Deux Français sur trois sont favorables à la PMA et à la GPA sans en mesurer les conséquences

 

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C’est un sondage-événement. A la veille de l’ouverture des Etats généraux les états généraux de la bioéthique La Croix  publie des chiffres étonnants qui ne manqueront ni de surprendre ni d’inquiéter. Certains y verront le consentement d’une fraction rapidement croissante de la société française à l’élargissement de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes (60 %) et aux femmes seules (57 %) ou, nettement plus surprenant, à la levée de l’interdiction de la gestation pour autrui (GPA) (64 %). Ce serait aller un peu vite en besogne et mérite quelques éclaircissements – et ce en dépit des conclusions de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop :

« La vieille matrice structurante de la société qui était très clairement d’inspiration chrétienne et catholique est en train de s’effriter à vitesse grand V. [Des résultats qui révèlent] l’ancrage d’un basculement anthropologique dans la société française, à la faveur de la déchristianisation de la société et de la poussée de l’individualisme ».

On y verra la confirmation de la théorie « des dominos » ou de la « pente glissante » :

« Même si les évolutions sont très rapides, la société ne change pas d’un seul coup, mais par étapes. L’opinion a adhéré au mariage pour les couples homosexuels deux ou trois ans après avoir accepté le Pacs. De même, les Français se sont dits en faveur de l’adoption par les couples homosexuels quelque temps après l’inscription du “mariage pour tous” dans la loi. Les plus âgés sont un peu plus réticents, détaille encore Jérôme Fourquet. Mais il n’existe aucun clivage majeur ni entre les générations, ni selon les préférences politiques. Cela confirme qu’il s’agit d’une vague de fond. »

Et les catholiques pratiquants demande La Croix ? Le sondage fait apparaître qu’ils demeurent légèrement moins favorables à la GPA (46 %), à la PMA (35 %) que le reste des Français, soit de 10 à 20 points de moins. « Même s’il existe une marge d’erreur de 5 à 6 points, on ne peut pas dire que les catholiques sont totalement à rebours de la société française en la matière », constate le sondeur.

Loi du marché sacralisée

Ne pas aller trop vite en besogne du fait de l’existence de ce que La Croix nomme des « îlots de résistance » : l’attachement massif à la gratuité et l’anonymat des dons de gamètes, « deux principes fondamentaux que la plupart des sondés veulent conserver ». Or cette clef de voûte de la loi française de bioéthique est, précisément menacée par l’ouverture potentielle de la PMA à des femmes célibataires et à des couples de femmes comme l’explique le dernier avis du Comité national de bioéthique. Sans parler de la question de la prise en charge par l’assurance maladie de gestes qui ne peuvent être qualifiés de thérapeutique 1.

Plus généralement ce sondage et ses incohérences témoignent de la nécessité absolue de faire, au plus vite, œuvre de pédagogie : expliquer de manière pratique ce qu’il en est des principes fondamentaux « d’indisponibilité du corps humain» et/ou de « non patrimonialité du corps humain » (ce corps et ses éléments sont et doivent rester « hors marché ») – un socle éthique auquel les Français sont majoritairement attachés sans en connaître précisément l’histoire et les conséquences. Œuvre de pédagogie pour faire comprendre les incohérences entre ces principes et la pratique de la location d’utérus ou la commercialisation des cellules sexuelles humaines.

On peut espérer que les Etats généraux de la bioéthique s’attacheront à cet enjeu fondamental, situé au cœur même de la révision de la loi de bioéthique. Et que ce questionnement sera repris par le gouvernement dans sa rédaction du projet de loi avant d’être examiné par le Parlement. Si tel n’était pas le cas ce serait un pas de plus vers la sacralisation de la loi du marché. Et nous pourrions, alors, nous demander si nous ne devrions pas songer à désespérer.

