Homéopathie, politique et remboursement : qui se moque de qui et jusqu’à quand ?

Bonjour

Ainsi donc Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a chargé la Haute Autorité de santé (HAS) d’évaluer le « bien-fondé du remboursement de l’homéopathie ». Ainsi donc la polémique a repris de plus belle entre les farouches pros et les définitifs antis. Pomme de discorde : le remboursement (partiel) des dilutions « infinies » par l’Assurance maladie.

Et puis, au moment où émerge un étonnant appel médiatisé de cent trente-et-un Académiciens anti-homéopathie voici un nouveau recul d’un pouvoir exécutif que l’on dit en cours de dilution. Où l’on apprend que la même HAS fait savoir qu’elle ne rendra pas son « avis » (consultatif) en février 2019, comme promis. Plus vraisemblablement au printemps. Peut-être vers l’été. Voire, qui sait, en automne. Et rien ne permet d’exclure 2020. Non pas une reculade assure la HAS mais bien en raison  « du travail d’évaluation à accomplir ».

Ce serait, nous confie la HAS, « un travail immense d’évaluer l’homéopathie et son maintien au remboursement. » Une « immensité » ? Tout n’a-t-il pas a été dit, écrit et publié sur le sujet ? C’est qu’il s’agit ici, pour la HAS, d’évaluer avec « la plus grande rigueur » et ce dans un immense esprit « d’ouverture » – « pour ne pas passer à côté d’éléments qu’on pourrait lui reprocher ». Et la HAS de souligner qu’il existait plus de 1 000 souches de granules – et autant d’opérations de soupèsement sur d’étranges trébuchets, transparents et ouverts à tous les vents.

Nous venons de résumer tout ceci. En omettant un détail – dans un dossier il est vrai chaque jour plus épais. Un détail daté de juillet dernier et imprimé sur la mémoire de ce blog : «  Remboursement de l’homéopathie : sérieux avertissement à Agnès Buzyn et au gouvernement ». Où nous citions un titre sans précédent  : « La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

Avertissement

C’était un avertissement on ne peut plus parlant de la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé (HAS) : une instance scientifique composée de médecins, pharmaciens, spécialistes en méthodologie et épidémiologie. Elle évalue les médicaments ayant obtenu leur autorisation de mise sur le marché (AMM), lorsque le laboratoire qui les commercialise souhaite les voir remboursés par la Sécurité sociale. Cette Commission a aussi pour mission de donner un avis aux ministres chargés de la Santé et de la Sécurité sociale sur la prise en charge des médicaments par la Sécurité sociale et /ou pour leur utilisation à l’hôpital.

Cette Commission avait alors dû réaliser l’évaluation de l’efficacité de quatre spécialités homéopathiques en vue de maintenir leur remboursement, procédure automatique programmée tous les cinq ans. Ces substances sont actuellement sur le marché sans indication thérapeutique ni posologie – charge revient aux prescripteurs de les déterminer en fonction de leurs patients.

Or, coup de théâtre, la Commission de la transparence affirmait d’entrée « ne pas pouvoir se prononcer sur le ‘’service médical rendu’’ par ces spécialités ».

Comment dès lors expliquer que le remboursement de ces produits soit toujours en vigueur alors que leur « Service Médical Rendu » n’a jamais été évalué ? Comment justifier cette situation alors que l’Académie de médecine comme les Académies des sciences européennes avaient, depuis longtemps, tranché la question scientifique : en l’absence de toute substance active détectable, les spécialités homéopathiques ne peuvent, en toute rigueur, avoir d’action propre.

« C’est là une exception française, rapportions-nous. Une exception qui date de trente-quatre ans : la publication au Journal Officiel d’un arrêté daté du 12 septembre 1984 signé par Georgina Dufoix, alors la ministre des Affaires sociales et de la solidarité nationale du gouvernement de Laurent Fabius.

Trente-quatre ans plus tard l’abcès tricolore reste entier. Depuis le dernier printemps Agnès Buzyn s’est plusieurs fois exprimée, la ministre des Solidarités et de la Santé variant notablement de position sur le sujet. Avant de déclarer  le 24 mai sur France Inter qu’elle envisageait de conditionner le remboursement de l’homéopathie à une évaluation scientifique stricte, ajoutant par ailleurs que le débat sur le déremboursement serait ouvert durant l’été.

