Cannabis et politique : Marisol Touraine n’est plus « fermée » à une vente « encadrée »

Bonjour

Le début du retour dans un champ politique toujours aussi addictif. Actrice majeure du dernier quinquennat, l’ancienne ministre de la Santé est aujourd’hui dans les colonnes de La Nouvelle République (Pascal Denis). « Depuis les dernières élections présidentielles et sa défaite aux législatives en Indre-et-Loire, Marisol Touraine s’est faite très discrète sur la scène politique, rappelle le quotidien régional. L’ancienne ministre de la Santé a retrouvé les bureaux feutrés du Conseil d’État où elle épluche des projets de lois. Elle parcourt aussi le monde pour conseiller les pays en voie de développement dans le domaine social. A part ça, silence radio (ou presque) sur la situation hexagonale. »

Aujourd’hui elle est sort de sa réserve pour répondre aux questions d’une quarantaine d’élèves du lycée Paul-Louis Courier de Tours. « Durant deux heures, elle s’est livrée à un exercice subtil, alternant cours magistral de politique, commentaires d’actualité et confessions plus personnelles » nous apprend la NR. Un bilan de son action ? L’ancienne ministre de la Santé se dit  particulièrement fière du rééquilibrage des comptes de la Sécurité sociale et de l’instauration du paquet de cigarettes neutre. « Avec un million et demi de fumeurs quotidiens en moins, les résultats sont là », scande-t-elle.

Dépendance

Où l’on voit l’ancienne ministre (qui fut toujours dans le déni de l’apport de la cigarette électronique) attribuer au « paquet neutre » les chiffres avancés par celle qui occupe aujourd’hui ses fonctions ainsi que par le Premier ministre. Des chiffres qui, on le sait, sont hautement discutables. Des chiffres discutés comme le souligne le site des buralistes qui cite notamment François Béguin, journaliste au Monde dans un tweet d’alerte :

« Ce qui est sioux, c’est que les chiffres de @santeprevention englobent les personnes qui ont arrêté de fumer et celles … qui n’ont pas commencé. On ne peut donc pas dire que 600 000 personnes ont arrêté de fumer au cours des six premiers mois 2018 ».

Quittons le sujet tabac. Longuement questionnée par les lycéens sur la légalisation des drogues douces, Marisol Touraine s’est déclarée « assez ouverte » à l’éventualité d’une vente « encadrée » tout en évitant le piège : « Vous ne me ferez pas dire que le cannabis n’est pas néfaste pour la santé ». Autre sujet : que pense-t-elle d’Emmanuel Macron ? Réponse : « Ça dépend des jours et de ce qu’il fait ». Ce qui est autant normand que sioux.

 A demain

@jynau

Urgences et compétences : Agnès Buzyn saura-t-elle «transformer notre système de santé» ?

Bonjour

Tambour battant. Enfin un agenda de ministre des Solidarités et de la Santé. Avant-hier, New Delhi (Inde) pour une réunion du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Hier, entre Vienne et Loire, avec Edouard Philippe, grippés, visite au pas de course d’une « maison de santé pluridisciplinaire et universitaire du Véron », commune d’Avoine, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Tours.

Ce matin, sur France Inter, pour défendre vaille que vaille, son « projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé » ; défendre aussi les vaccins et l’industrie pharmaceutique de même que le « Pauvre Pasteur qui doit se retourner dans sa tombe » ; expliquer (ce qui commence à la fatiguer) pourquoi le vaccin anti-grippal n’est pas très efficace cette année mais pourquoi il faut se faire vacciner ; attaquer frontalement l’organisation actuelle des établissements de l’AP-HP engorgés. Demain, Palais de l’Elysée et conseil des ministres pour la présentation du texte d’une loi qui, peut-être, portera son nom.

