sous le manteau

« Nous estimons que cette hausse de 1 euro en moyenne par paquet contribuera à faire baisser les ventes légales de tabac de 10 à 15 % en 2018 par rapport à 2017 », a ainsi indiqué à l’AFP Eric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques de British American Tobacco (BAT), quatrième sur le marché français des cigarettiers. On observera que cet ancien diplômé de la faculté de droit et de Sciences-Po Aix-en-Provence (et de l’University College de Londres) ne parle que des « ventes légales » de tabac. Et l’on sait par ailleurs que les buralistes français ne cessent de dénoncer la part, croissante selon eux, d’un marché parallèle.

Les volumes de cigarettes vendues sous le manteau (ou achetées à l’étranger) progressent-ils proportionnellement à l’augmentation des prix des cigarettes officielles ? Une forme de mafia a-t-elle pris le relais des buralistes ? Personne ne semble en mesure de répondre à cette question majeure de santé publique. Si tel devait être le cas  la politique actuelle d’augmentation des prix aurait, d’emblée, fait la preuve de ses limites.

E-cigarette et substituts

Pour l’heure, et dans l’attente d’en savoir plus sur le sujet, l’objectif du paquet de vingt à 10 euros en novembre 2020 reste d’actualité. Un objectif à atteindre «  par bonds progressifs et étalés dans le temps ». Il s’agit, selon Agnès Buzyn,  de permettre aux fumeurs « de se préparer » :

« C’est une hausse en trois ans, ce qui était mon souhait. Ça permet aux gens de se préparer et de trouver les moyens d’arrêter de fumer. C’est un calendrier qui permet à chacun de se mettre dans la perspective de l’arrêt. »

On peut désormais espérer que d’ici novembre 2020 la ministre des Solidarités et de la Santé trouvera d’autres leviers pour «  aider les gens à trouver les moyens d’arrêter ». Comme la prise en charge intégrale des substituts nicotiniques et la promotion de la cigarette électronique ; e-cigarette sur laquelle lorgnent désormais ouvertement les buralistes.

A demain
1 Cigarettes : Marlboro Rouge et Gold : 8 euros, Philip Morris Marron : 8 euros, Lucky Strike Red : 7,80 euros, News Rouge : 8 euros, Camel : 8 euros, Gauloises Blondes Rouge et Bleu : 8 euros, Winfield Rouge : 7,80 euros, JPS Black : 7,90 euros, Winston Rouge : 7,80 euros, Chesterfield Rouge : 7,80 euros, L&M Rouge : 7,80 euros.

Tabac à rouler : Fleur du Pays blond en 40 grammes : 14,50 euros, Interval blond en 40 grammes : 14,50 euros, Camel en 30 grammes : 10,40 euros, News tubes en 30 grammes : 10,40 euros, 1637 blond en 30 grammes : 10,50 euros

Cigarillos : Café Crème : 8,60 euros, Néos Classic : 8,20 euros, Méhari’s : 8,80 euros, Clubmaster : 8,20 euros, La Paz : 10,60 euros, Fleur de Savane : 7,90 euros, Panter : 8,40 euros.

2 Interrogé, le cabinet d’Agnès Buzyn nous a indiqué que ce Plan serait détaillé « fin mars ».

 

Affaire Lactalis ou pas, la Direction générale de la répression des fraudes a changé de tête

Bonjour

Les violentes bourrasques laitières et politiques ne sont qu’une hypothèse.

Corrélation ne vaut pas certes pas causalité. Reste la contemporanéité. Directrice générale de la puissante Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) depuis 2009, Nathalie Homobono a dû céder sa place.  L’annonce en a été faite lors du conseil des ministres du 3 janvier, avec une publication du décret de nomination au Journal Officiel dès le jeudi 4 janvier.

Virginie Beaumeunier était jusqu’ici cheffe du service stratégie pilotage budget à la direction générale des finances publiques depuis moins d’un an. Précédemment, elle avait occupé la fonction de rapporteur de l’autorité de la concurrence depuis mars 2009. De décembre 2004 à février 2008, elle était sous-directrice de la DGCCRF. Compte tenu de son parcours, la nouvelle directrice générale est, nous dit-on, une habituée des questions de consommation. Mme Beaumeunier est diplômée de Sciences Po Paris, et de l’ENA. Elle devra s’intéresser au sanitaire.

Ce n’est là qu’une hypothèse politique et laitière. A confirmer ou à réfuter.

A demain

Le gouvernement avait annoncé une hausse des prix du tabac. Que croyez-vous qu’il arriva ?  

