Face à Agnès Buzyn, les « servantes écarlates » de la petite maternité condamnée du Blanc

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Gilets Jaunes, territoires et dystopie. « La servante écarlate » (The Handmaid’s Tale) est un roman du tonnerre. Ecrit par Margaret Atwood ,publié en 1985 et traduit en français il y a trente ans. Livre bientôt devenu film  sous le même titre grâce à Volker Schlöndorff avant de trouver la bénédiction commerciale de la série télévisée.

« La religion domine la politique dans un régime totalitaire et où les femmes sont dévalorisées jusqu’à l’asservissement. Elles sont divisées en classes : les Épouses, qui dominent la maison et sont les seules femmes ayant un semblant de pouvoir, les Marthas qui entretiennent la maison et s’occupent aussi de la cuisine, les Éconofemmes, les épouses des hommes pauvres et les Tantes enfin qui forment les Servantes habillées d’amples robes écarlates dont le rôle est la reproduction humaine. Toutes les autres femmes  sont déportées dans les Colonies où elles manipulent des déchets toxiques. Dans ce futur, le taux de natalité est très bas à cause de la pollution et des déchets toxiques de l’atmosphère. Les rares nouveau-nés sont souvent déclarés ‘’ inaptes’’ ».

Où l’on perçoit sans mal la résonance avec l’affaire de la petite maternité (jadis condamnée par Agnès Buzyn) de la petite cité du Blanc (ancien territoire de l’Indre). Et voici que grâce à une mise en scène hier encore impensable, l’affaire prend soudain une nouvelle dimension politique. On peut en prendre la mesure dans mille et un médias et réseaux – dont Le Figaro (Marie Boetti) :

« Une centaine de membres du collectif créé en réaction à la fermeture de la maternité du Blanc, dans l’Indre, se sont mobilisés ce mercredi au cœur de Paris. Devant l’enceinte du Congrès national des maires et l’Assemblée nationale, ces habitants ont reçu le soutien de plusieurs élus.

 «  C’est dans le silence que le collectif «C pas demain la veille», constitué d’habitants du Blanc dont la maternité est vouée à la fermeture, a manifesté ce mercredi matin devant le Parc des expositions qui accueille le Congrès national des maires à Paris. Vêtues de capes rouges et de bonnets blancs, à l’image du roman de Margaret Atwood. des dizaines de femmes ont défilé sur la place Porte de Versailles. Elles ont ensuite formé un cercle au sein duquel des manifestants se sont allongés, couverts de pancartes en tissu avec des inscriptions telles que ‘’les bébés ne naissent pas dans les choux, mais en sécurité dans notre maternité’’ (…) ».

« Zéro dialogue »

«Il y a zéro dialogue et on ne nous entend pas. Nous avons non seulement l’impression d’être méprisés parce qu’ils ont fermé notre maternité, mais aussi parce qu’ils ont décidé de ne pas nous recevoir. S’ils ne veulent pas venir au Blanc, c’est nous qui allons venir à Paris», a expliqué au Figaro Jérémie Godet, l’un des membres du collectif. Les manifestants n’ont pas pu rentrer dans le Congrès. Ils ont donc mené leur manifestation silencieuse et non-violente devant l’enceinte. Puis, peu après l’Angélus le collectif écarlate s’est dirigé vers l’Assemblée nationale. Avec une supplique : rencontrer Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé qui a, publiquement dénoncé la dangerosité de cette petite maternité.

Supplique restée sans réponse. Le député Maxime Minot (Oise, LR) a dit aux journalistes avoir fait cette demande à plusieurs reprises, mais en vain. La maire du Blanc ne comprend pas ce silence. «Est-ce qu’elle se sent mal et pense que notre combat est juste ? Elle serait alors embêtée d’être en face de nous ? Moi, je commence à me poser la question.» Elle n’est pas la seule. Et cette petite maternité condamnée préfigure peut-être la condamnation prochaine de l’hôpital de Vierzon. Le Figaro :

« Pour Judith, une mère résidant dans la ville du Blanc, la fermeture de la maternité s’apparente à une véritable injustice. ‘’Les femmes (rurales) devraient avoir les mêmes droits que les autres Françaises qui vivent en ville. Parce que nous habitons dans un milieu rural, nous avons l’impression d’être condamnées’’ ». L’affaire est loin d’être terminée . Le collectif « C pas demain la veille » lancera bientôt  « La marche des oreilles» (afin de se faire entendre par Agnès Buzyn et  le gouvernement). Un pèlerinage qui s’achèvera à Paris. Peu avant la Noël.

