François Roustang l’insoumis (1923-2016) : jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute

 

Bonjour

François Roustang est mort dans la nuit du 22 au 23 novembre. Il avait 93 ans. Souvent qualifié de « dissident », ou de « loup solitaire », il fut tout à la fois  expert en psychopathologie, hypnothérapeute, philosophe, théologien… De ses vingt premières années, au lendemain de sa mort, les gazettes ne disent rien, ou presque. On le retrouve, à sa majorité, dans la Compagnie de Jésus. Il y poursuit des études de philosophie et de théologie avant d’être ordonné prêtre. Les mêmes gazettes se souviennent que, dans les années 1950, il participe de l’aventure d’une revue jésuite, Christus dont il deviendra directeur en 1964.

On réfléchit beaucoup, en France, dans ces années-là. François Roustang y fréquente des hommes au croisement de bien des chemins, à commencer par le jésuite Michel de Certeau. Pour sa part, il ne résiste pas à la psychanalyse, entame une cure (rapide) avec Serge Leclaire (1924–1994), devient membre de l’Ecole freudienne de Paris de Jacques Lacan (1901–1981).

Béatitude bousculée

Philosophie, théologie, psychopathologie, psychanalyse… L’homme ne craint pas de sortir des sillons tracés. Il y a un demi-siècle, on le voit bousculer la béatitude du Concile Vatican II. Il lui faudra quitter les Jésuites – il y était « écartelé ». Quitter la religion catholique pour migrer vers cette autre Eglise qu’est la psychanalyse. Autre Eglise, qui le débarrasse de toute croyance. Et pourtant autres étouffements. Ce n’est pas la libération en laquelle il croyait. Au contraire : l’homme est, dit-on, frappé de constater l’esprit de soumission qui règne au sein de l’Ecole freudienne. Voilà un bien bel objet d’étude : le voici qui, sacrilège, s’intéresse alors à la question des relations maître-disciple dans l’histoire des chapelles analytiques.

C’est le début de nouveaux déchirements : Un destin si funeste (1976), lecture critique des relations entre Sigmund Freud et certains de ses disciples évadés ; Suggestion au long cours (1978), étude du rôle de la suggestion dans la cure analytique. Son intérêt pour les dimensions thérapeutiques de la thermodynamique de l’inconscient va diminuant tandis que croît celui qu’il nourrit pour l’hypnose.

Saint des saints

En France, il est l’un des premiers à s’intéresser à cette pratique thérapeutique méconnue, toujours scrutée de loin avec beaucoup de suspicion. François Roustang remonte aux sources, met en évidence l’intérêt que porta Freud à l’hypnose à ses débuts. Il travaille et fait connaître les textes de l’Américain Milton H. Erickson, « père » de cette discipline qui commence seulement à entrer dans le saint des saints hospitalo-universitaire.

Peu avant l’annonce de sa mort, le neuvième colloque de l’Association française pour l’étude de l’hypnose médicale était consacré à ses travaux sur l’hypnothérapie. On y rappela qu’il avait cofondé le premier diplôme universitaire d’hypnose médicale à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (Paris) au sein du département d’anesthésie-réanimation. C’était au début de ce siècle. Objectif : associer une réflexion médicale, thérapeutique, philosophique à la compréhension du phénomène hypnotique. « L’œuvre de François Roustang a permis de mieux définir le phénomène hypnotique, la place du thérapeute dans la relation patient-praticien et surtout de s’intéresser, en plus des moyens d’entrer en hypnose, à ce qui se passe dans la transe hypnotique, ce qu’il a appelé “la perceptude hypnotique” » soulignent ceux qui l’ont connu dans cet exercice.

Relation hypnotique

On y a rappelé, aussi, la place centrale du thérapeute dans la relation hypnotique – ce thérapeute qui « organise la rencontre » et crée un « espace de correspondance ». On y a éclairé son propos sur l’apprentissage de « l’expérience hypnotique » et l’acceptation de la confusion de la suggestion hypnotique. Et tous ont salué la richesse de ses visions, de ses écrits, de son enseignement. Certains, dont nous sommes, se souviennent d’un exercice à haut risque : user de l’image de Michel Platini (alors joueur de football) pour éclairer sur ce que peut être l’apport de l’hypnose sur le terrain de la thérapeutique.

C’était dans une émission télévisée alors animée par Bernard Pivot. 1 Nous étions en l’an 2000 et chacun se souvenait encore de Platini n° 10 distributeur de jeu : immergé dans l’action et pourtant capable de percevoir toutes les possibilités offertes. « Dormez, je le veux » : tout le contraire de l’enfermement, le symbole d’une libération, d’une ouverture à la conscience. Guérir ? C’est assez simple : s’ouvrir pleinement aux autres – et donc à soi-même.

Ruptures

« Successivement jésuite, psychanalyste et hypnothérapeute, cet homme inclassable avait consacré sa pratique et sa réflexion au mystère de la vie, vient d’écrire de lui La Croix, quotidien catholique et français. De l’extérieur, il fut incontestablement un homme de ruptures. De l’intérieur, il était celui d’une grande fidélité : une fidélité à la vie, qu’on écrirait presque avec une majuscule si cela ne risquait de masquer l’humilité de l’homme et son souci des vies toujours singulières, la sienne et celle de ceux qui venaient à lui – ou le lisaient – pour aller mieux. »

« Avec l’hypnose, François Roustang se fait l’avocat d’une nouvelle posture dans l’existence, plus souple, plus relâchée, plus détachée, poursuit La Croix. Pour lui, l’hypnose a pour but de déplacer le patient dans un autre état de conscience pour le faire habiter autrement sa vie. Elle fait cesser le flux du langage, la plainte, les ratiocinations diverses liées à la névrose. C’est un “exercice par lequel on cesse de vouloir la maîtrise de notre existence pour se couler dans le flot de la vie”, plaide François Roustang. Grâce à elle, l’humain cesse de “se regarder vivre et accepte de vivre, tout simplement”. »