C’était en mai. Puis vint la sortie symptomatique, en juillet, de la HAS. Puis nous voici en hiver. Celui des Gilets Jaunes.

A demain

 

 

Alerte aux poux : les laboratoires Mylan cessent la commercialisation de leur célèbre lotion 

Bonjour

Prioderm est un médicament-lotion indiqué pour le traitement des poux du cuir chevelu. Plus précisément « était ». A l’occasion d’une révision de son Autorisation de mise sur le marché l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a décidé de « restreindre » son utilisation, en rendant la « prescription médicale obligatoire » (voir le Journal Officiel de ce 6 décembre). Et la même ANSM de renforcer les contre-indications et précautions d’emploi « en raison de ses effets indésirables parfois préoccupants ».

Prioderm-antiparasitaire externe agit (« agissait ») en tuant les poux par une action neurotoxique. Cette lotion contient du « malathion » et du « terpinéol » qui peuvent provoquer, à doses excessives, des troubles neurologiques : maux de tête, nausées, vomissements voire, très rarement, des convulsions chez l’enfant. Bien que ces effets soient rarement observés, l’ANSM a décidé de limiter l’utilisation de ce produit en imposant une prescription médicale pour sa délivrance et en ajoutant de nouvelles contre-indications et précautions d’emploi.

Or voici qu’à la suite de décision dictée par la raison sanitaire les célèbres et très médiatiques laboratoires Mylan « ont décidé d’arrêter la commercialisation du médicament ». Pourquoi ? On peut l’imaginer mais officiellement on ne le sait pas.

Le Prioderm ne sera donc plus disponible « après écoulement des stocks restants ». Dans l’attente, Prioderm ne peut plus être délivré en automédication à compter du 6 décembre 2018. Une lettre d’information sera adressée prochainement aux professionnels de santé.

A demain

@jynau

Nouvelle PDG à l’Inserm : Claire Giry succède à Yves Lévy nommé conseiller d’Etat extraordinaire

Bonjour

On songe immanquablement aux changements du Guépard. Le médecin et scientifique Yves Lévy, à la tête de l’Inserm depuis 2014, a été nommé mercredi 10 octobre en conseil des ministres « conseiller d’Etat extraordinaire », sur proposition du ministre de la justice. On se souvient de l’affaire, à la frontière des conflits d’intérêts – une longue affaire qui avait conduit in fine, M. Lévy à renoncer à maintenir sa candidature à un nouveau mandat de PDG de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), compte tenu de la fonction de son épouse (Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé).

Son maintien à la tête de l’organisme public de recherche médicale, après la nomination de Mme Buzyn au gouvernement en 2017 – puis  l’hypothèse de sa reconduction pour un nouveau mandat de quatre ans –  avaient valu des critiques à la ministre et au gouvernement. Mme Buzyn s’est constamment défendue, sans toujours convaincre, en faisant valoir que la tutelle de l’Inserm lui avait été retirée par décret, au profit du Premier ministre.

« M. Lévy exercera pour cinq ans des ‘’fonctions consultatives’’ pour le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative française. En clair, il endossera le rôle de conseiller juridique du gouvernement,  précise Le Figaro. À 61 ans, il hérite aujourd’hui d’une nouvelle fonction convoitée, que n’occupent que douze conseillers d’État. Il touchera à ce titre une somme fixe de 1 558 euros bruts par mois, et une somme variable de 4 583 euros bruts maximum par mois, en fonction de son assiduité aux séances, selon un arrêté de février 2018. Soit jusqu’à 6 100 euros bruts par mois.

Un lot de consolation, alors que le docteur en médecine devra conseiller le gouvernement sur la conformité des projets de loi au droit, sans ne l’avoir jamais étudié ? »

Et après ? C’est la directrice générale déléguée de l’Inserm, Claire Giry, qui prend  la présidence par intérim de l’Inserm annonce un arrêté publié samedi 13 octobre au Journal officiel. Claire Giry est docteure en biologie moléculaire et cellulaire et directrice générale déléguée de l’Inserm depuis décembre 2017. Auparavant elle était, depuis juillet 2016, responsable du programme « Centres d’excellence » du Commissariat général à l’investissement (CGI). Elle était précédemment Directrice adjointe de la recherche fondamentale du CEA et Directrice du centre de Fontenay-aux-Roses, centre de recherche principalement dédié aux sciences du vivant. Entre 2012 et 2014, elle avait dirigé le Département des partenariats et relations extérieures de l’Inserm (partenariats nationaux, européens et internationaux).