Bonjour

On savait le gouvernement engagé dans une politique d’augmentation des prix du tabac. On n’imaginait pas Big Tobacco plus puissant que le gouvernement français, capable de le contrecarrer. Explications.

Il y a quelques jours, parution au JO de l’arrêté du 13 décembre 2017 homologuant les prix de vente au détail des tabacs  pour le 2 janvier 1. Puis les Douanes & Droits indirects ont apporté certaines précisions dans un communiqué du 18 décembre. « Un exercice inhabituel pour notre autorité de tutelle » observe le site des buralistes. Un étrange communiqué d’où il ressort qu’après une augmentation (en novembre) de 30 centimes le prix moyen du paquet de 20 cigarettes « est en léger recul, de 5 centimes d’euros ».  C’est ainsi que les prix homologués des paquets de 20 cigarettes s’établissent de 6,70 euros à 8,10 euros. Soit un plancher bien plus bas qu’espéré par le ministère de la Santé.

« Ces modifications de prix résultent de l’initiative de certains industriels du tabac » reconnaissent les Douanes & Droits indirects. Qui estiment toutefois que tout cela est «  en cohérence avec le calendrier et le résultat attendu de l’augmentation de la fiscalité des produits du tabac. »

Profession de foi

D’où, sans doute, le rappel de la profession de foi de Bercy :

« Dans le cadre de sa politique de santé publique et conformément aux engagements du Président de la République, le Gouvernement a décidé une augmentation du prix du tabac en se fixant un objectif de prix du paquet de 20 cigarettes à 10 euros en novembre 2020.

 « Ainsi, la prochaine homologation des prix du tabac, qui entrera en vigueur début mars 2018, prendra en compte l’augmentation de la fiscalité des produits du tabac votée dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018. La hausse attendue des prix des paquets de 20 cigarettes est de l’ordre de 1 euro. »

Sauf, bien évidemment si Big Tobacco en décide autrement.

Qu’on se le dise : « Le gouvernement est déterminé à inciter les fumeurs à s’arrêter de fumer et à les y accompagner, ainsi qu’à rendre moins accessibles et attractifs les produits du tabac vis-à-vis des jeunes. » Avec, pour mémoire, cette information de Bercy: « Dans l’Union européenne, les prix des produits du tabac sont fixés librement par les fabricants. En France, les changements de prix des références proposés par les fabricants sont homologués conjointement par la direction générale des douanes et droits indirects et la direction générale de la santé. »

Il reste dès lors au gouvernement à nous expliquer  pourquoi on fume nettement plus en France que dans l’ensemble des pays de l’Union européenne.

A demain

1 JORF n°0293 du 16 décembre 2017 – texte n° 64 : arrêté du 13 décembre 2017 modifiant l’arrêté du 24 juin 2016 portant homologation des prix de vente au détail des tabacs manufacturés en France, à l’exclusion des départements d’outre-mer [www.legifrance.gouv.fr]

Médecins mercenaires hospitaliers piégés : jamais plus de 1 500 euros par 24 heures

 

Bonjour

A la différence notable des journalistes, les médecins français ne lisent jamais assez. Même le dimanche. A commencer par le Journal Officiel de la République française. Celui dominical du 26 novembre publie un arrêté d’importance : « Décret n° 2017-1605 du 24 novembre 2017 relatif au travail temporaire des praticiens intérimaires dans les établissements publics de santé ». Une pièce maîtresse signée de la ministre des Solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, accompagnée du ministre montant de l’Action et des Comptes publics, le jeune Gérald Darmanin (qui, fatalité, fait la Une du Journal du Dimanche au motif qu’il rejoint le camp du Président).

Résumons ce qui constitue un petit événement dans le grand monde hospitalier : la rémunération des médecins « intérimaires » (employés dans les hôpitaux publics pour pallier la pénurie de praticiens) sera plafonnée à compter de janvier 2018 – et ce de manière dégressive jusqu’en 2020. En pratique le salaire brut maximal d’un médecin, dentiste ou pharmacien mis à disposition d’un établissement public ne pourra plus, désormais, dépasser 1 404,05 euros pour une journée de vingt-quatre heures en 2018, 1 287,05 euros en 2019 et 1 170,04 euros en 2020.

