Mystique et politique: Emmanuel Macron, le candidat d’«En marche!» assume sa verticalité

 

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On lit des choses étranges, parfois, dans Le Journal du Dimanche. Ainsi, aujourd’hui les « confidences sacrées » d’Emmanuel Macron. Des confidences ferroviaires faites, qui plus est, peu après le départ en TGV du vieux bastion communiste de Saint-Pierre-des-Corps. La France est un pays riche qui sait dépasser ses apparentes contradictions. Un séjour un petit nuage en Touraine et le candidat d’ « En Marche! » s’est confié au JDD sur son charisme, sur la nature du lien qu’il veut établir avec les électeurs et sur sa propre mystique… Extraits :

« La politique, c’est mystique. » […] « C’est tout mon combat. C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne. Les médias passent du commentaire d’un point de détail mineur du programme aux pires polémiques, et ainsi de suite. »

« Comment se construit le pouvoir charismatique? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète, de la matérialité. Je ne crois pas à la transcendance éthérée. Il faut tresser les deux, l’intelligence et la spiritualité. Sinon l’intelligence est toujours malheureuse. Sinon les gens n’éprouvent de sensations que vers les passions tristes, le ressentiment, la jalousie, etc. Il faut donner une intensité aux passions heureuses. »

« La dimension christique, je ne la renie pas ; je ne la revendique pas. Je ne cherche pas à être un prédicateur christique. »

Transcendance-immanence

Où l’on comprend que ne pas chercher à être un prédicateur christique ne signifie pas que l’on ne sait pas que l’on en est un. Où l’on comprend, aussi, que (même « sans programme ») l’homme sait comment on échafaude un pouvoir charismatique -et comment on peut avoir conscience d’assumer la « dimension de verticalité » (entendre de transcendance). Où l’on s’interroge, enfin, sur la nature de l’ancrage transcendance-immanence, sur le malheur de l’intelligence, sur cette marche entreprise entre les éthers infinis et la lourdeur de la matérialité. C’est là, tout simplement, pour le commun des mortels, une marche ascensionnelle.

« La politique, c’est mystique » confie-t-il à Anna Cabana qui n’attendait sans doute pas cette manne tombée à Saint-Pierre-des-Corps. Plus tard, vers Vendôme, Orléans, Beaugency, Notre-Dame-de-Cléry (et le Dauphin si gentil…),  Emmanuel ajoutera : « La politique, c’est comme la littérature, c’est un style. » Est-ce dire que le mystique l’est aussi ? Puis le TGV arriva à Montparanasse. Dans le lointain, des cloches….

Un style ? « Quand il les eut mises en branle ; quand il sentit cette grappe de cloches remuer sous sa main ; quand il vit – car il ne l’entendait pas – l’octave palpitante monter et descendre sur cette échelle sonore comme un oiseau qui saute de branche en branche ; quand le diable musique, ce démon, se fut emparé du pauvre sourd, alors il redevint heureux, il oublia tout, et son cœur qui se dilatait fit épanouir son visage. »

C’était Quasimodo qui sonnait les cloches de Notre-Dame. Et c’était Victor Hugo.

A demain

 

 

Faute de patients, le premier dispensaire français de déradicalisation va-t-il bientôt fermer ?

Bonjour

C’était il y aura bientôt un an ; presque un siècle. Le 10 mars 2016. France Inter n’avait pas encore sectionné ses grandes ondes. On y révélait la création du « premier centre français de déradicalisation ». Ou plus précisément du premier « Centre de prévention de la radicalisation d’insertion et de citoyenneté ». Manuel Valls, alors, était Premier ministre :

« Ce centre « étatique » officiellement appelé « Centre de réinsertion et de citoyenneté » sera lui, doté de moyens. Il accueillera 30 jeunes radicalisés dans un premier temps. Leur programme de déradicalisation durera 10 mois. Une dizaine de centres similaires devraient ouvrir partout en France d’ici fin 2017.  C’est près de Tours en Indre-et-Loire qu’ouvrira ce centre. Le lieu est choisi mais pas rendu public, car il faut encore convaincre quelques élus locaux réticents. »