Gilets Jaunes, territoires et usage politique de la dystopie.

A demain

@jynau

 

 

 

Brutalités : où en sommes-nous arrivés pour faire «évacuer une maternité par la gendarmerie» ?

Bonjour

C’est, en quelques mots, un résumé de notre époque. Les « forces de l’ordre » ont, dans la matinée du 30 novembre 2018, procédé à l’évacuation de la maternité du Blanc (Indre). Cette maternité était occupée depuis une huitaine de jours pour protester contre une décision de fermeture prise par l’État. Les accouchements y étaient suspendus depuis juin, la maternité ayant été jugée « dangereuse » par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

« L’évacuation a débuté vers 4 h 30. Nous étions 70 personnes sur place, dont une dizaine d’enfants », a expliqué à La Nouvelle République  une des occupantes, Laure Courgeau, évoquant « la résistance sans violences mais le corps mou ». Après les forces de l’ordre, la direction managériale de l’hôpital : elle a fait vider les locaux de leur mobilier avant d’en condamner l’accès. Une fois la maternité évacuée, les manifestants se sont dirigés vers l’Hôtel des Impôts (14, rue Jules-Ferry) qu’ils ont occupé à son tour. « L’État ferme la maternité. Nous, on ferme l’Etat. Nos impôts n’ont pas la même valeur que ceux des autres puisque nous ne pouvons plus accoucher à moins de soixante kilomètres de chez nous », a résumé Laure Courgeau au quotidien régional. Contactée à plusieurs reprises, la préfecture de l’Indre (Châteauroux)  n’a pas fait de commentaire.

« Nous avons droit à un gros déploiement de forces de l’ordre comme réponse de l’État, a commenté Wilfried Robin, adjoint au maire du Blanc et occupant de la maternité. C’est scandaleux alors que nous sommes pacifiques et non violents et que nous avons pris soin de maintenir les locaux en l’état ». Il y a deux semaines, Agnès Buzyn avait invoqué les « très mauvaises pratiques » mises au jour dans un « audit » très contesté dans sa méthode même. Aujourd’hui le collectif d’habitants à l’initiative de l’occupation souhaite, comme les élus locaux et les habitants, rencontrer la ministre de la Santé. « On veut un vrai dialogue avec l’État. Tout ce qu’on a eu jusqu’à présent, ce sont les CRS. »

Déserts en série

Quelle sera, demain, la « pression médiatique » qui permettra d’établir ce « vrai dialogue » avec l’Etat ? Un sujet traité par Arrêt sur Images : (Daniel Schneidermann )

« Apparemment l’expulsion s’est passée sans violence. Aussi ne fait-elle pas l’ouverture des journaux radio du matin. Avec quelques incidents, quelques belles photos, on en aurait parlé davantage. Mais Le Blanc (Indre), c’est loin de tout. L’expulsion par la gendarmerie de femmes qui occupent leur maternité menacée de fermeture, ça ne mobilise pas les medias parisiens. Surtout si elle se déroule sans violences. Pourquoi en parler ici, sur un site consacré aux medias ? Parce que les medias nationaux s’en fichent. Il y a un suivisme des sujets que tout le monde traite en même temps. Il y a aussi un suivi des sujets que personne ne traite. Les medias n’en parlent que lorsque soixante maires locaux démissionnent, accrochent les portraits de Macron aux grilles, ou que les habitantes manifestent, déguisées en servantes écarlates.