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Brunes ou rouges, les algues iodées marines ne sont pas des aliments dénués de danger

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Canicule et orages ne troublent en rien l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. Cette Anses poursuit inlassablement son oeuvre au service de la protection multiforme de la population.

Aujourd’hui : les « algues marines », ce symbole de la pureté originelle, de plus en plus présentes dans la sphère alimentaire nationale. Et cet avis « relatif au risque d’excès d’apport en iode lié à la consommation d’algues dans les denrées alimentaires ». Plus d’un an de travail et vingt-cinq pages où tout est dit. Avec, en conclusion, une mise en garde vis-à-vis de « certaines populations à risque » et un appel à la vigilance pour les « consommateurs réguliers ».

L’expertise a ciblé les algues contenant de l’iode susceptibles d’être consommées en France. Des espèces particulièrement riches en iode ont été identifiées, telles que les algues brunes laminaires Laminaria spp et Saccharina spp, ainsi que l’algue rouge Gracilaria verruqueuseL’évaluation de l’Anses s’est fondée sur la valeur limite supérieure de sécurité pour l’iode établie par l’Agence européenne de sécurité des aliments : 600 µg par jour pour les adultes. Par ailleurs, la réglementation française a fixé la dose journalière maximale d’iode à 150 µg dans les compléments alimentaires.

« La teneur en iode dans les différents produits à base d’algues pouvant être élevée, leur consommation présente un risque non négligeable de dépassement des limites supérieures de sécurité, et en particulier, en cas de consommation d’algues associée à des compléments alimentaires à base d’algues, explique l’Agence. Un apport excessif et régulier en iode peut entraîner des dysfonctionnements de la thyroïde mais également certains effets indésirables, notamment au niveau cardiaque ou rénal. »

Enfants et déficiences

Et l’Agence de déconseiller la consommation d’aliments et de compléments alimentaires contenant des algues :

  • aux personnes présentant un dysfonctionnement thyroïdien, une maladie cardiaque ou une insuffisance rénale ;
  • aux personnes suivant un traitement par un médicament contenant de l’iode ou du lithium ;
  • aux femmes enceintes ou allaitantes – hors avis médical.

Ce n’est pas tout : il est rappelé aux parents qu’il convient de rester prudent sur la consommation de produits à base d’algues de leurs enfants, « les données étant insuffisantes pour mesurer le risque encouru ». Quant aux personnes présentant une déficience en iode elles doivent savoir « qu’il n’est pas pertinent de consommer des produits contenant des algues dans le but de corriger cette déficience ».

Voilà pour les algues. Et demain, sur quoi portera la prochaine mise an garde ? L’arrêté du 24 juin 2014 établit la liste des plantes, « autres que les champignons », autorisées dans les compléments alimentaires. Dans ce cadre l’Anses a décidé de créer en 2016 le groupe de travail « Plantes ». Il a notamment pour mission d’identifier celles « pouvant présenter un risque pour la santé humaine lorsqu’elles consommées à des fins nutritionnelles ou physiologiques, en particulier sous forme de compléments alimentaires ».  Il faut lire cet arrêté et ses annexes pour saisir l’immensité de la tâche qui reste, ici, à accomplir pour que la population soit, enfin, protégée.

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Rentrée : contrairement aux engagements du gouvernement le prix du tabac ne bougera pas

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C’est une paradoxe français que la plupart des Français ne connaissent pas : en France, ce sont les puissants industriels du tabac qui fixent les prix de vente de leurs spécialités. L’Etat peut seulement « inciter » à des augmentations en faisant varier les taxes qui représentent plus de 80 % du prix de vente. Pour le dire autrement -et sauf à imaginer une véritable volonté politique anti-tabagique – c’est bel et bien Big Tobacco qui mène la danse infernale.