De Socrate à René Girard

Dans le quotidien Libération, Robert Maggiori complète utilement ce portrait compliqué : « Polémiste né, d’une culture immense, qui allait de la pensée grecque et de Socrate (à ses yeux “trahi” par le Platon de la maturité) à Nietzsche, à Wittgenstein, à Kierkegaard ou à René Girard, il ne se satisfaisait d’aucune orthodoxie, cueillait ce qui lui semblait bon à des fins thérapeutiques aussi bien chez l’“autre père” de la psychanalyse Carl Gustav Jung que chez les théoriciens de l’école californienne de Palo Alto, entre autres Gregory Bateson, où les hypnothérapeutes américains disciples de Milton Erikson. »

Maggiori ajoute que l’auteur d’Un destin si funeste (1976) savait être sardonique, ironique, féroce ; qu’il avait subi durant sa vie autant de critiques qu’il en adressa à ses pairs. Quant au Monde, il rapporte la manière dont, un jour de 2005, il traita en une séance unique l’écrivain Emmanuel Carrère, qui lui rendit visite en songeant au suicide : « Oui, c’est une bonne solution », lui dit-il. Et il ajouta après un silence : « Sinon vous pouvez vivre. »

Redevenir vivant

Vivre c’était, expliquait-il en substance, respirer sur deux registres. Celui de la conscience et celui, organique, du vivant animal. Quant à soigner c’est faire comprendre au souffrant qu’il a une force en lui, la force énergétique de guérir. C’est là une autre dimension, une dimension hypnotique sans laquelle la psychothérapie ne saurait pleinement se pratiquer. Ne pas chercher à guérir mais redevenir, simplement, vivant. Comme une souche. Oublier, enfin, l’humain qui est en soi. Participer, magiquement,au vivant.

Dans son dernier opus  sont réunis quelques uns de ses écrits majeurs 2. Il nous explique que la meilleure manière de transformer sa vie, c’est d’effectuer un « retour au présent », de s’asseoir, de cesser de se lamenter sur son passé et, enfin, d’accepter sa souffrance pour mieux l’évacuer. Parvenir, de très loin, à entendre la voix de Socrate, guérisseur des maladies de l’âme.

A demain

1 Une extrait vidéo de cette émission est disponible à cette adresse http://www.ina.fr/video/I16334709 (Bouillon de culture, 18 février 2000).

On peut aussi l’entendre, sur France Culture, revenir sur son parcours,  lors d’un échange avec Laure Adler : https://www.franceculture.fr/emissions/hors-champs/francois-roustang (Hors Champ, 9 janvier 2012). On y entend aussi Michel de Certeau, Serge Leclaire et Léon Chertok.

2  Roustang F. « Jamais contre, d’abord, La présence d’un corps » Odile Jacob, Paris 2015.

 NB Ce texte a initialement été publié dans la Revue Médicale Suisse : « François Roustang (1923-2016) – jésuite, psychanalyste, hypnothérapeute »

 

Soigner l’autisme : psychanalystes contre comportementalistes. Flambées de violences.

 

Bonjour

Pour un peu cela deviendrait lassant. Aujourd’hui 8 décembre l’Assemblée nationale va débattre d’un texte déposé par le député Daniel Fasquelle (Les Républicains, Pas-de-Calais). Ce texte est disponible ici 1. Soutenu par près d’une centaine de députés de son camp (dont les médiatiques Laurent Wauquiez, Bernard Debré et Nathalie Kosciusko-Morizet). Ce texte vise à interdire toute pratique psychanalytique dans la prise en charge des personnes souffrant de troubles autistiques. Une pétition a été lancée pour « sauver les personnes autistes ».

C’est le dernier (et violent) rebondissement en date d’une guerre de près d’un demi-siècle. Une guerre médicale et scientifique, idéologique et philosophique dont on ne voit malheureusement pas la fin. Une guerre étrange proche de celles dite de religions. La roide froideur du comportementalisme reproductible anglo-saxon  versus les  brouillards inconscients  de la psychanalyse individuelle à la française.

Scandale sanitaire

Dans La Croix Daniel Fasquelle tient d’emblée à le préciser : son combat contre l’autisme n’est pas lié à une histoire personnelle douloureuse. « Je n’ai pas d’enfant autiste et il n’y a pas de cas dans ma famille », affirme le député (Les Républicains) du Pas-de-Calais. « J’ai découvert ce problème en 2010, ajoute-t-il. J’ai regardé les données scientifiques, écouté des familles. Et je trouve inacceptable qu’on finance des méthodes qui n’ont jamais fait la preuve de leur efficacité. C’est un scandale sanitaire. »

Plus grave, note La Croix (Pierre Bienvault) le texte demande au gouvernement « de faire systématiquement engager la responsabilité pénale des professionnels de santé qui s’opposent aux avancées scientifiques et commettent des erreurs médicales en matière d’autisme ».

