Yves Lévy, PDG de l’Inserm jette l’éponge : le conflit d’intérêts n’avait que trop duré

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Il aura donc fallu attendre plus d’un an. La question avait été publiquement soulevée dans la presse en mai 2017, au lendemain de la nomimation d’Agnès Buzyn au poste de ministre des Solidarité et de la santé. « Peut-on être la ministre de tutelle de… son mari ? » demandait, jésuitiquement, La Croix (Pierre Bienvault).

« La question se pose de manière très concrète depuis l’entrée au gouvernement d’Agnès Buzyn, nommée au portefeuille des Solidarités et de la Santé. En effet, elle est aussi mariée au Pr Yves Lévy, président-directeur général de l’Institut national de la santé et la recherche médicale (Inserm). Or, cet important organisme public est placé sous la double tutelle du ministère de la Recherche et de la Santé. Bref, le Pr Lévy est désormais sous la tutelle de sa femme, ce qui n’est pas sans poser un problème à un moment où la prévention des conflits d’intérêts des ministres est une priorité affichée par le président de la République. »

Agnès Buzyn, hier encore présidente du Collège de la Haute Autorité de santé (HAS) affirmait alors que la question serait vite réglée. Elle ajoutait aussi que son mari sera maintenu dans ses fonctions.  « Le problème est clairement identifié et va être traité. Il appartient maintenant au secrétariat général de l’Elysée d’examiner quelle est la modalité juridique la plus adaptée. Mais une chose est certaine : Mme Buzyn n’aura pas à prendre de décisions concernant l’Inserm » déclarait à La Croix le cabinet de la nouvelle ministre.

Solution bigrement bancale

Régler sans larmes ce conflit d’intérêts ? On pouvait imaginer le « déport systématique » – une procédure prévue par la loi du 29 décembre 2011 de renforcement de sécurité sanitaire (gouvernement Fillon) et qui permet de sauver les apparences pour ne pas être à la fois juge et partie. Difficile. « Pour un ministre de la Santé, l’Inserm n’est pas un domaine occasionnel, mais un sujet d’activité quasi quotidien » observait Le Monde (François Béguin, Paul Benkimoun).

Une piste, selon La Croix : un décret du 16 janvier 2014 relatif à la prévention des conflits d’intérêts dans l’exercice des fonctions ministérielles. Un ministre estimant se trouver en situation de conflit doit en informer par écrit le Premier ministre en « précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions ». Un décret détermine alors les attributions que le Premier ministre exerce en lieu et place du ministre intéressé. Édouard Philippe exercerait alors la cotutelle de l’Inserm avec le ministre de la recherche.

Ce fut la solution, légale mais bigrement bancale, qui fut alors retenue. Puis le problème fut de nouveau posé, cette année, avec le processus de désignation du nouveau PDG de l’Inserm. M. Lévy allait-il demander à prendre la succession de lui-même pour un nouveau mandat de quatre ans le conduisant à la fin du quinquennat ?

« Yves Lévy, qui a tenté de se faire renommer discrètement, devra passer devant une commission s’il veut se succéder à lui-même en juin, expliquait, en avril dernier Anne-Sophie Mercier dans Le Canard Enchaîné. Une façon de le dissuader, sans doute, alors que sa femme pèse de tout son poids, selon certains, en faveur de sa reconduction. » Qui l’emporterait ? Des rumeurs donnaient Agnès Buzyn perdante.

Les rumeurs ont gagné et le Palais de l’Elysée vient de trancher. M. Lévy « reste en charge de l’intérim à la tête de l’Inserm » viennent de faire savoir, dans un communiqué les services du Premier ministre. Ajoutant un savoureux : « le processus de recrutement du PDG de l’Inserm sera relancé dans les prochaines semaines ».

Autres fonctions

« Ce processus avait pourtant déjà commencé, puisque des candidats avaient été entendus le 21 juin à huis clos par une commission ad hoc » précise l’AFP. Qui traduit : le Pr Yves Lévy, mari de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, a retiré sa candidature pour un nouveau mandat à la tête de l’Inserm, organisme public de recherche médicale. L’Inserm indique dans un communiqué que M. Lévy avait « adressé ce jour à l’ensemble des personnels de l’Inserm un message expliquant sa décision ». Message encore tenu secret.