Trois poids lourds et deux députés

Cette loi, précisément, cible de multiples critiques médiatiquement exprimées, comme le résume Le Quotidien du Médecin (Anne Bayle-Iniguez). Une loi, cinq titres et vingt-trois articles pour des réformes structurelles (refonte des études médicales, création des projets territoriaux de santé, transformation numérique…), des habilitations à légiférer par ordonnances (recertification, hôpitaux de proximité, régime des autorisations d’activité, etc.) et plusieurs dispositions de « simplification » ou de « sécurisation»  (nouveau recrutement des praticiens à diplôme étranger hors Union européenne etc.). Et deux députés médecins, Stéphanie Rist rhumatologue (LREM, Loiret)  et Thomas Mesnier urgentiste (LREM, Charente), désignés rapporteurs par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale.

« Plusieurs poids lourds du secteur critiquent le fond et la forme du projet de loi » résume Le Quotidien. Dans le « Journal du dimanche », le patron de la FHF, Frédéric Valletoux, vient de cosigner une tribune avec trois anciens ministres, respectivement présidents de l’Association des maires de France et des présidents d’intercommunalité (François Baroin, AMF), de l’Assemblée des départements de France (Dominique Bussereau, ADF) et de l’Association des régions de France (Hervé Morin, ARF). Ils dénoncent le manque de concertation du gouvernement et réaffirment leurs objectifs :  lutte contre la désertification médicale et garantie d’accès aux soins ; fin des « directives nationales technocratiques » ; prise en charge des spécificités territoriales ; développement d’outils, d’incitations et de financement pour une « implantation équitable des services de santé » ; renforcement du service public hospitalier et médico-social et revalorisation de l’attractivité des métiers hospitaliers et médico-sociaux. Des accusations que réfutent, d’un revers de main Edouard Philippe (à Avoine) et Agnès Buzyn (sur France Inter).

Combien de loups ?

D’ores et déjà un autre front de critiques est ouvert : dans  Le Figaro  le Dr Patrick Bouet, président du conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) salue certes une loi qui va « dans le bon sens » – contrairement à la « loi Touraine »  – mais qui reste « très floue », notamment en ce qui concerne l’emblématique « suppression du numerus clausus »,mais pas seulement.

« Comment? Rien n’est dit. Pour l’internat, des critères objectifs de concours vont être remplacés par des critères subjectifs de jury. Comment assurer l’équité? La loi ne répond pas. Sur les assistants médicaux, tout est renvoyé à la négociation conventionnelle. Mais c’est à la loi de dire ce que l’on attend: est-ce un nouveau métier, une super secrétaire, une aide soignante ou une infirmière? Le cadre n’est pas fixé alors que le sujet du temps médical est prioritaire. Le gouvernement veut organiser le système de soins en fonction des territoires. Parfait, c’était une de nos demandes.

Mais, là encore, la loi reste floue voire n’explique pas ce que seront les hôpitaux de proximité, ni les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), ni l’articulation entre les deux. L’exécutif demande à 1,3 million de professionnels de santé de travailler ensemble, à des centaines d’hôpitaux de modifier leur organisation, il faudrait au moins leur donner des informations claires. Sur la téléconsultation, nous aurions voulu que la loi rappelle l’obligation de respecter le parcours de soins, afin que les plateformes n’ouvrent pas la voie à une médecine à deux vitesses. Cela n’y est pas. »

Pourquoi tant et tant de flou ? Combien de loups ? Le président de l’Ordre des médecins estime que le gouvernement « est pris par le temps », la mesure numerus clausus lui imposant d’être « prêt pour la rentrée de septembre ». Il pense d’autre part que ce même gouvernement redoute qu’un texte trop précis n’amène une nouvelle fois, dans le débat parlementaire, « des propositions court-termistes » _ à commencer par la coercition à l’installation des médecins. « Comme cette loi suscite de très grandes attentes chez les professionnels de santé, le risque serait de les décevoir, conclut-il, prophétique. Aujourd’hui, nous sommes tous en phase, le consensus entre les acteurs de santé existe. Mais il est fragile. Attention de ne pas le faire exploser. »

Résumons: attention, risque d’explosions.

