AXA et les géants de la finance lancent une croisade mondiale contre les géants du tabac

Bonjour

Que se passe-t-il dans les hautes sphères de la finance internationale ? Ceci est un message du géant français AXA spécialiste mondial de l’assurance et la gestion d’actifs. Le symptôme d’un vent qui tourne dans les étages où l’on parle en millions/milliards de dollars. Un document qui, hier encore, serait apparu proprement ahurissant :

« AXA signe le Tobacco Free Finance Pledge . Nous réaffirmons, aujourd’hui encore, l’importance de notre rôle dans le mouvement anti-tabac en signant le « Tobacco Free Finance Pledge » 1 devant l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York.  Le Tobacco-Free Finance Pledge (TFPP) 1 est une initiative émanant du Tobacco Free Portfolios (TFP), une ONG internationale ayant pour objectif d’éradiquer le tabac à l’échelle mondiale, en incitant les investisseurs de tous les pays à céder leurs actifs dans l’industrie du tabac. Cette initiative appelle tous les dirigeants des secteurs public et privé, aussi bien que les ONG et les institutions internationales, à rejoindre le combat contre le tabac.

«  Se désengager de l’industrie du tabac constitue une décision naturelle (sic) pour un assureur responsable tel qu’AXA. Les produits dérivés du tabac constituent en effet une menace majeure pour la santé publique : ils tuent aujourd’hui six  millions de personnes par an, un chiffre qui devrait atteindre 8 millions d’ici 2030, principalement dans les pays en développement.

 Cigarette électronique

 « Le tabac représente, en outre, un coût net pour la société, et ne possède aucun niveau d’exposition sûr. C’est pourquoi nous avons débuté notre voyage sans tabac avec le Dr Bronwyn King, fondatrice de Tobacco-Free Portfolios, une oncologue australienne qui consacre sa vie professionnelle et personnelle à la lutte contre le tabac. Tout a commencé en 2016, AXA étant alors l’une des premières entreprises du secteur de l’assurance et de la finance à suivre l’initiative de Bronwyn. Nous décidons ensuite de céder nos actifs dans l’industrie du tabac, évalués à environ 1,8 milliard d’euros.

« En tant qu’assureur de santé, nous constatons chaque jour les conséquences du tabagisme sur la santé et le bien-être des individus. Chez AXA, nous souhaitons que chacun puisse vivre en bonne santé et contribuer positivement à la société. En 2016, nous étions le premier investisseur et assureur mondial à cesser d’investir et d’assurer le tabac, 2 avec la conviction forte que seule une action collective puisse apporter des changements réels. C’est pourquoi je suis très fier de voir aujourd’hui la force de cet engagement collectif. »

 « La communauté financière mondiale reconnaît l’augmentation des résistances commerciales, réglementaires et sociales auxquelles fait face l’industrie du tabac et la nécessité d’adopter une approche particulière vis-à-vis du tabac en mettant fin à toutes les relations commerciales et financières avec cette industrie », précise d’autre part un communiqué explicatif repris par le site des buralistes français. Or « le secteur financier a longtemps été la pièce manquante dans le contrôle du tabac, considérant cette industrie comme un acteur classique de l’économie mondiale, et la finançant par le biais de prêts, d’assurances et d’investissements », ajoute le document, précisant que « l’abandon du financement du tabac est aujourd’hui une question inscrite à l’ordre du jour des conseils d’administration des institutions financières dans le monde entier ».

Face au tabac, AXA « souhaite que chacun puisse vivre en bonne santé et contribuer positivement à la société ». Qui ne le souhaiterait ? Pourquoi seulement maintenant, si tard ? Et quelles sont les véritables raisons de fond, économiques et financières, de cet abandon des marchands de tabac en passe de devenir des parias ?

Pourquoi cet intérêt soudain du monde de l’argent pour la « santé publique » ? Et pourquoi ne pas soutenir, dans cette logique, la cigarette électronique et la réduction des risques ? Ni AXA ni les autres géants de l’assurance et de la finance ne répondent à ces questions.

A demain

1  Le Tobacco Free Finance Pledge est une initiative créée par l’ONG « Tobacco Free Portfolios » et développée en collaboration avec UNEP FI, PSI, PRI, AXA, BNP Paribas, Natixis et AMP Capital. « Cette initiative regroupe actuellement soixante signataires fondateurs et vingt-huit soutiens, dont des institutions financières du monde entier « représentant des milliers de milliards de dollars de capitaux, dont plus de 6 400 milliards de dollars d’actifs sous gestion, plus de 1 800 milliards de dollars de portefeuilles de prêts aux entreprises et plus de 179 milliards de dollars de primes d’assurances ».

