Mourir, à 90 ans, dans la salle d’attente des urgences d’un CHU. Accepter ou s’indigner ?

 

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18 mai 2018. Nouvelle République : « Deux décès de nonagénaires mal vécus aux urgences » (Olivier Pouvreau). Où l’on apprend que deux femmes, âgées l’une et l’autre de 90 ans, viennent de mourir aux urgences du CHU Trousseau de Tours. Mortes dans la salle d’attente des urgences. La première y était venue adressée par un Ehpad de Tours. Elle y est morte dans la nuit du 11 au 12 avril, à minuit. La seconde avait été adressée par un service de soins de la commune voisine de Luynes, décédée à 20 h 45, le 3 mai. « Cela provoque beaucoup d’émotion chez les familles et dans les services, lit-on dans La Nouvelle République. La plaie reste ouverte. »

Le quotidien régional a interrogé le Dr Pierre-François Dequin, chef de pôle. « Nous avons régulièrement des décès aux urgences, malheureusement, explique-t-il. Le service s’est organisé car nous y accueillons de plus en plus de personnes en fin de vie. Il faut accompagner au mieux ces patients qui ont des pathologies lourdes parfois. Il ne serait pas raisonnable de les transférer dans d’autres services. Ces deux événements nous ont marqués, en effet, car ils ont eu lieu en salle d’attente. Ces personnes avaient déjà vu une infirmière de l’organisation de l’accueil. Les personnels et familles sont évidemment meurtris par cette situation. C’est un drame. Nous sommes de tout cœur avec eux.»

Soignants allongés au sol, sur les voies du tramway

Le Dr Dequin rappelle encore que le vieillissement de la population est un problème sociétal important, que l’hôpital n’est qu’un maillon de la chaîne, qu’il lui faut accueillir ces patients, de façon la plus humaine possible, « même si le cadre n’est pas idéal ». Et que son hôpital s’adapte le mieux possible à cette mission nouvelle.

Contactés par le quotidien deux représentants syndicaux du CHU établissaient un lien entre ces décès et « la suppression de lits et postes ». Et s’interrogeaient sur « les conditions de la prise en charge » des personnes. A leurs yeux, mourir en salle d’attente des urgences c’est « difficilement compréhensible ».

18 mai 2018. Nouvelle République : « CHU : ‘’jeudi de la colère’’ ». Où l’on entend le long « cri du cœur » lancé la veille par Anita Garnier, infirmière de nuit aux urgences au CHU Trousseau, syndiquée Sud. Elle s’exprimait devant ses collègues allongés au sol, sur les voies du tramway, place Jean-Jaurès à Tours, comme pour exprimer la mort de leurs métiers :

 « Mes conditions de travail, ça me tue, revenir sur mes congés, ça me tue, voir mes collègues souffrir, la maltraitance institutionnelle, les suppressions de postes, ça me tue, la fermeture des lits, l’attente aux urgences, le marchandising du soin, ça me tue… Le manque de temps auprès des patients, le mépris, les suicides de mes collègues, la pression au travail, les nursings à la chaîne, ça me tue… »

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«Hôpital : silence». Quand la directrice d’un CHRU invite son personnel à ne plus parler 

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Jusqu’où ne pas parler dans un établissement hospitalier ? C’est une note de service diffusée le 15 janvier auprès de 8.000 salariés du CHRU de Tours.  Note n° 2018-012 a signée de la directrice générale Marie-Noëlle Gérain-Breuzard. Objet : le « rappel de l’obligation de réserve de tous les agents du service public sur les réseaux sociaux et dans les médias ». Après Le Canard Enchaîné cette missive a attiré l’attention de La Nouvelle République du Centre Ouest (Mariella Esvant). « Une invitation au silence » que les syndicats digèrent mal souligne le quotidien régional.

Que dit la directrice générale ? Elle rappelle, gentiment, que « les agents doivent éviter toute manifestation d’opinion de nature à porter atteinte aux supérieurs hiérarchiques, à dévaloriser l’institution et à nuire à la considération du service public », au risque de « faire l’objet d’une sanction disciplinaire ».