A demain

@jynau

 

Sex-shop, justice et «pilules à visées érectiles»: rien ne vaut, au fond, la pharmacie d’officine

Bonjour

Effet placebo vs Justice. Glané dans La Nouvelle République (Julien Coquet) de ce 10 janvier 2019. Il vient d’être condamné par le tribunal correctionnel de Tours à six mois de prison (assortis du sursis) pour avoir illégalement exercé  la profession de pharmacien – sans oublier et une peine d’amende.

Ce gérant d’un sex-shop ligérien aura donc, durant trois ans (entre 2014 et 2017) réussi à vendre « discrètement» des gélules bleues « à visées érectiles » à certains de ses clients. Des produits composés de thiosildenafil aux effets présentés comme pouvant être équivalents  à ceux du principe actif du célèbre Viagra. « Une pratique interdite » souligne La Nouvelle République. Qui ajoute:

« Cachées dans des boîtes à bougies ou des jaquettes de DVD, les pilules « miracle » étaient cédées 10 € l’unité. Une manœuvre pensée pour tenter de résoudre des problèmes financiers, expliquera le gérant du sex-shop aux enquêteurs.  Présentées en boutique comme des compléments alimentaires – elles n’exigeaient donc pas d’autorisation de mise sur le marché –, les gélules, commercialisées depuis La Ciotat par la société Sovae, ont finalement été classées dans la catégorie ‘’ médicaments’’.»

Ces gélules ? Etaient-elles fabriquées en Chine, ou en Californie, comme l’a soutenu un des prévenus lors d’un procès en novembre à Marseille (Bouches-du-Rhône) ? « Ces produits sont sans doute des contrefaçons. Nous n’avons strictement aucune traçabilité ni aucune certitude quant aux matières premières utilisées » a déclaré, à Tours, l’avocat de l’Ordre national des pharmaciens.

Et si  une difficulté sanitaire surgissait ? Et bien il serait tout simplement  impossible de retirer les lots de gélules/pilules concernées.  Or le gérant-vendeur aurait pris des précautions : « Avant la vente, nous prévenions les clients des risques encourus en cas de soucis cardiaques » (une salariée lors de son audition).

Quid de la caisse enregistreuse ? Un revenu de 400 € par mois, répond le gérant qui n’est pas pharmacien. « La bonne foi de monsieur s’arrête dès lors que l’on sort la calculatrice, regrette Pierre Gérard, vice-procureur, écartant la pertinence des chiffres. Quand on se penche sur les chiffres, il en manque ! ».

Des chiffres ? Six mois de prison (assortis du sursis), donc. Le même jour le même tribunal correctionnel de Tours (avec le même vice-procureur) a condamné à la même peine un homme âge de 42 ans ; un homme soupçonné d’avoir eu des gestes inappropriés vis-à-vis de sa nièce, alors âgée de 15 ans. Alcool et jeu « comportant des contacts avec les parties génitales de l’adolescente ». L’oncle ne devra plus tenter d’entrer en contact avec la jeune victime.

A demain

@jynau

Face à Agnès Buzyn, les « servantes écarlates » de la petite maternité condamnée du Blanc

Bonjour

Gilets Jaunes, territoires et dystopie. « La servante écarlate » (The Handmaid’s Tale) est un roman du tonnerre. Ecrit par Margaret Atwood ,publié en 1985 et traduit en français il y a trente ans. Livre bientôt devenu film  sous le même titre grâce à Volker Schlöndorff avant de trouver la bénédiction commerciale de la série télévisée.

« La religion domine la politique dans un régime totalitaire et où les femmes sont dévalorisées jusqu’à l’asservissement. Elles sont divisées en classes : les Épouses, qui dominent la maison et sont les seules femmes ayant un semblant de pouvoir, les Marthas qui entretiennent la maison et s’occupent aussi de la cuisine, les Éconofemmes, les épouses des hommes pauvres et les Tantes enfin qui forment les Servantes habillées d’amples robes écarlates dont le rôle est la reproduction humaine. Toutes les autres femmes  sont déportées dans les Colonies où elles manipulent des déchets toxiques. Dans ce futur, le taux de natalité est très bas à cause de la pollution et des déchets toxiques de l’atmosphère. Les rares nouveau-nés sont souvent déclarés ‘’ inaptes’’ ».