Nulle part

Il fallut ensuite attendre septembre et l’approche des vendanges. La France apprit alors que ce dispensaire d’un nouveau genre venait d’ouvrir. Le gouvernement invita les journalistes de la presse parisienne. Quelques-uns expliquèrent alors, comme sur France Inter, être allé « quelque part au milieu de nulle part ». Plus précisément entre Bourgueil et Chinon, en Touraine, à Beaumont-en-Véron. Plus précisément encore  au « Château de Pontourny », vieux manoir transformé en asile durant 14-18.  Ancien asile Saint-Joseph. Propriété de la ville de Paris devenue « centre éducatif » et qui allait fermer ses portes.

Sur invitation du gouvernement les journalistes expliquèrent que ce centre accueillerait des jeunes de 18 à 30 ans n’ayant jamais été incarcérés – et n’ayant non plus pas été identifiés sur des zones de conflits. Des jeunes « au stade précoce de rupture ». Comprendre : « le centre accueillera des jeunes qui sont entrés dans une spirale dangereuse, des victimes de rabatteurs sur la Toile ». Plus la presse repartit d’où elle était venue.

Coup de filet

Les gazettes, comme souvent, se désintéressèrent de la suite. Seules quelques-unes suivirent l’affaire, les débuts chaotiques, les peurs des riverains, les gesticulations-contorsions politiques loco-régionales.  Puis vinrent les incidents, les accusations de mensonges : quelques-uns des jeunes hébergés dans le vieux château avaient déjà dépassé « le stade de la rupture ». Il y avait même, parmi eux un « fiché S ». Le château reconverti prenait l’eau. Nous sommes en février 2017 et les grilles du château sont fermées, les tentures tirées, le chauffage éteint.

La Nouvelle République, aujourd’hui, redit l’essentiel dans un encadré :

 « 27 septembre. La présence à Pontourny de David, un homme de 23 ans originaire d’Arras (Pas-de-Calais), est dévoilée. Son tort ? Il est fiché S. Suspecté de velléités de départ vers la Syrie, il fait l’objet d’une condamnation pour violence. Il doit quitter le centre ; 17 janvier. Mustafa Savas, pensionnaire de Pontourny, est arrêté lors d’un coup de filet antiterroriste dans le Bas-Rhin. Il est suspecté d’être proche de la filière djihadiste de Strasbourg, où il aurait côtoyé un des kamikazes du Bataclan ; 9 février. Le dernier « volontaire » de Pontourny quitte la Touraine, condamné par la justice à quatre mois de prison avec sursis pour « violences et apologie du terrorisme » ».

Prosélytisme anti-islam

Quelques gazettes nationales ont été alertées. « L’expérience » est en train de tourner court. Le premier et unique centre de « déradicalisation » de France a perdu mercredi 8 février son dernier pensionnaire, comme le rapporte Europe 1. Une information que franceinfo est en mesure de confirmer. Originaire de l’ouest de la France, le jeune homme en question a été condamné mercredi à quatre mois de prison avec sursis pour violences et apologie du terrorisme, indiquent des sources concordantes à franceinfo.

Des faits commis alors qu’il était hébergé dans un foyer pour mineurs, il y a trois ans. Or, les critères du centre de Pontourny sont stricts : les « bénéficiaires » ne peuvent pas y rester s’ils ont été condamnés pour violences, même de droit commun.  L’individu, présent à l’audience, sera logé à l’hôtel pendant une semaine, le temps de trouver un autre lieu d’hébergement, précise une source proche du dossier.