2 « Argent et morale : le géant de l’assurance Axa ne veut plus faire de profits avec le tabac » Journalisme et santé publique du 23 mai 2016

Valérie T. , Alain F. et Madame Bovary

Bonjour

Ecrivains ignorés, les journalistes ne résistent pas à certaines tentations (1). Les philosophes -journalistes non plus. Ainsi Alain Finkielkraut, dans la dernière (et assez remarquable) livraison de ses Répliques radiophoniques consacrée à Madame Bovary – que l’on peut écouter ici. L’auteur écartelé de L’identité malheureuse (Stock) ne put se retenir de faire un parallèle entre le petit roman normand de Flaubert et le vaudeville de la présidence de la République. Parallèle rapide certes, mais parallèle signifiant de notre temps. Des scènes de la vie de province en résonance avec ce qu’est devenue la scène médiatique  et politique nationale. On dira, nouvelle antienne, que Finkielkraut « aime jouer avec le feu ». Comme si ce supposé plaisir faisait de lui un coupable. Ou un malade.

Dix-huit mots

Palais de l’Elysée ? Peu après l’émission de France Culture qui aidait à percer les mystères de Flaubert le président de la République téléphonait à l’AFP. Et François Hollande, envoyé spécial sur des terres douloureusement personnelles, dictait à la sténo  les dix-huit mots que la France attendait. Une page républicaine se tournait. Ce fut le samedi 25 janvier 2014 peu avant les écrans-plats du 20 heures.

François Hollande a annoncé,  à titre personnel, la «fin de sa vie commune» avec Valérie Trierweiler, 48 ans. C’était précisément deux semaines après le scoop imagé du magazine « people » Closer et la révélation de sa liaison présumée avec l’actrice Julie Gayet, 41 ans. Deux semaines après le « gros coup de blues » plus ou moins légitime qui s’en suivit, les cachets et l’hospitalisation de la Première Dame en neurologie et à La Pitié. Puis l’annonce de son séjour en la résidence élyséenne de La Lanterne.

La vie aujourd’hui

Closer et son « scoop de caniveau » (Le Parisien/Aujourd’hui en France) ? La mémoire des people est là : François Hollande avait confié à Gala (concurrent de Closer) : «Valérie est la femme de ma vie ». Puis les people nous disent qu’il se mordit les doigts, plus tard, de ne pas avoir ajouté «aujourd’hui» par égard à Ségolène Royal, 60 ans, son ex-compagne, et ex-candidate à la présidentielle, avec qui il a quatre enfants. Mais quelle est la valeur de « la femme de sa vie » si on l’ajoute « aujourd’hui » ?

Les gazettes de la Toile : « Peu avant 15 heure, signe de l’impatience des médias, les télévisions en continu ont diffusé les images de deux voitures quittant La Lanterne, sans que les occupants puissent être identifiés. L’une d’elle est arrivée quelques heures plus tard au domicile du couple Hollande-Trierweiler, dans le 15e arrondissement ».

Gala et Taj Mahal Palace

La Première Dame ne l’est plus mais le conte continue. Celle qui n’est plus fée a remercié le personnel du Château de l’Elysée avant de s’envoler pour Bombay. Elle y retrouvera la meute de ses confrères et consœurs journalistes qui la suivront dans son déplacement humanitaire pour soutenir l’ONG Action contre la Faim (ACF). Aucun conflit d’intérêt : prévu de longue date ce voyage est financé par des entreprises, partenaires privés de l’association. On enquête pour savoir lesquelles. Et si la classe sera encore la première ou, déjà, celle des affaires.

La Toile : « Mme Trierweiler doit visiter l’hôpital de cette ville, puis assister à une session de formation du personnel médical, puis à un déjeuner de levée de fonds avec des femmes de chefs d’entreprises locaux. Un dîner de charité est prévu à l’hôtel Taj Mahal ». Charité au Taj Mahal Palace ?  Dans les contes de fées aussi, on retrouve le diable dans  quelques détails. Une conférence de presse était inscrite de longue date au programme indien. « Valérie Trierweiler  pourrait n’y faire qu’une brève apparition et ne prendra pas forcément la parole » selon ACF à Paris. Nous verrons.

Paris Match et D8

L’avion n’est pas parti que le tarmac et les salons frétillent d’interrogations. On les retrouve à la sorte de la messe dominicale dans Le Parisien et dans Le Journal du Dimanche. Il y est notamment question d’argent et d’infortune. Celle qui fut un instant Première Dame a subi ici un « préjudice moral indéniable ». Il faudra une « compensation financière ». A quel titre ? Les juges et les avocats préfèrent encore se taire. A l’exception de Me Bernard Fau, spécialiste de droit civil. Et « un membre du Conseil d’Etat ». Ira-t-on devant un tribunal ?

