Marisol Touraine se veut «bienveillante» à l’égard du gouvernement. Et réciproquement ?

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Bonjour

Bienveillance ? L’ancienne ministre n’a pas, hier, été victime de ce mouvement centrifuge dénommé dégagisme par ceux qui le prônent. « Au final, et parmi les sortants, seule Marisol Touraine paraît [en Indre-et-Loire] sauver la mise, explique La Nouvelle République. Le numéro d’équilibriste de l’ex-ministre de la Santé, entre PS et La République en marche, jugé dangereux il y a encore peu de temps, aura finalement payé. Avec 28,54 % des voix, elle arrive, en effet, en tête de la 3e circonscription, devant l’UDI Sophie Auconie (20,02 %). »

Et le quotidien régional de lire « un certain soulagement », hier soir, dans le regard de l’équilibriste. Et l’ancienne ministre de la Santé des gouvernements Ayrault et Valls de déclarer :

 « Je vais consacrer chaque minute de mon temps à convaincre les Tourangeaux de voter pour une candidature de progrès, d’ouverture et de bienveillance à l’égard d’un gouvernement qui veut travailler. Ma candidature est celle du progressisme face à celle du conservatisme. Les électeurs se sont exprimés, leur vote est clair. Maintenant, au travail ! ».

Progresser vs conserver… On observera que le Dr François-Xavier Decrop (Debout la France), médecin généraliste, a été éliminé (4,00 % des voix).

Le bonheur de mon prochain

Bienveillance ? « Les urnes ont à peine livré leur verdict que, déjà, les tractations commencent, explique encore le quotidien régional (Pierre Calmeilles).  Arrivée deuxième du premier tour, Sophie Auconie, investie par les Républicains et l’UDI, a pris contact avec le collectif local de La République en marche. Objectif : obtenir le soutien des macronistes. Mme Auconie assume pleinement ces tractations. « Nous en avons parlé , confirme-t-elle. Il y a un fort taux d’abstention dans la troisième circonscription, du fait d’un certain nombre de Marcheurs qui ne se sont retrouvés dans aucun des treize candidats. Je ne suis pas certaine que les Marcheurs soient très favorables à Marisol Touraine. En tant que centriste, je suis plus près des valeurs de l’actuel gouvernement qu’elle, qui a été ministre socialiste d’Hollande et de Valls. »

Bienveillance ? Les temps sont difficiles et le terme est redevenu à la mode : « une affection qui vous porte à désirer le bonheur de notre prochain ». On peut ici, avec le Cnrtl, offrir deux citations :

« Je ne suis pas indigne du jour sacré qui se lève pour moi. Je me sens le cœur plein de bienveillance, de paix, d’amour universel. Que ne puis-je de cette mer de bonheur dont je me sens inondé donner au monde une goutte ! (Journal,1849, p. 15).

« (…) que ta première passion soit le mépris des traîtres et la haine des tyrans ; que ta devise soit : protection, amour, bienveillance pour les malheureux, guerre éternelle aux oppresseurs! » (Discours, Sur la guerre, t. 8, 1792, p. 110).

On aura reconnu Michelet et (un peu plus à gauche) Robespierre. On connaît la fin.

A demain

 

Amniocentèse mortelle : seize ans après la justice disculpe l’établissement hospitalier

Bonjour

C’est une histoire triste ; une histoire médicale et juridique; une histoire de notre époque. Le 12 juillet 2001 Mme C., 35 ans et enceinte de trois mois subit une amniocentèse au centre hospitalier de Blois (Loir-et-Cher). Six jours plus tard elle est réadmise en urgence dans le même établissement. Une échographie révèle la mort in utero du fœtus. M. et Mme C., estimant que la perte de ce fœtus était la conséquence d’une faute médicale décident de rechercher la responsabilité du centre hospitalier de Blois devant le tribunal administratif d’Orléans. Ce dernier rejette leur demande par un jugement du 9 février 2012. Confirmation de la cour administrative d’appel de Nantes le 20 juin 2013.