Dans le château-fort d’en face les bassines d’huile politiques sont en ébullition. « L’empêchement de penser, donc de créer, pour les patients, pour les professionnels, et pour les familles, est une atteinte à la démocratie et à la culture », proclame le Collectif des 39. Une fièvre  partagée par l’Union syndicale de la psychiatrie (USP): « Il ne peut et il ne doit pas y avoir de doctrine scientifique d’État et, corollaire, de doctrine psychothérapique d’État! »

Chapelles analytiques

Pour comprendre ce débat, il faut remonter à la prise de position datant de 2012 de la Haute Autorité de santé (HAS) :« Autisme : la HAS et l’Anesm recommandent un projet personnalisé d’interventions pour chaque enfant ». Des conclusions à fleurets mouchetés pour ne pas heurter le camp très français des chapelles analytiques :

« Par ailleurs, il est recommandé aux parents d’être particulièrement prudents vis-à-vis d’interventions présentées comme permettant de supprimer complètement les manifestations des troubles envahissants du développement (TED), voire de guérir totalement leur enfant car aucun élément probant ne permet d’envisager une telle efficacité. Ils doivent être également vigilants vis-à-vis des méthodes exigeant une exclusivité de l’accompagnement, car l’abandon d’interventions peut présenter un danger ou induire une perte de chances pour l’enfant ou l’adolescent suivi. »

Gros sous et fanatisme

En pratique il est aussi question de gros sous. « Les méthodes psychanalytiques ne marchent pas. Il faut arrêter de les rembourser », plaide Daniel Fasquelle. « Ce député dévoie les recommandations de la HAS. Celle-ci n’a jamais demandé l’interdiction de la psychanalyse », rétorque le Pr Bernard Golse, psychanalyste influent et pédopsychiatre à l’hôpital Necker-Enfants Malades de Paris. Dans Le Point il ajoute :

« Il faut savoir que Daniel Fasquelle est un très ancien adversaire, et je dirais même un adversaire fanatique de la psychanalyse. Songez qu’il a jadis écrit à tous les présidents et doyens des universités de France pour leur interdire l’enseignement de la psychanalyse ! Ce qui n’était évidemment pas en son pouvoir… Il avance main dans la main avec les lobbys anti-psys les plus farouches.

Son texte présenté à l’Assemblée détourne les recommandations faites par la Haute Autorité de santé (HAS) en 2012 ! Selon Fasquelle, la HAS a conclu que la psychanalyse n’était pas ‘’ recommandée’’  dans le traitement de l’autisme, alors qu’en réalité la HAS a simplement rappelé qu’elle n’était pas ‘’consensuelle’’, ce qui est tout de même très, très différent. Et Fasquelle va plus loin en préconisant que ces recommandations soient opposables, ce qui signifie clairement que, si l’on souhaite tenter autre chose que les méthodes comportementales, on peut être attaqué. La médecine devient donc une science d’État…

Les recommandations de la HAS vont être révisées, et elles vont sans doute aller vers plus de libre choix pour les patients, vers une prise en charge multidisciplinaire de l’autisme. Fasquelle attaque, car il craint ce changement. Vous savez, ce projet est grave pour le traitement de l’autisme, évidemment, mais il représente aussi d’une manière générale une menace grave sur la liberté des patients et le choix des familles, et même sur la simple liberté de pensée… »

Angoisses et tocsins

Reste, durant le tocsin républicain, à  savoir comment sont pris en charge les enfants autistes de France. La Croix cite le Collectif Autisme, qui regroupe plusieurs associations. Il a mené, en 2014, une enquête en ligne auprès de 636 familles. « Il en ressort que 77 % des enfants autistes n’ont pas accès du tout, ou l’ont seulement de manière partielle, à une éducation adaptée à leurs besoins et conforme aux recommandations de la HAS. Parmi ceux qui y ont accès, 70 % doivent supporter une large charge financière », indique Florent Chapel, vice-président de la Maison de l’autisme. De fait, les méthodes éducatives semblent se diffuser lentement.

Certains psychiatres parlent encore ici, en catimini, de « dressage » 2. « Ces méthodes éducatives, je les utilise, affirme le Pr Golse. Mais dans certains cas, il faut les associer à une psychothérapie. Pas pour rechercher la cause de l’autisme ni culpabiliser les parents. Le but est de comprendre les angoisses de l’enfant et de l’aider à desserrer ses mécanismes de défense pour qu’il puisse profiter au mieux de ses compétences. »

S’il n’y avait tous ces enfants et adultes en souffrance, cela deviendrait lassant. Fort heureusement il est interdit, sur un tel sujet, de se lasser.

A demain

1 En voici l’exposé des motifs :

« À ce jour, on recense 600 000 autistes en France soit environ une naissance sur 100. En 2014, 44 % des personnes autistes étaient victimes de maltraitance, soit 250 000 personnes autistes sur les 600 000 que compte notre pays.

En outre, 80 % des enfants atteints de troubles du spectre autistique (TSA) sont exclus de l’école en milieu ordinaire. Ainsi, seuls 20 % d’entre eux sont pris en charge conformément au cadre défini par le Gouvernement et aux attentes exprimées par les familles.

Si des avancées ont été réalisées, notamment par la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées dite « loi Chossy » de 2005 qui oblige la scolarisation de tous les enfants en milieu scolaire ordinaire, force est de constater que cette loi n’est pas appliquée pour les enfants autistes. De plus, l’autisme a été déclaré grande cause nationale en 2012 peu avant les recommandations de bonnes pratiques de la Haute Autorité de santé (HAS) qui promeuvent les approches développementales et comportementales dans la prise en charge médicale de l’autisme. Depuis lors, le groupe d’études sur l’autisme, créé à l’Assemblée nationale en 2011, à l’initiative de Messieurs les députés Daniel Fasquelle et Gwendal Rouillard, a souligné les nombreuses contradictions entre le discours officiel et la prise en charge effective de ces personnes.