Selon Europe 1« l’encadrement avait noté qu’il vivait le programme comme du prosélytisme anti-islam et qu’il semblait se radicaliser davantage ». Alors qu’ils n’ont jamais été guère plus de six ou sept dans un centre prévu pour trente places, les jeunes volontaires, âgés de 19 à 30 ans, ont peu à peu quitté le centre. Certains ne sont tout simplement pas revenus d’une permission de week-end, indique une source proche du dossier à franceinfo.

Salle polyvalente de Beaumont-en-Véron

Pontourny fini ? La question est, pour l’instant, en suspens. Vendredi 27 janvier, le nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, excluait toute fermeture, tout en reconnaissant que les « premiers résultats montrent qu’il faut encore continuer à travailler ».

A l’ombre du château-dispensaire certains habitants de Beaumont-en-Véron réclament clairement la fin de l’expérience. L’association « Radicalement digne de Pontourny », hostile au projet depuis toujours, réclame « la fermeture immédiate du centre ». Elle accuse : « L’Etat s’est moqué ouvertement et effrontément de la population bellimontoise en lui mentant constamment sur le profil des pensionnaires accueillis au sein de l’établissement ». Elle dénonce une « gabegie financière sans nom avec deux à trois pensionnaires pour trente encadrants (…). Sans compter quelque dix millions d’euros investis dans ce centre. »

« Radicalement digne de Pontourny » appelle la population bellimontoise, mais aussi chinonaise et du Véron à manifester » à ses côtés, samedi 11 février. Le rendez-vous est fixé pour un départ à 10 h, devant la salle polyvalente de Beaumont-en-Véron. Une précision: le reportage de France Inter ne pourra pas être écouté sur les grandes ondes, désormais sectionnées.

A demain

 

Agir en justice contre le burn out des soignants. Carte nationale des harcèlements hospitaliers

 

Bonjour

Est-ce une première ? Est-ce un signe ? En Touraine un collectif de dix-huit sages-femmes du Pôle Santé Léonard-de-Vinci ont assigné leur employeur devant le juge des référés du TGI de Tours pour « danger immédiat et permanent ». Elles réclament la création de trois postes. L’affaire vient d’être rapportée par La Nouvelle République.

« Problème de sécurité des patients, risque de burn out des soignants : la maternité de la clinique de Chambray-les-Tours est devant la justice. Selon Rose-Lyne Verdier, représentante CGT au pôle santé Léonard-de-Vinci, le malaise couvait depuis décembre 2015. Les sages-femmes ont alerté la direction à plusieurs reprises sur leur manque d’effectif ». Devant l’inertie de leur hiérarchie, dix-huit de ces professionnelles de la naissance, regroupées en collectif, ont décidé de saisir la justice pour « danger immédiat et permanent ». Elles demandent notamment trois embauches supplémentaires ».

L’audience s’est tenue mardi 7 février devant le juge des référés du TGI de Tours. Une décision sera rendue le 21 février.

C’est une première réactualisée : la carte 1 mise à jour des signalements de maltraitance et de harcèlement reçus par l’association Jean-Louis Mégnien. Elle est disponible à l’adresse: http://associationjeanlouismegnien.fr/documentation/. S’y intéresser c’est, immanquablement, s’inquiéter : que se passe-t-il à Château-du-Loir, dans la Sarthe de François Fillon, à Amiens, cité d’Emmanuel Macron, à Bourgoin-Jallieu (Isère), qui vit naître le grand Frédéric Dard. On attend, déjà, la réactualisation de cette carte.

A demain

1 Cette carte fait état de signalements de maltraitance ou de harcèlement. En dehors de quelques exceptions, elle exclut toute condamnation définitive pour ces motifs d’un établissement hospitalier ou d’une personne physique. Il n’en demeure pas moins que les dossiers soumis à l’Association Jean-Louis Mégnien ou dont elle a eu connaissance et qui font l’objet d’un signalement sur cette carte, sont solidement argumentés. Ils s’appuient sur des documents et faits précis s’inscrivant souvent sur une longue période. Ils donnent lieu, pour beaucoup d’entre eux, à des procédures judiciaires en cours, administratives et/ou pénales, en première instance en appel ou en cassation. Les cas signalés ne représentent malheureusement qu’une partie seulement de la réalité des phénomènes de maltraitance et de harcèlement, beaucoup de personnels n’osant se signaler par peur de mesures de rétorsion et des conséquences négatives pour leur avenir professionnel.