Le couple (qui demandait 110.000 € de dédommagements pour le préjudice qu’ils avaient subi, eux et leurs deux autres enfants) se pourvoit alors en cassation. Selon eux ce préjudice résultait bien d’un défaut d’information sur les risques de l’amniocentèse. Le Conseil d’Etat leur fera droit dans un arrêt du 3 juillet 2015. L’arrêt de la cour administrative d’appel de Nantes du 20 juin 2013 est annulé « en tant qu’il se prononce sur les conclusions de M. et Mme C. tendant à la réparation du préjudice ayant résulté pour eux du manquement du centre hospitalier de Blois à son obligation d’information ».

Effets tératogènes

La plus haute juridiction administrative française estimait que les juges nantais n’avaient pas correctement motivé la raison pour laquelle ils écartaient tout « manquement à l’obligation d’information » de la patiente sur ses risques de fausse couche. L’affaire fut renvoyée à la cour administrative d’appel de Nantes. Que croyez-vous qu’il arriva ? La Nouvelle République vient de l’annoncer : « Amniocentèse mortelle : l’hôpital hors de cause ».

Pour ce second procès à Nantes, les parents maintenaient que le centre hospitalier de Blois avait commis une « faute », dans la mesure où le « caractère indispensable » de l’examen n’était « pas établi ». Il faut toutefois compléter le dossier : en 2001 Mme C. prenait un traitement antiépileptique « connu pour ses effets tératogènes et entraînant un risque de malformation du tube neural du fœtus » ; le risque de malformation (évalué par l’expert à 2 %) était supérieur aux risques de l’amniocentèse, et il n’existait pas d’autre technique pour déceler une éventuelle malformation. Cette amniocentèse était notamment « justifiée par les résultats d’une échographie réalisée le 11 juillet 2001, qui n’avait pas permis de visualiser de manière adéquate le rachis du fœtus ».

Pour sa part la mère maintenait ne « pas avoir été informée du risque de fausse couche », mais seulement du risque de trisomie 21 de son enfant à naître. Il apparaît toutefois qu’elle avait bel et bien « signé un imprimé » le 25 juin 2001 dans lequel elle reconnaissait avoir été informée de tels risques. « Elle reconnaît d’autre part dans ses écritures avoir été informée que les risques de fausse couche […] étaient plus importants que les risques de malformation », font observer les juges de Nantes. Qu’auraient-ils jugé dans la situation inverse ?

A demain

 

 

Marisol Touraine: menacée d’exclusion du Parti socialiste elle devient une candidate satellite

 

Bonjour

C’est le Dr Philipe Chalumeau, responsable macronien d’Indre-et-Loire, qui a eu la formule. Selon lui Marisol Touraine est désormais « considérée comme une candidate satellite ». Entendre en orbite autour du cœur du réacteur de La République en marche. C’est le dernier épisode d’un thriller politique dont on commence à pressentir l’épilogue.

Aujourd’hui c’est Le Figaro qui prend le relais de Libération :  « Législatives : le «double jeu» de Marisol Touraine soulève une fronde au PS ». « La campagne législative avait bien commencé pour Marisol Touraine. La candidate du PS dans la 3e circonscription d’Indre-et-Loire a été épargnée par le parti d’Emmanuel Macron qui n’a pas investi de candidat face à elle, rappelle le quotidien de droite.  Mais elle est aujourd’hui lâchée par ses propres troupes après la publication d’affiches de campagne où elle s’inscrit sous la bannière de la «majorité présidentielle», sans le logo de son parti qui l’a pourtant investie. »

La fédération PS d’Indre-et-Loire réclame désormais l’exclusion de l’ancienne ministre de François Hollande. Pour Francis Gérard, premier secrétaire du PS en Indre-et-Loire Marisol Touraine « a abandonné l’étiquette socialiste en se mettant totalement à la remorque de Macron.» Elle joue « un double jeu en bravant le vote des militants socialistes qui l’avaient désignée, et qui ne se sentent pas représentés par cet opportunisme électoraliste», estime-t-il. A Paris, La République en marche n’a pas de prise de position officielle – mais selon Libération on trouve que les manières de l’ancienne ministre sont « discutables ».