Cette note est motivée par « des constats récents ». « Vise-t-elle expressément un article sur les urgences parus trois jours plus tôt dans la Nouvelle République, comme le pense  Le Canard enchaîné, qui a révélé le document ? Le  témoignage d’une soignante de neurochirurgie le même jour sur TV Tours ? Le  hashtag « Balance ton hosto », qui fleurit sur Twitter ? » demande le quotidien.

« Postures médiatisées »

Réponse de la direction de la communication (sic) : « La direction a souhaité rappeler chacun à ses responsabilités, le devoir de réserve n’empêchant pas les salariés de s’exprimer sur leurs conditions de travail ni la liberté d’expression ». Interdiction de parler tout en ayant, en même temps, le droit de s’exprimer.

Pour les syndicats, spécifiquement visés par un paragraphe qui les met en garde contre tout propos « qui excédent la vivacité de ton », ce message est plutôt le signe du climat de tension. « Il n’y a jamais eu autant de grèves, à Tours [dernière en date, le service de neurochirurgie], et ailleurs », rappelle Véronique Brisacier, de la CGT.

Et La Nouvelle République de se souvenir : lors de la cérémonie des vœux 2017, la directrice dénonçait déjà  « des postures médiatisées véhiculent une image délétère de notre CHU ». Un « hôpital bashing » dont se défendent les deux syndicats, qui prennent d’ailleurs leurs distances avec ce qui circule sur les réseaux sociaux. En lançant la campagne « Fier de mon hôpital », « la direction veut nous emmener sur ce terrain d’opposition, mais nous aussi nous sommes fiers de notre hôpital, réagit Véronique Brisacier. Ce qui nous inquiète, c’est ce que les politiques qui sont menées actuellement vont faire de notre hôpital. »

 « Nous ne sommes ni injurieux ni diffamatoires, nous témoignons des risques liés aux baisses d’effectifs, aux glissements de tâches, des difficultés rencontrées par les soignants, les personnels techniques et administratifs » confie un représentant de Sud. Le CHSCT a d’ailleurs mandaté quatre expertises pour évaluer les conséquences des restructurations dans les services. Face à la note n° 2018-012, Véronique Brisacier se demande : « Est-ce qu’il y a quelque chose à cacher ? » On pourrait presque, si l’on osait, le demander à la directrice générale. Sans savoir, à dire vrai, si elle a le droit de s’exprimer.

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La colère monte dans les EHPAD, Agnès Buzyn accuse la presse d’inquiéter les familles

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Une anecdote politique et médiatique signifiante, rapportée par l’AFP : Agnès Buzyn visitait vendredi 26 janvier un EHPAD « relativement bien doté » au sein de l’hôpital gérontologique de Chevreuse (Yvelines). Et soudain la ministre des Solidarités et de la Santé de s’élever contre « Ehpad bashing » : « « Les familles sont inquiètes, je veux les rassurer, il y a une forme d’Ehpad bashing dans la presse, qui pointe des dysfonctionnements ». « Je ne veux pas les nier, ce sont des réalités, mais ce ne sont pas non plus des généralités » a-t-elle cru pouvoir ajouter.

Combien la ministre, ancienne hospitalo-universitaire, a-t-elle visité de ces « Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes » pour être aussi certaine de son fait ?  Que lui a-t-on rapporté, au juste, sur le sujet ? Et comment, journalistes ou pas, les familles pourraient-elles ne pas s’inquiéter ?

La ministre peut d’ailleurs elle aussi être inquiète. Et tout laisse penser qu’elle l’est. Mardi 30 janvier, les personnels des EHPAD  sont appelés à la grève par sept syndicats (CGT, CFDT, FO, UNSA, CFTC, CFE-CGC et SUD) – et ce avec le soutien de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). Des débrayages dans les établissements et des rassemblements sont prévus dans toute la France, dont un devant le ministère de la santé, à Paris. Pour l’heure il n’est pas prévu que les représentants syndicaux y soient reçus, précise Le Monde qui fait sa Une sur le sujet.

