Ethique sans frontières : un médecin français peut-il euthanasier en Belgique ?

Bonjour

Plus jamais de repos dominicaux ?  C’est une information de La Croix (Loup Besmond de Senneville). Le Conseil national de l’Ordre des médecins français se prononcera bientôt sur une question d’une particulière originalité : un médecin français est-il libre d’adresser (certains de) ses patients en Belgique (dans une  »maison de repos ») afin de pouvoir librement, ensuite, les euthanasier ? On connaît des sujets géo-éthiques moins compliqués.

C’est pourtant bien la question dont vient de se saisir, jeudi 8 novembre, le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom). « C’est une question qui est à l’ordre du jour de notre réflexion » , a confié à La Croix le Dr Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologie du Cnom. » Pourquoi à La Croix ? On ne le saura pas. En écho, La Croix, dans sa sagesse :

« Disons-le d’emblée : la question est pour l’instant purement théorique, et l’Ordre ne recense aucun médecin français exerçant de telles pratiques. Mais c’est un texte publié fin octobre en Belgique qui a poussé l’instance médicale française à engager la réflexion. Le Comité consultatif d’éthique de Belgique a en effet publié le 22 octobre un avis sur cette épineuse question.

« Dix-huit mois auparavant, il avait en effet été saisi par le ministre wallon de la santé, à la suite d’« un cas concret, qui lui a été signalé par ses services » : « Un médecin établi en France peut-il venir en Belgique avec son patient et le faire admettre dans un centre de court séjour belge ou dans une maison de repos et de soins belge afin de l’y euthanasier, à sa demande ? »

Et La Croix de nous expliquer que, dans un texte de trois pages, les experts du Comité d’éthique belge font état de leurs divisions. Les uns affichent leurs réticences, affirmant qu’un tel cas poserait « de sérieuses questions »« Le fait d’envoyer [dans un centre de repos belge] un patient dans le seul but d’y pratiquer une euthanasie ne correspond pas aux objectifs poursuivis par ces centres. » De même, craignent-ils encore, « l’acceptation occasionnellement donnée dans ces centres ouvre la porte à une pratique qui pourrait rapidement devenir une habitude ».

Assurance maladie, démocratie et euthanasie

A l’opposé d’autres estiment au contraire « qu’il n’y a aucun inconvénient éthique à ce qu’un médecin, de nationalité belge ou non, autorisé à exercer en Belgique, pratique en Belgique une euthanasie dans les conditions prévues par la loi ». Reste la dimension financière – sur laquelle rien ne nous est dit. Qu’en dira notre Assurance Maladie ?

 Faudrait-il, ici,  rappeler que chez nos amis vivant de l’autre côté de la minuscule bourgade de Quiévrain la pratique de l’euthanasie est légale depuis une quinzaine d’années ? Et que depuis 2005, une directive européenne permet aux médecins d’exercer dans les différents pays de l’Union. On peut le dire autrement : au plan strictement juridique, rien n’interdit aujourd’hui à un médecin français de franchir la frontière, la main dans la main avec un patient, pour euthanasier ce dernier. Puis de revenir dans exercer dans son cabinet français.Avant de recommencer.

Si l’on en croit La Croix (et le dernier rapport de la commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie) vingt-trois personnes/patients sont venus de l’étranger pour se faire euthanasier en Belgique en 2016 et 2017. Et le quotidien catholique, en cette fin de dimanche de 11 novembre 2018, de citer le Pr Paul Cosyns, coprésident du Comité d’éthique belge, professeur émérite de psychiatrie de l’université d’Anvers :

 « Ce n’est pas du tout dans l’esprit de la loi de permettre ce genre de pratique. Cela s’assimilerait à une forme de tourisme d’euthanasie. »

Tourisme ? La belle affaire qui nous conduira bientôt, en charters offerts, au bord du Styx …  Où l’on voit, une nouvelle fois, que la Belgique  n’est pas la Suisse. Mais qu’elle pourrait bientôt, sous d’autres masques démocratiques et déontologiques, y faire songer.

A demain

@jynau

Avortement : l’Ordre des médecins français n’est plus pleinement en phase avec le Vatican

Bonjour

La médecine et la religion aident, aussi, à prendre la mesure du temps qui passe. En  octobre 1940 une loi crée, en France, un « Ordre des médecins ». Il sera dissous en 1944 et institué sous une nouvelle forme en 1945.