A demain

1 Sur ce thème, lire : « Derrière les réserves autour de la PMA pour toutes, il y a aussi de vraies bonnes questions » Slate.fr, 19 décembre 2017

« PMA pour toutes » en 2018  ; un tiers des membres du Comité d’éthique a été renouvelé 

 

Bonjour

Ethique et politique, un grand classique. On apprend le renouvellement d’un tiers des membres du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). « Leur nomination était attendue depuis plusieurs semaines, elle a été rendue publique jeudi 28 décembre, nous dit La Croix. 13 nouveaux membres – soit un tiers de l’effectif – ont été nommés pour quatre ans. »

Le CCNE jouera, en 2018, un rôle central dans l’organisation et la coordination des Etats généraux de la bioéthique, qui précéderont la révision de la loi de bioéthique avec la grande question, médicale et sociétale, de l’accès des femmes seules et des couples de femmes à la technique de l’insémination artificielle avec sperme de donneur (« PMA pour toutes »).

Lisons donc La Croix. Fait son entrée au CCNE la théologienne protestante Marion Muller-Colard, nommée au titre de son appartenance « aux principales familles philosophiques et spirituelles ». Elle remplace Marianne Carbonnier-Burkard, historienne spécialiste de la Réforme, qui était membre de l’instance depuis 2013.

Théologienne agnostique

Auteur d’une thèse sur la figure biblique de Job et le « mal de justice », puis aumônier d’hôpital pendant sept ans, Marion Muller Colard est connue du grand public depuis 2014, année de publication de L’Autre Dieu (Ed. Labor et Fides), une relecture spirituelle de l’épreuve qu’a constitué pour elle la très grave maladie de l’un de ses fils à sa naissance.

Théologienne reconnue, elle se définit pourtant souvent comme agnostique, pourfendant ce qu’elle nomme la « religiosité », c’est-à-dire un ensemble de normes figées qui lui semblent éloignées de l’Écriture. « Je supporte mal les gens qui ont une opinion arrêtée », avait-elle affirmé à La Croix en 2016.

À côté de la théologienne, deux autres personnalités déjà membres du CCNE sont renouvelées au titre de leur appartenance à une famille philosophique ou spirituelle : le philosophe Frédéric Worms, spécialiste de Bergson, ainsi que la philosophe Cynthia Fleury. Cette dernière, nommée au CCNE en 2013 en tant que « personne qualifiée choisie en raison de (ses) compétences et (son) intérêt pour les problèmes éthiques », est désormais nommée au titre de son appartenance à une famille spirituelle – en l’occurrence le judaïsme précise La Croix.

Positions divergentes

Abdennour Bidar, philosophe et essayiste musulman, ainsi que Dominique Quinio, présidente des Semaines sociales de France (et ancienne directrice de La Croix), complètent cette liste. Autres nouveaux entrants dans ce comité : la journaliste et présidente d’ATD Quart Monde Claire Hédon, ainsi que Claude Kirchner, directeur de recherche à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria). « Ce dernier sera une ressource importante pour le CCNE, qui se penchera ces prochains mois sur les questions éthiques soulevées par le stockage de données à grande échelle » souligne La Croix.

Parmi les autres nouveaux membres figurent la gynécologue Alexandra Benachi, l’économiste de la santé Florence Jusot, la juriste Caroline Martin et Karine Lefeuvre, professeur de droit privé et co-auteur en 2015 d’un rapport sur « Droit et éthique et de la protection des personnes ».

La neurologue Marie-Germaine Bousser, le biologiste Jean-François Bach et Catherine Patrat, chef du service d’histo-embryologie à l’hôpital Bichat sont également nommés membres du CCNE, ainsi que le chercheur en neurosciences Claude Delpuech. Enfin, Gilles Adda, spécialiste de la modélisation linguistique et la philologue Fabienne Blaise rejoignent également ce comité.

« L’endocrinologue Frédérique Kutten, signataire d’une ‘’position divergente’’ du CCNE sur l’élargissement de la PMA aux couples de femmes 1 n’est en revanche pas renouvelée ». La Croix ne nous dit pas s’il y a ici relation de cause à effet.