La suite est sans surprise, qui enfonce toutefois le clou. « Le gouvernement prend acte » de sa décision « de retirer sa candidature à un renouvellement à la présidence de l’Inserm ». Le gouvernement rappelle que « l’ensemble des procédures permettant d’éviter tout conflit d’intérêt entre l’Inserm et la ministre des Solidarités et de la Santé ont été mises en oeuvre de façon continue depuis mai 2017 ».

Les noms des candidats à la succession de M. Lévy n’ont pas été révélés et ce « conformément à la réglementation, pour permettre d’attirer les meilleurs postulants » (sic). Seuls deux ont choisi de rendre publique leur candidature : Jessica Zucman-Rossi (Inserm, université Paris-Descartes) et Philippe Froguel (CNRS, université de Lille et Imperial College de Londres).

Quant aux services du Premier ministre, ils précisent que M. Lévy, 60 ans, « sera prochainement appelé à d’autres fonctions ». Qui en aurait douté ?

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Chirurgie du sein : le directeur de l’assurance maladie dénonce des inégalités de mortalité

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5 juillet 2018. Nicolas Revel est l’invité matinal de RTL (Elisabeth Martichoux). Les auditeurs et les auditrices connaissent mal cet homme de 51 ans, fils de Jean-François Revel et de la journaliste Claude Sarraute, et frère du moine Matthieu Ricard. Ancien porte-parole, puis directeur de cabinet de Bertrand Delanoë  maire de Paris, pui promu conseiller maître à la Cour des comptes avant d’être nommé par François Hollande secrétaire général adjoint de la présidence de la République, en tandem avec Emmanuel Macron.

Depuis novembre 2014 il est, poste important, directeur général de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnam). Que vient-il nous dire, si tôt, sur RTL (on peut l’entendre ici) ? Que le célèbre « trou » est comblé, que les caisses sont (presque) à l’équilibre et que nous pouvons recommencer à démenser pour notre santé ? Pas vraiment : il nous faudra faire deux milliards d’euro d’économies l’année prochaine.

« Nous avons besoin de faire des économies parce que notre système de santé ne pourrait pas augmenter de 4% – de 8 milliards –  par an, affirme Nicolas Revel. Ce que nous cherchons à faire chaque année, par les fameuses économies, c’est de faire en sorte que notre système de santé progresse d’à peu près 4 milliards de plus.

« La sécurité sociale rembourse à peu près 200 milliards d’euros chaque année. Cela nous situe dans une moyenne haute avec nos voisins européens, et je crois que nous avons un système qui est globalement efficace (…) même si je pense qu’il a encore des marges d’efficacité devant lui. »

Accusation inattendue

Mais Nicolas Revel, sur RTL, a un autre message à faire passer , nettement plus inattendu : la mise en cause de système actuel de chirurgie du sein (50 000 femmes concernées chaque année dans 570 services).  Un rapport de la Cnam vient de mettre en lumière le fait que  les femmes opérées d’un cancer du sein dans un établissement à faible activité ont un surrisque de mortalité de 82 % par rapport à un établissement où plus de 150 interventions sont réalisées chaque année. Et, selon Nicolas Revel beaucoup trop d’hôpitaux ou de cliniques sont aujourd’hui en dessous du seuil réglementaire de « 30 cancers opérés par an ». Le sujet avait, la veille, été traité  dans La Croix (Pierre Bienvault).

Depuis 2009, un établissement hospitalier ne peut pratiquer une chirurgie cancérologique qu’à la condition de faire un minimum d’interventions chaque année. « Avant la fixation de ces seuils, de très nombreux établissements opéraient des cancers du sein tout en ayant une faible activité, résume La Croix. Ainsi, 500 hôpitaux ou cliniques réalisaient moins de 24 interventions dans l’année. Soit deux cancers du sein opérés par mois. La mise en place du seuil, en 2009, a permis de clarifier l’offre. Mais il reste du chemin à faire. Ainsi, en 2014, 159 établissements ont encore opéré des cancers du sein tout en étant en dessous du seuil de trente interventions annuelles. »

Or cette faible activité ne serait pas sans avoir une influence sur la mortalité. En 2012, le taux de mortalité des patientes, dans l’année ayant suivi l’intervention chirurgicale, était deux fois plus élevé dans les établissements en dessous du seuil par rapport aux établissements opérant plus de cent cancers du sein dans l’année.