Gardes en or massif

Un rapport parlementaire de 2013 estimait à 500 millions d’euros par an la facture liée aux recours à l’incompréhensible intérim hospitalier. L’objectif de ce décret est, aussi, de réduire le décalage entre la rémunération des « médecins mercenaires » et celles des postes de praticiens hospitaliers, qui sont de deux à quatre fois moins bien payés. La sénatrice Frédérique Gerbaud (Les Républicains, Indre) avait « alerté » en novembre 2017 via une question écrite la ministre Agnès Buzyn sur ce sujet – elle évoquait des rémunérations « allant de 1 800 à plus de 2 000 euros pour vingt-quatre heures de garde ». Sans parler de certains titulaires hospitaliers qui ne résistent pas à la tentation sont d’arrondir/compléter leur salaire en faisant des gardes en intérim dans d’autres établissements que le leur – et ce sur leur temps libre.

Devant sa cheminée, le Journal Officiel replié, le médecin français pourra, en ce 26 novembre 2017 « gélif », ouvrir son Journal du Dimanche – chaque semaine plus macronien. Il y trouvera un étrange poulet intitulé « Le scandale des opérations inutiles ». Une roquette administrative pilotée depuis les moquettes de la Fédération hospitalière de France contre les blocs opératoires ; où l’on ne démontre nullement 1 (contrairement au titre) que les chirurgiens français opéreraient dans le seul but de gagner de l’argent – et, qui plus est, contre l’intérêt de leurs patients.

A demain

1 Extrait: « Césarienne, pontage coronarien, chirurgie de la colonne vertébrale, pose d’un stent (petit ressort) coronaire ou vasculaire, chirurgie du cristallin. Cinq opérations fréquentes ont été scrutées à la loupe dans la base hospitalière PMSI (programme de médicalisation des systèmes d’information) par la société Héva. Plus précisément, ce cabinet spécialisé dans le traitement des données de santé a mesuré la « consommation de soins » territoire par territoire (taux de recours, dans le jargon statistique). Finalement, prolongeant un atlas publié l’an dernier par l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), l’étude met au jour d’étonnantes disparités géographiques (…)

« « Autrefois, on pratiquait trop d’interventions dans le privé mais pas dans le public. Aujourd’hui, un chirurgien hospitalier qui n’utilise pas assez son bloc opératoire perd des infirmières dans son service, donc il peut préférer pousser la machine », relève Israël Nisand, à la tête de deux maternités au CHU de Strasbourg. Le professeur refuse de « juger » l’obstétricien « seul aux commandes » qui, après avoir bossé toute la journée et sauvé la vie d’une femme en pleine hémorragie, opère un peu trop vite en début de soirée et accélère la naissance pour éviter de passer la nuit debout. »

 

 

Trisomie 21 : existe-t-il un « fichage national » ?  Voici la réponse officielle du Conseil d’Etat 

 

Bonjour

Sur fond d’eugénisme démocratique l’affaire, curieusement, ne passionne guère les médias généralistes friands de polémiques. Résumons-là. Et faisons-là commencer avec le décret n° 2016-545 du 3 mai 2016 qui modifie le code de la santé publique via l’article R. 2131-2-3. Le ministre chargé de la santé peut arrêter (dans le cadre de l’évaluation et du contrôle de qualité de certains examens de diagnostic prénatal) les données que les biologistes médicaux doivent transmettre à l’Agence de la biomédecine.

Quelques jours plus tard, sur le fondement de cet article, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé prenait un arrêté précisant notamment les données transmises par les biologistes médicaux.  La Fondation Jérôme Lejeune, le collectif contre l’handiphobie ainsi que des particuliers demandèrent alors l’annulation de ces disposition pour excès de pouvoir. L’essentiel de la requête mettait en cause la conformité du traitement informatique des données ainsi collectées aux principes constitutionnels et issus de la Convention européenne des droits de l’homme ainsi qu’à la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés. La fondation Jérôme Lejeune faisait notamment valoir :

« Le décret et l’arrêté obligent les professionnels à transmettre de nombreuses données intimes et personnelles des femmes enceintes qui ont fait le dépistage : date de début de grossesse, date de réalisation de l’échographie,  numéro identifiant l’échographiste, code barre fourni par le laboratoire, dans les faits, la fiche recueille également l’ ‘’issue de la grossesse’’, selon l’euphémisme officiel  

« Ces données sont mises dans les mains de l’Agence de Biomédecine (ABM), transformée pour l’occasion en organe de ‘’contrôle qualité’’ des pratiques médicales eugéniques. Les dispositions réglementaires prévoient que l’ABM transmet ces données personnelles à des organisations de santé telles que la Fédération française des réseaux de santé en périnatalité,  les organismes agréés par la HAS, les réseaux de périnatalité et à chaque organisme agréé par la HAS. »