Et à nouveau la mise en abyme : l’ex-Première Dame avait abandonné, du fait de l’Elysée, son émission sur la chaîne D8. Mais avait conservé, sur Paris-Match, sa chronique littéraire hebdomadaire et son salaire. Les journalistes s’interrogent : que va faire cette « concubine délaissée », « sans patrimoine personnel » et »mère de famille de trois enfants ». Beau casse-tête de droit  – à l’heure de la parité légalisée et de la fin du « bon père de famille » (mémoire-blog).

Marigot

Une journaliste peut-elle raconter sa propre tragédie quand celle-ci se tient sous les ors et dans les palais de la République ? Valérie T. osera-t-elle l’autofiction ? Sinon qui écrira pour elle ? Le hasard (ou la sérendipité) veut que tout ceci coïncide avec la dernière affaire qui agite le monde parisien de l’édition – affaire traitée dans Libération par Philippe Lançon que l’on peut lire ici. Où il est notamment question de la plongée de l’auteur Régis Jauffret dans « le marigot de l’affaire DSK ». Et où il est surtout question de l’appropriation par des auteurs de drames personnels portés sur la place publique via le journalisme ou via la justice (ou les deux). Corollaire : DSK et ses avocats vont-il poursuivre le Seuil en justice et tout ce qu’il en adviendra ?

Blanche Baleine

« Qu’ont-ils tous, avec Strauss-Kahn ? Depuis le 14 mai 2011, après avoir été celle de la presse, il est devenu la baleine blanche du roman, l’infernal et spermatique cétacé que des écrivains cherchent à harponner – comme si sa présence était un défi à leur métier, écrit Philippe Lançon qui sait ce qu’écrire peut dire. Moby Dick, mais aussi Everest : c’est à qui fera l’ascension imaginaire du Sofitel jusqu’à la suite 2806,  sans oxygène et le plus vite possible. Ce n’est pas simple : la voie est fréquentée. Chacun de nous, sur cette petite planète, a voyagé dans la chambre du Sofitel et imaginé la psychologie, voire l’âme des personnages. Même Dostoïevski aurait du mal à créer derrière ce tapis de fantasmes en indivision. C’est naturellement ça qui attire des romanciers. Ils se mesurent moins à la bête qu’à la légende nourrie par les images, les articles et les gens. »

Baleine ou Eldorado ? Déjà quatre fictions inspirées par les aventures-déboires de ce social-démocrate  que tout le monde donnait pour président de la République : Chaos brûlant (Seuil), de Stéphane Zagdanski ; Une matière inflammable (Stock), de Marc Weitzmann ; l’Enculé (auto-édité), de Marc-Edouard Nabe ; et Belle et bête (Stock), de Marcela Iacub – Mme Iacub :juriste et collaboratrice de Libération.

Virginité

Et puis, bon cinquième : La Ballade de Rikers Island, de Régis Jauffret (Seuil). « Rapide, nerveux, purement narratif, plaisant à lire et sans lendemain, il  conte l’histoire comme si elle n’avait jamais été contée ou fantasmée avant lui, écrit Lançon. Comme s’il pouvait et devait, par son état romanesque d’enfance, conduire le lecteur, sur l’affaire la plus saturée du monde, à la virginité. » Qui, sinon elle écrira les souffrances de Valérie T. ? Y aura-t-il ici des suites judiciaires ? Du style  Emma et Flaubert ?

A demain

(1) Une rentrée plus que chargée en actualité cinématographique et littéraire nous pousse à reproduire ici le texte paru le 26 janvier dernier sur ce blog, texte aux accents de nature prophétique intitulé « Qui écrira l’histoire de l’infortunée Valérie T. ? ». Nous remercions ici l’AFP, Closer,D8France CultureGalaLe ParisienLe Secret des SourcesLe Seuil, Paris MatchRépliquesStock

Le scandale du Solvadi ®, ou comment Prescrire s’y prend pour fidéliser sa clientèle

Bonjour

C’est la rentrée. Le facteur-papier  nous livre le « Prescrire » de septembre. On voit venir le temps des vendanges. Luc Cifer, sarcastique fidèle au poste, franchit la ligne jaune. Il y célèbre le 520ème anniversaire de François Rabelais. Entre ses lignes, on perçoit le vin de Chinon (« petite ville grand renom »). On découvre aussi  chez lui  comme une curieuse envie de céder aux avances de l’industrie pharmaceutique… Prescrire  devrait surveiller son chroniqueur avant que le scandale éclate.