De 1973 à 1981 c’est le Pr Jean-Louis Lortat-Jacob qui préside le Conseil national. Dès sa nomination, confronté à un manifeste de médecins réclamant la dépénalisation de l’avortement ce chirurgien désigne les signataires du manifeste comme une « association de malfaiteurs ». Une initiative qui ruinera durablement l’image de cette institution ordinale que François Mitterrand, en dépit d’un engagement électoral pré-1981, ne dissoudra pas.

Nous sommes en 2018. Dans son homélie prononcée lors de sa traditionnelle audience place Saint-Pierre le pape François a, 10 octobre, qualifié de « tueurs à gages » les médecins pratiquant des IVG.  C’était une homélie consacrée au commandement biblique de « ne pas tuer ».

« Interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un. Est-il juste d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ?  Ce n’est pas juste de se débarrasser d’un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème. »

Le pape François a ensuite fustigé « la dépréciation de la vie humaine », en raison des guerres, de l’exploitation de l’homme et de l’exclusion. Et  d’ajouter à cette liste l’avortement « au nom de la sauvegarde d’autres droits ». « Mais comment un acte qui supprime la vie innocente peut-il être thérapeutique, civil ou tout simplement humain ? », a encore demandé le souverain pontife. En juin, le souverain pontife avait déjà comparé l’avortement pratiqué en cas de handicap du fœtus à un eugénisme « en gants blancs », comme celui pratiqué par les « nazis ».

 « Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour veiller à la pureté de la race. Aujourd’hui nous faisons la même chose en gants blancs. Pourquoi ne voit-on plus de nains dans les rues ? Parce que le protocole de nombreux médecins dit : il va naître avec une anomalie, on s’en débarrasse. »

Réconciliation

 La Croix rapporte en outre que le 18 mai dernier le pape avait comparé les expérimentations sur des embryons humains et l’avortement d’enfants à naître malades, aux pratiques du médecin nazi Josef Mengele et aux Spartiates qui jetaient les nourrissons faibles du haut d’une montagne. « Nous faisons pareil aujourd’hui, avait-il poursuivi, mais dans les laboratoires et les cliniques. »

Le Conseil national de l’Ordre des médecins français allait-il réagir ? Lointain successeur du Pr Lortat-Jacob le Dr Patrick Bouet vient d’adresser (lettre datée du 11 octobre, lendemain de l’homélie vaticane)  un courrier au représentant du souverain pontife en France, Mgr Luigi Ventura – courrier consulté le 12 octobre par l’Agence France-Presse.

Le pape « a prononcé des mots très durs sur l’avortement, qui ont fortement ému la communauté médicale française que j’ai l’honneur et la responsabilité de représenter » écrit le président du Conseil national de l’Ordre des médecins français.

« Comment ne pas réagir à des termes d’une telle violence, alors que les professionnels de santé ont fait vocation d’écoute, d’aide et de soutien à leurs concitoyennes pour les accompagner dans des moments parfois difficiles de leur vie, et pour leur assurer un accès à l’interruption volontaire de grossesse dans les meilleures conditions possibles si elles en expriment le souhait ? »

« Si je comprends que sa Sainteté, au nom de sa foi, souhaite défendre des principes importants pour l’Eglise qu’il dirige [le Conseil national de l’Ordre] ne peut accepter que l’anathème soit ainsi jeté sur l’ensemble du corps médical, qui s’en retrouve stigmatisé. [L’Ordre]  ne peut non plus tolérer que la souffrance physique, psychique et morale vécue par des femmes en détresse, parfois en grande souffrance quand elles ont recours à l’interruption volontaire de grossesse, soit niée.

« Je perçois aujourd’hui, Monseigneur, l’émotion et l’incompréhension ressenties par les médecins et les femmes ainsi désignées, et souhaite vous les faire connaître en leur nom ».

Les médecins catholiques vont-ils, à leur tour, dénoncer les propos tenus en leur nom par le Dr Bouet ? Et après ? Dieu seul sait combien de temps il nous faudra encore patienter avant la réconciliation ?

A demain

Avortement : quel chrétien accuse le médecin d’être un «tueur à gages», «en gants blancs» ?

Bonjour

Le pape François est sur ses nuages. Et il foudroie : dans son homélie prononcée lors de sa traditionnelle audience place Saint-Pierre il a, mercredi 10 octobre, qualifié de « tueurs à gages » les médecins pratiquant des IVG.  Une homélie consacrée au commandement biblique de « ne pas tuer ».

« Interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un. Est-il juste d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ?  Ce n’est pas juste de se débarrasser d’un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème. »

Le pape François a ensuite fustigé « la dépréciation de la vie humaine », en raison des guerres, de l’exploitation de l’homme et de l’exclusion. Et  d’ajouter à cette liste l’avortement « au nom de la sauvegarde d’autres droits ». « Mais comment un acte qui supprime la vie innocente peut-il être thérapeutique, civil ou tout simplement humain ? », a encore demandé le souverain pontife.

Evoquant les enfants à naître avec un handicap, il a critiqué les conseils donnés aux parents d’interrompre la grossesse. « Un enfant malade est comme chaque nécessiteux de la terre, comme une personne âgée qui a besoin d’assistance, comme tant de pauvres qui ont du mal à joindre les deux bouts », a-t-il affirmé, en estimant qu’il s’agissait aussi d’un « don de Dieu capable de te sortir de l’égocentrisme ».

En juin, le souverain pontife avait déjà comparé l’avortement pratiqué en cas de handicap du fœtus à un eugénisme « en gants blancs », comme celui pratiqué par les « nazis ».

« Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour veiller à la pureté de la race. Aujourd’hui nous faisons la même chose en gants blancs. Pourquoi ne voit-on plus de nains dans les rues ? Parce que le protocole de nombreux médecins dit : il va naître avec une anomalie, on s’en débarrasse. »

Et La Croix rapporte que le 18 mai dernier, il avait comparé, dans un discours non-publié au bureau européen de la fédération One of us, les expérimentations sur des embryons humains et l’avortement d’enfants à naître malades, aux pratiques du médecin nazi Josef Mengele et aux Spartiates qui jetaient les nourrissons faibles du haut d’une montagne. « Nous faisons pareil aujourd’hui, avait-il poursuivi, mais dans les laboratoires et les cliniques. »

Le pape François est parfois, ici ou là, qualifié de progressiste.

A demain

PMA : le gouvernement actuel défend le principe de l’anonymat des cellules sexuelles

Bonjour

C’est un scoop de La Croix (Loup Besmond de Senneville). Qui nous révèle que notre gouvernement a fait parvenir vendredi 5 octobre à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) un document défendant le principe de l’anonymat des donneurs de gamètes – tout en faisant état d’un débat au sein de la société française sur ce sujet devenu d’une particulière sensibilité. « Le document est d’importance, dans le contexte particulièrement sensible des débats sur la révision des lois de bioéthique » rappelle La Croix.

Pourquoi maintenant ? Ce texte de 17 pages est destiné à éclairer les juges de Strasbourg, qui examinent actuellement deux dossiers d’enfants nés du don et demandant d’accéder à l’identité de leur géniteur : ceux d’Audrey Kermalvezen, membre de l’association Origines, et de Clément Silliau-Roussial, le vice-président de l’association PMAnonyme. La Croix :

« De nature juridique, le document constitue essentiellement une défense du principe d’anonymat des donneurs de gamètes actuellement en vigueur dans le droit français. Pour constituer sa ligne de défense, la France adopte plusieurs axes. D’abord, elle présente l’anonymat comme un moyen de protéger à la fois les donneurs « de toute dérive pécuniaire ou pression psychologique », les parents et l’enfant. Pour ce dernier, l’anonymat constitue « la moins mauvaise solution », peut-on lire. Tout cela constitue, d’après la France, un « équilibre entre les intérêts en présence ». Ensuite, la France estime devoir disposer en la matière d’une « marge d’appréciation ».

« Elle rappelle ainsi qu’« il n’existe à l’heure actuelle aucun consensus européen sur le régime de l’accès par les enfants issus d’un don de gamètes aux données concernant les donneurs ». Enfin, le gouvernement aborde le cas des enfants nés sous X qui peuvent avoir accès, depuis 2002, à des données sur la femme qui les a portés. Cette situation n’est « pas transposable à celle d’un enfant né d’une PMA avec donneur », souligne le gouvernement. Qui justifie du même coup une différence de traitement entre « nés sous X » et « nés du don ».