En publiant cette carte, le but de l’Association Jean-Louis Mégnien n’est ni de régler de contentieux avec les établissements signalés ni de nuire à une personne physique ou morale. En alertant sur ces dérives managériales, l’association ne fait que remplir son objectif d’information du public sur les phénomènes de maltraitance et de harcèlement, dont l’ampleur ternit l’image de l’hôpital public, constitue une menace pour son avenir et tend à rompre le pacte de confiance du public vis-à-vis de son système de santé.

 

 

Sans un remède politique rapide et brutal, le Jardin de la France sera bientôt un désert médical

 

Bonjour

On savait la Sarthe touchée dans ses profondeurs 1, voici que le mal atteint la belle Touraine voisine. Le diagnostic et porté par La Nouvelle République (Mariella Esvant) qui ose un pronostic doublé d’une cartographie. La Sarthe est atteinte, la Touraine l’est aussi, la lèpre des déserts médicaux avance en zone rurale. Mais elle touche déjà le vieux bastion communiste de Saint-Pierre-de-Corps (quinze mille âmes) qui n’aura bientôt plus un seul spécialiste.

« En Indre-et-Loire, près de la moitié des généralistes libéraux sont âgés de plus de 55 ans, un quart à plus de 60 ans. Des chiffres légèrement en dessous de la moyenne nationale et surtout de la moyenne régionale mais qui recouvrent de grandes disparités. Dans le département, qui affiche une densité médicale moyenne plutôt bonne (94,46 pour 100.000 habitants – contre 91,71 à l’échelon national), « le dépeuplement est très partiel », mais les zones les moins bien dotées sont aussi celles où le nombre de médecins proches de la retraite est le plus important, souligne le Dr Claude Neveur, président du conseil de l’ordre régional et spécialiste de la démographie médicale. »

Digues anti-déserts

Des exemples ? Neuvy-le-Roi, à l’extrême au nord du département, a fait dernièrement la une de l’actualité avec le départ précipité de son unique médecin, arrivé quatre ans plus tôt. Cette commune de 1.200 habitants a mis trois mois à retrouver un praticien. Moins spectaculaire, la lente érosion de la démographie médicale est aussi à l’œuvre aux frontières du département, à Château-Renault, Savigné-sur-Lathan et dans l’un des plus anciens villages de Touraine : Yzeures-sur-Creuse. Aux antipodes du terrain (à Orléans) l’ARS serait (dit-on) sur les dents.

« Dès les années 2000, le conseil de l’Ordre départemental alertait les pouvoirs publics sur les conséquences combinées de la baisse du numerus clausus en 1995 et la pyramide des âges de médecins, rapporte Mariella Esavant. Las. Depuis deux ans, le nombre des inscriptions au conseil de l’ordre ne suffit plus à compenser les départs : seulement 14 arrivées en 2015 et 2016 dans le département pour dix-neuf, puis vingt cessations d’activité. Il aura fallu que la tension devienne palpable, relayée par des maires désemparés, pour que des mesures concrètes soient mises en œuvre. Pour endiguer la désertification qui s’annonce, l’ARS, la faculté de médecine et le conseil de l’Ordre s’activent. »

Praticiens ubérisés

Mais endigue-t-on une désertification ? Lutte-t-on contre le sable ? Apparus en 2013, les contrats « Praticien territorial de médecine générale » appuient financièrement les jeunes médecins qui s’installent dans les zones sous-dotées. Cette herbe verte peine à prendre : huit contrats ont été signés en Indre-et-Loire, dont deux en 2016. Il y a bien, aussi, le « maillage » de la puissante faculté de médecine de Tours. Ou encore, sorties de terre, la dizaine de maisons de santé pluridisciplinaire. On compte même, vaillants comme jamais, des médecins retraités (7% dans le département) qui assurent parfois la continuité en attendant l’arrivée d’un jeune confrère.