Allergie

Scandale, précisément. C’est un mot auquel le mensuel semble devenu allergique. Prescrire revient sur l’affaire sofosbuvir (Solvadi ®) de Gilead Sciences. On connaît l’essentiel du dossier : un prix ahurissant accepté par le ministère de la Santé et qui, in fine, conduit à un traitement unitaire approchant les 100 000 euros. Avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer ; a commencer par la sélection des malades et l’enrichissement indu des actionnaires d’une firme qui, ici, joue en Bourse. Petit pied de la page 658, sur deux colonnes, pour une « dernière minute » (sic).

Prescrire, comme bien d’autres a observé le phénomène :

« Le prix demandé par la firme Gilead Sciences pour la spécialité Solvadi ® (sofosbuvir), un antiviral contre le virus de l’hépatite C, a créé l’indignation dans de nombreux pays, dont la France. Aux États-Unis d’Amérique par exemple, la dépense médicamenteuse de 12 semaines de sofosbuvir est annoncée à 84 000 dollars par patient (environ 62 000 euros) [ Langreth R « Gilead CEO becomes billionaire on $84,000 hepatitis drug«  3 mars 2014. Site www.bloomberg.com consulté le 24 juin 2014 : 3 pages] » Une courbe édifiante.

Prescrire a même enquêté :

« Selon notre enquête au 16 juillet 2014, le prix des 28 gélules de sofosbuvir en France, avoisinait les 19 000 euros dans le cadre de l’autorisation temporaire d’utilisation (ATU), soit environ 57 000 euros pour 12 semaines de traitement. »

Prescrire s’est interrogé :

« Quels sont les motifs de ce prix extrême ? Le coût de la recherche ? Le coût de production ? S’agit-il d’un progrès thérapeutique qui justifie de telles prétentions ?

Le prix de Sovaldi°, réclamé aux patients et à la collectivité via les systèmes de protection sociale, se trouve être surtout le résultat d’une spéculation, sans grand rapport avec la recherche ni avec la santé. Selon un des fondateurs de la firme Pharmasset qui a développé le sofosbuvir, le nom même de cette firme a été choisi pour montrer que son but est de créer de la valeur financière (« asset », en anglais) à partir de médicaments (« pharma ») [Berkrot B « Gilead could have had Pharmasset cheap: founder » 22 novembre 2011. Site www.reuters.com consulté le 9 juillet 2014 : 2 pages]

Prescrire tire la leçon collective de tout cela :

« Une opération financière qui pèse à présent sur les systèmes d’assurance solidaires. »

Difficile de  dire plus en si peu de place. C’est dire le désappointement du lecteur quand il note que le titreur ne parle que de danger : « Solvadi ® : un prix dangereux ». On eût aimé un titre plus tonique, un titre ou le scandale aurait pris la place du danger.

Réaction trop rapide : il faut lire les petits caractères:

« Dans le prochain numéro de Prescrire, d’octobre 2014, nous présenterons une synthèse de la balance bénéfices-risques des traitements de l’hépatite C, ainsi qu’une analyse du dossier d’évaluation clinique du sofosbuvir, plus faible qu’annoncé, et nous apporterons plus de détails sur les motifs qui ont conduit à cette inflation dangereuse du prix de ces traitements. »

Chinons

Nous voilà donc rassuré, Prescrire va (enfin !) décortiquer ce scandale qu’est la « dérive insensée dans la fixation des prix des médicaments » ; nous attendons le facteur-papier des premiers jours octobre. Les vendanges seront là. Et nous en saurons alors peut-être un peu plus sur les accointances entre Luc Cifer et les mystérieux laboratoires Brisson. Sans parler des vins (rouges et blancs) de Chinon, « petite ville grand renom ».

A demain

Sida : qui, en France, paiera pour le Truvada® prophylactique ?

Bonjour

C’est un événement médical et politique dans le monde du sida. A la veille de la Conférence internationale sur le sida qui se tiendra à Melbourne (Australie) du 20 au 25 juillet l’OMS vient de prendre une initiative qui fera date :

« Pour la première fois, l’OMS recommande vivement aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes d’envisager de prendre des médicaments antirétroviraux en tant que méthode complémentaire de prévention de l’infection à VIH (la « prophylaxie pré-exposition ») parallèlement à l’utilisation du préservatif. La « prophylaxie préexposition » (PrEP) est un moyen de prévention destiné à ceux qui ne sont pas infectés par le VIH, mais risquent de le devenir.