Ce seuil d’activité devrait être relevé estime le Pr Marc Espié, responsable du centre des maladies du sein de l’hôpital Saint-Louis à Paris. « Il faudrait passer à 50 interventions au minimum par an », dit-il dans La Croix. Mais pour Nicolas Revel il faut aller plus loin et fixer un seuil minimal de 150 interventions annuelles, comme en Allemagne, en Italie et en Espagne. Dans ce cas, 338 établissements français ne pourraient plus pratiquer cette activité.

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PMA : le président Macron partage-t-il encore l’opinion d’Emmanuel le candidat ?

 

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Dimanche 3 juin 2018. Orages sans fin sur la France. C’est une exclusivité de La Croix (Loup Besmond de Senneville): « Un dîner sur la PMA discrètement organisé à L’Elysée en présence d’Emmanuel Macron ». C’était le 23 mai et la soirée a duré plus de trois heures. Menu : procréation et génomique. Mais, pour l’essentiel, la question phare : celle de l’extention ou pas de la technique de l’insémination artificielle avec sperme de donneur à des femmes seules ou à des couples de femmes – ce que les médias généralistes réduisent à « PMA ».

Chacun a eu une dizaine de minutes pour s’exprimer, au cours d’un premier tour de table, avant d’engager une discussion. Côté pro : des médecins comme François Olivennes et Israël Nisand, le président de l’association des familles homoparentales, Alexandre Urwicz, et une adhérente d’« IciMamaSolo ». Face à eux, Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita et le père Brice de Malherbe, docteur en théologie, spécialiste de bioéthique.

« Emmanuel-neutralité »

« De son côté, Emmanuel Macron a, semble-t-il, peu parlé, se contentant d’introduire les débats et de les clore, un peu après minuit, résume La Croix. ’Il a dit que nous étions désormais au carrefour des possibles, ouvert par la technologie, et que nous pouvions désormais introduire dans la loi quelques-uns de ces possibles’’, rapporte un participant. Selon plusieurs invités, le président ne s’est pas clairement exprimé en faveur de la PMA, restant dans une forme de neutralité. »

« Une attitude très différente de celle tenue lors d’un autre dîner à l’Elysée, mi-février, cette fois sur la fin de vie. Emmanuel Macron avait alors expressément fait part de ses réserves sur le suicide assisté. ‘’Le suicide est toujours un acte violent’’, qu’il soit aidé ou non, avait ainsi déclaré le chef de l’État, ajoutant, soucieux de clarifier les définitions, que les mots ’suicide’’ et ‘’assisté’’ relevaient à son sens ‘’d’un oxymore’’. »

Où l’on en vient à se demander, s’agissant de la « PMA » si le président Emmanuel Macron est-il du même avis que le candidat. « Il est favorable à l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les femmes seules et les couples de femmes », confiait son entourage au Figaro, en mars 2017, confirmant une information d’iTélé. Une fois élu il précisait toutefois : « afin de ne pas réitérer les erreurs du passé, le calendrier de cette réforme sera soigneusement préparé. J’attendrais que le Comité national d’éthique ait rendu son avis pour pouvoir construire un consensus le plus large possible ».

Puis ce Comité rendit son avis en juin 2017. Feu vert sous condition, accompagné d’oppositions ainsi que de nombreuses et graves questions éthiques et pratiques 1. Uen problématique reprise avec brio, il y a quelques jours, par le biologistes Jacques Testart et Marie-Angèle Hermitte dans les colonnes du Figaro.

Les naïfs de la nouvelle majorité

Et maintenant ? Mardi 5 juin 2018  à la Maison de la Chimie, à Paris le « rapport de synthèse » des États Généraux de la Bioéthique sera présenté à la presse par le Comité consultatif national d’éthique. Suivra la mécanique républicaine qui conduira à un avant-projet de loi de révision de la loi de bioéthique de 2011. Puis à un projet de loi. Or tout ceci risque d’être plus mouvementé que prévu par les naïfs de la nouvelle majorité.