 Le processus de fermeture va donc se poursuivre dans l’indifférence générale. Malgré les visites, le week-end dernier, de Benoit Hamon et de Philippe Poutou. Malgré le soutien de Jean-Luc Mélenchon. Malgré, surtout, la mobilisation inhabituelle du quotidien régional La Nouvelle République du Centre Ouest (dite la Nounou, à en croire la rumeur locale), qui non seulement suit l’affaire au jour le jour, mais s’est engagée, en fustigeant le « jacobinisme » du ministère de la Santé. »

 « Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la fermeture de cette maternité de treize lits (taux d’occupation 46%) ne serait donc pas une question d’argent, ni de rationalisation des coûts, poursuit Arrêt sur Images. Ce serait une question de sécurité. La ministre de la Santé l’a dit. Le « référent LREM de l’Indre », sans doute très compétent sur la question, l’a répété. Tous deux se fondent sur un audit, publié dans son intégralité par la Nounou. L’impression que l’on retire de cet audit, c’est celle d’une spirale. La désertification de la région du Blanc rend impossible l’organisation de gardes de nuit d’obstétrique. Du coup, on va fermer la maternité du Blanc, ce qui accélérera la désertification de la région du Blanc. Et conduira, un jour, après un  autre audit, à fermer l’hôpital tout entier. Et peut-être, un jour, à fermer la ville entière. »

Et Daniel Schneidermann, en usant de la première personne du singulier, de conclure sur la complexité des rapports entre le journalisme et la santé publique:

« Moins spécialiste de l’obstétrique que « le référent LREM de l’Indre », je ne saurais me prononcer sur le fond de cet audit, qui relève plusieurs manquements à des procédures de sécurité. Je note juste qu’aucun media (à ma connaissance) n’a tenté de savoir si cet audit était fiable, ou bien était un audit – alibi (par exemple en faisant réagir le personnel de la maternité). Au terme d’une rapide web-enquête matinale, je suis donc incapable de dire si la fermeture est justifiée. Le désert médical peut cacher un désert journalistique. »

Au cours des deux dernières décennies, Le Blanc a vécu avec l’arrêt d’une section électrotechnique au lycée de la ville et la fermeture de l’antenne locale de Pôle emploi. Puis l’Hôtel des Impôts a diminué ses horaires d’ouverture et la sous-préfecture ne compte plus qu’une poignée de salariés. Hier l’Etat a fait évacuer la maternité par les forces de l’ordre locales. Et la direction de l’hôpital en a condamné l’accès. Avant que Paris, demain, ne fasse murer l’entrée de ce centre hospitalier ?

A demain

@jynau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Nouvelle République du Centre Ouest part en guerre contre Agnès Buzyn, ministre jacobine

Bonjour

C’est un événement : le réveil brutal d’un quotidien régional habituellement mesuré et trop souvent émollient. « Ce qui ne passe plus avec Mme Buzyn » titre aujourd’hui La Nouvelle République du Centre-Ouest. Un méchant réveil à la lumière de l’annonce de la mort de la maternité du Blanc (Indre) – et de la surprenante révolte qui a suivi l’annonce de ce décès. Une résistance qui, pour le quotidien régional, « met au jour la gestion verticale et jacobine de la ministre de la Santé ». Echos :

 « Nous sommes là parce que nous voulons rencontrer Mme Buzyn afin d’obtenir une nouvelle expertise de notre maternité. Elle sera menée en toute indépendance, par des médecins issus du collectif et du comité de défense ».

« A chaque passage de journalistes les mêmes arguments, désormais éprouvés roulent, peut-on lire dans la ‘’Nounou’’ La décision verticale, technocratique, jacobine en un mot, du ministère de la Santé prise début octobre sur la foi d’un audit jugé mince, indigne. L’ouverture par compensation d’un centre périnatal, gérant l’avant puis l’après-grossesse fait figure de camouflet dans ce territoire enclavé et désormais ouvertement méprisé.