Le beurre et son argent

En écho le médiatique voisin Laurent Baumel député PS (frondeur) «approuve» l’appel d’une soixantaine de militants et de cadres socialistes à voter contre Marisol Touraine et à lui préférer les autres candidats «fidèles aux valeurs de gauche et de l’écologie».  « Si j’avais été dans sa circonscription j’aurais été candidat contre elle, à partir du moment où il y a cette duplicité consistant à ne pas rompre avec le PS officiellement, à réussir à ne pas avoir de candidat La République en marche investi face à elle, puis à se présenter au dernier moment comme une “candidate Macron”, explique Laurent Baumel au Figaro. C’est le beurre et l’argent du beurre, au profit d’un seul objectif : la réélection personnelle. » D’autres voient là une insupportable entourloupe.

Selon la direction du PS, le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis a rappelé à l’ordre personnellement Marisol Touraine, par téléphone, pour souligner l’importance de la solidarité collective. L’intéressée dément et minore la fronde dont elle fait l’objet : « Je n’ai absolument pas eu de rappel à l’ordre de la part de Jean-Christophe Cambadélis, les choses se passent très tranquillement», explique au Figaro l’’ancienne ministre. « Je fais campagne pour Emmanuel Macron, pour que des hommes et des femmes de gauche siègent à l’Assemblée nationale. »

A-t-elle pris, cette fois, le bon chemin ?

A demain

 

Marisol Touraine devient un cas clinique pour les observateurs médiatiques et politiques

La Fédération du Parti socialiste d’Indre-et-Loire a saisi mardi la commission des conflits du PS en vue d’une sanction pouvant aller jusqu’à une exclusion du PS de Marisol Touraine

Bonjour

Cette affiche fait aujourd’hui la Une des médias généralistes. Elle est devenue un triple symbole : de la nécessaire évolution politique, de l’opportunisme ou d’une trahison trop tardive pour être pardonnée. Dans tous les cas le fait est là : jusqu’ici protégée des médias l’ancienne ministre socialiste de la Santé est désormais devenue un cas clinique. Placée en observation jusqu’aux élections législatives. Pronostic très incertain.

 

Sur Slate.fr Jean-Marie Pottier a épinglé Marisol et son affiche dans la catégorie des « candidats mutants ».

« Ministre de la Santé durant les cinq années de la présidence Hollande, elle a gardé l’investiture PS dans l’Indre-et-Loire mais se présente sur son matériel de candidature comme ‘’candidate de la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron’’, écrit-il. Résultat : dans sa circonscription, des militants PS ont décidé de la lâcher et d’appeler à voter pour les candidats écologiste ou France Insoumise, tandis que des militants En Marche! ont fait part de leur ‘’dégoût’’ à l’idée de ne pas avoir de candidat(e). »

Exit les oripeaux socialistes

Dans Libération Lilian Alemagna décrypte l’affiche ligérienne : « Son nom est en bleu ciel. Tout comme la mention ’candidate de la majorité présidentielle avec Emmanuel Macron’’, inscrite sur un liseré jaune. Exit le rose, le vert et tous les oripeaux du Parti socialiste. Marisol Touraine a beau s’être inscrite comme ‘’socialiste’’ en préfecture pour la législative de la 3e circonscription d’Indre-et-Loire, les codes couleur choisis pour son matériel de campagne sont très proches de ceux de La République en marche (LREM). »

Et Marisol Touraine (très critiquée localement et sur les réseaux sociaux pour cette prise de distance avec «l’identité» socialiste) dit à Libération qu’elle «assume» :

«Il n’y a aucune ambiguïté sur le fait que je suis socialiste. Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots ! Dans ce document, je rappelle que je suis une femme de gauche, que je suis candidate avec mon histoire, avec mon bilan, avec mes regrets, mes projets…»

Certes. Mais alors, pourquoi avoir choisi l’étiquette «majorité présidentielle» alors qu’elle n’est pas LREM. C’est, dit-elle, parce qu’elle « assume clairement » d’aider Emmanuel Macron à avoir une « majorité qui soit stable » et «de gauche ». « Assumer ? ». Lequel ? Marisol Touraine veut-elle dire « Prendre sur soi, à son compte, avec toutes les implications de ce qu’on assume » ou « Prendre mais sans le faire sien, c’est-à-dire se donner ou recevoir à titre d’hypothèse comme base d’une recherche d’un raisonnement » ?