Début mai Libération faisait état de doutes croissants , dans les milieux « bien informés » quant à la volonté d’Emmanuel Macron de concrétiser sa promesse de la « PMA pour toutes ». Puis, le 29 mai, le même Libération publiait une tribune de quelques parlementaires de la majorité présidentielle 2 « rappelant leur attachement à l’extension de la procréation médicale assistée à toutes les femmes, célibataires, en couple hétérosexuel ou en couple lesbien ». A dire vrai, un bien pauvre argumentaire.

Au total il faut voir là une série de symptômes convergents : le président ne partage plus tout à fait l’opinion du candidat. On y ajoutera, pour s’en convaincre, la désormais célèbre et solennelle sortie du président de la République française  devant l’institution catholique, aux Bernardins. Et on rappellera que, encore candidat, Emmanuel Macron ne se cachait pas de percevoir le mystique au sein du politique.

Nous ne sommes qu’en juin de l’année 2018. Orages annoncés sur la France.

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1 Onze des trente-neuf membres du Comité national d’éthique n’avaient pas voté cet avis : Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kutten, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

2 Guillaume Chiche (Deux-Sèvres), Coralie Dubost (Hérault), Matthieu Orphelin (Maine-et-Loire) , Laetitia Avia (Paris), Thomas Mesnier (Charente),  Laurence Vanceunebrock-Mialon (Allier),  Raphaël Gérard (Charente-Maritime), Elise Fajgeles (Paris), Hugues Renson (Paris), Carole Grandjean (Meurthe-et-Moselle) Aurélien Tache (Val-d’Oise), Cécile Muschotti (Var), Pieyre-Alexandre Anglade (Français établis hors de France), Claire Pitollat (Bouches-du-Rhône), Sacha Houlié (Vienne), Stéphanie Rist (Loiret), Pierre Person (Paris), Sophie Beaudoin-Hubiere (Haute-Vienne), Damien Pichereau (Sarthe), Martine Wonner (Bas-Rhin), Mickaël Nogal  (Haute-Garonne), Didier Baichère (Yvelines), Delphine Bagarry (Alpes-de-Haute-Provence), Damien Adam (Seine-Maritime), Ludovic Mendes (Moselle), Laurent Saint Martin (Val-de-Marne), Florent Boudié (Gironde), Philippe Chalumeau (Indre-et-Loire), Guillaume Gouffier-Cha (Val -de-Marne), Eric Bothorel (Côtes d’Armor), Bérangère Abba (Haute-Marne), Marne Fabienne Colboc (Indre-et-Loire), Stéphane Testé (Seine-Saint-Denis), Dominique David (Gironde), Jean-Louis Touraine (Rhône), Anne Genetet (Français établis hors de France), Marie-Christine Verdier-Jouclas (Tarn), Stéphane Buchou (Vendée), Jean-Marie Fiévet (Deux-Sèvres), Olga Givernet (Ain), Denis Sommer (Doubs), Brigitte Bourguignon (Pas-de-calais), Valérie Gomez Bassac (Var), Joël Giraud (Hautes-Alpes), Jennifer de Temmerman (Nord), Frédéric Barbier (Doubs), Bérangère Couillard (Gironde).

 

Conflits d’intérêts : Agnès Buzyn va-t-elle pouvoir encore conserver la tutelle de son mari ?

Bonjour

L’affaire avait été publiquement évoquée dès sa nomination : comment Agnès Buzyn, 55 ans, ministre des Solidarités et de la Santé pourrait-elle traiter des dossiers relatifs à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dirigée par Yves Lévy, 60 ans, son mari ?

« Peut-on être la ministre de tutelle de… son mari ? » demandait il y a un an, sans naïveté, La Croix (Pierre Bienvault). « La question se pose de manière très concrète depuis l’entrée au gouvernement d’Agnès Buzyn, nommée au portefeuille des Solidarités et de la Santé, expliquait le quotidien catholique. En effet, elle est aussi mariée au Pr Yves Lévy, président-directeur général de l’Inserm. Or, cet important organisme public est placé sous la double tutelle du ministère de la Recherche et de la Santé. Bref, le Pr Lévy est désormais sous la tutelle de sa femme, ce qui n’est pas sans poser un problème à un moment où la prévention des conflits d’intérêts des ministres est une priorité affichée par le président de la République. »

Il y a un an Agnès Buzyn  assurait que la question sera vite réglée et que, en même temps, son mari serait maintenu dans ses fonctions. « Le problème est clairement identifié et va être traité. Il appartient maintenant au secrétariat général de l’Elysée d’examiner quelle est la modalité juridique la plus adaptée. Mais une chose est certaine : Mme Buzyn n’aura pas à prendre de décisions concernant l’Inserm » déclarait à La Croix le cabinet de la nouvelle ministre.