Or on sait que pour tenter de réduire la consommation de tabac, le gouvernement a prévu un train de hausses successives des prix pour atteindre (d’ici à novembre 2020) un prix minimal de 10 euros le paquet de vingt cigarettes. Comment y parviendra-t-il au vu de l’arrêté publié aujourd’hui 31 juillet au Journal officiel (arrêté co-signé par le Directeur général de la Santé, J. Salomon) ?

Ce texte porte homologation des prix de vente des produits du tabac au 20 août. Sa publication a été aussitôt suivie d’un communiqué émanant des ministères de l’Action et des Comptes publics ainsi des Solidarités et de la Santé. Un texte qui ne manque pas d’un triste sel :

 « Dans le cadre de sa politique de santé publique et conformément aux engagements du Président de la République, le Gouvernement a décidé une augmentation du prix du tabac en se fixant un objectif de prix du paquet de 20 cigarettes à 10 euros en novembre 2020.

« Un arrêté d’homologation des prix du tabac a été publié au Journal officiel mardi 31 juillet 2018. Les prix proposés par les fabricants et les fournisseurs de tabac sont homologués conjointement par la direction générale des douanes et droits indirects et la direction générale de la santé.

« Ces prix entrent en vigueur le lundi 20 août 2018. Aucun mouvement significatif de prix n’a été enregistré au cours de cette campagne d’homologation. (…) »

Traduction : pas de changement de prix annoncé, si ce n’est « quelques centimes à la hausse ou à la baisse pour certaines marques ». A la rentrée le prix moyen français du paquet de 20 cigarettes restera stable :  à 7,90 euros. « Il n’y a pas de surprise sur ces évolutions, a commenté Eric Sensi-Minautier, directeur des affaires publiques de British American Tobacco (BAT) et porte-parole officieux de Big Tobacco International. Les grosses références (Marlboro, Lucky Strike, etc.) ne changent pas, et c’est assez logique. Après un choc de taxes (…) sans précédent au mois de mars, il est normal que les prix se stabilisent et que le marché reprenne sa respiration ».

Ainsi donc les marchands de tabac respirent mieux. Fument-ils ? L’AFP rappelle, quant à elle, que le tabac, responsable de cancers et de maladies cardiovasculaires, tue prématurément quelque 75 000 Français chaque année.

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Cannabis : Agnès Buzyn doit nous dire si les buralistes seront les distributeurs exclusifs

Bonjour

Denis Sommer est a priori un homme très sympathique. « Ouvrier et syndicaliste pendant 15 ans chez PSA Sochaux, j’ai choisi de reprendre mes études à l’âge de 35 ans pour m’ouvrir de nouvelles portes professionnelles, dit-il de lui. Dès lors, mon rapport à l’entreprise et au monde du travail en a été profondément bouleversé. J’ai exercé plusieurs métiers, dont celui de gestionnaire d’entreprise, avant d’enseigner l’économie et la gestion d’entreprise au lycée. Fondateur et animateur du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’amitié entre les Peuples) dans le Pays de Montbéliard, j’ai toujours pensé que la solidarité s’exprimait avant tout par des actes. Aussi, ma famille et moi avons accueilli des enfants du Secours Populaire pendant les vacances d’été. Nous avons hébergé des réfugiés pendant plusieurs mois à notre domicile, notamment une famille dont les enfants étaient scolarisés ici, alors qu’ils étaient sous la menace d’expulsion. »

Denis Sommer, 60 ans, a été élu le 18 juin 2017 député macronien de la 3e circonscription du Doubs – et ce après avoir quitté le PS dont il a porté les couleurs comme élu local pendant plus de quinze ans. Il n’est pas, on le sait, le seul à avoir effectué un tel voyage sans espoir, dit-on, de retour.

On retrouve aujourd’hui M. Sommer dans les colonnes du Journal Officiel, posant une question à la non moins macronienne Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« M. Denis Sommer interroge Mme la ministre des solidarités et de la santé sur l’ouverture croissante d’échoppes qui vendent du cannabis légal appelé « CBD », substance dépourvue des principes actifs inscrits sur la liste des stupéfiants. En effet, ce produit contient moins de 0,2 % en THC et il doit être obtenu à partir de variétés et de partie de plantes autorisées.