Elle repose sur la prise quotidienne d’un comprimé unique (généralement une association de deux antirétroviraux). Il a été démontré que ce traitement, s’il est correctement observé, permet de réduire jusqu’à 92% le risque d’infection à VIH chez les personnes à haut risque. La PrEP est bien moins efficace si lesprises ne sont pas régulières. »

Explosion de l’épidémie

L’OMS justifie sa position en observant que « les taux d’infection à VIH parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes restent élevés presque partout et il faut d’urgence disposer de nouvelles options de prévention ». Plus précisément l’OMS parle désormais d’« une explosion de l’épidémie » chez les homosexuels masculins à risque. Gottfried Hirnschall, qui dirige le département VIH de l’OMS confirme l’existence, maintes fois évoquée depuis plusieurs années d’un abandon des comportements de prévention. Jusqu’à présent  les options préventives étaient  le recours systématique au préservatif masculin en cas de situation à risque, la réduction du nombre de ces situations et, dans une certaine mesure, la pratique de la circoncision.

Un million d’infections en dix ans. 

D’après les estimations de l’OMS (issues de travaux de modélisation mathématiques) la prophylaxie pré-exposition permettrait, à l’échelle mondiale, de réduire de 20-25% l’incidence du VIH chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, et d’éviter ainsi sur dix ans jusqu’à un million de nouvelles infections. Il ne s’agit là que d’une perspective théorique fondée sur le postulat d’une possible mise à disposition de médicaments antirétroviraux aux homosexuels séronégatifs qui accepteraient cette forme sans précédent de prévention.

Un choix personnel

Ces nouvelles recommandations de l’OMS concernant les homosexuels masculins n’ont pas de portée générale. Gottfried Hirnschall prend soin de préciser que la décision de suivre un traitement antirétroviral à titre préventif doit reposer sur un choix personnel et une évaluation par chacun du rapport bénéfice-risque. Elles ne concernent pas les partenaires séronégatifs de couples stables. En revanche la Pr-EP est « une option » à considérer par une personne séronégative ayant des relations avec une (ou des) personne(s) séropositive(s).

A nouveau Gilead Sciences

L’initiative de l’OMS survient deux ans après celle de la Food and Drug Administration (FDA) américaine qui avait approuvé officiellement, le lundi 16 juillet 2012  la commercialisation de la seule spécialité pharmaceutique  actuellement utilisée dans cette indication préventive : le Truvada®. Le Truvada® est une association de deux médicaments antirétroviraux fabriqué par la firme américaine Gilead Sciences.

L’agence américaine du médicament avait alors  suivi les recommandations formulées sur ce thème par un comité d’experts. C’était  la première fois qu’un médicament fabriqué pour traiter l’infection par le VIH était autorisé pour prévenir cette infection. La FDA précise que cette commercialisation est autorisation était accordée «afin de réduire le risque de transmission du virus du sida à des sujets sains à haut risque d’être contaminés».

 La plus grande confusion en France

L’Agence nationale française de sécurité du médicament avait alors aussitôt fait savoir qu’aucune demande d’AMM dans l’indication PrEP n’avait alors  été déposée par le laboratoire qui commercialise Truvada® en France. Depuis la plus grande confusion régnait sur ce chapitre (1).

Nouveaux paradigmes

La décision de l’OMS soulève un véritable problème politique. L’association Aides a été la première à réagir.  « Cette prise de position de l’OMS, à quelques jours de l’ouverture de la Conférence Internationale sur le sida de Melbourne, n’a rien d’anodin. Elle confirme une nouvelle fois la validité des nouveaux paradigmes de prévention et le rôle crucial des antirétroviraux pour réduire de façon significative la transmission  du virus, souligne-t-on auprès de Aides. C’est un pas de plus vers la généralisation de la prévention combinée, à savoir l’utilisation complémentaire du dépistage, du préservatif et des traitements préventifs et thérapeutiques pour endiguer l’épidémie. »

« Immobilisme  » de Mme Touraine

Forts de cette nouvelle recommandation de l’OMS les responsables d’Aides ont choisi une nouvelle fois d’en appeler à Marisol Touraine, ministre de la Santé. Ils lui demandent de « sortir de l’immobilisme ». En pratique ils réclament de faciliter l’ouverture de l’accès au traitement préventif. Cette mesure ne pose guère de difficultés pratique : il suffit d’une « extension de l’indication au préventif » du médicament qui « permettrait la mise à disposition pour des personnes séronégatives ».

Maladie politique

Le Truvada® est actuellement disponible dans le cadre d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Il est commercialisé par la firme américaine 520 euros les 30 comprimés et pris en charge à 100%. Gilead Sciences maintiendra-t-il ce prix pour une utilisation préventive ? Sur le fond la question soulevée est de taille dans la mesure, notamment, où la sécurité sociale ne prend pas en charge les actes de prévention.