Dignité de l’humain respecté

S’agissait-il là d’un « fichage national ? Dix-hui mois plus tard le Conseil d’Etat vient de trancher. Il rejette l’essentiel du recours de la Fondation Jérôme Lejeune. Il annule toutefois partiellement l’arrêté du 11 mai 2016 dans sa partie « mise à disposition des données » : « mise à disposition de la Fédération française des réseaux de santé en périnatalité de l’ensemble des données collectées par les praticiens et biologistes lors des examens d’échographie et d’analyse des marqueurs sériques maternels nécessaires au diagnostic prénatal du risque de trisomie 21 «  – et  « mise à disposition des organismes agréés par la Haute Autorité de santé (HAS) pour l’accréditation de la qualité de la pratique professionnelle des données collectées autres que celles correspondant aux professionnels ayant adhéré au programme d’assurance qualité de l’organisme ».

Pour le Conseil d’État le dispositif d’évaluation ici mis en œuvre « répond à l’objectif d’intérêt général d’amélioration des pratiques des professionnels et de recherche d’une plus grande fiabilité des tests de dépistage, en vue notamment de diminuer le recours aux méthodes invasives de diagnostic telles que les amniocentèses ». A ce titre il juge qu’en tant que telle, cette évaluation « ne porte aucune atteinte au principe constitutionnel du respect de la dignité de la personne humaine ni aux principes de droit à la vie ou de non-discrimination ».

Il constate en revanche que le ministre « n’a pas démontré en quoi la mise à disposition de l’ensemble des données à caractère personnel recueillies sur le territoire national à la Fédération française des réseaux de périnatalité et de tous les organismes agréés par la Haute Autorité de santé, était justifiée ».

Demi-teinte et transhumanisme

Pour la Fondation Jérôme Lejeune il s’agit là d’une « décision en demi-teinte » qui « prive en partie le fichage de son intérêt ». « Ce fichage aggrave la longue pratique d’élimination systématique des enfants trisomiques, tant dans l’intention que dans les faits. 96% des enfants diagnostiqués trisomiques sont déjà avortés, et il est anormal que l’État ne trouve rien de mieux que de valider la performance du système qui conduit à cet eugénisme national » accuse cette Fondation. Il est regrettable que le principe même du fichage ne soit pas davantage remis en cause, dans la mesure où il aggrave l’eugénisme. »

Cette Fondation estime que les conséquences de ce fichage de la trisomie 21 sont bien différentes de celles des statistiques nationales sur d’autres pathologies (type cancer du sein). « Alors que pour ces dernières le but est thérapeutique, pour la trisomie 21, elles ont pour objectif de pérenniser et perfectionner un système d’élimination quasi-systématique, observe-t-elle.Il ne s’agit plus de mieux dépister pour guérir plus, il s’agit de mieux dépister pour éliminer davantage. »

Aussi lance-t-elle un campagne pour informer sur cette réalité. Toile de fond, prochaine échéance et prochaine polémique : la révision de la loi bioéthique.

A demain

1 La Fondation Jérôme Lejeune se présente notamment comme un recours contre l’avancée de cette forme de transhumanisme qui, à défaut de fabriquer des hommes augmentés, élimine les hommes diminués.

 

Pourquoi les malades français devraient-ils redouter l’arrivée des infirmières polonaises ?

Bonjour

La peur de l’étranger. C’est un document signé par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé : un décret relatif à la reconnaissance des qualifications professionnelles dans le domaine de la santé qui vient d’être publié au Journal Officiel. C’est aussi un document qui suscite l’ire de l’Ordre français des infirmiers.

Des professionnels de santé issus d’un autre Etat membre de l’Union Européenne, peuvent désormais exercer avec leur titre en France. L’Ordre dénonce « une déréglementation dangereuse de l’accès aux professions de santé ». Il explique qu’en application de ce décret, une professionnelle qui serait dénommée « infirmière » dans un autre Etat membre de l’Union Européenne pourrait venir exercer en France comme « infirmière » alors même qu’elle n’aurait potentiellement pas la formation requise pour réaliser certains des actes infirmiers reconnus en France dans le cadre réglementaire de compétences. « Cela portera atteinte à la qualité et la sécurité des soins » ajoute-t-il sans fournir plus d’éléments de preuve

 Didier Borniche, président du Conseil national français de l’Ordre des infirmiers :