Vinaigre local

Dans les deux cas, localement, l’affaire tourne vinaigre. « L’ex-ministre a changé d’étiquette pour s’afficher “ Macron ”. Au PS, on crie “ à la trahison ” et des militants appellent à voter pour d’autres candidats annonce La Nouvelle République (Olivier Pouvreau et Pierre Calmeilles):

« Marisol Touraine a-t-elle trahi le PS, ses militants, ses électeurs ? Jusqu’à vendredi dernier et la clôture des candidatures, elle est restée dans le  »flou  ». Elle se disait toujours au PS, mais regardait avec bienveillance du côté d’Emmanuel Macron et de ses ‘’Marcheurs’’. Puis, comme par hasard, elle n’a pas eu de candidat investi La République en marche face à elle en Lochois, ce qui lui dégage bien le terrain.

« Et ce week-end, surprise, elle sautait le fossé. Ses affiches ne présentent plus le logo à la rose « PS », et s’intitulent  ‘’Majorité présidentielle, avec Emmanuel Macron’’. (…)  Des militants et cadres socialistes de tout le département ont lancé un « appel » aux électeurs du Lochois ‘’à ne pas voter pour Mme Touraine en portant leurs votes sur les candidats fidèles aux valeurs de la gauche et de l’écologie’’. Officiellement, la fédération ne dit mot, mais c’est bien une grande partie du PS qui s’insurge de cette « trahison », dont le député frondeur chinonais Laurent Baumel. Il parle lui-même d’un « opportunisme scandaleux » de Marisol Touraine. » 

Après Libération l’intéressée, repartie en campagne, a parlé au journal local : « Je me suis enregistrée à la préfecture en tant que socialiste, mais je dis clairement que, face au choix qui est devant nous entre être dans la majorité ou dans l’opposition, j’assume être dans la majorité présidentielle. » La suppression du logo PS sur la désormais fameuse affiche ? « C’est un choix. Personne ne m’a rien demandé. » Opportunisme scandaleux? Evolution ? Trahison ?

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PS: La Fédération du Parti socialiste d’Indre-et-Loire a saisi mardi 23 mai la commission des conflits en vue d’une sanction pouvant aller jusqu’à une exclusion du PS de Marisol Touraine

Marisol Touraine ou la stratégie du coucou qui s’entêterait à porter deux casquettes

 

Bonjour

Les aiguilles tournent, la polémique enfle, le piège se referme. En écho à Manuel Valls souffrant le martyr dans sa bonne ville d’Evry, Marisol Touraine fait, à Loches, l’expérience clinique du dynamitage macronien. L’ancien Premier ministre avait renié sa parole pour se précipiter (trop tard) chez Emmanuel Macron. L’ancienne ministre de la Santé se refuse obstinément à choisir un camp, entend porter deux casquettes, se place délibérément dans une position intenable. « Candidate à sa succession en Lochois, elle adopterait la stratégie du coucou : s’installer dans le nid chaud et douillet d’un autre oiseau, explique La Nouvelle République (Olivier Pouvreau). L’ex-ministre veut bien du drapeau tout nouveau tout beau ‘’majorité présidentielle’’ tout en restant au PS. Et cela, les ‘’En Marche !’’ n’en veulent pas. »

Manuel Valls ne peut cacher ce qu’il a aujourd’hui sur le cœur. « Je suis extrêmement lucide sur Macron et son équipe, vient-il de déclarer au Journal du Dimanche dans le salon privé d’un hôtel du 8ème arrondissement de Paris. Hollande est méchant, mais dans un cadre. Macron, lui, est méchant, mais il n’a pas de codes, donc pas de limites. » Marisol Touraine n’est jamais allée aussi loin dans les confidences assassines. Aujourd’hui elle avoue avoir été « bluffée » par un homme qu’elle n’avait pas vu venir. Il y a quelques semaines la ministre parlait d’un véritable « hold-up » politique. Désormais elle salue « la performance » et « l’intelligence tactique » du président de la République.