Où l’on perçoit sans mal la résonance avec l’affaire de la petite maternité (jadis condamnée par Agnès Buzyn) de la petite cité du Blanc (ancien territoire de l’Indre). Et voici que grâce à une mise en scène hier encore impensable, l’affaire prend soudain une nouvelle dimension politique. On peut en prendre la mesure dans mille et un médias et réseaux – dont Le Figaro (Marie Boetti) :

« Une centaine de membres du collectif créé en réaction à la fermeture de la maternité du Blanc, dans l’Indre, se sont mobilisés ce mercredi au cœur de Paris. Devant l’enceinte du Congrès national des maires et l’Assemblée nationale, ces habitants ont reçu le soutien de plusieurs élus.

 «  C’est dans le silence que le collectif «C pas demain la veille», constitué d’habitants du Blanc dont la maternité est vouée à la fermeture, a manifesté ce mercredi matin devant le Parc des expositions qui accueille le Congrès national des maires à Paris. Vêtues de capes rouges et de bonnets blancs, à l’image du roman de Margaret Atwood. des dizaines de femmes ont défilé sur la place Porte de Versailles. Elles ont ensuite formé un cercle au sein duquel des manifestants se sont allongés, couverts de pancartes en tissu avec des inscriptions telles que ‘’les bébés ne naissent pas dans les choux, mais en sécurité dans notre maternité’’ (…) ».

« Zéro dialogue »

«Il y a zéro dialogue et on ne nous entend pas. Nous avons non seulement l’impression d’être méprisés parce qu’ils ont fermé notre maternité, mais aussi parce qu’ils ont décidé de ne pas nous recevoir. S’ils ne veulent pas venir au Blanc, c’est nous qui allons venir à Paris», a expliqué au Figaro Jérémie Godet, l’un des membres du collectif. Les manifestants n’ont pas pu rentrer dans le Congrès. Ils ont donc mené leur manifestation silencieuse et non-violente devant l’enceinte. Puis, peu après l’Angélus le collectif écarlate s’est dirigé vers l’Assemblée nationale. Avec une supplique : rencontrer Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé qui a, publiquement dénoncé la dangerosité de cette petite maternité.

Supplique restée sans réponse. Le député Maxime Minot (Oise, LR) a dit aux journalistes avoir fait cette demande à plusieurs reprises, mais en vain. La maire du Blanc ne comprend pas ce silence. «Est-ce qu’elle se sent mal et pense que notre combat est juste ? Elle serait alors embêtée d’être en face de nous ? Moi, je commence à me poser la question.» Elle n’est pas la seule. Et cette petite maternité condamnée préfigure peut-être la condamnation prochaine de l’hôpital de Vierzon. Le Figaro :

« Pour Judith, une mère résidant dans la ville du Blanc, la fermeture de la maternité s’apparente à une véritable injustice. ‘’Les femmes (rurales) devraient avoir les mêmes droits que les autres Françaises qui vivent en ville. Parce que nous habitons dans un milieu rural, nous avons l’impression d’être condamnées’’ ». L’affaire est loin d’être terminée . Le collectif « C pas demain la veille » lancera bientôt  « La marche des oreilles» (afin de se faire entendre par Agnès Buzyn et  le gouvernement). Un pèlerinage qui s’achèvera à Paris. Peu avant la Noël.

Gilets Jaunes, territoires et usage politique de la dystopie.

A demain

@jynau

 

 

 

Brutalités : où en sommes-nous arrivés pour faire «évacuer une maternité par la gendarmerie» ?

