Post mortem aux urgences : l’incompréhensible silence de la direction du CHU de Tours

Bonjour

Il y a quelques jours, pendant quelques minutes, deux morts indignèrent la France : deux morts de nonagénaires dans la salle d’attente des urgences du CHU de Tours. « Ces personnes ont été vues par les infirmiers d’accueil. Elles n’ont pas pu être placées en box pour être examinées médicalement et se voir prodiguer les soins nécessaires suffisamment tôt, avait alors expliqué un infirmier. Elles sont décédées dans une salle d’attente, post-triage, sur des brancards au milieu d’autres personnes qui attendaient d’être prises en charge». Cet infirmier dénonçait alors «un goulot d’étranglement à l’entrée des urgences qui crée un temps d’attente inacceptable».

Mourir en « post-triage » ? Une affaire politiquement proprement insupportable. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé avait alors jugé nécessaire, au vu de l’émotion suscitée par la découverte de ces deux décès, de prendre la parole, parole terrible reprise par France-Bleu  :

« Franchement, évidemment c’est insupportable. Moi même, je me rappelle quand j’étais médecin d’avoir vu des personnes âgées sur les brancards dont personne ne s’occupait. Je sais à quel point les conditions se sont dégradées depuis 10 ou 15 ans.  Ce n’est pas l’arrivée au pouvoir de ce gouvernement, qui fait que tout d’un coup, cela explose. On rabote les moyens de l’hôpital. Il faut revoir qui fait quoi entre la médecine de ville et la médecine hospitalière. Je m’engage à une transformation systémique de notre système de santé. »

Que vaut, ici, l’engagement d’un ministre qui dit parler « franchement », sous le sceau de l’évidence. Ceci, imprimé aujourd’hui même sur le papier et le site de La Nouvelle République (Pascal Denis) :

« Après la consternation suscitée par les décès de deux patientes âgées en moins d’un mois aux urgences de l’hôpital Trousseau, le traumatisme reste grand au sein du CHU de Tours. Pour les personnels soignants concernés comme pour les syndicats, ces deux drames successifs sont révélateurs de la « maltraitance » qui règne aujourd’hui dans ce service, faute de moyens suffisants. »

 La CGT explique que ces trois dernières années, la fréquentation des urgences de Trousseau a augmenté de vingt passages par jour à cent-cinquante prises en charge quotidiennes en moyenne – et ce alors même que l’on ferme des lits d’aval. Le 16 mai dernier, après le « double drame », les personnels des urgences ont déposé un préavis de grève avec le soutien de trois syndicats (CGT, FO, Sud) pour, un grand classique, « faire entendre leurs revendications ». Quelles sont-elles ? Les voici :

1 la dotation de deux postes d’infirmière et d’agent paramédical,

2 la création d’une équipe de brancardage,

3 la présence renforcée d’aides-soignants, d’agents de sécurité (la nuit) et d’agents administratifs (24 h/24).

Au-delà de ces mesures d’urgence, ils exigent également :

4 le remplacement des personnels absents,

5 du matériel fonctionnel,

6 l’ouverture de lits d’aval pour désengorger durablement le service.

 Hier, 22 mai, une réunion a eu lieu avec la direction « sur la base de ces revendications ».  Au final rien, ou presque. Visiblement, les syndicats n’ont pas obtenu les réponses qu’ils souhaitaient. « On nous propose de créer des groupes de travail pour revoir l’organisation du service. Il est à peine question de recréer un poste. Ce sont des petits sparadraps sur des plaies béantes », a expliqué Anita Garnier, infirmière et représentante Sud Santé.

Et La Nouvelle République de préciser que « la direction du CHU de Tours (Marie-Noëlle Gerain-Breuzard)  n’a pas souhaité s’exprimer ». Comme toujours et sans jamais se justifier – en dépit des derniers engagements d’Agnès Buzyn. « Dans l’immédiat, personnels et syndicats ont donc décidé de maintenir leur préavis de grève à compter de ce jeudi 24 mai. Dans les faits, ce mouvement ne devrait pas avoir de répercussions. Assignés au travail, les grévistes auront juste le droit d’exprimer leurs doléances. »

Doléances est le mot. Qui nous renvoie aux cahiers de jadis. Quand le roi gardait le silence. C’était quelques minutes avant la Révolution.