Nous proposons donc que notre Assemblée vote une résolution encourageant le Gouvernement français à agir dans le sens des conclusions de la HAS afin de promouvoir une prise en charge effective de l’autisme dans le respect des droits fondamentaux des personnes qui en sont atteintes. »

2 « ABA » est  la plus connue des méthodes comportementales. Les techniques mises en œuvre sont basées sur la « théorie de l’apprentissage » et de « modification du comportement et de développement de compétences », souligne l’association ABA. L’objectif est « d’augmenter la communication, les apprentissages et les comportements sociaux adaptés », et de « diminuer voire faire disparaître les comportements inappropriés », souligne le site du gouvernement sur l’autisme (http://social-sante.gouv.fr/grands-dossiers/l-autisme/www.autisme.gouv.fr). Selon un rapport de février 2015 de la Caisse de solidarité pour l’autonomie portant sur 28 structures utilisant les méthodes ABA et financées par la « Sécu », le coût d’une place est d’environ 64 000 € par an contre un coût moyen d’un peu  plus de 32 000 € pour les instituts médico- éducatifs.

Avortement et vie affective : le Pr Nisand dénonce la démission radicale de l’école laïque

Bonjour

Quarante ans après: , nouvelles passions, nouvelles insultes, nouvelles suspicions. Fronts contre fronts. Comment avancer ? En partie avec Israël Nisand. Il était, hier, en bas de page du Figaro. Il trône aujourd’hui dans La Croix. Le gynécologue-obstétricien du CHU de Strasbourg est le coauteur, en 2006, d’un rapport sur la prévention de l’IVG chez les mineures, le Pr Nisand dénonce l’absence d’information sur la vie affective dans les écoles et l’absence d’engagement des responsables politiques.

Tout à l’heure il le redira au journal de 13 heures de France Inter. Bâton de pèlerin hospitalo-universitaire il prêche dans le désert laïc. Qui l’écoute ? Qui l’entend ? Qui le comprend ?

Pornographie et religions

Au cœur des passions : la proposition de loi socialiste visant à « l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse ». On comprend que ce n’est là qu’un prétexte à conflit idéologique. Le vrai sujet est ailleurs. Il est notamment dans le nombre pratiquement constant d’IVG pratiquées chaque année  en France (218 100 en 2015). Il faut ici écouter quelques instants le Pr Nisand dans La Croix :

« Il est impossible de faire baisser le nombre d’IVG sans une information adaptée de nos jeunes dans les écoles. Il existe une loi de 2001 qui prévoit, dès l’âge de 4 ans, de faire trois heures d’information sur la vie affective. Or cette loi n’est pas appliquée, sans que cela n’ait jamais fait réagir un seul ministre.

 « Tous font le même constat: les associations de parents d’élèves s’opposent à cette information, sous la pression d’un certain nombre de courants religieux. Et je regrette que l’Église se soit toujours opposée à ce que ce travail de sensibilisation soit fait. La conséquence est catastrophique. Car à l’arrivée, c’est bien souvent la pornographie qui fait ce travail d’information auprès des jeunes, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer.

 « La solution serait de mobiliser tous les professionnels de santé, médecins, infirmières, sages-femmes, pour créer des réseaux locaux qui iraient faire de l’information auprès des jeunes et faciliteraient l’accès à la contraception. »

Maladies vénériennes

 Tout est dit de nos maux : l’incurie pédagogique, le manquement à la loi, le développement de la pornographie comme substitut au travail « ducatif des citoyens adultes. C’est là une accusation d’une particulière gravité. C’est aussi une démission de la laïcité. On s’étripe sur les fantasmagories du burkini, on laisse les écrans allumés, on n’informe pas sur la vie affective, ses substrats biologiques et organiques, ses innombrables dimensions psychologiques.

Historiquement « l’éducation à la sexualité » a fait son entrée dans les lycées français en 1973 – il s’agissait alors d’un enseignement facultatif, axé sur la contraception et les maladies vénériennes. Aujourd’hui l’éducation à la sexualité en milieu scolaire est (officiellement) obligatoire. La loi Aubry du 4 juillet 2001 prévoit ainsi trois séances annuelles d’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées :

« Une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène. Ces séances présentent une vision égalitaire des relations entre les femmes et les hommes. Elles contribuent à l’apprentissage du respect dû au corps humain. Elles peuvent associer les personnels contribuant à la mission de santé scolaire (…) »

Education du citoyen

 Tout est écrit, détaillé à l’extrême dans une circulaire du 17 février 2003 signée Jean-Paul de Gaudemar, directeur de l’enseignement scolaire : « L’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées ». C’est un très beau texte. Il commence ainsi :

« L’évolution des mentalités, des comportements, du contexte social, juridique et médiatique dans le domaine de la sexualité, ainsi que des connaissances scientifiques liées à la maîtrise de la reproduction humaine a conduit les pouvoirs publics à développer l’éducation à la sexualité en milieu scolaire comme une composante essentielle de la construction de la personne et de l’éducation du citoyen. 

« Dans le cadre de sa mission d’éducation et en complément du rôle de premier plan joué par les familles, l’école a une part de responsabilité à l’égard de la santé des élèves et de la préparation à leur future vie d’adulte : l’éducation à la sexualité contribue de manière spécifique à cette formation dans sa dimension individuelle comme dans son inscription sociale. 

Infections sexuelles et transmissibles

« Cette démarche est d’autant plus importante qu’elle est à la fois constitutive d’une politique nationale de prévention et de réduction des risques – grossesses précoces non désirées, infections sexuellement transmissibles, VIH/ sida – et légitimée par la protection des jeunes vis-à-vis des violences ou de l’exploitation sexuelles, de la pornographie ou encore par la lutte contre les préjugés sexistes ou homophobes.

 « L’éducation à la sexualité à l’école est inséparable des connaissances biologiques sur le développement et le fonctionnement du corps humain, mais elle intègre tout autant, sinon plus, une réflexion sur les dimensions psychologiques, affectives, sociales, culturelles et éthiques. Elle doit ainsi permettre d’approcher, dans leur complexité et leur diversité, les situations vécues par les hommes et les femmes dans les relations interpersonnelles, familiales, sociales. »

C’est un très beau texte citoyen, laïque et républicain. Il est âgé de 13 ans. L’actuelle ministre de l’Education le connaît-elle ?