Bonjour

C’est, en quelques mots, un résumé de notre époque. Les « forces de l’ordre » ont, dans la matinée du 30 novembre 2018, procédé à l’évacuation de la maternité du Blanc (Indre). Cette maternité était occupée depuis une huitaine de jours pour protester contre une décision de fermeture prise par l’État. Les accouchements y étaient suspendus depuis juin, la maternité ayant été jugée « dangereuse » par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

« L’évacuation a débuté vers 4 h 30. Nous étions 70 personnes sur place, dont une dizaine d’enfants », a expliqué à La Nouvelle République  une des occupantes, Laure Courgeau, évoquant « la résistance sans violences mais le corps mou ». Après les forces de l’ordre, la direction managériale de l’hôpital : elle a fait vider les locaux de leur mobilier avant d’en condamner l’accès. Une fois la maternité évacuée, les manifestants se sont dirigés vers l’Hôtel des Impôts (14, rue Jules-Ferry) qu’ils ont occupé à son tour. « L’État ferme la maternité. Nous, on ferme l’Etat. Nos impôts n’ont pas la même valeur que ceux des autres puisque nous ne pouvons plus accoucher à moins de soixante kilomètres de chez nous », a résumé Laure Courgeau au quotidien régional. Contactée à plusieurs reprises, la préfecture de l’Indre (Châteauroux)  n’a pas fait de commentaire.

« Nous avons droit à un gros déploiement de forces de l’ordre comme réponse de l’État, a commenté Wilfried Robin, adjoint au maire du Blanc et occupant de la maternité. C’est scandaleux alors que nous sommes pacifiques et non violents et que nous avons pris soin de maintenir les locaux en l’état ». Il y a deux semaines, Agnès Buzyn avait invoqué les « très mauvaises pratiques » mises au jour dans un « audit » très contesté dans sa méthode même. Aujourd’hui le collectif d’habitants à l’initiative de l’occupation souhaite, comme les élus locaux et les habitants, rencontrer la ministre de la Santé. « On veut un vrai dialogue avec l’État. Tout ce qu’on a eu jusqu’à présent, ce sont les CRS. »

Déserts en série

Quelle sera, demain, la « pression médiatique » qui permettra d’établir ce « vrai dialogue » avec l’Etat ? Un sujet traité par Arrêt sur Images : (Daniel Schneidermann )

« Apparemment l’expulsion s’est passée sans violence. Aussi ne fait-elle pas l’ouverture des journaux radio du matin. Avec quelques incidents, quelques belles photos, on en aurait parlé davantage. Mais Le Blanc (Indre), c’est loin de tout. L’expulsion par la gendarmerie de femmes qui occupent leur maternité menacée de fermeture, ça ne mobilise pas les medias parisiens. Surtout si elle se déroule sans violences. Pourquoi en parler ici, sur un site consacré aux medias ? Parce que les medias nationaux s’en fichent. Il y a un suivisme des sujets que tout le monde traite en même temps. Il y a aussi un suivi des sujets que personne ne traite. Les medias n’en parlent que lorsque soixante maires locaux démissionnent, accrochent les portraits de Macron aux grilles, ou que les habitantes manifestent, déguisées en servantes écarlates.

 Le processus de fermeture va donc se poursuivre dans l’indifférence générale. Malgré les visites, le week-end dernier, de Benoit Hamon et de Philippe Poutou. Malgré le soutien de Jean-Luc Mélenchon. Malgré, surtout, la mobilisation inhabituelle du quotidien régional La Nouvelle République du Centre Ouest (dite la Nounou, à en croire la rumeur locale), qui non seulement suit l’affaire au jour le jour, mais s’est engagée, en fustigeant le « jacobinisme » du ministère de la Santé. »

 « Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la fermeture de cette maternité de treize lits (taux d’occupation 46%) ne serait donc pas une question d’argent, ni de rationalisation des coûts, poursuit Arrêt sur Images. Ce serait une question de sécurité. La ministre de la Santé l’a dit. Le « référent LREM de l’Indre », sans doute très compétent sur la question, l’a répété. Tous deux se fondent sur un audit, publié dans son intégralité par la Nounou. L’impression que l’on retire de cet audit, c’est celle d’une spirale. La désertification de la région du Blanc rend impossible l’organisation de gardes de nuit d’obstétrique. Du coup, on va fermer la maternité du Blanc, ce qui accélérera la désertification de la région du Blanc. Et conduira, un jour, après un  autre audit, à fermer l’hôpital tout entier. Et peut-être, un jour, à fermer la ville entière. »