A demain

1 Onze des trente-neuf membres du Comité national d’éthique n’avaient pas voté cet avis : Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kutten, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé

Opposé à la «PMA pour toutes», le Dr Aupetit devient le nouvel archevêque de Paris

 

Bonjour

De Bichat jusqu’à Notre-Dame de Paris. En passant par Colombes (Hauts-de-Seine) où il pratiqua durant douze ans la médecine générale. « Drôle de cursus pour un prélat… » observe Le Quotidien du Médecin. Le pape François a, le 7 décembre, nommé le Dr Michel Aupetit archevêque de Paris – un médecin qui quitta son exercice de généraliste en 1990 pour entrer au séminaire de Paris.

Baccalauréat canonique de théologie en 1995, puis diplôme universitaire en bioéthique médicale à la faculté de Créteil deux ans plus tard. Ce n’était qu’un début. Ordonné prêtre du diocèse de Paris par le cardinal Lustiger, Michel Aupetit est aussitôt en charge, à Paris,  de différents ministères de vicaire et curé ; aumônier auprès de la jeunesse ; promu évêque auxiliaire ; évêque des Hauts-de-Seine. Puis, aujourd’hui la consécration capitale.

Et Le Quotidien de confier qu’un quart de siècle après avoir dévissé sa plaque, le prélat avait toujours son ECG dans sa boîte à gants. « À 66 ans, c’est un homme décrit comme affable par tous ceux qui l’approchent, ajoutait-il. Avec cette dimension de pasteur, que le pape actuel entend privilégier. Mais ce fils de cheminot qui tient aujourd’hui le conseil ‘’famille et société’’ de la Conférence des évêques de France se montre plutôt conservateur sur la morale, hostile à l’IVG, et au ‘’mariage pour tous’’ ». Une tendance qui semble confortée par les thèmes de ses nombreux ouvrages , son opposition ouverte à la loi Taubira et sa participation (remarquée et controversée) à la « Manif pour Tous » du 26 mai 2013. La Croix rappelle qu’il écrivait alors :

« Il ne convient pas qu’au nom d’un individualisme exacerbé, on crée une loi pour chaque catégorie de personnes. Sinon, pourquoi pas la polygamie ? L’inceste ? L’adoption d’un enfant par un frère et une sœur ? Pourquoi pas, en effet, “puisqu’ils s’aiment”, pour reprendre l’argumentation des partisans du “mariage homosexuel” ? »

On peut dès lors supposer, après la flamboyance du cardinal Lustiger et les longs silences du cardinal Vingt-Trois, que cette voix va rapidement se faire entendre. Notamment lors des prochains débats et controverses qu’alimentera la révision de la loi sur la bioéthique – à commencer par la question politique de l’ouverture des techniques de PMA hors du champ de la thérapeutique. Il y a peu encore, en souriant, le Dr Aupetit qualifiait son parcours personnel de bizarre : « Autrefois j’étais médecin pour me battre pour la vie. Aujourd’hui, je suis au service de la vie éternelle ». Lui seul sait s’il faut, ou pas, voir là un conflit d’intérêts.

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Affaire Montagnier: faute de pouvoir l’exclure cent académiciens « ne le reconnaissent plus »

 

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Trop c’est trop – et la réprobration enfle. Aujourd’hui c’est l’Académie des sciences qui rejoint les Académies nationales de médecine et de pharmacie dans leur condamnation des allégations théâtrales des Prs Joyeux et Montagnier relatives à des risques liés aux vaccins – allégations qui « sans fondements scientifiques ».

« Sachant qu’une exclusion est statutairement impossible, plus d’une centaine d’académiciens des sciences et de médecine 1 tiennent à exprimer publiquement leur refus de considérer Luc Montagnier comme un des leurs en demandant à leurs académies respectives d’adresser à leur confrère un ‘’ferme rappel à l’ordre’’ » explique-t-on à la presse.

Rappel à quel « ordre » ? Interrogé par La Croix mardi 14 novembre le Pr Montagnier avait annoncé son intention de publier prochainement un droit de réponse. « J’ai l’habitude des attaques de ces académiciens qui sont des bureaucrates à la retraite, fermés à toute innovation, ajoutait-il. J’ai les preuves scientifiques de ce que j’affirme ».