Inadmissible

« Il est inadmissible de ne pas prendre en compte la souffrance au quotidien que subissent professionnel, et par là même personnes âgées et familles » commentent les organisations syndicales dans un communiqué publié dimanche 28  janvier et repris avec énergie par SUD. « Nous devons effectuer douze à quinze toilettes par matinée, a témoigné Sandrine Ossart, aide-soignante dans un Ehpad de Nantes et militante CGT, le premier syndicat du secteur lors d’une conférence de presse. Pour le lever, l’habillage et la mise au fauteuil, nous avons dix minutes. A l’école, il nous en fallait quarante.  On sert les aliments mixés parce que ça va plus vite. Les résidents ne sortent plus. Ils font leurs besoins dans leurs protections parce qu’on n’a pas le temps de les accompagner aux toilettes. »

Libé a précédé Le Monde avec, à sa Une : « EHPAD : qui va s’occuper des parents ? ». Et un éditorial :

« Non, la vieillesse n’est pas forcément un naufrage. Tout dépend de la façon dont elle est gérée et surtout accompagnée. Dans une société dite développée, où les moyens ne manquent pas, l’accompagnement des personnes âgées devrait être un impératif non négociable. Une règle de vie. A lire les témoignages publiés dans ces pages, la France n’assume pas le minimum acceptable. Personnel insuffisant et épuisé, structures parfois inadaptées, familles culpabilisées… tout est réuni pour faire imploser le système. Et le vieillissement de la population n’arrange rien à l’affaire.

« Soleil vert » de Richard Fleischer

« C’est d’ailleurs le comble de l’incohérence : on vit dans une société qui ne cesse de repousser la mort, tant mieux ou tant pis, mais qui ne fait rien pour adoucir les dernières années. Ce n’est pas un hasard si l’expression «maison de retraite» a été remplacée par l’acronyme «Ehpad», aussi froid et impersonnel qu’une porte de prison ou un décor du film Soleil vert de Richard Fleischer qui, en 1973, anticipait une société (2022, on n’est pas loin) où les vieux finiraient dans des antichambres de la mort.

Symboliquement, il est d’ailleurs troublant que le personnel des Ehpad se mette en grève au même moment, ou presque, que le personnel pénitentiaire. Même si les contraintes diffèrent, il s’agit dans les deux cas de gérer des lieux où la liberté est entravée. Un travail difficile, plombant, stressant, qui nécessite, pour être vécu correctement, de pouvoir aspirer à intervalles réguliers de grandes goulées d’air libre. Et donc des moyens suffisants. Mais l’idéal reste de finir ses jours chez soi, dans son environnement familier. C’est dans l’aide à domicile qu’il faut aussi mettre des moyens. Les Italiens l’ont compris, eux qui font massivement appel aux immigrés pour prendre soin des plus âgés. Voilà au moins une raison de pousser nos sociétés vieillissantes à se montrer plus accueillantes qu’elles ne le sont aujourd’hui. »

Et Libé, comme Le Monde et divers titres de la presse régionale de multiplier des témoignages de l’insoutenable au quotidien. Cela avait déjà été le cas en novembre 2016 avec des symptômes remarquablement rapportés par La Nouvelle République du Centre Ouest (Mariella Esvant) :  « En Touraine, les Ehpad au bord de la rupture ». Ou en  février 2013 : « L’urine par terre et le reste au mur, façon Lascaux … ».

Usine d’abattage

EHPAD-bashing quand Libé rapporte des témoignages poignants ? Comme celui de cette infirmière :

«Je bâcle. Je bâcle et agis comme un robot en omettant volontairement les transmissions de mes collègues que je considère comme les moins prioritaires pour aller à l’essentiel auprès des 99 vies dont j’ai la responsabilité. J’adore le soin, la relation de confiance avec mes patients, mais je ne travaille pas dans un lieu de vie médicalisé. Je suis dans une usine d’abattage qui broie l’humanité des vies qu’elle abrite, en pyjama ou en blouse blanche.» 

EHPAD-bashing quand la presse de gauche cite le «baromètre de l’absentéisme» ? Un baromètre réalisé par le cabinet de conseil Alma CG et qui précise qu’il atteint dans ces établissements un taux «1,3 fois plus important que la moyenne constatée dans le secteur de la santé» ? Avec un indice de fréquence des accidents du travail «deux fois supérieur à la moyenne nationale toutes activités confondues, supérieur même au monde du bâtiment et des travaux publics». Sans parler des fins de vie, de la mort et des agressivités périphériques.