Swinguer, un mot terriblement daté

Cette évolution dans l’analyse est-elle entendue et appréciée à Paris ? Dans le Lochois c’est peu dire qu’elle passe mal. Jusqu’aux proches de l’ancienne ministre qui disent désormais publiquement qu’elle doit choisir entre le PS et La République en marche. « Marisol Touraine godille et joue la montre pour deux raisons : elle aurait promis de participer à la refondation du PS, et elle n’aurait pas d’atomes crochus avec Emmanuel Macron, fait valoir La Nouvelle République. Son ex-collègue de gouvernement l’avait d’ailleurs renvoyée dans les cordes en avril dernier, lui signifiant qu’il ne la reprendrait pas comme ministre.  Aujourd’hui, en Lochois, il y a une véritable levée de boucliers contre le positionnement et même la personne de l’ex-ministre, qui incarne aussi le bilan Hollande. »

L’ancienne ministre ne semble pas avoir saisi que le « consensus » ne peut plus être ce qu’il fut 1. Que l’on ne peut plus être encartée au PS et membre de la majorité présidentielle. Que certaines phrases sont devenues inaudibles.  Comme lorsqu’elle se présente comme une « refondatrice d’une gauche réformiste et sociale-démocrate qui a sa part à prendre dans la majorité présidentielle » (sic). Pense-t-elle comme un Manuel Valls « immodeste », que l’on a encore besoin d’elle ? On peut le postuler quand on connaît la puissance de l’addiction au pouvoir politique. Mais dès lors comment ne comprend-elle pas que pour avoir une chance de retrouver son « fief » de Loches elle doit aller à Canossa 2 ?

« Je le dis sans ambages ni ambiguïté, je souhaite le succès du nouveau président de la République. Et j’inscris clairement ma candidature dans le cadre d’une majorité présidentielle, avait-elle soudain déclaré à la veille du second tour de l’élection présidentielle. Je suis socialiste, ou sociale-démocrate. Comme vous voulez : aujourd’hui, les mots swinguent un peu. » Marisol Touraine sait-elle que swinguer est, déjà, terriblement daté ?

A demain

1 Sur ce thème on se reportera avec le plus grand intérêt à « L’Illusion du consensus » de Chantal Mouffe (traduction de Pauline Colonna d’Istria) Editions Albin Michel. Ou comment, en démocratie, « s’opposer sans se massacrer ».

2 En référence à la pénitence d’Henri IV du Saint-Empire, l’expression « aller à Canossa » désigne le fait de céder complètement devant quelqu’un, d’aller s’humilier devant son ennemi. L’expression a notamment été employée par Bismarck dans le cadre du Kulturkampf, après que le pape Pie IX ait refusé d’accréditer un ambassadeur allemand, en proclamant le 14 mai 1872 devant le Reichstag : « nous n’irons pas à Canossa ! ».

Blues et survie politique : Marisol Touraine trahira-t-elle le Parti socialiste ?

 

Bonjour

Cinq ans après, l’heure des cartons a sonné. Et Marisol Touraine met son déménagement en scène pour assurer la suite. « Au 7e étage du ministère de la Santé, les baies vitrées s’ouvrent sur un panorama sublime : à gauche, la tour Eiffel ; à droite, les Invalides. Mais l’heure n’est pas à la contemplation, rapporte La Nouvelle République du Centre Ouest (Pascal Denis). Dans les bureaux, on s’active autour des cartons. Entre deux visites dans les services pour faire ses adieux et un ultime déjeuner avec le président de la République, Marisol Touraine expédie les affaires courantes. »

Mise en scène et confidences distillées. La ministre s’est découverte « plus résistante qu’elle ne l’imaginait ».   « Grosse bosseuse, accro au travail » elle a dû apprendre à « respecter (ses) limites » en s’astreignant à une hygiène de vie rigoureuse : « poisson-salade et sport ». Cinq années au front et « fière de son action ». Des « combats incessants » y compris …. avec François Hollande « pour le convaincre de l’urgence de certaines réformes comme la loi sur la fin de vie ou la lutte contre le tabagisme » (sic). Une ombre de regret pour cette « strauss-kahnienne de la première heure » ? Ne pas avoir eu de ministère régalien. Une autre ombre ? « Je regrette que la ligne sociale-démocrate de François Hollande n’ait pas été assumée plus tôt ».