Ni le ministère de la santé, ni l’Institut Pasteur n’ont encore réagi publiquement aux déclarations du Pr Montagnier. Un silence gêné qui ne saurait, raisonnablement, durer.

A demain

1 Monique ADOLPHE, Raymond ARDAILLOU, Yves AGID, André AURENGO, J.-F. BACH, Emile BAULIEU, Hervé BAZIN, J.-Cl. BEANI, Pierre BEGUE, Jacques BELGHITI, Patrick BERCHE, Bernard BIOULAC, Daniel BONTOUX, H.-J. BOULOUIS, Philippe BOUTELIER, Gilles BOUVENOT, Gérard BREART, François BRICAIRE, Alexis BRICE, Jacques BRINGER, Pierre BRISSOT, Gérald BRONNER, Catherine BUFFET, Yves BUISSON, Emmanuel CABANIS, Jacques CAEN, J.-P. CAZENAVE, Claude CHASTEL, Dominique CHAUVAUD, Patrick CHOUTET, Daniel CHRISTMANN, Olivier CLARIS, Pascale COSSARD, Jean COSTENTIN, Pierre CORVOL, Patrick COUVREUR, Gilles CREPIN, Martin DANIS, Claudio Tadéu DANIEL-RIBEIRO, Antoine DANCHIN, Georges DAVID, Patrice DEBRE, Laurent DEGOS, François DENIS, Claude DREUX, J.-F. DUHAMEL, Alain FISCHER, Marc GIRARD, J.-P. GOULLE, Michel HAMON, J.-M. HASCOËT, Roger HENRION, Jules HOFFMANN, Claude HURIET, Claude JAFFIOL, Philippe JEANTEUR, Claudine JUNIEN, Yves JUILLET, Dominique KEROUEDAN, Philippe KOURILSKY, J.-P. LAPLACE, Géraud LASFARGUES, J.-M. LAUNAY, Yves LE BOUC, Yvon LEBRANCHU, Axel LE CESNE, François LEGENT, Guy LEVERGER, Yves LEVI, Daniel LOISANCE, Michel MALAFOSSE, Laurent MANDELBROT, F. X. MAQUART, J.-F. MATTEI, Bernard MEUNIER, J.-L. MICHAUX, F-Bernard MICHEL, Jacques MILLIEZ, J.-L. MONTASTRUC, Driss MOUSSAOUI, J.-P. NICOLAS, Bernard NORDLINGER, Gérard ORTH, Pierre PENE, Hubert PIGUET, P.-F. PLOUIN, Patrice QUENEAU, R.QUIRION, Michel REY, François RODHAIN, J.-B. RICCO, Dominique RICHARD-LENOBLE, Christine ROUZIOUX, Bernard SALLE, Hélène SANCHO-GARNIER, Nadir SAOUDI, Ph. SANSONETTI, Alfred SPIRA, Maxime SCHWARTZ, Bernard SWYNGHEDAUW, Yvan TOUITOU, Richard TREVES, A.-J. VALLERON, Jean-Didier VINCENT, Paul VERT, Richard VILLET.

 

Vaccins «mortels» : l’affaire s’envenime entre le Pr Montagnier et l’Académie de médecine

 

Bonjour

Ainsi donc les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets. On se souvient que Luc Montagnier, prix Nobel de médecine vient de prendre publiquement la parole pour s’opposer à l’extension de l’obligation vaccinale gouvernementale. Une polémique directement politique. On se souvient aussi que le Pr Marc Gentilini était monté en ligne pour dénoncer l’attitude du Pr Montagnier. Nous avons résumé l’affaire sur Slate.fr 1.

 Aujourd’hui l’Académie nationale de médecine vient, officiellement, de réagir. Officiellement et on ne peut plus mollement :

« L’Académie nationale de médecine et l’Académie nationale de pharmacie se sont engagées depuis de nombreuses années en faveur des vaccinations, pratiques contestées par certains courants d’opinion, mais dont l’efficacité et la sécurité ont été scientifiquement établies.