Pour régler ce conflit d’intérêt une solution :  le « déport systématique », du verbe déporter dans son acception se désisterse départir. C’est une procédure prévue par la loi du 29 décembre 2011 de renforcement de sécurité sanitaire (gouvernement Fillon). Le cas le plus fréquent, connu de Mme Buzyn, est celui des médecins experts consultants  pour des laboratoires pharmaceutiques. Le cas échéant ils doivent (désormais) quitter la salle pour ne pas être juge et partie. Mais imagine-t-on raisonnablement une telle procédure pour une ministre ayant une tutelle continue sur son mari ?

Visiteuse du soir de Marisol Touraine

La Croix avait touvé une piste : un décret du 16 janvier 2014 relatif à la prévention des conflits d’intérêts dans l’exercice des fonctions ministérielles (signé Jean-Marc Ayrault). Schématiquement : un ministre estimant se trouver en situation de conflit doit en informer par écrit le Premier ministre en « précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions ». Un décret détermine alors les attributions que le Premier ministre exerce en lieu et place du ministre intéressé. Édouard Philippe exercerait alors la co-tutelle de l’Inserm avec le ministre de la recherche. Ce qui fut fait.

Un an plus tard, réémergence de l’affaire dans les colonnes du Canard Enchaîné daté de ce 18 avril 2018. Page 7 dans le toujours savoureux portrait « Prises de Bec » signé Anne-Sophie Mercier . Aujourd’hui : « Agnès Buzyn : Soldate du peu ». On en apprend un peu plus sur les raisons véritables qui conduisirent cette hématologue hospitalo-universitaire à quitter le service du sacro-saint hôpital Necker-Enfants malades où tout ou presque était réuni pour qu’elle fasse carrière. « Elle a longtemps été une visiteuse du soir de Marisol Touraine au ministère de la Santé confie au volatile un ‘’haut fonctionnaire’’ anonyme. Elle ne s’en vante pas parce que Touraine était cassante et pas très populaire. »

Le Canard revient aussi sur l’affaire de la situation de conflit d’intérêts officiellement déjouée. « Imaginer que la recherche médicale puisse être déconnectée du ministère de la Santé c’est du foutage de gueule » a expliqué à l’auteure du portrait un « ponte de l’Inserm » ; un ponte qui, avec quelques collègues, parle de « l’arrogance » de son PDG.

« Yves Lévy, qui a tenté de se faire renommer discrètement, devra passer devant une commission s’il veut se succéder à lui-même en juin, explique Anne-Sophie Mercier. Une façon de le dissuader, sans doute, alors que sa femme pèse de tout son poids, selon certains, en faveur de sa reconduction. » Qui l’emportera dans cet éclairant dossier ? Des rumeurs donnent Agnès Buzyn perdante. Le verdict élyséen ne saurait tarder.

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Macron et l’euthanasie : quand le diable est dans les détails du Conseil Economique et Social 

 

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Transcendance ou pas certains y verront un discret signe de la fatalité : au lendemain de l’étrange discours du président de la République devant les évêques de France la polémique bioéthique rebondit avec un avis atypique du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE). Mardi 10 avril ce dernier a adopté (107 pour, 18 contre, 44 abstentions) un avis sur la fin de vie recommandant notamment au législateur d’instaurer pour les personnes atteintes d’une maladie incurable en « phase avancée ou terminale », et dont la souffrance physique ou psychique est « inapaisable », un droit à bénéficier d’une « sédation profonde explicitement létale ». 

« Les dispositions visant à placer la personne malade au centre des décisions la concernant demeurent méconnues tant du grand public que des professionnel.le.s. Enfin, la mise en œuvre du droit à la sédation profonde et continue instauré par la loi de 2016 est entravée par des difficultés d’ordre tant médical que juridique et éthique.