Pour autant le sable avance. A quoi rêver qui le ferait reculer ? La fin du paiement à l’acte ? Des praticiens ubérisés ? Des dispensaires pluridisciplinaires comme s’il en pleuvait ?

A demain

1 « Mercato sauvage : les surprenants transferts de médecins roumains dans la Sarthe profonde », Journalisme et santé publique, 4 décembre 2016.

Non, le petit garçon n’avait pas dû, en classe, «baisser son pantalon» : 12.000 € à l’institutrice

 

Bonjour

Toujours suivre ses dossiers. Sans oublier les plus scabreux. La Cour d’appel d’Orléans a, lundi 30 janvier condamné Farida Belghoul pour complicité de diffamation et Dalila Hassan pour diffamation. Ces deux femmes avaient, par vidéo Youtube interposée, relaté un témoignage plus que fumeux. Celui d’une mère tchétchène dont le fils de 4 ans aurait été contraint de baisser son pantalon par l’institutrice tout comme une petite fille de cette école maternelle de La Blotterie, de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire). Les deux enfants auraient été invités par la maîtresse à se toucher les organes génitaux et à se faire des « bisous ».

L’étrange et la haine étaient au rendez-vous et l’affaire avait fait grand bruit dans un pays où l’on parlait « théorie du genre ». C’était il y a, déjà, trois ans : « Excitations sexuelles de parents d’élèves d’une école maternelle au Jardin de la France ».

Dossier scabreux

Dalila Hassan était alors, localement, la « correspondante » des JRE (« Journées de retrait de l’école »), qui avait fait appel à Farida Belghoul, porte-parole du mouvement JRE. Et l’affaire avait localement pris une dimension politique avec campagne pour les élections municipales.

L’affaire avait, avec le plus grand tact, été révélée par La Nouvelle République du Centre Ouest (François Bluteau). Puis les médias nationaux l’avaient traitée – avant de l’oublier. C’est le même quotidien régional qui la clôt.  La Cour d’appel d’Orléans a confirmé la culpabilité de Farida Belghoul pour complicité de diffamation envers l’institutrice et celle de Dalila Hassan pour diffamation. Elle inflige 8.000 € d’amende à Farida Belghoul (contre 5.000 € en première instance) et 2.000 € pour Dalila Hassan (au lieu de 4.000 €). L’avocat général, Jean-Dominique Trippier, avait requis une confirmation du premier jugement.

Au civil, les deux appelantes devaient régler solidairement 12.000 € à l’institutrice par ce jugement du tribunal correctionnel de Tours du 19 mai 2016, au titre du dommage moral. Les parties civiles, lors du procès d’appel, avaient demandé 20.000 € pour le préjudice moral causé à cette enseignante. La Cour le fixe à 15.000 € et à 3.000 € les frais en cause d’appel. Toujours suivre ses dossiers. Sans oublier les plus scabreux.

A demain

Généralistes changez de trottoir ! SOS Médecins débarque dans les cœurs de nos villes

 

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« Etre heureux avant d’être vieux ». Ce ne sont pas les « journaux du soir » mais bien, ce matin, La Nouvelle République qui l’annonce : « A Tours, SOS Médecins se renforce en centre-ville » (Pascal Denis). Marisol Touraine, ministre tutélaire, n’est pas annoncée pour l’inauguration de ce « nouveau pôle médical pluridisciplinaire ». Elle eût pu être présente pour dire bon vent à cette « structure inédite ouverte 24 heures sur 24 » – une entreprise privée qui, si tout se passe bien, pourrait déchargée les urgences publiques, source récurrente de polémique.