Au moment où les pouvoirs publics ont pris une décision nécessaire et courageuse pour renforcer la couverture vaccinale en France, les professeurs Luc Montagnier et Henri Joyeux sont intervenus lors d’une conférence de presse le 7 novembre dernier. Les propos qu’ils ont tenus, qui ne manqueront pas d’introduire le trouble chez les parents de jeunes enfants, ne sont pas fondés et doivent être démentis.

Les Académies nationales de médecine et de pharmacie soulignent la nature émotionnelle des faits rapportés et s’élèvent avec force contre les propos tenus qui ne reposent sur aucune base scientifique. »

Autisme, Lyme, Papaye

Cette eau tiède tranche avec la virulente déclaration d’une trentaine de membres de l’Académie 2 qui dénoncent les « dérives » de l’un des leurs :

« Nous ne pouvons pas accepter d’un académicien qu’il se donne en spectacle pour jeter le trouble dans l’esprit des gens en incitant parents et médecins à « entrer en résistance » contre les vaccins au mépris de l’éthique, de la science et de la santé.

« Luc Montagnier, Prix Nobel pour sa découverte du VIH, aurait dû rehausser le prestige de l’Académie de médecine où il a été élu en 1989. Le 21 mars 2012, déjà, l’Académie a dû le désavouer pour son discours anti-vaccin … La même année, une quarantaine de Nobel signaient une pétition pour l’empêcher d’être nommé à la tête d’un laboratoire de recherches sur les vaccins au Cameroun, alors qu’il contestait « sans aucun début de preuves scientifiques » leur intérêt, accusant même le vaccin ROR  (rougeole, oreillons,rubéole) d’être à l’origine de l’autisme !

 «  Le Nobel ne saurait servir d’alibi pour diffuser impunément des messages portant atteinte à la santé. Luc Montagnier accumule les impostures scientifiques et médicales à force de se prononcer dans des domaines où il n’est pas compétent : l’extrait de Papaye fermentée fourni au Pape Jean-Paul II contre la maladie de Parkinson, le test diagnostique de la maladie de Lyme supposé détecter la bactérie dans le sang à partir des ondes électromagnétiques,de prétendues preuves de la réalité de la mémoire de l’eau sans la moindre publication, la médecine bafouée, les patients mystifiés et nos concitoyens abusés. Qu’attendent les pouvoirs publics et les institutions de santé pour dénoncer ces dérives ? Scientifiques, médecins, professionnels de santé, patients, citoyens : il est urgent d’agir ! »

 Bureaucrates à la retraite

Contacté par La Croix au lendemain de sa sortie théâtrale le prix Nobel indiquait ne rien retirer de ses propos. « J’ai un dossier très complet sur les liens entre vaccination et mort subite du nourrisson. Certains enfants décèdent 24 heures après avoir été vaccinés. On a quand même le droit de s’interroger sur cette corrélation temporelle. C’est juste du bon sens » déclarait-il.

À nouveau interrogé par La Croix (Pierre Bienvault) mardi 14 novembre, à propos de la tribune, des académiciens Il a annoncé son intention de publier prochainement un droit de réponse. « J’ai l’habitude des attaques de ces académiciens qui sont des bureaucrates à la retraite, fermés à toute innovation. J’ai les preuves scientifiques de ce que j’affirme », indique-t-il.

Pour l’heure, ni le ministère de la santé, ni l’Institut Pasteur n’ont réagi publiquement aux déclarations du Pr Montagnier. Un silence gêné qui ne saurait, raisonnablement durer.

A demain

1 « Les mauvais arguments d’un Nobel de médecine devenu anti-vaccin » Slate.fr 10 novembre 2017

2  Liste des signataires : BACH Jean-François, BREART Gérard, BRICAIRE François, BRONNER Gérald , BUISSON Yves, CLARIS Olivier, CHRISTMANN Daniel, CREPIN Gilles, DANIS Marti , DEBRE Patrice, DEGOS Laurent, DENIS François, FISCHER Alain, GIRARD Marc, HASCOËT Jean-Marie , HURIET Claude, JAFFIOL Claude, KEROUEDAN Dominique, LASFARGUES Géraud, MANDELBROT Laurent, MILLIEZ Jacques, RICHARD-LENOBLE Dominique, SALLE Bernard, SANCHO-GARNIER Hélène, SANSONETTI Philippe, VERT Paul, VILLET Richard

Trois viols et quatre agressions sur des patientes: combien pour le pharmacien-biologiste ?