L’assertion de la ministre énoncée le mardi précédent à la radio tourne en boucle sur les réseaux « La maternité du Blanc est dangereuse […] l’audit que j’avais demandé montre de très mauvaises pratiques ». Le ton est froid, professionnel, inémotif [sic] Clinique. »

Et la « Nounou » de recenser la liste des abcès : « Partout la fronde monte Clermont dans l’Oise, Bernay dans l’Eure, Thann et Altkirch en Alsace, la liste et le calendrier des fermetures de ‘’petites’’ maternités s’allongent ces jours derniers. Chaque fois l’argument de la sécurité des patientes et de leurs enfants est avancé, chiffres, statistiques et audits à l’appui. Ces arguments de papier portant le timbre du ministère ne suffisent plus à convaincre les populations et indignent leurs élus. »

Manque de respect au député

Et de citer un élu LREM ivre de colère :

« ‘’Nous ne sommes pas respectés quoique issus du suffrage populaire, l’administration qui ne tient sa légitimité que d’un arrêté de nomination nous balade, fulmine François Jolivet, député LREM de l’Indre. Les Agences régionales de santé, contrairement aux préfets n’ont aucune vision globale et se retrouvent complètement déconnectées des territoires’’. Hors de lui, le parlementaire qui réexprime pourtant son soutien verbal au gouvernement voudrait pouvoir adresser un vote de défiance à la seule ministre de la Santé. Ce ressentiment a conduit les défenseurs de la structure de Bernay à envisager une assignation judiciaire pour dénigrement contre Agnès Buzyn après son passage en Normandie, estimant qu’elle avait porté préjudice à l’établissement autant qu’à son personnel. »

Pour finir on citera l’éditorial signé Denis Daumin :

« La voix d’Agnès Buzyn, neutre, déroule le tableau clinique. « Mauvaises pratiques […] méconnaissance des procédures d’urgence […] cette maternité est dangereuse. » Dans les collines du Blanc, au fond de l’Indre, loin des hauts murs des ministères parisiens l’enregistrement audio tourne en boucle. Viral en somme et presque contagieux.
Au même moment, les Alsaciens de Thann et d’Altkirch, les quasi-Picards de Clermont dans l’Oise, les Jurassiens de Saint-Claude ligués contre la fermeture de leurs hôpitaux de campagne et leurs petites maternités montent au parapet, eux aussi. Jusque devant les tribunaux désormais, pour les Normands de Bernay.


Au-delà des chiffres, des motifs et de l’argumentaire, ce qui heurte, froisse et blesse c’est la manière dont ils sont utilisés. Froide, verticale, jacobine, elle pulvérise d’emblée la petite entreprise de raccommodage avec les territoires, le cocooning des placettes et clochers confiée à l’expérimentée Jacqueline Gourault.

« Entendez-vous dans ces campagnes… » Mais Mme Buzyn a choisi de ne rien entendre. Elle déduit et décompte au terme d’irréprochables et très paramétrées procédures. Elle se promettait tout récemment de mieux faire de la politique. C’est mal parti pour celle qui ne néglige jamais de se placer sous l’étoile tutélaire de Simone Veil. « Elle est experte, elle sait. Point », commente l’urgentiste Patrick Pelloux qui ne l’aime pas beaucoup. On songe à Raymond Aron désabusé par ses échanges avec les futures élites auxquelles il offrait un dernier vernis. « Ils savent tout sur tout. Et rien d’autre. » 

Message clair. Entendre les campagnes de préférence aux territoires. Respecter, écouter, ne pas casser, pour mieux soigner. Agnès Buzyn fera-t-elle le déplacement du Blanc (Indre) ? La maternité y ressuscitera-t-elle ?

A demain

Quatre ans après, un médecin s’est à nouveau suicidé au centre hospitalier de Châteauroux

Bonjour

La tragédie se poursuit. « Le corps sans vie d’un radiologue a été découvert ce mercredi 10 octobre, au petit matin, dans les locaux du centre hospitalier de Châteauroux (Indre). Le praticien a mis fin à ses jours, vient de rapporter La Nouvelle République du Centre Ouest.  « C’était un vrai défenseur du service public et un homme adorable », soupire l’un de ses collègues, des larmes plein les yeux. »

Ce médecin exerçait depuis plus d’une vingtaine d’années dans cet établissement hospitalier. Le quotidien régional précise que ce médecin avait été victime d’un burn out au printemps. « Reconnu et estimé il était de retour à l’hôpital depuis quelques semaines » ajoute-t-il. .