A demain

Une journaliste (La Croix) au Comité national d’éthique. Le président se confie au Figaro

 

Bonjour

Le Comité national d’éthique a trente-trois ans et une (ancienne) journaliste de La Croix vient d’entrer en son sein. Ceux qui croient aux ciels et ceux qui n’y croient pas y verront-ils quelques présages ? Pour l’heure l’institution est comme au point mort. Aucun avis depuis janvier dernier et un renouvellement des membres qui était attendu depuis avril.

Une jachère de six mois… Les plus méchantes des langues voyaient dans cette atonie forcée une manœuvre gouvernementale et présidentielle : ne pas réveiller les clivages sociétaux sur la grande question sociétale de la procréation médicale assistée autorisée aux femmes seules et/ou homosexuelles ; ne pas réveiller l’hydre de la mère porteuse.

Amputée de la moitié de ses membres  l’institution ne pouvait plus vivre. Dépérissement politiquement programmé. Et puis, soudain, un arrêté au Journal Officiel (du 5 octobre) : « Arrêté du 27 septembre 2016 portant nomination au Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé » 1

« PMA pour toutes» 

« L’évolution du CCNE son évolution est observée à la loupe alors que le président de la République a déclaré qu’il suivrait l’avis de l’instance sur le sujet très controversé de l’ouverture de la PMA (procréation médicalement assistée) aux couples de femmes et aux célibataires, observe Le Figaro. C’est dans un contexte très tendu que l’avis du CCNE sur la PMA, initialement annoncé pour l’automne 2013, se fait attendre. Sa nouvelle composition fera-elle basculer l’avis du CCNE en faveur de la PMA «pour toutes» alors que l’on disait le CCNE très divisé sur cette question? »

Et Le Figaro a obtenu, sur ce point majeur, quelques mots de Jean-Claude Ameisen, président du CCNE :

« C’est un sujet où nous avançons lentement car c’est la première fois que le CCNE l’examine de manière transversale. PMA pour les femmes seules, pour les couples de femmes, anonymat du don, conservation des ovocytes, GPA: nous revisitons l’ensemble des questions sur les indications sociétales de l’AMP. Ce renouvellement, prévu par les statuts, a repoussé l’avis de plusieurs mois. De nouvelles personnes, de nouveaux regards… cela relance le processus. Nous espérons pouvoir le rendre à la fin de l’année ou début 2017».

 Sciences et Religions

Voire après les résultats de l’élection présidentielle… ?  Jean-Claude Ameisen « prévoit également d’organiser des Etats généraux sur l’ensemble de la loi relative à la bioéthique à l’automne 2017 puis d’écrire un rapport sur le sujet avant que le législateur ne se penche sur la révision des lois de bioéthique ».

Parmi les nominations dévoilées mercredi, celles des membres issus des «principales familles philosophiques et spirituelles» qui sont désignés par l’Élysée font en tout cas l’objet d’une attention toute particulière. « D’autant qu’en 2013, les responsables religieux avaient été rayés de la liste des membres, se souvient Le Figaro. Leur remplacement par des laïcs, sans consultation des instances représentatives des autorités religieuses comme c’était le cas autrefois, avait été vu comme un coup de barre à gauche et avait fait scandale. »

 Aujourd’hui, pour représenter le courant de pensée catholique, c’est Dominique Quinio, ancienne directrice du journal La Croix et présidente des « Semaines sociales de France », qui vient d’être nommée par le président de la République, en remplacement du philosophe et théologien Xavier Lacroix. Le Figaro se souvient qu’elle avait accompagné François Hollande pour sa première visite au Vatican en janvier 2014. À la Conférence des évêques de France, on se contente d’indiquer ‘’qu’un lien a été fait [par l’Élysée] au sujet de la succession de Xavier Lacroix’’. Sans préciser s’il s’agit d’une décision concertée… »

La Science, le Juste, le Vrai

C’est Abdennour Bidar, docteur en philosophie qui sera pour sa part chargé de représenter le courant de pensée musulman au CCNE. Ancien chargé de mission sur la laïcité auprès du ministère de l’Éducation nationale, il a notamment participé à la rédaction de la charte de la laïcité à l’école. On observera aussi le départ de la controversée Dr Véronique Fournier, nommée  présidente du Centre national des soins palliatifs et auteure, à La Documentation française du tout récent « La mort est-elle un droit ? »

Et maintenant ? «François Hollande a déclaré qu’il suivrait l’avis du CCNE sur la PMA sans père et il nomme certains de ces membres: il y a là un problème d’éthique évident, tacle Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif pour tous. Nous nous interrogeons sur l’indépendance et l’impartialité de cette instance». Cette présidente de s’interroge également sur la «sur représentation» de chercheurs et de personnalités du monde médical au CCNE. «Ils travaillent sur des avis qui concernent directement leur pratique. On peut se demander s’ils ne manquent pas de recul dans leur réflexion», dit Mme de La Rochère.

On peut se le demander… se demander également si la science dit le vrai…. On peut aussi lire, de Jean-Claude  Carrière, « Croyance ».

A demain

1  Les membres nouvellement nommés sont les suivants :

En qualité de personnalités désignées par le Président de la République appartenant aux principales familles philosophiques et spirituelles : Mme Dominique QUINIO, en remplacement de M. Xavier LACROIX ;Abdennour BIDAR, en remplacement de M. Ali BENMAKHLOUF.

En qualité de personnes qualifiées choisies en raison de leur compétence et de leur intérêt pour les problèmes d’éthique :

Sur désignation du vice-président de la Cour de Cassation : Pierre DELMAS-GOYON, en remplacement de Mme Frédérique DREYFUS-NETTER.