« Nous savons Madame la Ministre de la Santé attachée à la reconnaissance et la valorisation des professions de santé. Pourquoi cautionner une telle mesure ? Nous nous opposons à ce qui constitue une déréglementation scandaleuse et irresponsable de l’accès aux professions de santé dans une logique de nivellement par le bas et de dépréciation de la qualité des soins. La qualité des soins exige que soit préservée la logique de professions de santé réglementées. C’est un devoir vis-à-vis des patients et de la santé publique avec laquelle il ne saurait être question de transiger. »

Abaisser la qualité des soins

Une vieille histoire, déjà. Le décret publié au Journal Officiel du 3 novembre 2017 vient en application de l’ordonnance du 19 janvier 2017 relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles dans le domaine de la santé. Cette ordonnance transpose la directive 2013/55/UE du 20 novembre 2013. L’Ordre français des infirmiers avait déjà déposé un recours contre l’ordonnance du 19 janvier devant le Conseil d’Etat. Ce dernier n’a pas encore été jugé. « Plusieurs professions de santé s’opposent également à cette mesure » ajoute-t-il. Sans toutefois préciser lesquelles, en dépit de notre demande.

« Rien ne justifie d’inclure les professions de santé dans la transposition de la directive européenne, estime-t-il encore. Pourquoi un tel excès de zèle ? Le Gouvernement publie un décret moins d’un an après l’ordonnance, alors que celle-ci n’a pas encore été ratifiée par le Parlement. Pourquoi un tel empressement? (…) Cherche-t-on à reléguer notre rôle de garant de la cohésion et des compétences de l’ensemble de la profession infirmière ? Le décret sur la pratique infirmière avancée, qui vient en application de la loi du 26 janvier 2016, n’a toujours pas été publié, et ce, malgré les demandes répétées de l’Ordre des infirmiers. Le Gouvernement préfère-t-il abaisser la qualité des soins plutôt qu’augmenter les compétences des professionnels ? »

A demain

 

Tabac : les Marlboro vont passer de 7 à 7,30 euros. Autant dire que le sevrage attendra

Bonjour

Après quatre années de stabilité, le prix du paquet de cigarettes ne va pas beaucoup changer : en moyenne 30 centimes de plus à compter du 13 novembre. A dire vrai ce n’est pas le gouvernement qui augmente les prix pour (en théorie) réduire la consommation mais bien les cigarettiers qui ont choisi de répercuter sur leurs clients la hausse des taxes décidée par le gouvernement aux termes d’un interminable arrêté que vient de publier le Journal officiel ; arrêté signé par deux hauts fonctionnaires du ministère de l’Action et des comptes publics et de celui des Solidarités et de la Santé.

Car en France, ce sont bel et bien les industriels du tabac qui fixent les prix de vente, l’Etat ne pouvant pour sa part que les « inciter » à des augmentations en faisant varier les taxes qui représentent plus de 80 % du prix. C’est ainsi que le tabac rapporte à l’Etat environ 14 milliards d’euros par an et qu’il est, en même temps, directement responsable de la mort prématurée de plus de soixante-quinze mille personnes.

 Aucune évaluation

Le prix du paquet de Marlboro, le plus vendu, passe ainsi de 7 euros à 7,30 euros, Camel, de 6,90 euros à 7,20 euros, Lucky Strike, de 6,50 euros à 6,80 euros, Winston ou News de 6,50 euros à 7 euros – la suite sur le site des buralistes français.

Techniquement cette hausse minuscule est la conséquence de l’augmentation du minimum de perception annoncée par le gouvernement en septembre, faisant passer le prix plancher du paquet de cigarettes de 6,61 euros à 7,33 euros.  C’est ainsi que près de quatre paquets de vingt cigarettes sur cinq auront un prix égal ou supérieur à 7 euros – les prix homologués allant de 6,70 à 8,10 euros. Et le gouvernement de s’autoféliciter :

« Ce relèvement des prix contribuera à inciter nombre de fumeurs à s’arrêter de fumer »

 « Nombre » de fumeurs (sic) ? C’est précisément ce dont on peut douter – aucune véritable évaluation chiffrée de la mesure « 30 centimes » n’étant d’autre part annoncée. « Nombre » de spécialistes estiment quant à eux que la hausse est trop faible pour avoir un impact sur cette addiction majeure qu’est la dépendance au tabac.

Pire : cette hausse minimale aidera les fumeurs à mieux supporter celle annoncée d’un euro prévue pour mars 2018. Les addictions majeures étant ce qu’elles sont un esprit malveillant pourrait percevoir ici les traces d’une forme de perversité du pouvoir exécutif. Loin de rendre le tabac ruineux on pourrait accuser l’Etat d’entraîner le fumeur à se ruiner.

A demain