Gil Avérous, maire (LR) de Châteauroux, par ailleurs président du conseil de surveillance du centre hospitalier, a immédiatement réagi : « Mes premières pensées vont à la famille du défunt qui est confrontée à cette terrible épreuve, et à la communauté médicale dont il était un remarquable élément. Il est trop tôt pour commenter le contexte, l’enquête le dira. L’heure est au respect du deuil de la famille , les autres commentaires viendront quand les éléments complémentaires seront connus. » Évelyne Poupet-Sommier, directrice de l’établissement a précisé que tout était mis en place « pour prendre en charge les professionnels médicaux et non médicaux très affectés par ce décès ».

Précédent dramatique

La Nouvelle République rappelle un précédent dramatique : en mars 2014 le Dr Simona Zahan, médecin anesthésiste de 37 ans, avait mis à ses jours en s’injectant une dose mortelle de produits médicaux utilisés au bloc opératoire.

Elle s’était donné la mort dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 mars. A la fin de sa garde. Pas de justification écrite à son geste. «Toujours est-il qu’elle a attendu le moment où il régnait un calme absolu, dans son service, pour s’administrer une dose mortelle de produits, par intraveineuse, dans sa chambre de garde, avait alors rapporté le quotidien. C’est le collègue venu la relever, le dimanche matin, qui a fait la macabre découverte.»

Mise en place immédiate d’une cellule psychologique (sous la direction du chef du service de psychiatrie de l’établissement). «C’est une nouvelle brutale et effrayante, expliquait alors le directeur-adjoint du centre hospitalier. Nous sommes tous choqués. Que dire ? Nous allons tout faire pour apporter le soutien nécessaire au personnel, ainsi qu’à sa famille.»

Agée de 37 ans, le Dr Simona Zahan était mère d’un petit garçon en bas âge. Jusqu’ici praticien contractuel, elle venait tout juste d’obtenir le statut de praticien hospitalier. Elle faisait partie de l’équipe de huit anesthésistes du service de l’hôpital, qui fonctionne par successions de permanences, 24 heures sur 24. «La fonction d’anesthésiste, dans un hôpital, est très exigeante, très exposée, et impose de très grosses responsabilités, observait le directeur-adjoint. Mais elle était une excellente professionnelle, qui répondait parfaitement à la mission qui lui avait été confiée. Nous n’avons connaissance d’aucun conflit ou problème qui aurait pu justifier son acte.»

Conditions de travail ? Problèmes personnels ? Une infirmière du centre hospitalier : «Oui, c’est vrai que c’est un service soumis à un fort rythme. Mais il y a tellement de raisons qui peuvent pousser un être humain à se suicider… Elle était bien insérée professionnellement, respectée et appréciée de ses collègues. Elle était maman, mariée… Elle semblait avoir tout pour être heureuse.» Une enquête fut néanmoins demandée par le parquet.

Inspection du travail

Six mois plus tard, toujours La Nouvelle République du Centre Ouest : «L’inspection du travail met en cause le Centre hospitalier de Châteauroux dans le rapport concernant le suicide d’une anesthésiste survenu en mars dernier. La direction du centre hospitalier se défend avec la plus extrême fermeté.»

L’inspection du travail observe que la semaine précédant son décès, le Dr Zahan avait effectué 78 heures de travail, dont deux gardes de 24 heures, de mardi 11 à mercredi 12 mars, et de samedi 15 à dimanche 16 mars.

«Au terme de l’enquête et de tous les éléments recueillis, nous estimons que le non-respect, par l’employeur, de ses obligations a pu jouer un rôle dans la souffrance ressentie par Mme Zahan, et donc dans son suicide. De plus, même dans l’hypothèse (peu probable compte tenu des circonstances) où les conditions de travail de Mme Zahan n’auraient pas présidé à son geste, il est certain que son état de fatigue physique et mentale a contribué à abolir ou amoindrir ses capacités de discernement et, ainsi, priver MmeZahan de sa capacité à sortir de l’impasse.»