Agnès Buzyn ? Percevant la fronde elle a obtenu, à l’arraché, de débloquer 50 millions d’euros supplémentaires. «En plus des 100 millions inscrits au budget 2018 de la Sécurité sociale, nous ajoutons 50 millions d’euros qui vont être donnés aux agences régionales de santé pour qu’elles puissent accompagner au cas par cas, en fonction des difficultés, les EHPAD qui souffrent aujourd’hui d’un manque de moyens», a-t-elle claironné sur les ondes. Pour les syndicats : des broutilles. Des syndicats qu’elle ne recevra pas.

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Royal Lactalis : 11 euros par boîte de lait contaminé avec promesse de ne pas porter plainte

 

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La vie comme elle va, chez les géants, les familles et les médias. C’est une information de La Nouvelle République . Nous sommes à Saché, à deux pas de Balzac et du père Grandet. Anne-Sophie Cosson, 30 ans,  est la mamam d’Emma, trois mois. « Emma est un bébé qui ne pleure presque jamais, nous dit-on. Pas même lorsqu’elle a eu la diarrhée durant trois semaines, début décembre. » Les parents ont eu très peur. Puis il ont été en colère en apprenant que le  lait donné à leur fille faisait partie des premiers lots soupçonnés d’être contaminés par des salmonelles et rappelés par Lactalis.

Aujourd’hui Anne-Sophie est persuadée que le lait en poudre consommé par sa fille était contaminé par des salmonelles. Des échantillons sont en cours d’analyse dans un laboratoire tourangeau. « Mais la jeune maman de 30 ans souhaite avant tout obtenir des réponses de Lactalis. Elle a adhéré à l’Association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles, créée en décembre, dit le quotidien régional. Près de 500 familles en font partie. »

Prix du silence

Anne-Sophie Cosson va porter plainte dans les prochains jours, quand l’association « aura indiqué la marche à suivre, notamment pour choisir le bon chef d’accusation en fonction de chaque cas ». Les familles s’attendent à plusieurs années de combat juridique. Pas de quoi la faire faire trembler. « Nous affrontons un monstre très puissant, mais un groupe comme Lactalis ne peut pas jouer avec la vie des gens comme çaaffirme-t-elle. Lorsqu’on se dit qu’on a, malgré nous, empoisonné notre bébé, nous sommes en droit d’obtenir des réponses. »

Et le « monstre », que fait-il ? « Depuis quelques jours, certaines familles qui ont porté réclamation à Lactalis reçoivent des courriers leur proposant une offre de dédommagement, contre la promesse qu’elles ne porteront pas plainte contre le groupe » révèle La Nouvelle République. Pour du lait en poudre Picot tel que celui acheté par Anne-Sophie Cosson, le groupe propose de rembourser « 11 euros par boîte ». Dans le commerce, elles étaient vendues 24 euros. La mère d’Emma en avait cinq boîtes. « Lactalis croit-il vraiment que nous allons abandonner notre quête de vérité contre 50 euros ? ». Le prix du silence.

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Quelle peine infliger pour avoir giflé et craché au visage d’un praticien hospitalier ?

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C’est une affaire rapportée par La Nouvelle République du Centre Ouest. Nous sommes au centre hospitalier de Blois (Loir-et-Cher) en août 2015. Une jeune femme brésilienne apprend que son père vient d’y mourir. Elle s’en prend alors au chef du service où le décès est survenu.

Selon les témoignages du personnel hospitalier elle aurait menacé le médecin de mort – puis elle l’aurait giflé dans son bureau. « Lorsqu’un cadre de santé, alerté par le bruit, était arrivé, la jeune femme, qui s’était retrouvée au sol, tenait un extincteur. Elle a été prise en charge par des agents de sécurité, rapporte le quotidien des bords de Loire.  Elle a ensuite reconnu la plupart des faits, y compris avoir craché au visage du médecin – à l’exception des menaces de mort. »

Trois mois ferme

Il y a quelques jours cette agresseuse ne s’est pas présentée face au tribunal correctionnel de Blois.  Me Kévin Gomez est intervenu pour défendre les intérêts du professionnel de santé et de l’hôpital. Il  a évoqué les conditions de travail des personnels hospitaliers, confrontés « à des patients et à des accompagnants de plus en plus virulents ». Puis il a réclamé réparation du préjudice moral et matériel – « des lunettes brisées » – du praticien, ainsi qu’un euro symbolique pour le centre hospitalier.