« Le don de gamète est un acte solidaire et responsable qui, à aucun moment, ne place l’enfant issu de ce don dans une situation de détresse et d’interrogation par rapport à son histoire assimilable à celle qui caractérise l’abandon d’enfant », peut-on encore lire dans ce document. Et le gouvernement d’exposer longuement l’état du débat sur l’accès aux origines dans la société française. Il rappelle notamment la position du Comité consultatif national d’éthique, favorable à une forme d’accès aux origines, ainsi que celle du Conseil d’État, qui propose que l’enfant né d’un don puisse accéder à l’identité du donneur – à condition que celui-ci donne son consentement au moment de la demande formulée par le premier enfant né de son don.

Le gouvernement estime en outre que le débat organisé lors des Etats Généraux de la bioéthique « n’a pas permis de dégager d’option privilégiée à ce titre, les associations étant partagées sur le sujet, il a permis de mettre en évidence l’existence d’une revendication de l’accès aux origines des enfants nés d’une PMA de la part des jeunes ayant pris part au débat ».

Pour autant le citoyen appréciera que son gouvernement ajoute que ces « travaux préparatoires » « ne préjugent pas du contenu du projet de loi » en la matière. Et le même citoyen de patienter. A l’heure où ces lignes sont écrites le gouvernement doit changer. Et nul ne sait qui, dans le prochain, rédigera l’avant-projet de loi.

A demain

 

« PMA pour toutes » : le Conseil de l’Ordre des médecins accusé de manœuvres politiques

Bonjour

C’était écrit, c’est publié. Dans une tribune publiée aujourd’hui dans Le Figaro : plus de 340 médecins 1  protestent contre la position du Conseil national de l’Ordre des médecins qui, auditionné par l’Assemblée nationale, a déclaré ne pas être opposé à la légalisation de la PMA pour les femmes seules et pour les couples de femmes.

Une institution ordinale qui ne semble nullement troublé par l’utilisation d’une thérapeutique de la stérilité d’un couple hétérosexuel à des fins sociétales.

L’affaire avait été révélée le 19 septembre en exclusivité par La Croix (Loup Besmond de Senneville). « Une prise de position qui fera grand bruit » estimait le quotidien catholique. Une prise de position aussitôt applaudie par la ministre Agnès Buzyn invitée matinale de RTL. Tout, depuis, est expliqué sur le site ordinal central.  Avec cette peu banale et trop modeste affirmation :

«L’Ordre ne doit pas être une instance moralisatrice face à une demande sociétale. Si la société veut une aide médicale à la procréation (AMP) élargie aux femmes seules ou homosexuelles en couple, c’est à elle de trancher. L’Ordre ne peut s’y opposer.»

Hippocrate et son serment

Les médecins signataires de la tribune se désolidarisent de cette prise de position : elle leur semble « contraire à la vocation de la médecine et au serment d’Hippocrate ». Notamment parce que la PMA pour les femmes célibataires ou pour les couples de femmes « n’est pas une indication médicale » – au sens où la médecine est « un art dont les buts exclusifs sont de prévenir les maladies, restaurer les fonctions défaillantes de l’organisme, réparer les malformations anatomiques ».

« Au-delà de ces indications, tout acte intrusif chez une personne qu’on sait en bonne santé sort du champ médical, écrivent-ils.  C’est le cas de l’insémination artificielle avec sperme de donneur en dehors de la complémentarité homme-femme. Il est donc paradoxal pour ne pas dire antinomique que l’Ordre des médecins ne s’oppose pas à l’élargissement de la PMA. Le rôle de l’Ordre est pourtant de rappeler les limites et les exigences de notre profession. »

Plus largement, en ne s’opposant pas à la PMA non médicale, l’Ordre des médecins ouvre la porte à tous les abus :

« Qui pourra s’opposer demain aux demandes de couples hétérosexuels qui voudront un bébé parfait et se tourneront vers le corps médical pour répondre à leur attente au nom de l’égalité? Nous savons que le marché de la procréation est immense. Ouvrir la PMA non médicale aux femmes en bonne santé, c’est ouvrir le marché du corps humain. »

 Les signataires regrettent, euphémisme, que l’Ordre n’ait pas questionné l’ensemble de la profession médicale sur cette question fondamentale. « Il était facile de le faire par informatique durant les États généraux de la bioéthique auxquels l’Ordre s’est soustrait, observent-ils. Il ressort des sondages effectués sur la question que la majorité des médecins est hostile à l’extension de la PMA. Nous, médecins, avons l’impression d’avoir été utilisés à des fins politiques et idéologiques par l’institution censée nous représenter. Cela va créer des fractures dans notre profession. » Qui les réduira ?