La direction du centre hospitalier s’était défendue: «Les griefs présentés dans ce rapport ne sont pas fondés et sont sans lien avec le suicide du Dr Zahan qui était parfaitement intégrée au sein de l’établissement et qui venait d’être reçue au concours national de praticien hospitalier. L’inspection du travail met gravement en cause la réputation et l’honneur de l’établissement en considérant, sur la base de pures conjectures, que ce dernier a pu jouer un rôle dans le suicide du Dr Zahan. Le centre hospitalier apportera prochainement une réponse argumentée à ce rapport.»

En mars, au lendemain du drame, Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, avait déclaré : «C’est une triste affaire mais, a priori, elle n’aurait aucun lien avec l’hôpital. Cette dame, d’origine roumaine, venait d’être titularisée, ce qui était plutôt une bonne nouvelle. En revanche, on croit savoir qu’elle se sentait loin de chez elle et qu’elle était mal dans sa peau.»

Il est toujours hasardeux de parler des raisons d’un suicide. Plus encore quand il se produit dans un centre hospitalier et que l’on est ministre de la Santé.

A demain

 

 

Le Blanc : comment transformer une maternité en un établissement pour personnes âgées ?

Bonjour

Soit Le Blanc, sous-préfecture l’Indre arrosée par La Creuse. Un centre hospitalier certifié. Un peu plus de six mille habitants ; une soixantaine d’élus du département qui s’apprêtent à démissionner : ils refusent la fermeture définitive de la maternité (treize lits).  On n’y accouche plus depuis trois mois déjà, faute d’un nombre suffisant de soignants. Le Blanc et la Creuse,  la désertification des petites bourgades, les concentrations médicales dans les grosses villes, la symbolique et l’angoisse de ne pas donner la vie à proximité immédiate de son domicile.

Le Monde (François Béguin) a fait le déplacement jusqu’à cette extrémité symptomatique. Le Blanc située à environ une heure de route de Châtellerault (Vienne), de Poitiers (Vienne) et de Châteauroux (Indre), où se trouvent les maternités les plus proches. Les élus déposeront, jeudi 11 octobre, leur lettre de démission à la préfecture de Châteauroux. Et le dernier quotidien vespéral parisien de rapporter les témoignages, de donner les chiffres qui condamnent la maternité locale comme tant et tant d’autres furent décapitées avant elle. Soit 400 accouchements en 2009 et 255 en 2017.

Le Monde cite un « rapport », publié le 28 septembre, identifiant « plusieurs dysfonctionnements pouvant mettre gravement en jeu la sécurité des prises en charge ». Un document (rendu public par La Nouvelle République) qui a conduit la directrice de l’Agence régionale de santé Centre-Val de Loire à exprimer, vendredi 5 octobre, son « souhait d’une fermeture définitive du site, au profit d’un centre périnatal de proximité ». Refus de la population et des élus qui attendent de la ministre des Solidarités et de la santé Agnès Buzyn, qu’elle renouvelle les moratoires accordés par ses deux prédécesseurs, Xavier Bertrand en 2011, puis Marisol Touraine en 2012. Un temps pré-macronien où Paris cédait encore à la révolte des campagnes.

Mépris des ruraux

Puis Emmanuel Macron devint président et, observe Le Monde,  les élus locaux « enragent de ne pas être entendus ». « Nous sommes dans une situation inédite, avec un gouvernement dont la marque de fabrique est de ne rien céder », déplore Jean-Michel Molls, le président du comité de défense des usagers de l’hôpital. « Nous sentons comme un mépris à l’égard des zones rurales », ajoute Annick Gombert, la maire (PS) – démissionnaire – de la commune.

Comme jadis Libé et les ouvriers de Lip, La Nouvelle République tient la chronique de cette révolte et des manifestations se suivent, sans succès : « Maternité du Blanc : l’histoire du lutte ». « Le 15 septembre, entre 2 000 et 3 000 personnes se sont rassemblées devant la mairie, résume Le Monde. Le 28, une cinquantaine d’élus ont accroché des portraits officiels du chef de l’Etat aux grilles de la sous-préfecture. Devant les caméras, certains ont même brûlé des photos d’Emmanuel Macron. ‘’On est en train de franchir une étape dans la colère, les citoyens et les élus se sentent exclus de la République’’, prévient Jean-Paul Chanteguet, qui a été maire (PS) du Blanc pendant trente ans. »

Au Blanc on redoute la suite : la fermeture de la maternité annonçant la mort du service de chirurgie, des urgences et, à terme, de l’école d’infirmières, « le seul établissement de formation post-bac de la ville ». Fermeture de l’hôpital et naissance d’un gros EHPAD au sein d’un désert médical. Pour l’heure, à l’entrée de l’hôpital, un panneau désespéré : « Liberté, égalité, maternité de proximité ».