 

Bonjour

Violences et agressions sexuelles cinématographiques outre-Atlantique. Justice en deçà. Sans oublier de nouvelles promesses présidentielles et un futur avant-projet de loi dévoilé dans La Croix par la secrétaire d’Etat ad hoc. Et le hashtag #balancetonporc qui fait fureur et frémir.

Et puis la justice, à son rythme, entre Nancy et Metz. Accusé : un pharmacien-biologiste. La première plainte à son encontre avait été déposée en décembre 2005 par une infirmière exerçant dans une maternité. Lors d’un prélèvement gynécologique dans son laboratoire, il avait palpé son pubis, introduit un doigt dans ses parties génitales, et tenu des propos déplacés, lui narrant notamment des détails sur sa vie sexuelle. Un grand classique du genre.  Des faits très proches de ceux relatés ensuite par d’autres femmes, parties civiles.

« Dans une nasse »

Dix ans après la première plainte l’affaire était arrivée devant la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle. On peut lire ici le compte-rendu d’audience de 2015 de L’Est Républicain (Christophe Gobin) : « Viols : 7 ans contre le biologiste de Jarville ».

« Un poisson coincé dans une nasse. Il a beau se débattre encore et encore. Rien n’y fait. Le biologiste de Jarville n’arrive pas à échapper aux questions de la présidente. Dans le box de la cour d’assises de Nancy, cet homme de 56 ans écarte les bras, fait des grands gestes et donne de la voix. Il multiplie les dénégations. Il se défend pied à pied. Viols après viols. La Justice lui reproche d’avoir abusé de cinq patientes lors de prélèvements dans son laboratoire. Pour l’une, le praticien parle carrément ‘’d’affabulations’’. Pour les quatre autres, il soutient : « ‘’J’ai fait mon travail comme je le fais habituellement’’. Ses gestes, purement médicaux selon lui, auraient été mal interprétés par les victimes. »

 « Le biologiste de Jarville concède, quand même, des propos ‘’déplacés’’ à l’encontre d’une de ses patientes, une jeune infirmière. Il lui a dit qu’elle avait de « belles fesses » et a demandé à voir ses seins en fin d’examen. Lors de sa garde à vue, le praticien avait avoué être allé beaucoup plus loin. Il avait reconnu avoir ‘’dérapé’’ et commis un viol (…). Pas d’excuses de l’accusé. Et pas de pitié de la part des victimes. L’avocat général requiert 7 ans de prison et l’interdiction d’exercer sa profession. Me Sandrine Aubry puis Me François Robinet reprennent un par un les cinq dossiers et plaident l’acquittement. « Vous voulez broyer ce qui reste d’espoir à cet homme en le condamnant ? » conclut Me Robinet.  Verdict : 7 ans de prison et interdiction d’exercer.

Nouveaux viols

Deux ans plus tard le pharmacien-biologiste a été condamné en appel à Metz à une peine de 6 ans de prison. Cet homme aujourd’hui âgé de 58 ans avait eu, selon la présidente de la cour d’assise de Moselle, des « actes au-delà de la pratique scientifique ».

Et ont été confirmées en appel la condamnation à ne plus exercer sa profession et à être inscrit au fichier automatisé des auteurs d’infractions sexuelles. Ses nouvelles dénégations avaient, selon la procureure de la République, été vécues par ses victimes « comme un nouveau viol ». La procureure avait requis à nouveau sept années de prison, ne pouvant demander plus en raison d’une erreur du parquet général de Nancy, dont l’appel avait été annulé en cassation.