« La persistance dans ce contexte de situations dramatiques, certes rares mais récurrentes, conduit à s’interroger, à la lumière notamment des expériences étrangères et des apports de la pensée philosophique et religieuse, sur la nécessité d’ouvrir un nouveau droit qui permettrait la mise en oeuvre, dans des conditions strictement encadrée, d’une aide à mourir. »

Pire la publication, le 15 mars, par la Haute Autorité de santé (HAS) de règles précisant le mode d’emploi de la loi en vigueur sur la fin de vue serait même venue, selon le CESE,  « restreindre les droits d’accès des patients ». « Cette prise de position sur un terrain ‘’sociétal’’ inhabituel pour le CESE alors que 156 députés de la majorité se sont prononcés, fin février, en faveur d’une nouvelle loi sur la fin de vie » rappelle Le Monde. Or on sait, de source bien informée (et a fortiori après le discours fait aux évêques) qu’Emmanuel Macron, s’il est prêt à « élargir » le champ d’application de la PMA aux femmes seules et homosexuelles, bloquera toute modification de l’actuelle loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie.

Le président et La Croix

Il est d’ores et déjà, sur ce terrain, soutenu par la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) qui, dans un communiqué, fait valoir que « donner la mort n’est pas un soin ».

« Sur les 14 préconisations du CESE, la SFAP est en accord avec 11 d’entre elles qui vont dans le sens d’une application de la loi Claeys-Leonetti de 2016 et d’un développement des soins palliatifs. En revanche la SFAP s’oppose totalement à la préconisation n°12 qui apparaît en parfaite contradiction avec les onze premières et la loi de 2016 puisqu’elle autoriserait le suicide assisté et l’euthanasie en considérant la mort comme le soin palliatif ultime ce qui est une aberration.  Elle s’oppose de la même façon aux préconisations n°13 et n°14 qui visent à organiser ce droit avec une forte inquiétude supplémentaire à l’idée que la clause de conscience accordée aux soignants puisse être un droit révisable. »

Rappelons que la question centrale dont s’était saisie le CESE était « Faut-il changer la loi avant que celle-ci ne s’applique ? ». « Pendant cinquante pages celui-ci explique que la priorité est de l’appliquer et que la nécessité d’une éventuelle révision divise ses propres membres puis en deux pages il propose de l’enterrer et d’en écrire une nouvelle pour libéraliser l’euthanasie, concluent les spécialistes des soins palliatifs. Cette incohérence essentielle interroge sur la portée éventuelle de cet avis. »

Dans ses convictions le président Macron est ici soutenu par La Croix qui, dans son édition du 11 avril dénonce les « préconisations n° 12, 13 et 14 » du Conseil Economique, Social et Environnemental. Il reste à connaître la réactions des députés de la majorité dont la trajectoire se sépare, ici, de la marche présidentielle.

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PMA – GPA et Eglise catholique : que veut donc nous dire le président de la République ?

Bonjour

C’est, nous affirment quelques commentateurs catholiques, un discours historique que celui prononcé par Emmanuel Macron, président de la République française, le 9 avril 2018 au sein du collège des Bernardins, à Paris.

« Sous la voûte de la très belle nef cistercienne des Bernardins, un silence monacal s’était installé à l’arrivée du chef de l’Etat, accompagné de son épouse Brigitte Macron, qui a fait l’essentiel de sa carrière de professeur dans deux prestigieux établissements scolaires des jésuites » raconte Libération (Bernadette Sauvaget). Puis un discours d’une heure au terme duquel les représentants de l’Eglise ont longuement applaudi le chef de l’Etat.

« Emmanuel Macron s’est employé à ravauder les liens en voie de relâchement tissés entre les catholiques et la République, résume calmement, dans Le Monde, Cécile Chambraud. Ce discours demeurera comme fondateur pour une partie du catholicisme et comme provocateur pour une partie du laïcisme. » («Macron en plein délire métaphysique. Insupportable. On attend un président, on entend un sous-curé», a notamment tweeté Jean-Luc Mélenchon)

Il faudra relire, patiemment, le texte de ce discours luxuriant pour tenter de décrypter la pensée complexe d’un président omniprésent. Un texte étrangement disponible sur le site de La Croix avant de l’être sur celui de la Présidence de la République : « Discours du président de la République devant les évêques de France ».