A demain

 1 La liste complète des cosignataires peut être consultée ici

 

L’archevêque de Paris, docteur en médecine, déclare la guerre au comité national d’éthique

Bonjour

Les fleurets catholiques ne sont plus mouchetés – la poudre confessionnelle commence à parler. C’est une longue interview dans Le Parisien dominical. Celle d’un homme en ascension dans le paysage politique et médiatique national : Mgr Michel Aupetit, 67 ans, « une voix de crooner », médecin et archevêque de Paris : « L’archevêque de Paris s’engage. ‘’Entretien exclusif’’ Mgr Aupetit appelle les catholiques à se mobiliser contre toute évolution des lois de bioéthique » (Propos recueillis par Christine Mateus et Vincent Mongaillard). Voilà qui est clair. Avec, d’entrée, une charge sans précédent :

« Il y a longtemps que je pense que le Comité national d’éthique (CCNE) n’est plus ce qu’il était. J’ai connu celui du Pr Jean Bernard. Il avait été voulu [par François Mitterrand, en 1983] comme un comité des sages qui puisse s’exprimer de manière indépendante. Je ne sens plus cela aujourd’hui. Le résultat était attendu, ce qui est un peu inquiétant. On se demande pourquoi on a fait des Etats Généraux, ils n’ont aucun impact sur la décision finale. »

 Le Pr Jean-François Delfraissy, président du CCNE appréciera d’être, sur la question de la « PMA pour toutes », accusé par un évêque, d’inféodation au pouvoir exécutif et au président Macron.

Dans cet entretien l’archevêque-médecin reprend des arguments connus (naissance programmée d’un enfant « sans père », utilisation-destruction croissante d’embryons humains à des fins de recherche, dignité de l’homme bafouée) et formule des menaces à peine voilées. Contre l’extension de la PMA, il « appelle les catholiques à se mobiliser par une parole » et laisse les citoyens appeler à manifester. Si tel devait être le cas l’évêque médecin y participerait en tant que simple citoyen.

« À 66 ans, c’est un homme décrit comme affable par tous ceux qui l’approchent, écrivait Le Quotidien du Médecin en décembre dernier après l’annonce de sa nomination. Avec cette dimension de pasteur, que le pape actuel entend privilégier. Mais ce fils de cheminot qui tient aujourd’hui le conseil ‘’famille et société’’ de la Conférence des évêques de France se montre plutôt conservateur sur la morale, hostile à l’IVG, et au ‘’mariage pour tous’’ ».

Une tendance confortée par les thèmes de ses nombreux ouvrages , son opposition ouverte à la loi Taubira et sa participation (remarquée et controversée) à la « Manif pour Tous » du 26 mai 2013.  Et La Croix rappelait qu’il écrivait alors :

« Il ne convient pas qu’au nom d’un individualisme exacerbé, on crée une loi pour chaque catégorie de personnes. Sinon, pourquoi pas la polygamie ? L’inceste ? L’adoption d’un enfant par un frère et une sœur ? Pourquoi pas, en effet, “puisqu’ils s’aiment”, pour reprendre l’argumentation des partisans du “mariage homosexuel” ? »

Croiser le fer

Cinq ans plus tard, devenu l’un des plus haut dignitaire de l’Eglise de France, en connexion directe avec Rome et le Pape,  le voici qui accuse le CCNE et le gouvernement de mentir quand ils affirment à l’unisson que la légalisation de la PMA « pour toutes » n’ouvrira en aucune façon la voie à celle de la Grossesse pour Autrui (GPA).

« Je n’y crois pas une seconde. Lorsqu’il y  au le mariage pour tous on nous avait déjà affirmé qu’il n’y aura pas de GPA. Au non de quoi refuserait-on aujourd’hui la GPA ? »

Interrogé sur la proposition de loi de sénateurs PS visant à supprimer la clause de conscience qui permet à des médecins de ne pas pratiquer d’IVG il répond :

« C’est terrible. Cela signifie qu’on entre dans une forme de dictature qui dit ‘’ Vous n’avez pas le droit de penser, votre conscience doit être éteinte. »

Humiliation

Difficile, dans ce contexte, de ne pas rappeler quelques éléments politiques essentiels autant que paradoxaux. A commencer par les propos, il y a un an, du chef de l’État qui prêchait l’apaisement. Dans un entretien accordé le 15 octobre 2017 à TF1, interrogé sur le possible accès des femmes seules à la procréation médicalement assistée (PMA), Emmanuel Macron disait souhaiter «avoir ce débat de manière apaisée» durant l’année 2018. Tout en estimant «normal de reconnaître ce droit aux femmes seules et aux couples de même sexe», il prévenait: «Sur ces sujets de société, le politique ne doit pas imposer un choix en brutalisant les consciences».