Et Daniel Schneidermann, en usant de la première personne du singulier, de conclure sur la complexité des rapports entre le journalisme et la santé publique:

« Moins spécialiste de l’obstétrique que « le référent LREM de l’Indre », je ne saurais me prononcer sur le fond de cet audit, qui relève plusieurs manquements à des procédures de sécurité. Je note juste qu’aucun media (à ma connaissance) n’a tenté de savoir si cet audit était fiable, ou bien était un audit – alibi (par exemple en faisant réagir le personnel de la maternité). Au terme d’une rapide web-enquête matinale, je suis donc incapable de dire si la fermeture est justifiée. Le désert médical peut cacher un désert journalistique. »

Au cours des deux dernières décennies, Le Blanc a vécu avec l’arrêt d’une section électrotechnique au lycée de la ville et la fermeture de l’antenne locale de Pôle emploi. Puis l’Hôtel des Impôts a diminué ses horaires d’ouverture et la sous-préfecture ne compte plus qu’une poignée de salariés. Hier l’Etat a fait évacuer la maternité par les forces de l’ordre locales. Et la direction de l’hôpital en a condamné l’accès. Avant que Paris, demain, ne fasse murer l’entrée de ce centre hospitalier ?

A demain

@jynau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Nouvelle République du Centre Ouest part en guerre contre Agnès Buzyn, ministre jacobine

Bonjour

C’est un événement : le réveil brutal d’un quotidien régional habituellement mesuré et trop souvent émollient. « Ce qui ne passe plus avec Mme Buzyn » titre aujourd’hui La Nouvelle République du Centre-Ouest. Un méchant réveil à la lumière de l’annonce de la mort de la maternité du Blanc (Indre) – et de la surprenante révolte qui a suivi l’annonce de ce décès. Une résistance qui, pour le quotidien régional, « met au jour la gestion verticale et jacobine de la ministre de la Santé ». Echos :

 « Nous sommes là parce que nous voulons rencontrer Mme Buzyn afin d’obtenir une nouvelle expertise de notre maternité. Elle sera menée en toute indépendance, par des médecins issus du collectif et du comité de défense ».

« A chaque passage de journalistes les mêmes arguments, désormais éprouvés roulent, peut-on lire dans la ‘’Nounou’’ La décision verticale, technocratique, jacobine en un mot, du ministère de la Santé prise début octobre sur la foi d’un audit jugé mince, indigne. L’ouverture par compensation d’un centre périnatal, gérant l’avant puis l’après-grossesse fait figure de camouflet dans ce territoire enclavé et désormais ouvertement méprisé.

L’assertion de la ministre énoncée le mardi précédent à la radio tourne en boucle sur les réseaux « La maternité du Blanc est dangereuse […] l’audit que j’avais demandé montre de très mauvaises pratiques ». Le ton est froid, professionnel, inémotif [sic] Clinique. »

Et la « Nounou » de recenser la liste des abcès : « Partout la fronde monte Clermont dans l’Oise, Bernay dans l’Eure, Thann et Altkirch en Alsace, la liste et le calendrier des fermetures de ‘’petites’’ maternités s’allongent ces jours derniers. Chaque fois l’argument de la sécurité des patientes et de leurs enfants est avancé, chiffres, statistiques et audits à l’appui. Ces arguments de papier portant le timbre du ministère ne suffisent plus à convaincre les populations et indignent leurs élus. »

Manque de respect au député

Et de citer un élu LREM ivre de colère :

« ‘’Nous ne sommes pas respectés quoique issus du suffrage populaire, l’administration qui ne tient sa légitimité que d’un arrêté de nomination nous balade, fulmine François Jolivet, député LREM de l’Indre. Les Agences régionales de santé, contrairement aux préfets n’ont aucune vision globale et se retrouvent complètement déconnectées des territoires’’. Hors de lui, le parlementaire qui réexprime pourtant son soutien verbal au gouvernement voudrait pouvoir adresser un vote de défiance à la seule ministre de la Santé. Ce ressentiment a conduit les défenseurs de la structure de Bernay à envisager une assignation judiciaire pour dénigrement contre Agnès Buzyn après son passage en Normandie, estimant qu’elle avait porté préjudice à l’établissement autant qu’à son personnel. »