Trente-trois ans plus tard le sida redevient une maladie politique. A-t-il jamais cessé de l’être ?

A demain

(1)     Voir ici les papiers consacrés à ce sujet sur ce blog et voir ici le dossier Truvada de Slate.fr

 

Appel urgent à Madame la ministre de la Santé : la gale est toujours à Calais !

Bonjour

Le 27 mai dix associations médicales et humanitaires lançaient un appel à Manuel Valls devant l’évolution sanitaire désastreuse prévalant chez « les réfugiés de Calais ». Avec présence de gale. Nous nous en étions fait l’écho grâce à Médecins du Monde. (« Monsieur le Premier ministre, la gale est arrivée à Calais »).

On attendait une réaction. Ce fut une évacuation. Une évacuation de plus. Aujourd’hui 4 juin neuf de ces associations (1) lancent un nouvel appel sur la Toile, une bouteille lancée dans la mer politique. Saura-t-elle, cette fois, émouvoir en très haut lieu ?

Ferdinand Buisson

Cette lettre  est adressée à Mr Denis Robin, préfet du Pas-de-Calais, rue Ferdinand Buisson, Arras. Un beau nom que celui de Ferdinand Buisson  Un modèle pour la préfectorale comme pour le gouvernement.

Deux copies de cette lettre ont été adressées à Paris. A Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur qui avait décidé et supervisé l’expulsion. A Marisol Touraine, ministre de la Santé qui (à notre connaissance) ne s’est pas exprimée sur ce cas particulier. Voici le texte de cette lettre-supplique :

« Monsieur le Préfet,

A Calais, il y a une semaine, les pouvoirs publics, invoquant des raisons sanitaires, ont expulsé et détruit deux camps de fortune où survivaient plusieurs centaines de personnes. La prise en charge médicale associée à cette expulsion s’est révélée inadaptée et n’a pas permis d’améliorer la santé des exilés.

Aujourd’hui,, les exilés expulsés de leur lieu de vie se sont déplacés de quelques dizaines de mètres et ont trouvé refuge sur le lieu de distribution des repas, vivant à la rue et sans moyens d’accès à l’hygiène.

« Nouvelle épidémie de gale »

La situation de ces personnes reste donc très précaire et leurs conditions sanitaires ne se sont pas améliorées : toutes les conditions restent aujourd’hui réunies pour que se propage une nouvelle épidémie de gale.

Cette situation incohérente résulte de décisions prises sans concertation et sans tenir compte des demandes des personnes concernées ni des associations.

A ce jour, aucune information n’est communiquée aux personnes qui craignent chaque jour de nouvelles expulsions : leur précarité augmente de jour en jour et aucune solution concrète et adaptée ne leur est proposée.

« Désastreux, inacceptable »

Dans ces conditions, nous vous demandons d’organiser dans les plus brefs délais une concertation en présence de représentants de l’ensemble des parties prenantes, pour élaborer et mettre en œuvre le plus rapidement possible des solutions concrètes à cette situation désastreuse et inacceptable.

Certains de l’attention que vous porterez à notre interpellation, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de notre haute considération. »

Interpellation ?  Le terme est approprié pour le chef des forces de police. Gale devrait susciter l’intérêt de la Marisol Touraine, ministre de la Santé. Voilà bien une affaire éclairante : la révélation grâce à de pauvres étrangers survivant à Calais des fractures pouvant aujourd’hui exister  en France entre  l’exécutif  et le monde associatif.

A demain

(1)  Associations signataires : Amnesty International, Emmaüs Dunkerque, Fédération Entraide Protestante, Fondation Abbé Pierre, L’Auberge des Migrants, La Cimade, Médecins du Monde, Salam NpdC, Secours Catholique.

(2)  Ferdinand Buisson (1841-1932)  est un homme politique français, cofondateur et président de la Ligue des droits de l’Homme, président de la Ligue de l’enseignement (1902-1906). Prix Nobel de la paix 1927 avec  Ludwig Quidde. Philosophe et éducateur, il a été directeur de l’Enseignement primaire.. En 1905, il préside la commission parlementaire chargée de mettre en œuvre la séparation des Églises et de l’État. Célèbre pour son combat en faveur d’un enseignement laïque, fonctionnaire, député radical, proche de Jules Ferry, il a créé le mot « laïcité ».

« Monsieur le Premier ministre, la gale est arrivée à Calais ! »

Bonjour

En d’autres temps on aurait parlé d’une  supplique, d’un cahier de doléances. Aujourd’hui c’est une bouteille à la mer numérique. Une bouteille bien fermée en forme de lettre ouverte. Datée du 27 mai elle est adressée à Mr Manuel Valls, actuel locataire de l’Hôtel Matignon 57, rue de Varenne. Paris.