Sur désignation du garde des sceaux, ministre de la justice : Mme Dominique THOUVENIN en renouvellement de son mandat. Sur désignation du ministre chargé des affaires sociales : Mme Sophie CROZIER, en remplacement de M. Alain CORDIER.

Sur désignation du ministre chargé de l’éducation nationale : Mme Carine CAMBY, en remplacement de M. André COMTE-SPONVILLE.

Sur désignation du ministre chargé du travail : Mme Martine LE FRIANT, en remplacement de M. Régis AUBRY.

Sur désignation du ministre chargé de la communication : Michel VAN-PRAËT en renouvellement de son mandat.

Sur désignation du ministre chargé de la famille : Mme Christiane BASSET en renouvellement de son mandat.

Sur désignation du ministre chargé du droit des femmes : Yves CHARPENEL, en remplacement de Mme Claire LEGRAS.

En qualité de personnalités appartenant au secteur de la recherche :

Sur désignation de l’administrateur du Collège de France : Mme Monique CANTO-SPERBER, en remplacement de Mme Claudine TIERCELIN.

Sur désignation du directeur de l’Institut Pasteur : Thomas BERGERON, en remplacement de Mme Margaret BUCKINGHAM.

Sur désignation du directeur de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale : Mme Anne DURANDY, en remplacement de Mme Marie-Germaine BOUSSER; Francis PUECH en renouvellement de son mandat ;

Sur désignation du directeur général du Centre national de la recherche scientifique : Marc ABELES, en remplacement de Mme Marie-Angèle HERMITTE ; Mme Mounira AMOR-GUERET, en remplacement de M. Patrick GAUDRAY.

Sur désignation de la Conférence des présidents d’université : Régis AUBRY, en remplacement de Mme Véronique FOURNIER.

Les membres inchangés du CCNE sont :

Président : Jean Claude Ameisen; Présidents d’Honneur : Jean-Pierre Changeux, Didier Sicard, Alain Grimfeld

Personnalités désignées par le Président de la République et appartenant aux principales familles philosophiques et spirituelles: Marianne Carbonnier-Burkard, Lionel Naccache, Frédéric Worms

Personnalités qualifiées choisies en raison de leur compétence et de leur intérêt pour les problèmes d’éthique: François Ansermet, Hervé Chneiweiss, Alain Claeys, Jean-Marie Delarue, Anne-Marie Dickelé, Cynthia Fleury, Florence Gruat, Frédérique Kuttenn, Michelle Meunier, Jean-Pierre Mignard, Bertrand Weil

Personnalités appartenant au secteur de la recherche: Yves Agid, Laure Coulombel, Pierre-Henri Duée, Jean-Noël Fiessinger, Jean-Pierre Kahane, Alice René, Xavier Vandendriessche, Jean-Louis Vildé.

 

Quatre Français sur dix se sentent «en deuil». Comment, pourquoi ? C’est à lire dans La Croix

 

Bonjour

On y verra un nouveau marché. Ou un symptôme-valise exprimant tous les chagrins de notre temps. Cet après-midi,  au plus beau de Paris, s’ouvriront les « 1res Assises du funéraire ». Au Palais du Luxembourg, et sous le patronage des ministères de la santé et des familles : « Mieux accompagner le deuil: un enjeu majeur de notre société ». Un évènement organisées par la Chambre syndicale nationale de l’art funéraire, qui regroupe les « industriels du secteur » (cercueils, plaques, monuments, urnes, soins aux défunts, etc.).

Nul ne s’étonnera que La Croix se penche sur le sujet. Le quotidien catholique (Marine Lamoureux) y consacre une page et quelques chiffres d’une étude inédite du Crédoc consacrée aux rapports des Français à la mort et au deuilun deuil qui s’avèrerait d’autant plus difficile à vivre, aujourd’hui, que notre société en aurait supprimé la « dimension sociale ». Les chiffres, troublants :

« Quatre Français sur dix se sentent « en deuil » (particulièrement les 45-54 ans). Un tiers des deuils datent depuis plus de cinq ans. 35% des personnes endeuillées ont vu leur santé altérée, notamment par un épuisement physique. 56% des actifs ont dû interrompre leur activité professionnelle (dont 29% d’une durée de plus d’un mois) ».

Dissolution de la collectivité

La Croix a cherché à comprendre. Et le quotidien met en lumière un paradoxe aveuglant : si les « effets psychiques » du deuil sont bien documentés, les études sociologiques « sont rares » et les pouvoirs publics ne semblent guère « s’y intéresser ». « Souvent, l’item n’est pas reconnu comme tel dans ces bases de données statistiques » d’organismes officiels » observe remarque le sociologue Tanguy Châtel. Notre société a perdu sa capacité à porter collectivement le deuil ». Pourquoi ? Le recul des pratiques religieuses… la médicalisation de la fin de vie.. l’accélération permanente de tout et de rien… l’obsession de l’efficacité… etc. « On en a fait un no man’s land et renvoyé les personnes endeuillées à leur solitude ou à l’injonction d’aller mieux, et vite, estime le sociologue. En réalité, le deuil est une épreuve à traverser, qui prend du temps et dont la dimension sociale demeure irréductible. »

« Savoir qu’il s’agit d’un processus long est important, relève le Dr Christophe Fauré, psychiatre assez présent dans les médias généralistes 1. Trop souvent, au bout de quelques mois, on considère que les personnes ont basculé dans un deuil pathologique, alors que leur parcours est tout à fait normal. Et l’on prescrit des antidépresseurs alors que ce n’est pas nécessaire. »

Implication thérapeutique

Le Crédoc observe quant à lui que les décès survenus à l’hôpital sont souvent plus mal ressentis par les proches. Avec, là encore, un paradoxe : l’hôpital peut aussi « soulager (…) par sa capacité à prendre en charge la souffrance physique du malade devenu incurable ». Autre facteur clé : l’implication dans les obsèques aide à mieux « vivre le deuil ». La Croix :

« L’autre intérêt de l’enquête est de mettre au jour les conséquences sociales du deuil, largement méconnues. 35 % des personnes endeuillées ont vu leur santé altérée, notamment par un épuisement physique, 56 % des actifs ont dû interrompre leur activité professionnelle. Les auteurs précisent que dans 42 % des cas, l’arrêt n’a pas excédé une semaine ; mais que dans 29 %, il a duré plus d’un mois.»