A demain

 

 

 

Deux morts dans l’attente des urgences : l’onde de choc, la réaction politique d’Agnès Buzyn

Bonjour

Accepter ou s’indigner ? Ce sont bien évidemment les réactions d’indignation qui affluent. L’annonce de la mort, de deux personnes de 90 ans, mi-avril et début mai, dans la salle d’attente des urgences du CHU de Tours a rapidement pris une ampleur nationale. On sait aujourd’hui que l’une des deux personnes est restée plus de six heures sur un brancard et la seconde plus de quatre heures.

Un infirmier aux urgences de nuit a déclaré à l’AFP : «Ces personnes ont été vues par les infirmiers d’accueil. Elles n’ont pas pu être placées en box pour être examinées médicalement et se voir prodiguer les soins nécessaires suffisamment tôt. Elles sont décédées dans une salle d’attente, post-triage, sur des brancards au milieu d’autres personnes qui attendaient d’être prises en charge». Cet infirmier dénonce «un goulot d’étranglement à l’entrée des urgences qui crée un temps d’attente inacceptable».

Le Pr Gilles Calais, président de la Commission médicale d’établissement et membre de la direction du CHU de Tours, a déploré également auprès de l’AFP que «ces patientes en détresse médicale importante, grave, soient décédées dans des délais entre 4 et 8 heures après leur admission». « Des patients en fin de vie doivent-ils mourir aux urgences? Non. Il faut réguler les flux en amont, explique-t-il. Nous avons deux cents décès aux urgences chaque année. La majorité surviennent dans ces conditions-là. Ce n’est pas une problématique spécifique au CHU de Tours. »

Droit d’alerte

Localement les soignants hospitaliers dénoncent un manque d’effectif, de moyens et de temps pour s’occuper des patients admis aux urgences.  Anita Garnier, infirmière de nuit à Trousseau, (syndiquée Sud) a résumé à La Nouvelle République sa vision de la situation :

« On dénonce l’impossibilité de prendre en charge correctement les patients dans ce service, qui enregistre en moyenne plus de 150 passages par jour. Des décès aux urgences, il y en a souvent, tous les jours malheureusement, mais ce sont les conditions de la mort de ces deux patients qui ne nous conviennent pas, dans la salle d’attente précisément. « Ces deux défunts n’ont pas eu le droit de mourir dans la dignité, avec un proche à leur côté, dans un box individuel, et n’ont pas pu avoir les soins d’hygiène nécessaires. Nos personnels n’ont pas eu la possibilité de leur offrir cela, à cause du flux et du manque de lits dans une salle bondée. » 

Sud Santé avait déjà, précisément, prévenu des risques aux urgences en déposant le 3 février dernier, un droit d’alerte portant sur les conditions de travail et d’accueil au sein des urgences. Ils dénonçaient alors des salles d’attente bondées, et les possibles conséquences dans la qualité de la prise en charge.

Insupportable

Accepter ou s’indigner ? Le fonctionnement du CHU de Tours est affecté depuis plusieurs mois par une série de mouvement de grève touchant différents services – sur fond de suppression de lits, de restructuration et de tension croissante entre la direction et les syndicats hospitaliers. François Braun, président de Samu-Urgences de France, dénonce une situation inacceptable et appelle justement à une réorganisation du dispositif. « Tout cela montre l’urgence de repenser tout le système, mais pas un petit bout du système., dit-il. Quand vous travaillez aux urgences, c’est pour sauver des gens. Quand il arrive un drame comme celui là, ils sont directement touchés dans leur chair. »

Accepter ou s’indigner ? Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a jugé nécessaire, au vu de l’émotion suscitée par la découverte de ces deux décès, de prendre la parole, parole terrible reprise par France-Bleu  :

« Franchement, évidemment c’est insupportable. Moi même, je me rappelle quand j’étais médecin d’avoir vu des personnes âgées sur les brancards dont personne ne s’occupait. Je sais à quel point les conditions se sont dégradées depuis 10 ou 15 ans.  Ce n’est pas l’arrivée au pouvoir de ce gouvernement, qui fait que tout d’un coup, cela explose. On rabote les moyens de l’hôpital. Il faut revoir qui fait quoi entre la médecine de ville et la médecine hospitalière. Je m’engage à une transformation systémique de notre système de santé. »

La ministre pressent-elle qu’il faudra transformer plus, beaucoup plus, que « notre système de santé » ? Le Comité national nationale d’éthique vient de dénoncer la concentration, la «ghettoïsation» et l’abandon de nombreuses personnes très âgées au sein de notre société. Que pourra, ici, Agnès Buzyn ?