Gale et Front national

Le Premier ministre la reçoit alors que l’on vient de découvrir quel est le parti qui, en France, vient de remporter 25% des voix exprimées aux dernières élections pour le Parlement de l’Union européenne. Il n’est pas impossible que ce parti – le Front National- réponde aux questions que soulève cette lettre. A commencer par celle de la réémergence de la gale à Calais.

Des copies seront adressées à Monsieur Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, ainsi qu’à Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la Santé. Nous publierons bien volontiers la réponse, si réponse gouvernementale il y a. Nous publierions aussi les réponses du Front National.

Voici cette lettre et le nom de ses signataires :

Monsieur le Premier ministre,

La situation à Calais se détériore dans un silence assourdissant. Environ 700 personnes étrangères, pour la plupart d’origine syrienne, afghane, érythréenne, fuyant des conflits, des violences et des persécutions sont installées dans la ville. Parmi elles, quelque 550 ont aménagé des camps de fortune sur le port de Calais et aux alentours, ayant demandé l’asile en France ou attendant de passer en Angleterre.

« Epidémie de gale »

Ils vivent dans des conditions sanitaires catastrophiques qui ont favorisé le développement d’une épidémie de gale. Bien que nous ayons alerté de manière répétée les pouvoirs publics sur les enjeux de santé publique que représente cette situation, aucune réponse correcte n’a à ce jour été apportée.

Le mercredi 21 mai, les associations apprennent avec stupéfaction la décision prise par les services de la Préfecture d’Arras : associer dans un même temps une prise en charge médicale et l’expulsion des terrains sur lesquels les exilés ont trouvé refuge depuis plusieurs semaines. Ceci sans concertation avec les associations, et sans l’accompagnement social des personnes concernées prévus par la circulaire du 26 août 2012. Mais surtout, pour la grande majorité des personnes, sans qu’aucune solution alternative de mise à l’abri ne leur soit proposée.

Dignité bafouée

Nous pouvons anticiper les effets de cette expulsion, prévue le mercredi 28 mai : prise en charge médicale inappropriée, errance des personnes dans la ville de Calais, contrôles policiers quotidiens, violences, désespoir et prise de risques croissante pour tenter un passage vers le Royaume-Uni qui,  depuis le début de l’année, ont déjà causé la mort de plusieurs exilés… Et certainement pas la disparition des exilés sur le territoire du Calaisis, qui restera un point de passage vers le Royaume-Uni, les expériences précédentes de destruction et de fermeture l’ont démontré (Sangatte en 2002, Jungle pachtoun en 2009).

Nous savons donc que cette politique irrespectueuse de la dignité des personnes n’apportera aucune solution.

Les engagements de la France

Nous vous demandons de mettre en place un dispositif d’urgence adapté pour répondre à la situation sanitaire des exilés de Calais et que la France réponde à son devoir de protection. Comme vous l’avez affirmé lors de la table ronde qui s’est tenue le 12 décembre 2013 à Calais, des solutions peuvent être apportées à cette situation.

Monsieur le Premier Ministre, engagez une concertation, donnez les autorisations et les moyens de soigner correctement et de protéger les personnes, conformément aux engagements de la France en matière d’accueil des exilés.

Liste des associations signataires :

Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture de Calais, Amnesty International, Fédération Entraide Protestante, Fondation Abbé Pierre, France Terre d’Asile, L’Auberge des Migrants, La Cimade, Salam NpdC, Médecins du Monde, Secours Catholique.

A demain

 

 

Ne plus boire grâce à Pernod Ricard® ? Les réponses de Gabriel Perlemuter, Philippe Batel et William Lowenstein

Bonjour

Les grands alcooliers mondiaux ne sont-ils que de duplicité-perversité-publicité ? Le plus grand d’entre eux (ou presque) tentait il y a peu de nous apporter la preuve du contraire (ou presque) (« Apprenez à ne plus boire, avec Pernod Ricard® »).

Le Groupe Pernod Ricard est «  fortement impliqué dans une politique de développement durable et encourage à ce titre une consommation responsable. Notre stratégie et nos ambitions sont fondées sur trois valeurs clés qui guident son développement : esprit entrepreneur, confiance mutuelle et fort sens éthique.