A demain

 

Le spritz de Campari : comment faire un succès alcoolisé à partir d’une tache d’huile d’Italie ?

Bonjour

Loi Evin ou pas, avez-vous observé le nombre des publicités agressives réclamant de consommer au plus vite des boissons alcooliques anisées d’origine industrielle ? C’est là une convergence publicitaire qui fait suite à celle incitant à la consommation intensive de bières durant la Coupe du monde de football. Autre sujet d’actualité, dans l’ombre du mojito, le « spritz », raconté par l’AFP et repris dans les pages d’été de nombre de quotidiens.

Prosecco, de l’eau de Seltz et association alcoolisée plus ou moins amère : Campari (Spritz bitter) ou Aperol,(Spritz dolce ou Aperol Spritz). Sans oublier une rondelle de citron, d’orange ou d’orange sanguine ainsi – le cas échéant – qu’une olive.

A chaque marque il faut une histoire. Elle commencerait, ici, à l’occupation autrichienne dans le nord-est de l’Italie, au XIXe siècle. Quand un vin n’était pas très bon (ou qu’il faisait chaud) les soldats, dit-on, l’allongeaient avec de l’eau pétillante. Puis vient l’Aperol® , en 1919, à Padoue : alcool, oranges amères, gentiane et rhubarbe remplacent le vin : l’ancêtre du Spritz est né. Puis, en 2003, le puissant groupe milanais Campari s’empare de la marque Aperol®, alors inconnue en dehors du nord-est de l’Italie.

« Quand nous l’avons achetée, cette marque vendait quelques millions de litres dans trois villes du nord-est de l’Italie : Venise, Padoue et Trévise, où en moyenne chaque habitant buvait cinq spritz par jour », explique Bob Kunze-Concewitz, le patron de Campari – qui compte dans son large portefeuille de spiritueux la marque du même nom, mais aussi des vodkas ou des whiskys.

« ‘’Nous nous sommes rendu compte de son vrai potentiel et nous avons conçu grâce à l’Italie, notre laboratoire, un modèle de développement très précis’’. A chaque fois, le groupe entre dans un quartier d’une ville (choisie pour son potentiel) et collabore avec deux ou trois bars, en offrant une formation intense aux barmen et des événements pour faire déguster le breuvage. Petit à petit, selon une ‘’stratégie de tache d’huile’’, le spritz séduit des consommateurs. »

Puis Campari s’est ensuite attaqué à l’immense secteur international de la grande distribution. « Le groupe a mis le paquet sur la publicité pour casser cette image de boisson juste pour la période estivale. Ensuite, les internautes ont pris le relais. Sur les réseaux sociaux, #Spritz compte plus d’un million de publications Instagram, rapporte l’AFP. Aperol est désormais la marque la plus importante du groupe (13 % des ventes). Elle a connu une croissance de 19,5 % en 2017, avec des hausses de 27 % en France ou 51 % aux États-Unis, et même supérieure à 100 % dans de nouveaux marchés comme la Russie, le Mexique ou le Brésil. Au premier semestre 2018, les ventes ont encore progressé de 24,7 %. Aperol vise une croissance encore à deux chiffres dans les prochaines années. »

Face à Instagram et à la « stratégie de la tache d’huile » que reste-t-il, aujourd’hui, de la loi Evin ?

A demain

Rugby : les Gros Pardessus auront-ils le courage d’interdire les plaquages thoraciques ?

Bonjour

Le hasard n’est-il, tout bien pesé, qu’une fatalité déguisée ? Le jour où cinq présidents gardaient le silence aux obsèques de Louis Fajfrowski, la World Rugby annonçait qu’elle autorisait l’expérimentation, dès cette saison, deux nouvelles règles du jeu dont « l’objectif est de préserver la santé du joueur » (sic).