A demain

Mourir, à 90 ans, dans la salle d’attente des urgences d’un CHU. Accepter ou s’indigner ?

 

Bonjour

18 mai 2018. Nouvelle République : « Deux décès de nonagénaires mal vécus aux urgences » (Olivier Pouvreau). Où l’on apprend que deux femmes, âgées l’une et l’autre de 90 ans, viennent de mourir aux urgences du CHU Trousseau de Tours. Mortes dans la salle d’attente des urgences. La première y était venue adressée par un Ehpad de Tours. Elle y est morte dans la nuit du 11 au 12 avril, à minuit. La seconde avait été adressée par un service de soins de la commune voisine de Luynes, décédée à 20 h 45, le 3 mai. « Cela provoque beaucoup d’émotion chez les familles et dans les services, lit-on dans La Nouvelle République. La plaie reste ouverte. »

Le quotidien régional a interrogé le Dr Pierre-François Dequin, chef de pôle. « Nous avons régulièrement des décès aux urgences, malheureusement, explique-t-il. Le service s’est organisé car nous y accueillons de plus en plus de personnes en fin de vie. Il faut accompagner au mieux ces patients qui ont des pathologies lourdes parfois. Il ne serait pas raisonnable de les transférer dans d’autres services. Ces deux événements nous ont marqués, en effet, car ils ont eu lieu en salle d’attente. Ces personnes avaient déjà vu une infirmière de l’organisation de l’accueil. Les personnels et familles sont évidemment meurtris par cette situation. C’est un drame. Nous sommes de tout cœur avec eux.»

Soignants allongés au sol, sur les voies du tramway

Le Dr Dequin rappelle encore que le vieillissement de la population est un problème sociétal important, que l’hôpital n’est qu’un maillon de la chaîne, qu’il lui faut accueillir ces patients, de façon la plus humaine possible, « même si le cadre n’est pas idéal ». Et que son hôpital s’adapte le mieux possible à cette mission nouvelle.

Contactés par le quotidien deux représentants syndicaux du CHU établissaient un lien entre ces décès et « la suppression de lits et postes ». Et s’interrogeaient sur « les conditions de la prise en charge » des personnes. A leurs yeux, mourir en salle d’attente des urgences c’est « difficilement compréhensible ».

18 mai 2018. Nouvelle République : « CHU : ‘’jeudi de la colère’’ ». Où l’on entend le long « cri du cœur » lancé la veille par Anita Garnier, infirmière de nuit aux urgences au CHU Trousseau, syndiquée Sud. Elle s’exprimait devant ses collègues allongés au sol, sur les voies du tramway, place Jean-Jaurès à Tours, comme pour exprimer la mort de leurs métiers :

 « Mes conditions de travail, ça me tue, revenir sur mes congés, ça me tue, voir mes collègues souffrir, la maltraitance institutionnelle, les suppressions de postes, ça me tue, la fermeture des lits, l’attente aux urgences, le marchandising du soin, ça me tue… Le manque de temps auprès des patients, le mépris, les suicides de mes collègues, la pression au travail, les nursings à la chaîne, ça me tue… »

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«Hôpital : silence». Quand la directrice d’un CHRU invite son personnel à ne plus parler 

Bonjour

Jusqu’où ne pas parler dans un établissement hospitalier ? C’est une note de service diffusée le 15 janvier auprès de 8.000 salariés du CHRU de Tours.  Note n° 2018-012 a signée de la directrice générale Marie-Noëlle Gérain-Breuzard. Objet : le « rappel de l’obligation de réserve de tous les agents du service public sur les réseaux sociaux et dans les médias ». Après Le Canard Enchaîné cette missive a attiré l’attention de La Nouvelle République du Centre Ouest (Mariella Esvant). « Une invitation au silence » que les syndicats digèrent mal souligne le quotidien régional.

Que dit la directrice générale ? Elle rappelle, gentiment, que « les agents doivent éviter toute manifestation d’opinion de nature à porter atteinte aux supérieurs hiérarchiques, à dévaloriser l’institution et à nuire à la considération du service public », au risque de « faire l’objet d’une sanction disciplinaire ».

Cette note est motivée par « des constats récents ». « Vise-t-elle expressément un article sur les urgences parus trois jours plus tôt dans la Nouvelle République, comme le pense  Le Canard enchaîné, qui a révélé le document ? Le  témoignage d’une soignante de neurochirurgie le même jour sur TV Tours ? Le  hashtag « Balance ton hosto », qui fleurit sur Twitter ? » demande le quotidien.