Boire responsable

Pernod Ricard est présent dans 80 pays et explique qu’il lutte contre la « consommation inappropriée ou abusive d’alcool ». Il vient de lancer ‘Wise Drinking’. Soit la « première application digitale mondiale pour une consommation responsable » (voir  http://wise-drinking.com/). Grâce à cette nouvelle application (disponible en 37 langues sous IPhone et Android) le buveur  peut calculer le nombre d’unités d’alcool qu’il consomme en temps réel. L’application prend en compte le type de boissons consommées (spiritueux, vins ou autres), leur volume, mais aussi le sexe  et le poids du buveur, de la buveuse.

Ce décompte « lui permet ainsi de suivre sa consommation au cours d’une période donnée qui peut s’étendre jusqu’à quatre semaines. Dotée d’un système de géolocalisation, l’application s’adapte à la législation locale en vigueur et précise alors au consommateur le moyen de transport adapté le plus proche.»

Absolut®

Pernod Ricard® c’est (notamment) la vodka Absolut®, le pastis Ricard®, les Scotch Whiskies Ballantine’s®, Chivas Regal®, Royal Salute® et The Glenlivet®, l’Irish Whiskey Jameson®, le cognac Martell®, le rhum Havana Club®, le gin Beefeater®, les liqueurs Kahlúa® et Malibu®, les champagnes Mumm® et Perrier-Jouët® ainsi que les vins Jacob’s Creek®, Brancott Estate®, Campo Viejo®et Graffigna®.

Comment, avec un aussi beau portefeuille lutter contre la « consommation inappropriée ou abusive d’alcool » ?

Est-ce précisément parce que l’on jouit d’un aussi beau portefeuille que l’on peut se dire « convaincu que c’est par la sensibilisation aux risques, la pédagogie active que l’on parvient à développer auprès des consommateurs des comportements responsables sur le long terme » ?

Ethique et marketing

Peut-on croire les grands alcooliers quand ils jurent vouloir vendre de l’alcool mais aussi  « réduire la consommation d’alcool chez les mineurs ; réduire l’alcool au volant ; renforcer et élargir les codes de bonnes conduites marketing ; informer les consommateurs et développer des innovations produits responsables ; obtenir le soutien des détaillants dans la réduction de la consommation abusive d’alcool » ?

Que pensent de Pernod Ricard les spécialistes de l’addiction alcoolique ? Trois réponses de membres du conseil scientifique de SOS Addictions :

« Bonne conscience, et alors ? »

Pr Gabriel Perlemuter, spécialiste d’hépato-gastro-entérologie (hôpital Antoine-Béclère, Clamart ; Inserm):

« Ce n’est pas pour polémiquer mais je ne serai pas aussi critique que certains de mes confrères. Certaines publications montrent bien que la moitié des consommateurs d’alcool se trompent lorsqu’on leur demande quelle quantité d’alcool ils consomment. Très concrètement, ils ne savent pas quelle est la quantité d’alcool contenue dans les verres pas plus que la dose toxique – dose qui est d’ailleurs variable entre les individus et en fonction du critère de jugement de la toxicité). Dose que de nombreux médecins ne connaissent d’ailleurs pas.

La seule façon de savoir ce que vaut ce concept, c’est (comme pour tous les concepts) de l’évaluer de façon prospective. C’est ce qui est fait pour les autocontrôles du diabète.

Pernod-Ricard se donne bonne conscience… c’est vrai… et alors ? »

« Trop fort ! »

Dr Philippe Batel , psychiatre, responsable de l’unité de traitement ambulatoire des maladies addictives (hôpital Beaujon):

« Tout le monde sait depuis Georgina Dufoix que la responsabilité est le rempart de la culpabilité

Je trouve Pernod Ricard particulièrement fort sur le coup. Ils abandonnent la notion de modération (alors que les viticulteurs s’y accrochent). Ils utilisent le terme (qui m’est cher) de consommation inappropriée d’alcool. Et ils nous servent un affichage non chiffré et non évalué d’un dispositif qui, au final, est une action promotionnelle.

Trop fort ! »

« Entre deux nausées »

Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions 

« On aimerait tant y croire, comme la prostituée espérant l’amour de son mac, comme Ushuaia et Rhône-Poulenc s’unissant pour sauver notre planète, comme le dealer limitant sa vente de coc au client pétant les plombs.

Oui, on aimerait tant y croire à ces multinationales humanistes, prêtes à affronter leurs actionnaires pour expliquer la baisse de leur ventes et de leurs dividendes au nom de la réduction des risques en addictologie.

Oui, on aimerait tant à y croire à ces serial killers responsables de 50 000 morts prématurées chaque année en France ; des tueurs en série qui aujourd’hui nous responsabiliseraient et feraient la promotion de la santé des addictions. 

On aimerait tant y croire. Mais, entre deux nausées, on n’y croit pas. »

A demain