Ces deux nouvelles règles sont le fruit de plusieurs mois de réflexions menées avec « tous les acteurs du rugby » au sein d’un « Observatoire médical ». Ces deux nouvelles règles « expérimentales » sont les suivantes :

« Introduction du « carton bleu » dans les championnats professionnels entraînant une sortie immédiate des joueurs présentant un signe évident de commotion cérébrale et le remplacement du joueur (sans limitation) ;

« Possibilité de remplacer tout joueur blessé, quel que soit son poste, par un joueur déjà sorti pour raison tactique (dans la limite de 4 joueurs par équipe). Auparavant, cette règle ne concernait que les joueurs de 1re ligne. »

Dans le cadre de cette dérogation une étude spécifique sera mise en place, destinée à suivre l’application de cette expérimentation.

Colosses qui se tamponnent

L’annonce tombe donc à point nommé pour répondre aux critiques virulentes de certains spécialistes comme le Pr Jean Chazal, neurochirurgien, très alarmiste sur les dangers que le rugby d’aujourd’hui fait courir aux joueurs et qui a justement été exclu pour cette raison du comité médical de la Fédération française de rugby. précise La Nouvelle République (Caroline Devos). Pour le Pr Chazal « le problème, c’est que les mesures prises sont des mesures qui interviennent en aval des commotions cérébrales ». « Je ne veux pas faire de polémique, précise-t-il. La Fédération et la Ligue ont beaucoup travaillé. Mais ces mesures n’agissent pas sur la cause des accidents. La cause, c’est que les joueurs sont surdimensionnés. Quand ils sont blessés, la médecine les répare et on les renvoie au feu. »

D’autres spécialistes expriment même plus clairement la question des méthodes employées par les joueurs pour gagner de la masse musculaire et qui, forcément, flirtent allègrement avec le dopage. L’ancien vice-président de la LNR Patrick Wolff estime ainsi qu’il faut « arrêter les demi-mesures ». « Le rugby n’est pas fait pour devenir un sport spectacle, ajoute-t-il, sûrement pas avec des colosses qui se tamponnent. Il faut être intransigeant dans la lutte antidopage. Il faut définir des règles plus strictes. »   

Fins des placages au dessus des shorts

Les Anglais, eux, ont opté pour un autre changement dans les règles du jeu qui sera expérimenté cette saison dans le championnat outre-Manche : la limitation de la hauteur des plaquages. On estime en effet que 47 % des blessures causées au rugby le sont sur ces phases de jeu. C’est d’ailleurs malheureusement après un plaquage  que le jeune rugbyman d’Aurillac est décédé. »

Les responsables du projet de surveillance des blessures du rugby professionnel, géré conjointement par la Fédération anglaise de rugby, l’Association des joueurs et la Ligue anglaise, avait officiellement transmis en mars dernier une demande à World Rugby afin de prendre des mesures pour limiter les commotions. Leur idée ? Réduire la hauteur des plaquages, qui sont principalement à l’origine de ces blessures.

« Pour étayer sa demande, le groupe explique que le nombre de commotions a nettement augmenté depuis deux ans (15,8 commotions pour 1000 heures de jeu en 2015-16 à 20,9 pour 1000 heures de jeu en 2016-17) et que ces blessures représentent 22% des maux recensés pendant les matches, dont 43% pour les seuls plaqueurs » soulignait alors L’Equipe. Le directeur du service médical de la Fédération anglaise de rugby, Simon Kemp dans The Telegraph :

«Pour faire simple, nous devons éviter les contacts tête contre tête, tête contre genou, tête contre hancheOn veut que le plaqueur entre en contact avec le porteur de balle de sa taille à sa ligne d’épaules. On peut réaliser ce changement de deux manières : soit en changeant la hauteur réglementaire du plaquage, soit en changeant le comportement des joueurs en augmentant la sanction pour les plaquages qui résultent d’un contact avec la tête.»

On peut aussi progresser plus rapidement encore dans le processus de réduction des risques et d’amélioration de la qualité du jeu offert : interdire et sanctionner toute forme de placage « au-dessus du short ».

A demain