A demain

Onze vaccins obligatoires : on ne sait toujours rien sur ce qui attend les opposants

Bonjour

Il faut, parfois, lire La Croix. Aujourd’hui le quotidien catholique traite du grand dossier médical, politique et juridique de la rentrée, celui des nouvelles obligations vaccinales pédiatriques : diphtérie, tétanos et poliomyélite mais aussi coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, Haemophilus influenzae, pneumocoque et méningocoque C. Et dans ce dossier une grande question : que prévoir pour les parents qui s’opposeront à tout ou partie de ces nouvelles obligations ?

La Croix (Pierre Bienvault) a interrogé l’entourage de la ministre de la Santé. « Nous sommes actuellement en train de travailler sur le sujet qui est complexe, en particulier sur le plan juridique » lui a-t-on répondu. Quelles sont les possibilités ? On ne le saura pas. Une « clause d’exemption » ? Sous quelle forme ? Des sanctions financières ? Le gouvernement dispose de la solution préconisée dans le rapport de la « concertation citoyenne sur la vaccination » organisée l’an dernier :

« Les parents ne souhaitant pas faire vacciner leur enfant pourront invoquer une clause d’exemption pour un ou plusieurs de ces vaccins (à ne pas confondre avec la clause de contre-indication médicale exceptionnelle), motivée par leurs convictions. Après entretien avec le professionnel de santé exposant les conséquences d’une telle décision, les parents s’engageront par écrit selon une procédure formalisée à assumer les responsabilités civiles de leur refus incluant un risque de non-admission de l’enfant en collectivité. Le refus sera porté sur le carnet de vaccination. A tout moment, les parents pourront revenir sur cette décision. »

 Engagement écrit

« Notre idée est de permettre à des parents très déterminés de s’opposer à la délivrance d’un ou plusieurs vaccins à leurs enfants, par le biais d’un engagement écrit et après un entretien avec un professionnel de santé, explique aujourd’hui le Pr Alain Fischer qui a co-présidé cette concertation. En signant ce document, les parents réfractaires s’engageront à assumer les conséquences de leurs choix : la non-admission de leur enfant en collectivités et leur responsabilité si jamais, dans un entourage, venait à être contaminé un enfant immunodéprimé ne pouvant pas être vacciné. »

Mais comment mettre en place une telle disposition, respecter les convictions, sans ruiner l’ensemble du dispositif ? Comment, pour reprendre la formule de La Croix, agir au mieux pour déminer un dossier assez explosif ?

Dans le camp des opposants, on attend : « Ce projet de vaccination obligatoire est stupide. Et s’il est mis en application, je peux vous assurer que beaucoup de parents feront tout pour s’y soustraire », affirme de son côté Marie Werbregue, présidente de l’association Info vaccins France.

Ecologie radicale

« On assiste à la poursuite du mouvement de politisation de la question vaccinale entamée au moment de la grippe H1N1. Ce mouvement est constitué d’une agrégation de groupes très divers qui vont de l’écologie radicale à l’extrême droite », indique pour sa part Jocelyn Raude, sociologue à l’École des hautes études en santé publique de Rennes (EHESSP). Avec, en toile de fond, le soupçon que l’on dit grandissant sur les effets secondaires et les risques auxquels exposeraient les adjuvants.

Comment demande La Croix, imposer une vaccination obligatoire dans un contexte de défiance vis-à-vis de la parole politique et des avis d’experts ?  Et comment imposer tout en offrant la possibilité d’échapper à l’obligation ? Comment, en somme, agir au mieux de l’intérêt général tout en respectant les convictions individuelles ?

Aujourd’hui silencieuse Agnès Buzyn devra trancher. En juillet, sur RTL, elle avait laissé entendre que l’exemption était une piste qu’elle souhaitait explorer. Mais dans le même temps on soulignait, de très bonne source, que cette piste ne pourrait pas être retenue. « Il apparaît en effet qu’elle aurait compliqué à l’extrême le travail des médecins pédiatres et généralistes, expliquait-on alors. De fait elle constituerait une faille dans le dispositif comme dans le message sanitaire que nous voulons porter. » Réponse à la rentrée.

A demain