Le substitut du procureur de la République a fait une autre lecture des faits. En dépit du contexte, douloureux, il a estimé qu’ « aucune circonstance » ne pouvait justifier des violences physiques sur le personnel de santé. Il a, en revanche, expliqué que la procédure ne permettait pas de démontrer que des menaces avaient effectivement été proférées. Il a néanmoins requis trois mois de prison ferme contre la jeune femme (dont le casier judiciaire comportait quatre mentions).

Le tribunal a suivi ses réquisitions. Il a en outre condamné la prévenue à verser plus de 1.000 € au médecin au titre de son préjudice moral et matériel – ainsi qu’un euro symbolique à l’hôpital de Blois.

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PMA : après Edouard Philippe, Jacques Testart face au président de la République !

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Ce devait être le grand moment de « L’Emission politique » (France 2) : sous le fouet de Léa Salamé, les gladiateurs républicains Edouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon. Ce fut, in fine, un échange policé; un match de troisième division qui déçut profondément une foule accourue en grand nombre devant les écrans.

Une foule qui découvrit une nouvelle fois le caractère étrange de ce boxeur amateur soudain promu Premier ministre. Un amoureux, dit-on, du style indépassable de Louis-Ferdinand Céline mais qui peine à remplir la fonction pré-suprême qui est la sienne. Un homme qui aimerait faire comprendre qu’il ne manque pas d’humour et que l’on pressent pétri de contradictions de plus en plus difficiles à assumer. Un locataire de Matignon qui, sans doute par crainte du soleil élyséen jupitérien, se cantonne au périmètre de chef comptable de cabinet.

Laissons Jean-Luc Mélenchon pour Jacques Testart, malicieusement rayonnant sur le plateau. Jacques Testart, biologiste et prophète du Meilleur des mondes, pionnier de la fécondation in vitro et créateur d’Amandine, le premier « bébé-éprouvette » français 1. Edouard Philippe savait être sur le grill, mis en face de ses contradictions, contraint de justifier son évolution.

Couples du même sexe

Alors qu’il était encore maire du Havre, Edouard Philippe avait, en février 2013, signé avec Nathalie Kosciusko-Morizet cosignaient une tribune dans le Huffington Post,  L’Assemblée Nationale débattait alors depuis plus de du texte autorisant le mariage des couples de même sexe.  Après avoir exposé toutes les raisons pour lesquelles il s’abstiendrait lors du vote Edouard Philippe et Nathalie Kosciusko-Morizet écrivaient :

 « Nous ne sommes pas opposés à une loi qui permettrait le mariage et l’adoption simple pour les couples de même sexe, mais nous n’accepterons pas ce qui viendra après cette loi. Nous nous opposerons résolument à la PMA pour les couples homosexuels féminins, et à la GPA qui, au nom de l’égalité, ne manquera pas d’être réclamée par la suite. »

La loi a été votée et ce qui devait venir est annoncé : l’avant-projet de loi sur la « PMA pour toutes » est déjà en chantier, une loi annoncée pour un vote durant l’année 2019. Et nous retrouvons aujourd’hui Edouard Philippe Premier ministre chargé de défendre ce qu’alors il combattait. Où est aujourd’hui cette opposition résolue affichée il y a quatre ans ? Contorsions, embarras, points de suspension… Comment se justifier sur un sujet éthique avec lequel il est interdit de plaisanter ?

« Discuter avec des gens »

Jacques Testart pousse le fer sans jamais brûler, rappelle que la « PMA pour toutes » se réduit à une « insémination artificielle », qu’il n’y a là aucun geste spécifiquement médical et que l’autoriser via la loi conduira à une pénurie de dons de sperme, à l’ouverture immanquable d’un nouveau marché et, in fine, à la commercialisation des éléments (cellules, tissus et organes) du corps humain. Effroi et dénégations du Premier ministre qui se souvient avoir lu, il y a bien longtemps, un livre du biologiste. Edouard Philippe qui dira, sans le dire et en même temps en le disant qu’il a, en quatre ans, « évolué » sur le sujet. Pourquoi ?