« On voit bien que l’entreprise doit se saisir de cette problématique et accompagner ses salariés lorsqu’ils perdent un proche»  estime le Dr Christophe Fauré.

C’est là une question d’importance : l’entreprise doit-elle, vraiment, « se saisir de cette problématique » et « accompagner ses salariés ? ». Le marché doit-il, aussi, entrer dans cette intimité ?

A demain

1 Dernier ouvrage (avec la participation de Stéphane Allix) : « Accompagner un proche en fin de vie », Albin Michel, 15,90 €.

Manuel Valls: désavoué par le Conseil d’Etat il se noie entre les interdits du burkini et de la GPA

 

Bonjour

Tout serait autrement plus simple, dans l’affaire burkini,sans les sorties récurrentes de Manuel Valls soutenant les plus extrêmes de la droite. On y verrait plus clair si le Premier ministre, au nom d’une « laïcité de combat », ne s’était pas laissé enferrer,  jouant contre son propre camp. C’est là une situation d’autant plus absurde, d’autant plus paradoxale, que dans un autre dossier sociétal essentiel, celui de la GPA, le même Premier ministre avait toujours su tenir une ligne claire : respect de la loi et condamnation absolue de cette nouvelle forme d’esclavagisme  dans laquelle certains ne veulent voir qu’une sorte de fraternité féminine. 1

Burkini. Hier nous avions cru percevoir un air comme plus léger. Puis venue de la droite les nuages politiques se sont amassés. Roulements des tambours, montée des oriflammes, le sang dans les sillons etc. L’extrême est aux anges et la confusion est générale. On peine à entendre les voix de gauche qui en appellent à la raison. Aucune référence à Voltaire.

Mare nostrum

Comment se faire comprendre quand on veut dire que l’on est opposé à toute forme d’enfermement vestimentaire et religieux du corps de la femme mais, pour autant, qu’il n’est pas acceptable que des maires interdisent à des femmes d’être sur une plage de leur commune dans une tenue dénommée burkini ? Comment se faire entendre quand on dit, simplement, que l’on est « contre le burkini » mais que l’on fera tout pour que l’on ne puisse pas décréter, ainsi, que le burkini est interdit  sur le sable et dans la mer commune.

L’air plus léger était venu de la place du Palais Royal à Paris, siège depuis des siècles du Conseil d’Etat recréé en 1799 par Napoléon Bonaparte sur l’héritage d’anciennes institutions ayant, sous la Monarchie, porté ce nom. Rappelons la phrase solennelle retoquant la volonté des maires d’interdire le port des burkinis au nom d’une atteinte (supposée) à la laïcité et d’un trouble (postulé) à l’ordre public :

« (…) une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. »

Schizophrénie de l’exécutif

« Comment « apaiser » tout en continuant à alimenter soi-même le débat ? » interroge, perfide, Le Monde. L’air n’est pas plus léger et le gouvernement est gravement fracturé. Le ministre de l’Intérieur tente de calmer le jeu quant le Premier ministre met toujours un peu plus d’huile sur le feu : il fait savoir, par une tribune publiée sur sa page Facebook, que l’ordonnance du Conseil d’Etat « n’épuise pas le débat » sur le burkini. Eentendre que le combat continue. Quant au locataire du Palais de l’Elysée, faute de pouvoir, cette fois, ciseler une synthèse, il  reste coi. Les ministres Najat Vallaud-Belkacem (Education nationale) et Marisol Touraine (Santé) ont publiquement pris leurs distances quand Laurence Rossignol (Doits des femmes) colle à la ligne Valls.

Alors que la droite et son réclame une loi « anti-burkini sur les plages » l’exécutif, pour l’heure s’y refuse. « Le Premier ministre sait que proposer en urgence un projet de loi sur le sujet, quelques mois à peine après le débat délétère sur la déchéance de nationalité, risquerait de provoquer une crise gouvernementale d’ampleur, observe Le Monde. Plusieurs ministres pourraient décider de partir, au premier rang desquels celui de l’Economie, Emmanuel Macron, qui n’attend qu’une occasion politique pour se lancer dans la course pour la présidentielle. »

Laïcité « de combat »

« Nous n’y couperons pas. Nous allons revenir à une laïcité de combat, assure l’historien et philosophe Marcel Gauchet dans Les Echos.  Entendons-nous bien : il ne s’agit pas d’un combat antireligieux. La République n’a pas fermé les églises hier ; elle ne va pas fermer les mosquées aujourd’hui. Nous allons plutôt nous trouver à devoir faire pression sur l’islam pour l’obliger à se déterminer par rapport aux principes fondamentaux de l’existence démocratique, pour autant qu’il est aujourd’hui une composante de notre société. Comme la République l’a fait, d’une certaine façon, à l’égard de l’Eglise catholique. La difficulté est que la religion musulmane n’est pas organisée comme elle. Tous les ministres de l’Intérieur rêvent d’une « église musulmane » avec un interlocuteur unique, mais on ne l’a pas. »

Manuel Valls n’est plus ministre de l’Intérieur. Il est le chef du gouvernement de la France. Désavoué par le Conseil il apparaît, en cette fin du mois d’août 2016,  comme perdu entre son interdit du burkini et celui de la GPA.