« Postures médiatisées »

Réponse de la direction de la communication (sic) : « La direction a souhaité rappeler chacun à ses responsabilités, le devoir de réserve n’empêchant pas les salariés de s’exprimer sur leurs conditions de travail ni la liberté d’expression ». Interdiction de parler tout en ayant, en même temps, le droit de s’exprimer.

Pour les syndicats, spécifiquement visés par un paragraphe qui les met en garde contre tout propos « qui excédent la vivacité de ton », ce message est plutôt le signe du climat de tension. « Il n’y a jamais eu autant de grèves, à Tours [dernière en date, le service de neurochirurgie], et ailleurs », rappelle Véronique Brisacier, de la CGT.

Et La Nouvelle République de se souvenir : lors de la cérémonie des vœux 2017, la directrice dénonçait déjà  « des postures médiatisées véhiculent une image délétère de notre CHU ». Un « hôpital bashing » dont se défendent les deux syndicats, qui prennent d’ailleurs leurs distances avec ce qui circule sur les réseaux sociaux. En lançant la campagne « Fier de mon hôpital », « la direction veut nous emmener sur ce terrain d’opposition, mais nous aussi nous sommes fiers de notre hôpital, réagit Véronique Brisacier. Ce qui nous inquiète, c’est ce que les politiques qui sont menées actuellement vont faire de notre hôpital. »

 « Nous ne sommes ni injurieux ni diffamatoires, nous témoignons des risques liés aux baisses d’effectifs, aux glissements de tâches, des difficultés rencontrées par les soignants, les personnels techniques et administratifs » confie un représentant de Sud. Le CHSCT a d’ailleurs mandaté quatre expertises pour évaluer les conséquences des restructurations dans les services. Face à la note n° 2018-012, Véronique Brisacier se demande : « Est-ce qu’il y a quelque chose à cacher ? » On pourrait presque, si l’on osait, le demander à la directrice générale. Sans savoir, à dire vrai, si elle a le droit de s’exprimer.

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La colère monte dans les EHPAD, Agnès Buzyn accuse la presse d’inquiéter les familles

Bonjour

Une anecdote politique et médiatique signifiante, rapportée par l’AFP : Agnès Buzyn visitait vendredi 26 janvier un EHPAD « relativement bien doté » au sein de l’hôpital gérontologique de Chevreuse (Yvelines). Et soudain la ministre des Solidarités et de la Santé de s’élever contre « Ehpad bashing » : « « Les familles sont inquiètes, je veux les rassurer, il y a une forme d’Ehpad bashing dans la presse, qui pointe des dysfonctionnements ». « Je ne veux pas les nier, ce sont des réalités, mais ce ne sont pas non plus des généralités » a-t-elle cru pouvoir ajouter.

Combien la ministre, ancienne hospitalo-universitaire, a-t-elle visité de ces « Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes » pour être aussi certaine de son fait ?  Que lui a-t-on rapporté, au juste, sur le sujet ? Et comment, journalistes ou pas, les familles pourraient-elles ne pas s’inquiéter ?

La ministre peut d’ailleurs elle aussi être inquiète. Et tout laisse penser qu’elle l’est. Mardi 30 janvier, les personnels des EHPAD  sont appelés à la grève par sept syndicats (CGT, CFDT, FO, UNSA, CFTC, CFE-CGC et SUD) – et ce avec le soutien de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). Des débrayages dans les établissements et des rassemblements sont prévus dans toute la France, dont un devant le ministère de la santé, à Paris. Pour l’heure il n’est pas prévu que les représentants syndicaux y soient reçus, précise Le Monde qui fait sa Une sur le sujet.

Inadmissible

« Il est inadmissible de ne pas prendre en compte la souffrance au quotidien que subissent professionnel, et par là même personnes âgées et familles » commentent les organisations syndicales dans un communiqué publié dimanche 28  janvier et repris avec énergie par SUD. « Nous devons effectuer douze à quinze toilettes par matinée, a témoigné Sandrine Ossart, aide-soignante dans un Ehpad de Nantes et militante CGT, le premier syndicat du secteur lors d’une conférence de presse. Pour le lever, l’habillage et la mise au fauteuil, nous avons dix minutes. A l’école, il nous en fallait quarante.  On sert les aliments mixés parce que ça va plus vite. Les résidents ne sortent plus. Ils font leurs besoins dans leurs protections parce qu’on n’a pas le temps de les accompagner aux toilettes. »