C’est un évènement tourangeau mais c’est aussi une première nationale. Trente ans après sa création et douze ans après son installation dans l’enceinte du CHU Bretonneau, l’antenne tourangelle de SOS Médecins innove : elle s’installe au cœur même de la vieille cité de César – galerie des allées Béranger (entrée 19, rue de la Dolve), à deux pas de la mythique place Jean-Jaurès (« place du Palais » pour les intimes).

Première nationale pour les plus modestes

« Pour le réseau d’urgence et de permanence des soins, il s’agit d’un changement de taille. Longtemps confiné dans des locaux étroits et vétustes dans les oubliettes du CHU, le groupement médical disposera désormais d’un vaste plateau de 600 m2, en plein centre-ville, regroupant trois cabinets de médecine générale, un secrétariat ouvert de 8 h à 22 h, mais aussi un service de soins infirmiers et (d’ici quelques semaines) un laboratoire d’analyses biologiques et un cabinet de radiologie-échographie. L’antenne tourangelle de SOS Médecins est ainsi la première en France à proposer à la population un pôle de prise en charge pluridisciplinaire. De surcroît, cette structure inédite assurera une permanence des soins, tous les jours, 24 heures sur 24. »

Pour le Dr Paul Phu, président du groupement SOS Médecins à Tours l’objectif est clair : « Notre volonté est de créer un véritable pôle d’urgence de proximité en centre-ville ». Il évoque, vers le sud de la ville, l’engorgement du service hospitalier au CHU Trousseau et le prochain départ (difficilement compréhensible)  de la réputée clinique Saint-Gatien vers le nord.

En s’installant au cœur de la ville, à l’ombre du Palais de Justice, l’ambition de SOS Médecins est « d’offrir des soins de qualité dans des locaux plus accueillants, notamment pour les patients les plus modestes ». Oui, vraiment, Marisol Touraine eût pu honorer de sa présence une telle entreprise.

A demain

L’étrange histoire de Marisol Touraine en visite dans un « service d’urgence Potemkine »

 

Bonjour

L’affaire couvait, voici qu’elle perce. « La ministre aux urgences : comme un malaise… » titre, à la Une, l’édition dominicale de La Nouvelle République du Centre Ouest (Pascal Denis). La ministre, c’est Marisol Touraine, élue députée d’Indre-et-Loire très fréquemment en visite dans son « fief électoral ». Les urgences, ce sont celles du CHU de Tours où la ministre de la Santé était en visite il y a quelques jours pour savoir ce qu’il en était de la situation hospitalière face à l’épidémie de grippe. Marisol Touraine s’était alors réjouie de la « maîtrise » de la situation tourangelle. Or voici qu’une autre réalité, syndicale, prend le pas sur le satisfecit ministériel. C’est cette réalité que rapporte le quotidien régional :

« En fin de semaine dernière, alors que l’épidémie de grippe semait la panique dans de nombreux hôpitaux saturés, la ministre de la Santé a effectué une visite (surprise et éclair) aux urgences du CHU de Tours pour vérifier que ses consignes étaient bien appliquées. Dans un calme apparent, Marisol Touraine a constaté que la situation était « bien maîtrisée », selon les termes de la directrice, qui avait déclenché quelques heures plus tôt une cellule de crise pour dégager des lits supplémentaires dans les services. Au terme de sa visite, la ministre pouvait donc repartir rassérénée. »

Avant les vœux

La ministre avait fait une halte aux urgences sur le chemin qui la conduisait vers une charmante petite commune de sa circonscription (Reignac) où elle allait présenter ses vœux (et faire quelques confidences) à la population. La Nouvelle République était là :

« Marisol Touraine a fait étape à l’hôpital Trousseau pour constater que la mobilisation avait porté ses fruits et que la situation était effectivement « maîtrisée », selon les termes de la directrice Marie-Noëlle Gérain Breuzard. Elle a aussi pu vérifier que la situation aux urgences du CHU de Tours avait positivement évolué depuis sa dernière visite en 2014.