Pour finir on citera l’éditorial signé Denis Daumin :

« La voix d’Agnès Buzyn, neutre, déroule le tableau clinique. « Mauvaises pratiques […] méconnaissance des procédures d’urgence […] cette maternité est dangereuse. » Dans les collines du Blanc, au fond de l’Indre, loin des hauts murs des ministères parisiens l’enregistrement audio tourne en boucle. Viral en somme et presque contagieux.
Au même moment, les Alsaciens de Thann et d’Altkirch, les quasi-Picards de Clermont dans l’Oise, les Jurassiens de Saint-Claude ligués contre la fermeture de leurs hôpitaux de campagne et leurs petites maternités montent au parapet, eux aussi. Jusque devant les tribunaux désormais, pour les Normands de Bernay.


Au-delà des chiffres, des motifs et de l’argumentaire, ce qui heurte, froisse et blesse c’est la manière dont ils sont utilisés. Froide, verticale, jacobine, elle pulvérise d’emblée la petite entreprise de raccommodage avec les territoires, le cocooning des placettes et clochers confiée à l’expérimentée Jacqueline Gourault.

« Entendez-vous dans ces campagnes… » Mais Mme Buzyn a choisi de ne rien entendre. Elle déduit et décompte au terme d’irréprochables et très paramétrées procédures. Elle se promettait tout récemment de mieux faire de la politique. C’est mal parti pour celle qui ne néglige jamais de se placer sous l’étoile tutélaire de Simone Veil. « Elle est experte, elle sait. Point », commente l’urgentiste Patrick Pelloux qui ne l’aime pas beaucoup. On songe à Raymond Aron désabusé par ses échanges avec les futures élites auxquelles il offrait un dernier vernis. « Ils savent tout sur tout. Et rien d’autre. » 

Message clair. Entendre les campagnes de préférence aux territoires. Respecter, écouter, ne pas casser, pour mieux soigner. Agnès Buzyn fera-t-elle le déplacement du Blanc (Indre) ? La maternité y ressuscitera-t-elle ?

A demain

Quatre ans après, un médecin s’est à nouveau suicidé au centre hospitalier de Châteauroux

Bonjour

La tragédie se poursuit. « Le corps sans vie d’un radiologue a été découvert ce mercredi 10 octobre, au petit matin, dans les locaux du centre hospitalier de Châteauroux (Indre). Le praticien a mis fin à ses jours, vient de rapporter La Nouvelle République du Centre Ouest.  « C’était un vrai défenseur du service public et un homme adorable », soupire l’un de ses collègues, des larmes plein les yeux. »

Ce médecin exerçait depuis plus d’une vingtaine d’années dans cet établissement hospitalier. Le quotidien régional précise que ce médecin avait été victime d’un burn out au printemps. « Reconnu et estimé il était de retour à l’hôpital depuis quelques semaines » ajoute-t-il. .

Gil Avérous, maire (LR) de Châteauroux, par ailleurs président du conseil de surveillance du centre hospitalier, a immédiatement réagi : « Mes premières pensées vont à la famille du défunt qui est confrontée à cette terrible épreuve, et à la communauté médicale dont il était un remarquable élément. Il est trop tôt pour commenter le contexte, l’enquête le dira. L’heure est au respect du deuil de la famille , les autres commentaires viendront quand les éléments complémentaires seront connus. » Évelyne Poupet-Sommier, directrice de l’établissement a précisé que tout était mis en place « pour prendre en charge les professionnels médicaux et non médicaux très affectés par ce décès ».

Précédent dramatique

La Nouvelle République rappelle un précédent dramatique : en mars 2014 le Dr Simona Zahan, médecin anesthésiste de 37 ans, avait mis à ses jours en s’injectant une dose mortelle de produits médicaux utilisés au bloc opératoire.