Libé a précédé Le Monde avec, à sa Une : « EHPAD : qui va s’occuper des parents ? ». Et un éditorial :

« Non, la vieillesse n’est pas forcément un naufrage. Tout dépend de la façon dont elle est gérée et surtout accompagnée. Dans une société dite développée, où les moyens ne manquent pas, l’accompagnement des personnes âgées devrait être un impératif non négociable. Une règle de vie. A lire les témoignages publiés dans ces pages, la France n’assume pas le minimum acceptable. Personnel insuffisant et épuisé, structures parfois inadaptées, familles culpabilisées… tout est réuni pour faire imploser le système. Et le vieillissement de la population n’arrange rien à l’affaire.

« Soleil vert » de Richard Fleischer

« C’est d’ailleurs le comble de l’incohérence : on vit dans une société qui ne cesse de repousser la mort, tant mieux ou tant pis, mais qui ne fait rien pour adoucir les dernières années. Ce n’est pas un hasard si l’expression «maison de retraite» a été remplacée par l’acronyme «Ehpad», aussi froid et impersonnel qu’une porte de prison ou un décor du film Soleil vert de Richard Fleischer qui, en 1973, anticipait une société (2022, on n’est pas loin) où les vieux finiraient dans des antichambres de la mort.

Symboliquement, il est d’ailleurs troublant que le personnel des Ehpad se mette en grève au même moment, ou presque, que le personnel pénitentiaire. Même si les contraintes diffèrent, il s’agit dans les deux cas de gérer des lieux où la liberté est entravée. Un travail difficile, plombant, stressant, qui nécessite, pour être vécu correctement, de pouvoir aspirer à intervalles réguliers de grandes goulées d’air libre. Et donc des moyens suffisants. Mais l’idéal reste de finir ses jours chez soi, dans son environnement familier. C’est dans l’aide à domicile qu’il faut aussi mettre des moyens. Les Italiens l’ont compris, eux qui font massivement appel aux immigrés pour prendre soin des plus âgés. Voilà au moins une raison de pousser nos sociétés vieillissantes à se montrer plus accueillantes qu’elles ne le sont aujourd’hui. »

Et Libé, comme Le Monde et divers titres de la presse régionale de multiplier des témoignages de l’insoutenable au quotidien. Cela avait déjà été le cas en novembre 2016 avec des symptômes remarquablement rapportés par La Nouvelle République du Centre Ouest (Mariella Esvant) :  « En Touraine, les Ehpad au bord de la rupture ». Ou en  février 2013 : « L’urine par terre et le reste au mur, façon Lascaux … ».

Usine d’abattage

EHPAD-bashing quand Libé rapporte des témoignages poignants ? Comme celui de cette infirmière :

«Je bâcle. Je bâcle et agis comme un robot en omettant volontairement les transmissions de mes collègues que je considère comme les moins prioritaires pour aller à l’essentiel auprès des 99 vies dont j’ai la responsabilité. J’adore le soin, la relation de confiance avec mes patients, mais je ne travaille pas dans un lieu de vie médicalisé. Je suis dans une usine d’abattage qui broie l’humanité des vies qu’elle abrite, en pyjama ou en blouse blanche.» 

EHPAD-bashing quand la presse de gauche cite le «baromètre de l’absentéisme» ? Un baromètre réalisé par le cabinet de conseil Alma CG et qui précise qu’il atteint dans ces établissements un taux «1,3 fois plus important que la moyenne constatée dans le secteur de la santé» ? Avec un indice de fréquence des accidents du travail «deux fois supérieur à la moyenne nationale toutes activités confondues, supérieur même au monde du bâtiment et des travaux publics». Sans parler des fins de vie, de la mort et des agressivités périphériques.

Agnès Buzyn ? Percevant la fronde elle a obtenu, à l’arraché, de débloquer 50 millions d’euros supplémentaires. «En plus des 100 millions inscrits au budget 2018 de la Sécurité sociale, nous ajoutons 50 millions d’euros qui vont être donnés aux agences régionales de santé pour qu’elles puissent accompagner au cas par cas, en fonction des difficultés, les EHPAD qui souffrent aujourd’hui d’un manque de moyens», a-t-elle claironné sur les ondes. Pour les syndicats : des broutilles. Des syndicats qu’elle ne recevra pas.