« A l’époque, la moitié des médecins urgentistes menaçaient de démissionner devant l’engorgement permanent du service. Depuis, un poste de gestionnaire de lit a été nommé au sein de l’établissement et 29 lits supplémentaires ont été créés en médecine communautaire et en unité d’hospitalisation temporaire. « Désormais, le CHU de Tours a des urgences à la hauteur de son activité », s’est réjoui la ministre de la Santé. Qui n’y est sans doute pas pour rien. »

Las, dans les jours qui ont suivi trois syndicats – la CGT, Sud et FO – ont soupçonné et accusé les autorités d’avoir détourné les admissions aux urgences du CHU (Trousseau) vers d’autres établissements afin d’offrir à la ministre une vision tronquée de la réalité quotidienne.

Urgences propres et aseptisées

Résumé de Sud : « Parce que Marisol Touraine vient, on lui vide les urgences. C’était propre, ça sentait bon et c’était aseptisé. Sauf que depuis plusieurs semaines, le temps d’attente était parfois de cinq-six heures sur les brancards ». Analyse partagée par le syndicat CFTC des sapeurs-pompiers d’Indre-et-Loire, qui dénonce lui aussi un véritable « bouchon sanitaire » aux urgences de Trousseau. Statistiques à l’appui, ce syndicat affirme que le délai d’attente des ambulanciers avant prise en charge atteint ou dépasse 45 minutes dans 60 % des cas. Le record s’établit à 5 heures 42. Commentaire de ce syndicat :

« Ce n’est concevable, ni pour les victimes ni pour la continuité des secours. Quand toutes nos ambulances sont bloquées, qui assure les interventions ? Aujourd’hui, nous avons des sapeurs volontaires et des employeurs qui ne veulent plus subir cela. Cela pose un réel problème pour la sécurité civile ». 
Selon le président des pompiers CFTC, la situation aux urgences de Trousseau est loin de s’être améliorée depuis deux ans, contrairement à ce qu’affirment la direction du CHU et la ministre. « La réorganisation interne qui est évoquée, c’est de la poudre aux yeux. J’invite Madame Touraine à nous rencontrer. Elle verra que la réalité du terrain est tout autre », affirme le pompier, qui assure avoir le soutien de sa hiérarchie.
L’impératrice Catherine II

Responsables des urgences du CHU depuis mai 2015, le Pr Saïd Laribi ne conteste pas les problèmes que peuvent rencontrer les pompiers, tout en relativisant les chiffres avancés par la CFTC. « L’an dernier, nous avons enregistré 52.000 passages aux urgences de Trousseau. Ce chiffre est en hausse de 15 % depuis 2013. Actuellement, le temps médian de triage des malades est d’une trentaine de minutes et la moitié des patients sont vus par un médecin dans les deux heures », assure le chef de service, en indiquant qu’un groupe de travail a été créé il y a six mois pour optimiser l’accueil du public.

Où est la stricte vérité ? Les syndicats sont-ils dans le vrai quand ils accusent la direction d’avoir détourné les patients vers d’autres établissements dans les heures qui ont précédé la visite inopinée de la ministre ? Cette dernière voudra-t-elle en savoir plus ?

Difficile, proportion gardée, de ne pas songer aux villages Potemkine. On se souvient peut-être de cette « légende historique » qui veut que de luxueuses façades en carton-pâte aient été érigées (à la demande du ministre russe Grigori Potemkine) afin de masquer la pauvreté des villages lors de la visite de l’impératrice Catherine II. C’était en Crimée, en l’an 1787. On connaît, dans les grandes lignes, la suite.

A demain