Elle s’était donné la mort dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 mars. A la fin de sa garde. Pas de justification écrite à son geste. «Toujours est-il qu’elle a attendu le moment où il régnait un calme absolu, dans son service, pour s’administrer une dose mortelle de produits, par intraveineuse, dans sa chambre de garde, avait alors rapporté le quotidien. C’est le collègue venu la relever, le dimanche matin, qui a fait la macabre découverte.»

Mise en place immédiate d’une cellule psychologique (sous la direction du chef du service de psychiatrie de l’établissement). «C’est une nouvelle brutale et effrayante, expliquait alors le directeur-adjoint du centre hospitalier. Nous sommes tous choqués. Que dire ? Nous allons tout faire pour apporter le soutien nécessaire au personnel, ainsi qu’à sa famille.»

Agée de 37 ans, le Dr Simona Zahan était mère d’un petit garçon en bas âge. Jusqu’ici praticien contractuel, elle venait tout juste d’obtenir le statut de praticien hospitalier. Elle faisait partie de l’équipe de huit anesthésistes du service de l’hôpital, qui fonctionne par successions de permanences, 24 heures sur 24. «La fonction d’anesthésiste, dans un hôpital, est très exigeante, très exposée, et impose de très grosses responsabilités, observait le directeur-adjoint. Mais elle était une excellente professionnelle, qui répondait parfaitement à la mission qui lui avait été confiée. Nous n’avons connaissance d’aucun conflit ou problème qui aurait pu justifier son acte.»

Conditions de travail ? Problèmes personnels ? Une infirmière du centre hospitalier : «Oui, c’est vrai que c’est un service soumis à un fort rythme. Mais il y a tellement de raisons qui peuvent pousser un être humain à se suicider… Elle était bien insérée professionnellement, respectée et appréciée de ses collègues. Elle était maman, mariée… Elle semblait avoir tout pour être heureuse.» Une enquête fut néanmoins demandée par le parquet.

Inspection du travail

Six mois plus tard, toujours La Nouvelle République du Centre Ouest : «L’inspection du travail met en cause le Centre hospitalier de Châteauroux dans le rapport concernant le suicide d’une anesthésiste survenu en mars dernier. La direction du centre hospitalier se défend avec la plus extrême fermeté.»

L’inspection du travail observe que la semaine précédant son décès, le Dr Zahan avait effectué 78 heures de travail, dont deux gardes de 24 heures, de mardi 11 à mercredi 12 mars, et de samedi 15 à dimanche 16 mars.

«Au terme de l’enquête et de tous les éléments recueillis, nous estimons que le non-respect, par l’employeur, de ses obligations a pu jouer un rôle dans la souffrance ressentie par Mme Zahan, et donc dans son suicide. De plus, même dans l’hypothèse (peu probable compte tenu des circonstances) où les conditions de travail de Mme Zahan n’auraient pas présidé à son geste, il est certain que son état de fatigue physique et mentale a contribué à abolir ou amoindrir ses capacités de discernement et, ainsi, priver MmeZahan de sa capacité à sortir de l’impasse.»

La direction du centre hospitalier s’était défendue: «Les griefs présentés dans ce rapport ne sont pas fondés et sont sans lien avec le suicide du Dr Zahan qui était parfaitement intégrée au sein de l’établissement et qui venait d’être reçue au concours national de praticien hospitalier. L’inspection du travail met gravement en cause la réputation et l’honneur de l’établissement en considérant, sur la base de pures conjectures, que ce dernier a pu jouer un rôle dans le suicide du Dr Zahan. Le centre hospitalier apportera prochainement une réponse argumentée à ce rapport.»

En mars, au lendemain du drame, Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, avait déclaré : «C’est une triste affaire mais, a priori, elle n’aurait aucun lien avec l’hôpital. Cette dame, d’origine roumaine, venait d’être titularisée, ce qui était plutôt une bonne nouvelle. En revanche, on croit savoir qu’elle se sentait loin de chez elle et qu’elle était mal dans sa peau.»

Il est toujours hasardeux de parler des raisons d’un suicide. Plus encore quand il se produit dans un centre hospitalier et que l’on est ministre de la Santé.

A demain