« Or celui-ci est vendu par n’importe quel commerçant alors même que l’appellation « cannabis » peut avoir un effet pervers sur le comportement des usagers, notamment des adolescents. La prévention qui est un axe fort de la politique de santé, porte semble-t-il ses fruits concernant la lutte anti-tabac avec le passage au paquet neutre ainsi que par l’augmentation progressive du prix du paquet de cigarette.

« Cette prévention nécessaire a entraîné une perte substantielle des recettes pour le réseau des buralistes. Or, actuellement, il n’existe pas de règlementation fixant un cadre à la vente du cannabis légal. Il serait toutefois important pour le consommateur de connaître la provenance, la traçabilité et la qualité des produits qu’il consomme, tout en encadrant les prix.

« Aussi, il lui demande si un cadre législatif est prévu pour la vente du cannabis légal et quel est son horizon. Il lui demande par ailleurs s’il est envisagé que le réseau des buralistes soit le distributeur exclusif de celui-ci. »

Nous sommes quelques-uns, buralistes ou plus largement citoyens, à attendre les réponses d’Agnès Buzyn.

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Premier ministre, Edouard Philippe a tranché : on sauvera  entre 300 et 400 vies chaque année

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Le pouvoir exécutif exécute : après, hier, le « service sanitaire », le décret d’application abaissant de 90 km/h à 80 km/h la vitesse maximale autorisée sur 400 000 kilomètres de routes secondaires à partir du 1er juillet a été publié dans la nuit du 16 au 17 juin au Journal officiel – et ce après des mois de controverse et de tempêtes au sein même du gouvernement.

En pratique cette limitation de vitesse s’appliquera sur les routes secondaires à double sens sans séparateur central (muret, glissière) – soit 40 % du réseau routier français. Cette mesure vise à réduire la mortalité routière qui, après le plus-bas historique de 2013 (3 427 morts, métropole et Outre-mer), est repartie à la hausse entre 2014 et 2016. En 2017 : 3 684 morts. Et pourtant, paraxoxe caractéristique de l’automobile, un sondage publié en avril dernier concluait que 76 % des Français se déclaraient opposés à cette mesure.

Conscient du tollé qu’il allait susciter, le Premier ministre Edouard Philippe s’est toujours dit « prêt à assumer l’impopularité » de cette disposition qui permettra, selon les meilleurs spécialistes, de sauver 300 à 400 vies par an. Réticent (pour des raisons politiciennes) le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, avait préféré brandir un « joker » quand un élu l’avait interrogé sur le sujet. Triste réflexe et carte mortelle. Et silence assourdissant d’Emmannuel Macron, pourtant champion de la prévention.

Le Premier ministre avait été soutenu dans son action avec la publication, dans Le Monde d’une tribune percutante  ignée par un collectif rassemblant les anciens délégués interministériels à la sécurité routière 1 ayant exercé entre 1972 et 2015. Un texte visant à peser sur le président de la République et qui n’était pas sans faire songer à tous ceux que le quotidien vespéral a publié, dans les années 1980 et 1990, signés alors par un groupe des « cinq sages » emmenés par le redoutable Pr Claude Got. 2

Selon les signataires la décision de baisser la vitesse maximale à 80 kilomètres/heure sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central permettrait d’épargner tous les ans entre 300 et 400 vies et de réduire notablement le nombre des blessés graves.

« Réduire le nombre de morts et de blessés sur les routes françaises est un véritable enjeu de politique publique » a fait valoir le Premier ministre. Non sans courage. On aimerait qu’Edouard Philippe élargisse désormais son propos à l’ensemble des pathologies addictives – et développe, enfin, une véritable politique globale de « réduction des risques ». N’en déplaise aux jokers du ministre de l’Intérieur.

A demain

1 Christian Gerondeau, Pierre Mayet, Pierre Denizet, Jean-Michel Bérard, Isabelle Massin, Rémy Heitz, Cécile Petit, Michèle Merli, Jean-Luc Nevache, Jean-Robert Lopez, anciens délégués interministériels à la sécurité routière entre 1972 (année de création de la fonction) et 2015.

2 Ce dernier récidive aujourd’hui dans Le Journal du Dimanche via un longue étude originale réalisée pour la Ligue contre la violence routière. « A chaque fois, c’est la même chose : les routes qui concentrent le plus d’accidents mortels sont peu nombreuses, et sont très souvent sans séparateurs entre les deux voies ».