Coup de blues

Une angoisse à l’approche d’une possible retraite prématurée ? « Je viens de vivre un épisode exceptionnel de ma vie. Je m’attends à un coup de blues ». La peur de « ce moment où l’on se retrouve avec du temps pour soi ».
Un espoir ? Retrouver son siège confortable de député de la 3ème circonscription d’Indre-et-Loire : « aujourd’hui, je n’ai qu’un objectif. Le 18 juin. »

Or rien, ici, n’est acquis. Pire : l’ancienne ministre se retrouve prisonnière d’une terrible machinerie. Ses dernières déclarations en faveur du nouveau président de la République ont soudains ému ses anciens camarades. « En Indre-et-Loire l’attitude ambiguë de Marisol Touraine jette le trouble au PS » rapporte La Nouvelle République (Jacques Benzakoun) qui donne la parole au secrétaire fédéral.

Que faire si Marisol Touraine, comme elle l’a elle-même annoncé, part sous les couleurs d’une majorité présidentielle ? « Nous attendons jusqu’à mercredi prochain [17 mai] et les derniers arbitrages pour nous décider, indique-t-il. Mais il est évident qu’elle ne pourra pas partir, au moins au premier tour, sous les deux couleurs. Contrairement à Manuel Valls, elle souhaite conserver l’étiquette PS mais veut revêtir, en même temps, celle de la Majorité présidentielle. Elle entretient une confusion très gênante pour nos militants. Sans compter l’iniquité qui va s’établir avec les autres circonscriptions où les militants socialistes auront, face à eux, des candidats d’En Marche. » Cinq ans après, l’heure du blues va-t-elle sonner ?

A demain

Marisol Touraine aimerait que Macron se souvienne qu’elle appelle à voter pour lui

Bonjour

La ministre partante de la Santé n’avait pas encore parlé. Et puis, quelques minutes après les résultats du premier tour de l’élection présidentielle elle a tweeté : « J’appelle les Français à voter massivement en faveur d’Emmanuel Macron le 7 mai prochain ».

Comme tant d’autres et sans surprise, face à Marine Le Pen, elle justifie son choix. Défendre « nos valeurs démocratiques » et œuvrer pour « l’avenir de la France ». « L’enjeu, ce n’est pas seulement que Emmanuel Macron l’emporte et que Marine Le Pen soit battue, mais c’est qu’elle soit battue le plus largement possible », a insisté la ministre sur France Info.

Loches, cages mouvantes

On observera que Marisol Touraine ne pose aucune condition à son soutien au candidat d’ « En Marche ! ». Pouvait-elle faire autrement ? Pour autant elle lui lance un étrange appel. S’il devait l’emporter au second tour « Emmanuel Macron devra se souvenir que c’est grâce à un large rassemblement qu’il aura pu devenir président de la République ». Elle lui demande aussi d’entendre les voix des « hommes et les femmes de gauche, socialistes, réformistes, progressistes ». Pourquoi ne les entendrait-il pas ?

On connaît la violence extrême qui prévaut, parfois, dans les arènes politiques. Emmanuel Macron se souviendra-t-il de celle qui, aujourd’hui, se prépare à retourner sur le terrain de son ancien « fief électoral » : la 3ème circonscription d’Indre-et-Loire. Centrée sur Loches qui a préféré Fillon. Loches et les terribles cages mouvantes de Louis XI où souffrit durablement Jean de la Balue. Souvenons-nous. Carrière fulgurante. Déchéance. Et retour en grâce en fin de carrière.

A demain