C’était là une allusion aux affrontements suscités par l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, instaurée durant le quinquennat de François Hollande. Quelques mois auparavant, en février 2017, dans un entretien à L’Obs, le candidat Macron avait aussi expliqué que les adversaires du mariage homosexuel avaient alors été «humiliés» car on leur avait insuffisamment «parlé».

Puis le même président, officiellement en quête d’apaisement, lors d’un désormais célèbre discours tenu au Collège des Bernardins, incitait les évêques de France à pleinement s’engager dans le débat public. C’était en avril dernier. Cinq mois plus tard les évêques de France partent en croisade médiatique- avec celui de Paris en tête d’un cortège qui est d’ores et déjà opposé au projet à venir de révision de la loi de bioéthique. Et qui dénonce, pour la première fois (publiquement), le mode de fonctionnement du Comité national d’éthique. Le Pr Delfraissy osera-t-il croiser le fer avec son confrère et évêque Aupetit ?

A demain

 

 

 

« PMA pour toutes »: Edouard Philippe n’est plus contre. Pourquoi ? Il ne nous le dit pas

Bonjour

Homme politique de droite Edouard Philippe a longtemps été « contre » l’élargissement de la pratique médicalisée de l’insémination artificielle avec donneur aux femmes seules ou aux couples de femmes. C’était, pourrait-on dire, dans l’ordre des choses de l’ancien monde. Puis Edouard Philippe a été nommé Premier ministre par le président de la République dont il avait pourtant dit (et écrit) le plus grand mal durant la campagne présidentielle.

Interrogé le 27 septembre 2018  lors de l’Emission Politique sur France 2, le Premier ministre Edouard Philippe a déclaré  être désormais « plutôt favorable » « à titre personnel » (sic) à cet élargissement qui, aujourd’hui, fait polémique.  A « titre personnel » ? Mais encore Monsieur le Premier ministre ?

Considérant la questions du remboursement par la Sécurité sociale Edouard Philippe s’oriente plutôt vers une réponse positive : « Je ne dis pas qu’il doit être généralisé tout le temps, mais peut-être que l’on peut se demander, si l’on est obligé d’aller dans le tout ou rien, si on ne peut pas regarder s’il y a des règles à mettre en œuvre pour éviter les dérives ».

Ce qui ne veut strictement rien dire. Quel tout ou rien ? Quels chiffrages ? Quelles « dérives » ?  Où l’on voit qu’Edouard Philippe peut, sur certains sujets, faire preuve de pédagogie et en même temps, sur d’autres, manier la langue de bois en souriant.

Une aile manquante

Et maintenant ? Dans la majorité présidentielle, désormais, les voix dissidentes se sont tues. Sauf celle  de voix dissidentes, de la député Agnès Thill (La république en marche, Oise), qui  dit « faire  désormais figure d’opposante de l’intérieur sur les questions de bioéthique ». 

« Lors de la campagne législative, j’étais plutôt pour, explique-t-elle. Mais mon opinion a évolué avec le temps, notamment à la faveur des auditions menées à l’Assemblée sur la bioéthique. Je ne me rendais pas compte des conséquences d’un tel changement. Désormais, j’ai changé d’avis. 

« D’un côté, on lance un plan pauvreté, notamment pour venir en aide aux mères seules, et de l’autre, on va créer des familles monoparentales et placer des enfants en situation de précarité affective et financière.  Bien sûr, les enfants se développent, ils sont normaux, brillants, ils peuvent réussir dans la vie. Mais il n’empêche qu’il leur manque une aile. »

Mme Thill est pleinement consciente d’être minoritaire au sein du groupe. « Il n’est tout de même pas interdit de réfléchir ! »  dit-elle. Elle votera « contre la révision de la loi ». Combien seront- ils à prendre exemple sur Mme Thill  ?

A demain