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Royal Lactalis : 11 euros par boîte de lait contaminé avec promesse de ne pas porter plainte

 

Bonjour

La vie comme elle va, chez les géants, les familles et les médias. C’est une information de La Nouvelle République . Nous sommes à Saché, à deux pas de Balzac et du père Grandet. Anne-Sophie Cosson, 30 ans,  est la mamam d’Emma, trois mois. « Emma est un bébé qui ne pleure presque jamais, nous dit-on. Pas même lorsqu’elle a eu la diarrhée durant trois semaines, début décembre. » Les parents ont eu très peur. Puis il ont été en colère en apprenant que le  lait donné à leur fille faisait partie des premiers lots soupçonnés d’être contaminés par des salmonelles et rappelés par Lactalis.

Aujourd’hui Anne-Sophie est persuadée que le lait en poudre consommé par sa fille était contaminé par des salmonelles. Des échantillons sont en cours d’analyse dans un laboratoire tourangeau. « Mais la jeune maman de 30 ans souhaite avant tout obtenir des réponses de Lactalis. Elle a adhéré à l’Association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles, créée en décembre, dit le quotidien régional. Près de 500 familles en font partie. »

Prix du silence

Anne-Sophie Cosson va porter plainte dans les prochains jours, quand l’association « aura indiqué la marche à suivre, notamment pour choisir le bon chef d’accusation en fonction de chaque cas ». Les familles s’attendent à plusieurs années de combat juridique. Pas de quoi la faire faire trembler. « Nous affrontons un monstre très puissant, mais un groupe comme Lactalis ne peut pas jouer avec la vie des gens comme çaaffirme-t-elle. Lorsqu’on se dit qu’on a, malgré nous, empoisonné notre bébé, nous sommes en droit d’obtenir des réponses. »

Et le « monstre », que fait-il ? « Depuis quelques jours, certaines familles qui ont porté réclamation à Lactalis reçoivent des courriers leur proposant une offre de dédommagement, contre la promesse qu’elles ne porteront pas plainte contre le groupe » révèle La Nouvelle République. Pour du lait en poudre Picot tel que celui acheté par Anne-Sophie Cosson, le groupe propose de rembourser « 11 euros par boîte ». Dans le commerce, elles étaient vendues 24 euros. La mère d’Emma en avait cinq boîtes. « Lactalis croit-il vraiment que nous allons abandonner notre quête de vérité contre 50 euros ? ». Le prix du silence.

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Quelle peine infliger pour avoir giflé et craché au visage d’un praticien hospitalier ?

Bonjour

C’est une affaire rapportée par La Nouvelle République du Centre Ouest. Nous sommes au centre hospitalier de Blois (Loir-et-Cher) en août 2015. Une jeune femme brésilienne apprend que son père vient d’y mourir. Elle s’en prend alors au chef du service où le décès est survenu.

Selon les témoignages du personnel hospitalier elle aurait menacé le médecin de mort – puis elle l’aurait giflé dans son bureau. « Lorsqu’un cadre de santé, alerté par le bruit, était arrivé, la jeune femme, qui s’était retrouvée au sol, tenait un extincteur. Elle a été prise en charge par des agents de sécurité, rapporte le quotidien des bords de Loire.  Elle a ensuite reconnu la plupart des faits, y compris avoir craché au visage du médecin – à l’exception des menaces de mort. »

Trois mois ferme

Il y a quelques jours cette agresseuse ne s’est pas présentée face au tribunal correctionnel de Blois.  Me Kévin Gomez est intervenu pour défendre les intérêts du professionnel de santé et de l’hôpital. Il  a évoqué les conditions de travail des personnels hospitaliers, confrontés « à des patients et à des accompagnants de plus en plus virulents ». Puis il a réclamé réparation du préjudice moral et matériel – « des lunettes brisées » – du praticien, ainsi qu’un euro symbolique pour le centre hospitalier.

Le substitut du procureur de la République a fait une autre lecture des faits. En dépit du contexte, douloureux, il a estimé qu’ « aucune circonstance » ne pouvait justifier des violences physiques sur le personnel de santé. Il a, en revanche, expliqué que la procédure ne permettait pas de démontrer que des menaces avaient effectivement été proférées. Il a néanmoins requis trois mois de prison ferme contre la jeune femme (dont le casier judiciaire comportait quatre mentions).

Le tribunal a suivi ses réquisitions. Il a en outre condamné la prévenue à verser plus de 1.000 € au médecin au titre de son préjudice moral et matériel – ainsi qu’un euro symbolique à l’hôpital de Blois.

A demain