A demain

1 « Scoop dans « La Croix » : Manuel Valls en harmonie avec Nicolas Sarkozy pour condamner la GPA » (Journalisme et santé publique, 3 octobre 2014). Manuel Valls : « Il faut affirmer des positions claires : la GPA est et sera interdite en France. C’est le choix très ferme du président de la République et de son gouvernement. La France n’a jamais varié sur ce sujet. Elle est opposée à la légalisation de la GPA qui est, il faut le dire, une pratique intolérable de commercialisation des êtres humains et de marchandisation du corps des femmes. »

 

 

 

 

Le burkini, un maillot de bain ? Non, c’est un «projet de contre- société» (Manuel Valls)

 

Bonjour

De l’art, subtil, d’exercer le pouvoir en jetant, l’été, un peu d’huile sur le feu. La France  avait œuvré au mieux avec la loi du 11 octobre 2010 « interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public ». Six ans plus tard le chef du gouvernement prend soudain position contre un vêtement de plage qui ne laisse voir que le visage. Nous sommes le 17 août, grand soleil sur la France, le Premier ministre a choisi La Provence : « Valls sur le Burkini : « Une vision archaïque de la place de la femme dans l’espace public » » (sur abonnement).

L’AFP reprend et explique que le Premier ministre a mis les points sur les i du burkini.  « Le burkini n’est pas une nouvelle gamme de maillots de bain, une mode. C’est la traduction d’un projet politique, de contre-société, fondé notamment sur l’asservissement de la femme. »  Manuel Valls copie, ici, sa ministre des Droits des femmes (Laurence Rossignol) et dit « comprendre » et « soutenir » les quelques maires qui ont pris des arrêtés interdisant le port de ce maillot de bain intégral sur les plages de leur commune. 1

Comprendre un réflexe.

« Je comprends les maires qui, dans ce moment de tension, ont le réflexe de chercher des solutions, d’éviter des troubles à l’ordre public. Je soutiens donc ceux qui ont pris des arrêtés, s’ils sont motivés par la volonté d’encourager le vivre ensemble, sans arrière-pensée politique. » « Les plages, comme tout espace public, doivent être préservées des revendications religieuses. » Or, derrière le burkini, « il y a l’idée que, par nature, les femmes seraient impudiques, impures, qu’elles devraient donc être totalement couvertes. Ce n’est pas compatible avec les valeurs de la France et de la République. Face aux provocations, la République doit se défendre ».

Une fois ces fortes choses dites le Premier ministre refuse de légiférer.

« Je ne crois pas qu’il faille légiférer en la matière : la réglementation générale des prescriptions vestimentaires ne peut être une solution. » « Avant de penser à légiférer, nous ferons appliquer la loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public – nous le rappellerons, avec le ministre de l’Intérieur, aux préfets et aux forces de sécurité. » Manuel Valls en appelle surtout aux « autorités musulmanes » qui, selon lui, « doivent aussi condamner le voile intégral, condamner les actes de provocation qui créent les conditions d’une confrontation. » C’est pour lui aux musulmans, « à leurs autorités, à leurs familles, dans leurs engagements personnel, professionnel, social, de dire qu’ils rejettent cette vision mortifère de l’islam ».

Ne montrer que le visage

Où l’on voit que le Premier ministre assimile le « voile intégral » et un vêtement de plage qui conduit in fine à ne montrer que le visage. Le chef du gouvernement s’exprime aussi sur  les auteurs de « prêches de haine prononcés dans certaines mosquées ». Pourquoi les laisse-t-on prêcher ?  « D’abord, parce que certains sont Français. Quant à ceux qui sont étrangers et tiennent un discours de haine passible de la loi, ils doivent être expulsés. Ils le sont. Ça a déjà été le cas pour 82 d’entre eux. » « Tous ceux qui prônent des discours n’ayant rien à voir avec nos valeurs doivent être poursuivis. Il ne faut passer aucun compromis avec ceux qui mettent en cause le modèle républicain. Nous avons aussi besoin d’imams parlant français, formés à nos valeurs. »

Manuel Valls en appelle enfin « à l’islam de France et à ses institutions », à qui « il appartient de réagir ». « Je rajouterai, à l’attention de nos compatriotes musulmans, que nous serons aussi impitoyables à l’encontre de tous ceux qui voudraient les prendre comme boucs émissaires et voient dans l’islam un coupable idéal des actes de terrorismes. Ils trouveront toujours l’État à leur côté pour les protéger. »

Camouflet catholique

La fatalité étant ce qu’elle est François Hollande est reçu, ce mercredi 17 août 2016, en audience privée au Vatican par le Pape François, souverain pontife. Le président de la République française sera accompagné tout au long de son déplacement par le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve.

Cette audience privée est la seconde visite de François Hollande au Vatican, après celle du 24 janvier 2014. Elle devrait, selon le Palais de l’Elysée,  marquer un « resserrement des liens ». On se souvient que l’Eglise s’était opposée à la loi sur le mariage pour tous, votée en 2013 par le Parlement français. Le Saint-Siège avait aussi refusé d’accréditer, en 2015, un ambassadeur proposé par la France, Laurent Stefanini, catholique pratiquant et homosexuel. Le Monde rappelle qu’après un an de vacance du poste c’est un autre diplomate, Philippe Zeller, qui a finalement été agréé. On peut voir là une forme de camouflet.

A demain

1 On peut, sur ce sujet, lire dans Libération l’enrichissant entretien avec Jean Baubérot, historien et sociologue de la laïcité : « Burkini : ‘’On peut être choqué sans pour autant interdire’’»