« J’évolue car je rencontre des couples qui ont eu recours à cette technique en Belgique, en Espagne. Je vois ce que ça suscite, ce que ça permet, je ne vois pas ce que ça enlève. J’ai envie d’en discuter avec des gens. »

« Discuter avec des gens » ? Ce n’est sans doute pas la meilleure formule à utiliser sur un tel sujet quand on est à la tête de l’exécutif. Jacques Testart aimerait, lui, poursuivre un combat qu’il sait, désormais, maîtriser. Trop tard. Il faut passer aux salaires non versés des forces armées ; et l’on entend Jean-Luc Mélenchon piaffer.

Qu’importe, la messe est dite. On sait désormais quel devrait être, en toute logique éthique et républicaine, le prochain plateau télévisé : Jacques Testart face à Emmanuel Macron. Digne descendant de Jean Rostand, le biologiste prophète en éthique y est prêt. On n’ose pas imaginer que le président de la République s’y refuserait.

A demain

1 Lire, sur ce thème, le (long et dérangeant) entretien accordé par Jacques Testart à l’hebdomadaire Charlie Hebdo (n° 1313)

PS  Hasard ou fatalité nous apprenons aujourd’hui la mort brutale du Pr Jacques Lansac, ancien chef du service de gynécologie-obstétrique du CHU de Tours (1982 -2008) et ancien président du  Collège national des gynécologues obstétriciens de France. Il fut, à notre connaissance et dans son domaine, l’un des meilleurs traducteurs-pédagogue du grand passage de l’éthique au droit qui conduisit au corpus législatif de bioéthique d’aujourd’hui. Son savoir et son humour nous manqueront.

On trouvera ici l’hommage que rend à cet humaniste notre confrère Jean-Daniel Flaysakier.

 

 

 

Addiction et politique : les dernières confidences de Marisol Touraine à La Nouvelle République

 

Bonjour

Qui a dit que l’exercice pouvoir politique ne devait pas être rangé au rayon des addictions et des passions ? Ainsi Marisol Touraine, ministre de la Santé durant cinq ans et qui avait quitté la scène par la petite porte des législatives après une volte-face politique ratée qui laissera des traces. Trois mois après sa défaite la voici à nouveau en course dans les médias. C’est La Nouvelle République qui l’a retrouvée dans son ancien « fief » tourangeau.

A Paris l’ex-ministre a réintégré le Conseil d’État où elle avait fait son entrée en 1991. Là elle participe au travail collégial de « conseil juridique du gouvernement pour la préparation des projets de loi, décrets etc. ». « Un travail stimulant intellectuellement » assure celle qui, pour autant, entend bien « continuer à peser politiquement ». Une confidence : elle n’a « vraiment pas » envie de briguer la direction de l’ENA…  Une autre confidence : le « sentiment d’immense liberté » qui l’habite.

« On m’avait dit, quand j’ai quitté le gouvernement, que j’allais connaître un moment de vide. J’avais peur de cela. Mais en réalité, c’est un sentiment de liberté incroyable que je ressens !, explique-t-elle, visiblement détendue. »  Une envie, un projet ? « Je réfléchis à la manière d’apporter ma contribution. Je vais jeter toutes mes forces dans la reconstruction intellectuelle et politique d’une gauche modernisatrice. »

Affres existentielles

Où l’on retrouve les affres existentielles des espaces confinés : comment respirer entre le pouvoir en place et Jean-Luc Mélenchon ? « Les socialistes réformistes doivent approfondir leurs propositions, car ils sont un peu pris entre Emmanuel Macron et une gauche plus radicale, dit-elle. Mais je n’ai jamais cru qu’En marche supprimerait la gauche et la droite ».

Alors, où est-elle ? Pour le quotidien régional Marisol Touraine garde le positionnement qui in fine lui avait fait perdre son poste de députée : compatible avec Macron, mais pas avec En marche. Et toujours cette attirance irréfragable vers l’incarnation de l’exercice du pouvoir, cœur de l’addiction. Après les premiers mois de présidence Macron, l’ex-ministre socialiste se réjouit :

« Incontestablement, le regard sur la France a changé depuis l’étranger. Emmanuel Macron a magnifiquement replacé la France au centre du jeu. Maintenant, il faut qu’il s’adresse davantage aux Français. Souhaiter son échec serait irresponsable. Mais pour qu’il réussisse, il faut aussi qu’il prenne mieux en compte les attentes sociales des Français, les besoins sociaux.»

Voilà qui est dit. Et qui devra être répété pour être entendu à l’Elysée.

A demain