Jouer à l’agenda caché

On retiendra, pour l’heure, comme symptomatique de la complexité de cette pensée présidentielle, ce passage relatif à la bioéthique :

« Sur la bioéthique, on nous soupçonne de jouer parfois un agenda caché. De connaître d’avance les résultats d’un débat qui ouvrira de nouvelles possibilités dans la procréation assistée, ouvrant la porte à des pratiques qui irrésistiblement s’imposeront ensuite, comme la Gestation Pour Autrui. Et certains se disent que l’introduction dans ces débats de représentants de l’Église catholique, comme de l’ensemble des représentants des cultes, comme je m’y suis engagé dès le début de mon mandat est un leurre, destiné à diluer la parole de l’Église ou à la prendre en otage.

« Vous le savez, j’ai décidé que l’avis du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE), Monsieur le président, n’était pas suffisant et qu’il fallait l’enrichir d’avis de responsables religieux 1. Et j’ai souhaité aussi que ce travail sur les lois bioéthiques, que notre droit nous impose de revoir, puisse être nourri d’un débat organisé par le CCNE mais où toutes les familles – philosophique, religieuse, politique –, et notre société auront à s’exprimer de manière pleine et entière. C’est parce que je suis convaincu que nous ne sommes pas là face à un problème simple qui pourrait se trancher par une loi seule. Mais nous sommes parfois face à des débats moraux, éthiques profonds qui touchent au plus intime de chacun d’entre nous. »

S’exprimer « pleinement » et « entièrement » ? On attend, désormais et avec le plus grand intérêt, la suite.

A demain

1 On observera toutefois que depuis 1983, année de sa création, le CCNE comprend en son sein cinq personnalités désignées par le Président de la République appartenant aux «principales familles philosophiques et spirituelles».

 

 

Bioéthique et surnaturel : le grand embarras de l’Eglise catholique devant l’utérus artificiel

Bonjour

Bientôt Pâques. Et La Croix de continuer à égrener son chapelet bioéthique à l’aune des convictions catholiques. Aujourd’hui, après l’intelligence artificielle, l’utérus du même nom. « Peu de débats en perspective: l’utérus artificiel ne devrait pas donner lieu à de grands débats lors des Etats généraux de la bioéthique, estime le quotidien catholique. Le sujet n’est ainsi pas mentionné par les organisateurs sur leur site. »

S’agit-il d’une alternative à la grossesse pour autrui ? Sans aucun doute. Souvenons-nous de 2010 et du rapport Claeys-Leonetti sur la révision des lois de bioéthique : « Dans le cas où l’on déciderait aujourd’hui d’autoriser les mères porteuses et en envisageant l’éventualité qu’un jour l’ectogenèse devienne techniquement possible, quelles objections pourra-t-on opposer alors au recours à l’utérus artificiel comme alternative à la mère porteuse ? Des voix ne s’élèveraient-elles pas pour justifier le recours à l’ectogenèse pour des raisons “éthiques” en faisant valoir que dans le cas d’un utérus artificiel, il n’y aurait ni risques physiques et psychiques encourus par des tiers ni aliénation ou marchandisation du corps humain? »

Silence protestant

Voilà qui est bel et bon. Mais que nous dit le Vatican ? Etrangement : pas de texte spécifique. « La position de l’Église peut cependant se décliner de son fondement anthropologique, tel qu’il a été défini dans l’Instruction Donum vitae, publiée en 1987 par la Congrégation pour la doctrine de la foi », précise Jean Matos, chargé de mission sur l’éthique auprès de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et doctorant en éthique médicale. »

Mais encore ?  « En raison de son union substantielle avec une âme substantielle, le corps humain ne peut pas être considéré seulement comme un ensemble de tissus, d’organes et de fonctions, il ne peut être évalué de la même manière que le corps des animaux, mais il est partie constitutive de la personne qui se manifeste et s’exprime à travers lui », souligne l’Instruction Donum vitae. Pour Jean Matos, ce qui « est dit du corps en général est valable aussi pour l’utérus féminin ».

Que comprendre ? Qu’en disent les protestants ? Car la vérité vraie est que l’on reste, une nouvelle fois avec Rome, sur sa faim.

A demain